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UN REGARD D'AUJOURD'HUI SUR LA VIE, LA MORT, L'EVOLUTION

De
296 pages
Comment comprendre l'évolution de la vie sur terre, des bactéries à l'homme ? Le hasard ne peut pas expliquer la structure ingénieuse de l'être humain. L'hypothèse d'une intelligence de la nature s'impose, mais d'une intelligence qui ne s'intéresse pas aux individus. Le mal en invitant les hommes à le combattre développe leur intelligence et contribue aussi à l'évolution et au progrès.A travers ces multiples essais une nouvelle façon de comprendre l'univers nous est exposée.
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Jean-Claude BERTRAND

Un regard d'aujourd'hui sur la vie, la mort et l'évolution

L'Harmattan 5-7, rue de J'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest

HONGRJE

L'Harmattan UaUa Via Bava, 37 10214 Torino ITALffi

@L'Hannatlan,2001 ISBN: 2-7475-1963-5

PRESE NT ATI ON... ALTRUISME I - ALTRUISMEET ÉGOïSME
11- OBJECTIONAUDARWINISME

9 12
12 14

AMOUR

16 ... 16 17 18 18

I IDÉEGÉNÉRALE
Il - AMOUR ETSAGESSE III - AMOUR ETLIBERTÉ IV- AMOUR FOU

-

L ' AVENIR I - PROMETTEUR ? II - SOMBRE?
III- MAIS POURL' AVENIRPROCHE?

20 20 22
23

LE BEAU

..

25
25 27 28 29

1- SPLENDEURDELA VIE II - SON RÔLEDANSL'ÉVOLUTION III SON RÔLE SOCIAL IV-BEAuTÉ ARTISTIQUE ETBEAUTÉNATURELLE

-

LE BIEN

31
;

LE BLASPHEME BONHE UR DE VIVRE. LE CLONA GE LE CO MIQUE
I COMIQUE, HUMOUR,ESPRIT

34 35 38 41
.4 43 45

- LA SIGNIFICATION DURIRE III - ESPRIT ET POÉSIE
II

-

CO MMAND EMENTS CO MPREND RE, EXPLO RER LA CONSCIENCE (LE CONSCIENT) I - LA CONSCIENCE-SIGNAL
11- LA CONSCIENCE-GUIDE CONSCIENCE (OU PRATIQUE) III CONSCIENCEPRATIQUEET .INTELLIGENCE

48 50 52
52 55 57

-

IV - LA CONSCIENCE RÉFLÉCHIE

58

4
v - LACONSCIENCE DESOI VI - ETLACONSCIENCE MORALE 7 VII- ETLAMÉMOIRE '" 7 ... Vlll - ETLERÊVE7 IX - ET LEREFOULÉ 7 X- CONCLUSION 61 63 ...64 65 66 67

...

...

...

:

...

...

CONSCIENCE ET PARAPSYCHOLOGlE DECADENCE DELIRES DEMOCRATIE ET SOLIDARITE DE VOIR DISSIMULATION DIVERTISSEMENT PASCALIEN (SUR LE-) LE DROIT ET LA FORCE EGOISME ET SOLIDARITE ELAN VITAL I - L'EXPLORATIONDESPOSSIDLES
II- LE FREIN III - ELANVITAL ETBONHEUREVIVRE D
IV ELAN VITALETPSYCHOLOGIE. V-EN RÉsuMÉ ... ...

68 70 72 75 77 81 83 85 87 89
89

-

,
... ... ... ... ... ... ...

95 97
98 100

EU GENIS ME EVOLUTION DE L'ESPECE I - VUE D'ENSEMBLE..
II - LE DÉTOURNEMENT DEFONCTION III- L'ÉVOLUTIONEFAIT S ÀLAMARGE

102 105
... 105

107 111

GRANDS PRINCIPES, REALITE RUGUEUSE HAINE, AVERSION

114 118

HERITAGE (L'-)
L 'HOMME

120
121

5
HOMOSEXUALITE HUMANIS ME INSATISFACTION INTELLIGENCE I - SES DEGRÉS, SONRÔLE II LES OPÉRATIONS L'INTELLIGENCE DE ET TYRANNIE DES IDEES SIMPLISTES 123 126 128 131
13 I ,...135 140 146

-

III- CE QUIL'AIDE OULAPERTURBE.. IV- L'INTELLIGENCEETLESGÈNES

LA JUSTICE LE LANG AGE
1- SA COMPLEXITÉ 11- LE LANGAGEREFLETDU LOCUTEUR III- LANGAGE: OBJETD'ÉTUDE IV- LES PIÈGESDU LANGAGE

149 151
..151 155 155 156

LIBERTE LITTERATURE LE MAL
1- DÉFINITIONET ORIGINE

160 164 166
166
:

II- LESREMÈDES
111-LE MALET LA MORALE IV-SON UTILITÉ V- LE MAL, LE HASARD,L'ÉVOLUTION

169
172 173 175

MÂ YÂ LE MOI
'"

177 178
178 180

1- LAPERSONNE 11-LADIGNITÉ DELAPERSONNE

LES MO RALES
I-VUE D'ENSEMBLE 11- MORALE ET VOCATION III- LA MORALEN'EST PASSIMPLE IV- LA MORALE..SEXUELLE

183
183 187 189 191

LA MORT
1- LA MORTCESSATIONDELA VIE II- SON UTILITÉ

194
194 195

6
NATURE, CULTURE, CIVILISATION NEANT NO RMAL 198 206

.

207 209 211 212 214 216
216 218 2 19 221

PARADOXES (CELUI D'EP AMINONDAS ET AUTRES) LES " PARTIES HONTEUSES" PATRIE, PATRIOTISME PECHE ORIG INEL PHILOSOPHIE
1- LES PHIT-OSOPHES E SONTPASSÉRIEUX N II- UN RÊVE 1II- ORDRE, DÉSORDRE,ÉVOLUTION IV- LE GRAND Tour N'ESTPASTOUTPUISSANT MAISIL EST INGÉNIEUX

LE PRESERVATIF

ET LA MORALE

224 226 233
... 233 233

PROGRES MORAL ? LA PROPRIETE...
1- DE LAPOSSESSION LA PROPRIÉTÉ À II- SON FONDEMENT BIOLOGIQUE ...

RACES INEGALES?

...

235

RED ISTRIBUTI 0 N DES RICHESSES REGRESSION RE LIG IONS
1- RELIGIONSANCIENNES,PHIT-OSOPHIE, SCIENCE II LE CHRISTIANISME... '" 1II- RELIGIONNATURELLE(SANSRÉVÉLATION)

238

...

240 242

-

.,.

'"

...

'"

242 ... 244 246

RIEN DE TROP

252

LE SACRE SCIENCE SANS CONSCIENCE... ET LA RECIPROQUE SCIENTISME OU PHILOSOPHISME ?

254 257 259

7
LE SENS DE L'HISTOIRE LE SENS DE LA VIE SOClE TE
1- SocIÉTÉETNONAGRESSION 11-DIVERSIFICATION ETORGANISATION III- SESINCONVÉNIENTS IV- LE DÉRÈGLEMENT DEL'ETAT

261 264 268
268 269 272 274

STO ICIE NS VALEURS VERITES (MES VIEILLESSE PIECES CENSURABLES
1- L'ANUS SOUSDIFFÉRENTS ÉCLAIRAGES 11- L'IMPÔT (L'ASSIETTEDE -) 111-LE DIEU DES CHRÉTIENS

277

...278

-)

283 285 289
291 292 293

PRESENTATION
On trouvera dans ces eSSaIS (présentés dans l'ordre alphabétique) l'exposé d'une nouvelle façon de comprendre l'univers. L'auteur n'a recours ni à l'hypothèse d'un dieu tout puissant et infaillible l, ni à celle du hasard et de la nécessité 2. L'auteur admet une sorte de panthéisme, qui fait de l'univers un grand tout vivant, inspirant la conduite de ses créatures, en leur laissant une part d'initiative. On doit en effet constater l'existence, dès l'origine, de quelque chose comme une force, un " élan vital" , qui incite, par exemple, le proton à attirer l'électron autour de lui, qui incite les cellules eucaryotes à pousser au-dehors de leurs pseudopodes, les végétaux à quitter le milieu marin pour coloniser, à grands risques, les terres récemment émergées, les hommes à découvrir l'Amérique marcher sur la Lune... Cet élan vital se manifeste de deux façons: D'une part, une activité infatigable et brouillonne, qui admet le gâchis: surabondance des œufs de poissons, des spermatozoïdes, des et à

espèces même 3 ; qui admet le hàsard des mutations défavorables; qui
engendre des espèces devant, pour survivre, en massacrer d'autres (Le Loup et l'Agneau...), des individus en rivalité 4 qui tolèrent enfin les sottises dont sont marquées la plupart des cultures 5, mais activité qui
t

Comment alors expliquer l'existence du mal? Comment alors expliquer une structure complexe comme celle de l'œil, par exemple - qui donnait des insomnies à Darwin. 3 Dont 99 % ont disparu. 4 Pour un territoire de cueillette, un champ, une femelle... 5 Par exemple, le Karma des Hindouistes, le péché originel des Chrétiens, le statut
2

inférieur des femmes.

10

permet de profiter de toute occasion favorable (la bonne distance de la Terre au Soleil), qui permet le développement de la vie, la disparition accidentelle des dinosaures, avantageuse pour les mammifères, ou encore l'installation de la savane, qui a décidé nos ancêtres à se dresser sur leurs pattes arrière, permettant ainsi le développement du cerveau. D'autre part, l'élan vital a créé des mécanismes finalisés qu'il faut bien appeler intelligents. Par exemple, le mécanisme de la reproduction sexuelle, qui associe deux géniteurs de façon à neutraliser d'éventuelles mutations défavorables. Et cette association exige deux anatomies non seulement complémentaires, mais encore l'encouragement à s'accoupler, donné aux futurs géniteurs par le désir et le plaisir, enfin la sécrétion par le fœtus d'une hormone qui empêchera son rejet par l'organisme maternel, car il constitue évidemment une greffe étrangère (ou semi-étrangère). A noter que l'ingéniosité de l'élan vital est stimulée, en tout cas au stade humain, par un environnement défavorable, résultant luimême de l'énergie brouillonne initiale. Ainsi, les maladies ont suscité la recherche médicale, la disette a fait inventer l'agriculture, et ce sont les agressions qui ont provoqué le groupement des individus en sociétés organisées. Plus généralement, ce que l'on appelle le mal, joue un rôle utile: il sert à relancer l'évolution 1.

Mais, il est vrai que la nature 2 ne recherche pas le bonheur des
hommes. Son but, apparemment, c'est l'évolution, pas leur bonheur; et elle ne leur envoie plaisir et déplaisir que pour les inciter à seconder ses desseins.

[

2

Et ne s'explique donc pas nécessairement par une culpabilité du premier homme. Dieu ou la nature, comme le disait Spinoza.

Il

Voilà, certes, de quoi rabaisser notre orgueil I, mais de quoi
cependant, nous donner une idée assez haute de notre rôle dans la vie de l'univers.

I

Le monde n'a pas été fait pour nous.

12

AL TRUISME I - Altruisme et égoïsme
L'altruisme, le contraire de l'égoïsme? Ce n'est pas si sûr. Je le vois plutôt comme un luxe que s'offre l'égoïsme. Quand on n'a plus faim, on aime donner à ceux qui vous plaisent, à ceux à qui l'on veut plaire. Il arrive qu'on donne quand on a encore faim, qu'on se prive pour donner. Même alors, on se fait plaisir, on se sent utile. Il peut même arriver qu'on sacrifie non le superflu, mais l'essentiel ou sa vie, mais alors, c'est en faveur d'un être auquel on tient plus qu'à soi-même 1. Si c'était pour un indifférent, cela serait incompréhensible, contraire à la vie. Vous dites que, parfois, on porte secours à ceux qui font seulement pitié? Eh bien, c'est encore par égoïsme. Simplement, dans ce cas-là on ne se fait pas plaisir, on s'ôte un déplaisir, ou on l'atténue: on combat le déplaisir qu'on éprouve, par empathie, à voir souffrir un être vivant, serait-ce un animal. - Et si je donne sans avoir pitié, mais simplement parce que je le juge raisonnable? vous vous donnez le plaisir d'être logique avec vous-même, de suivre votre philosophie personnelle.

- Eh bien,

I

Comme un enfant, un disciple aimé, celle ou celui qu'on aime d'amour.

13

Naturellement, l'altruisme étant le luxe de l'égoïsme, il est souvent ce dont on est amené à se priver en cas de difficulté. Il faut d'abord survivre ... réduire les ennemis à l'impuissance, voire les tuer. D'autre part, il peut être inactivé par les dogmes régnants, régnants par la bêtise des foules et des doctes s'ils décident par exemple que les animaux sont des machines, qu'un esclave n'est pas vraiment un homme, que les supplices infligés par l'Inquisition ont une valeur rédemptrice... Enfin, les frustrations, souffrances, humiliations endurées, par exemple du fait de la guerre peuvent non seulement rendre insensible au malheur de l'ennemi finalement vaincu, mais inciter même à le torturer sans remords 1. Le vainqueur montre ainsi aux yeux de tous

qu'il est le maître absolu du vaincu 2.
P.S. : Ce qui me confirme dans l'idée que l'altruisme est en quelque façon l'épanouissement de l'égoïsme, c'est l'observation du nouveauné. N'est-il pas un monstre d'égoïsme? Un estomac qui réclame sa tétée et qui s'endort dès qu'il est rassasié? Ce n'est que bien plus tard qu'il saura que les autres êtres, certains autres en tout cas, ont avec lui des traits communs et sont, en quelque sorte, un prolongement de lui-même. L'altruisme? Un égoïsme développé et ramifié 3.

1

Voir dans le Tarass Boulha de Gogol, le supplice à grand spectacle organisé pour
du fils de Tarass Boulba.

tirer vengeance
2

Voir aussi:

Devoir,
Egoïsme, solidarité, Elan vital, Progrès moral. Conscience V (conscience

3 Voir aussi:

de soi).

14

II - Objection au darwinisme
L'altruisme, certes, favorise très souvent les descendants et plus généralement les proches, ceux qui, comme on disait jadis, sont du même sang que nous, ou qui, pour parler comme aujourd'hui, ont

avec nous des gènes communs. Mais quoi que prétende R. Dawkins l,
nous ne sommes pas gouvernés entièrement par le désir de répandre nos gènes. Nous sommes portés aussi à aider, par exemple, un camarade d'enfance, ou ceux qui se trouvent avoir les mêmes goûts, les mêmes curiosités que nous, ou qui subissent les mêmes infortunes... Et encore, avec plus de zèle, un ami, un disciple estimé, celle ou celui que nous aimons d'amour, bref, tous ceux qui nous attirent parce qu'ils sont, à nos yeux, particulièrement vivants 2. A R. Dawkins et à tous les darwiniens, je pose cette question: qui aideriez-vous le plus volontiers, un neveu, pourvu certes d'une part de vos gènes, mais qui serait sot, paresseux et mal bâti, ou un orphelin étranger, mais beau, intelligent et sympathique? D'une façon générale, la nature nous laisse une certaine liberté, celle qui est nécessaire à un exécutant 3.Elle nous incite, par exemple, à chercher un logement sûr et confortable, mais pas nécessairement au 31 de la rue Paul Bert... Elle nous ordonne de favoriser la vie bien vivante, mais pas nécessairement dans les êtres qui ont reçu une part de nos gènes 4. Certains enfants étrangers pourront se révéler plus dignes de notre aide.

1

2 Voir, ci-après, Valeurs. 3 Voir, ci-après, Liberté.
4

R. Dawkins, Le gène égoi:~te,Paris, A. Colin, 1990.

D'ailleurs, ils n'ont peut-être pas reçu la meilleure part.

15

Ainsi l'altruisme 1 est un facteur important, bien que souvent
mécomm, du progrès de la civilisation. Il protège les plus doués contre

l'hostilité que suscite presque immanquablementle talent 2.
Mais, bien entendu, l'altruisme peut se tromper, favoriser un individu qui ne le mérite pas; par ailleurs, il peut tourner au copinage: je te rends un service, mais c'est à charge de revanche... Il peut aussi céder au conformisme... Bref, il n'est vraiment utile que, disons, dans 51 % des cas. Mais c'est la loi de l'évolution 3.

! 2

Pas la charité chrétienne. Voir à ce sujet l'observation de Léonard de Vinci, rapportée ci-après Evolution de

l'espèce III et la note de bas de page. Voir aussi la moralité que donne Perrault au conte de Cendrillon: C'est sans doute un grand avantage D'avoir de l'esprit, du courage (..) Et d'autres semblables talents Qu'on reçoit du ciel en partage Mais vous aurez beau les avoir Pour votre avancement ce seront choses vaines Si vous n'avez pas pour le faire valoir Ou des parrains ou des marraines. 3 Voir Evolution de l'espèce III.

16

AMOUR
I - Idée générale
L'amour est à rapprocher non seulement de l'amitié 1 malS
encore de la bienveillance, de la loyauté, toutes étant des manifestations d'une des deux branches de l'élan vital2, à savoir la coopération 3. Amour, amitié, bienveillance, loyauté, toutes ces dispositions sont favorables, chacune à sa façon, à la vie de l'espèce. Elles favorisent, en effet: a- La reproduction sexuelle

b- Le nourrissage et la protectiondes enfants 4.
c- L'éducation des jeunes. Dans la Grèce classique, c'était l'office de l'amant auprès de son aimé. Aujourd'hui, le bon pédagogue fait, en tout cas, bénéficier ses élèves (garçons ou filles) de sa compréhension amicale 5. d- Enfin, la collaboration efficace entre associés. L'amour, l'amitié, etc... ne sont pas à l'abri d'un dérèglement divers 6. Mais, en principe, ils sont favorables à la vie et doivent donc être reconnus comme ayant un caractère moral, du moins si la

conduite morale est celle qui favorisela vie 7.
Avec laquelle il a parfois des frontières assez floues. Voir ce mot. 3 L'autre branche étant la domination. 4 Il s'agit alors d'amour maternel ou paternel - on parlait naguère d'amitié
2 1

paternelle. S Cf. à ce sujet: devoir, le dernier paragraphe,
6

et la note.

Par exemple:

pédophilie,

jalousie

possessive,

procréation

d'enfants

trop

nombreux,
7

copinage

Voir Morales I, Vue d'ensemble.

17

II - Amour et sagesse
Peut-on expliquer raisonnablement l'amour? Non pas le
1

simple attrait sexuel, mais l'amour, l'effet fulgurant de la beauté?

C'est peut-être qu'elle figure symboliquement, en vertu d'une correspondance mystérieuse entre physique et mental, ce bonheur

indéfinissable dont le besoin nous habite?

2

Hélas, l'être aimé est de même nature que les autres humains; il n'a rien de surnaturel, seule son apparence le distingue. Les amants sont comme le Narcisse de la légende grecque, tombé amoureux de la beauté qu'il avait lui-même projetée sur l'eau de source à laquelle il venait boire: les amants projettent sur la belle forme l'idée du bonheur qui les obsède. Un jour, ils s'en apercevront. Ils auront alors fait un grand pas sur le chemin de la sagesse. Où donc ai-je trouvé cette remarque? Je ne sais plus. Mais je ne veux pas la laisser perdre. La voici: Il faut admettre la mobilité des affections, admettre que personne n'a de droit sur personne, que celle que j'aime a le droit d'en aimer un autre, que je peux moi-même aimer deux êtres à la fois sans être coupable envers aucun d'eux, et même sans être à proprement parler infidèle, car c'est différemment qu'on aime chaque être. Admettre cela, c'est véritablement concilier amour et sagesse.

J 2

Voir aussi Sacré. Cf. ci-après Insatisfaction.

18

III - Amour et Liberté
Un proverbe russe l'affirme: Si tu laisses ton cœur fibre, il te mènera à la servitude. Ce thème-là se trouve dans les pièces de Corneille, et notamment dans sa comédie de La place Royale' le héros refuse d'épouser celle qu'il aime parce que ... il l'aime trop! Mais les connaisseurs savent que le souci de conserver sa liberté, ne pèse pas lourd devant l'amour fou. Pour preuve, je me contenterai d'une simple proposition subordonnée dans un texte du grec Xénophon: J'aurais plus de plaisir à donner mon bien à Cfinias, qu'à recevoir du bien d'un autre et j'aimerais mieux être esclave que libre, s'i! voulait bien être mon maître. S'il voulait bien... 1

IV- Amour fou
Aux yeux de l'amoureux fou, l'être aimé échappe à la condition humaine. Il n'a pas à craindre l'accident de voiture, ni la maladie, ni même l'indigestion! Il ne vieillira pas, ne connaîtra pas l'embonpoint ni la couperose. Plus net encore: l'être aimé se suffit à lui-même. Il ne dépend pas pour son bonheur d'objets extérieurs. Il n'est même pas curieux: c'est lui, au contraire, qui provoque la curiosité. Il est pareil à la divinité selon Aristote, qui fait mouvoir le monde sans même le regarder, moteur immobile et qui se pense lui-même... 2

I

Xénophon, Le Banquet, chap. IV. 14.

V oir aussi Moi.
2

Je reprends, mais à l'envers, les termes mêmes d'Aristote: selon lui, le dieu unique meut l'univers comme l'aimé meut son amant, Métaphysique 7.1 072 b, cité dans R. Caratini, La Philosophie, Paris, Seghers, 1984, T II, P 212.

19

Si donc, l'amant veut ressembler à son aimée, il faut qu'il cesse de l'aimer. Difficile! Et il ne peut pas imaginer qu'un jour, elle puisse l'aimer. Pis, si elle le faisait, elle perdrait son prestige. Ainsi, pensait, au début du XVIIe siècle, le poète Vion Dalibray : Et je t'estime tant, et moi si peu de chose... que je t'aimerais moins si tu pouvais m'aimer 1. Mais si elle aimait un autre? Un autre indigne d'elle (nécessairement) ? Ma foi, ce serait une chance pour notre amoureux.

Cela lui permettrait, qui sait, de guérir sa folie!
P.S. :

2

Ce discours n'est pas du tout conforme à la vérité révélée par le Pr. René Girard- La structure trinitaire du désir mimétique (sic) Mais au diable la polémique!

I

Nietzsche avait-il lu Vion Dalibray ? Voici ce qu'il écrit:
l'amoureux. Quoi? On se Ou si bête? Ou...? Ou... ?

découvrir qu'il est aimé en retour devrait déguiser contente de si peu que l'on t'aime? On est si modeste? Vion Dalibray, Maximes et interludes, 102. 2 Voir aussi: Insatisfaction Mâyâ, Sacré.

20

L'AVENIR
I - Prometteur?
Pendant des millénaires il a paru évident qu'il n'y avait rien de vraiment nouveau à attendre sous le soleil. Au XVIIIe siècle encore, si on commençait à parler de progrès, on pensait à la diffusion du savoir, au recul des préjugés et à quelques perfectionnements dans les techniques. Mais Voltaire croyait I'homme incapable de changer le destin d'une mouche \ et sinon, disait-il, l'homme s'égalerait à Dieu. ... Eh bien, nous y sommes: nous avons modifié certains caractères héréditaires des mouches. Nous ne croyons pas pour cela nous égaler à Dieu... Mais si Voltaire ressuscitait, il aurait le vertige. Et j'ai moi-même le vertige quand je me tourne vers l'avenir, dont je ne sais rien; mais il paraît d'autant plus prometteur, que l'homme n'a jusqu'ici utilisé, si je suis bien informé, qu'une faible partie des possibilités de son cerveau... Nous sommes encore, intellectuellement, dans notre préhistoire. Et le progrès s'accélère: au XVIIIe siècle, les plus optimistes parmi les Encyclopédistes pensaient que 20 % des Français seraient capables d'apprendre à lire; en 1820, le trajet Paris-Lyon prenait cinq jours par les moyens de transport les plus coûteux; à la fin du XIXe siècle, l'espérance de vie était de 40 à 46 ans pour les hommes et les femmes, aujourd'hui elle a doublé ou presque; l'astronome et mathématicien Ch.E. Delaunay (1816-1872) a mis environ 20 ans pour faire et vérifier le calcul précis de la position de la Lune en fonction du temps, mais en 1970, un ordinateur a pu refaire ce calcul

I

Dictionnaire philosophique, article Destin.

21

en moins d'une journée 1_ Et qui croyait vraiment, au XIXe siècle,
qu'on marcherait sur la Lune? Cette notion d'avenir inconnu, mais prometteur, manquait aux grands esprits du passé, et leur réflexion s'en trouve nécessairement affectée. Montaigne n'aurait-il rien changé à ses Essais s'il avait pressenti la fécondité des siècles suivants? Et Pascal, aurait-il conseillé d'admirer l'univers en silence plutôt que de rechercher ses secrets" avec présomption" ? Mais déjà Spinoza répondait à Pascal (sans le nommer): Celui... qui s'applique à connaître comme savant les choses naturelles et non à s'en étonner comme un sot, est souvent regardé comme hérétique et impie 2. Et aujourd'hui Yves Coppens, un des" inventeurs" de Lucy, prévoit que nous coloniserons la Lune, Mars, et que nous déplacerons peut-être la Terre pour la changer d'orbite. Je suis sûr d'une chose, résume-t-il, c'est que notre avenir sera encore plus extravagant que tout ce qu'on peut imaginer 3. Dès maintenant, il est à peu près certain que nous pratiquerons le clonage et améliorerons notre génome. Il est même fort possible que nous soyons amenés à créer une espèce nouvelle, plus évoluée que la nôtre, en dépit des protestations indignées de tous les Comités consultatifs d'éthique 4.

D'après la revue La Recherche, oct 1996, p. 67. Spinoza, Ethique, appendice à la première partie. 3 Interview accordée au Figaro. 4 Voici deux rapprochements intéressants: - On sait maintenant que l'évolution de la vie sur Terre est en voie d'accélération. Apparue, il y a 3,5 milliards d'années, la vie a balbutié pendant trois milliards d'années sous forme d'algues, de végétaux, de bactéries. C'est ensuite seulement que sont apparus les êtres vivants complexes. - D'autre part, selon 1. Prigogine, on peut constater une accélération dans l'expansion de l'univers lui-même...
2

I

22

II - Sombre?
Mais l'avenir à plus long terme, celui du système solaire, voire de l'univers? Beaucoup moins exaltant! Lisez E. Morin: Ce ne sont pas seulement les individus qui sont perdus, mais tôt ou tard, I 'humanité, puis les ultimes traces de vie, plus tard la Terre, le monde lui-même va vers sa mort... I A ce pessimisme cosmique peut-on échapper? Après tout, selon la sagesse des nations, le pire, n'est pas toujours sûr... Morin luimême tempère sa désespérance par" des principes d'espérance", notamment celui qu'il formule ainsi: Tout ce qui est advenu d'heureux dans I 'histoire a toujours été à priori improbable. J'ajouterai: et souvent déclaré impossible. C'est ainsi que le prix Nobel, Jacques Monod, affirmait (en 1970 1) que l'on ne pourrait jamais agir sur le génome. Et il Ya eu beaucoup d'autres prophètes de malheur, dont j'ai oublié le nom 2. Nous laissons dire et travaillons sans nous décourager. Nous avons déjà commencé à intervenir dans l'infiniment petit, l'atome et ses constituants. Pourquoi n'agirions-nous pas un jour sur l'infiniment grand? Espoir chimérique? Mais nous disposons pour cela d'un délai

Mais de ces trois faits (accélération du progrès de la civilisation, l'évolution de la vie, de l'expansion de l'univers) quelle conclusion tirer? Voir aussi: Elan vital, P.S Evolution Sens de l'histoire.
1 2

de

E. Morin, Terre-Patrie,p. 194. l'en trouve un, celui de Lord Raleigh, le plus grand mécanicien de la fin du XIXe

siècle, qui affirmait, à un âge où il était encore fort vif, que rien de plus lourd que l'air ne volerait jamais (Pierre-Gilles de Genne, Nouvel Observateur, 6-02-1992). Et encore, celui de Rutherford, qui pensait (en 1937 !) que l'énergie stockée dans le noyau de l'atome ne serait jamais utilisable par l'homme (Claude Allègre, La défaite de Platon).

23

raisonnable: huit millions d'années (4 000 fois la durée de l'ère . Chr etIenne. ) ... 1. ' Au rythme actuel des progrès scientifiques, l'espoir est-il tellement chimérique?

,

III - Mais pour l'avenir proche?
Pour l'avenir proche, que pouvons-nous craindre, qu'avonsnous à espérer? Ce que nous pouvons redouter, c'est, par exemple et dans des domaines très différents: En politique, la perversion de la démocratie, qui aboutirait à ce que les impôts soient décidés par les représentants de ceux qui ne les

paieront pas et incapablesde comprendreque l'impôt tue l'impôt 2.
Dans les relations entre nations, un conflit nucléaire, capable d'anéantir non pas, peut-être, la population du globe, mais sa partie la

plus civilisée.

.

Dans la composition de la population générale, l'accroissement du nombre des individus chargés d'un handicap héréditaire et qui peuvent aujourd'hui, grâce au secours de la médecine, atteindre l'âge de la procréation. Enfin la surpopulation et les maux qu'elle engendre: pollution,

déforestation, réchauffement de la planète par effet de serre 3,
pauvreté, agressivité... 4 Hélas! Ces dangers ne semblent guère préoccuper hommes politiques.
I

nos

Voir ci-après: Homme, PS et Stoïcisme. Fuite à l'étranger des cerveaux et des capitaux. 3 Accroissement de la production de gaz carbonique. 4 Voir, à ce sujet Morale III.
2

24

Ce que nous pouvons espérer, c'est d'abord des progrès en médecine, la guérison des maladies qui nous tiennent encore en échec: cancer, myopathie de Duchenne, maladie d'Alzheimer, Parkinson, etc. C'est de retarder la vieillesse et de trouver une raison

de vivre 1 pour des adultes qui pourraient être utiles et qui
actuellement s'ennuient le plus souvent. C'est aussi de devenir moins sots, de ne plus nous livrer à des constructions mentales (religieuses, politiques) arbitraires et opposées entre elles, suscitant guerres de religion, croisades, persécutions. C'est enfin, de passer outre aux interdits qui gênent la vie dans la plupart des pays où subsiste encore le puritanisme. Par exemple, à l'école, de préparer les élèves aux réalités de la vie en société, de ne plus leur laisser ignorer l'agressivité dont ils seront très souvent l'objet 2, et d'autre part, d'oser répondre franchement aux questions posées sur la sexualité. Aborder ces sujets devant des jeunes, c'est après tout plus utile que de pontifier sur le climat du Sahara ou de montrer l'importance de la bataille de Malpaquet 3.

1 Après 25 2

ans d'études et 35 ans de métier. En règle générale, l'individu n'est pas préparé, dans notre société, pour les

hostilités et les luttes qui l'attendent. Karen Horney, cité par J.C Filioux, La personnalité, PUF, Que sais-je, chapitre IV. Voir également, ci-après, Evolution de l'espèce IIIIO. 3 Comme on le faisait au début du XXe siècle.

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LE BEAU
1- Splendeur de la vie
Un tableau, un paysage sont beaux quand on a plaisir à les regarder, une musique, quand on désire la réentendre, un visage, un être humain, quand on ne peut pas en rassasier ses yeux, quand on désire l'approcher, lui parler, éventuellement le caresser. Chacun a naturellement ses goûts particuliers, mais la diversité des goûts admet un principe d'unité. Ainsi, pour le corps humain, qu'il soit blanc, noir, jaune ou café au lait, on le trouve beau lorsqu'il exprime la vie avec ce qui la caractérise, quand elle est à son plus haut degré: la convenance réciproque des parties, l'aisance dans les mouvements, une peau ferme et élastique, la santé, la joie de vivre, l'intelligence, l'ouverture au monde. En revanche, on n'aime pas approcher, on ne désire pas les êtres de qui la vie se retire: les vieux, les malades I, les avares, les débiles mentaux, ou ceux qui paraissent menaçants ou simplement renfrognés (d'où l'importance du sourire). La beauté semble indiquer le bonheur, l'accord de l'homme avec la nature et les dieux. Son attrait est d'ordre religieux 2. Et ce qui n'est pas l'être humain, c'est encore la vie qu'on apprécie, sa représentation plus ou moins symbolique, par exemple dans les couleurs que le peintre a su choisir et rapprocher pour les "faire chanter", dans l'emploi judicieux des mots et des arrangements grammaticaux, la spontanéité et la justesse des réactions
I

Faut-il des exemples? des yeux qui divergent et qui gênent la vision, déparent le

visage; la rougeur du nez, laide et comique, indique immanquablement un trouble de la circulation, etc. Inversement une peau sans défauts, qui contribue tellement à la beauté, est un privilège de la jeunesse.
2

N'en déplaise aux moralistes chrétiens qui voient en elle une tentation, un piège

pour la concupiscence.

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en littérature. Répugnent au contraire, les sentiments de convention, le style mécanique et pédant, la langue de bois des politiques, les discours moralisants, tout ce qui est inadapté, figé, sclérosé. Le beau n'est donc pas, comme je ne SaiS qui disait, la splendeur du bien (ou du vrai), mais la splendeur du vivant vraiment

vivant I
P.S. :La beauté du visage Pour ce qui est du visage, il me semble que sa parfaite beauté exige en outre les caractères suivants: a- La symétrie des traits. Quand l'asymétrie est trop visible, elle a un caractère pathologique. b- Les caractères qui nous distinguent des singes, c'est-à-dire, entre autres:

- Les yeux biens fendus (en amande) et écartée 2.
- Le cou bien dégagé 3. - L'intervalle entre le nez et la bouche, court entendu, l'absence de museau.
I

- et bien

Selon l.P Changeux, le plaisir esthétique a quelque rapport avec l'activité

rationnelle, Raison et plaisirs, Paris, O. Jacob, 1994. Cela n'est pas contraire à ce qui est dit ici: dans les exemples de perfection du mouvement les plus fréquemment
cités

- les

gestes des danseurs, la fuite de la gazelle, le vol de l'aigle

- ce

que nous

percevons comme une forme élégante implique l'économie des moyens et donc un arrangement qui pourrait faire supposer une activité intellectuelle, au moins inconsciente. Il est vrai aussi que chaque époque, chaque culture apporte sa contribution, parfois farfelue. Ainsi, pour ne parler que de la femme, il y a eu la femme plantureuse des Arabes, le pied cassé des Chinoises, les épaules tombantes et le ventre proéminent du Moyen Age européen, la femme romantique évanescente, sans parler des anneaux passés dans le nez ou les lèvres (ou les oreilles...), ni d'autres ajouts barbares. Mais tout cela passe, et ce qui perdure, c'est l'image de la vie. 2 Les singes ont les yeux ronds, petits et rapprochés. 3 Ce qui va, je crois; avec les jambes longues.

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c- Ceux aussi qui nous distinguent de nos lointains COUSInS australopithèques: outre des yeux simiesques, ils avaient le front bas, le nez épaté, la bouche largement fendue, avec des lèvres rectilignes et décharnées, sans fossette aux commissures. d- Les caractères de lajeunesse, et notamment:

- Le front haut. - Comme déjà indiqué, une peau sans défaut. A signaler
une région particulièrement signifiante: la base du nez. Chez les jeunes enfants, le sillon qui la sépare des joues est très peu marqué. D'autre part, la muqueuse nasale n'est pas visible. - Le nez, ni épaté ni en lame de couteau, et non

busqué 1. On ne peut même pas imaginer un jeune enfant avec un nez
busqué... e- La ligne des yeux remontant très légèrement vers les tempes, ce qui traduit, selon moi, la sérénité, l'équilibre mental, un certain

bonheur, tandis que l'inverse 2 donne au visage l'air pathétique,
malheureux. Tous ces caractères, outre qu'ils sont plaisants par eux-mêmes, donnent l'impression d'une bonne santé physique et morale.

II - Son rôle dans l'évolution
Selon Freud et aussi... Voltaire 3 qui est plus moderne qu'on ne
dit, nous trouvons beau ce qui nous attire sexuellement! Mais tous

2

Non sémitique, basque, bourbonien. Comme dans les statues grecques de Scopas du IVe siècle avant lC. 3 Demandez à un crapaud ce qu'est la beauté, le grand beau, le ta kalon. Il vous
répondra que c'est sa femelle avec deux gros yeux ronds sortant de sa petite tête (Diet. Phil. Article Beau, beauté).

1

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deux se trompent sur l'ordre des facteurs: ce n'est pas ce qui attire

sexuellement qui est jugé beau, c'est, à l'inverse, le beau 1 qui attire
aussi sexuellement. Car, non seulement il arrive que nous soyons attirés par notre propre sexe, mais encore, dans le sexe opposé, ne sommes-nous attirés que par celles et ceux dont nous apprécions l'apparence 2. Cette définition de la beauté, qui fait d'elle (avec la vigueur) l'indice d'une bonne vitalité et, d'autre part, la cause de l'attrait

sexuel, est en accord avec l'hypothèse formulée ci-dessous 3, d'une
certaine finalité dans l'évolution: la nature sélectionne, par la beauté comme par la vigueur, les géniteurs de qualité.

III - Son rôle social
Selon les Grecs, quand un dieu revêtait la forme humaine, il ne s'attribuait ni la trogne de Socrate, ni la mine incurablement affligée

du Christ, mais la beauté, la beauté parfaite,qui suscite la dévotion 4.
Plus couramment, parmi les hommes, la beauté fait supposer la bienveillance et attire la bienveillance. EUe joue un rôle dans les sociétés heureuses comme celle de l'abbaye de Thélème, hélas plus rêvées qu'observées: Fut ordonné que là ne seraient reçus sinon les

Schopenhauer était du même avis, lui qui écrit: il a fallu que l'intelligence de l'hommefût obscurcie par l'amour pour qu'il ait appelé beau sexe de petite taille, aux épaules étroites, aux larges hanches et aux jambes courtes... cité par Geneviève Fraisse, La différence des sexes, PUF, 1996. Mais Cléopâtre (par exemple), ce n'était pas cette femme-là! 1 La splendeur du vivant. 2 D'après une enquête menée en Pologne sur 4 400 sujets, les femmes préfèrent épouser les hommes grands et ont, eux, davantage d'enfants, Sciences et Avenir, n° 637, mars 2000. 3 Cf Evolution de l'espèce.
4

Voir plus loin, Sacré.

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belles, bien formées et bien naturées, et les beaux, bien formés et bien naturés 1. Mais aujourd'hui, le déclin du christianisme permet que soient reconnus les avantages de la beauté physique, et les hommes ont de plus en plus le souci de leur apparence. Il faudra bien qu'un jour on l'admette: la beauté physique, favorable au lien social, est par là même, favorable à la moralité 2.
P.S. :

Mais alors, comment comprendre ce soupir de J. Green: La laideur, quel repos! C'est que Green est un chrétien sincère. La beauté, pour lui, c'est la tentation de pécher. Et la tentation est forte. Y résister, c'est un supplice. Mais qu'est-ce qui oblige J. Green à pratiquer une religion qui se déclare tellement ennemie de la vie?

IV-Beauté

artistique et beauté naturelle

Quant à la distinction entre beau artistique et beau naturel, je ne la comprends pas. Je sais bien que, selon Boileau: Il n'est point de serpent, ni de monstre odieux Qui, par l'art imité, ne puisse plaire aux yeux. Mais il confond deux concepts: la beauté de l'objet et la qualité de sa représentation, qui évite les détails inutiles, inexpressifs, qui assure l'équilibre de la composition, un certain ordre dans le désordre, bénéficie d'une maîtrise parfaite du dessin et de la couleur et, en littérature, évite, d'une part, lourdeur, pédantisme, fautes de

Gargantua, chap LVII. Curieusement cette phrase ne figure pas dans la plupart des anthologies scolaires. Censure? 2 Voir Homosexualité.

I