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Sainte Élisabeth de Hongrie

De
243 pages

Les Hongrois, appelés aussi Magyars, étaient une branche de la tribu des Huns, qui inondèrent la Gaule au Ve siècle, et dont le nom est resté comme un objet d’horreur parmi les populations. Ils offraient au monde le spectacle de la plus grande férocité. Originaires du fond de la Scythie, c’est-à-dire de cette partie de la Sibérie actuelle qui confine à la Russie d’Europe, ils allaient demi-nus, endurcis à supporter la température de leur climat glacial ; ils avaient pour vêtement des peaux de bête ; pour nourriture, de la chair crue ; leurs habitations étaient des chariots sur lesquels leurs femmes et leurs enfants les suivaient partout dans leurs expéditions.

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Antoine-F. Saubin

Sainte Élisabeth de Hongrie

INTRODUCTION

Sur le point de livrer au public les pages que nous nous sommes plu à écrire sur la vie de sainte Élisabeth de Hongrie, nous éprouvons une hésitation. Il existe, en effet, plusieurs vies de la Sainte. En premier lieu, il faut placer celle qu’a écrite Montalembert, et qui restera sans aucun doute le monument le plus parfait élevé à la gloire de notre Sainte, et loin de nous la présomption de vouloir faire mieux que lui.

Mais, de même qu’on ne saurait blâmer quiconque voudrait élever un modeste monument en l’honneur d’un glorieux personnage, parce qu’il existe déjà un monument magnifique pour le même objet, de même aussi le lecteur bienveillant nous pardonnera d’avoir écrit ces humbles pages après les pages merveilleuses de Montalembert. Nous avons voulu, dans la mesure de nos forces, célébrer la première et la plus illustre Sainte du Tiers-Ordre de Saint-François, comme Montalembert a voulu célébrer la grande Sainte à laquelle il a l’honneur de se rattacher par les liens de la descendance.

Nous voulons aussi aider à la diffusion de l’exemple de sainteté qu’a donné au monde cette jeune princesse dans les circonstances de vie où l’on ne croit pas communément que la perfection soit possible.

En effet, l’on entend dire souvent : « D’où nous viendront les saints qui sauveront le monde, qui sauveront la société ? » Et cette question montre l’ignorance commune de la sainteté, et l’incapacité des chrétiens modernes à en saisir le vrai sens.

Dans son excellent ouvrage, que l’on voudrait voir entre toutes les mains, M. Henri Joly a démontré que la sainteté s’allie parfaitement à toutes les conditions de la vie humaine, et que, mieux encore, elle est l’accomplissement parfait de tous les devoirs de la vie humaine dans n’importe quelle condition. Nous aimons à citer avec lui cette parole de Benoît XIV, le grand Pape qui a réuni en un traité scientifique et dogmatique les règles sur lesquelles on doit s’appuyer pour reconnaître la vraie sainteté : « Pour canoniser un serviteur de Dieu, dit-il, il suffit qu’on ait la preuve qu’il a pratiqué à un degré éminent et héroïque les vertus dont l’occasion lui était offerte selon sa condition, selon son rang et selon l’état de sa personne. »

Par suite des vicissitudes auxquelles sainte Élisabeth fut en proie, elle nous montre dans sa personne comment on peut garder la sainteté dans le monde, avant, pendant et après le mariage, dans la prospérité et le dénûment, dans le respect et les honneurs dont elle est entourée et dans les mépris et les persécutions dont elle est victime. Il n’est pas de chrétien vivant dans le monde qui ne puisse trouver dans la vie de sainte Élisabeth une indication précieuse sur la manière de se sanctifier dans les circonstances où il se trouve.

C’est donc aux chrétiens qui croient que la sainteté est l’apanage du cloître et de la vie religieuse que nous dédions spécialement ce livre : et afin qu’ils puissent l’imiter, nous avons fait ressortir les moyens dont sainte Élisabeth s’est servie elle-même, moyens qui sont à la portée de tous.

Ces moyens sur lesquels nous attirons dès maintenant l’attention du lecteur, sont principalement au nombre de deux.

Le premier, qui est absolument nécessaire à quiconque veut être un saint, c’est la direction spirituelle. Si nous ouvrons n’importe quel traité de perfection chrétienne, nous y verrons toujours les auteurs ascétiques insister sur la nécessité d’un directeur que l’on établit le maître de son âme, auquel on a recours avec assiduité et, enfin, auquel on obéit avec la plus grande ponctualité.

« Quand vous aurez formé la résolution de servir Dieu aussi parfaitement que possible, appliquez-vous de toutes vos forces, dit saint Basile, et avec le plus grand soin, à faire choix d’un père spirituel qui soit pour vous un guide fidèle, et vous accompagne dans tout le cours de votre conduite. » — « Il faut donc, ajoute Scaramelli, d’après ce que nous enseigne ce saint docteur, lorsqu’on a conçu les premiers désirs de perfection, et qu’on a formé les premières résolutions de marcher dans cette voie, employer le moyen le plus indispensable pour avancer grandement dans ces voies spirituelles ; c’est, sans aucun doute, le choix d’un excellent guide. » Cet auteur remarquable s’attache ensuite à démontrer que l’on a besoin de ce guide dans tous les âges et dans toutes les conditions de la vie.

Tous, sans exception, depuis les grands théologiens, depuis les saints Pères jusqu’au plus humble auteur mystique, sont d’accord sur ce point, et l’Église a hautement condamné ceux qui ont enseigné une doctrine contraire.

La raison de cette nécessité nous apparaît évidente si nous considérons que l’essence même de la sainteté consiste dans le sacrifice. La sainteté, c’est l’amour de Dieu jusqu’à l’abnégation complète de soi-même. Grâce à cette abnégation, nous remontons le triple courant qui nous éloigne de Dieu : ce triple courant, c’est la concupiscence des yeux, ou amour des biens terrestres ; la concupiscence de la chair, ou amour de son corps ; la concupiscence de l’esprit, ou orgueil de la vie.

Pour aller efficacement à l’union à Dieu, il faut vaincre la concupiscence des yeux par le détachement des biens de la terre, ou la pauvreté volontaire, qui détourne nos yeux de tout objet créé pour les reporter sur Dieu, bien infini ; il faut vaincre la concupiscence de la chair par la chasteté, afin que la loi de la chair qui est en nous soit remplacée par la loi de l’esprit qui élève en haut le regard de notre âme. Mais si le vainqueur de ces deux premiers penchants est déjà bien avancé sur le chemin de la sainteté, il ne saurait cependant y arriver. C’est Notre-Seigneur lui-même qui nous montre que tout cela n’est que le commencement. Notre-Seigneur n’est entré dans sa gloire que parce qu’il a été obéissant jusqu’à la mort. C’est l’obéissance qui complète le sacrifice et qui lui donne toute sa valeur, car, sans l’obéissance, l’homme fait encore sa propre volonté, quelles que soient d’ailleurs ses mortifications et ses pénitences.

On a vu des philosophes païens mépriser entièrement les biens de la terre et le bien-être du corps : peut-on dire d’eux qu’ils fussent des saints ? Un de ces philosophes nous donne toute la valeur de ces détachements lorsqu’il dit à un autre philosophe son rival : « On voit ton orgueil à travers les trous de ton manteau. » Ce qui leur manquait à l’un et à l’autre, c’est l’humilité dont l’essence même est l’obéissance.

Obéir, faire abnégation de sa volonté propre, tel est l’achèvement nécessaire du sacrifice pour qu’il soit vrai. Le religieux s’y astreint par un vœu, mais le vœu, tout en étant un puissant auxiliaire de la sainteté n’en fait pas l’essence, non plus que de l’obéissance parfaite ; s’il en était autrement, la voie de la sainteté serait fermée à quiconque n’embrasse pas la voie religieuse. Nous savons le contraire : nous savons même que le plus grand nombre des saints ne doivent pas au cloître leur sainteté. Or, si l’obéissance est absolument nécessaire pour arriver à la sainteté, il en résulte qu’il est nécessaire d’avoir un directeur auquel on obéisse.

Si nous nous attardons à démontrer cette nécessité, c’est que jamais l’obéissance n’a été aussi méconnue qu’aujourd’hui. Peut-être ne faudrait-il pas chercher ailleurs la raison du manque de saints dont la société souffre.

Il est certain, que ce ne sont pas les désirs de sainteté qui manquent. Qui donc ne voudrait pas être un saint ? Malgré tout, l’exemple des héros du christianisme nous paraît comme ce qu’il y a de plus beau, de plus grand, de plus désirable : tout le monde, un jour ou l’autre, après avoir lu la vie de ces héros, s’est dit : « Moi aussi, je voudrais être un saint ! » Pourquoi tous ces désirs sont-ils restés stériles ? Parce qu’on ne s’est pas mis aussitôt sous la conduite d’un directeur, ou bien parce qu’après avoir commencé on n’a pas continué et qu’on s’est mis à changer de confesseur à chaque instant, soit parce qu’on craignait de se montrer tel qu’on était, soit parce qu’on trouvait le joug de l’obéissance trop dur.

Nous n’hésitons pas à affirmer que sainte Élisabeth a dû sa sainteté éclatante à son obéissance à maître Conrad, le plus austère et le plus dur des directeurs. Puissent les lecteurs de cet ouvrage garder la conviction absolue de cette nécessité.

Tel est le premier moyen pour arriver à la sainteté. Il est évident que ce moyen renferme tous les autres ; car un bon directeur n’oubliera point d’indiquer à son dirigé les autres moyens, ni de lui apprendre à les mettre en œuvre.

Cependant, parmi ces moyens, il en est un autre dont la vie de sainte Elisabeth nous donne un exemple éclatant, et sur lequel nous jugeons utile de nous arrêter un peu : c’est l’oraison.

Par l’oraison, toutes les facultés de l’âme sont entraînées vers Dieu : il s’établit ainsi entre notre âme et Dieu une communication qui nous éclaire en rappelant sans cesse et sous mille formes diverses les motifs que nous avons d’arriver à la sainteté, en ravive toujours le désir, et nous donne la force et le courage d’accomplir parfaitement ce que Dieu nous commande par l’intermédiaire du directeur. L’expérience démontre que sans l’oraison, le désir de la sainteté ne persévère pas dans une âme, et lorsque ce désir a cessé, on ne tarde pas à abandonner tout le reste. Comme tous les autres saints, ses glorieux compagnons de la cité céleste, sainte Élisabeth s’est adonnée à l’oraison d’une manière assidue, malgré toutes les difficultés de la vie matérielle ou mondaine, et qui n’étaient pas moindres pour elle que pour la totalité des chrétiens d’aujourd’hui.

Deux raisons principales sont invoquées pour se dispenser de ce moyen : Je n’ai pas le temps ; je ne peux pas !

Hélas ! le temps ne manque pas, non plus que la possibilité : ce qui manque, c’est une véritable volonté.

Sainte Elisabeth a parfaitement accompli tous les devoirs de sa condition, et l’on peut dire qu’elle les a accomplis avec une perfection digne de sa sainteté. De nos jours, la vie matérielle absorbe tous les instants, et il semble que l’homme soit un corps sans âme ; il semble que l’homme doive vivre toujours sur la terre, et l’on regarde comme temps perdu les quelques instants que l’on consacrerait chaque jour aux intérêts de son âme, à la pensée de l’éternité ! Tout le monde peut trouver le temps de faire oraison : je dis plus, tout le monde peut faire chaque jour une longue oraison. En y réfléchissant on en convient encore ; mais combien plus terrible est l’autre objection ! Je ne peux pas.

Sans doute on trouve quelques difficultés, et même parfois de grandes difficultés ; ce n’est pas sans se révolter que la loi de la chair se laisse asservir par la loi de l’esprit. Mais, outre que la sainteté mérite que l’on surmonte quelques difficultés, nous affirmons que l’oraison est possible à toute personne ayant la possession de ses facultés, quelque restreintes qu’elles soient. Tout le monde peut penser à ses fins dernières et se persuader de la nécessité de s’y préparer ; tout le monde peut s’engager à agir de telle manière plutôt que de telle autre pour mieux accomplir la volonté de Dieu.

Le véritable obstacle, ce n’est donc ni le manque de temps ni le manque de moyens ; le véritable obstacle consiste dans la lâcheté à supprimer les obstacles qui nous séparent de Dieu. Par l’oraison, notre âme est sollicitée, attirée puissamment vers Dieu ; mais, pour aller à lui, il faut se détacher de ce qui n’est pas lui, se détacher de soi-même. Il en coûte à la nature : et si l’on ne travaille pas sérieusement à supprimer les obstacles pour pouvoir suivre l’impulsion reçue, il peut en résulter deux choses : ou bien l’on se décourage devant l’effort à faire, et l’on cesse pour ne pas sentir cet attrait ; ou bien à cause de notre lâcheté, la grâce du premier moment, qui nous transportait pour ainsi dire malgré nous, nous est retirée, et l’on tombe dans le découragement avec le sentiment pénible qu’on n’arrive à faire aucun progrès.

Sainte Elisabeth est allée jusqu’au bout ; et nous la voyons achever son union avec Dieu par le sacrifice des affections les plus légitimes ; elle n’eut de repos que le jour où il lui fut permis d’arracher de son cœur tout ce qui n’était pas Dieu seul. Alors seulement elle se reposa en Dieu avec la certitude de lui être unie ; état heureux qui devait se continuer par la possession visible de ce bien infini qu’elle possédait déjà invisiblement.

C’est ainsi que sainte Élisabeth nous montre par son exemple que la sainteté est possible dans le monde.

Mais qu’on nous permette d’ajouter un mot sur un moyen spécial qu’employa Elisabeth et qui lui fut du plus puissant secours pour arriver à la sainteté. Ce moyen fut le Tiers-Ordre de Saint-François.

Tous les théologiens sont d’accord pour dire que la vie religieuse est pour une âme la condition la plus propice pour arriver à la sainteté. La vie religieuse constitue ce que l’on appelle l’état de perfection, et par son essence même, elle fournit des moyens spéciaux pour l’acquérir.

Jusqu’au XIIIe siècle, l’Église n’avait pas établi, en dehors des vœux monastiques, de véritable état de perfection. Saint François d’Assise en réveillant dans les âmes de ses contemporains le désir de la sainteté, fut conduit, à cause de l’impossibilité pour la plupart des hommes à entrer au couvent, à établir un état religieux dans le monde. C’est ce que l’on appelle le Tiers-Ordre, hautement approuvé par l’Église et loué par un grand nombre de papes. Léon XIII l’offre au monde moderne comme le moyen le plus propre à produire abondamment la sainteté, et à rendre à la société moderne en décomposition ce sel divin qui doit la régénérer. Le Tiers-Ordre a fait ses preuves. Nombreux sont les membres du Tiers-Ordre que l’Église a élevés sur ses autels. Sainte Elisabeth l’a consacré dès son institution ; saint Louis, roi de France, fut, quelques années après sainte Elisabeth, la seconde gloire du Tiers-Ordre.

Le Tiers-Ordre de Saint-François est un état de perfection à la portée de tous. Nul doute que ceux qui voudront y entrer en se soumettant fidèlement à une direction et en pratiquant assidûment l’oraison, ne marchent avec honneur sur les traces glorieuses de la Sainte que nous invoquons humblement avant d’écrire sa vie : nous la prions de nous aider à marcher comme elle dans la voie de la sainteté et d’entraîner à sa suite tous ceux qui voudront bien lire ces pages.

BIBLIOGRAPHIE

Ayant pour but, ainsi que nous l’avons dit plus haut, non pas de refaire ce qui a été fait si excellemment, mais seulement de faire ressortir les conditions dans lesquelles sainte Élisabeth a pu arriver à la sainteté, et mettre ainsi son exemple plus à la portée du commun des chrétiens, nous nous sommes servi des travaux de ceux qui ont écrit cette vie avant nous. C’est après avoir lu attentivement Montalembert que nous nous sommes mis à l’œuvre.

Nous avons demandé à Horn, qui a fait récemment une nouvelle histoire de notre Sainte, une plus grande précision pour quelques faits.

Notre guide principal a été Wadding, Annales Minorum, qui relate année par année, d’après les chroniqueurs qui l’ont précédé, les faits de la vie de sainte Elisabeth.

Nous avons en outre recueilli quelques indications précieuses sur sa vie mystique dans Corneille de Lapierre, Commentaria in scripturam sacram ; sur sa profession dans le Tiers-Ordre, dans Pierre Rodolphe, de l’Ordre de Saint-François, Historiarum seraphicæ religionis libri tres ; dans Barthélemy de Pise, Liber conformitatum vitæ B. Francisci.

Enfin nous avons emprunté à la Légende dorée, de Jacques de Voragine, quelques miracles, après nous être assurés qu’ils concordent avec ceux qui sont attribués à sainte Elisabeth par les autres auteurs.

CHAPITRE PREMIER

LA PATRIE DE SAINTE ÉLISABETH

Les Hongrois, appelés aussi Magyars, étaient une branche de la tribu des Huns, qui inondèrent la Gaule au Ve siècle, et dont le nom est resté comme un objet d’horreur parmi les populations. Ils offraient au monde le spectacle de la plus grande férocité. Originaires du fond de la Scythie, c’est-à-dire de cette partie de la Sibérie actuelle qui confine à la Russie d’Europe, ils allaient demi-nus, endurcis à supporter la température de leur climat glacial ; ils avaient pour vêtement des peaux de bête ; pour nourriture, de la chair crue ; leurs habitations étaient des chariots sur lesquels leurs femmes et leurs enfants les suivaient partout dans leurs expéditions.

Au IXe siècle, on les vit arriver à travers la Russie d’Europe, et prendre contact avec la civilisation dans les plaines de la Pologne qu’ils dévastèrent. Leur horde, s’avançant toujours vers l’ouest, semant sur son passage le massacre et l’incendie, s’arrêta sur les bords du Danube, dans ces riches provinces que l’on appelait autrefois la Pannonie, et qui forme aujourd’hui le cœur de l’empire d’Autriche. De là, ils s’élançaient en incursions sauvages sur tous les pays voisins, traînant après eux leurs familles dans leurs chariots, jusqu’à ce que, rencontrant une vaillante armée, ils fussent battus et obligés de retourner sur leurs pas.

En 899, ils ravagèrent la Bavière, qui leur était limitrophe au nord-ouest ; et ce fut dans une bataille que leur livra, en 918, le roi d’Allemagne, Conrad, que ce prince trouva la mort.

En 925, ils remontèrent le Danube, puis descendant le Rhin, ils s’élancèrent jusqu’en Lorraine et en Bourgogne. Descendant ensuite la vallée de la Saône et du Rhône, ils voulaient pénétrer en Italie en longeant la Méditerranée. Mais ils furent défaits dans la plaine où s’élève aujourd’hui la ville de Saint-Pons, dans le département de l’Hérault. Les survivants reprirent le chemin du Rhin et du Danube.

En 955, ils envahirent de nouveau l’Allemagne. Ils furent arrêtés devant Augsbourg par l’énergique résistance de l’évêque saint Udalric, jusqu’à l’arrivée d’Othon, qui infligea aux Hongrois une défaite complète.

Nous les voyons encore plus tard s’unir aux tribus barbares de la Russie et de la Bulgarie pour envahir les provinces voisines de Constantinople.

Les Hongrois vécurent ainsi jusqu’à ce que l’Évangile, en pénétrant chez eux, leur apportât la civilisation.

Leur quatrième duc, depuis leur arrivée en Pannonie, s’appelait Geisa. Il était plutôt un tyran qu’un chef. Cependant, ayant pu admirer la supériorité des peuples voisins, supériorité qu’ils devaient à leur civilisation, il fut jaloux d’élever son peuple à leur niveau. Il commença par rompre avec la haine des Hongrois pour les étrangers, haine féroce qui était un obstacle insurmontable à toute influence du dehors, car tout étranger qui tombait entre leurs mains était impitoyablement massacré.

Geisa, comprenant tout l’avantage que son peuple recueillerait de la fréquentation des nations civilisées, imposa, sous des peines terribles, le respect des étrangers qui pénétreraient dans le territoire habité par les Hongrois. Les premiers étrangers qui profitèrent de cette protection furent des missionnaires catholiques, avides de conquérir à Jésus-Christ de nouveaux domaines.

Geisa ne tarda pas à remarquer les changements merveilleux que produisait dans les mœurs de ses sujets la prédication de l’Évangile : aussi voulut-il recevoir le baptême avec toute sa famille. Dès lors, il mit tout en œuvre pour aider les missionnaires, et son désir ardent était de ne pas mourir avant d’avoir vu tous ses sujets régénérés dans les eaux du baptême.

Le principal instrument de conversion que Dieu lui envoya fut saint Adalbert, évêque de Prague. Le duc Geisa l’accompagnait à travers la Hongrie, faisait publier partout l’ordre de se rassembler pour entendre la prédication du saint missionnaire, et les conversions s’opéraient par milliers. Des églises s’élevaient sur leurs traces, et partout les populations s’étonnaient d’avoir perdu leurs instincts de férocité en recevant la foi de Jésus-Christ.

Cependant Geisa ne put pas réaliser son beau rêve. Il mourut en 997. Son fils Etienne lui succéda.

Ce qui restait de païens profita de la mort du redouté Geisa pour se révolter. Etienne battit les rebelles à Wesprim.

Paisible possesseur du pouvoir, le jeune roi mit tous ses efforts à réaliser le désir de son père. Il partagea la Hongrie en dix évêchés, et envoya à Rome demander au Pape des évêques pour son peuple, et pour lui la couronne royale. Le pape Sylvestre II, instruit de ce que le roi Étienne faisait pour la religion catholique, lui envoya les évêques et la couronne.

Le jeune roi de Hongrie obtint la main de Gisèle, sœur du roi d’Allemagne, saint Henri, à qui le pape Sylvestre II venait de décerner la couronne impériale de Charlemagne, vacante depuis longtemps. Henri était descendant de Charlemagne : la dynastie hongroise se trouvait donc en quelque sorte consacrée par son union avec une des plus brillantes dynasties qui ait régné en Europe.

Gisèle était d’une grande vertu, et elle seconda activement son royal époux dans la diffusion du christianisme en Hongrie. De son côté, Etienne, l’épée d’une main et la croix de l’autre, passa toute sa vie à combattre les ennemis de son peuple et à assurer sa prospérité en lui donnant la foi.

Il donna à son fils Émeric des instructions admirables pour procurer le bonheur des peuples. Ce jeune prince fut si fidèle imitateur des vertus de son père et si zélé observateur de ses conseils, que, mort avant d’avoir régné, il mérita d’être mis au nombre des saints.

Le roi Étienne fut consolé dans la douleur que lui causa la perte de son fils par un moine nommé Gunther, naguère seigneur de Thuringe, qui avait quitté son château pour se livrer à la pénitence. Le roi Etienne mourut en 1038, et mérita comme son fils les honneurs de la canonisation. Le moine Gunther, que l’Église honore également comme un saint, mourut en 1045.

Cependant le paganisme n’avait pas dit son dernier mot. Après la mort du saint roi Etienne, les Hongrois élurent pour lui succéder le duc Pierre, dont le gouvernement fit regretter encore davantage le roi défunt. Trois princes, parents de saint Etienne, furent obligés de s’expatrier.

Les païens profitèrent du mécontentement général pour se soulever. Afin d’entraîner le reste du peuple dans leur révolte, ils appelèrent les trois princes fugitifs : André, Béla et Leventé. André et Leventé arrivèrent les premiers. Leventé se mit résolument à la tête du parti antichrétien : les évêques et les prêtres furent massacrés, les églises brûlées ; les rebelles s’emparèrent du roi Pierre qui eut les yeux crevés et mourut peu de jours après.

Le duc André fut élu roi. Il chercha aussitôt à enrayer le désordre et à réprimer les violences des païens. La mort de son frère Leventé ôta le principal obstacle à la réaction. André se fit sacrer à Albe-Royale par trois évèques qui avaient échappé au massacre. Alors le roi André, se servant contre les païens des arguments que ceux-ci avaient employés contre les chrétiens, défendit, sous peine de mort, de faire profession de paganisme dans toute l’étendue du royaume.

Le roi André fit couronner de son vivant son jeune fils Salomon. Mais ce choix ne plut pas aux Hongrois, qui choisissaient leurs rois par élection, et le jeune Salomon dut s’enfuir du royaume de son père. Il se réfugia auprès de l’empereur d’Allemagne, Henri III, dont il avait épousé la fille.

Après la mort de son père, Salomon vint avec une armée allemande conquérir son royaume ; mais bientôt il fut chassé une seconde fois. Pendant ce temps, son frère Béla était proclamé roi de Hongrie. Une seconde tentative de Salomon pour rentrer en Hongrie n’eut pas de succès, et Béla laissa le trône à son fils Geisa. Ce dernier eut lui-même pour successeur son fils, saint Ladislas, en 1077.

Tels furent les commencements du royaume de Hongrie. Pendant tout le siècle qui suivit le règne de saint Ladislas, la Hongrie acheva de se convertir au catholicisme : elle s’attacha surtout, par son respect et sa soumission, à consoler les souverains pontifes de toutes les avanies que leur faisaient endurer à la même époque les empereurs d’Allemagne.

Dieu bénit la fidélité des Hongrois, car ils arrivèrent rapidement à une prospérité merveilleuse. Les riches plaines arrosées par le Danube et ses superbes affluents se couvrirent de riches cultures, tandis que les montagnes qui lui faisaient une ceinture majestueuse mettaient au jour les mines d’or et d’argent cachées dans leurs flancs couverts de forêts séculaires. Au XIe siècle, la Hongrie était d’une richesse que n’avaient jamais soupçonnée les autres Etats de l’Europe.