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Vingt-trois ans de séjour dans le sud de l'Afrique

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408 pages

Considérations générales sur l’Afrique. — Tentatives d’exploration. -Origine probable, des Hottentots. — Mode d’accroissement de la population, Origine des Bushmen. — Bushmen, Béchuanas. — Leur état de souffrance et de dégradation. — Comment s’explique la variété de leurs dialectes. — Tribu des Tamahas. — Triste aspect du pays des Bushmen, — Origine et caractère des Cafres. — Pays des Dassoutos et des Béchuanas. — Namaquois et Damaras. — Description de la contrée stérile des Karrous.

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Robert Moffat
Vingt-trois ans de séjour dans le sud de l'Afrique
Travaux, voyages et récits missionnaires
AVANT-PROPOS
L’auteur espère, dans les pages qui vont suivre, ap porter aux églises évangéliques d’Europe quelques connaissances nouvelles relativem ent aux pays païens. On y trouvera un récit fidèle d’événements qui se sont p assés sous ses yeux, et bien des détails qui pourront servir à faire connaître les p euplades africaines par leurs traits caractéristiques. Il ose croire que cet ouvrage est propre à faire avancer l’étude de ce qu’on pourrait appeler la philosophie des missions. Le philosophe et le théologien y trouveront peut-être quelques faits nouveaux pour e ux, et y apprendront à connaître l’humanité sous des faces qu’ils n’avaient pas enco re observées. On pourra aussi se convaincre, en le lisant, que, malgré les différenc es accessoires, il y a une identité fondamentale entre les résultats de la dépravation humaine, en Asie, en Afrique et dans la Polynésie ; et que l’Evangile est le remède uniq ue et infaillible aux souffrances d’un monde rendu malheureux par le péché. On y trouvera des exemples frappants de l’empire qu’il a exercé sur les caractères les plus indomptables et les plus sanguinaires. L’auteur s’est abstenu presque entièrement de réflexions philosophiques ; il a cru que sa tâche à lui était de raconter simplement des faits. Il laisse aux hommes de loisir et de réflexion le soin d’analyser ces faits, de les comparer, et d’en déduire les enseignements qu’ils renferment. Il se présente devant le public moins comme auteur que comme un simple témoin, mais un témoin intéressé. Il a pour but de faire valoir les droits de ces millions d’hommes qui périssent sans secours, mais non sans amis, pour lesquels il a, jusqu’ici, travaillé et vécu, qu’il aime de la plus tendre affection, et au milieu desquels, tout barbares, tout noirs, tout ignorants et dégrad és qu’ils sont encore, son plus cher espoir est de vivre, de travailler et de mourir !
CHAPITRE PREMIER
Considérations générales sur l’Afrique. — Tentatives d’exploration. -Origine probable, des Hottentots. — Mode d’accroissement de la population, Origine des Bushmen. — Bushmen, Béchuanas. — Leur état de souffrance et de dégradation. — Comment s’explique la variété de leurs dialectes. — Tribu des Tamahas. — Triste aspect du pays des Bushmen, — Origine et caractère des Cafres. — Pays des Dassoutos et des Béchuanas. — Namaquois et Damaras. — Description de la contrée stérile des Karrous.
LE continent d’Afrique, qui, selon toute apparence, a vu naître les premiers essais de travaux géographiques, n’en est pas moins aujourd’hui, et probablement pour longtemps encore, la partie du globe la moins connue. Ce continent, qui fut autrefois une pépinière des lettres et des sciences, l’entrepôt d’un commerce étendu et le siége d’une puissance qui disputait à Rome l’empire du monde ; ce pays qu i servit de berceau à l’église de l’ancienne alliance et d’asile à l’enfance du Sauveur, ne laisse pas de marquer jusqu’à ce jour une immense lacune, aussi bien sur la carte du monde, que dans son histoire. Bien que les navires phéniciens en aient fait le tour dè s longtemps avant l’ère chrétienne, si l’on en croit Hérodote, et que les premières découv ertes maritimes qui succédèrent à l’invention de la boussole se soient dirigées de ce côté, l’intérieur de ce continent est demeuré jusqu’ici un mystère impénétrable pour l’Européen, et un objet d’effroi pour les voyageurs les plus intrépides. Quoique nul autre pays n’ait vu sacrifier autant d’hommes à des voyages de découvertes, et des hommes chez qui l’intelligence égalait le courage, qui n’étaient pas conduits par une cupidité sordide, mais par une philanthropie éclairée, tous ces sacrifices de vies humaines n’ont abouti qu’à nous faire connaître les bords de cet immense continent et à peine quelques points de l’intérieur, toujours à une petite distance des côtes. L’Afrique a eu ses églises, ses écoles célèbres, se s savants et ses littérateurs, ses évêques apostoliques, et son armée de nobles martyr s ; mais aujourd’hui un crêpe funèbre s’étend sur ses vastes contrées, et ses millions d’habitants, victimes de toutes les horreurs qui puissent affliger l’humanité, descendent en masse dans les régions de la misère éternelle. Elle a enrichi la chrétienté de ses trésors : elle lui a prodigué son or, ses épices, son ivoire, les corps et les âmes de ses tr availleurs ; et en retour de tout cela, qu’a-t-elle reçu ? Çà et là une croix plantée sur s es côtes et gardée par le canon d’une forteresse. Sans le secours qu’elle a trouvé, sous la direction d’en haut, dans la puissance et la sympathie de l’Angleterre, l’Afrique verrait aujourd’hui flotter partout sur son sein un funeste drapeau à trois couleurs, uniss ant au symbole de la Babylone 1 mystique les emblèmes du paganisme et le croissant du faux prophète. « Les contrées qui couvrent la plus grande partie d e celte vaste surface peuvent compter parmi les plus belles de la terre, sous le rapport de la fertilité du sol et des ressources qu’elles présentent ; mais à l’égard des populations qui les habitent, si l’on excepte celle de l’Egypte dans l’antiquité, avec celle des bords de la Méditerranée, sous la domination carthaginoise ou romaine, et dans les beaux jours de la puissance arabe, ces contrées furent toujours plongées dans les plus épaisses ténèbres de l’ignorance, de la superstition et de l’abrutissement. L’éclair de civilisation qui a brillé un moment en 2 Nubie et en Abyssinie mérite à peine d’être signalé comme une exception. » Avant d’entrer dans le détail des travaux missionna ires, il convient de jeter un coup d’œil sur la situation, l’étendue et le caractère des principaux champs qu’ils occupent. Le cap de Bonne-Espérance est un promontoire élevé et montueux, qui fut découvert par Barthélemy Diaz, navigateur portugais, et occupé par les Hollandais, en 1652. A cette époque, toute la contrée qu’on appelle aujourd’hui la colonie était habitée par les
Hottentots proprement dits, dont l’histoire et l’or igine sont encore enveloppées d’un profond mystère. Ils ne ressemblent, ni pour le phy sique, ni pour la langue, ni pour les usages, à aucune des peuplades cafres qui bornent l eurs diverses tribus, et qui s’étendent depuis la baie de Péquéna, à l’occident, jusqu’à la grande rivière des Poissons à l’orient. C’est une race qui diffère entièrement de toutes les autres qui nous sont connues. A prendre en masse les Hottentots, le s Corannas, les Namaquois et les Bushmen, cette race n’est point noire, ni basanée, mais plutôt d’une teinte pâle, quelquefois même si claire, qu’elle laisse percer s ur la joue une nuance rosée, principalement chez les Bushmen. Ils sont généralem ent de plus petite taille que leurs voisins de l’intérieur ; ils en diffèrent essentiellement par leur visage et les formes de leur corps ils ont le sommer de la tête large et plat, l e menton en pointe, les pommettes saillantes, le nez aplati et les lèvres épaisses. D epuis que j’ai eu l’occasion de voir des individus chinois, je suis porté à croire, avec Barron, que ce dernier peuple est celui dont les Hottentots se rapprochent le plus par la couleu r de leur peau et la conformation de leurs traits. J’ai été confirmé dans cette opinion, depuis mon arrivée en Angleterre, par la vue de deux enfants chinois aveugles, que j’aurais pris pour des Hottentots, si je n’avais pas été averti d’avance de leur origine ; et, s’ils avaient eu l’usage de leurs yeux, la ressemblance aurait été bien plus frappante encore. On sait que les Hottentots occupent la partie la plus méridionale de l’Afrique, et qu’ils s’étendent plus ou moins vers le nord ; les Bushmen, qui sont les plus septentrionaux, se trouvent dans des contrées habitées par d’autres pe uplades, au milieu desquelles ils conservent un caractère parfaitement distinct ; et, ce qui est bien remarquable, ils n’acquièrent pas cette teinte foncée qui caractérise tous les autres peuples habitants de la zône torride. Si les Hottentots étaient, comme l ’ont pensé quelques auteurs, des Bohémiens venus d’Egypte, il serait difficile d’exp liquer comment, dans le cours des siècles qu’il leur a fallu pour parcourir pas à pas une étendue de plus de seize cents lieues, ils n’auraient pas adopté un seul mot de la langue des peuples avec lesquels ils se sont trouvés en contact, ni un seul de leurs usages, pas même celui de semer le blé. On peut raisonnablement supposer que lorsque l’Afrique fut peuplée, du côté de l’Egypte par les enfants de Cham, et du côté de la mer Rouge par les Arabes, les ancêtres des Hottentots actuels se trouvaient à la tête des peup lades envahissantes, et qu’ils ont avancé graduellement à mesure que s’accroissait derrière eux la population, jusqu’à ce qu’ils eussent atteint les limites du continent. Il est facile également de concevoir, pour quiconque connaît les lois de la migration des peup les, que, dans cette marche progressive vers le sud, des détachements de la fam ille hottentote ont pu rester en arrière, dans les localités qu’isolait plus ou moin s la nature du terrain, et où ils avaient campé pendant que le gros de la nation se portait e n avant. Plusieurs indices semblent 3 prouver que ce peuple remarquable est venu originairement d’Egypte. Quoi qu’il en soit, il est évident qu’ils proviennent d’une race distincte de celle de leurs voisins, et qui s’est étendue dans l’intérieur, occupant les localités le s plus fertiles, jusqu’à ce que leurs progrès fussent arrêtés à l’orient par la nation gu errière des Cafres, et au nord par les Béchuanas et les Damaras. Il est probable qu’ils se sont répandus dans le pays des grands Namaquois, le long des limites occidentales de la colonie, jusqu’à ce qu’ils fussent arrêtés par le désert, au delà duquel se tr ouvent les Damaras ; qu’ensuite ils avancèrent vers l’orient à partir du pays des petits Namaquois, le long des rives fertiles du fleuve Orange, bordé d’une double frange do saul es-pleureurs, d’acacias gigantesques et d’arbres du pays nommés kharris, qu i conservent en toute saison leur riche verdure. C’est ainsi que par la nature des li eux ils se trouvèrent séparés en trois grandes divisions, les Hottentots, les Corannas et les Namaquois grands et petits. Telles
furent, de temps immémorial, les limites des contrées qu’ils habitent ; et quant aux landes et aux montagnes arides qui les avaient arrêtés, elles devinrent l’asile et le domaine des Bushmen, qui sont par excellence les enfants du désert. Tous ces peuples offrent à peu près les mêmes caractères physiques ; leurs mœurs et leurs usages sont les mêmes. J’ai vu se rencontrer des Hottentots proprement dits, des Corannas et des Namaquois, qui arrivaient de contrées éloignées les unes des autres, et dès la première entrevue ils se comprenaient sans difficulté. Tous font usage des mêmes armes, l’arc, le carquois et les flèches empoisonné es ; armes qui sont inconnues des autres peuplades, excepté de celles qui touchent les Hottentots, tels que les Batlapis, qui disent avoir adopté ce nouveau mode de combattre po ur pouvoir leur tenir tête ainsi qu’aux Bushmen ; c’est aussi d’eux qu’ils tiennent ces armes, qu’ils n’ont pas encore appris à fabriquer eux-mêmes. Les Bushmen sont la variété la plus remarquable de la nation hottentote. Parmi les diverses opinions qu’on a émises sur l’origine et la vraie nature des Hottentots, se trouve celle de Gibbon, qui voit en eux « le chaînon intermédiaire entre la création intelligente et la brute. » S’il avait connu les Bushmen, qui sont certainement inférieurs au reste des Hottentots, il aurait puisé chez eux de nouveaux ar guments à l’appui de ce système bizarre et depuis longtemps discrédité. Quelques au teurs les regardent comme les ancêtres de la nation ; d’autres, comme une race en tièrement distincte ; d’autres, enfin, comme des Hottentots dépouillés de leur bétail par des fermiers hollandais, Que les Bushmen soient le peuple duquel descendent les dive rses tribus hottentotes, c’est une supposition incompatible avec les faits existants ; il est plus invraisemblable encore qu’ils soient une race distincte ; et l’hypothèse qui voit en eux des Hottentots dépouillés, est à mon avis une opinion inadmissible provenant de rens eignements incomplets. Si l’on admettait cette hypothèse, il faudrait admettre aussi que les Hottentots, en perdant leur bétail, ont perdu également leur tangue ; car il est avéré, par les plus anciens documents qu’on ait pu recueillir à ce sujet, que les deux pe uples n’ont jamais pu se comprendre sans interprètes ; la langue des Bushmen ayant, de plus que le claquement des Hottentots, une sorte de croassement guttural qui lui est propre. Il est un autre fait qui renverse la supposition pr écédente : c’est qu’on trouve des Bushmen dispersés dans toutes les tribus Béchuanases de l’intérieur, même jusqu’au lac Mampour, à près de trois cents lieues au nord de La ttakou, Or, les Bushmen les plus éloignés, ceux des contrées de Marosa ou Baron, ne diffèrent en rien de ceux qui touchent la colonie ; et les plus anciennes traditi ons que nous puissions recueillir, soit chez les Béchuanas, soit chez les Corannas et les N amaquois, qui sont des Hottentots sans altération, nous les représentent comme un peu ple nomade sans domicile fixe, sans bétail et même sans nationalité. Au reste, il est facile de prouver qu’ils descendent des Hottentots. Il est probable qu’ils se rattachent à toutes les autres tribus nomades de l’intérieur de l’Afrique, et que l’origine de ces d ernières jetterait du jour sur celle des Bushmen. Ce rapprochement se justifie par les faits suivants, que j’ai ou cent fois l’occasion d’observer, pendant un séjour do plus de vingt années parmi les tribus Béchuanases. A chacune des villes de ce dernier peu ple se rattache un grand nombre de subordonnés appelés « Balalas, »les pauvres,sont à l’égard des Béchuanas ce qui qu’étaient autrefois les Bushmen à l’égard des Hottentots, et qui ont sans aucun doute la même origine. Ces Balalas, qui autrefois habitaient les villes, furent établis à la campagne par leurs chefs respectifs pour procurer à ceux-ci du miel sauvage, des racines et des peaux de bêtes fauves. L’amour natur el de la liberté et le défaut d’une nourriture suffisamment abondante dans les villes, grossirent peu à peu le nombre de ces habitants des campagnes. Ils se formèrent en pe tites communautés, qui n’avaient
autrefois qu’un caractère provisoire, appelés qu’il s étaient, par la nature de leurs occupations, à changer de place, et ne possédant de bétail d’aucune espèce. Habitués dès l’enfance aux douceurs d’une demi-liberté, qu’i ls préféraient de beaucoup au vasselage qui les attendait dans les villes, ils consentirent à tous les sacrifices pour plaire à des supérieurs, souvent très-éloignés, plutôt que de s’assujettir à la monotonie d’une vie de cité. Telle est leur aversion pour cette vie , qu’on voit souvent des chefs connus prendre les armes et s’en aller dans le désert, à d es distances de trente lieues et plus, uniquement pour ramener des Balalas, qui les aident à garder et à récolter les fruits de leurs jardins ; aussi à l’époque de la récolte, ces derniers se mettent ordinairement en voyage, et vont se fixer dans les lieux les plus déserts et les plus arides, pour échapper à celte tâche facile, mais gênante, qui ne leur est p ourtant imposée que dans les années d’abondance. Bien qu’en général ils puissent indiquer à quel che f ils appartiennent, toutefois, la difficulté des communications et les ravages produi ts par la guerre, ont procuré à un grand nombre d’entre eux une position isolée et ind épendante. Quant aux autres, il ne leur est jamais permis d’entretenir du bétail, et i ls sont en proie aux caprices et à la cupidité de leurs maîtres, toutes les fois qu’ils s e rencontrent sur leur chemin. Ils soutiennent leur chétive existence au moyen de la c hasse, des racines et des fruits sauvages, des sauterelles qu’apporte le vent du dés ert et de tout ce qu’ils trouvent qui puisse leur servir d’aliment ; quand ils en ont plus qu’il ne leur est nécessaire, ils cachent le surplus dans la terre pour le dérober à leurs su périeurs, qui sont dans l’usage de s’approprier tout ce qui est à leur convenance. La moindre résistance de la part d’un Balala serait à l’instant punie de mort. Dans les parties de chasse que leurs maîtres font entre eux, les Balalas, hommes et femmes, sont empl oyés à transporter de lourdes charges de viandes au lieu du rendez-vous des chass eurs ; ils reçoivent en retour les rognures du festin, et les travaux les plus pénible s leur sont dévolus tout le temps que dure l’expédition. Il ne leur est jamais permis de se vêtir de la fourrure des renards ou des autres animaux qu’ils ont tués. Ils en mangent la chair et apportent les peaux dans les villes, où ils reçoivent en échange quelque peu de tabac, une mauvaise lance ou un vieux couteau. Ils se voient forcés d’abandonner à leurs maitres toutes les peaux d’une valeur un peu considérable, aussibienles meilleurs morceaux du gibier ; à moins que qu’ils ne parviennent à tenir secret à leur profit le succès qu’ils ont pu avoir à la chasse. Par suite de la vie malheureuse à laquelle ils sont condamnés, ils sont aussi inférieurs aux Béchuanas en force et en stature, que le sont les Bushmen à l’égard des Hottentots. La variété des dialectes que parlent les diverses t ribus des Bushmen, même lorsqu’elles ne sont séparées que par une rivière ou une chaîne de collines, — dialectes qui sont tous inintelligibles pour les Hottentots, — soulève un nouveau problème à résoudre. Ici encore le rapprochement avec les Bala las fournit une solution facile. Les divers dialectes du Béchuana, que parlent ces derniers, différent tellement de la langue com m une, surtout dans les districts éloignés des vi lles, qu’ils ont souvent besoin d’interprètes pour se faire comprendre. On s’expliq ue facilement cette circonstance lorsqu’on connaît les mœurs de ces peuples. Dans les villes, la pureté et l’harmonie de la langue se conservent au moyen des assemblées publiq ues, où le beau langage est de rigueur, ainsi que dans leurs fêtes, leurs cérémonies, leurs chants nationaux ou religieux, et aussi dans leurs entretiens continuels ; car, co mme les anciens Athéniens, ils sont toujours à « dire ou à écouter quelque nouvelle ; » et la première question qu’on adresse à celui qui arrive d’un village voisin est celle-ci :Mpuléla, mahuke ?Qu’y a-t-il de « nouveau ? » ou celle-ci :Lo yélang gona ?Que mange-t-on dans cet endroit ? » La « conversation ne s’arrête que lorsque les interlocuteurs sont vaincus par le sommeil ou
réduits au silence par la faim. Mais il en est bien différemment dans les villages isolés du désert. Là il n’y a ni assemblées publiques, ni fêtes, ni bétail à conserver et à soigner, ni fabriques d’aucun genre pour entretenir l’énergie des habitants ; ils ne possèdent aucune espèce de biens ; leur seule étude, le but suprême de leur activité, est de conserver leur âme unie à leur corps ; pour y parvenir, ils se voient souvent obligés de s’enfoncer dans les déserts à une grande distance de leur lieu natal. Dans ces occasions les pères et les mères, et tous les hommes en état de porter un fard eau, font souvent des absences de plusieurs semaines, laissant les enfants aux soins de quelques vieillards infirmes. La nouvelle génération, parmi laquelle se trouvent des individus qui bégaient à peine, d’autres qui commencent à prononcer une phrase entière ; d’autres enfin, plus avancés encore, qui passent le jour à s’ébattre ensemble, a bandonnés aux seuls soins de la nature ; tous ces enfants, dis-je, qui seront un jour la nation, se créent un idiome qui leur est propre. Les meilleurs parleurs accommodent leur langage à l’intelligence des moins avancés, et de cette babel d’enfants sort un dialec te bâtard, formé d’une multitude de phrases et de mots cousus ensemble sans règle aucune, C’est ainsi que le caractère de la langue change totalement dans J’espace d’une génération. Leur état de servitude, leur extrême pauvreté, leurs vêtements misérables et les souffrances auxquelles les expose l’inclémence des saisons, exercent nécessairement u ne influence funeste sur leur caractère et sur leur constitution. Ils sont généralement de petite taille, et, bien qu’ils ne manquent pas d’intelligence, la vie qu’ils mènent d onne à leurs traits une teinte de mélancolie. Les mauvais traitements qu’ils ont à subir, et leur contact continuel avec des animaux dangereux, impriment à leur physionomie un caractère timide, à leur regard quelque chose de farouche et de soupçonneux. On ne s’en étonnera pas si l’on se rappelle qu’ils ont constamment à lutter contre les bêtes sauvages, depuis le lion qui rugit nuit et jour à leurs oreilles, jusqu’au serpent don t le venin mortel les menace incessamment ; en sorte que leur vie se passe dans un état d’alarme permanent. Tout ce que nous venons de dire des Balalas se retr ouve exactement chez les Bushmen. Quiconque a pénétré dans l’intérieur du su d de l’Afrique ne peut mettre en doute la parfaite exactitude de la description trac ée par M. Campbell, de ceux qu’il appelle « Bushmen-Béchuanas » et qui sont, dit-il, « un peuple profondément méprisé par toutes les tribus environnantes. Ce peuple s’est accru d’un grand nombre de réfugiés provenant de villes et de villages autrefois florissants, mais réduits par les ravages de la guerre à la dernière indigence, et dont les habitan ts se sont vus forcés de s’en aller au désert disputer contre les bêtes féroces une subsis tance insuffisante. C’est de ces peuples que les Tamahas, ou « peuple rouge, » selon la signification étymologique de leur nom, tirent leur origine. Du temps de Molehaba ngue, père du chef actuel des Batlapis, ils formaient un corps considérable qu’il avait coutume d’emmener avec lui dans les expéditions qu’il faisait pour enlever du bétail. Une fois formés à ce genre de guerre, et doués d’ailleurs d’un caractère intrépide, ils e nlevèrent du bétail pour leur propre compte, et Molehabangue leur ayant généreusement pe rmis de le garder, ils devinrent une tribu indépendante, qui resta la fidèle alliée des Batlapis. Il est hors de doute que cette condition heureuse et indépendante a été, autrefois, celle des Bushmen. Ce qui ne l’est pas moins, c’est qu’il s augmentèrent en nombre par l’adjonction successive de Hottentots dépouillés pa r les Européens, et contraints d’abandonner pour toujours le pays de leurs ancêtres ; naturelle-meut portés à pourvoir à leurs besoins au moyen du pillage, ils apprirent au x Bushmen à se faire les pirates du désert. C’est ce qui donna lieu à cette affreuse politique d’extermination que sanctionna, autrefois, le gouvernement de la colonie. Il résulte des plus anciens documents sur cette matière, que les Bushmen étaient jadis très-nombreu x. J’aitraversécontrées qui, ces
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