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Science et croyance

De
217 pages
Constatant l'intérêt croissant des scientifiques pour des problèmes proches de la métaphysique, et la tendance actuelle de nombreux croyants à vouloir inscrire leur démarche dans le cadre conforme aux plus récentes données de la science, l'auteur explore en chacun de ces deux versants des connaissances humaines, les domaines qui leur sont communs.
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Science et croyance
L'avenir d'une convergence

site: www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr e.mail: harmattan1@wanadoo.fr @ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-296-00067-3 EAN : 9782296000674

Paul Béquart

Science et croyance
L'avenir d'une convergence

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan ItaIia L'Harmattan Burkina Faso

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa

Via Degli Artisti, IS 10124 Torino ITALIE

1200logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

- RDC

Collection Cheminements spirituels dirigée par Noël Hily
Toutes réflexions théologiques, spirituelles, Toutes expériences mystiques, religieuses, qu'elles se situent au sein ou hors des grandes religions méritent d'être connues. C'est pourquoi nous favorisons leur édition dans cette collection « Cheminements Spirituels» chez l'Harmattan. Vous pouvez nous envoyer vos écrits, même les plus personnels. Nous vous répondrons. 12, rue de Recouvrance 45000 Orléans Tel: 02 38 54 13 58

Déjà parus:
BERNABEU A., Laissons les enfants grandir BOMBLED J.P., Quand la modernité raconte le salut... CONTE A.-M., L'ivre de vie CRUSE R., Entretiens avec un rebelle DESURVIRE, Dire vrai ou Dieu entre racisme et religions De CHALENDAR C., Un Journal décousu DUROC R., Lafoi et la raison FINET R., Rêver à deux FINKELSTEIN B., L 'héritage de Babel, éloge de la diversité GALLO J.G., Lafin de l'histoire ou la Sagesse chrétienne GARBAR F., Chasser le mal GENTOU A., Invités à vivre GILBERT M, RATH N., Les Sectes HARRIS J.P., Ste Bernadette KAANICHE H., L'accompagnement spirituel en milieu hospitalier KIRCHNER D., Dieu, Créateur ou biblique KHOUTTOUL M, C'est possible? KRUMB J-M., Lesfondements de la morale chrétienne LECLERCQ P., Un Dieu vivant, Pour un monde vivant NASTRI G., L'amour trinitaire et son refus de la modernité NICOLAS B., Enfeuilletant l'Évangile ou l'Évangile selon ma grand-mère ROCHECOURT G., La cigale SANTANER P. M-A., Qui est Croyant? SCIAMMA P., Dieu et I 'homme - Méditations VERCELLETO P., Réflexions sur les stigmates

Sommaire Avant-propos
Confluence de la science et de la croyance, vue sous l'angle de la subordination La Gnose en sa modernité

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25 51

L'Ether dans les sciences occultes - ou pour une énergétique du vivant 73 L'Ether ou énergie vitale, revu et corrigé par des scientifiques contemporains Le concept spirituel d'éther Deux scientifiques précurseurs
Le profane et le sacré Le centre dans les sciences et dans la croyance
-

95 107

René Thom - David Bohm

113 129 143 153 157 165 169 181 195 203 207 217

Les sentiers de la conscience sortie de la forme Arguments de convergence Un appel de I'humanité Progresser vers les origines Réponse à quelques objections Propos conclusifs Diagrammes en annexe Bibliographie Revues et collections

entrée dans la forme - vie de la forme -

Avant-propos
En ce début du XXIe siècle, on peut commencer à s'interroger avec pertinence sur l'avenir de I'homme et de la planète. L'état actuel de la science et le niveau des connaissances humaines semble nous y autoriser. La progression des technologies nous permet d'en savoir plus sur le monde dans lequel nous vivons. Le progrès de la pensée, à travers les siècles, aurait dû nous amener à rivaliser avec les instruments de la connaissance que nous produisons. Mais on peut douter que les choses se soient ainsi passées, car si tel était le cas, la conscience humaine aurait fait un bond qualitatif majeur au cours des IXe et XXe siècles, qui ont vu le supersonique remplacer le cheval d'attelage. Il semble donc bien que la pensée ne suive pas nécessairement le développement de la technologie. Et ceci en raison d'un retard évident de la conscience sur les événements provoqués par l'activité humaine. C'est I'histoire de l'apprenti sorcier qui se met en condition de ne plus pouvoir maîtriser le produit de son activité. Pour qu'un risque majeur soit évité à l'humanité, le siècle en lequel nous venons d'entrer se doit d'être celui où l'intelligence prouve sa capacité de maîtrise sur les multiples dimensions de la condition humaine. C'est le sens de notre propos, d'avoir à explorer ces dimensions en leur actualité, afin de faire une sorte de bilan comparatif entre l'état des lieux de la science contemporaine et le niveau actuel de la conscience, lorsqu'elle cherche à accéder au mystère de la création et à son évolution. Mais ici nous posons un postulat nécessaire à notre investigation: à savoir que I'homme en son extériorité est, en dernière analyse, le produit de son intériorité. En sorte que I'histoire des hommes qui s'inscrit en chacun de nous, est le fil directeur de nos destinées individuelles. C'est bien ce que nous dit la biologie, lorsqu'elle affirme que notre formation individuelle est calquée sur les étapes évolutives de l'humanité. Vous et moi sommes le résultat d'un trajet qui va des premiers hommes jusqu'à nos jours: ce fil directeur est un « phylum» en lequel se succèdent toutes les formes de notre espèce, et c'est lui qui sert de cadre à notre développement propre, « ontologique », qui, en quelque sorte, le reproduit et le résume. Jusqu'ici, rien de bien nouveau. Ce qui, par contre, pourrait l'être, c'est notre capacité récente, à l'échelle de I'humanité, à prévoir l'avenir au plus juste. Le futur de cet énorme collectif que nous constituons sur la planète peut, en effet, nous devenir plus familier, voire accessible. Il nous faut, pour

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imaginer cet avenir peut-être lointain, formuler une thèse que nous proposons à qui voudra bien nous suivre. Cette thèse est la suivante:
LA SCIENCE, ET LA CROYANCE HABITUELLEMENT DEVOLUE AUX RELIGIONS, SONT DEUX MODES DE CONNAISSANCE OUE L'HUMANITE VERRA CONVERGER VERS UN SAVOIR UNIQUE.

Il n'y a pas, dans l'affirmation d'une telle thèse, une quelconque obsession uni ciste qui voudrait à tout prix, pour la satisfaction de l'esprit, tout réunifier. Il y a seulement ce que nous voudrions présenter aux lecteurs comme un constat, dûment étayé par I'histoire actuelle de I'humanité. Or, que raconte cette histoire, quant aux rapports entretenus depuis des siècles entre la science et la religion (celle-ci étant considérée sous le rapport de la croyance des fidèles, et non sous celui des confessions organisées) ? Dans la pratique, le domaine religieux a su se protéger en arguant, non sans raison d'ailleurs, d'une différence fondamentale entre une science profane, terme très éloigné de toute foi, et un domaine sacré fondé sur la conviction d'une réalité divine supérieure, hors de portée de toute vérification. Dans leurs églises, les clercs ont refusé tout compromissions avec le discours des savants, qui échappaient de plus en plus à leur influence. A aucun prix, ils ne souhaitaient soumettre à la critique scientifique des ensembles dogmatiques considérés comme sauvegarde de leur foi, et surtout comme un arsenal protecteur permettant la pérennité de leurs institutions. De leur côté, dans leurs laboratoires, et sur le terrain de leurs découvertes, les scientifiques préféraient se couper de toutes influences, voire de tout dictat des églises; car les orientations ou les interdits qui risquaient d'en provenir leur avait déjà coûté très cher: pour mémoire, le refus de l'Eglise catholique d'avoir à accepter les théories coperniciennes, pourtant soutenues par Galilée, mais finalement condamnées au XVIIe siècle, par le Pape Paul V. De part et d'autre donc, il y avait intérêt, voire des intérêts puissants, à ce que la connaissance du monde soit scindée entre une science technicisée à l'extrême, et une croyance dogmatisée à l'excès. C'est ainsi que deux schémas de I'homme se dessinèrent et pénétrèrent nos esprits, jusqu'à devenir des sortes de vérités intangibles: l'homme d'après la science, et l'homme d'après le religion.

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L'homme d'après la science Est fait de matière, mais pas n'importe laquelle: une matière vivante, nécessitant d'avoir à définir la vie à travers son organicité et, pourquoi pas, sa dimension spirituelle. Seule est considérée comme sérieuse l'étude de cette dimension matérielle impliquant toutes les disciplines des sciences de I'homme et de la vie: la physique, la chimie, voire la sociologie au sens large, c'est à dire incluant l'ethnologie, le politique et, d'une façon générale, tout ce qui peut donner lieu au dégagement d'un « objet» de connaissance spécifique. Certes, la spiritualité pose problème, mais la science peut s'en sortir avantageusement en admettant la réalité de son existence, et en en faisant l'inventaire des motifs qui poussent I'homme à s'y référer. Au-delà des explications qu'elle peut fournir pour éclairer une philosophie des motivations de la croyance, la rigueur scientifique exige de ne pas s'y compromettre, voire de s'en défaire en arguant d'une sphère privée et d'un magistère religieux plus compétant, auquel elle confie l'affaire de la foi, avec un déférent coup de chapeau.

L'homme d'après la religion Est, certes, un homme incarné, et de la même façon que la spiritualité s'est trouvée longtemps encombrante pour les scientifiques, c'est l'incarnation et son contraire, la désincarnation, qui ont longtemps posé problème aux formations religieuses. La réalité, plus précisément « notre» réalité humaine, n'étant pas plus faite de matière que d'esprit, mais des deux à la fois, on peut comprendre l'embarras des spécialistes de l'esprit, quasiment symétrique de celui des spécialistes scientifiques de la matière, lorsqu'ils ne savent où situer le monde de la vie spirituelle. Le catéchisme de nos enfances catholiques avait une réponse catégorique: le premier homme ayant goûté au fruit défendu, a subi la sanction de souffrance, inhérente au péché adamique. Et de prolonger la logique de cette croyance en instaurant une morale du péché. « Le péché qui tue l'âme, repétrit le corps à son affreuse ressemblance» écrivait François Mauriac. Car le péché, vécu comme une transgression, suppose une morale d'origine divine et entraîne nécessairement l'édification d'une éthique qui définisse le bien ou le mal. Plus simplement, en nous délivrant des images toutes faites de nos catéchismes, aurions-nous pu comprendre la scène biblique de la création, en la resituant dans le contexte compréhensible d'une symbolique non peccamineuse : à savoir que la chute dans la matière, au niveau vibratoire, entraîne nécessairement un changement de statut énergétique, et que ce qui

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était un devient deux, dans la dualité des oppositions systématiques, inhérentes au niveau spécifique de notre monde énergétique. La compréhension peut alors s'orienter vers un homme adamique qui découvre sa position de sujet, face au monde des objets (la pomme). Il est ainsi amené à goûter le fruit d'une nouvelle connaissance fondée sur la dualité. Qui dit deux dit opposition de contraires, et mise en mouvement vital d'un jeu contradictoire entre ces opposés: bien et mal, plaisir et souffrance, féminin et masculin, naissance et mort, ciel et terre... entrent alors dans une valse dialectique qui durera tant que cette dualité sera notre condition d'existence matérielle. Cette dialectique éclaire le fait que la chute dans la matière (assimilée religieusement à une chute dans le péché) soit non pas une punition liée à une transgression, mais un changement d'état de l'esprit en matière: ces deux entités devenant désormais les deux termes d'une unité de contraires, dont nous connaissons des à l'infini.

en est toute notre compréhension. Hegel et Marx nous ont dit plus de deux mots sur le sujet. Pour eux, toute réalité peut se définir par rapport à son contraire. Le couple d'opposés, ainsi constitué, peut, dans certaines conditions, se présenter comme une mésalliance, se transformant en une lutte antagonique. Mais ce couple, aux polarités contraires, peut aussi, dans d'autres conditions, faire alliance en réalisant une unité en laquelle les différences s'atténuent jusqu'à disparaître, tant que durent ces conditions. Marx donnait en exemple I'histoire de la lutte des classes: la classe ouvrière de l'époque s'opposait à la bourgeoisie possédante. Mais que survienne une invasion étrangère et, aussitôt, l'antagonisme des classes disparaissait pour faire place à l'union patriotique contre l'envahisseur. L'unité de cette union sacrée se substituait alors, pour un temps, à l'adversité des intérêts. Cette digression pour montrer quel type de lien « substantiel» peut unir esprit et matière. L'ésotérisme enseigne que la matière est la forme la plus basse de l'esprit, et que, à l'inverse, l'esprit est la forme la plus élevée de la matière. Cette affirmation, au caractère apparemment approximatif et plus philosophique que scientifique, a une grande importance. Car la priorité philosophique donnée à l'extériorité objective, qui façonne l'être humain et son intelligence, débouche tout naturellement sur une conception matérialiste du monde. En revanche, l'importance accordée à la vie intérieure, laquelle nous fait découvrir les profondeurs mystérieuses de

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l'Etre de nos origines, débouche sur une conception spiritualiste de notre unIvers. De nos jours les esprits avisés n'optent généralement pas pour des thèses matérialistes grossières, excluant toute existence de l'esprit; ils font seulement dépendre l'esprit de la matière. A contrario, les spiritualistes conséquents, qui font dépendre la matière de l'esprit, refusent d'oublier que nous sommes des hommes concrets, aux prises avec des objectifs matériels, donc qu'à la dimension transcendante il convient de superposer une immanence complémentaire. Ce monde invisible à l' œil, mais à portée de notre «vision intérieure », lorsqu'elle se développe, est à explorer, à l'instar de tout espace inconnu. Cette exploration constitue un objectif de vie, à base de réflexion, de méditation, et de contemplation faisant appel, en même temps, à la raison et à l'intuition. Toute tentative d'y voir clair en ce mystère d'une grande Vie à laquelle nous participons en nos petites vies individuelles et de groupe, nécessite humilité et méthode face à des lois universelles qu'on ne cesse de découvrir. Nous verrons que le ciel et la terre, le haut et le bas, ont toute chance de se ressembler de façon homologue. A nous de faire effort pour comprendre à quelle « signifié» se rattache en haut ce qui est « signifiant» en bas, selon une formulation lacanienne. A l'homme de la science et à celui des religions, il nous faut ajouter I'homme de l'Alchimie, de la Gnose ou plus généralement de l'ésotérisme, en ses sources authentiques. L'occultisme, ou l'ésotérisme moderne, ayant à se distinguer des caricatures qu'en donnent ceux qui veulent l'amoindrir et en minimiser l'enseignement.

L'homme d'après l'ésotérisme L'homme, d'après l'ésotérisme, est une créature à mi-chemin entre le créateur et le créé. C'est en son intériorité de sujet qu'il trouve les racines profondes de ses potentialités créatrices. C'est à l'extérieur de lui-même qu'il existe en la science qu'il a su développer, à travers tout ce qui n'est pas lui, dans son propre règne. L'ésotérisme se définit par rapport à son territoire subjectif intérieur qui constitue l'essence de son Etre. L'exotérisme est du domaine d'une extériorité humaine objective qui constitue l'apparence de l' Etre. L'homme étant le reflet d'un Dieu trinitaire manifesté, comporte, luimême, une trinité fondamentale (physique, mentale, subtile). Son «Soi» intérieur et réel est éternel, et en unité fondamentale avec le « Soi» universel. L'éternité du Soi implique que ses formes incarnées, belles et bien mortelles, se succèdent en se complétant. La conséquence logique de cette conception est la notion d'incarnations répétées vers lesquelles l'homme est attiré par le désir. Ce cycle des incarnations n'est pas implacable, comme le prétendent 13

certaines critiques, qui en profitent pour conclure à une absence de liberté. L'homme, au contraire, peut poursuivre une voie de libération du désir qui l'enchaîne par la loi de cause à effet, par la connaissance et le sacrifice, « devenant divin en réalité, comme il l'a toujours été en potentialité» (selon la « Sagesse Antique» présentée par Annie Besant). Ceci dit, le lecteur sera peut-être choqué par la notion de « subtilité» inhérente à toute spiritualité ésotérique. Il convient donc d'en donner un aperçu. Est subtil tout ce qui n'est pas fait de matière grossière, à portée de nos instruments d'investigation ordinaires. Le monde subtil reste toutefois avec la matière concrète dans une continuité de même nature que celle que nous avons décrite comme continuum esprit-matière, et dont nous avons défini plus haut les rapports réciproques. Ce monde n'est donc pas totalement inconnaissable. La justesse des perceptions que nous en avons, et en aurons, par un travail assidu d'intériorisation, dépend beaucoup des perspectives et des buts que nous nous fixons. L'objectif de la démarche entreprise, à travers ces lignes, est de présenter un bilan comparatif entre science et croyance sur des thèmes précis, afin de noter ce qui rapproche la connaissance scientifique, plus locale, de la connaissance ésotérique, plus globalel, afin de mettre en évidence la convergence de ces deux domaines, historiquement séparés depuis des lustres, mais objectivement convergents depuis peu. L'épistémologie, qui classifie les connaissances, connaît de nos jours un remaniement étrangement contradictoire: D'un côté, les spécialités et les spécialistes se multiplient, diversifiant à l'infini les domaines spécifiques et réalisant des « coupures épistémologiques» dont le philosophe Louis Althusser pouvait se servir pour démontrer les particularités irréductibles de domaines de la pensée nettement séparés. D'un autre côté, il apparaît que l'émergence d'une connaissance globale de l'Univers, facilite le passage d'une science à une autre, à l'intérieur d'une connaissance unifiante: c'est un phénomène de réunification des unités séparées du savoir humain, au point qu'on peut évoquer la fin d'une dramatique rupture épistémologique entre ce que nous savons de la grande Vie du Ciel, et des petites vies de nos terres habitées. Se trouveront alors, nous le pressentons, d'importantes et irrévocables convergences qui tendront, à l'avenir, à réunifier ce qui était séparé et à combler ainsi le fossé qui a longtemps éloigné, dans I'histoire des hommes, le savoir du scientifique de la connaissance du croyant.
I Précisons, pour plus de clarté, que le terme « ésotérique» qualifie, à la fois, une voie d'abord de la vie à partir d'une expérience intérieure, et une philosophie de l'homme terrestre, conçu comme un raccourci de l'Homme Céleste. Il est le microcosme d'un grand macrocosme. C'est ce deuxième sens qu'il convient de reten ir.

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Toute science et toute croyance avérées ne peuvent se soustraire à une influence idéologique. « L'idéologie est la représentation du rapport imaginaire des individus à leurs conditions réelles d'existence» (définition de K. Marx thèse sur Feuerbach). C'est un système d'idée: un ensemble organisé, généralement inconscient, qui occupe la pensée de chacun de nous, au repos ou en activité. On croit parfois penser objectivement alors qu'on pense idéologiquement. Étant par exemple malade, on choisit d'appeler un médecin et l'on est persuadé de faire le choix du meilleur: à savoir un homme, d'une quarantaine d'années, de type européen, habitant à proximité et passant pour être politiquement à gauche. Comme on le voit, le choix du sexe, de l'âge, de l'appartenance raciale, de la réponse rapide à tout appel, de la tendance politique, sont autant de facteurs qui interviennent dans ce qu'on est convenu d'appeler la liberté du choix qui n'est pas, en fait, aussi libre qu'on le croit. La subjectivité s'exprime ici par le statut idéologique qui nous définit comme sujet. Nés dans une famille traditionnelle où l'on survalorise une certaine idée de la force de l'age, le sexe masculin, la qualité de la race à laquelle on appartient, la sécurité d'une proximité qui apaise l'angoisse supposée de l'attente, et la facilité d'un registre politique qui évite toute conflictualité avec nos propres convictions, et nous voici prédéterminés à faire un choix subjectif où l'idéologie prend une part dominante, alors que nous étions persuadés répondre aux exigences d'un simple bon sens très raisonnable parce qu'objectif. C'est en ce sens qu'une systématique des idées vient perturber nos choix, en les grossissant imperceptiblement, eu égard à la conscience que nous pourrions en prendre. Dans ce mécanisme idéologique, intervient notre propre préhistoire, celle en particulier, de notre éducation, et de notre environnement, mais aussi le contenu de notre bagage scolaire acquis, selon les cas, dans un collège religieux ou dans un lycée d'état. Car l'organisation de notre pensée ne relève pas seulement de notre conscience, mais aussi, nous le savons bien depuis Freud, d'un inconscient sous-jacent pas toujours si facile à déchiffrer. C'est pourtant par lui que nous appartenons à l'humanité, peut-être plus que par notre conscient, qui commande nos actes les plus personnels et les plus délibérés. Car on a pu dire, non sans raison, que nous nous distinguons les uns des autres par ce que nous extériorisons, et que nous nous ressemblons par ce que nous cachons. L'idéologie, comme on le voit, tient à la fois d'une subjectivité personnelle et, à la fois, des conditions d'un environnement psychologique. C'est une position individuelle qui reflète la position du groupe d'appartenance (famille, classe, nation, religion.. .). Dans leurs critiques de 15

Feuerbach, Marx et Engels dans «l'idéologie allemande» rattachent le phénomène idéologique à l'appartenance de classe. Vivre dans le statut social d'une classe déterminée engendre une manière de penser et un contenu de pensée qui, selon Marx, correspondrait à un contenu de classe. Ainsi la bourgeoisie de cette époque, avait-elle une notion de la propriété qui se théorisait facilement autour d'une justification de la possession de ses biens fonciers. Les enfants de familles possédantes étaient élevés dans le respect de la propriété, alors que les enfants d'ouvriers manuels, aux statuts précaires, étaient témoins de sa remise en question. On est toujours guetté par une déformation idéologique, à quelque classe sociale qu'on appartienne et conformément à l'éducation reçue. La thèse de Marx et Engels est la suivante: pour eux, la philosophie allemande de l'époque « descend du ciel vers la terre» et « c'est de la terre au ciel» qu'ils décident de la reprendre. « La conscience, estiment-ils, ne peut jamais être autre chose que l'Etre conscient, et l' Etre des hommes est leur processus de vie réelle ». Ainsi la production des idées est liée très intimement à l'activité des hommes et leurs discours sont « le langage de la vie réelle ». Cette position qui se veut ouvertement anti-Hégélienne aboutit à une déclaration qui vaut qu'on la cite ici: «Ce sont les hommes qui, en développant leur production matérielle et leurs relations matérielles, transforment, avec cette réalité qui leur est propre, et leurs pensées et les produits de leur pensée ». Il y a là une définition matérialiste et dialectique de la conscience qui cherche à expliquer les phénomènes idéologiques à partir des consciences individuelles forgées par leur propre histoire de vie concrète. À l'inverse, à partir d'un point de vue que nous préférerions appeler spiritualiste plutôt qu'idéaliste, il est une des explications de l'idéologie qui part d'une conscience pure, d'origine divine et de son altération à travers le processus de l'incarnation, voire de I'hominisation. Altération normale, acceptée comme sacrifice de l'esprit lorsqu'il devient conscient de la motivation de ses origines. L'idéologie comme « fausse conscience prend alors deux dimensions: L'une immanente, horizontale, qui rejoint, en un sens, le point de vue matérialiste énoncé par Marx et Engels. L'autre transcendante, verticale, qui situe le handicap fondamental de l'esprit dans la matière, dans une perspective eschatologique où la matière, sans jamais abandonner son origine spirituelle, est considérée comme la 16

forme la plus basse de l'esprit. Celui-ci étant lui-même, réciproquement mais aussi par définition, la forme la plus élevée de la matière.2 Handicap, altération, brouillage, troubles, précipitation de l'esprit par opposition à une clarté initiale, autant d'images traduisant l'inévitabilité d'une «fausse conscience », qui ne peut-être considérée comme une anomalie, mais dont il faut tenir compte. En effet dans cette direction verticale, transcendantale, l'humanité ne peut tout simplement pas exister à l'abri d'une déformation existentielle de la conscience des origines, telle qu'on pourrait la définir comme conscience créatrice. Quelle que soit l'origine philosophique d'une telle conclusion, la pureté idéologique est, par définition, un leurre. Il est pourtant possible d'y tendre et de se libérer d'un ensemble d'idées insidieusement puisé aux sources de sa propre histoire, c'est le sens d'une autocritique, lorsqu'elle est clairement motivée et sincèrement entreprise; c'est-à-dire loin de tout dictat politique ou de toute pression confessionnelle; et également par un travail psychologique visant à se dégager de ses propres problèmes névrotiques, sans parler, cela va de soi, des influences aliénantes de la psychose. Comme on le voit le croyant dans le domaine de sa foi -comme le savant, dans celui de sa pratique et de sa théorisation- est amené à tenir compte de sa propre idéologie.

Du côté de la croyance: On constate que les religions polythéistes et monothéistes, tout en ayant en commun la reconnaissance d'une transcendance, diffèrent profondément les unes des autres, par leur naissance et par leurs développements. Les juifs, par leur propre histoire et celle de leurs pensées religieuses, ne purent admettre le message de Jésus qui n'est devenu Christ, c'est-à-dire messie, que pour ceux qui devinrent les chrétiens. Les musulmans suivirent Mahomet que les juifs, tout en reconnaissant son autorité politique, refusèrent de suivre en tant que prophète, car ils ne pouvaient accepter ce qu'ils considéraient comme des incohérences en regard de ses références bibliques.

2 L'assertion de H.P. Blavatsky est que: « La matière est l'esprit à son point le plus bas de manifestation, et l'esprit est la matière à son point le plus haut»

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Bouddha, pour sa part, après avoir reçu l'Eveil, enseigna à Bénarès une philosophie dont le caractère et le contenu étaient plus pragmatiques que religieux. La dogmatisation approbation. de son enseignement n'obtint jamais son

Les pères fondateurs des différents courants, qui inspirèrent, encore de nos jours, tant de croyants, marquèrent profondément leurs adeptes, au point que les différences furent historiquement les germes de bien des oppositions, quant elles ne furent pas celles de guerres fratricides. L'unicité des croyants n'est jamais devenue une réalité. Et il n'est pas interdit de penser que les systèmes de croyance ayant, dès leur origine et tout au long de leur histoire, été inspirés par des exigences idéologiques, pouvaient d'autant moins se confondre et s'unifier, que des intérêts puissants les soutenaient. Ce qui caractérise ces ensembles constitués et structurés, qui font penser les hommes selon des directions divergentes, c'est précisément de s'être édifiés selon des critères qui visent à transformer la réalité, et à justifier, sur un mode intéressé, leur inadéquation au réel, afin de pérenniser une stabilité faite, très généralement, d'avantages et de bénéfices inavoués par ceux qui en profitent. C'est ainsi que les croyants s'obstinent souvent sur des positions intangibles du fait d'une difficulté idéologique qui les empêche d'abandonner des positions conceptuelles périmées, mais rodées par une histoire partagée. On va voir que les mêmes processus idéologiques sont à l' œuvre du côté de la science. Mais, dès maintenant, nous pouvons comprendre qu'une idéologie donnée a une fonction: elle fonctionne comme un procédé, généralement méconnu par ceux qui l'adoptent, visant à réguler un rapport entre la réalité et la théorie (ou la philosophie ou encore la mentalité) supposée apte à en rendre compte ou à la fonder.

Du côté de la science: On s'aperçoit que l'objectivité dont se réclament les scientifiques est loin d'être exempte d'idées toutes faites. La certitude selon laquelle une théorie scientifique serait le reflet de faits observables, a été l'occasion d'une réplique d'Albert Einstein à Werner Heisenberg, qui le relate en disant qu'Einstein lui avait soutenu3 l'inverse de ce que lui croyait. À savoir « qu'une chose soit observable ou non dépend de la théorie que vous utilisez.
3

ln « La théorie physique: un point de vue critique» de W. Heisenberg Centre International de physique théorique de Trieste

- Conférence

publiée par le

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C'est la théorie qui décide de ce qui est observable» (Albert Einstein). « Observer, ajoutait-il, signifie établir une relation entre un phénomène et notre réalisation du phénomène» (c'est nous qui soulignons). Voici qui rejoint ce que nous exposions plus haut, en indiquant que la théorie n'est pas un reflet de la réalité observable, mais la condition d'existence de celle-ci. Pendant longtemps, en effet, la science ne prétendait connaître que les « observables ». Seuls ces faits relevaient de la véritable science. Des savants ont voulu combattre cette tendance restrictive. Un travail collectif conduit aux U.S.A. a été présenté dans un ouvrage qui fait date dans la récente histoire de la pensée scientifique (<< Gnose de Princeton » (opus La cité). Que dit-il? Qu'il existe, en fait, deux sortes d'informations: celles portant sur les « observables» et celles impliquant des « participables ». L'information reçue par « observables» est la plus proche de ce qu'on pourrait appeler le reflet de la réalité. Une théorie pavlovienne du « reflet» en psychologie, s'appuyait sur cette notion qui implique un œil, un regard sur le réel, puis un passage à la théorisation basée sur les critères des sciences expérimentales, à savoir le retour à la situation d'expérience qui doit vérifier la théorie. Mais ce reflet du monde dans un miroir vivant, néglige la participation, chez l'observateur, d'autres facultés aptes à recueillir l'observation. C'est pourquoi les chercheurs cités dans la gnose de Princeton ont ouvert une autre voie d'observation concernant les événements de nos vies: celle des « participables », ainsi opposée aux « observables ». L'information y est faite d'événements du domaine intérieur. Elle implique une énergie participative qu'on désigne, en ésotérisme, comme étant celle du « cœur », celle du « partage », et pas seulement celle de la « vision ». On ne croit plus ce que l'on voit, mais ce que l'on ressent en tant qu'individu dans la communauté humaine, c'est à dire ce à quoi on participe. Nous sommes ici dans un univers de partage. Cette connaissance débouche sur des thèmes trans-spatiaux que nous décrivons ailleurs, en citant les travaux du docteur Stanislaw Grof sur les phénomènes trans-personnels, et ceux de Carl Gustav Jung qui décrit dans « Ma vie» des expériences personnelles de ce type. Outre l'abord nouveau de faits qui n'obéissent plus aux processus spatiaux habituels, on se trouve devant une trans-temporalité dans le sens où le processus du temps «observé/observable» devient un temps « participable» hors du temps proprement dit. Une intelnporalité bien 19

troublante en vérité, dont on peut déjà dire qu'elle intéresse autant la science revue et corrigée par Einstein que la croyance réexaminée loin des religions, voire à travers puis au-delà du mysticisme, à partir d'une conception nouvelle et originale du travail mental et spirituel. Redisons que, pour Einstein, l'observation scientifique est, en somme, une adéquation entre un phénomène et la manière dont nous nous le représentons; ce qui est plus complexe qu'une simple théorie du reflet. Ouvrons ici une parenthèse sur l'objectivité et la subjectivité dans l'observation scientifique. Lorsque certains auteurs, comme Trinh Xuan Thuan, disent, à partir d'une démonstration très convaincante, que c'est « l'observateur qui crée la réalité », nous avons à comprendre que c'est seulement en tant qu'observateur, sinon la formulation paraîtrait inexacte. Car l'observateur, à notre sens, ne crée que la réalité «observable ». De toutes façons, l'autre, celle qui n'est pas observable, lui échappe. Du moins au niveau relativement concret où nous nous plaçons. Une sorte de bon sens matérialiste, de bon aloi, voudrait que I'homme ne se prenne pas pour Dieu. Ce vieux débat évoque celui, sur le plan philosophique, qui a historiquement opposé Marx à Hegel. Comme on le sait, Hegel considérait que la pensée est fondamentale et que la nature est l'esprit se révélant à lui-même. Le danger idéaliste de cette version avait interrogé Marx, qui avait inversé cette vision en disant que la matière est fondamentale, et que la conscience est la matière se révélant à elle-même. Cette sorte d'échange d'arguments ne permettant pas de trancher avec certitude, un scientifique comme D. Bohm a estimé que, au niveau humain qui est le nôtre, ni l'esprit, ni la matière, ne peuvent être considérés comme fondateurs de leur opposé; en sorte qu'ils ne sont ni l'un ni l'autre fondamentaux: ils appartiendraient l'un et l'autre à un ordre où, si l'on préfère, à un monde du «sens» plus profond, qu'il dénomme un ordre « implicite ». Cet ordre de plus grande réalité contiendrait à la fois la matière et l'esprit. Cette thèse est en complet accord avec la ligne spirituelle enseignée par l'ésotérisme qui postule un ordre supérieur de réalité. Cependant, le même D. Bohm, père de cet ordre implicite, probablement soucieux de ne pas quitter le réel pour quelque spéculation, exprimait qu'on pouvait « adopter une sorte de vision matérialiste qui s'accorderait avec cette conception» mais, ajoutait-il, « elle devrait s'éloigner de façon considérable de la forme habituelle du matérialisme ». Nous proposons, quant à nous, d'inverser la proposition pour l'appliquer au monde de la croyance lorsqu'il éloigne Dieu à une distance infinie, en avançant que la dualité matière/esprit pourrait se résoudre au plus près de notre individualité, au niveau de notre intimité la plus profonde. Cet 20

ordre intime où se résoudrait la dualité esprit/matière, serait alors celui qui les contiendrait tous deux et correspondrait, dans le domaine de la croyance à l'ordre implicite défini dans le domaine de la science. Ordre implicite des scientifiques et ordre intime des croyants contiendraient, dans cette hypothèse, la même potentialité dialectique où matière et esprit exprimeraient la dualité d'une unicité, qui leur serait soit supérieure (1'implicite) soit intérieur (1'intime). Comme on le voit, la question n'est pas facile à trancher. Ce que nous voulions souligner c'est que la sacro-sainte objectivité scientifique a du plomb dans l'aile, à la mesure de notre propre incapacité à être, comme chercheurs, exempts d'idées toutes faites où se faisant dans le cours de notre histoire personnelle: celles que nous rangeons ici sous la rubrique de la pollution idéologique. Ce qui ne veut pas dire qu'un certain degré d'objectivité est impossible, en matière scientifique. Mais l'homme qu'est le chercheur, par le biais de sa personnalité, risque toujours d'orienter ses travaux et sa méthodologie dans des directions qui peuvent longtemps l'induire en erreur, et freiner sa progression sans qu'il comprenne souvent pourquoi. C'est ce que Louis Althusser a décrit dans un ouvrage mettant en rapport la «philosophie », d'une part, et la «philosophie spontanée des savants », d'autre part4. Dans sa «thèse 21 », il affirme: «l'idéologie scientifique (ou des scientifiques) fait corps avec la pratique scientifique: c'est l'idéologie spontanée de la pratique scientifique ». Par la suite il ajoute qu'elle n'est pas si spontanée que ça et que ce sont là les surprises de la philosophie. Nous comprenons bien, en effet, que la pratique scientifique est le fait des individus: les scientifiques. Et que ceux-ci, à travers une pseudo spontanéité d'allure philosophique, ne font que mettre en évidence la complexité de leur propre nature, de leur caractère, de leurs appartenances, de leur histoire... bref de ce qu'ils sont réellement. Et ce qu'ils sont réellement, dans l'expression de leurs idées mises en forme dans leurs théories, est parfois difficilement discernable de leur « idéologie» propre. Quelle qu'en soit, donc, l'explication, la déformation idéologique, est inhérente à toute existence humaine et se manifeste à propos de toutes activités, essentiellement dans leurs formes intellectuelles parce que les plus élaborées. On peut en citer quelques exemples intéressants, qui ne concernent pas de petits chercheurs de laboratoire, mais les plus grands noms de la physique contemporaine. Abdus Salam est un physicien, né au Pakistan. Il raconte que son professeur de physique, interrogé par ses élèves sur l'électricité et la force nucléaire, avait déclaré que ça n'existait pas: «On ne les trouve qu'en Europe », affirmait-il. Il n'y avait, à l'époque, ni électricité ni rien qui puisse évoquer l'énergie nucléaire dans la ville de Jhang.
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Ouvrage cité

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