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Triptyque de Rabat

De
144 pages

Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Abdelkébir Khatibi. Abdelkébir Khatibi, poète, critique, penseur, se révèle ici à nouveau également un maître de l'énigme, de la volute chatoyante et de l'allusion suggestive. Son livre, qui est en quelque sorte une manière de parabole politique et en même temps un traité de la vie amoureuse, s'efforce de débusquer les ressorts d'une nouvelle sainteté laïque, entre Islam et Modernité, en démêlant les fils inextricables d'un monde tissé de mirages, de sous-entendus, de chuchotements, de cris de terreurs et de jouissance étouffés. Il nous offre ainsi un portrait inquiétant de l'univers du Pouvoir en vase clos, sibyllin, brutal et feutré, château de cartes interchangeables, palais de miroirs toujours à la merci d'une soudaine irruption du réel. Le Triptyque de Rabat peut être une sorte de réplique inversée ou en chiasme de l'univers du Quatuor d'Alexandrie de Lawrence Durrell, magie d'un monde insinuant et occulte où le démiurge règne en maître. C'est un livre de maturité qui se dérobe à toute facilité manichéenne et se fraye un chemin courageux entre Occident et Orient, Français et Arabes, Modernité et Tradition. Aux forces délétères de la corruption, du népotisme et du secret endémique, véritables puissances du règne de l'éphémère et de la dissipation, Khatibi oppose l'éternité d'un symbole invaincu qui est également une métaphore féconde et complexe: le Faucon magique.


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ABDELKÉBIR KHATIBI
Triptyque de Rabat
Roman
La République des Lettres
Avertissement
Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait
purement fortuite ou involontaire, dans ce triptyqu e qui est une histoire pliée en
trois.
APPARITION
Idris ouvrit la porte avec nonchalance. Il ne vit q u’une ombre. De l’ombre se
détacha un reflet net, le visage d’une femme. Il la fixa du regard, et soudain, il la
reconnut. Perplexe, il le fut à tel point que son v isage se figea. Mais il reprit ses
esprits. Son sourire se recomposa avec une douceur inquiète. Il cria : « Quelle
magnifique surprise ! »
Nafissa était sur le pas de la porte, attendant d’e ntrer ou peut-être de rebrousser
chemin, sait-on jamais ? Idris se souvenait bien de son visage, de ses traits et de
leur extrême finesse. Qu’elle fût habillée avec une certaine désinvolture — une
chemisette assez transparente, une jupe floue et presque courte, juste ce qu’il faut,
des sandales à l’indienne — ne l’étonna pas outre m esure. N’avait-elle pas l’art de
transformer sa beauté négligée en une élégance pres que inquiétante ! D’un geste,
elle enleva ses lunettes noires en s’avançant vers lui ; mais, hésitante, elle s’arrêta.
Immobiles l’un devant l’autre. On eût dit qu’une fo rce ou une frontière invisible les
séparait. Oui, il n’avait plus de doute. Il balbutia : « Que de temps passé ! … huit
années ! »
Il lui embrassa les yeux. À son tour et tout en entrant, elle lui caressa furtivement
les lèvres avec les doigts, et, dans un silence tro ublant, elle se dirigea avec
détermination vers le salon. Détermination, à dire vrai, inintelligible ; car, dès qu’elle
se fût assise, elle s’assoupit sur le sofa. Idris l a vit pencher la tête avec une frivolité
enfantine, se voilant derrière une histoire énigmatique, un passé proche ou lointain,
incroyablement fermé sur lui-même. Vivait-elle touj ours ainsi, dans un perpétuel
rêve éveillé ? D’où venait-elle ? de quelle insomni e ? de quel pays légendaire ?
Elle jeta un regard circulaire autour d’elle, autou r de lui, comme balayant une
poussière immatérielle. Tout semblait être à sa pla ce. Même le visage d’Idris n’était
pas altéré par le temps : pureté des lignes, douceu r un peu triste des yeux, atténuée
par un sourire ironique. C’est le portrait d’un hom me dans la force de l’âge, formé
par une solitude bienveillante et hospitalière. Nafissa plongea dans un demi-
sommeil. Un puissant sentiment d’irréalité le saisi t. Aussi fit-il quelques pas en
marmonnant. Elle resta muette, coupée du monde. À p eine remua-t-elle le bout des
lèvres. Puis, lentement, elle s’allongea, posant la main droite sur la chevelure et la
gauche sur la poitrine. Avait-elle frissonné ? Dorm ait-elle réellement ? Déconcerté, il
prit un drap, la couvrit, et, sans faire de bruit, sortit prendre l’air.
Mais de l’air, il n’y en avait point. Une chaleur b rutale collait littéralement à la
ville, à sa peau. Dans la rue, tout était immobile, ciel et terre, et à l’horizon, la ligne
moite de l’Océan. La rue était presque déserte. Il faillit rentrer lorsqu’une légère
brise dégagea la ville de sa torpeur. La fin du pri ntemps reprit ses droits sur ce
sirocco passager et destructeur, venu de l’est, et qui faillit brûler, cette année-là, les
plus belles plantes de la ville.
Les jacarandas de Rabat sont bénis. Ils fleurissent en mai lorsque le printemps a
déjà disséminé toute sa splendeur. Cet éblouissemen t rendit Idris songeur. Il aimait,
entre toutes, la ruelle Abou Nouwas, couverte par u ne allée si éclatante de fleurs
qu’elle fait tourner la tête aux flâneurs et amoure ux du quartier. La tête et le
mouvement des pas. Comparée à la permanence des bou gainvillées ornant les
villas, d’un côté ou de l’autre de la rue, la fragi lité des jacarandas et leur grâce
passagère provoquaient toujours en lui une nostalgi e attendrie. Bientôt les fleurs
joncheraient le sol et les arbres retrouveraient le ur forme sculpturale, desséchée et
oubliée sous leur propre ombre.
Mais Nafissa, pourquoi était-elle là ? Comment avai telle trouvé son adresse ?
Qui l’avait guidée jusqu’à lui sans l’avertir ? Et ce silence opaque, à quoi l’attribuer ?
Peut-être à ce mystère, voilé par une familiarité trompeuse …
Oui, il avait rencontré Nafissa, à Marrakech, au co urs d’une soirée amicale.
Aucun coup de foudre. De l’un à l’autre, une approc he lente, sinueuse, enjouée,
surgissant d’un désir incontrôlable. Bien qu’inoubl iée, cette rencontre était comme
dispersée dans le temps, si bien qu’il ne savait pl us si c’était une
passade — comme on dit — ou si Nafissa était, effec tivement, un être exceptionnel,
doué de qualités initiatiques. Mais en quoi l’était-elle ? C’est le portrait d’une femme
non-identifiée. Personne ne savait d’où elle venait et revenait. Peut-on garantir à ce
début d’histoire la clarté du vide où deux ombres i ncertaines rejoindront peut-être la
Féerie ? Chaque rencontre témoigne d’elle-même. C’e st tout.
Au cours de cette soirée, il l’avait regardée avec insistance. Elle lui avait
répondu furtivement, avec des nuances si subtiles q u’il n’avait aucune raison de
douter. Il avait l’impression que ce dialogue des y eux s’emparait des autres et de
leur gaieté sensuelle, pour augmenter, en quelque s orte, la puissance de leur désir.
Ils s’approchèrent l’un de l’autre et se donnèrent le mot de passe. Puis il
l’embarqua. Oui, c’est cela, il l’embarqua. Nuit de ravissement et d’ivresse érotique.
Pourquoi lui avait-ellecédési vite ? Elle n’avait pas l’air d’une prostituée, ni d’une
amoureuse déréglée. Tout était possible, mais rien ne fut prouvé. On pourrait
évoquer le mutisme de Nafissa, ses cris, sa liberté désordonnée, ses apparitions et
disparitions dans la nuit. Ces signes suffisent-ils pour identifier le destin d’une
inconnue ? Le contraire était possible aussi : une femme hors du commun, encore
incomprise, drapée sous sa splendeur, délivrée d’el le-même et de ses charmes.
Idris la perdit de vue rapidement. Que restait-il ? Peut-être une pure image. Une
allégorie. Un souvenir égaré dans des conditions op aques, incompréhensibles,
sans fondement. Que voulait-elle de lui maintenant — après tout ce temps ? Idris
était très inquiet. Mais celui qui est menacé par s on propre désir ne peut que prier.
Depuis son divorce — un an à peine — Idris se repos ait dans l’oisiveté. Période
où sa sensualité en sommeil reprit, peu à peu, sa l iberté. Un divorce « heureux »,
dirait-on, tout à fait à l’amiable, sans trop de cris ni de larmes. Pour comble de
bonheur, sa femme Khadija était, de nouveau, sa maîtresse attitrée. Chaque
semaine, il retrouvait ses enfants avec joie. Que d ésirait-il de plus ? Mais cette
double vie le rendait plus perplexe et solitaire. S a femme lui tenait tête. D’où
pouvait-elle puiser cette force ? Force bouleversan te, presque cruelle, tant Khadija
demeurait si loyale envers lui et si fidèle à elle-même.
Au bureau, il faisait son travail sans enthousiasme , sans désespoir non plus. On
le laissait tranquille. Depuis un certain temps, il se sentait désabusé. Son ambition
avait-elle fait naufrage le jour où il fut décourag é par la détresse des pauvres ? Ces
mendiants de toutes sortes qui vous arrêtent, vous touchent en priant sur votre tête,
vos yeux, vos mains figées. Ils témoignent, il faut qu’ils témoignent. Sur quoi ? sur
la survie. Voire ! Fantômes ou revenants entre les mains des nantis, seront-ils
toujours entretenus par le culte des morts, devant la coupole des Marabouts ? Car,
qui périt dans le dénuement a peu de poids sur la terre et sous elle.
Le ministre, un agent de la démocratie musclée et d écorative, le nomma à un
autre poste. De nombreux avantages lui furent accordés. Idris n’en voyait pas les
motifs, mais que pouvait-il faire ? N’était-il pas maintenant rangé au « garage » ? Il
traitait les dossiers avec circonspection depuis le dernier scandale, qui fut vite
étouffé. Un scandale de corruption. La Coterie fit disparaître les papiers de son
bureau, en brouillant les pistes et en déconnectant les services. Les dossiers en
instance s’accumulaient. Une instance sans aucun su ivi : les dossiers étaient
classés pour être aussitôt déclassés. Urgence ou fa usse urgence, vitesse ou
contre-vitesse. Les fonctionnaires se mettaient à c ourir dans les couloirs des
ministères et dans les rues de la ville, sans savoi r d’ailleurs pourquoi. Mais Dieu est
clément : on le dit souvent avec un accent fatal. Idris se désintéressa de son travail.
On l’avait mis à l’épreuve. Aussi se protégeait-il contre les coups bas. Il avait
l’impression qu’on continuait à l’utiliser, qu’une force occulte lui dérobait sa volonté,
le déchargeant de ses rapports directs avec la réal ité du pouvoir. Il ne devait pas,
non plus, se plaindre. Sa carrière suivait son cours, selon une hiérarchie stable,
ordonnée, inlassablement remodelée. Pourtant, une s ouffrance aiguë — un
sentiment d’échec — avait inhibé ses certitudes, ne utralisant son esprit d’initiative. Il
se tenait à l’écart — avec dignité. Pour combien de temps et à quel prix ? Peut-on
parler de « dignité » quand elle se nourrit d’amertume ?
Idris reprit lentement le chemin du retour, saluant au passage les gens du
quartier. Le marché de l’Agdal était vide à ces heu res, à part quelques chats errants
qui dorment, de coutume, sous les voitures en « sni ffant » l’odeur de l’essence, il y
en avait deux qui faisaient le guet devant le march and de brochettes. Brochettes
qu’on sert avec de la bière, uniquement dans le bar du café, jamais à la terrasse.
C’est presque un proverbe de dire ici : plus les brochettes sont épicées, plus la
bière est licite !
Idris regrettait le départ de son boucher. Cet homm e, de bonne humeur, vénérait
la viande, il la pesait et la recoupait avec un res pect religieux. N’avait-il pas
accroché, au-dessus de la chambre froide, une phras e coranique sur le paradis !
Curieusement, avec le temps, ce boucher ressemblait de plus en plus à un mouton.
Un mouton souriant, poli, d’une courtoisie à toute épreuve. En passant devant une
pâtisserie, Idris le vit s’affairer avec la même ardeur. « Quel mouton enfariné ! », se
dit-il en souriant. C’est ainsi que, dans la rêveri e, se construit le début d’un conte
miraculeux sur la réincarnation.
En marchant, Idris continua à saluer, de loin ou de près, avec une gestuelle
appropriée à chaque rôle : ici, le vendeur de journ aux ; là, l’épicier du coin, relayé
par l’épicier de l’autre coin, et là-bas, le marcha nd de bazar, assis devant la porte
du magasin. Un bazariste, là, dans ce quartier où i l n’y avait aucun touriste ; quelle
idée ! Idris le salua poliment. Il ne bousculait ja mais les moeurs des siens. Même
devant la mort, il faut rester poli. Surtout devant elle, et, sans doute, éternellement
après elle, dans les réjouissances de l’au-delà …
Idris aimait ce quartier, son architecture, son jardin et son atmosphère
villageoise. Un quartier fleuri en forme de paysage colonial et exotique, situé sur un
plateau légèrement élevé et qui descend jusqu’à la large et magnifique avenue de
la Victoire. Mais que de villas rasées ! Que de nou veaux immeubles ! Dans son
esprit, se surimposaient deux images de la ville, c elle du passé colonial qui, en une
génération, s’est altérée ; et celle d’aujourd’hui, cherchant encore son équilibre.
Dans un coin de rue, il revit en pensée la villa di sparue de Monsieur Jean, qui quitta
le Maroc, deux ans après l’indépendance. Une villa style provençal, dans un jardin
curieux, parsemé de statues absurdes et méconnaissa bles.
Idris l’avait connu au ministère, avant son départ. Il avait la curieuse impression
d’être son double. Chacun attendait : l’un pour partir, et l’autre pour le remplacer.
Fin d’un monde où se révèle la fragilité initiale d es hommes. Quelque chose de
nostalgique se lisait dans les yeux de Monsieur Jea n, dans ses gestes. Peut-être
l’Histoire est-elle une bibliothèque délabrée, un rêve inventé par un fou. Monsieur
Jean souriait avec tristesse, de plus en plus étran ger à lui-même et à son passé.
Même sa voix s’était transformée, comme si elle ne filtrait plus que les sons d’une
vie perdue. Idris était sensible à cette complaisan ce amère, mais discrète, que lui
témoignait Monsieur Jean. Une amitié sans lendemain les liait. Une amitié ? peut-
être plus un trouble d’identité mutuelle qu’une ren contre inouïe. Et qui eût garanti,
en ce monde colonial qui finissait, l’effacement de s blessures ? Qui pût concéder à
l’autre l’ajournement du deuil ?
C’était une solitude presque partagée qui affectait leur collaboration au
ministère. L’un venait vers l’autre, il suivait ses traces, et l’autre était sans avenir sur
cette terre qui l’a vu naître et grandir. Où se tro uve maintenant Monsieur Jean ?
Quelque part en France, dans une maison de santé po ur vieux retraités.
Soudain, Idris fut saisi de frayeur. Comment, lui q ui était si prudent, avait-il laissé
Nafissa toute seule ? Peut-être était-elle une folle en liberté, se guérissant de jour
en jour, par apparitions successives dans la vie im aginaire des autres. Cette
hypothèse était peut-être fausse. Après tout, ce de mi-sommeil n’était,
probablement, qu’une fatigue provisoire. Que savait-il d’elle au juste ? rien de
précis. Il se dépêcha de rentrer. Il la trouva toujours assoupie, étendue sur le dos.
Repos d’une magicienne. Il s’allongea auprès d’elle et la caressa avec une douceur
presque appliquée. Elle lui répondit en silence, av ec une aisance si naturelle qu’il
oublia sa frayeur. Déshabillement à quatre mains, i ntrication souple des gestes.
Tout fut rapide ensuite lorsqu’ils se glissèrent su r le tapis en poussant les tables et
les chaises, mains et pieds mêlés. Elle se leva et s’appuya le dos contre le mur, elle
s’offrit de nouveau à lui. Sa tête reposait contre un tableau reproduit de Klimt.
Moment de trouble, comme si, l’admirant avec le tra it voluptueux du peintre, il
jouissait avec son âme. L’âme ! elle en avait plusi eurs, dit enfin Nafissa. Elle éclata
de rire. Dans cet éclat même, Idris sentit une raid eur de cristal, couverte d’eau, de
végétaux et de fleurs éclatées. Il pleura de joie l orsqu’il la saisit au vol — à la
hauteur de sa propre bouche. Il lui mordilla le sex e, aux lèvres mouillées. Lèvres si
avenantes qu’il faillit perdre l’équilibre. Plus ta rd, un bref vertige le saisit. Il tomba.
Elle le suivit dans sa chute, puis s’assoupit, la tête contre les cuisses d’Idris.
Il se leva pour préparer du café. Le rejoignant à l a cuisine, elle éteignit le feu et
l’attira vers elle, avec une autorité irrésistible. Plus tard, il se vit debout devant la
baignoire. Elle y était allongée, les yeux mi-clos, les bras pliés sous la nuque et
jouant de ses pieds avec des bulles de savon.
C’est ainsi qu’ils firent l’amour : dans la cuisine , dans le salon, dans d’autres
chambres, au lit, à côté et sous le lit, tantôt nus , tantôt légèrement habillés, fumant,
buvant, se massant de temps en temps, pivotant selo n des positions
improvisées — dans un silence incroyable. La maison prit la forme d’un corps
polyforme, hydre en expansion se nourrissant de la force têtue et taciturne des
choses, de l’inertie même des objets éparpillés en cet espace désordonné, presque
irréel. Le soleil avait caché sa face et la nuit n’ était plus visible.
Il ne sentit aucune fatigue. Mais, délivré de sa frayeur, Idris semblait planer. Il
s’assit dans un fauteuil et passa un disque. Il reg arda autour de lui. Sa maison était
transfigurée. Les deux salons se faisant face, l’un avec des banquettes basses en
vert bouteille ; et l’autre, de style européen — un sofa et deux fauteuils en gris
foncé — étaient agencés, en quelque sorte, par les dessins du tapis et ses
couleurs. Un ordre secret rapprochait les objets. T out était abrité dans son site
érotique, dans son espace plastique et rythmé. Déco uverte qui excita Idris.
En écoutant la musique, il rêvait sur ces dessins, sur leur ajustement sensuel,
tissé par un langage oublié, mémoire paradisiaque d es femmes. Mais, se dit-il, le
paradis est le jardin des pauvres. Il fut distrait par les motifs purement
géométriques, d’où émergea, par quelque miracle vis uel du tapis, le corps esquissé
d’une danseuse berbère. Elle semblait sortir d’un v ieux songe, comme si,
descendant de la montagne en dansant, elle se renda it à une fête. La terre ne
cessa de fleurir, les paysages de défiler en proces sion. Un chant lointain jaillit. Un
souffle. Une brise. Idris s’endormit.
Un pour Un
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