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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

H. Lerouge

Souvenirs d'un pèlerinage à Rome

A

 

 

mon cher compagnon de voyage

 

 

LOUIS-DÉSIRÉ VIVIEN.

AVANT-PROPOS

Je retrace en ce petit livre les impressions que j’ai conservées du pélerinage qu’il m’a été donné de faire à la ville pontificale. J’ai vu le Vicaire de Jésus-Christ ; et, riche de sa bénédiction, je suis revenu, avec un nouveau courage, aux saintes fonctions que m’a confiées la Providence. En écrivant ces lignes, je croyais travailler pour moi seul ; et toute mon intention était de me ménager le moyen de rappeler à ma mémoire les souvenirs d’à-présent, quand le temps menacerait de m’en priver par l’oubli. Mais depuis, j’ai pensé que la lecture de ce recueil serait peut-être capable d’édifier les fidèles et d’exciter en d’autres esprits des sentiments de vénération et d’amour pour notre Eglise catholique dont Rome est le centre majestueux. Si mes vœux se réalisent, j’en aurai bien de la joie ; mais que la gloire en soit à Dieu !

I

Le Voyage

Depuis le jour où notre voyage fut résolu, mon esprit était privé en quelque sorte de tout repos. Je ne songeais plus qu’à Rome. Que vous êtes heureux, me disait-on de toutes parts ! Oui, je l’étais : car je voyais sur le point de s’accomplir le rève de plusieurs années. L’attente, l’ennui, l’inquiétude, la joie, me faisaient trouver bien long le temps qui devait encore s’écouler jusqu’au départ.

Nous sommes partis le jeudi 12 août, et le lendemain nous étions à Dijon quand le jour commençait. Quel triste spectacle cette ville offrit à nos yeux dans plusieurs de ses quartiers ! Des églises de majestueuse apparence se présentaient à nous, et lorsque nous approchions pour entrer, elles n’étaient plus que des marchés publics, des halles, des greniers à fourrage. Quand nos pères ont élevé ces temples ils ne s’attendaient pas à une telle profanation, et ceux qui dorment sous les pierres de ces monuments ne croyaient pas être ensevelis dans un lieu si peu chrétien.

Pourtant l’intérieur des églises conservées au culte catholique nous consola de la triste impression faite sur nous par le déplorable état des autres. Mais au dehors elles n’ont rien de cet aspect imposant qui fait reconnaître de loin la plupart de nos grandes cités. Point de tours : seulement quelques clochers qui ne disent presque rien à la vue malgré leur prodigieuse hauteur.

Nous avons admiré les portails. Celui de la cathédrale est remarquable par de beaux bas-reliefs. Celui de saint Michel est composé d’arceaux qui forment voute et qui sont semés d’anges. A Notre-Dame, les galeries d’entrée ne manquent pas de majesté.

Il nous a été impossible de pénétrer dans l’ancienne Chartreuse pour y voir le puits de Moyse. Mais nous avons vu les musées.

Celui des tableaux et des antiques à l’hôtel-de-ville nous a paru bien composé. Les tombeaux des ducs de Bourgogne y ont été apportés de l’église des Chartreux où ils étaient autrefois. Par une rencontre qui pour être fortuite ne laisse pas d’intéresser, ils sont placés dans le lieu même où les princes qu’ils rappellent donnaient leurs fêtes aux jours de leur puissance.

Le musée d’histoire naturelle, bien qu’il ne soit que commencé, offre déjà de belles collections. A la vue de celte multitude et de cette variété d’êtres créés par Dieu, on ne peut s’empêcher de rendre hommage à l’auteur de tant de merveilles.

Désœuvrés que nous étions, en sortant du jardin public, nous nous promenions sur les remparts quand un dôme parut à nos yeux. Nous allâmes à la recherche, et nous fumes bientôt à la porte d’une petite église qui refusa de se laisser ouvrir. On vint à nous d’une maison voisine dont cette église est la chapelle. Nous étions à la maison de Sainte-Anne, ancien couvent de religieuses de l’ordre de saint Bernard, où l’on élève gratuitement cent quarante jeunes filles pauvres ou orphelines. Nous avons parcouru toutes les salles, édifiés de la bonne tenue et de l’apparence de piété qui se montrait de toutes parts. Les maîtresses portent un costume régulier, mais ne sont liées par un aucun vœu. Avant de sortir, je dis à notre conductrice que nous allions en pélerinage à Rome, et que nous y prierions Dieu pour elle et sa sainte maison. Ce sera trop de récompense, nous fut-il répondu, avec cet empressement que la foi seule sait produire.

Partis le soir de Dijon, nous arrivâmes à Châlons dans la nuit, et dès le matin la vapeur nous entraîna sur la Saône pour nous descendre à Lyon. Nous nous réjouissions d’arriver dans cette cité la plus chrétienne de France, pour la fête de l’Assomption.

Elle parut sur les deux heures, et nous montra tout d’abord les épouvantables effets des dernières inondations. On aborda près du pont Saint-Vincent.

Lyon possède une femme célèbre dans le monde religieux pour avoir institué le Rosaire-Vivant. A l’entrée de sa maison est une petite chapelle dédiée à sainte Philomène ; et sur les murs d’une grande terrasse sont écrites en lettres d’or les litanies de la Vierge. Mademoiselle Jaricho nous reçut avec distinction, et me dit ce que j’avais à faire pour célébrer la messe le lendemain au principal autel de l’église de Fourvières.

En montant à cette église on rencontre l’Antiquaille, hospice renommé dont les antiques souterrains renferment des traces curieuses des vieilles persécutions. Nous avons prié devant l’étroit cachot où fut enfermé saint Pothin, dans la prison des martyrs, et au pied de la colonne qu’une servante de Jésus-Christ, sainte Blandine a sanctifiée par ses souffrances.

Sur le sommet de la montagne existe un sanctuaire vénéré depuis bien des siècles par la foi des Lyonnais. On lit au-dessus de la porte une inscription placée en cet endroit par ordre de la ville, qui se dit avoir été préservée par la protection de Marie, des atteintes du choléra.

Au-dedans, les murs sont couverts de petits cadres qui attestent des guérisons ou d’autres faveurs attribuées à la Reine du ciel. On voit aussi des membres humains faits avec de !a cire, et des cierges qui brûlent toujours en grand nombre devant les saintes images.

Dès le matin de l’Assomption, la foule était immense aux environs de Fourvières. Les messes se succédaient sans aucune interruption, et de moment en moment une multitude nouvelle, serrée contre la porte, envahissait l’église. Quand je montai à l’autel, les assistants se pressaient de telle sorte qu’il y en avait à genoux jusque sur les degrés.

En suivant la montagne de Fourvières, dans le sens de la rivière de Saône, on arrive, après une marche assez longue, à l’église de saint Irénée. Tout cet espace est saint pour avoir été le théâtre du martyre de dix-neuf mille chrétiens. Une rue s’appelle Gourguillon, c’est-à-dire, mare de sang. Il y a sous l’église moderne une ancienne construction qui servait de chapelle au grand pontife qu’on y invoque aujourd’hui. Là aussi est un calvaire érigé par la même pensée qui a mis le Chemin de la Croix dans l’enceinte du Colysée.

J’ai bien aimé la cathédrale de Lyon. On y a placé dans une chapelle latérale le saint martyr Exupère que le pape envoya dernièrement au conseil de l’œuvre admirable de la propagation de la foi. A toutes les heures du jour les fidèles viennent prier devant ces saintes reliques.

Parmi les autres monuments qui se rencontrent à Lyon, je n’oublierai pas de citer la jolie église des Chartreux, semblable à peu près à celle qu’on admire au Val-de-Grâce à Paris. A côté sont les débris du cloître. Les galeries existent encore ; on voit les portes des cellules. Une des maisons qui les remplacent est occupée par des filles du tiers-ordre de saint François d’Assise. Elles nous ont montré leur demeure, et ce qui reste des cellules des anciens pères.

Les bonnes sœurs nous ont appris qu’il y avait à Lyon des religieux de leur ordre. Nous les trouvâmes en effet sur la rive gauche du Rhône. Un jeune père nous fit voir dans les caveaux de leur église des amas d’ossements, tristes débris de six mille Lyonnais que la révolution fit mitrailler dans les champs du voisinage.

Nous avons quitté Lyon, mardi 17 août, à quatre heures du matin, et regardé en passant la belle cathédrale de Vienne, Tournon, Valence où Pie VI est mort, Viviers, admirable par sa situation, parmi d’énormes rochers qui semblent impraticables, et le fameux pont Saint-Esprit qui ne présentait à cette époque aucune apparence de danger.

Avant de toucher Avignon, nous n’avions pas encore éprouvé le changement de température qu’on doit inévitablement ressentir quand on descend beaucoup vers le midi ; mais à la hauteur de cette ville nous entrions dans un tout autre climat. Le ciel était enflammé, et le Mistral, vent de la mer, soulevait de chaque côté du fleuve une poussière épaisse.

Avignon n’a que des rues étroites, tortueuses et des maisons mal bâties. Les églises n’ont rien de beau, excepté la cathédrale qui est pourtant trop petite. Elle s’élève sur un rocher qui domine la ville auprès du vieux palais des papes.

Un régiment a succédé dans ce palais à la Cour pontificale. Les fondements sont taillés dans le roc, et les murs d’une hauteur prodigieuse, sont si solides, qu’ils semblent devoir être éternels. Nous avons vu les appartements des pontifes, la salle du conclave, l’ancienne chapelle, et la partie affectée au tribunal de l’inquisition. Nos discordes civiles ont laissé dans ce palais de douloureux souvenirs. Une allée étroite et découverte a été le lieu du supplice d’un grand nombre de prisonniers. Les murs sont encore après cinquante ans sillonnés par la mitraille. Les corps de ces infortunés ont été précipités ensuite dans un gouffre voûté qui servait de glacière, et dans le fond duquel les yeux ne plongent pas sans effroi.

Le 18, dès le matin, nous faisions notre entrée à Marseille.

Le port nous a paru magnifique. Il est immense, de forme rectangulaire et bordé par de larges quais. On y entre par un passage étroit que défendent deux rochers. Une incroyable quantité de vaisseaux y arrive : tous les peuples s’y rencontrent avec leurs costumes nationaux : on y parle toutes les langues.

La cathédrale de Marseille ressemble beaucoup à celle d’Avignon qu’elle surpasse en grandeur. Elle porte un air d’antiquité qui la rend vénérable, et le genre de sa construction excite bien à prier. Il y a comme trois églises, ou plutôt trois chœurs dans le même édifice : deux à l’entrée dans les bras de la nef transversale, le troisième en face des portes.

Une autre église, très ancienne, Saint-Victor, faisait partie du célèbre monastère de ce nom, dont il est si souvent parlé dans l’histoire de la religion. Elle a des cryptes curieuses que nous avons parcourues. On dit que Madeleine et Lazare y abordèrent autrefois ; et que ces souterrains ont été dans notre pays des Gaules la première église chrétienne. Tout indique en effet que dès les temps les plus reculés, ces lieux étaient consacrés au culte de Jésus-Christ. On voit à la voûte et sur les murs des sculptures de la plus haute antiquité. Des tombeaux sont taillés dans le roc comme aux catacombes de Rome. On montre aussi le commencement d’un chemin ténébreux qui servait aux chrétiens persécutés, pour se réfugier dans les montagnes, de l’autre côté du port. Mais rien ne nous a plu à Marseille autant que le sanctuaire de Notre-Dame-de-la-Garde.

On appelle ainsi une chapelle bâtie sur une roche escarpée qui domine à la fois la ville, le port et la mer. Souvent les marins y montent par troupes pour l’accomplissement d’un vœu qu’ils ont fait dans la tempête. J’ai dit la messe deux fois dans cet auguste édifice, et deux fois aussi nous y avons assisté au salut, le soir, dans l’octave de l’Assomption. Hommes, femmes, enfants, s’y pressent autour de Marie qu’ils n’appellent que la bonne Mère. Tous chantent avec enthousiasme ses gracieuses litanies, les hymmes au saint Sacrement, les cantiques. Leurs voix rauques et sauvages comme le bruit des flots en furie ont un son de piété que je n’oublierai jamais.

Bonne Mère, veille sur cet enfant que de pieux parents te consacrèrent devant nous. Protège cet autre qui pleurait parce que la foule trop pressée l’empêchait d’approcher de la table du Seigneur. Exauce aussi les prières que je t’adressais dans ce lieu, Etoile de la mer, Refuge des pécheurs, Notre-Dame-de-la-Garde !....

Enfin le jour du départ arriva, samedi 21 août. Le soir à six heures nous quittions le port sur le Léonidas, paquebot de l’État, à vapeur et à trois mâts. Jusqu’à la nuit je regardai bien des fois Notre-Dame, la priant de nous guider dans notre course maritime. La bonne Mère nous entendit.

Parmi les voyageurs que portait le navire, et dont je veux conserver le souvenir, je dois mettre au premier rang monseigneur Maxime Mazlum, patriarche catholique grec de Jérusalem, Antioche et Alexandrie. Il avait avec lui son archidiacre Michel Cattan, dont j’aimais le caractère affectueux et l’air mélancolique. Tous deux Orientaux d’origine, parlaient assez bien le français. Ils retournaient en Syrie. Avec nous étaient aussi l’abbé Diétrich, professeur au grand séminaire de Strasbourg, qui, peu de jours après, fut reçu à Rome docteur en théologie, le P. Nicolas, religieux franciscain, missionnaire à Constantinople, l’abbé Godleski, jeune prêtre polonais qui allait attendre à Rome, auprès de quelques-uns de ses compatriotes, le moment où la tyrannie du Czar ne leur interdirait plus l’entrée de la Pologne. Et de plus nous avions à bord des filles de la Charité. Elles partaient au nombre de six pour exercer leur sublime dévouement à Constantinople, à Smyrne et à Santorin. L’équipage les vénérait.

Dès le matin qui suivit le départ, nous apercevions la Corse comme un nuage sur l’horison. Le soir nous l’avons vue d’assez près pour distinguer la forme des montagnes et compter les maisons qui sont dispersées sur la côte. Le lendemain, au point du jour, nous étions en vue de Livourne. Comme on devait s’arrêter quelque temps en présence du port, nous avons voulu visiter la première ville italienne qui s’offrait à nos regards.

Livourne compte, nous a-t-on dit, quatre-vingt-dix mille habitants, dont trente mille israélites. Nous avons vu leur synagogue qui est entière de marbre et d’une élégance remarquable. Les églises sont belles aussi. Tout y est marbre, le pavé, les pilastres, les murs. Les voûtes sont ornées de peintures, et les tableaux des autels ravissent par leur beauté.

Après avoir pris dans Livourne cet avant-goût des délices de Rome, nous retournâmes au vaisseau qui vogua le reste du jour et toute la nuit le long des côtes d’Italie. Le mardi, à dix heures, on nous fit redescendre à terre à Civita-Vecchia, dans les Etats-Romains.

C’est du port de cette antique cité, autrefois Centum-celles, que partaient les flottes du peuple-roi pour aller soumettre à la domination romaine les nations les plus éloignées. On s’efforce de rajeunir les vieilles constructions qui l’entourent.

A six heures, le même jour, nous montâmes dans une voiture que nous avions louée pour huit, et le mercredi 25 août, dès le matin, nous apercevions la coupole de Saint-Pierre.

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