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Vie de Paul de Thèbes et vie d'Hilarion

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74 pages

AUCUN Père de l’Eglise n’a réalisé plus complètement que saint Jérôme le type du savant. Ce que les siècles chrétiens ont Je plus admiré en lui, ce n’est ni sa vigueur de polémiste, ni sa logique de dialecticien, ni son art d’épistolier : c’est sa science. Elle a frappé d’étonnement ses contemporains et elle est demeurée le trait caractéristique de sa physionomie pour les âges suivants.

Il est l’homme qui, dès sa prime jeunesse, se constitue à grands frais et à grand’peine une bibliothèque, devenue plus tard magnifique ; qui, au risque de se donner l’air d’un agité, passe plus de la moitié de sa vie en voyages : en 353, à Rome, puis à Trèves, puis à Aquilée ; en 374, à Antioche, dans le désert de Chalcis ; en 381, à Constantinople ; de 382 à 385, à Rome encore ; en 385, de nouveau à Antioche, à Jérusalem, en Egypte, jusqu’à ce qu’enfin, vers le soir de sa vie, il trouve, non pas la paix, car son âme ardente ne la connut jamais, mais un peu de repos matériel dans sa cellule de Bethléem.

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Saint Jérôme

Vie de Paul de Thèbes et vie d'Hilarion

LA VIE DE PAUL DE THÈBES

INTRODUCTION

AUCUN Père de l’Eglise n’a réalisé plus complètement que saint Jérôme le type du savant. Ce que les siècles chrétiens ont Je plus admiré en lui, ce n’est ni sa vigueur de polémiste, ni sa logique de dialecticien, ni son art d’épistolier : c’est sa science. Elle a frappé d’étonnement ses contemporains et elle est demeurée le trait caractéristique de sa physionomie pour les âges suivants1.

Il est l’homme qui, dès sa prime jeunesse2, se constitue à grands frais et à grand’peine une bibliothèque, devenue plus tard magnifique ; qui, au risque de se donner l’air d’un agité, passe plus de la moitié de sa vie en voyages : en 353, à Rome, puis à Trèves, puis à Aquilée ; en 374, à Antioche, dans le désert de Chalcis ; en 381, à Constantinople ; de 382 à 385, à Rome encore ; en 385, de nouveau à Antioche, à Jérusalem, en Egypte, jusqu’à ce qu’enfin, vers le soir de sa vie, il trouve, non pas la paix, car son âme ardente ne la connut jamais, mais un peu de repos matériel dans sa cellule de Bethléem. L’objet de toutes ces pérégrinations n’était point de satisfaire une curiosité inquiète, mais de connaître les principaux foyers de la science ou de la foi catholiques, et d’y faire son butin auprès des hommes les plus célèbres de l’époque3. Ses lettres portent les traces de la même activité intellectuelle : ce sont des demandes de livres, des questions ou plus souvent des réponses sur l’interprétation de tel passage, la qualité de telle version, la préférence à donner à tel commentaire. « Toujours à lire, toujours à composer — écrit un de ses contemporains, Sulpice-Sévère, qui passa six mois près de lui à Bethléem — il n’a de repos ni jour ni nuit : s’il ne lit pas, il écrit4. » Et voilà par quel labeur, par quel commerce assidu avec les doctes de son temps, saint Jérôme s’est formé sa vaste érudition, tout entière orientée vers l’Ecriture, vers le déchiffrement de la parole divine.

Il est toutefois incontestable qu’en se donnant ainsi à l’étude, saint Jérôme avait aussi une autre raison, plus personnelle et plus intime. Il trouvait dans le travail une mortification et un divertissement, au sens où Pascal a pris le mot : c’est-à-dire un moyen de se détourner de penser à soi, et d’étouffer la végétation malsaine qui germe en une âme inoccupée ou trop attentive à s’écouter elle-même. C’est également à ce titre qu’il le recommandait5. En un mot le travail était pour lui une forme d’ascétisme. Et nous arrivons ici, je crois, à la tendance la plus profonde de l’âme de Jérôme, à celle qui domine et se subordonne toutes les autres.

C’est un fait certain que Jérôme a craint le monde6 et qu’il n’a cessé de conseiller à ceux qu’il aimait le plus de s’en exiler. Comme il arrive souvent à ceux qui, après une période de dissipation, se résolvent à une vie plus stricte, Jérôme avait gardé dans son cœur tout à la fois l’aiguillon et le remords de son passé de jeune homme7. Et il en avait emporté cette conviction que les dangers qu’offre la vie sont tels que fatalement les âmes fragiles, c’est-à-dire à peu près toutes les âmes, doivent y succomber, si elles ne mettent entre les tentations et elles une barrière presqu’infranchissable.

Telle est la source principale de son ascétisme ; et voilà pourquoi, sans faire de la vie religieuse une obligation absolue, il l’a constamment préconisée comme la meilleure, comme celle qui offre le plus de sécurité morale. Qu’il ait provoqué ainsi d’ardentes colères, il ne faut pas s’en étonner, car il ne craignait point d’appesantir ses ironies les plus décourageantes sur la vie séculière, pour mieux précipiter les âmes dans le renoncement. Jamais, au contraire, il ne manquait une occasion de mettre en relief la haute valeur de l’idéal monastique. Et s’il s’est décidé à raconter la biographie de quelques-uns des représentants les plus remarquables du monachisme, tels que Paul, Malchus ou Hilarion, c’est qu’il a pensé que ces petits tracts serviraient puissamment la. propagande dont il se constituait l’agent infatigable.

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Limitons-nous strictement à la Vita Pauli.

Cette Vie de Paul est le premier opuscule littéraire que saint Jérôme ait composé8. Parti assez brusquement d’Aquilée pour Jérusalem avec un groupe de pèlerins, tels qu’Héliodore, Innocent, Evagrius, le sous-diacre Niceas, l’esclave Hylas, dans l’intention de s’établir tous ensemble au désert de Chalcis, il avait vu ses compagnons s’égrener peu à peu sur la route. Hylas et Innocent moururent, Niceas revint dans sa patrie, Héliodore abandonna Jérôme malade à Antioche pour continuer son chemin vers Jérusalem. Privé de la contagion de zèle si utile pour mener à fin les grandes entreprises, Jérôme hésita quelque temps avant de s’ensevelir dans la solitude de Chalcis. Puis aiguillonné par l’exemple de quelques amis dont il venait d’apprendre la méritoire retraite, il consomma à son tour son propre sacrifice. Il devait rester dans le désert de 374 à 378 environ.

Ce fut là, sur la frontière orientale de la Syrie, près du pays des Sarrasins, qu’il apprit l’hébreu, au prix de quelles souffrances, il nous l’a dit lui-même : « Laissant, raconte-t-il, les traits ingénieux de Quintilien, les flots d’éloquence qu’épanche Cicéron, la gravité de Fronton et de la douceur de Pline, je commençai à apprendre l’alphabet hébreu et à étudier une langue aux mots gutturaux et haletants (stridentia anhelantiaque verba). Ce que j’ai dépensé d’efforts, ce que j’ai supporté de difficultés, combien de fois, désespéré, j’ai interrompu une étude que le désir obstiné de savoir me faisait ensuite reprendre, seul je puis l’attester, moi qui ai tant peiné, et avec moi ceux qui partageaient alors ma vie9. »

La Vita Pauli dut être pour lui comme un délassement de son pénible labeur. Justement vers cette époque, Evagrius, alors simple prêtre à Antioche, avec qui Jérôme avait des relations assez suivies.10, venait de traduire en latin la célèbre biographie d’Antoine par Athanase. Cette traduction donna à Jérôme l’idée de s’essayer à son tour dans l’hagiographie. S’il choisit Paul, c’est sans doute qu’il y était invité par les relations tardives qui avaient mis en présence l’un de l’autre les deux illustres solitaires, Antoine et Paul ; c’est aussi qu’il n’était pas fâché de rectifier ou de compléter à l’occasion les données du biographe d’Antoine et de dire son mot dans telle menue controverse relative à ces pieux ermites ; c’est enfin qu’il comptait par ce récit faire du bien à quelques âmes. Aussitôt l’opuscule terminé, il l’envoya au vieux Paul de Concordia11 : « Misimus intérim te tibi, id est Paulo seni Paulum seniorem, » lui écrivait-il. Et en retour de ce petit cadeau, il le priait de lui faire tenir différents ouvrages dont il avait alors besoin, les Commentaires de Fortunatien, l’Histoire d’Aurelius Victor, les Lettres de Novatien.

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Pour mesurer la faveur que rencontra la Vie de Paul, il suffit de considérer le nombre de traductions et de remaniements en différentes langues dont elle fut l’objet. Nous en connaissons plusieurs recensions grecques12, une recension en copte13, une recension syriaque14.

Depuis longtemps les érudits discutent sur le point de savoir si la Vie rédigée par Jérôme est vraiment

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