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YHWD descend: je suis celui qui tombera

De
592 pages
Analysant les caractères communs des descentes de YHWH - nom propre de Dieu en hébreu - avec une méthode linguistique, l'auteur relie des textes bibliques hétérogènes véhiculant toutefois des représentations cognitives similaires. A travers une analyse spatio-temporelle et dialogique de textes théophaniques dérivée de la sémiotique, des représentations topologiques puis typologiques se dégagent des descentes de YHWH.
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Gaëll GuibertYHWH descend :
je suis celui qui tombera
Enquête linguistique dans les textes bibliques YHWH descend :
Analysant les caractères communs des descentes de Y – nom propre de je suis celui qui tomberaDieu en hébreu – avec une méthode linguistique, l’auteur relie des textes
bibliques hétérogènes véhiculant toutefois des représentations cognitives
similaires. De la théophanie de Y à une analyse des textes présentant
le marqueur Y yarad, l’ouvrage dégage des catégories abstraites pour Enquête linguistique dans les textes bibliques
dé nir un type de cette descente de Y, interrogeant sa représentation
et jusqu’aux mêmes racines du futur dogme trinitaire. Y, sous les traits
anthropomorphiques d’un guerrier, homme de guerre et serviteur sou rant
en racheteur, peut-il s’identi er au Dieu Très-Haut décrit dans l’Ancienpuis
le NouveauTestament? Une représentation trinitaire peut-elle vraiment
intégrer son propre principe?
À travers une analyse spatio-temporelle et dialogique de textes
théophaniques dérivée de la sémiotique, des représentations topologiques
puis typologiques se dégagent des descentes de Y. Le statut d’archétype
de l’Être de Dieu, Y qui descend voire tombe, peut être dé ni. Ar
de l’homme et prototype de Dieu, il se précise parmi une trinité d’Étants
divins: Y, l’Esprit, la Sagesse. Le Dieu Très-Haut, inengendré, ne
descend pas, mais bien l’Être Vivant-parlant, en Fils, changeant d’état a n
d’initier un dialogue et remédier à la confusion du langage. La mal-diction
est issue du mal-entendu, dire mal-rapporté du serpent herméneuteà la
femme accordée à Adam, Isha, de nagad «celle qui raconte», devenue Ève,
de hawa «celle qui raconte» pour mal-dire. Ish peut-il être ré-accordé à
son aide Isha pour bien-direle message de Dieu? Cette bonne nouvelle re-
suscitée ne réhabilite-t-elle pas Isha, la Femme, représentée par la Sagesse ou
Vierge, parmi la trinité des Enfants de Dieu: le Fils, l’Esprit, la Fille?
Docteur en linguistique textuelle (laboratoire LaLIC-UMR CNRS-2003),
Gaëll Guibert est diplômée de l’EPHE, de philosophie et de théologie, titulaire
de l’École biblique ; chercheur associée au STIH (Sorbonne), ses activités
professionnelles concernent depuis dix ans la transmission de l’information, à
travers le suivi et l’expertise de projets de recherche nationaux et européens.
Illustration de couverture: John Fowler (Snowpeak).
Lightning, 2009, http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/deed.fr.
Adaptation de l’auteur.
ISBN : 978-2-296-99736-3
52
YHWH descend : je suis celui qui tombera
Gaëll Guibert
Enquête linguistique dans les textes bibliques





YHWH descend : Je suis celui qui tombera





























Gaëll GUIBERT












YHWH descend : Je suis celui qui tombera


Enquête linguistique dans les textes bibliques

































































© L'Harmattan, 201
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-99736-3
EAN : 9782296997363
Première partie : Problématique de la descente de YHWH

Le sujet de la présente analyse consiste à examiner la descente de YHWH dans les
textes bibliques vétérotestamentaires. Il ne peut être étudié en faisant abstraction de
l’idée de la théophanie, qui lui est le plus souvent corrélative. Par conséquent, nous
voudrions tout d’abord tenter d’établir une définition opérationnelle de la
théophanie. Cette définition est élaborée à travers les différentes acceptions qui en
ont déjà été données dans l’exégèse des dernières décennies, avant de poser le
problème de la descente de YHWH. Il s’agit de déterminer une définition qui puisse
être utilisée comme un outil technique, opératoire, pour étudier les textes et les
qualifier comme théophaniques ou non. Pour ce faire, nous étudierons la recherche
récente sur ce sujet pour en dégager les grands axes.

La théophanie se traduit comme la présence de Dieu rendue sensible aux
hommes. C’est pourquoi, elle se décline le plus souvent en deux catégories : les
phénomènes naturels et les manifestations sous forme humaine. Ces deux formes
sensibles, naturelle et humaine, sont les voies empruntées par Dieu (qeov), ici
YHWH, pour se manifester (Fainomai) aux hommes. Dieu se fait voir de plusieurs
façons dans l’Ancien Testament ; une de ces façons serait de descendre pour venir,
sur terre, vers un homme – un médiateur – pour rencontrer les hommes.

Nous focaliserons notre recherche sur les textes comportant la formule « YHWH
descend » (racine dry), en étudiant ainsi la théophanie sous un nouveau jour. On
précise que « YHWH descend » comporte des variantes, aussi bien de personne (Je
descends, Il descend) que temporelles. Par exemple, « Je suis descendu » (Ex 3:8),
« C’est moi qui descendrai avec toi » (Gen 46:4), « Descendons » (Gen 11:7). Nous
verrons si les deux notions, à savoir la descente de YHWH et la théophanie, se
recouvrent dans tous les textes où « YHWH » est le sujet du verbe dry « descendre ».
Nous réaliserons avant tout une approche sémasiologique de cette marque, « YHWH
descend » ; c’est-à-dire, une approche à partir des occurrences de la marque
linguistique dans les textes. Nous essaierons de classifier ces occurrences et de les
expliquer, pour définir la descente, par opposition à une approche qui prendrait pour
point de départ le concept de descente. Notre entrée dans la question de la
théophanie sera donc bien distincte et première : la marque prévaut sur l’idée, s’en
éloigne pour l’analyse, puis y revient pour voir en quoi elle peut l’enrichir. Nous
étudierons l’emploi du verbe dry dans la Bible hébraïque, lorsque c’est YHWH, le
Dieu d’Israël, qui en est le sujet dans les textes ; à cette fin, nous n’étudierons la
grammaire ou la critique textuelle que lorsqu’elles apporteront à notre analyse en
fonction des questions posées aux textes dans la deuxième partie.

Dans un premier chapitre, après avoir fait état de la recherche exégétique sur la
théophanie (1.1 et 1.2), nous nous dirigerons vers une définition opérationnelle de la
théophanie (1.3), également avec l’aide de dictionnaires récents. Dans un second
chapitre, nous situerons mieux l’analyse de « YHWH descend » par rapport à cette
problématique générale.
5 Chapitre 1 : Vers une définition de la théophanie

1. Définitions de la théophanie et recherche récente

Pour des raisons opérationnelles, nous distinguerons deux façons de traiter la
théophanie. La première a tendance à mettre en relief la vision de Dieu, alors que la
seconde s’intéresse à la forme prise par YHWH lors de la manifestation, ainsi qu’à la
forme littéraire. Il est ainsi possible de distinguer deux tendances dans la recherche
récente ; l’une, qui serait plus caractéristique des années soixante, concernerait
davantage la vision de Dieu ; tandis que l’autre, plutôt à partir des années quatre-
vingt, insiste davantage sur la forme, à plusieurs niveaux. Dans cette première étape,
nous n’entrerons pas en discussion avec les auteurs ; cette présentation a pour but,
d’une part, de glaner des éléments pour construire notre définition opérationnelle de
la théophanie, d’autre part, d’orienter et situer notre recherche. Dans la troisième
partie de notre analyse, nous reviendrons également à cet état de la recherche sur la
théophanie. En fonction de ce que nous aurons acquis dans l’analyse de la descente,
nous traiterons alors la question de la théophanie (cf. troisième partie, chapitre 6) ; à
partir de ce qui en aura été présenté, au moyen de l’exégèse récente à ce sujet.

1.1 La théophanie comme vision de Dieu

Dès les années soixante, l’accent est mis sur la théophanie comme vision de
Dieu, c’est-à-dire expérience directe ; le lieu de culte est par définition un lieu
privilégié de théophanie. Le texte d’Ex 19 fait déjà référence sur le sujet, en tant que
1source biblique de la définition de la théophanie. Barr (1960) remarque
l’anthropomorphisme des théophanies de l’Ancien Testament où Dieu, conçu
comme pur esprit, est capable d’assumer une forme et non d’avoir lui-même une
forme physique, humaine ; ce dont il n’est pas question, car il l’assume tout au plus.
Ce point est très important, car par la suite (fin du XX° siècle), la forme humaine
deviendra un acquis de l’exégèse, alors qu’elle posait problème au départ et pouvait
2tout au plus être déléguée (à un ange par exemple) ou assumée. Mais la
compréhension la plus récurrente dans les années soixante est celle de la vision de
3Dieu. Lindblom (1961) écrit que le lieu est également concerné par la théophanie.
Celle-ci consiste en ce que Dieu est vu par l’homme dans le lieu consacré, car la
divinité habite un sanctuaire. En accord avec la conception israélite de YHWH,
malgré son caractère transcendant, Dieu a une connexion étroite avec le lieu saint où
il était adoré (tente, temple) ; cet auteur se réfère également à Ex 19 et évoque un
concept tardif de la descente. Ainsi, Lindblom explique que le narrateur ne peut s’en
tenir au seul motif de la théophanie pour l’ensemble des occurrences du Sinaï. Le
style anthropomorphique-mythologique est utilisé (le dialogue entre YHWH et Moïse
se déroule comme entre deux êtres humains). La vision de YHWH est décrite comme
une réelle théophanie. YHWH vient et se tient (1 S 3 ; Gen 46:2 ; Nb 12:6 ; Ez 1:1 ;
Ez 8:3). La Bible décrit souvent un $alm « messager », distinct de YHWH, parfois
identifié avec lui et appelé « ange de YHWH ».

1
James BARR, « Theophany and Anthropomorphism in the O.T. », in Supplement to the VT 7, Congress
Volume Oxford 1959, Leiden : Brill, 1960, p. 31.
2 ibid., pp. 32-33.
3
Johannes LINDBLOM, « Theophanies in Holy Places in Hebrew Religion », HUCA, 1961, 32, p. 92.
7L’accent est encore mis ici sur la vision de Dieu, le lieu saint où elle survient, le
messager parfois distinct par lequel elle advient, mais pas exactement sur la forme
de la manifestation, qui ne semble pas faire question. L’analyse de la théophanie des
années soixante, majoritairement envisagée comme vision de Dieu, se caractérise
4pourtant déjà par des questions sur la puissance et la forme de Dieu . Ainsi, Franck
5Polak (1996) note que la puissance de YHWH avait été manifestée, par sa « main
forte » et son « bras étendu » (puissance divine). On peut en trouver l’exemple lors
du passage de la mer Rouge : Dieu guerrier, « YHWH lui-même marchait à leur tête :
colonne de nuée » d’où « il observe » et « il combat pour eux contre l’Egypte » (Ex
13:21 ; 14:24-25) et « Israël vit avec quelle main puissante YHWH avait agi
14:31). Il s’agit bien ici de la forme sensible prise par YHWH, sous forme d’un
6guerrier, donc sous forme humaine, avec laquelle il combat. D’autant que,
littéralement, l’hébreu choisit hmxlm vya « homme de guerre », pour décrire que
« YHWH est un guerrier, YHWH son nom » (Ex 15:3). Il ne s’agit pas d’une
expression comparative anthropomorphique, et l’auteur, par une mise en parallèle,
indique même que « homme de guerre », c’est son nom. Ailleurs, le terme rwbg est
utilisé pour qualifier « Le grand Dieu vaillant guerrier » (Jr 32:18) ; mais le
substantif rbg hébreu ou chaldéen signifie d’abord « homme ». Ce « grand Dieu
guerrier, YHWH Sebaoth est son nom » est donc décrit comme « homme ».
7J. K. Kuntz (1967) fait remarquer que la théophanie ne peut être définie
exactement ; en revanche, les éléments impliqués peuvent être définis, notamment
des éléments mythologiques pertinents. La vision de Dieu s’explique d’un point de
vue étymologique. En effet, il y a un mot hébreu har « voir », équivalent à notre
mot « théophanie » français ou anglais. Le terme est d’origine grecque ( eofania),
défini par Liddell and Scott comme une « vision de Dieu ». Le mot grec, une
compilation, consiste en un nom, eov, et un verbe, Fainomai. Alors que le nom se
réfère exclusivement à un dieu, le verbe comporte certaines nuances de manifester.
Le verbe a les sens de « briller », « porter à la lumière », « faire apparaître », « faire
savoir », « révéler », « disclose », « show forth, display in action », « donner
lumière », et les passifs sont « venir à la lumière », « être manifeste ». Dans le 3ème
nouveau dictionnaire international de la langue anglaise de Webster, la théophanie
est : « une présentation physique ou une manifestation personnelle d’une divinité à
un individu ; une apparence de la divinité ». Ces définitions constituent l’arrière-
fond étymologique de base, retenu dans l’exégèse comme vision de Dieu, et dans la
Grèce comme des dieux visibles qeoi faneroi.

4
ibid., p. 102.
5
Frank H. POLAK, « Theophany and Mediator : the Unfolding of a Theme in the Book of Exodus », in
Studies in the book of Exodus, Leuven : Peeters 1996, p. 128 : « These episode highlight the hidden
connection between the plagues and the theophany themes. The power of YHWH, which Moses
experienced during his call and in the demonic nocturnal assault, are now displayed before the eyes of
entire nations, as they affect one of the great empires of the East. The theophany theme transcends the
limits of personal revelation in order to assume world-wide, universal dimension ».
6
Voir aussi Raymond Jacques TOURNAY, Voir et entendre Dieu avec les psaumes, Sheffield : JSOT
Press, 1988, pp. 51-55, p. 67 et pp. 73-78.
7 John Kenneth KUNTZ, The Self-Revelation of God, Philadelphia : The Westminster Press, 1967, pp. 30-
31.
8
TTLe terme de théophanie se réfère à la révélation régulière mais imprévisible du
Dieu d’Israël à son peuple ; on peut remarquer que cette révélation régulière est celle
de Dieu, celle dont Dieu a l’initiative du faire voir et faire savoir.

8Kuntz fait aussi état des caractéristiques des théophanies, dont certaines sont
énumérées ci-après :
- Elles sont apparemment réelles pour des peuples primitifs qui
croyaient à la vision fréquente et aux contacts entre l’homme et les forces
surnaturelles.
- La théophanie, dans l’A.T., est initiée exclusivement par Dieu lui-
même. Jamais, pour cet auteur, l’homme n’est présenté comme quelqu’un
qui demande la théophanie de Dieu.
- La théophanie est manifestée comme un évènement temporel. La
révélation du Dieu comporte un début et une fin, elle n’est pas une réalité
permanente. C’est un moment de sens et d’intensité particulière.
- Les effets de la théophanie semblent être permanents. L’impact de
la théophanie est important, comme un évènement dans l’histoire du
peuple.
- Fréquemment, les théophanies sont arrangées pour montrer
l’absolue souveraineté de la divinité sur l’univers, et la correspondance
convulsive de la nature à l’autorévélation de Dieu. Dieu contrôle cette
nature. L’irruption théophanique est suivie par une résonance cosmique.
Israël ne l’interprète pas seulement comme un évènement cosmique mais
comme lié au pouvoir créateur de Dieu.
- La théophanie dans l’A.T. a pour rôle de présenter la révélation de
Dieu d’une manière fluide, allusive et intentionnelle. Il n’y a pas vraiment
de forme à l’apparence de la divinité dans ces théophanies ; elles sont
identifiées de quatre manières par l’exégèse : la gloire (dwbk), le messager
($alm), la face (~ynp), le Nom (~v).
- La théophanie est limitée à une révélation partielle de la divinité.
Les médias révélateurs comportent une certaine prééminence. La
théophanie comporte des aspects visuels et auditifs de la manifestation
divine.
- Les théophanies sont reliées à un lieu particulier, notamment des
lieux qui sont sanctifiés par sa présence.

La théophanie peut donc être définie comme une manifestation temporelle,
partielle et intentionnellement allusive de l’autorévélation de Dieu, initiée par la
déité souveraine dans un lieu particulier ; sa réalité provoque la convulsion de la
nature et la crainte de l’homme, sa révélation comporte des aspects visuels et
auditifs, généralement accordés à une forme littéraire reconnaissable.

Mais la vision de Dieu prédomine encore en 1976, par exemple dans l’article
9d’Antonio Ammassari . Dans la Bible, malgré l’anthropomorphisme, Dieu reste

8 ibid., p. 45.
9 Antonio AMMASSARI, « ‘Vedere Dio’ Un tema arcaico di religiosita nella Bibbia e in Omero », Bibbia e
Oriente, 1976, 18/3-4, p. 88.
9divin dans les cieux, distinct et supérieur à l’homme ; YHWH reçoit ainsi culte et
adoration. Ni les formes sensibles, ni les formes humaines ne sont traitées, au profit
de la vision de Dieu ; il est encore question d’anthropomorphisme ; ce dernier terme
est à proscrire lorsqu’il s’agit du Dieu de l’Ancien Testament. En ce cas, ce Dieu
peut-il seulement avoir une forme humaine ? Autant dire que si la question ne fait
pas alors réellement débat, la forme humaine ou même naturelle de Dieu lors de sa
manifestation dans l’Ancien Testament n’est en aucun cas un point acquis. La
théophanie est alors assimilée à une « vision de Dieu ». Cette notion apparaît aussi
10dans l’article de 1988 de Van der Toorn . Fornara (2004) se réfère encore
essentiellement à la vision de Dieu, en abordant la perception, ainsi que le sujet et
l’objet de la perception ; retrouvant dans ce dernier cas une figure ou médiation
11(ange, homme, éléments naturels) . A la fin de ce paragraphe, il nous reste donc à
savoir quelles sont les autres acceptions possibles de la théophanie ; ce que nous
allons voir maintenant en étudiant une deuxième tendance.

1.2 La théophanie comme motif littéraire

Toutefois, davantage après 1975, la définition de la théophanie évolue ; la
recherche sur ce point d’après les textes bibliques prédomine, au détriment de la
« vision de Dieu » ou qualification étymologique qui en était caractéristique
jusqu’alors. C’est alors que reviennent au premier plan les éléments corrélatifs de
forme (humaine, naturelle), de souveraineté (puissance et règne de Dieu), ainsi que
le lien avec le Nouveau Testament. A tel point que pour un certain nombre des
exégètes les plus récents, la théophanie n’est plus une vision de Dieu, mais une
forme littéraire pour en relever la souveraineté, le règne, moyennant une forme,
12humaine ou naturelle au moins, de Dieu . La descente y apparaît alors comme une
figure de style.
13 14Dans l’ouvrage de Samuel Terrien en 1978 ou dans celui de Tournay en 1988 ,
différentes théophanies sont distinguées. Elles le sont en regard de la forme, qui se
manifeste de la part de Dieu : le Nom, la Face, l’Ange, la Gloire. La relation avec le
Nouveau Testament s’affermit quant à elle, sous l’angle de la réutilisation
néotestamentaire de motifs théophaniques ; permettant le lien entre la théophanie de
l’Ancien Testament, l’épiphanie et la parousie du Nouveau Testament. Il n’est plus
alors question de vision de Dieu, mais de forme (humaine, naturelle) et de forme
littéraire. Il n’est alors toujours pas question non plus d’anthropomorphisme,
puisque le motif théophanique devient un motif littéraire, destiné à introduire
certaines révélations de Dieu. Toutefois, dans l’intervalle, avec son article de 1984,
15T. Booij entérine la forme humaine, reconnue et intégrée dans les catégories

10
Karel VAN DER TOORN, « Ordeal Procedures in the Psalms and the Passover Meal », Vetus
Testamentum, 1988, 38, pp. 432, note les notions de vision de Dieu et de face de Dieu.
11
Roberto FORNARA, La Visione Contradetta, Roma : Instituto Biblico, 2004, pp. 170-188.
12 Voir J. HUNTER, « Theophany Verses in the Hebrew Psalms », Old Testament Essays, 1998, 11.
13 Samuel TERRIEN, The Elusive Presence : Toward a New Biblical Theology, San Francisco : Harper &
Row, 1978, pp.197ss.
14
Raymond Jacques TOURNAY, Voir et entendre Dieu avec les psaumes, Sheffield : JSOT Press, 1988, p.
75ss, voir les différents chapitres de l’ouvrage.
15 Th. BOOIJ, « Mountain and Theophany in the Sinaï Narrative », Biblica, 1984, 65, pp. 9 : « In general
one can say that in Exod. 19-20 ; 24 ; 32-34 the heart of the matter is not ‘serving’ God, but ‘feasting’,
and ‘offering’, but rather God ‘descending’ (Ex 19, 11.18 ; 34, 5) and imperative ‘speaking’, and the
10théophaniques. T. Booij isole Ex 19-20 et Ex 24:32-34 pour ce sujet, et remarque
qu’en Ex 19, le Seigneur descend sur le Sinaï. Dans les autres textes, le Seigneur
vient du Sinaï. La réponse qu’il propose alors à la question de Jeremias est donc que
la théophanie d’Ex 19 n’est pas si originale qu’on le pense. A la montagne de Dieu,
YHWH rencontre Moïse dans une flamme ou dans une apparence directe, sans le
concours des éléments naturels.
16A. Hultgard (1985) fait état de la forme de la divinité lors de sa manifestation et
de la descente divine. Il s’agit du point central ; cette forme est un intermédiaire.
17Herman (1988) écrit que les théophanies et le règne de YHWH constituent deux
motifs de l’A.T. ; la forme est toujours au premier plan, cette forme humaine étant
18caractérisée par YHWH comme guerrier. Pour Victor H. Matthews (1988) les
théophanies dans la Bible hébraïque servent une variété de buts théologiques,
dépendant du contexte, du site de la manifestation, et de la forme de l’épiphanie ;
l’accent est mis sur la forme de la manifestation de Dieu.
Parmi les plus contemporains, dans son exposé des théophanies des Psaumes, R.-
19J. Tournay (1988) aborde la descente . Comme terminologie technique de la
descente théophanique de YHWH, le verbe « descendre » affirme spécialement
l’actualité d’une approche de Dieu. La signification des théophanies de YHWH pour
le culte israélite consiste en le caractère décisif de ces moments dans l’histoire
d’Israël. Le verbe « descendre » (dry) est, selon Tournay, un motif classique des
théophanies : « Le thème de la descente de YHWH, comme celui de sa venue ou de
sa sortie, relève du style des théophanies ». A la suite de cette réflexion de Tournay,
nous pouvons donc interroger : pourquoi la descente, la venue et la sortie du Dieu
d’Israël, constituant des mouvements bien concrets, n’ont-ils pas été davantage
étudiés conjointement aux théophanies ? Pourquoi les considérer uniquement
comme des thèmes littéraires ? Les théophanies ont, en revanche, généré bon
nombre d’études et de commentaires. Toujours d’après Tournay, la tradition
yahwiste parle déjà de la descente de YHWH, lors de la tour de Babel (Gen 11) ou de

covenant between him and Israël (Ex 24, 8 ; 34, 27) » ; and p. 16 : « At the transformation of the tradition
in Exod. 19ff., both the theophany motif and the mountain-of-God tradition were modified. The liberating
coming from Sinaï becomes an awe inspiring descending on the mountain. In addition to it, there is the
motif of the rising smoke (…). »
16 Anderes HULTGARD, « Théophanie et présence divine dans le judaïsme antique : quelques remarques à
partir des textes intertestamentaires », La littérature intertestamentaire, Paris : P.U.F., 1985, p. 47 et p.
54. (Travaux du Centre d’Etudes Supérieures d’Histoire des Religions de Strasbourg).
17
Wayne HERMAN, « The Kingship of YHWH in the Hymnic Theophanies of the OT », Studia Biblica y
Theologica, 1988, 16/2, pp. 169-171.
18 Victor H. MATTHEWS, « Theophanies Cultic and Cosmic : « Prepare to meet Thy God »», Israël’s
Apostasy and Restoration, Essays in Honour of Roland K. Harrison, ed. by Avraham GILEADI, Grand
Rapids Michigan : Baker Books House, 1988, pp. 307-314.
19
R. J. TOURNAY, op. cit., 1988, p. 54 : « Lui, l’immuable, l’existant par essence, il descend [note : motif
classique des théophanies] pour sauver et libérer son peuple, le faire monter vers la terre où ruisselle le
lait et le miel (Ex 3, 7-8) » ; et p. 73 : « Le thème de la « descente » de Dieu, comme celui de sa venue ou
de sa sortie, relève du style des théophanies », et p. 77 ; voir aussi pp. 183-185. Voir aussi S. TERRIEN,
The Elusive Presence : Toward a New Biblical Theology, op. cit., p. 194 : « It appears in one of the
narrative of the Sinaï-Horeb theophany. One of the narrators spoke of lightning and of the thick cloud
which attended the descent of Yahweh upon the top of the mount. He also mentioned the ‘araphel «
where Elohim was » and which Moses dared to approach (Exod. 20:21). The term admirably fitted the
ambiguity of the Hebraïc theology of presence, for the meaning which it carried, gloom, also conveyed
the symbol of the hideness of God at the exact moment of his proximity. »
1120la punition de Sodome et Gomorrhe (Gen 18) . Le Dieu d’Israël descend aussi dans
la nuée de l’Exode ou quand il se manifeste à Sion. Cette descente est pour le moins
manifeste en divers lieux de la Bible. Dans la pensée de Tournay, les anges comme
médiation de la théophanie sont aux antipodes de la descente de YHWH et de sa
signification ; la mention des anges évite de dire la descente de YHWH, et écarte la
proximité immédiate du Dieu d’Israël. En effet, selon ses termes, avec les anges « il
s’agit d’écarter désormais la proximité immédiate de Dieu », tandis que la descente
représentait tout à l’heure « l’actualité de l’approche de Dieu », sans doute en vue de
cette proximité immédiate et d’une proximité puisqu’il y a approche effective. En ce
sens, exposer sur la marque « YHWH descend » est en sens inverse des explications
des théophanies qui ont eu recours aux anges. Celles-ci se trouvent dans
l’impossibilité de concevoir une proximité immédiate entre l’homme et le Dieu
d’Israël, en tous cas dans les définitions qu’en propose R.-J. Tournay. Il s’agit d’une
21notion d’intermédiaire, présente avec ce recours aux anges ; voire un obstacle
rédhibitoire à la descente de YHWH. Jörg Jeremias de surcroît souligne que la
marque « YHWH descend » signe la certitude et la réalité de la venue de YHWH
depuis le ciel.
22Cazelles (1993) examine le prophète Moïse dans le texte de l’Exode. Le Dieu
d’Israël parle ou descend ; l’accent est mis sur la forme visible : l’ange, la
manifestation sans forme humaine et pourtant visible. Toutefois, R.-J. Tournay a
déjà montré l’antinomie avec la descente de YHWH, qu’il entend comme proximité
immédiate.

Cette question de la forme est donc tout à fait primordiale dans les années
quatre-vingt-dix, jusqu’au moment où la théophanie n’a absolument plus sa
définition de vision de Dieu mais où elle est considérée comme motif littéraire.
23Etudiant les Psaumes, J. Hunter (1998) précise que la théophanie est comprise
comme une forme littéraire dans la Bible. Soit la définition de Jeremias :

20
ibid., p. 54 et p. 73 : « La tradition « yahwiste » parle déjà de la descente de YHWH lors de la tour de
Babel (Gen 11, 5) ou de la punition de Sodome et Gomorrhe (Gen 18, 21). Dieu descend aussi dans la
nuée de l’Exode ou quand il se manifeste à Sion. »
21 André NEYTON, Le merveilleux religieux dans l’Antiquité, aspects choisis, Paris : Letouzey et Ané,
1991, p. 32 : « Il convient à présent de relever que l’A.T. utilise surtout l’expression « l’Ange de Yahvé »
ou parfois « l’Ange de Dieu », suivant la source (Yahwiste, ou Elohiste). Cela ne doit pas faire illusion, il
s’agit de Yahvé lui-même. L’ange est en quelque sorte, dans ces circonstances, une émanation divine,
visible pour l’homme, mais qui permet d’éviter le danger d’un contact humain trop direct, et finalement
impensable. » Les angélophanies et leur relation avec les théophanies sont un point discuté.
22
Henri CAZELLES, « La théophanie au désert, Montagne de Dieu, Sinaï, Horeb », Tradicio i traduccio de
la paraula, Miscellània Guiu Camps, Barcelone : Montserrat, 1993, p. 26 : « Pour ce dernier en effet
[Dozeman, p. 101ss], la présence « statique » de Dieu à Sion est transformée par Dtr en une venue (bw’)
de Dieu qui « parle » et par P en une « descente » (yrd) de Dieu ». (…) « De même, c’est dans cette
symbolique prébiblique qu’il est souvent question de la « descente » de la divinité. El descend de son
trône sur terre (KTU 5, vi, 11-14) où Baal va être enterré par la déesse Soleil (KTU 6, i, 15-17). Baal
avait même voulu « descendre » dans les entrailles de la terre ; le roi Kerret, dans une prière, faisait
« descendre » Baal du ciel dans le sanctuaire où il recevait des offrandes. La symbolique des cantiques de
Sion est donc la reprise pour YHWH d’une symbolique pour Baal/Adad. C’est bien plus un archaïsme
qu’un développement théologique qui aurait mis en relief la transcendance et la condescendance du Dieu
d’Israël » et p. 30 : « Il faut commencer par remarquer que l’Ange de YHWH est promis en 33, 2, YHWH
se refusant à accompagner le peuple après la rupture que signifiait le bris des tables. »
23 Jannie H. HUNTER, « Theophany Verses in the Hebrew Psalms », Old Testament Essays, 1998, 11, p.
258 et p. 265 : « the theophany is a literary device » (…) « It was not a character sketch of Yahweh but
merely a metaphor to introduce him to speak or act. »
12
« (es redet)…von einem Kommen Jahwes von einem bestimmten Ort und von dem
Aufruhr der Natur, der bei seinem Nahen entsteht. Aus dieser zweigliedrigen Form
mit zweigliedrigem Inhalt...lässt sich die Form aller andern Theophanie
schilderungen erklären. »

La théophanie rencontre donc les deux descriptions données ici. C’est la
théophanie de base, à partir de laquelle les autres peuvent être expliquées. Le point à
éclaircir depuis cette définition est que nous ne pouvons avoir aucun sens de cette
description, en particulier dans les textes poétiques. C’est comme phénomène
littéraire, existant dans le langage seul, que la définition de Jörg Jeremias doit être
appréciée. Toutefois, dans les Psaumes, ces descriptions font partie de textes
poétiques variés, décrivant tous des situations assez différentes ; ils ne sont pas
remaniés vraiment, en vue des spécifications nécessaires à une définition. Dans sa
recherche, Hunter a découvert qu’une très faible quantité de Psaumes peut être
vraiment qualifiée de théophanie dans les termes de la définition de Jörg Jeremias.
C’est pourquoi Hunter s’intéresse à décrire la position, la nature et la fonction ou
signification de l’utilisation des théophanies dans les Psaumes 18 ; 29 ; 46 ; 50 ; 68 ;
77 ; 97 ; 104 ; 114 et 144. Considérons les passages qui mentionnent des
théophanies individuelles, par exemple le Ps 18. Jeremias et de nombreux
commentateurs trouvent que les éléments théophaniques se trouvent aux versets 8-
16. Cette théophanie comporte des anthropomorphismes, des éléments naturels et
mythologiques. Or, selon Hunter, la forme du psaume, avec yk « car » au verset 8 et
au verset 18, incline à considérer les éléments théophaniques entre le verset 8 et le
verset 18.
Pour cet auteur, l’utilisation de termes violents et de la redondance poétique,
c’est-à-dire trop de métaphores, en est aussi un indice. C’est probablement une des
manières les plus anciennes de décrire ce Dieu manifesté. Cette manière nous rend
sûrs que ce n’est pas YHWH en personne qui était vu en réalité. Le « Je » de ce
poème était probablement le roi.
Dans le Ps 144, Jörg Jeremias n’a détecté aucun motif appartenant à la
24théophanie . La partie théophanique est vue comme une répétition du Ps 18, mais
ici une autre sorte d’ennemi est à l’œuvre. Il est évident que les « étrangers » sont
des personnes dont la bouche ment. Ce psaume est très probablement une prière
dans laquelle le roi est aidé par YHWH ; YHWH peut donc aider contre le peuple dont
la langue ment et les actes sont mauvais.

En résumé, pour ces commentaires, il semble que les auteurs des Psaumes ne
voient pas ces descriptions comme des descriptions réalistes du Dieu que nous
connaissons. Il ne s’agissait pas d’un caractère formel de YHWH, mais d’une
métaphore pour introduire son discours ou ses actes dans des situations variées.
Comme un motif littéraire, la théophanie apporte du crédit à un nouveau texte. La
théophanie, dans sa forme littéraire, a existé dans la tradition d’Israël depuis très
longtemps. Elle était mentionnée dans les Psaumes comme une forme obvie de
reconnaissance ; elle était notamment utilisée pour avoir plus de valeur que le seul
nom de Dieu. Cette forme littéraire introduit d’ailleurs non pas YHWH lui-même, en

24
ibid., p. 263.
13personne, mais plus probablement le roi. On se trouve loin alors de la « vision de
Dieu » commentée par les exégètes dans la première tendance, dès les années
soixante. La « vision » est devenue actuellement un motif littéraire, « celui qui est
vu » a acquis une forme humaine définitive, puisqu’il s’agit en réalité du roi, délivré
par YHWH. Ce point pourrait être confirmé selon nous par le fait que YHWH, roi
d’Israël, est appelé Adonaï, i.e. « mon Seigneur », i.e. en hébreu yarm « celui qui me
voit » ou « celui que l’on voit » : El roï (Gen 16:13), le Dieu qui est yarm
« figure, miroir » de Dieu, yarm « mon Seigneur ».

Dans ce contexte de l’état de la question le plus récent en ce qui concerne
l’exégèse de la théophanie, on peut encore citer l’ouvrage de 2005 de Savran, qui
s’intéresse surtout à l’aspect de la rencontre et de la relation entre Dieu et l’homme :
la théophanie se caractérise alors par une composante visuelle et une interaction
25verbale ; à la fois, Dieu « parle », l’ange « apparaît ».

Nous allons maintenant prendre acte des définitions techniques existant à ce jour.
Nous exposons donc, à titre d’exemple, en détail les définitions qui se trouvent dans
l’article de 1992 de Théodore Hiebert sur la théophanie dans l’Ancien Testament
dans Anchor Bible Dictionnary et celle de Günther Mayer dans le TDOT. Il s’agit de
comprendre en quoi consistent les éléments de la théophanie, au niveau technique.
Ces définitions nous serviront ensuite de point de repère, par rapport à l’état de la
recherche sur ce sujet ; nous montrerons en quoi notre sujet s’y articule et ce qu’il
voudrait plus particulièrement explorer (cf. première partie de notre travail, chapitre
1, point 4, la synthèse).

26Hiebert (1992), dans Anchor Bible Dictionnary insiste sur la localisation de la
théophanie de YHWH sur la montagne en tant que centre cosmique, centre de la
société humaine, et distingue deux voies principales de la manifestation de YHWH,
par des évènements cosmiques et phénomènes naturels d’une part, par le caractère
figuratif, la forme humaine ou les rôles sociaux, d’autre part. Ces deux éléments
distincts caractérisent les théophanies. Cette définition va nous servir par la suite
(deuxième et troisième partie de notre analyse). Elle permet d’identifier, dans les
textes étudiés, les éléments qui ont trait à la théophanie et ceux qui sont sans rapport
avec cette catégorie. Nous réaliserons alors cette identification au moyen d’un
tableau (troisième partie, chapitre 6). Il s’agit de situer la théophanie, beaucoup
traitée dans les études bibliques, par rapport à la descente de YHWH, qui est peu
traitée, et en fait toutefois partie.

Théodore Hiebert (Anchor Bible Dictionnary, 1992) nous permet d’identifier des
formes humaines dont il est souvent question dans les théophanies de l’Ancien
Testament, afin que nous puissions y comparer nos textes par la suite :


25
George SAVRAN, Encountering the Divine, Theophany in Biblical Narrative, Edinburgh : T&T Clark,
2005, pp. 6-7 : « Moses alone conducts numerous conversations with YHWH, not to mention the many
subsequent leaders and prophets. However, the term « theophany » is used here not in its figurative sense
of « encounter with the divine », but, in keeping with the Greek fanein, « to appear », it implies the
presence of a visual component in addition to verbal interaction » ; voir aussi pp. 16-18.
26
David Noël FREEDMAN, The Anchor Bible Dictionnary, Toronto : Doubleday, 1992, vol 6.
14- Celle d’un guerrier. YHWH apparaît comme le commandant de
lourdes armées en guerre contre les ennemis cosmiques ou assurant la
sécurité d’Israël. Les théophanies d’orage révèlent la présence de pouvoirs
divins dans les guerres d’Israël.
- Celle d’un roi. YHWH est présenté comme le pouvoir suprême
dans tout le cosmos.

A noter que les images théophaniques de la déité d’Israël, qui est une forme
humaine, ont une forme représentative de rôles sociaux masculins exclusivement.
Ces formes sont donc celles d’un guerrier, d’un roi ; le point commun est toujours
d’être un homme.
Est-il possible de continuer à aborder ce problème en étudiant les différentes
formes prises par le Dieu YHWH, dans la Bible ? La question peut-elle être encore
approfondie ?

27Jörg Jeremias (1965) , définit deux parties à la théophanie. Etant donné que cet
ouvrage fait encore référence aujourd'hui sur ce sujet, nous voudrions exposer les
éléments principaux de sa recherche. Jörg Jeremias étudie les venues de Dieu et de
YHWH (« Kommen Gottes », « Kommen Jahwes »). Ces venues sont les théophanies
ou apparitions (Erscheinungen) de YHWH. Laissant de côté les formes, formes
apparentes, aspects ou hypostases décrits pour YHWH, ainsi que les hypostases de la
gloire, du Nom, des Faces, de l’ange de YHWH, il se concentre sur la venue de Dieu.
Laissant de côté également la révélation inhérente aux théophanies
(« Offenbarungen », « Unterweisungen »), J. Jeremias s’intéresse encore aux
phénomènes naturels (« Begleitumstaende ») concomitants ou réactionnels qui
28l’accompagnent. Délimitant ainsi son travail , il se concentre sur la forme et le
contenu de la description théophanique. Cette recherche vise à définir une catégorie
autonome, au plan littéraire, concernant la forme et, en elle, certains contenus
solidement liés à certaines formes d’expression depuis H. Gunkel. La description
théophanique doit être montrée hors du contexte respectif ; dans laquelle,
stylistiquement des contenus peuvent être extraits. Ces textes de théophanie parlent
avec des images et présentations stéréotypées, qui représentent un matériau
29traditionnel de mise en forme . Dans la première partie de son livre, les passages
bibliques sont identifiés ainsi que les matériaux stéréotypés. Les traditions de la vie
de foi d’Israël ont influencé les descriptions théophaniques. Dans la deuxième partie
de son livre, il s’agit d’analyser le matériau de présentation qui a servi à écrire, en
recherchant les plus anciens ; celui de l’origine possible, puis sa dissolution au cours
du temps.
La forme originale de la catégorie des descriptions théophaniques et son
développement est Jg 5:4, où la cause est la venue de Dieu et l’effet, l’émeute de la
terre, du ciel et des montagnes. YHWH sort de Séir, d’Edom, donc du Sinaï ; ce que
précise Dt 33:2 : du Sinaï, de Séir, du mont Paran. Il vient du Sud, ce que confirme
Ha 3:3a, où Dieu vient de Teman (i.e. du Sud), du mont Paran. Mais derrière Jg 5:4,
y aurait-il une forme plus ancienne, Ps 68:8 ? La forme courte serait Mi 1:2-3f, où

27
Jörg JEREMIAS, Theophanie : Die Geschichte e.alttestamentl. Gattung, Neukirchener-Vluyn :
Neukirchener Verlag, 1965. (Wissenschaftliche Monographien zum Alten und Neuen Testament ; 10).
28 ibid., pp. 1-2.
29
ibid., pp. 3-4.
15YHWH descend en bas sur la terre. Le verbe fréquent dry ne laisse pas de doute sur la
venue de YHWH depuis le ciel. Les verbes des venues sont principalement : acy
« sortir » en Jg 5:4 ; awb « venir » en Dt 33:2 ; Hab 3:3 ; dry en Mi 1:3. Cette forme
30serait encore plus claire en Am 1:2, où YHWH hurle de Sion . Ainsi la structure
littéraire de base serait :
- Le nom de Dieu au début de la déclaration,
- Le verbe de sa venue,
- La localisation du départ.
Cette même forme très raccourcie se trouve en Ps 46:7 ; Es 63:7-64:11, qui
énonce les noms de YHWH, serait ainsi la plus ancienne forme originale des
descriptions théophaniques. Quelqu’un parle d’une venue de YHWH, d’un endroit
particulier, et à son approche la nature se révulse ; il s’agit d’une cause et d’un effet,
double forme et double contenu de la description. Le développement de la forme de
31base se serait effectué en quatre temps .
Ainsi, en Am 1:2, la voix de YHWH est celle de l’orage ; YHWH vient de Sion et
sa venue provoque la destruction de la nature cultivée. Ces trois présentations n’ont
rien à voir ensemble au départ. Ou encore, Es 19:1 où YHWH est monté sur un nuage
rapide et vient en Egypte. Ou encore, ce sont les Egyptiens ou les peuples qui
tremblent et pas seulement la nature (Ps 76:9 ; 99:1) car YHWH est roi. Ces contenus
s’organisent en Es 26:21, puis apparaît la finalité de sa venue : le châtiment dont va
32participer l’émeute de la nature , montrant la toute puissance de Dieu (Jg 10:13a ;
51:16a ; Ps 10:47 ; Es 33:3), par sa voix de tonnerre et son jugement (Sir 43:16a.
17a ; Am 1:2 ; Ps 46:7) ; les eaux du ciel et sa main qui combat, provoquent l’effroi
33de la nature, des nations et des peuples (Ps 104:32 ; Am 9:5). Le pas de YHWH,
descendu marcher sur la terre, cause cet effroi et ce tremblement (Sir 16:18 ; 4 Esr
8:23) ou simplement un regard ou la face de YHWH. Devant lui, un séisme arrive et
tout perd sa forme (Ps 18:8 ; Dt 32:22). Ces réactions naturelles seraient donc les
actions mêmes de YHWH. Ces effets sur la réalité naturelle (Aufruhr) sont
essentiellement exploités par Jeremias, c’est-à-dire l’émeute de la nature, l’effet
(Wirkung) de la venue de YHWH.

Selon les développements de Jeremias présentés ci-avant, ces textes
théophaniques comportent un matériau traditionnel des formes. Comme modèle de
cette catégorie ainsi définie, l’auteur retient des descriptions théophaniques, qui ne
décrivent pas tant la venue de YHWH, que la réaction d’émeute de la nature. Jeremias
propose tout d’abord le Ps 18. Il s’agit du chant de remerciement à YHWH d’un roi,
bien que dans ces chants (Ps 18 et Ps 144), une demande d’intervention de Dieu est
présente, tandis qu’elle est absente des représentations théophaniques traditionnelles.
La description théophanique la plus détaillée se trouve selon Jeremias au livre du
prophète Habaquq. Elle recouvre les v. 3-15 du chapitre 3 et peut être
stylistiquement extraite des versets qui l’entourent, parmi lesquels elle est facilement

30 Le hurlement de la voix de YHWH durant les guerres d’Israël, c’est-à-dire son cri de guerre, est
symbolisé par l’orage, particulièrement à Sion où YHWH sauve [wvy (racine [vy) Jérusalem et criera [wvy
(racine [wv) ; c’est un cri de guerre lyx ou de douleur lyx.
31 Jörg JEREMIAS, Theophanie : Die Geschichte e.alttestamentl. Gattung, op. cit., pp. 11-15.
32 ibid., p. 19.
33
ibid., p. 21.
1634repérable . La raison en est que les descriptions sont en soi des unités fermées et du
35point de vue du contenu, elles sont marquées par cette tradition . D’emblée, on doit
remarquer dans le texte de la théophanie de Hab 3, un verset où le style change tout
à coup. Jeremias n’a de cesse que d’en retrouver la description d’origine, dans la
36première partie de son livre .
Dans le cantique de Déborah, en Jg 5:4f. ; Ps 68:8 (cause et effet de la venue de
YHWH sur la nature) ; Mi 1:3 ; Am 1:2 ; Es 63:7-64:11 ; tout d’abord, la cause et
37l’effet se trouvent côte à côte, sans relation de causalité ; puis, la cause et l’effet
sont en relation de causalité. Il s’agit d’une phrase à double membre, soit la cause et
l’effet de la venue de YHWH ; chaque membre est caractérisé par deux aspects,
soient une forme (Gesthalt) et un contenu (Inhalt).
Dans l’ouvrage de Jeremias, les descriptions théophaniques comportent :
1. La venue de YHWH
2. La réaction de la nature
Les apparitions de YHWH sont exclues, qui n’ont pas la réaction de la nature.
Chez les prophètes surtout, des interventions de YHWH, même avec la réaction de la
38nature , ne sont pas spécifiées comme venues et sont liées avec les guerres de
YHWH.

On trouve dans le Ps 104:7 ; Jr 10:13 ; Es 33:3 ; Sir 43:7 des descriptions
théophaniques où la forme à double membre n’organise plus de phrases
39indépendantes, côte à côte, mais fusionnées . Dans tous ces textes, se trouve le lien
avec la Toute-puissance de Dieu, par sa voix de tonnerre.
Dans les trois textes suivants : Sir 16:18f ; 4 Esd 8:23 ; Test. Levi 3:9, la vue de
YHWH est la cause des effrois de la nature. Dans les deux ou trois descriptions (Sir et
40Test Levi), l’effet de la théophanie est un séisme terrestre (Sir 16:19) . Il arrive
aussi à Jeremias d’appeler théophanie la venue de YHWH, c’est-à-dire la cause seule.

Les motifs du feu et de la colère sont importants. Ils dépérissent le Bashan et le
Carmel (Na 1:4) ; sa colère déferle comme le feu lui-même (Na 1:6) ; le feu de la
41colère de Dieu (Dt 32:22) . La voix de YHWH fait trembler les biches, casse les
cèdres (Ps 29:5) ; YHWH dénude les forêts (Ps 29:9) ; la montagne tremble comme
42aussi le désert (Ps 29:8) ; c’est l’effroi de la nature et de l’humanité .
En Za 14:4 comme en Jr 10:10, le tremblement de la terre est ici non en réaction
à l’action de YHWH, mais constitue ses actions elles-mêmes. La colère de YHWH
43 44est même le motif de sa venue . YHWH vient avec le feu, Es 66:15 .


34
ibid., pp. 3-4.
35
ibid., p. 6.
36
ibid., pp. 43-45.
37 ibid., pp. 10-15.
38 ibid., pp. 71-72.
39 ibid., pp. 18-20.
40
ibid., pp. 22-23.
41
ibid., pp. 31-32.
42 ibid., p. 48.
43 ibid., p. 130.
44
ibid., pp. 58-59.
17Des théophanies importantes ont lieu principalement au Sinaï, selon l’ouvrage de
Jeremias. Ces théophanies sont les suivantes : Ex 19:9a.16.18s. ; Ex 20:18 ; Ex
24:15b-17 ; Ex 34:5-6a ; Dt 4:11b-12a ; Dt 5:23a-24a ; Dt 9:15b.
Les peuples entourant Israël ont apporté un élément, comme nous l’avons vu
plus haut : leurs dieux viennent en relation avec des phénomènes naturels bruyants.
En Israël, ils ont parlé d’une venue de YHWH dans le « fin silence » et refusé un lien
souvent fait de YHWH avec ces phénomènes naturels périssables qu’on ne voulait
pas connaître, parce-que, dans l’environnement religieux d’Israël, la venue des dieux
se faisait en relation avec eux.

Encore une fois, Jeremias, à propos de l’interprétation de ce « fin silence » refuse
celle d’une description purement esthétique, pourtant centrale dans l’Ancien
Testament et celle d’un avis contraire, leur reprochant d’apporter des
« représentations occidentales de la nature de Dieu », à une perception fortement
45concrète en Orient . Or selon Jeremias, les auteurs bibliques ont décrit la réalité
avec des mots concrets, controversés par les exégètes actuels, qui parlent de mythe,
46de remplissage théophanique .

Notre travail, dans le cadre des catégories de Jeremias, se situe donc sur un des
verbes techniques caractérisant la venue de YHWH ; au contraire de Jeremias, nous
ne focalisons pas notre analyse sur les effets (réaction de la nature), mais sur une des
caractéristiques techniques des venues de YHWH, exprimée au moyen de la racine
dry « descendre », sur la cause surnaturelle des effrois de la nature. Il s’agit bien de
relever la racine verbale et ses différentes occurrences. Puis, nous prenons en
compte un contexte élargi de la descente, à savoir une péricope, que nous
47délimitons . En effet, le texte est analysé au moyen d’une méthode qui le prend en
compte en tant que tel, et permet d’identifier les marques linguistiques qu’il
comporte. Car, en ce qui concerne la descente, s’il s’agit d’un élément mythologique
48et anthropomorphique et non pas d’une réalité historique , il reste que le texte et les
marques linguistiques qu’il contient peuvent être étudiées en tant que tels. Notre
démarche consiste à considérer le texte pour lui-même, comme un objet, et à y
repérer des marques linguistiques, notamment exprimant la spatialité ; c’est là
l’expression concrète du texte, à laquelle l’analyse a accès avec cet outil d’analyse
49linguistique .

En ce qui concerne le verbe dry « descendre », il est fréquent dans les
50descriptions théophaniques et ne laisse pas de doute alors sur la venue de YHWH ;

45 ibid., p. 114.
46
ibid., pp. 49-50.
47
Les critères de délimitation des péricopes sont exposés en introduction de la seconde partie de ce
travail.
48 Cf. Congrès de l’ACFEB, Bible et Histoire, Septembre 2005, Issy-les-Moulineaux. L’historicité des
textes bibliques disparaît aujourd’hui au point qu’on compare à des mythes des textes dont on voulait
démontrer l’historicité au siècle dernier. Néanmoins, il demeure possible selon nous d’étudier un texte
pour lui-même, et, dans un premier temps, indépendamment de l’histoire concrète ou de la comparaison
avec d’autres textes.
49 Cf. conclusion du colloque du Rrenab par Daniel MARGUERAT, 10/06/2006, où il devient nécessaire
d’étudier les marques linguistiques.
50
J. JEREMIAS, Theophanie, op. cit., 1965, p. 12.
1851soit dans Es 63-64 ; Mi 1:3 ; Ps 18 et Ps 144 . Le verbe « descendre » est, selon
52Jeremias, le mot du yahwiste ; la théophanie du Sinaï est composée de quatre
sources ; le Sinaï est présenté par J comme un volcan en éruption, dont le feu
apparaît au sommet de la montagne. Elle fume alors comme la fournaise d’un four
53de fondeur ; ce feu consume (cf. Gen 18-19 à Sodome), il y a des nuages sombres,
épais (qui peuvent être des laves ou des cendres volcaniques) (Dt 4:11 ; Dt 5:23).
Isolé, l’élohiste décrit YHWH apparaissant dans l’orage, comme habitant le Sinaï.

Ce verbe exprime également l’endroit d’où vient YHWH. En effet, YHWH vient
d’une certaine place, qui passe pour le domicile de YHWH. Il vient du Sinaï, des
cieux, de Sion, du Nord. Dans les textes où la venue de YHWH est décrite comme
54une « descente » (herab steigen dry) , c’est le ciel qui est envisagé comme domicile
de YHWH. En quelque sorte Jeremias démontre que la montagne est concrètement le
domicile des dieux, « leur domaine public dans la mentalité des peuples de
l’Antiquité » et qu’on doit la trouver réellement dans celles du Sinaï, de Sion, du
Nord. Dire que YHWH descend désigne au ciel le domicile de Dieu, au dessus de ces
montagnes terrestres, qui ne sont que les colonnes du ciel où Dieu vient se
manifester. En ce qui concerne cette « venue de Dieu », on peut aussi noter la
55relation faite par Axelsson entre théophanie et géographie (1987) .

56D’après l’article de Günther Mayer sur la racine dry dans le TDOT , la
théophanie consiste en ce que YHWH descend. Mais le genre poétique de la
57nie définie par Jeremias est repris avec :
- la venue de YHWH,
- son effet sur la réalité naturelle.

On remarque donc que, dans cette définition, la descente caractérise la venue de
YHWH, mais que la théophanie ne présente pas le caractère distinctif précédent, à
savoir la forme humaine. La théophanie se limite à la venue de YHWH (sa descente)
et aux effets de celle-ci sur la réalité naturelle, la création ; il n’est pas fait mention
de la forme que prend cette venue de YHWH, du caractère propre de la médiation, ni
de ce qui est vu par le témoin de la théophanie.
58D’autres verbes techniques ont été recensés par Schnutenhaus pour le motif de
la théophanie ; nous choisissons de travailler sur l’un d’eux dry qui est reconnu
comme un des verbes techniques de la théophanie, décrivant la venue de YHWH.

51 ibid., pp. 21-24, 156-157, 162.
52 ibid., pp. 104-105, 106, 116-117.
53
ibid., pp. 106-107
54
ibid., pp. 116-118.
55
L.E. AXELSSON, The Lord Rose up From Seir, Stockolm : Almquist and Wiksell, 1987, pp. 56-60.
(Coniectanea Biblica, OTS ; 25). L’auteur remarque également que YHWH descend, qu’il demeure, sur
la montagne, p. 64 : « As far as the account of theophany is concerned, most commentators assign vv. 17
and 19 in Exod. 19 to E and vv. 18 and 20 to J. They generally also feel that according to J YHWH
descends upon the mountain, while the God of E dwells there, so that the people are obliged to cleanse
themselves before they can ascend to him. »
56 Günther MAYER, dry, Theological Dictionnary of Old Testament, ed. by Johannes BOTTERWECK and
Helmer RINGGREN, translated by David E. GREEN, Grand Rapids : Eerdmans, vol 6, pp. 321-322.
57
J. JEREMIAS, op. cit., 1965.
58 Franck SCHNUTENHAUS, « Das Kommen und Erscheinen Gottes im Alten Testament », ZAW, 1964, 76,
p. 19 : « Theophanie nur folgende Verben überhaupt in Frage kommen : hinausziehen (ja a’),
19
aBrièvement, l’article de Mayer explique que la demeure de YHWH est dans les
cieux pour intervenir sur la terre. Le genre, incluant la conjugaison de dry, pour
décrire la venue de YHWH, a été aussi incorporé dans les traités prophétiques et
proclamations de jugement, comme Mi 1:3, dryw weyarad, traité contre le royaume
du Nord, ou Es 31:4 dry yered, dont le premier élément a un statut indépendant, un
oracle de délivrance pour Jérusalem qui est en même temps un traité contre
l’Assyrie.
La descente de l’épée de YHWH en Es 34:5 et du mal ([r en Mi 1:12) en
proclamation de jugement dérive aussi probablement du langage de la théophanie.
A strictement parler, Mi 1:16-20 est une lamentation prophétique, ce qui
explique le parfait de dry. Dans les lamentations, le langage de la théophanie peut
être transformé en une prière (Es 63:19 ; Ps 144:5) ; l’équivalent dans l’action de
grâce est la description narrative (Ps 18:10).
La théophanie du Sinaï, qui est la principale référence dans les textes comportant
une occurrence du motif « YHWH descend », utilise également dry.
Selon l’auteur, en parlant de YHWH qui descend, la source J évite
scrupuleusement de mentionner la demeure de YHWH dans les cieux. L’emphase se
trouve sur la destination de YHWH, le Sinaï, site de la révélation divine (Ex
19:11.18.20 ; 34:5 ; cf. Ne 9:13). Le phénomène volcanique accompagne plutôt la
venue de YHWH, au lieu de décrire son effet, qui est la crainte partagée par les
personnes. J a aussi assimilé l’épisode du buisson ardent (Ex 3:1-5) à la théophanie
du Sinaï, en partie à cause de l’usage de dry.
Une autre théophanie dans le contexte littéraire présent de J utilise dry (sans
nommer la place d’où YHWH vient), parle de nuages et mentionne la tente de la
rencontre hors du camp comme une destination (Ex 33:9 ; Nb 11:17.25 ; Nb 12:5).
Sans théophanie, J utilise dry dans Gen 11:5 et 18:21, pour suggérer que la
distance n’est plus entre Dieu et l’homme. Pour la source J, la demeure de Dieu au
ciel n’est pas pertinente, tous ces faits dénotent une séparation, que seul YHWH est
capable de transcender. Cf. Pr 30:4 « Qui, étant monté aux cieux, en est
redescendu ? ».
Tous ces éléments de définition, issus de l’article de Mayer dans le TDOT,
contribuent à la proposition d’une définition opérationnelle de la théophanie pour
étudier les textes bibliques. Il nous reste donc à faire état d’une telle définition.

1.3 Vers une définition opérationnelle de la théophanie

Les définitions de la théophanie, issues des articles de T. Hiebert dans Anchor
Bible, G. Mayer dans TDOT, et Jeremias, nous permettent de considérer maintenant
d’un point de vue technique la théophanie. Notamment, on peut résumer des
éléments de ces définitions comme suit. La forme naturelle, humaine et sociale de
Dieu caractérise la manifestation, d’une part ; la venue de YHWH et ses effets sur la
réalité naturelle la caractérise également, d’autre part. Ce résumé peut laisser pour
l’instant sans classification des textes bibliques moins caractéristiques de la
théophanie mais mentionnant la descente, comme par exemple Gen 11.

aherunterkommen (jar d), aufstehen (qûm), aufstrahlen und aufgehen (hôphî ’, nag h, zar?v ), erscheinen
(ra’ Ni) und kommen (bô’). » L’auteur mentionne également hal k.
20
????Nous voyons que ces deux parties d’une définition minimale, à savoir la forme
en tant que telle, ainsi que la venue et ses effets, constituent trois manières d’aborder
la question de la relation du Dieu YHWH avec la sphère terrestre habitée par le
peuple d’Israël. Ce peuple est un groupe humain choisi entre tous pour voir
justement cette manifestation de YHWH, la décrypter et l’écrire dans un texte
mémorable, qui sera une mémoire du peuple d’Israël. Les trois manières d’aborder
la question de la relation de YHWH avec son peuple sont les suivantes : tout d’abord,
la forme prise par le Dieu d’Israël pour communiquer avec l’homme ; ensuite, la
venue de YHWH vers son peuple et enfin les effets de cette venue sur la nature
environnante, remarquables pour le peuple et faisant partie de la communication. A
travers cette définition, nous percevons que la question du lien entre le Dieu YHWH
et ce monde humain décide de toutes les définitions que nous allons pouvoir
élaborer de la théophanie.
C’est pourquoi, telle serait, à notre sens, la définition opérationnelle de la
théophanie ; elle correspondrait à la définition du lien entre le Dieu qui se révèle et
ceux à qui il se révèle, lien qui se décline de plusieurs manières, tant qu’il s’agit
pour le Dieu YHWH de se révéler, donc de se manifester par un moyen ou par un
autre, à son peuple.

Tout d’abord, il semble qu’on retrouve clairement, dans ce lien, la
communication entre YHWH et son peuple ; laquelle communication peut avoir lieu
sous la forme d’un message, comportant un support physique (la voix, les
évènements rapportés par le récit) et une signification à l’attention de son
59destinataire, qui en est finalement aussi un co-énonciateur ; si on considère en effet
que cette transmission d’un message donne lieu à un dialogue entre YHWH et son
peuple Israël, ce qui est le cas tout au long de l’ensemble des textes bibliques et
l’objet même de la Bible : pourquoi cet ensemble des intermédiaires et médiateurs
entre YHWH et son peuple dont la Bible fait état, au lieu d’une relation directe où
Israël écouterait et obéirait à son Dieu YHWH ? Les intermédiaires ne naissent-ils pas
de la nécessité d’un dialogue à construire entre Dieu et son peuple, de la nécessité
d’une transmission, par le moyen d’un intermédiaire ou non ?
Ensuite, on retrouve encore les formes sensibles qui découlent de ce lien. Entre
le Dieu YHWH, dont on ne connaît pas la forme, et le peuple d’Israël, qui ne peut
connaître qu’une forme sensible, c’est-à-dire accessible à ses capacités sensorielles,
la seule prise de forme possible pour le Dieu YHWH est de prendre une forme
visible, audible, voire palpable ; ou bien, la forme ne sera pas accessible au peuple,
qui ne voit pas ce qui est invisible, ni n’entend ce qui est inaudible. L’esprit du
peuple d’Israël ne peut concevoir une forme qu’il ne verrait pas, qui ne lui serait pas
sensible ; il ne peut concevoir la forme de Dieu autrement qu’accessible par les sens.
Mais, pour cette raison, la forme prise par son Dieu YHWH pour se révéler ne peut
être qu’une forme sensible, humaine, voire une forme sociale. Il s’agit d’une forme
nécessaire pour que Dieu communique à des hommes sa Parole dans un langage

59
Si on se réfère à Francis JACQUES, Dialogiques : recherches logiques sur le dialogue, Paris : P.U.F.,
1979, 422p ; Antoine CULIOLI, Pour une linguistique de l’énonciation, Paris : Ophrys, 1999, 3. Vol.
(L’homme dans la langue) ; Jean-Pierre DESCLES, Zlatka GUENTCHEVA, « Enonciateur, locuteur,
médiateur dans l’activité dialogique », in Aurore MONOD BECQUELIN, Philippe ERIKSON, Les rituels du
dialogue, Nanterre : Société d’Ethnologie, 2000, pp. 79-112.
21audible, clair, compréhensible, selon la réflexion de Nb 12:8 au sujet du dialogue de
Dieu avec Moïse :

Tdyxb alw harmw wb-rbda hp-la hp Je lui parle de vive voix – en me faisant
voir – et non en langage caché ;
jyby hwhy tnmtw il voit la forme du Seigneur

YHWH descend pour parler, voire écrire, sur les tables de la Loi au Sinaï ; la
forme en question dans la théophanie de YHWH ne serait-elle pas la forme du
60langage de l’homme ? Davantage qu’une forme et un style littéraires, cette forme
n’est-elle pas simplement celle du signifiant langagier concret qui porte les sens du
signifié ; forme sensible de la Parole, puis forme sensible particulièrement
intangible dans les signes de l’écriture, trace réelle de la forme compréhensible du
message révélé par YHWH. Hauge (1990) associe également la présence divine, un
61message concret et parfois aussi un motif de localisation .
Par surcroît, les effets sur la réalité naturelle sont eux aussi liés à la nécessité de
la forme sensible et au lien entre le Dieu YHWH et la sphère humaine. Est-ce que
Moïse, au Sinaï, a seulement vu quelque chose dans la nuée épaisse et la fumée de
cette fournaise ? S’il n’est pas attesté qu’il a vu Dieu et pourrait peut-être alors le
décrire, on peut affirmer en revanche qu’il a été témoin de phénomènes naturels
démesurés, au point de ressembler et d’être traités comme des phénomènes
surnaturels : le tonnerre, la nature en désordre, la violence de la tempête. Ainsi, ces
désordres naturels sont aussi corrélés à ce lien, qui les provoque et caractérise la
théophanie de façon intrinsèque.

On en vient, de cette façon, à un autre élément définitoire de la théophanie, à
savoir la venue de YHWH. Ce mouvement, parmi les autres éléments définitoires que
nous venons d’évoquer, semble constituer le moyen de cette communication entre le
Dieu YHWH et le peuple d’Israël ou encore l’intermédiaire de Dieu pour le peuple
d’Israël. Il est possible de faire remarquer, en ce sens, qu’en matière de théophanie,
ce n’est pas le peuple d’Israël qui a l’initiative de la manifestation ou de la
révélation, mais YHWH. De par sa « venue », YHWH se manifeste volontairement à
son peuple ; elle est le moyen de cette rencontre ; c’est ici, à notre sens, qu’intervient
le concept de descente que nous allons traiter de façon plus spécifique. La descente
peut être une des articulations, un des rouages du fait concret de la théophanie ;
notamment elle serait un des traits caractéristiques de la venue du Dieu d’Israël : le
trait caractéristique, imagé, du lien entre le Dieu du Ciel venu parler réellement aux
hommes de la terre. Cependant, les textes ne se recoupent pas exactement ; il
apparaît donc opportun de mener une analyse au sujet du motif « YHWH descend ».

60 Marc-Alain OUAKNIN, La plus belle histoire de Dieu, Paris : Seuil, 1997, pp. 76-79.
61 Martin R. HAUGE, « On the Sacred Spot : the Concept of the Proper Localization Before God », SJOT,
1990, 1, remarque davantage l’ascension ; pp. 30-31, il associe la localisation devant Dieu, la divine
présence et un message concret. Par exemple, pp. 31-32, dans le cas de Daniel 8:17, « the heavenly
message is given » ou encore, p. 37, dans le cas de Ne 8:12 ; p. 34, la présence s’exprime par des motifs
de localisation, tels que « devant ». Voir aussi p. 39 : « In this way, divine message, human reaction in the
form of self-mortification, divine response, and finally ‘standing’, here extended to a series of related
events suggested by the hl[ and the decisive ‘standing’ connected with the proclamation of the divine
message, mark the common structural motifs. », et pp. 46-47 ; André NEYTON, op. cit., 1991, p. 13, note
que les théophanies étaient souvent accompagnées d’une révélation.
22La descente est comme l’articulation intermédiaire suite à la sortie, le mouvement
qui permet la théophanie. Pour notre part, nous nous intéresserons à la marque
« YHWH descend » que nous n’appellerons plus alors un « motif » (sauf en exposant
l’état de l’art où il est ainsi qualifié), afin de mener une analyse spatio-temporelle
dans le texte à partir de ce marqueur linguistique.

1.4 Synthèse

Nous avons présenté un bref état de l’art sur la théophanie, en pointant les
éléments centraux qui intéressent notre sujet de la descente de YHWH. Nous noterons
notamment l’évolution de la théophanie et de sa définition dans l’exégèse, avant de
revenir aux éléments techniques proposés par Mayer dans le TDOT et Hiebert dans
The Anchor Bible Dictionnary. Nous verrons alors que tous les éléments de
l’exégèse ne sont pas repris dans l’approche technique de la théophanie réalisée par
ces dictionnaires. En effet, les grandes questions relatives à la théophanie traitées
dans l’exégèse ne sont pas semblables aux éléments majeurs de définition proposés
par les dictionnaires.
A partir de là, nous devrons décider s’il est préférable de s’en tenir à une
approche technique, telle que nous venons de la proposer, jusqu’à élaborer une
définition opérationnelle, permettant de retrouver tous les éléments définitoires qui
composent la théophanie. Au contraire, serait-il plus intéressant de retirer de l’état
de l’art exégétique, pour cette définition opérationnelle, des éléments définitoires qui
seraient le statu quo, voire le consensus, auquel l’exégèse aurait pu parvenir en
matière de théophanie ces dernières années ? Car ces éléments ne se recoupent pas
exactement.
Pour pouvoir décider sur ce point, nous avons réalisé un état de la question
théophanique dans l’exégèse contemporaine, afin d’instruire le débat à ce sujet et de
repérer quels sont les éléments qui n’ont pas été traités dans les approches
techniques des dictionnaires que nous venons d’exposer.
Nous voyons donc, à l’examen critique de ces articles récents sur la théophanie,
que les définitions techniques de Mayer dans le TDOT ou de Hiebert dans Anchor
Bible n’ont pas repris tous les éléments de la théophanie. Le paragraphe suivant va
maintenant confronter les principaux éléments acquis au terme de l’état de l’art au
sujet de la théophanie, entre l’exégèse récente et les définitions techniques.
Premièrement, la vision de Dieu ou l’expérience, présente dès les années
soixante, est omise des articles de Hiebert et Mayer, respectivement dans les
dictionnaires ABD et TDOT. Cette acception est issue de l’étymologie grecque du
terme, qui signifie littéralement « vision de Dieu » (Kuntz 1967), et plus encore
hébraïque.
Deuxièmement, la considération de la théophanie comme motif littéraire apparaît
quelquefois dans les années soixante (Kuntz 1967) et se confirme de façon certaine
dans les années quatre-vingt-dix (Hunter 1998). Le motif littéraire éradique la
thématique de la vision de Dieu mais n’est pas présent non plus dans les
dictionnaires élaborant une définition technique, opérationnelle, de la théophanie.
Troisièmement, la notion de lieu saint du début des années soixante (Lindblom
1961) n’est pas non plus reprise dans la définition des articles de Mayer dans le
TDOT et de Hiebert dans The Anchor Bible Dictionnary.
23Quatrièmement, différentes théophanies sont répertoriées dans l’exégèse, et non
reprises dans le Dictionnaire : l’exégèse distingue des théophanies du Nom, de la
Face, de l’Ange, de la Gloire (Kuntz 1967, Tournay 1988).
Cinquièmement, le lien avec le Nouveau Testament, qui n’est pas repris au
niveau technique dans les dictionnaires, se trouve pourtant traité dans certains
articles (Tournay 1988).
Sixièmement, l’article de T. Hiebert dans The Anchor Bible Dictionnary reprend
seulement les formes de YHWH (guerrier, roi), sans élaborer de théologie du règne
(Herman 1988) ni de la souveraineté (Kuntz 1967, Booij 1984), qui sont les deux
principaux thèmes théologiques reliés à la théophanie. En effet, Herman faisait la
relation entre la théophanie et le règne (hdr) de YHWH. Ce point semble être passé
inaperçu lors de l’élaboration des définitions techniques.
Septièmement, le motif de la descente, considéré comme classique (Tournay
1988), n’a pas sa place dans la théophanie comme vision de Dieu, ni dans la
théophanie comme motif ou instrument littéraire (Hunter 1998). Autrement dit, ce
motif, quoique cité au niveau technique par l’article de Mayer du TDOT, exposé par
Jörg Jeremias et déclaré classique par Tournay, n’est pas traité de façon technique ;
aucune typologie ou définition n’en a été faite à partir des textes bibliques qui en
comportent l’occurrence. Nous remarquons qu’il en va certainement de même pour
d’autres motifs corrélatifs des théophanies vétérotestamentaires. Toutefois, Jeremias
mentionne la venue de Dieu, dont la descente pourrait être une des modalités. Nous
y reviendrons après notre analyse des textes bibliques pertinents sur ce point.
Huitièmement, dans l’état de la question, des exégètes utilisent le verbe
« révéler » ou le terme de « révélation », notamment Kuntz. La théophanie est alors
comprise comme un motif littéraire qui introduit une révélation de Dieu, comme
chez Terrien et Tournay ; ce point très important de la révélation faite au moyen de
la théophanie est repris de façon laconique dans l’article de Mayer, qui mentionne
toutefois la révélation du Dieu qui se manifeste.

En revanche, d’autres éléments récurrents de la théophanie se retrouvent à la fois
dans la définition technique et la littérature exégétique sur le sujet. Il s’agit de la
forme de la manifestation, élément majeur à la fois de la définition de Hiebert dans
The Anchor Bible Dictionnary et de l’exégèse à partir des années quatre-vingt
(Hultgard 1985, Cazelles 1993), quoiqu’elle émerge déjà de façon antérieure
(Lindblom 1961, Dieu Guerrier de Koenig 1966), mais s’affirme dans la majeure
partie des articles après cette date. La définition technique propose la forme humaine
et naturelle prise alors par Dieu pour se manifester aux hommes comme son centre.
La théophanie comporte en fait différents types de théophanies (naturelle,
humaine), ces différents types sont pris en compte par la définition de Hiebert dans
The Anchor Bible Dictionnary. Ils sont pris en compte avec l’article de Mayer dans
le TDOT également, qui mentionne les effets de la théophanie sur la réalité naturelle,
ces effets faisant partie de ce que Hiebert, dans Anchor Bible, nomme une
théophanie dans des formes ou catégories naturelles. La théophanie se trouve dans
certains textes, avec une conception différente selon les textes ; elle est notoire dans
les théophanies de l’Exode (Terrien 1978, Booij 1984) ; cette idée de l’exégèse
moderne se trouve également reprise par l’article de Hiebert dans The Anchor Bible
Dictionnary. Ces différentes théophanies sont, dans la littérature exégétique, liées à
différentes théologies.
24D’autres éléments sont proposés au niveau technique dans l’article de Mayer du
dictionnaire TDOT, mais ne sont pas traités dans l’exégèse hormis Jörg Jeremias ;
c’est le cas de la venue de Dieu, dont la descente est une expression, mais aussi des
effets sur le cosmos, car la forme la plus traitée est la forme humaine. C’est
pourquoi, il nous semble important de faire une approche technique de la venue de
Dieu selon ce terme de descente. Depuis sa mise en exergue par Jeremias et sa
caractérisation comme « thème classique » par Tournay, on est en droit de se
demander où ce terme technique a reçu une typologie et un rôle précis dans la
théophanie biblique. En d’autres termes, sur les articles présentés, force est de
constater que quatre mentionnent la descente (Schnutenhaus 1964, Jeremias 1966,
Glasson 1988, Tournay 1988) et aucun ne l’exploite réellement, sinon Hauge (2001).
Ceci étant, en ce qui concerne la théophanie, nous pouvons en retenir la
définition opérationnelle, à savoir les dimensions de la révélation de Dieu et de la
vision de sa venue. La forme et le style littéraire supportés par la forme sensible du
langage ont en outre la finalité de révéler une forme compréhensible du message
parlé ou écrit par YHWH. Le tableau 1 récapitule les éléments que nous venons
d’exposer dans les paragraphes précédents.


VOIX DE DIEU

Formes sensibles, naturelles : Forme du langage humain : Forme d’homme :

Audibles : tonnerre, cor Paroles de Dieu Etre de parole

visibles : feu, éclairs, nuée, Ecriture des Tables Ange/ YHWH
fumée Message Messager
Formes compréhensibles : La Loi Le Nom
YHWH Un Je Suis
Manifestations de Dieu Révélation Apparition
(Apparition et révélation) SAVOIR VOIR
Théophanie/vision QeoFania
har
Tableau 1 : Récapitulation de la théophanie
Ce tableau montre les différentes composantes de la théophanie entendue comme
manifestation dans une forme, dans l’exégèse récente et dans sa définition technique.

Ce tableau 1 permet de prendre en compte les deux composantes de la
théophanie ou manifestation de Dieu : apparition de Dieu (Voir) et révélation de
Dieu (Savoir) ; la voix de Dieu dont il est question dans certains textes de
théophanie permet de relier ces différentes formes, sensibles et compréhensibles.
L’apparition comporte une forme sensible, sur laquelle insiste l’exégèse récente et
qui se trouve reprise par Hiebert au niveau technique. La révélation de Dieu
comporte une forme compréhensible ; elle est exposée par l’exégèse récente, sans
doute insuffisamment reprise par Mayer, et cependant capitale dans une définition
opérationnelle de la théophanie. Apparition de Dieu dans une forme humaine de
messager rvb et révélation de Dieu dans une forme scripturaire de message hrvb
25sont indissociablement le voir et le savoir concernant le Dieu hébreu qui se
manifeste (comme Etre de Parole, le Dieu Vivant en YHWH). Au terme de la
récapitulation précédente au sujet de la théophanie, nous allons, dans le point
suivant, proposer une analyse de la marque « YHWH descend » qui permette
également d’aborder la théophanie vétérotestamentaire.


26
Chapitre 2 : La marque linguistique YHWH descend


Puisque la racine dry est une des expressions techniques de la théophanie, pour
bien la comprendre et ensuite nous focaliser sur la descente de YHWH en formulant
ce mouvement par rapport à la théophanie, nous allons, de façon préalable, proposer
maintenant une analyse approfondie de cette racine. Nous débuterons l’exploitation
par les occurrences de dry « descendre » (quel que soit son sujet) dans le corpus
biblique, pour une première approche de sa signification en fonction de ses
occurrences dans les deux Testaments. En effet, la Bible étant un corpus clos, le
lexique n’évoluant plus, l’ensemble des occurrences d’une racine est utile pour en
comprendre les significations. Nous délimiterons ensuite notre analyse à l’utilisation
de la racine lorsque YHWH est concerné, pour une analyse plus précise de la marque
linguistique dans ses différents contextes.

1. La signification de la racine dry dans la Bible

La recension des occurrences du verbe descendre (racine dry) avec la
concordance de la TOB permet les analyses suivantes, que nous présenterons en
quatre tableaux principaux. Dans l’ensemble de la Bible, lorsqu’on observe les
significations de dry, on s’aperçoit que ce verbe peut comporter différents sujets, qui
peuvent être classifiés en fonction des sujets animés et inanimés ; une classification
est également possible entre ce qui descend depuis le ciel et ce qui, sur la terre,
descend, comme nous la proposons dans le tableau ci-après (tableau 2). Il est encore
possible de regrouper ces utilisations de « descendre » en fonction du lieu de départ,
du lieu d’arrivée, ou encore de l’acte pour lequel la descente a eu lieu
(respectivement tableaux 8, 9 et 11). Dans ces tableaux, nous retenons la racine dry
pour l’hébreu, l’unique racine txn pour l’araméen, et katabainw pour les livres
grecs des deux Testaments, en raison de la fréquence d’emploi de ce dernier verbe
pour exprimer « descendre », à savoir 94/108 occurrences.
Le tableau 2 comptabilise les différents sujets, animés ou non, qui effectuent ou
subissent une action de descendre. Ces sujets descendent depuis le ciel pour 46 dans
l’A.T. et 30 dans le N.T. Ces sujets, sur la terre, descendent pour 209 dans l’A.T. et
41 dans le N.T., comme le montre le tableau 2. Les chiffres reportés dans le tableau
comptabilisent la fréquence de ces actions, respectivement pour l’A.T. et pour le
N.T. La première partie de ce tableau concerne les sujets qui descendent du ciel, soit
pour les sujets animés ou les personnes, un total de 29 pour l’Ancien Testament, et
de 22 pour le Nouveau Testament (repris dans le tableau 4) ; dont YHWH à 20
reprises dans l’Ancien Testament et une fois dans le Nouveau Testament. Par
ailleurs, le Nouveau Testament comporte 3 occurrences de la racine de
« descendre » pour Jésus depuis le ciel. Nous présentons maintenant l’intégralité du
tableau 2, puis son analyse de détail en fonction des catégories des sujets qui
descendent ou subissent une descente (tableau 3 à 7).
271) Qui descend dans la Bible ?
Ancien Testament Nouveau Testament
Depuis le ciel, les descendants
YHWH : Gn 11:5.7. ; Gn 46:4 ; Ex 3:8 ; Ex 20 1 YHWH : Ac7:34
19:11.18.20 ; Ex 34:5 ; Mi 1:3 ; Nb 3 Jésus : Jn 3:13 ; Jn 6:38.42.
11:17.25. ; Nb 12:5 ; Ne 9:13 ;1 S 2:6 ; 2 S
22:10 ; Es 63:19 ; Es 31:4. ; Es 64:2 ; Ps
18:10 ; Ps 144:5.
Anges Gn 28:12 ; Dn 3:49 ; Dn 4:10.20. ; 4 5 Anges Mt 28:2 ; Jn 1:51 ; Ap 10:1. Ap18:1 ;
Ap 20:1
Sagesse Sg 10:14 ; Ba 3:29 2 5 Esprit Saint Mt 3:16 ; Mc 1:10 ; Lc 3:22 ; Jn
1:32.33.
Bien-aimé Ct 6:2.11. 2 2 Messie Rm 10:7 Seigneur 1 Th 4:16
Colonne de nuée Ex 33:9 1 5 Pain de Dieu Jn 6:33.41.50.51.58.
Malheur Mi 1:12 1 1 Fils de Dieu Mt 27:40
Rosée Ps 133:3 ; Sg 11:22 2 3 Jérusalem nouvelle Ap 3:12. ; Ap 21:2.10.
Pluie Dt 28:24 ; Is 55:10 ; Ps 72:6 3 1 Diable Ap12:12 ;
Feu 2 R 1:10.10.12.12.14 ; 2 Ch 7:1.3 ; 2 M 11 4 Feu Ap13:13 ; Ap 20:9 ;
2:10.10. ; Si 48:3 Nappe Ac 10:11 ; Ac 11:5 ;
Char de feu 2 R 6:18
Total 46 30 Total

Sur la terre, les descendants
YHWH Gn 18:21 ; 1 17 Jésus : Mt 8:1 ; Mt 27:40 ; Mc 15:30.32.36 ;
Lc 2:5 ; Lc 4:31 ; Lc 6:17 ; Lc 9:37 ; Jn
2:12 ; Jn 4:47.51. ; Jn 6:33.38.42.51 ; Ep
4:9.9 ;
Rois 1 S 9:25.27 ; 1 S 10:8 ; 1 S 14:36.37 ; 1
S 19:12 ; 1 S 20:19 ; 1 S 23:4.8.11.11.20.25 ;
1 S 25:1 ; 1 R 1:25.33.53 ; 1 R 2:6 ; 1 R 34
18:44 ; 1 R 21:16.18.18 ; 1 R 22:2 ; 2 R
1:4.6.16 ; 2 R 3:12 ; 2 R 7:17 ; 2 R 8:29 ; Es
10:13 ; Es 14:11 ; 2 Ch 2:16 ; 2 Ch 18:2 ; 2
Ch 22:6 ;
Princes Ex 2:5 ; Ez 26:16 ; Ez 32:30 3
Chefs d’Israël 4
Jg 5:11.14 ; 2 S 23:13 ; 1 Ch 11:15 ;
Prophètes Jg 10:5 ; 1 S 10:5.8 ; 1 R 18:40 ; 2 15 1 Prophètes Ac 11:21 ;
R 1:9.11.15 ; 1 R 17:23 ; 2 R 2:2 ; 2 R 7:19 ;
Jer 18:2.3 ; Jer 22:1 ; Jon 1:3 ; Jon 2:7 ;
Serviteurs Ex 11:8 ; Ex 19:14.21.24.25 ; 10 12 Disciples Mt 14:29 ; Mt 17:9 ; Mc 9:9 ; Jn
Ex 32:17.15 ; Ex 34:29 ; Dt 10:5 ; 1 R 6:12 ; Jn 21:9 ; Ac 8:5.26.38 ; Ac 9:25.32 ;
18:44 ; Ac 10:20.21 ;
Pères Nb 20:15 ; Dt 10:22 ; Dt 26:5 ; Gn 10
12:10 ; Gn 26:2 ; Gn 37:15 ; Gn 46:3 ; 1 S
22:20 ;
Anciens Dt 21:4 ; Gn 31:9 ;
Fils d’Israël Gn 43:4.5.7.11.15.20.21 ; Gn 25
44:29.31 ; Gn 42:2.3.38 ; Gn 44:26 ; Dt
1:25 ; Jos 8:29 ; Jos 10:27 ; Jg 5:13.14 ; Jg
14:11.12 ; 1 S 13:20 ; 1 S 14:36 ; Es 30:2 ;
Es 31:1 ; 2 Ch 20:16 ;
Prêtres 1 S 6:15.21 ; 1 R 1:38 ; Jer 36:12 ; 4 1 Prêtres Lc 10:31 ;
Hommes 2 S 23:20.21 ; 1 Ch 11:22.23 ; Jg 20 4 Hommes Lc 10:30 ; Lc 19:5.6 ; Mc 15:46 ;
4:15 ; Jg 7:10.10.11.11.24 ; Jg 14:1.5.7.10 ; 1
M 16:14 ; 1 R 2:8.9 ; 2 R 5:14 ;1 S 22:1 ; Ps
49:18 ;
28Femmes Gn 24:16.45.46 ; Jos 2:15.18 ; Rt 7
3:3.6 ;
Criminels Nb 16:30.33 ; Es 38:18 ; Ps 6 1 Pêcheurs Lc 5:2 ;
55:16.24 ; 1 M 2:31 ;
Peuples Nb 14:45 ; Jg 5:13 ; Jg 9:36.37 ; 1 S 14
2:38 ; 2 R 6:18 ; Ex 15:5 ; 1 S 13:12 ; Es
43:14 ; Es 52:4 ; Jr 48:8 ; Ez 31:12 ; Ez
32:30 ; 1 Ch 7:21 ;
Foule Es 5:14 ; Ez 32:18.19.21.24.27.29 ; 7
Marins Ps 107:23.26 ; Ez 27:29 ; 3 2 Malades Lc 5:19 ; Jn 5:7
Morts Es 14:19 ; Ez 31:16 ; Ez 8 3 Jésus mort : Mt 27:42 ; Mc 15:46 ; Lc 23:53 ;
32:18.24:27.29.30 ; Ps 115:17 ;
Bêtes Es 63:14 ; Qo 3:21 ; 2
Villes Es 14:11.14.19 ; Ez 26:20. ; Ez 28:8 ; 5
Frontières Nb 34:11.11.12 ; Jos 15:10 ; Jos 15
16:3.7 ; Jos 17:9.13.16.16.16.17.18 ; Jos
18:17.18 ;
Pieds, routes, montées 3
Pr 5:5 ; Pr 7:27 ; Ne 3:15 ;
Eaux, Fleuve, Torrents 5
Ez 47:1.8 ; Jos 31:3.16.16 ;
Larme, huile 4
Dt 9:21 ; Si 35:18 ; Ps 133:2.2 ;
Arbres 1 R 5:23 ; Ez 31:15.16.18 ; 4
Total 209 41 Total
Tableau 2 : Les descendants
Le tableau 3 présente les différents sujets relatifs à YHWH ou à Jésus qui font ou
subissent une action de descendre depuis le ciel. Ces autres appellations s’ajoutent
ensuite à YHWH ou Jésus descendant du ciel (tableau 4) pour donner l’intégralité des
descentes relatives à YHWH ou Jésus depuis le ciel dans les deux Testaments.

Ancien Testament Nouveau Testament
Sagesse, Bien-aimé 4 13 Pain, Messie, Seigneur, Fils, Esprit de
Dieu
Messagers divins, Anges, colonne de Nuée 5 5 Anges
Total 9 18 Total
Tableau 3 : Descendants relatifs à YHWH ou Jésus
Le tableau 3 montre que le Nouveau Testament a davantage d’équivalents
relatifs à Jésus pour exprimer la descente du ciel (relativement, six fois plus que
pour YHWH dans l’Ancien Testament).

Ancien Testament Nouveau Testament
YHWH 20 4 Jésus, YHWH
Descendants relatifs à YHWH 9 18 Ange, Pain, Messie, Seigneur
Total 29 22 Total
Tableau 4 : Le Dieu descendant du ciel
En ce qui concerne le Dieu descendant du ciel, le tableau 4 récapitulatif permet
de se rendre compte que le N.T. mentionne proportionnellement près de deux fois
plus souvent que son Dieu descend du ciel. En revanche, il y a deux fois plus de
descentes relatives du Dieu YHWH dans l’Ancien Testament que de descentes depuis
29le ciel de Jésus dans le Nouveau Testament sous leurs appellations YHWH et Jésus
respectives (tableau 4, ligne 1). En effet, de façon proportionnelle, l’écrit de l’A.T.
représente en quantité trois fois celui du N.T., les résultats sont donc à replacer dans
cette perspective. Il serait intéressant de comparer la descente, l’hypostase, la
théophanie, l’épiphanie, voire la kénose de Dieu, les traits spécifiques de Dieu dans
l’Ancien ou le Nouveau Testament. La manifestation de Dieu pour communiquer sa
Parole nécessite une certaine matérialité adaptée au récepteur humain, depuis le
« sans forme » et le préfiguré YHWH dont on entend la voix, jusqu’à la forme
incarnée et la « figure parfaite », visible, de Jésus. L’A.T. exprime cette
caractéristique essentielle du Dieu YHWH qui descend de nombreuses fois (20
occurrences), ce qui sera confirmé par la descente unique de Jésus fils de l’Homme
dans le N.T. depuis le ciel (Jn 3:13 ; Jn 6:38.42).
En ce qui concerne les objets descendants depuis le ciel (cf. partie supérieure du
tableau 2), le total pour l’A.T. est de 18 occurrences de la racine, et de 8 occurrences
du verbe dans le N.T. ; ces occurrences sont réparties comme suit (tableau 5).

Ancien Testament Nouveau Testament
Malheur 1 1 Diable
Rosée, pluie 5 2 Nappe
Colonne de nuée, char de feu 2 3 Jérusalem nouvelle
Feu 10 2 Feu
Total 18 8 Total
Tableau 5 : Objets descendants (partie supérieure du tableau 2)
On peut continuer de classifier les sujets qui descendent comme suit ; la
deuxième partie du tableau 2 concerne les sujets animés ou personnes sur la terre,
autant que des objets terrestres. En ce qui concerne ces sujets animés ou personnes,
le total pour l’A.T. est de 173 et de 41 occurrences du verbe pour le N.T. ; on
constate la répartition suivante.

Ancien Testament Nouveau Testament
YHWH 1 17 Jésus
Rois, princes, chefs 41 4 Hommes
Pères, anciens, hommes, femmes 3712Disciples
Serviteurs, fils d’Israël 352 Prophète, prêtres
Prophètes, prêtres 193 Pêcheur, malades
Peuples, foule, criminels, marins, morts, 40 3 Jésus mort
bêtes
Total 173 41
Tableau 6 : Sur terre, sujets animés, personnes descendants (partie inférieure, tableau 2)
L’A.T. rapporte presque moitié plus dedescentes qui se passent sur la terre que
de descentes depuis le ciel (tableau 2). Les descentes du Dieu YHWH de l’A.T.
représentent 15% des descentes de personnes dans l’A.T. Les descentes du Dieu du
N.T. représentent 60% des descentes de personnes dans le N.T. (tableaux 4 et 6). De
façon proportionnelle entre les deux Testaments, cela signifie que le N.T. a un score
quatre fois plus élevé que l’A.T. sur ce point, lorsqu’on tient compte des
appellations relatives à YHWH et Jésus. Autrement dit, l’A.T. a pleinement exploré
les descentes des hommes à partir de la terre où ils vivent, et également la descente
divine depuis le ciel, avec un Dieu d’Israël qui descend souvent (20 occurrences) ; et
301sur terre, jusque sous une apparence d’homme, il descend (Gen 18:16.21.33) . Cette
descente divine depuis le ciel est ensuite dans le N.T. celle du Fils de l’Homme (Jn
3:13 « celui qui est descendu du Ciel, le Fils de l’Homme » ; Jn 6:38.42) et de sujets
relatifs à Jésus ; puis elle se déploie pleinement sur la terre avec Jésus comme
homme (17 occurrences). Autrement dit, la correspondance inverse entre A.T. et
N.T. marque une continuité dissymétrique. Avec leurs sujets relatifs, les descentes
de Jésus et YHWH parmi les descentes depuis le ciel sont similaires (63% et 73%),
mais sous leur nom seul, dissymétriques (20 occurrences pour YHWH depuis le ciel
soit 40% et 3 soit 10% pour Jésus) ; et une dissymétrie inverse sur terre (1
occurrence soit 0,5% pour YHWH sur la terre, 17 pour Jésus et 3 Jésus mort soit
40%). Ainsi, l’A.T. explore la descente depuis le ciel, puis entrouvre une descente
de YHWH qui a lieu depuis et sur la terre ; le N.T., depuis ce relais, développe la
nouveauté de la descente de Jésus, comme homme : sur la terre, Jésus descend
cinquante fois plus que YHWH, jusqu’à être descendu mort au tombeau.

Ancien Testament Nouveau Testament
Villes, frontières 20
Routes, montées 3
Arbres 4
Larme, huile 4
Eaux 5
Total 36 0
Tableau 7 : Sur la terre, objets descendants (partie inférieure du tableau 2)
En ce qui concerne les objets, le total pour l’A.T. est porté à 36 occurrences,
tandis que le N.T. n’en comporte pas. Ces objets sont essentiellement : les villes,
frontières, pieds, routes, montées ; mais encore les eaux, fleuves, torrents, larmes,
huile, arbres. Dès lors, tous ces objets qui « descendent » sont susceptibles de
contribuer à approcher le sens symbolique, imagé, concret de ce verbe, dans la
mentalité hébraïque préexilique biblique. Par analogie, ce verbe a été choisi à cette
époque, pour décrire au mieux la manifestation de Dieu. Aussi, le N.T. n’emploie
pas ce verbe grec pour des objets, sur terre ; la finalité sémantique et symbolique, en
revanche, ne sera complète et claire que dans le N.T., où le Fils de l’homme
« descend » effectivement, Fils de Dieu incarné, jusqu’à la mort. Nous reviendrons
sur le sens de ce verbe après avoir exploré comment l’A.T. l’utilise : descendre d’où,
vers quel lieu et pourquoi ? Ces questions permettent de repérer les lieux de départ
et de destination de la descente, ou bien l’action pour laquelle on descend.
Renseignés sur le sens de cette racine, nous serons mieux à même de comprendre
son utilisation avec YHWH, puis Jésus comme sujet.

1
Dans le livre de la Genèse, on peut considérer l’expression hébraïque « se lever et descendre », par
exemple en Gn 43:15 : « Ces hommes se levèrent et descendirent en Egypte » ; et en Gn 18, les hommes
« se levèrent de là » (Gn 18:16), puis YHWH depuis Mamré « descend pour voir » vers Sodome (Gn
18:21) et il part (Gn 18:33).
312) Descendre d’où dans la Bible ?
Ancien Testament « du » Nouveau Testament « du »
Ciel Gn 11:5.7. ; Gn 28:12 ; Ex 19:11 ; 30 29 Ciel Mt 3:16 ; Mt 28:2 ; Mc 1:10 ; Lc
18:20 ; Ex 33:9 ; 34:5 ; Nb 11:17.25 ; 12:5 ; 3:22 ; Jn 1:32.33.51 ; Jn 3:13 ; Jn
Dt 28:24 ; 2 S 22:10 ; 2 R 1:10.10.12.12.14 ; 6:33.38.42.41.50.51.58. ; Ac 10:11 ; Ac
Es 55:10 ; Es 63:19 ; Es 64:2 ; Am 9:2 ; Ps 11:5 ; Ep 4:9.10. ; 1 Th 4:16 ; Ap 3:12 ;
18:10 ; Ps 49:18 ; Ps 107:26 ; Ps 144:5 ; Dn Ap 10:1 ; Ap 13:13 ; Ap 18:1 ; Ap
4:10.20 ; Ne 9:13 ; 2 Ch 7:1 ; 2 M 2:10 ; 20:1.9. ; Ap 21:2.10 ; Rm 10:6 ;
YHWH Mi 1:12 ; 1 Ch 7:3 ; 2 3 Dieu, Père Jc 1:17 ; Ap 3:12 ; Ap
21:2.10.
Nuées Ps 72:6 ; Ba 3:29 ; 2
Total 34 32
Montagne Ex 19:14.21.24.25 ; Ex 32:1.7.15 ; 255 Montagne Mt 17:9 ; Mt 8:1 ; Mc 9:9 ; Lc
Ex 34:29.29. ; Nb 14:45 ; Dt 9:12.15.21. ; Dt 9:17 ; Jn 6:16 ;
10:5 ; Jg 9:36 ; Jg 7:24 ; 1 R 18:40.44. ; 2 R
1:11.15.15. ; 2 R 6:18 ; Ps 104:8 ; 1 Ch 4:40;
1 Ch 7:21. ;
En haut Jos 3:13.16.16 ; Jg 5:14.14.14. ; 1 S 9
9:25 ; 1 S 10:5 ; Es 38:8 ;
Arbre Jos 8:29 ; 10:27 ; 2 2 Arbre Lc 19:5.6 ;
Rocher, Désert Gen 12:10 ; Dt 1:25 ; 1 S 8 7 Croix Mt 27:40.42 ; Mc 15:30.31.36.46 ;
9:5 ; 1 S 10:5 ; 1 S 23:25 ; 1 S 25:1 ; Es Lc 23:53 ;
14:11 ; 1 Ch 11:15 ;
Pays, Ville Gn 24:16.45. ; Gn 26:2 ; Gn 73 15 Ville, Jérusalem Mt 11:23 ; Mc 3:22 ; Lc
46:3.4. ; Nb 20:15 ; Nb 34:11.11.12. ; Dt 4:31 ; Lc 10:15.30.31 ; Jn 2:12 ; Jn 4:
10:22 ; Dt 21:4 ; Jos 15:10 ; Jos 16:3.7 ; Jos 47.49.51. ; Ac 8:5.26 ; Ac 9:25.32 ; Ac
17:9. ; Jos 18:13.16.16.16. ; Jg 5:14 ; Jg 11:27 ;
7:4.5.9.10.10.11. ; Jg 14:1.5.7. ; 1 S 6:31 ; 1
S 10:8.8. ; 1 S 13:1.2.20. ; 1 S 14:36.37. ; 1 S
23:4.8.11.11.20.20. ; 1 R 1:25 ; 1 R 5:23 ; 1
R 22:2 ; 2 R 2:2. ; 2 R 3:12 ; 2 R 5:14 ; 2 R
6:9 ; 2 R 7:17 ; 2 R 8:29. ; Es 30:2 ; Es 31:1 ;
Es 43:14 ; Es 52:4 ; Jer 48:15 ; Ez
32:18.18.19.21.24.24.25.27.29.30.30. ; Ne
3:15 ; Ne 6:3.3. ; 2 Ch 20:16 ; 2 Ch 22:6 ;
Maison, fenêtre, étage Gn 37:35 ; Gn 38:1 ; 35 11 Maison, toit Mt 24:17 ; Mc 2:4 ; Mc
Gn 42:2.3.38. ; Gen 43:4.5.7.11.15.20.22 ; 13:15 ; Lc 2:51 ; Lc 5:19 ; Lc 17:31 ; Jn
Gen 44:23.26.26 ; Gen 45:9.13. ; Ex 11:8 ; 5:7 ; Ac 7:15 ; Ac 10:20.21 ; 2 Co
Jos 2:15.18 ; 1 S 9:27 ; 1 S 19:12 ; 1 S 22:1 ; 11:33 ;
1 R 1:33.38. ; 1 R 17:23 ; 2 R 4:35 ; Jer
18:2.3. ; Jer 22:1 ; Jer 36:12 ; Ez 47:1 ; Mi
1:3 ; Rt 3:3.6. ;
Char, lit, trône Jg 4:15 ; 1 S 6:15 ; 1 S 20:19 ; 19 1 Char Ac 8:38 ;
1 R 1:53 ; 1 R 21:16.18.18 ; 2 R 1:4.6.9.16 ;
2 R 5:21.26. ; Es 10:11.13.14.15 ; Ez 26:16 ;
Ez 27:29 ;
Epaule, tête Gn 24:46 ; Jr 13:18 ; Ps 133:2.2 ; 4
Ombre, gloire Ez 31:12 ; Jr 48:18 ; 2
Champ, camp, terre Ex 15:5 ; Nb 16:30.33 ; 21 4 Barque Mt 14:29 ; Mc 5:2 ; Lc 5:2 ; Jn
Dt 1:25 ; Jg 9:37 ; Jg 14:1 ; Jg 15:11 ; 1 S 21:9 ;
6:15.21 ; 2 S 23:13 ; Es 22:2 ; Es 63:14 ; Ez
31:14.15.16.16.17.18. ; Jon 2:7 ; 1 Ch
11:15.22.
Vivants 1 R 2:6.9. ; Es 14:11.19 ; Es 38:18 ; 16 1 Vivant Rm 10:7 ;
Ez 26:20 ; Ez 28:8 ; Ps 55:16.24. ; Ps
115:17 ; Ps 143:7 ; Jb 7:9 ; Jb 33:24 ; Pr
1:12 ; Pr 5:5 ; Pr 7:27 ;
Total 214 46
Tableau 8 : Le lieu d’où l’on descend
32Descendre nécessite de quitter un niveau haut pour rejoindre un niveau plus bas ;
ce tableau respecte l’échelle des hauteurs relatives, avec le ciel au niveau le plus
haut et le sépulcre au niveau le plus bas (ici non représenté, car de ce lieu on ne peut
descendre plus bas). Nous avons gardé une partition du tableau en deux, la partie
supérieure pour des lieux célestes voire divins et la partie inférieure pour des lieux
terrestres voire humains ; tous lieux d’où l’on peut descendre selon la Bible.

En ce qui concerne la partie supérieure du tableau, dans l’absolu, le ciel est un
lieu presque aussi cité dans le N.T. que dans l’A.T., ce qui permet de dire que la
fréquence des descentes depuis le ciel est 3 fois plus élevée dans le N.T. que dans
l’A.T. Nous notons, dans l’Apocalypse, à 3 reprises, le double emploi des mots ciel
et Dieu ou confirmant que Ciel et Dieu sont équivalents (Ap 3:12 ; Ap 21:2.10.). Ce
Dieu est également assimilé au Père, par exemple Ep 4:9 où Paul différencie ce qui
appartient au Christ « celui qui est descendu dans les régions inférieures de la
terre », Rm 10:6 « les abîmes », Ph 2:8 « la mort » ; le seul Seigneur, et ce qui
appartient à Dieu le Père (Ep 4:6), qui sous cette appellation, Dieu ou Père, ne
2descend pas dans le N.T. .

Pour la partie inférieure du tableau, dans l’absolu, l’ensemble des divers lieux
cités par le N.T. représente le quart des lieux cités par l’A.T., soit
proportionnellement deux citations dans le N.T. pour trois dans l’A.T. On note que
la montagne représente 10% des lieux cités par l’A.T. et 6% dans le N.T. ; c’est le
lieu de rencontre entre l’homme qui ne peut pas monter plus haut et un Dieu qui
descend vers lui. Corrélativement, l’A.T. cite deux fois plus la montagne que le N.T.
Dans l’A.T., les lieux médians (pays, ville, maison) représentent 43% des lieux d’où
viennent les hommes, et 31% dans le N.T. pour ces mêmes lieux. En revanche,
l’arbre et la croix deviennent le lieu quasi-exclusif du N.T., avec 12% des citations,
bien qu’il puisse être préfiguré dans l’A.T. par « l’arbre au pendu » (Jos 8:29 ;
10:27) ; c’est par ce lieu que le Fils de l’Homme et de Dieu poursuivra sa descente

2 « Dieu », « Ciel » et « en haut » sont étymologiquement confondus, selon M. ELIADE, cité d’après G.
DURAND, « Symbolisme du ciel », Encyclopédie Universalis, vol 4, p. 487 : « De nombreuses cultures
confondent l’appellation du Dieu suprême avec la dénomination du ciel » puis, p. 488 : « le terme
sumérien qui signifie le dieu, dingir, (…) a le même idéogramme que ciel » ; voir aussi M. ELIADE,
« Dieux et déesses », Encyclopédie Universalis, vol 5, p. 590 : « A l’époque védique (…) Dyauss dieu
ouranien (son nom signifie ciel). En Grèce, Ouranos est le ciel ; son culte a été usurpé par Zeus (…), dont
le nom exprime clairement l’essence céleste » ; et voir M. ELIADE, Traité d’histoire des religions, 1964,
pp. 46-47 : « témoignage d’un africain de la tribu des Ewe : « Là où est le Ciel, là est aussi Dieu » (…)
« pour les Iroquois, tout ce qui a de l’orenda s’appelle oki (…) « celui qui est en haut » ; nous rencontrons
même un Etre Suprême céleste sous le nom de Oke. (…) La divinité suprême des Maoris se nomme Iho ;
Iho a le sens de « élevé, en haut » (…) on pourrait multiplier les exemples. »
Ceci explique pourquoi les hommes « montent » vers Dieu, en particulier sur les montagnes. Voir M.
ELIADE, cité d’après G. DURAND, « Symbolisme du ciel », op. cit., p. 488 : « l’ascension céleste est l’un
des thèmes majeurs de tous les rituels et mythologies religieux. L’échelle des chamans ouralo-voltaïques,
climax des prêtres de Mithra, ascension de la montagne sacrée ou de son succédané la ziggurat chez les
sémites (…). Mais elle comporte toujours une rupture ontologique qui coïncide avec la mort ou l’extase
(chez les Egyptiens, le verbe myny est un euphémisme pour « mourir » et signifie « s’accrocher à la
montagne » ; chez les mongols le « chemin des morts » gravit les montagnes). ». On peut aussi
exemplifier dans l’A.T., ce que rapporte Dt 32:50, quand YHWH dit à Moïse : « Puis, meurs sur la
montagne où tu seras monté, sois réuni à ta parenté – comme ton frère Aaron est mort à Hor-la-
Montagne. ».
33mortelle du ciel, et de la terre des vivants jusqu’au Shéol souterrain ; et il sera
ressuscité des morts (Ph 2:9).

YHWH fait descendre des vivants dans la fosse (Ez 26:20) dans le puits de la
fosse (Ps 55:24), le Shéol (Nb 16:30), aux enfers (1 S 2:6) ; mais l’A.T. ne dit pas
que ce Dieu qui descend du ciel et aussi depuis la terre des vivants où il apparaît
sous un aspect d’homme (Gen 18:21), jusqu’au Shéol où il est trouvé (Ps 139:8), que
YHWH, meurt. Pourtant, la synthèse des occurrences du verbe « descendre » dans
l’A.T. et sa mise en parallèle avec celles du N.T. montrent instamment que YHWH a
un comportement anthropomorphique, qui annonce Jésus fils de l’Homme sur la
terre, à commencer par la forme humaine de la manifestation dans la théophanie ou
l’épiphanie.
343) Descendre vers où, dans quel lieu de destination, dans la Bible ?
Ancien Testament « vers » un lieu de destination Nouveau Testament « vers » un lieu de
destination
Dans la Nuée Ex 34:5 ; Nb 11:25 ; Nb 12:5 ; Dt 6
33:26 ; Ps 18:10 ; 2 S 22:6 ;
Rois 1 R 22:2 ; 2 R 1:15 ; 2 R 7:17 ; 2 Ch 18:2 ; 5
2 Ch 22:6 ; Dignitaires Ex 11:8 ; Jg 5:13 ; 2 S
23:21 ; 2 S 23:13.21 ; 1 R 21:18 ; 2 R 3:12 ; 2 R 9
6:18 ; 2 R 7:17 ; Ps 133:2 ; Peuples Ex Homme Mt 3:16 ; Mc 1:10 ; Lc
19:14.21.25. ; Dt 28:24 ; Jg 7:24 ; Jg 14:10. ; Ne 9 8 3:22 ; Lc 5:19 ; Jn 1:32.51 ; Ac
6:3 ; 2 Ch 20:16 ; 10:21 ; Ap 12:12
Montagnes Ex 19:11.18.20 ; Ex 33:29 ; Jos 13
18:16 ; Es 31:4 ; 38:8 ; 63:19 ; 64:2 ; Ps 133:2 ;
Ps 144:5 ; Jon 2:7 ; Ne 9:13 ;
Rochers Nb 34:11 ; Jos 18:17 ; Jg 14:88 ; Jg 8
15:11 ; 1 S 6:15 ; 1 S 23:25 ; Mi 1:3 ; 1 Ch
11:15.
Villes Gn 11:5 ; Nb 34:11 ; Jos 15:10 ; Jos 16:7 ; 25 9 Ville Lc 2:51 ; Lc 4:31 ; Lc 8:5 ; Lc
Jos 18:13.16 ; Jg 5:11 ; Jg 14:1.5.7 ; 1 S 10:8 ; 1 9:32 ; Lc 10:30 ; Jn 2:12 ; Ac
S 9:25.27 ; 1 S 13:12. ; 1 S 23:4.8.11 ; 1 R 8:5.26 ; Ac 11:28 ;
18:44 ; 2 R 2:2 ; 2 R 8:29 ; Mi 1:12 ; Jon 1:3.3 ; 2
Ch 18:2 ; 1 M 16:4 ;
Maisons 1 R 17:23 ; 2 R 4:35 ; Jr 18:2.3 ; Jr 9 1 Maison Lc 17:31
22:1 ; Jr 36:12 ; Ez 47:1 ; 2 Ch 7:3 ; DnG 3:49 ;
Terre (Camp, steppe, val, Jardin, plaine) 21 5 Terre Jn 21:9 ; Ac 10:11 ; Ac 11:5 ;
Jos 7:11 ; Jos 16:3 ; Jos 18:16 ; Jg 7:10.11.11 ; 1 Ep 4:9 ; Ap 13:13 ;
S 25:1 ; 1 R 21:16 ; Es 43:14 ; Es 55:10 ; Ez
27:20 ; Ps 104:8 ; Rt 3:3.6 ; Ct 6:2.11 ; Qo 3:21 ;
Sg 11:12 ; 1 M 2:29.31 ; 1 M 10:71 ;
Egypte Gn 12:10 ; Gn 26:2 ; Gn 37:35 ; Gn 22
39:1 ; Gn 42:2.3 ; Gn 43:7.15.20 ; Gn
44:23.26.26 ; Gn 45:9.13 ; Gn 46:3.4 ; Dt 10:22 ;
Dt 26:5 ; Es 30:2 ; Es 31:1 ; Es 52:4 ; Nb 20:15 ;
Eaux Gn 24:16.45. ; Ex 2:5 ; Nb 34:12 ; Dt 21:4 ; 18 3 Eaux Mt 14:29 ; Jn 6:16 ; Ac 8:38 ;
Dt 3:16 ; Jos 17:9 ; Jos 18:18 ; Jg 7:4.5 ; 2 S
22:10 ; 1 R 1:33 ; 1 R 2:8 ; 1 R 5:23 ; 1 R 18:40 ;
2 R 5:14 ; Ez 47:8 ; 2 Ch 20:16 ;
Tombe Ex 15:5 ; 2 S 23:13 ; 1 R 18:40 ; Es 10 3 Tombeau Mc 15:46 ; Lc 23:53 ; Ac
38:18 ; Es 63:14 ; Ez 32:19.21.22.24 ; 1 Ch 13:29
11:15 ;
Fosse Jos 18:18 ; 2 S 20:20 ; Es 14:15.19 ; Es 19
38:18 ; Ez 26:20 ; Ez 28:8 ; Ez 31:14.16 ; Ez
32:19.25.29 ; Ps 55:24 ; Ps 107:26 ; Ps 143:7 ; Jb
33:24 ; Pr 1:12 ; 1 Ch 11:22 ; Sg 10:14 ;
Shéol Gn 37:35 ; Gn 42:38 ; Gn 44:31 ; Nb 19 4 Shéol Mt 11:23 ; Lc 10:15 ; Rm
16:30.33 ; 1 S 2:6 ; 1 R 2:6.9 ; Es 5:14 ; Es 10:7 ; Ep 4:9 ;
10:13 ; Es 14:11 ; Ez 31:15.16.17 ; Ez 32:27 ; Ps
55:16 ; Jb 7:9 ; Sg 16:13 ; Ba 3:19 ;
Mort Ez 31:12 ; Ez 32:30 ; Ps 115:17 ; Pr 5:5 ; Pr 5
7:27 ;
Total 198 33
Tableau 9 : Les lieux de destination
Ce tableau se trouve divisé en trois parties. Sa partie supérieure montre que seul
un Dieu sortant du ciel peut descendredans/vers les nuées qui sont le niveau
immédiatement inférieur au ciel. Notons ici cependant que tous les lieux, parce
qu’ils sont plus bas que le ciel, sont accessibles à YHWH par descente ; seul le ciel
35même est le lieu de départ de toutes ses descentes, et le lieu qui n’est pas le but
d’une descente. Est-ce pour autant qu’il peut aller jusque dans la fosse, puisque la
Sagesse y descend (Sg 10:14) et qu’on y trouve YHWH (Ps 139:8) ?
La partie médiane du tableau hiérarchise les lieux terrestres accessibles à
l’homme ; encore faut-il distinguer, en théorie à partir du niveau de la mer, les lieux
au-dessus (montagnes, rochers) qui nécessitent le plus souvent une montée préalable
à toute descente, puis les villes, plaines, fleuves.
La partie inférieure du tableau présente des lieux, sous terre, qui sont en général
l’objet d’une descente unique car mortelle (sépulcre, fonds marins, abîme, fosse,
Shéol), même s’il existe une perspective de remonter sous une autre forme.

L’A.T. détaille nombre de lieux que l’on peut regrouper en huit lieux, pour un
total de 198 occurrences de descente ; contre 33 occurrences en 5 lieux pour le N.T.
La fréquence relative de ces lieux est donc deux fois plus élevée dans l’A.T. et les
lieux sont plus divers dans l’A.T. que dans le N.T. ; on notera que le N.T. reprend le
terme de Shéol, et omet les nuées et les montagnes (tableau 10).

Ancien Testament Nouveau Testament
Nuée 6
Rois, peuples, hommes 23 8 Hommes
Montagnes, Rochers 21
Villes, maisons 34 10 Villes, maisons
Terre 215 Terre
Egypte 22
Eaux 183 Eaux
Tombe, fosse, Shéol, mort 53 7 Shéol, tombeau
Total 198 33
Tableau 10 : Synthèse des lieux de destination
Les niveaux médians de vie quotidienne des hommes sont des lieux de descente
(terre, villes, Egypte, eaux) avec un score de 50% des occurrences. Ces lieux sont
presque autant cités que l’ensemble des niveaux extrêmes (montagne et Shéol), avec
respectivement 10% pour la montagne et 30% pour le niveau de la mort parmi des
citations de lieux dans l’A.T. ; le Shéol représente un des lieux les plus fréquentés,
vers lesquels effectivement les descentes se terminent ; jusqu’au Jourdain, « le
3descendeur », qui depuis l’Hermon descend jusqu’à la mer Morte . Dans le N.T ce
niveau représente 20% des descentes, ce qui est relativement important, compte tenu
que la descente à ce niveau est unique. Dans chacun des deux Testaments, la
destination de la moitié des descentes s’effectue vers les villes, maisons, la terre et
les eaux, lieux de vie quotidiens des hommes. Malgré la différence d’expression des
deux Testaments, le rapport aux lieux de vie et de mort est équivalent et traduit une
expression culturelle d’un peuple. Le niveau le plus haut (nuée et sommet des
montagnes), caractéristique de la descente de YHWH, n’est pas mentionné dans le
N.T., et fait l’objet de 15% des descentes dans l’A.T. On peut mentionner ici la
descente du mont des oliviers par Jésus (Lc 19:37), acclamé alors qu’il vient au nom
de YHWH, comme en relais. Cependant, ce niveau est la destination naturelle du

3 O. ODELAIN et R. SEGUINEAU, Dictionnaire des noms propres de la Bible, Paris : Cerf-DDB, 1978, p.
215.
36« Dieu qui descend du ciel » dans l’A.T. En revanche, le Dieu du N.T. est descendu
4mort jusque dans un tombeau (Mc 15:46 ; Ac 13:29) .

Nous allons maintenant continuer de recueillir des données concernant l’emploi
de ce verbe « descendre » : dans quel but, pourquoi ?

4) Pourquoi descendre dans la Bible ?
Ancien Testament « pourquoi » descendre ? Nouveau Testament « pourquoi » descendre ?
Voir (Gen 11:5 ; 18:21 ; Dt 9:15 ; 2 R 7:20 ; 2 Voir (Jn 21:9)
Ch 2:6) – Etre vu Ex 19:11 ; 6 Etre vu Mt 3:16 ; Mc 1:10 ; Lc 3:22 ; Jn
12 1:32.33 ; Ap 10:1 ; Ap 13:13 ; Ap 18:1 ;
Acheter (Gn 39:1 ; 42:2.3. ; 43:4.15) ; cueillir Ap 20:1 ; Ap 21:2.10 ;
(Ct 6:2) ; prendre (Gen 38:1 ; Jg 14:1 ; 1 S
14:36 ; 1 R 21:16.18. ; 1 Ch 7:21) ; aboutir 2 Prendre (Mc 13:15 ; Lc 17:31) ;
(Nb 34:12) ; mêler (Gen 11:7) ; aiguiser (1 S
13:20) ; mettre (Dt 10:5 ; 1 S 6:15) ; cacher (1
M 2:31) ; grandir (Gen 46:3) ; peiner (Sg 20 1 Attacher (Ap 20:1)
9:10) ;

Assiéger (1 S 23:8) ; attacher (Jg 15:12) ;
livrer (1 S 23:20) ; guerroyer (Jg 1:9 ; 1 S
23:4) ; Jetter (Jos 8:29 ;10:27) ; fuir (Jg 4:15 ; 11
1 S 19:12 ; Es 30:2 ; Jon 1:3) ;
Marcher (Mi 1:3) ; être avec (Ex 33:9) ; Marcher (Mt 14:29 ; Lc 2:51) ; rejoindre
rencontrer (2 R 5:21) ; rassembler (1 S 22:1) ; (Ac 10:21) ; obéir (Jn 6:38) ; guérir (Lc
rattraper (1 S 13:12) ; témoigner (Ex 19:21) ; 5:19 ; Jn 4:47) ; délivrer (Ac 7:34 ; Mt
oindre (1 R 1:34) ; donner (1 R 17:23) ; 11 28:2 ; Jn 6:33) ; accueillir (Lc 19:5.6.)
délivrer (Ex 3:8) ; féconder (Es 55:10) ; 10
Abreuver (Gen 24:46) ; puiser (Gen 2 Laver (Lc 5:2) ; baptiser (Ac 8:38)
24:16.45) ; baigner (Ex 2:5 ; 2 R 5:14) 5
Monter (1 S 6:21 ; 10:8 ; 1 R 13:8) ; remonter
(Gen 24:16 ; Ex 19:24 ; 1 S 2:6 ; Jb 7:9 ; Sg
16:13) ; dresser ( Ex 33:9.9. ; Nb 12:5 ; Jos 13
3:13.16)
Résider (Gen 12:10 ; Nb 20:15 ; Dt 26:5 ; Jg 2 Demeurer (Jn 1:32 ; Lc 19:5)
14:8 ; 1 S 23:25) ; habiter (Es 52:4 ; Jer
48:18 ; Ez 26:20 ; 1 M 2:29) ; coucher (Ez 11
32:21.29.)
Entendre (Jg 9:11 ; 1 S 9:27 ; 2 R 2:2 ; Jer Dire (Mc 3:22 ; 9:9 ; Ac 10:21 ; Ap
18:8 ; Ez 27:30) ; parler (Ex 19:20.25. ; Ex 5 18:1) ; crier (Ac 8:5)
33: 9.9. ; Nb 11:17.25. ; 12:5 ; Jg 14:7) ; dire
(1 S 9:25.27 ; 2 R 1:15 ; Jer 22:1 ; Dn
4:10.20 ; Ne 9:13) ; maudire (1 R 2:8) ; crier 22
(Dn 4:10) ;
Tuer (Nb 14:45 ; Dt 28:24 ; Jos 3:16 ; 1 S Dévorer (Ap 20:9)
14:36 ; 2 S 23:20.21 ; 1 R 18:40 ; Jer 48:15) ; 3 Ensevelir (Lc 23:53 ; Mc 15:46)
percer (Ez 31:17.18 ; 32:26.28.29.30. ; 1 Ch
7:21 ; 11:22.23.) ; sacrifier (1 S 10:8 ; 1 R
1:25) ; détruire (Es 38:18 ; 2 R 28
1:4.10.10.12.14.16. ; 2 M 2:10.10.) ;
Total 126 38
Tableau 11 : Les buts de la descente

4 Dans le N.T. pourtant, « (elles verront) le Fils de l’hommevenir sur les nuées du ciel » (Mt 24:30 ; Mc
13:26 ; Lc 21:27 ; Ap 1:7), et « sur la nuée siégeait comme un fils d’homme » (Ap 14:14).
37Ce tableau présente les différents actes liés à la descente ; ainsi l’A.T. mentionne
clairement cet acte 126 fois, et le N.T. 38 fois ; l’acte est exprimé aussi souvent dans
l’A.T. et le N.T. Il est également possible de remarquer la diversité des verbes qui
l’expriment dans l’A.T.

Ancien Testament Nouveau Testament
Occurrences Verbes Occurrences totales Verbes Occurrences
1, 2 2936 19 141, 2
3, 4, 5 7 31 19 3 3, 4, 5
6, 7, 8 8 59
Totaux 44 126 38 17
Tableau 12 : Résumé des occurrences
Nous avons groupé ces verbes en trois catégories dans le tableau précédent, selon
la fréquence de leurs occurrences. On peut remarquer que les verbes les plus
nombreux pour mentionner cet acte sont 29 avec 1, 2 occurrences, totalisant 36
occurrences dans l’A.T ; et ils sont 14 verbes dans le N.T., totalisant 19 occurrences.
Le groupe de verbes à 3, 4, 5 occurrences présente 7 verbes, totalisant 31
occurrences pour l’A.T., et 3 verbes totalisant 19 occurrences pour le N.T. Le
groupe suivant présente 8 verbes à 6, 7, 8 occurrences, totalisant 59 occurrences
pour l’A.T., et aucun verbe pour le N.T.

L’A.T. présente donc un total de 126 occurrences de 44 verbes, et le N.T. 38
occurrences de 17 verbes. Nous soulignerons que 8 verbes, soit 18% des verbes dans
l’A.T., ont une occurrence significativement élevée dont le total représente 46% de
l’ensemble des occurrences de verbes ; ces verbes sont d’autant plus intéressants que
le N.T. ne mentionne pas ensuite de tels verbes, ayant un nombre élevé
d’occurrences ; ces verbes sont donc caractéristiques du but de l’action de
« descendre » dans l’A.T. Il s’agit des verbes suivants : tout d’abord, « résider »,
« habiter » (11 occurrences), « prendre », « remonter » (10 occurrences), « parler »,
« dire » (16 « tuer », « détruire » (27 occurrences). Ce dernier groupe
(« tuer », « détruire ») marque 20% des occurrences totales. Ces verbes illustrent
aussi le comportement très anthropomorphique de YHWH.
Si le premier groupe de verbes marque que l’on descend vers un lieu pour y
rester un certain temps, et si le deuxième groupe de verbes envisage la remontée,
puis le troisième groupe la descente pour se rapprocher d’un auditeur et se faire
entendre, voire dialoguer, le quatrième groupe de verbes ouvre le registre de la mort,
dont les causes entrevues sont les sacrifices, les guerres, les exécutions par
« horma », voire les meurtres.

Avant de risquer des hypothèses, nous allons rassembler les diverses données
recueillies dans les tableaux précédents, en deux tableaux récapitulatifs. Nous allons
ainsi dégager la réponse de chacun des deux livres de la Bible aux questions posées
précédemment : qui descend, de quel lieu initial, vers quel lieu de destination et
pourquoi. Les flèches figurent le mouvement de descente d’un lieu vers un autre
lieu.
38
Qui Descend ? D’où ? Vers où ? Pourquoi ?
YHWH 21 8% CIEL 30 12%
Ange YHWH 2 1% A.T
Sagesse 9 3% Nuée 2 1%
Saint
Feu 11 5%
Rosée 5 2% Nuées 6 3%
Pluie
Total 46 18% Total 34 14% Total 6 3%
Yhwh 1 Monta- 25 12% Monta 21 10% Voir
Roi, 41 16% gnes -gnes Acheter
prince Haut 9 2% Rois Fuir
Rochers 8 2% Peu- Baigner
ples 23 12% Monter
Père, 37 15% Dresser
ancien, Marcher
hommes Entendre
Mettre Femmes
Peiner Serviteurs
Etre avec Fils Israël 35 14%
Prophètes 19 7%
Prêtres
Peuples 32 13%
foules
criminels
Morts 8 3%

Total 173 68% Total 42 16% Total 44 22% Total 56 44%
Ville, 27 10% Pays 73 29% Ville, 34 17% Habiter 11 9%
route, ville 35 14% mai- Résider
frontière maison 23 10% son Prendre 14 12%
pieds Lit, 2 1% 61 31% Remon-
épaule Egypte ter
Ombre
Arbre Champ 23 10% Camp, Dire 17
Arbre Jardin parler 13%
Terre Fleuve

Fleuve, 9 4% Eau, Tuer 28 22%
eau, mer 15 Détruire
torrent Mort Percer
larme Tombe 38 27%
Fosse
Vivants 16 6% Shéol 75%
Total 36 14% Total 172 70% Total 148Total 70 56%

100
Total 255 100% 248 100% 198 100% 126 %
Tableau 13 : Tableau de synthèse Ancien Testament
Ces résultats montrent ainsi que près d’une fois sur dix, c’est YHWH (21/8%) qui
descend du ciel (30/12%) ; et le quart de ses descentes (6) se fait vers les nuées
(6/3%), avant de se poursuivre sur les montagnes (21/10%), concernées par une
descente sur dix, dont les descentes de YHWH et encore, sur la terre, vers les villes et
plaines. Les autres éléments célestes qui descendent concernent aussi une descente
sur dix (25/10%).
39Outre celles de YHWH et des éléments célestes, il reste donc que les autres
descentes, huit fois sur dix, comportent un point de départ terrestre et concernent
aux deux tiers des personnes dont une fois YHWH (173/68%). Sur la terre, ces
descentes se font essentiellement à partir des montagnes et rochers pour deux fois
sur dix (42/18%) et à partir des villes, des maisons pour quatre fois sur
dix (108/43%) ; seule une descente sur dix (22/10%) a pour niveau de départ la
plaine (champ ou terre). Partant des montagnes, pays, villes et maisons, les
descentes des hommes aboutissent naturellement et d’abord au niveau des peuples
(23/12%), villes, maisons (34/17%), Egypte, eaux (61/31%) concernées par l’arrivée
de trois descentes sur cinq. Enfin, de ce niveau, un tiers des destinations totales sont
dites explicitement aboutir au domaine de la mort (53/27%). On remarque, à cet
égard, que dans l’A.T. 3% des descentes sont aussi celles de morts.

Quant aux causes, buts évoqués dans les textes ou encore le « pourquoi
descendre ? », la moitié des occurrences des verbes qui répondent à cette question
concernent sept voire huit verbes qui chacun présentent plus de cinq occurrences.
Nous rappelons que ces verbes semblent bien illustrer le comportement de YHWH
dont la caractéristique, à travers ses actes, n’est pas seulement de descendre sur la
montagne, mais encore de « résider », « habiter », « parler », « dire », « détruire » et
aussi bien « tuer », « se dresser » ou encore « remonter » au ciel. Si YHWH descend
sur la montagne et participe aux actes décrits par ces verbes, la question qui se pose
reste de savoir jusqu’où YHWH descend réellement ?

Ainsi, le Dieu YHWH qui « fait mourir et fait (re)vivre, qui fait descendre au
Shéol et remonter » (1 S 2:6 ; Sg 16:13) pourrait bien être le premier concerné par
cette expérience, comme l’a traversée la Sagesse qui descend des nuées jusque dans
la fosse (Ba 3:29 ; Sg 10:14) ou encore Jésus descendu du ciel au sépulcre et
jusqu’au Shéol (Ac 2:31 ; Rm 10:7). Car en toute logique de cette maxime, YHWH
qui est connu comme un Dieu qui fait descendre et remonter (Gn 46:4 ; Es 10:13 ;
Es 14:11) est ce même Dieu qui descend et remonte, du Shéol au ciel (Ps 139:8).
Dès lors, autrement dit, ce Dieu YHWH n’est-il pas lui-même concerné comme Dieu
vivant ? Par exemple, selon la Septante : « aussi vrai que je vis et que mon Nom est :
vivant » w egw kai wn to onoma mou (Nb 14:21). Son Nom hypostasié pour
faire la guerre et qui le dit homme (Ex 15:3 ; Jer 32:18), suggère-t-il que YHWH est
susceptible de mourir et (re)vivre ? Comme la sémantique de dry le suggère
5également, avec la traduction possible « to scheol » .
En effet, en ce qui concerne la sémantique de « descendre » dans l’A.T., ce verbe
se dit plus de deux fois sur trois d’un homme, qui une fois sur deux est « descendu »
jusqu’à la mort. Le verbe descendre inclut une descente mortelle : sa sémantique
concerne une descente qui peut avoir lieu jusqu’au Shéol.

5 YHWH est sur-glorifié et sur-exalté uperuyow 63 fois en Dn G 3:52-90 comme le sera Jésus (Ph 2:9) à
la droite du Dieu Très-Haut son Père qui lui donnera le Nom. Et les psaumes font un leitmotiv de ~wq pour
demander à YHWH de se lever, de ressusciter. Dès lors ne peut-on pas dire que : YHWH « le Seigneur,
c’est Jésus Christ » (Ph 2:11) ; en s’autorisant à lire l’Ange YHWH et le Serviteur YHWH, au lieu de
l’Ange ou le Serviteur de YHWH. L’A.T. grec désigne YHWH comme « le Seigneur unique » (Dt 6:4)
ou « l’unique Seigneur » (Dn G 3:45) et le N.T. désigne Jésus-Christ comme « l’unique Seigneur » (1 Co
8:6). Ne sont-ils pas l’O wn en tant qu’Etre de Dieu pour YHWH (Ex 3:14), en tant que Fils de Dieu pour
Jésus (Jn 1:18 ; He 1:3) ?
40
]]Un même tableau de synthèse peut être fait pour le N.T.

Qui descend ? D’où ? Vers où ? Pourquoi ?
YHWH 1 4, soit Ciel 29 37%
6%

Jésus 3 Dieu, 3 3% Père N.T.
Messie, 1 18,
Fils 1 soit
Seigneur 1 25%
Marcher 11 30%
Pain, 5 Obéir
Dieu Prendre
Esprit Attacher
Saint Rejoindre
Ange 5 Accueillir
Jérusalem 3 8, soit Demeurer
Voir 12 30% Diable 1 12%
Nappe 2
Feu 2
Total 30 43% Total 32 40%
Jésus 17 23% Monta- 5 6%
Prophètes 1 gne

Disciple 12 Ville 15 19% Ville 9
14,
Maison 11 15% Maison 1 30% soit
20%
Prêtres 1 Dire 12 30%
Arbre, 9 12% Guérir
Croix Délivrer
Homme 4 Hommes 8 24% Laver, Baptiser

Pêcheur 1 7, soit Char, 5 6% Terre 524%
10% Barque
Malade 2 Eaux 3
Vivant 1 2%
Dévorer 3 10%
4%
Jésus mort 3 Shéol 7 22% Ensevelir
Total 41 57% Total 46 60%
Total 71100% 78 100% 33 100% Occuren- 38 100%
ces
Tableau 14 : Tableau de synthèse Nouveau Testament
Dans la partie supérieure de ce tableau, on note que 43% des sujets ou objets
descendent du ciel (17 descentes du ciel pour YHWH ange, Jésus, le Messie, le Fils et
8 descentes d’objets divers et 5 anges) et 23% s’ajoutent car elles concernent encore
Jésus sur la terre (descente de la montagne, de la croix) ; on remarque ainsi que plus
de la moitié des descentes, dans le N.T., concernent Jésus-Christ sous différentes
appellations. De plus, 23% des descentes de Jésus se font à partir de niveaux
terrestres (montagne, croix), vers le tombeau pour l’ensevelir.
C’est la spécificité pleinement accomplie par ce Fils de Dieu, fils de l’Homme
descendu du ciel, que de descendre ensuite lui-même de la montagne (Mt 8:1 ; 17:9 ;
Mc 9:9) jusqu’à mourir sur une croix, d’être mis au tombeau, voire au Shéol ; puis
41de ressusciter d’entre les morts et de remonter au ciel. Le Fils de l’Homme vient
ainsi poursuivre, prendre le relais de la mission initialisée par YHWH descendu
jusqu’à la montagne du Sinaï ; Jésus vient accomplir, concrétiser, symboliser ce qui
est esquissé par YHWH dans l’Ancien Testament.

Sans être réductrice, l’analyse de la sémantique du verbe « descendre » dans ses
occurrences bibliques a permis de clarifier son contexte et de hiérarchiser son
emploi et sa signification pour l’A.T. et le N.T. Elle a surtout permis de dégager les
termes d’une comparaison entre leurs Dieux comme sujets respectifs de ce verbe :
YHWH et Jésus descendants du ciel. Jésus, descendant manifester, révéler, Dieu le
Père aux hommes (Jn 1:18 ; 17:6), descend comme YHWH « leur parler du Ciel »
(Ne 9:13). Tel n’est-il pas le « pourquoi » commun de leur descente du ciel ?
Certains verbes des actes liés à la descente comme « tuer » et « détruire »
n’apparaissent plus dans le N.T. sauf pour Jésus descendu mort de la croix, alors
qu’ils font partie de l’explication de la descente dans l’A.T. L’A.T. privilégie que
son Dieu fait mourir, tue (actif, poiein), le N.T. assume que son Dieu a souffert, est
tué (passif, pascein), pourtant les deux sont le Dieu d’une Pâque.

Pour décrire cette symétrie graduée en haut vers le Ciel et en bas vers le Shéol à
partir d’un centre d’observation, l’homme biblique dans son champ sur Terre, nous
proposons le schéma :


Elohim : Dieu CIEL
nuéesJOUR VIE
Montagne

Mont,
colline
Grotte

Tertre
Champ
Camp Tombeau
fleuve
Mer morte
Abîme, fosse
Shéol Elohim : ancêtres défunts
NUIT MORT

Figure 1 : Observation de la descente

A partir de ce schéma et des citations bibliques de notre « base de données »
constituée sur le verbe « descendre » dans l’Ancien et le Nouveau Testament que
nous avons exposées, nous pourrons essayer de mieux cerner la représentation des
deux hauteurs d’où descendent Dieu et les hommes : le ciel de Dieu et la montagne
42des hommes, mais nous constatons que la nuée qui voile le ciel est en fait le lieu de
leur rencontre sur la montagne ; et nous essayerons de dégager le sens de cette
descente, de ses lieux et de ses moyens, afin de décrire cette situation du Dieu
vétérotestamentaire dans les textes où il est fait mention de sa « descente » ; de
mieux cerner sa représentation possible à partir de cette description et finalement de
mieux comprendre une dimension particulière de la venue du Dieu d’Israël vers
l’homme comme « descente ». Maintenant que le terme a été analysé plus
précisément d’un point de vue sémantique, des contextes où il se trouve à la racine
linguistique de cette idée, nous allons préciser la sémantique de cette racine et les
questions qui se posent relativement à la marque linguistique YHWH dry dans les
pages qui suivent. On a remarqué que YHWH et Jésus descendent autant de fois
respectivement dans l’A.T. et dans le N.T. ; les descentes du ciel sont également
équivalentes. La nouveauté apportée par le N.T. sur ce point est que le Ciel et Dieu
le Père sont en redondance (Ap 3:12 et 21:2.10). Déployant la descente sur la terre,
le Dieu pascal du N.T. descend jusque dans le tombeau pour y être enseveli.

2. Proposition d’une analyse de la marque « YHWH descend »

En ce qui concerne les analyses existantes, il faut mentionner l’ouvrage de
6Martin R. Hauge (2001) qui étudie surtout les théophanies de l’Exode, mais
s’intéresse aussi aux péricopes de Lv 8-10 et Nb 7-9 ; nous proposons un résumé de
l’essentiel de son apport sur la descente de YHWH avant de poser notre propre
problème. On peut d’ores et déjà noter que Hauge se focalise sur quelques textes
clés, tandis que nous traitons l’ensemble des occurrences de « YHWH descend ».
Cet auteur expose la structure des trois épisodes théophaniques, à savoir la
suivante :
Tout d’abord, le développement du motif ascendant dans Ex 32-34 est important
pour la fonction linéaire de ces chapitres. Les catégories de l’ascendance et
l’introduction de YHWH, indiquent le caractère extraordinaire de la nouvelle relation
entre Dieu et le peuple, obtenue par l’intercession de Moïse, le co-ascendant. La
discussion montre que le fait de voir la gloire et la face de Dieu est une expérience
particulière. Ensuite, il est question des nouvelles figures théophaniques sur la
montagne divine et la tente faite de main d’homme.
L’histoire de l’Exode reflète aussi les aspects traditionnels des concepts. Mais la
relation originale une fois dissoute et étendue à une histoire des évènements
successifs, certains aspects sont élargis, de telle façon qu’une présentation
traditionnelle est impossible. Après tout, le caractère spécial de la version de
l’Exode d’une rencontre extraordinaire est exprimé par l’introduction du peuple
comme candidat pour cette relation. Le parallélisme entre les ascendants et la divine
descente est comparable au rôle de Moïse qui monte et qui descend. De tels
ascendants peuvent être attendus, pour être rencontrés par la divinité qui descend.
Mais, avec l’histoire reliée au peuple comme visionnaire, le succès de la conclusion
de l’histoire a été beaucoup compliqué.


6 Martin R. HAUGE, The Descent From the Mountain : Narrative Patterns in Ex 19-40, Sheffield :
Academic Press, 2001, 362p. (Old Testament Studies Supplement series ; 323).
43Enfin, le mouvement théophanique, humain et divin correspond au changement
de lieu, de la montagne à la tente. Le mouvement humain de montée est substitué
par le mouvement du dessus vers le dessous. La montée répétée du médiateur et la
7descente divine représentent les motifs de base de la théophanie .
Répété dans toutes les scènes de montagne où Moïse est sujet, hl[ « monter » est
le terme central du mouvement humain. Le terme est réemployé avec le peuple
comme sujet. Cette idée est reprise avec celle d’un co-ascendant, Moïse. Un second
groupe de motifs se réfère aux catégories horizontales : sortir du camp, se tenir
debout au pied de la montagne, rester, approcher. La montée est connectée aux
catégories de proximité et de distance. La descente divine de 33:7-11 est reliée à un
mouvement humain correspondant à des catégories horizontales.
Le commentaire remarque encore la descente divine et la participation des non-
ascendants. Le mouvement divin de la tente vers la montagne est comme le centre
de gravité. Correspondant au développement de l’histoire principale, les chapitres
25-40 sont dédiés à la réception de la descente divine. Alors que les idées
traditionnelles de la montée humaine ont été abandonnées pour le peuple comme des
acteurs, leurs efforts comme constructeurs de temples sont nécessaires pour le
succès de l’implémentation de la descente divine. YHWH se manifestant lui-même
sur la montagne est identique à YHWH dans la tente. Il existe une connexion entre le
Sinaï et le sanctuaire. Par ailleurs, en relation avec la théophanie, on peut noter
que pour cet auteur, le motif de la visio Dei est aussi présent en Ex 19:20-25 et Ex
820:18-21 .
Ce commentaire de Hauge reprend donc la descente comme motif théophanique
de base, en notant l’opposition descendre-monter dont la montagne est le moyen
9terme. Mais, la démonstration a-t-elle été faite pour l’ensemble des textes
concernés ? Cette relation entre la descente et la théophanie ne reste-t-elle pas à
démontrer au moyen de l’analyse et de la comparaison des textes ?

Des questions demeurent à la suite de la définition par l’article de Mayer dans le
TDOT ; on remarque que l’article de Hiebert dans The Anchor Bible Dictionnary ne
les résout pas non plus, mais la descente n’y étant pas abordée, ce sont surtout des
questions laissées en suspens par la définition technique de Mayer. Le but du point
suivant est de faire état des questions qui demeurent au terme du précédent exposé.

3. Questions ouvertes

Ainsi, des questions ouvertes peuvent être posées. D’où YHWH vient-il ?
Puisqu’il est dit qu’il descend, mais pas souvent qu’il monte ou qu’il était aux cieux,

7 ibid., p. 31, p. 110 : « In ch. 19 the repeated ‘ascend’ of the mediator and the corresponding divine
movement of ‘descent’ represent the basic motifs for the theophanic situation. Repeated in all the
mountain scenes, ‘ lâ is the central term for the human movement. »
8 ibid., pp. 38-39.
9 ibid., p. 31 : « The spatial duality is usually simply expressed. God is met on the mountain, while the
people stay below. YHWH seems to be related to the mountain as some permanent divine presence.
Exodus 19.18-20 and 34.5 (cf. also the implication of the motifs 24.16) suggests a more complicated
relationship. Here, a divine movement from a higher « above » takes place relative to the mountain. For
this three-levelled model, the human movement of ascent from below corresponds to a divine descent
from above. According to this visualization, the mountain seems to represent the middle between high
and low as a place of meeting for the divine and human beings ».
44
?d’après cette définition et les occurrences de l’expression qu’elle cite. Cette question
a été étudiée par Jeremias : YHWH vient du ciel.

YHWH remonte-t-il ? Car l’accent mis sur le verbe « descendre » ne laisse
apparemment pas place, non seulement à la montée, mais aussi à la remontée de
YHWH dans cette définition. Il remonte peu ; cependant, il s’en va parfois ($lh Gen
18:33). En revanche, le psalmiste demande à YHWH de « se lever », dans 20% des
psaumes (~wq) ; et YHWH « monte » (Ps 47:6), ainsi qu’en Gen 17:22 et Gen 35:13
(hl[), mais ne descend pas ; il y a donc absence de symétrie.

Est-ce à dire que la descente se suffit à elle-même pour rendre compte, d’après
l’article de Mayer, de la proximité entre YHWH et l’homme ou bien cette absence de
montée et de remontée doit-elle au contraire nous interpeller et constituer un point
10de la recherche à mener sur le motif « YHWH descend » ? S’il ne remonte pas et
que les hommes l’appellent à se lever (20% des psaumes), YHWH s’est-il endormi
sur la terre ? S’agit-il encore d’une métaphore, selon laquelle ce lieu de son repos
d’éternité pourrait être aussi bien Jérusalem, Sion, que le Temple ? Puisqu’il a fixé
11sa demeure (!w[m) à Sion (!wyc) (Ps 76:3) ; et qu’il « demeurera toujours » (xcnl !kv)
sur la montagne où il a voulu « reposer » (wtbvl) (Ps 68:17) ; qu’« il demeure à
Jérusalem pour toujours » (~lw[l d[ (…) !kv) (1 Ch 23:25), « la cité de ton
12sanctuaire, Jérusalem, le lieu de ton repos » (Si 36:18) ; que ce lieu de repos est
13situé à Sion (Ps 132:8.13-14) . Le lieu de repos en Sion est-il un repos en tant que
guerrier descendu faire la guerre (dry) (Is 31:4-5 « Il descendra sur la montagne de
Sion, sur sa colline, pour y faire la guerre (…) sauver ») ? Est-ce le repos du guerrier
comme en Jos 11:23, celui de la mort comme en Jb 3:13 ; s’agit-il des « eaux du
repos » où « il me ranime » (Ps 23:2) ? Car indissociables sont la descente et le ultime, par le même terme araméen txn puis le terme hébreu dry
« descendre », « périr » ; et c’est dans ce repos qu’est donné le Salut (Es 30:15), lieu
de conversion i.e. de retour vers Dieu (bwv) et de montée vers Dieu (hl[). Ce Dieu
qui propose, après notre ouvrage, d’entrer dans son repos comme lui après son
ouvrage hkalm, i.e. sa mission (Gen 2:2), le travail qu’il a fait en tant que $alm
14« messager », envoyé de Dieu, Ange de Dieu, Ange de YHWH . Une autre
explication à l’absence de remontée, ici vers Canaan depuis le Sinaï avec son peuple

10 Le terme latin descandere « descendre », littéralement « dé-monter » présuppose la montée scandere ;
la réflexion en grec d’Ep 4:9 « Il est monté ! Qu’est-ce à dire, sinon qu’il est descendu jusqu’en bas sur la
terre ? » et l’expression hébraïque dryw ~wqyw « lève-toi et descends » l’ont bien compris.
11
!wyc Sion la montagne où demeure YHWH est aussi !wyc un tombeau.
12
~lw[l « pour toujours » ne désigne-t-il pas également sa maison éternelle (~lw[l tyb) (Eccl 12:5) ou
encore la tombe comme lieu du repos éternel ? La « maison » (tyb) est aussi le « temple », un lieu où l’on
repose. Le temple lkyh, est le lieu de l’achèvement lkyh (Gen 2:1) d’un faire poiein créateur du Tout-
Puissant lkyh en un souffrir pascein d’un Racheteur Tout-Souffrant lkyh.
13 Selon l’hébreu, l’arche d’alliance (!wra), qui a comme lieu de repos le Saint des saints dans le Temple à
Jérusalem (1 Chr 6:16), n’est elle pas elle-même, comme un cercueil (!wra), le lieu de repos des tables de
la loi ? Contenant en épitaphe les tables de la loi, faisant ainsi du Saint des saints un tombeau, un
mémorial, un cénotaphe.
14 Le vocabulaire considéré est le suivant : jqv « reposer » (dans la tombe) ; bkv « reposer », « mourir » ;
xwn « reposer », « faire descendre », « périr » (cf. Job 3:13) ; txn « descendre », « faire descendre » (au
Shéol) « renverser » « abattre » « repos » ; tbv « cesser d’être », « détruire » ; dry « descendre »,
« périr ».
45est donnée par Moïse reprenant les paroles de YHWH « Je ne peux pas y monter au
milieu de toi, car tu es un peuple à la nuque raide, et je t’exterminerais en chemin »
(Ex 33:3).

Dès lors, que peut être une descente d’en haut, si l’on y est pas monté au
préalable – et si l’on n’y remonte pas ensuite ? Ne manque-t-il pas un mouvement ?
Le caractère incomplet du concept de descente sus-défini indique-t-il que la descente
est métaphorique et vise à montrer l’absence de distance entre Dieu et l’homme
pendant la théophanie ? La métaphore elle-même est-elle complète en ce cas ? Mais
un concept incomplet peut-il être mieux caractérisé en tant que métaphore ? Ces
questions constituent un point d’investigation pour une analyse de la descente de
YHWH dans les textes : est-ce que YHWH monte ou remonte, de façon corrélative à la
descente mentionnée ? En revanche, une analyse de la montée de YHWH dans les
textes bibliques serait certes complémentaire, mais constituerait une autre analyse ;
et, en ce cas, pourrait-elle être liée d’aussi près que semble l’être la descente de
YHWH, à la théophanie ?

En analysant ces occurrences de la formule « YHWH descend », Jörg Jeremias les
comprend sous le registre de la théophanie, mais s’aperçoit lui-même que certaines
peinent à être expliquées par un seul motif théophanique, auquel il faut alors
proposer des extensions : la prière dans les lamentations, la description narrative
dans les actions de grâce. C’est pourquoi, en suivant cette proposition de l’article de
Mayer dans le TDOT et les analyses de Jörg Jeremias, nous voudrions analyser plus
en détail quels sont les textes, parmi ceux qui comportent une occurrence de la
formule « YHWH descend » (dry), qui relèvent incontestablement de la théophanie, et
quels sont ceux qui comportent d’autres points ou catégories corrélatives. Il pourrait
être instructif de regarder plus en détail ce concept de descente de YHWH, que la
théophanie n’englobe pas complètement quoique la descente en fasse souvent partie.
En d’autres termes, en se posant la question de savoir comment YHWH se manifeste
à son peuple, on remarque qu’il descend souvent pour cette manifestation. Ce point
n’est, à notre connaissance, pas suffisamment traité aujourd’hui par les travaux sur
la théophanie. Jeremias a essentiellement traité des effets de la venue sur la nature
cosmique ; nous nous en servirons pour qualifier la théophanie, mais il reste à
étudier le mouvement de la descente lui-même, la venue elle-même, sa forme et son
contenu. Au terme de cette première partie, il reste donc des questions ouvertes,
auxquelles nous tenterons de donner des réponses par la suite.

4. Descente et théophanie dans les textes

Le but est maintenant de faire état de la problématique qui existe concernant la
relation entre la descente et la théophanie dans les textes ; nous y reviendrons par la
suite, pour y apporter des éléments de réponse, dans la troisième partie (chapitre 6)
en exploitant alors les résultats de notre analyse sur cette question. Nous pourrions
situer d’abord ainsi ce travail, afin de pouvoir proposer d’autres grandes catégories
pour classifier ces textes ; en tous cas, ceux qui échappent à la description par la
théophanie.
L’approche de la théophanie de Jörg Jeremias a laissé dans l’ombre la question
HWH pour elle-même, alors même qu’elle donne lieu de la descente de Y
46effectivement le plus souvent à une théophanie. C’est pourquoi, nous voudrions
proposer une approche plus sémasiologique de la marque linguistique « YHWH
descend », notamment dans les textes des théophanies du Sinaï. Pour analyser cette
marque dans son contexte, nous proposons donc de nous focaliser sur la descente de
YHWH pour elle-même, afin d’analyser ensuite son apport à la question des
théophanies de YHWH. Il s’agit donc de nous situer ainsi par rapport à la question de
la théophanie. Pour notre part, nous nous focalisons sur le fait que, dans certaines
théophanies, relatées par les textes bibliques, « YHWH descend ». C’est ce dernier
point que nous traitons. Toutefois, la question de la descente se trouve
nécessairement articulée à celle de la théophanie. C’est pourquoi, nous traiterons de
la marque « YHWH descend » dans les textes vétérotestamentaires de théophanie,
ainsi que dans les textes qui éventuellement ne seraient pas des textes de théophanie,
15sans distinction. Nous reviendrons toutefois, après cette analyse , à la question de la
16théophanie .
Dans cette perspective, nous proposerons également une approche de la racine
dry, de façon à ce que notre analyse de la marque « YHWH descend » soit bien située
par rapport à la question théologique du Dieu manifesté et du Dieu caché, présente
dans la notion d’une théophanie. Ayant fait référence au livre de Jörg Jeremias dans
la présente première partie de notre analyse, nous proposons d’y ajouter l’approche
particulière de la descente de YHWH dans l’ensemble des textes comportant une
17occurrence de cette marque « YHWH descend » . Nous réalisons cette analyse sur
les textes dans la deuxième partie de ce travail, en nous arrêtant sur les théophanies
de l’Exode (Ex 3 et Ex 19) ; l’ensemble est réalisé à des fins de comparaison et de
compréhension de l’expression étudiée, à partir des textes où elle se trouve. Dans
une troisième partie de cette analyse, les éléments seront comparés, dans le cadre de
18réflexion de la démarche typologique . Après un état de l’art sur la lecture
19intertextuelle effectuée par l’exégèse entre ces différents textes , nous chercherons à
qualifier la descente de YHWH selon les éléments textuels, en comparant ceux-ci ;
puis, à savoir en quoi la descente de YHWH pourrait donner un éclairage nouveau,
20tout au moins différent, à la question de la théophanie .

Tandis que toutes les définitions de la théophanie notent les deux catégories
classiques en lesquelles cette manifestation se décline, à savoir
l’anthropomorphisme avec les formes humaines de Dieu et les effets sur la nature,
nous opterons pour une approche qui voudra faire état de la descente elle-même de
la divinité dans ces manifestations : que provoque-t-elle, où se passe-t-elle ?
L’approche des formes prises par le Dieu d’Israël qui se révèle, humaines ou
naturelles, sensibles donc, est largement attestée ; c’est également le cas dans
l’ouvrage de Jörg Jeremias.
Ces formes prises par Dieu, pour fort intéressantes qu’elles soient eu égard à la
définition technique de la théophanie, n’en laissent pas moins dans l’ombre la
question de la descente, alors qu’elle peut être une nécessité corrélative à cet

15 cf. deuxième et troisième parties.
16
cf. troisième partie, chapitre 6.
17
cf. la liste de textes à la fin de la première partie de cet ouvrage, chapitre 2, point 9.
18 cf. la troisième partie de cet ouvrage, chapitre 6 et 7.
19 cf. la troisième partie, chapitre 5.
20
cf. lame partie, chapitre 6.
47anthropomorphisme. Est-ce à dire que le Dieu YHWH, pourrait bel et bien
« descendre » dans la sphère terrestre, en perdant progressivement de la hauteur ? La
forme sensible prise par ce Dieu pour se manifester, quelle qu’elle soit (humaine,
visible, audible), doit être perceptible par l’homme pour dire sa réalité. Les auteurs
de l’Ancien Testament utilisent une occurrence de « YHWH descend » ; et c’est la
forme de ce Dieu qui fait précisément question dans l’exégèse vétérotestamentaire.
Ces deux points posent la question de la manifestation de Dieu à l’homme décrite
par les textes.
La question est « comment Dieu se révèle-t-il à l’homme ? » et « comment Dieu
peut-il se révéler à l’homme ? ». Car comment, d’une autre façon que par cette
manifestation, l’homme serait-il susceptible de recevoir et comprendre le message ?
La forme « physique » de ce message n’est-elle pas une condition pour le
transmettre ? Sans forme « physique », « visible » ou « acoustique », comment
l’homme pourrait-il, si ce n’est voir, au moins entendre et communiquer avec le
Dieu YHWH ? Il lui faut évidemment voir ou entendre la communication que Dieu
fait à son peuple, cette communication doit lui être perceptible ; autrement dit, sans
forme physique, visible, ou acoustique, donc sensible, la communication ne serait
pas possible. D’où la nécessité pour YHWH, à partir du moment où il souhaite
communiquer son identité et sa volonté à son peuple, de prendre une forme unicante : celle du $alm, « messager », « ange » ou « homme » (Gen 18), ou
celle de message hrvb, Parole ou Ecriture. Cette prise de forme a longtemps été
exprimée dans l’exégèse (cf. notre état de la question préalable sur la théophanie),
comme le fait de la manifestation visible de Dieu. Mais surtout, celle-ci est
intimement corrélée à sa finalité qui est la révélation de Dieu, de son message. Aux
sens concret et figuré, la théophanie manifeste et révèle Dieu ; comme une forme
(messager) qui contient une information (message) ; une forme d’homme qui est
avant tout un « être de parole », l’Etre de Parole qui désigne YHWH comme le Dieu
vivant.

Le terme de théophanie recouvre une communication de Dieu sous une forme
sensible, c’est-à-dire visible, et compréhensible autant que possible par l’esprit
humain, comme une communication surnaturelle qui adviendrait toutefois dans une
forme naturelle, pour être accessible à son destinataire, l’être humain, à savoir plus
exactement le peuple d’Israël. C’est pourquoi, il est usuel que les évènements
surnaturels accompagnant la descente de YHWH, lorsqu’il y en a, aient trait à la
théophanie et lui soient attribués.
En revanche, la catégorie de théophanie ne recouvre pas nécessairement la
descente de YHWH ou, en tous cas, elle ne l’explicite pas comme telle, si toutefois le
lien que nous avons proposé avec la forme sensible s’avère effectivement pertinent
pour la catégorie de la théophanie. Cette descente n’est pas alors prise en compte
dans le cadre de la théophanie. La conséquence en est que la descente est passée
sous silence ; toutefois, si le Dieu d’Israël ne descend pas, à supposer qu’il réside en
hauteur, comment peut-il être accessible à l’esprit de l’homme, visible à ses yeux et
audible par ses oreilles (par exemple en Ez 1) ? Et, s’il descend sans remonter, est-ce
à dire que le début de la manifestation est plus perceptible que la fin de cette
manifestation ? Ou bien, s’agit-il d’une métaphore de cette manifestation, à travers
une image de « descente », soit d’un mouvement du haut vers le bas ? Une telle
métaphore est-elle alors complète, donc recevable en tant que telle ?
48Nous proposons une analyse des textes bibliques comportant une occurrence de
« YHWH descend », dont une analyse approfondie des théophanies de l’Exode
relatées par les textes d’Ex 3 et d’Ex 19 ; cette lecture sera précisée au moyen d’une
série de questions, dans le cadre général défini au chapitre trois (deuxième partie).
Nous voudrions ainsi relever les informations sur «YHWH descend », en cherchant à
caractériser cette marque linguistique et son contexte. Nous chercherons aussi à
savoir si cette descente, qui n’a pratiquement pas son parallèle de remontée
explicite, est une descente métaphorique ou réelle. Quel est son rôle dans
l’expression de la théophanie, puisqu’elle l’accompagne dans un certain nombre de
textes ? Pour autant, YHWH descend marque l’apparition de YHWH, son actualité et
sa réalité inhérente à un changement d’état, d’une forme divine en haut à une forme
humaine en bas. Qu’en est-il à la fin de cette descente, sinon une disparition de
YHWH ? La transformation pour une montée au ciel peut-elle s’abstraire d’une pâque
pour que ce Dieu descendant sur terre redevienne un Dieu transcendant au ciel ? La
montée est, pour Mircea Eliade, un changement de niveau équivalent à une rupture
21ontologique .

Il manquait à la théophanie la forme qui manifeste le mieux YHWH (article de T.
22Hiebert dans The Anchor Bible Dictionnary). Cette forme en Ex 33:2 traduirait
celle de son ange, qui est une forme humaine (Gen 18:1-3). Réellement « ange » ou
pas, peu importe, car ces débats très anciens dans l’exégèse puis la théologie ne
constituent pas ici le centre de notre approche. C’est la question, plus précisément,
de la « forme humaine » qui fournit ici l’élément technique pertinent, car la
« forme » permet de fournir un trait typologique caractéristique de la théophanie.
Cette forme humaine est un acquis fondamental de la recherche, repris par l’article
de Hiebert dans The Anchor Bible Dictionnary. De ce fait, l’exégèse n’a plus recours
à aucune médiation par des anges ou hypostases intermédiaires pour expliquer la
visibilité de Dieu, et de ce fait, sa vision par l’homme ; les anges pouvant être, au
choix, l’homme rendu semblable à Dieu ou le Dieu voulant se manifester et prenant
23une apparence visible d’homme .
Mais corrélativement, puisque cette forme humaine est maintenant acceptée,
24l’élément inverse de l’angéologie selon R.-J. Tournay à savoir la descente de
YHWH, n’est cependant toujours pas traitée. Or, à partir des réflexions de R.-J.
Tournay, on est en droit d’opposer le recours à l’angéologie et la descente de
25YHWH , pour décrire cette venue du Dieu YHWH pour parler à l’homme. La

21
G. DURAND, « Symbolisme du ciel », op. cit., p. 488.
22
Henri CAZELLES, op. cit., 1993, p. 30 : « Il faut remarquer que l’Ange de Dieu est promis en 33, 2,
YHWH se refusant à accompagner le peuple après la rupture que signifiait le bris des tables. »
23 Rien d’étonnant pour l’Etre vivant de Dieu, le Dieu vivant, l’Etant, i.e., l’Existant, l’O ôn. Cf. la
synthèse sur la racine « être » point 7 de ce deuxième chapitre.
24
Les anges sont utilisés pour écarter la proximité avec Dieu, cf. R. J. TOURNAY, op. cit., 1988, p. 54 :
« Selon la tradition Elohiste, Dieu communique avec l’homme par l’intermédiaire d’un Ange, l’envoyé, le
messager de Dieu. (…) C’est l’Ange de Dieu qui précède le vieux serviteur d’Abraham (24, 2), qui parle
en songe à Jacob (31, 11-13) et apparaît à Moïse (Ex 3, 2) » (…) « C’est là un personnage caractéristique
des théophanies ». Voir aussi A. NEYTON, op. cit., 1991, p. 31.
25
La descente de YHWH, en revanche, est une promixité voire une actualité de l’approche de Dieu, cf. R.-
J. TOURNAY, op. cit., 1988, p. 54, et voir aussi pp.77-78 : « Mais prononcer le Nom divin, l’invoquer, le
proclamer, c’est actualiser la présence de YHWH parmi les siens dans un contexte de théophanie
cultuelle, et c’est là l’un des actes les plus importants du culte (Mettinger, 1982, 185). Comme l’écrit F.
Horst, Dieu s’identifie avec son Nom : le Nom est l’Aussen-Ich de Dieu. » (…) « Dans le code de
49descente, attestant au contraire la proximité de Dieu et de l’homme, en tous cas
l’approche réalisée par Dieu selon les termes de R.-J. Tournay, devrait aller de pair
avec l’acceptation d’une forme humaine de Dieu. Ne faut-il pas être localisable dans
un espace pour descendre, avoir une notion du bas, du haut, habiter ou entrer dans
un espace-temps humain, voire constituer un élément repérable dans cet espace-
temps ? Par exemple, une nécessaire forme physique, localisable dans un lieu, à un
moment donné, quelle que soit cette forme, soumise aux lois du monde caduque ?

La question de la forme n’est pourtant pas la question que nous nous posons à
l’issue de la recension des définitions anciennes et modernes de la théophanie. Pour
mémoire, nous n’avons présenté ici que les définitions modernes de l’exégèse
récente, mais les thèmes abordés sont des thèmes classiques, et comportent à ce titre
une histoire dans l’exégèse et la théologie. Mais peu importe, en effet, la question de
savoir si la théophanie est réalisée au moyen de la manifestation d’un ange ou de
YHWH lui-même, ce n’est pas l’objet de notre recherche puisque la forme de Dieu,
qui a supplanté cette interrogation théologique sur la manifestation, la visibilité de
Dieu aux hommes, a laissé toutefois dans l’ombre notre question, à laquelle nous
revenons. Nous ne nous demandons pas non plus qui descend, et n’entrerons pas
dans l’histoire de la théologie, qui a, à une certaine époque, débattu sur le fait de
savoir quelle était l’hypostase divine qui se manifestait. Ces questions ne sont pas a
priori aujourd’hui le problème de l’analyse des textes. En ce qui nous concerne, la
définition de la théophanie proposée dans cette première partie ne suffit pas, car la
descente du Dieu YHWH n’a pas fait l’objet d’une analyse systématique dans la
bibliographie récente. La théophanie présentée, nous allons maintenant poser notre
problématique de la descente de YHWH. Ce problème fera ensuite l’objet de
l’approche présentée dans les deuxième et troisième parties de cet ouvrage, où il ne
sera plus question de la théophanie qu’à la fin de la troisième partie, une fois
analysée la descente de YHWH dans les textes.

Nous nous interrogeons sur l’articulation intermédiaire de la venue de Dieu,
antérieurement à la forme prise par YHWH pour se manifester (éléments naturels,
ange, éléments humains), et nous en demeurons à cette question. Il s’agit de la
formule « YHWH descend ». Nous voudrions nous y arrêter précisément, de
préférence aux questions longuement traitées dans la théologie biblique ancienne et
moderne.
De ce fait, nous étudions de près le mouvement effectué par YHWH, pour venir
vers l’homme ou se manifester ; indépendamment de la forme prise par cette
manifestation, qui ne peut être qu’un phénomène sensible, donc transitoire et
incomplet par rapport à la révélation de YHWH. C’est pourquoi, nous laisserons de
côté à la fois l’exégèse ancienne (liée à l’étymologie hébraïque et grecque) et
moderne (liée à la forme humaine), qui ont dans l’ensemble réfléchi surtout à la
forme visible. C’est-à-dire, seulement à l’aspect théophanique (forme visible et
sensible) de cette venue de Dieu, et non pas à son caractère dynamique de descente,

l’Alliance (Ex 23, 20-21), Dieu dit à Israël : « Je vais envoyer un ange devant toi pour te garder. Entends
ma voix…car mon Nom est en lui. » Cet ange détient toute son autorité de Dieu lui-même qui, au début
du code (20, 24), affirme qu’il est présent en tout lieu où l’on invoque son Nom : « en tout lieu où je ferai
rappeler mon Nom, je viendrais vers toi et je te bénirai. » (…) « L’invocation du Nom de YHWH
actualise la présence de Dieu qui, tout en demeurant invisible, reste si proche des siens… ».
50mouvement de haut en bas. Il semble opportun de considérer en premier lieu que
« YHWH descend ».
Suite aux bilans réalisés (exégèse récente et définition), on se propose donc
26d’étudier ce « thème classique » de la théophanie qui n’a pourtant pas fait l’objet
d’une typologie destinée par exemple à mieux cibler la théophanie à travers cette
première articulation. Nous ne réaliserons pas une étude thématique, car nous
considérerons la descente comme une marque linguistique spatiale. Nous proposons
une recherche sur la marque « YHWH descend » qui traite ce sujet pour lui-même,
avant même de l’articuler avec la théophanie biblique. Pour se montrer, YHWH
commence par descendre ; s’il ne descendait pas, l’homme pourrait-il en faire
l’expérience ? Pourrait-on même seulement dire qu’il a une forme – si tant est que
quelque chose de la forme de Dieu puisse seulement être visible lors des
théophanies ; de fait, Moïse a-t-il vu quelque chose à part le feu du buisson et plus
tard la fumée opaque sur la montagne ? Nous voudrions examiner ensuite ce que la
descente de YHWH apporte à la théophanie et à sa caractérisation par la description
biblique.

Afin de mener à bien cette recherche, nous allons poser un certain nombre de
questions, pour en déterminer précisément l’objet ; ensuite, nous supposerons un
certain nombre d’hypothèses ; puis, nous proposerons de préciser des questions pour
aborder de façon systématique les textes bibliques qui comportent une occurrence de
« YHWH descend », qui constituera la méthode de notre analyse de textes
vétérotestamentaires. De façon préalable, nous exposerons les significations de la
marque linguistique, du verbe dry, « descendre », pour bien comprendre de quoi il
s’agit et ce que nous allons chercher exactement dans les textes bibliques lors de la
seconde partie de cette analyse de « YHWH descend ».

C’est pourquoi, comme préliminaire, nous posons aussi les quelques questions
suivantes, au sujet de l’acte de descendre qui est réalisé par le Dieu YHWH dans ces
textes. Nous pourrons alors qualifier la descente de YHWH. Nous les posons ici pour
proposer notre problématique.
Comment se situe la descente dans les récits de théophanie ?
En est-elle le moyen ? -elle la finalité ?
Est-elle une des formes sensibles de la venue de Dieu ?
Quelles sont les conditions de cette venue de Dieu ?
Fait-elle partie de la forme humaine et naturelle de la manifestation de Dieu aux
hommes ?
Est-elle corrélative d’autres éléments récurrents de ces textes, et, si oui,
lesquels ?
A-t-elle toujours lieu avant une théophanie ? Pendant ? Indépendamment ?
Comment fait-elle partie de la théophanie ?
Quel est ce concept de descente proposé par les différents textes de la Bible qui
comportent la marque « YHWH descend » ?
Est-elle complète d’un point de vue de sa situation dans le monde physique ?

26
ibid.
51Quels sont le premier lieu (lieu initial), le second lieu (lieu de descente), le
troisième lieu (lieu de remontée) ?
Quelle description de la descente émerge dans les différents textes ?
Comment regrouper les textes par rapport à l’émergence de ce concept ?
S’agit-il d’une comparaison, d’une métaphore pour dire que Dieu se montre à
l’homme ?
S’agit-il d’un motif littéraire ? Si tel est le cas, quelle est sa fonction ?

Nous reviendrons à ces questions une fois réalisée l’analyse des textes bibliques
qui comportent une occurrence, car nous aurons alors des éléments de réponse, en
réalisant une typologie de la descente de YHWH dans les textes vétérotestamentaires
(cf. troisième partie, chapitre 6). Nous effectuerons des analyses de textes dans la
seconde partie de cette analyse (cf. chapitre 4), qui devront caractériser et définir
« YHWH descend » dans notre troisième partie (chapitre 6 et 7), puisqu’il s’agit d’un
« thème classique de la théophanie » (Tournay 1988). Si cette descente certifie
la « venue de Dieu » comme le suggère J. Jeremias, elle est un maillon nécessaire
pour qu’il y ait théophanie : Dieu vient et se donne à voir. Cette descente induit-elle
par ailleurs une situation où Dieu est en haut et l’homme en bas ? Peut-elle induire
une autre situation ?

Nous chercherons, dans la troisième partie, à faire émerger en quoi consiste la
descente de YHWH qui est présente dans l’Ancien Testament et qui concerne YHWH.
Nous voudrions comprendre tout d’abord la fonction de cette marque linguistique,
en elle-même, puis du concept qu’elle recouvre, par rapport à la théophanie. Est-elle
seulement un élément parmi d’autres de la théophanie ? Si tel est le cas, que dire de
théophanies bibliques qui n’emploieraient pas cette marque linguistique ? Est-elle
corrélative d’un certain type de théophanies, dont la typologie correspondrait aux
textes que nous examinons ? La typologie de la descente de YHWH, induite par
l’analyse de ces textes, permet-elle de redéfinir la théophanie ? Permet-elle
d’introduire aussi un élément de typologie dans la théophanie, à savoir les
théophanies où « YHWH descend », comme repérables parmi les autres théophanies ?
Il nous semble nécessaire de dissocier au préalable les deux thématiques, afin de
traiter de la descente de YHWH pour elle-même, à partir des textes bibliques qui
comportent cette marque. Mais l’analyse de « YHWH descend » doit ensuite
permettre de confronter les définitions de la théophanie que nous avons présentées
ainsi que l’approche de l’exégèse moderne, à des éléments de définition de la
théophanie issus de cette analyse. En effet, « YHWH descend » constitue le premier
maillon de cette définition technique. On se pose la question de savoir comment
YHWH se manifeste à son peuple et on remarque qu’il descend. Nous chercherons en
particulier à savoir de quelle façon « YHWH descend », et comment ce mouvement
s’inscrit dans un contexte de théophanie ; nous commençons toutefois par bien
séparer ces deux thématiques.

Il semble raisonnable de considérer que la descente a lieu au début de la
théophanie et concerne la venue de Dieu vers son peuple pour lui communiquer ses
commandements ou se manifester à lui, éventuellement par un intermédiaire. Elle
est le premier acte visible de YHWH après sa sortie du ciel ou la première
constatation du témoin (cf. Mi 1:3). De ce fait, elle est antérieure à la théophanie ;
52YHWH ne descend pas après s’être manifesté, la descente est nécessairement
préliminaire à la manifestation. Dieu se donne à voir parce qu’il est venu. Nous nous
en tiendrons donc à la première étape, seule reprise par le TDOT pour la théophanie
elle-même. Nous écarterons de ce fait, dans notre analyse des textes (points 1 à 13
de la deuxième partie), la théophanie, pour étudier très précisément la marque
« YHWH descend » et sa signification en hébreu.
Notre hypothèse générale, à savoir qu’il s’agit d’un mouvement de YHWH qui va
de haut en bas, devra être vérifiée dans l’analyse des textes de façon préalable. Et, si
la signification de la formule « YHWH descend » n’est pas toujours la même, une
typologie de cette descente pourra être proposée à partir de l’analyse sémantique du
verbe. Au terme de ces réflexions, il nous reste à faire état de la définition de la
racine dry proposée par un dictionnaire d’hébreu biblique.

5. Résumé de la définition du verbe dry « descendre »

Nous avons recensé l’occurrence de « descendre » dans ses divers contextes.
Pour approfondir cette analyse sémantique, nous allons maintenant recenser les
différents sens du verbe « descendre ». Nous prendrons aussi en compte les lieux et
les moyens par lesquels la descente s’opère, à travers les références bibliques
proposées par la concordance.
53
Hébreu Grec Latin Français
dry Descendo, Katabainw kata - bainw
de-scando
Dé-monter Aller du haut Aller vers le bas Aller de haut en En dessous,
bas dedans, au fond, à vers le bas
fond, selon
Aller vers le sud, la Couler vers la Aller vers le
province, la mer mer sud, en ville,
couler vers la
mer
Descendre contre Aboutir à, en Venir, aller contre En venir à Faire irruption
venir à
Pénétrer, Examiner
Aller en se rapprocher de
conformité à quelque chose par
ressemblance
Cesser, arriver à Arriver Finir par arriver à Cesser d’être
terme S’en aller Se résoudre à monté
Tirer son origine Etre issu de
de
S’éloigner de,
dévier
Tomber, déchoir Tomber, déchoir
Etre ruiné
Périr, abattre Anéantir Mourir Mourir, tuer
Faire descendre, Faire descendre, Aller tout au fond
apporter, amener, ôter Emmener en bas Disparaître
Baisser, s’abaisser Baisser, s’abaisser S’abaisser,
Diminuer
S’élever
hdr / ddr
27
Soumettre, assujettir
Fouler Avancer Marcher S’engager dans
Dominer, tyranniser,
Régner
Vaincre, s’emparer
de, Prendre
NB : plusieurs formes Venir sur, monter,
verbales de dry et de saillir, enfourcher
une poutre hdr se confondent.
Dé-scander
(de scando,
Scander
complètement)
28Tableau 15 : Significations de « descendre »

27 Ces racines, qui comportent deux lettres identiques à dry, sont source de nombreuses confusions, y.c.
pour les exégètes rabbiniques, étant donné qu’elles présentent des conjugaisons aux formes similaires.
Voir par exemple Joël 4:13 wdr whab, traduit « venez et foulez » ou « venez et descendez ».
28
P. ROBERT, Dictionnaire de la langue française, Paris : Société du Nouveau Littré, 1967 : « Le mot
descendre est, dans le sentiment populaire comme dans la langue poétique et le patois des savants, à
jamais compromis avec les idées d’avilissement, de défaite et de trépas. » (G. Duhamel). Bien qu’on
mesure la distance entre cette réflexion de G. Duhamel pour le français, et par exemple l’hébreu ancien,
on remarque pourtant, dans ce dernier, les sèmes « tomber », « déchoir », « périr » de la signification de
54Le tableau présente les divers sens selon les dictionnaires en hébreu, grec, latin,
29français . Quant à la racine araméenne txn ses significations sont les suivantes :
« descendre », « abaisser », « placer », « poser », « reposer », « percer », « abattre ».
30La racine hébraïque dry comporte différentes significations , énumérées ci-après
puis représentées par un schéma récapitulatif ; la racine dry vient de l’Ugaritique
yrd. Selon l’étymologie hébraïque, on peut dégager que pour un hébreu de Canaan,
« descendre » revient à aller vers le sud, la province, la mer, c’est-à-dire l’Egypte.
1. le plus souvent (comme en Ugaritique) « to go down », occasionnellement
« to go up » ;
2. « to go down », « to come down » ;
313. « Yahweh comes down », theophany ;
4. « to sheol », « to dead » ;
5. misc. : « evil to come down », « to bring down », « to cause to fall down »,
« to be brought down », métaphore « to be laid low ».

Cette racine polysémique comporte différents sens, qui peuvent être représentés
comme suit. Pour notre part, nous nous intéresserons au sens 3, YHWH dry. Il est
possible de s’interroger sur le bien-fondé d’avoir mentionné la théophanie dans cette
traduction de la racine, avec YHWH comme sujet.

dry. On ne peut évacuer cette imprégnation kénotique en quelque sorte de la descente de YHWH qui de fait
rejoint l’homme déchu.
29
Dictionnaires hébreu : N.-P. SANDER, I. TRENEL, Dictionnaire hébreu-français, Réimpression de
l’édition de Paris 1859, Genève : Slatkine Reprints, 1995, 811p. ; F. BROWN, S.-R. DRIVER, and C.-A.
BRIGGS, Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford : The Clarendon Press, 1966,
1127p. ; Ludwig KOEHLER, Walter BAUMGARTNER, The Hebrew & Aramaic Lexicon of the Old
Testament, Leiden : Brill, 2000 ; A. BAILLY, Dictionnaire Grec – Français, Paris : Librairie Hachette,
1965. ; F. GAFFIOT, Dictionnaire Latin-Français, Paris : Librairie Hachette, 1934.
30
Ludwig KOEHLER and Walter BAUMGARTNER, The Hebrew & Aramaic Lexicon of the Old Testament,
CD-Rom Edition, Leiden : Brill, 2000.
31 Cité d’après Ludwig KOEHLER and Walter BAUMGARTNER, ibid., 2000 : « (SCHNUTENHAUS, ZAW
76:5f ; J. Jeremias WMANT 10 passim) Gn 11:5 ; Ex 3:8 ; Ex 19:11.18.20 ; Nu 11:17.25 ; 2S 22:10 ; Is
31:4 ; Is 63:19 ; Ps 18:10 ; Ps 144:5 ; Neh 9:13. »
55
Akkadien Ugaritique Aram, MHébreu Syriaque
(w)aradu yrd ywrdt yarda

Araméen Arabe (arriver) Ethiopien a’rita’ warada descendre vers l’eau


Hébreu dry

Qal Hiphil

1.Descendre (go down) 5.Descendre, Ramener au sol Etre ramené au
sombrer, couler, tomber malveillance (evil Faire tomber sol / Etre étendu
s’élever (go up), s’élever come down)
(to rise)

4. Mourir (to
2. Descendre, s’écrouler schéol)(comedown, go down)
dégringolade, déchéance
punir (comedown, up), 3. YHWH descend
s’élever (to rise) (come down)

Figure 2 : Signification de la racine dry « descendre »

Cette figure représente les différents sens de la racine du verbe « descendre » en hébreu,
d’après les occurrences dans les textes bibliques. On peut remarquer que dry a pour
principales traductions : descendre, sombrer, couler, tomber, mourir, punir et aussi les sens
contraires de : se lever, s’élever, élever ; il est utilisé également pour décrire la théophanie
de YHWH (sens 3 au qal). C’est sur ce dernier point que nous allons maintenant focaliser
notre étude. On peut souligner que ce champ sémantique présente d’emblée la descente
théophanique de YHWH comme une chute, une déchéance jusqu’à mourir, voire à s’élever :
une pâque.
On remarque donc, en raison de la signification n°3 dans ce dictionnaire, que
l’utilisation de dry « descendre » dans le contexte de la théophanie de YHWH est un
acquis de la recherche.
A ces tableaux, on a ajouté deux mots hébreux dérivés de cette racine dry
« descendre » et de la racine ddr/hdr « fouler », « dominer », « régner »,
32« assujettir », « soumettre », « vaincre » ; le Jourdain !dry est également « le
descendeur », soit le plus long fleuve de Palestine dont il marque la frontière
orientale ; le voile ou manteau dydr est lié à la racine verbale ddr, soit ce qui
descend le long du corps et couvre de ce fait. On remarque également que le
dictionnaire de Sander propose comme traduction de dry « descendre », « tomber »,
« déchoir », « périr », « être ruiné » ; au hiphil, « faire descendre », et au hophal
passif : « mener », « précipiter » (en enfer, le shéol, Es 14:15). En revanche, la
concordance de la TOB ne reprend pas ces significations de la racine, car
« déchoir » traduit toujours une autre racine lpn, et « tomber » traduit seulement 14
fois la racine dry ; de même, la racine dry n’est jamais traduite par « périr » ou
« précipiter ». Les sens « déchoir » et « tomber » sont traduits en grec (par exemple,
dans la Septante), par .

32
Voir l’exemple de Joël 4:13.
56
??2&6. Le schème sémantico-cognitif de dry

A partir des dictionnaires hébreux, nous pouvons maintenant établir les schèmes
sémantico-cognitifs du verbe dry « descendre » en hébreu. La polysémie d’un verbe
peut en effet faire l’objet d’une analyse sémantique dans une langue donnée,
permettant de dégager ses divers sens ; et, par analyse de ceux-ci, de déterminer
finalement un invariant du verbe par rapport à cette langue. Il s’agit ensuite d’établir
un schème sémantico-cognitif, faisant intervenir des primitives dans sa description.
Ces primitives sont invariantes d’une langue à une autre, et entrent également dans
la description d’autres schèmes. Nous allons maintenant procéder à cette analyse
sémantique pour la langue hébraïque, à partir des exemples donnés par les différents
33dictionnaires, que nous rappelons ci-après .
(1) Moïse descendit.
(2) la frontière descendait.
(3) ceux qui descendent sur mer (naviguent), descendent de leur vaisseau.
(4) descendre vers quelqu’un.
(5) descendre à l’aire de battage, descendre de la montagne, de Jérusalem ; descendre en
Egypte ; descendre du ciel ; descendre au puits.
(6) descendre de son lit / se lever du lit.
(7) descendre du trône.
(8) s’en aller, s’éloigner, venir humblement.
(9) pleurer, gémir, fondre en larmes.
(10a) se précipiter. (10b) s’enfoncer, s’affaisser ; pendre sur la barbe ; tes murailles
tomberont, jusqu’à ce que la ville soit tombée, tomber. Tu décheras toujours plus bas.
(11) massacrer, combattre, faire la guerre, prendre part au combat, tomber au combat.
(12) descendre dans la tombe, descendre vivant au Shéol ; les buffles seront immolés avec
eux.
(13) décliner (l’ombre), le jour baisse (finit).
(14) la forêt a été coupée.
(15) être prostré.
(16) le malheur descend, la calamité.
(17) YHWH descend (théophanie). Le nuage de fumée descend.
(18a) être mené, amené. (18b) être précipité en enfer. Faire descendre aux enfers et en
retirer.

33 Les dictionnaires utilisés sont : Dictionnaire hébreu-français SANDER et TRENEL, Hebrew and English
Lexicon of the Old Testament by F. BROWN, S.R. DRIVER, C.A. BRIGGS et Hebrew and English Lexicon of
the Old Testament by KOELHER and BAUMGARTNER. Dans l’analyse des schèmes de descendre en
hébreu, le langage que nous utilisons pour décrire les situations 1 et 2 qui composent les schèmes consiste
en une représentation topologique de lieux spatiaux et notionnels, utilisés pour cette description. Ainsi,
dans une première situation (SIT 1), x est situé à l’extérieur (ex loc x) ou à l’intérieur (in loc x) d’un lieu,
ou encore en haut (haut loc x) ou en bas (bas loc x) de ce lieu ; le changement de lieu est exprimé au
moyen des primitives CHANGT ou MOUVT entre deux situations (SIT 1 et SIT 2). De même, l’état de x
dans la situation 1 (SIT 1) ainsi que la situation 2 (SIT 2) sont décrits : par exemple, pour exprimer que x
est déchu, (déchu) x. Le changement d’état de x entre ces deux situations est exprimé par MOUVT ou
CHANGT ; si le mouvement ou le changement est contrôlé, la description fait alors appel à la primitive
de contrôle d’une action CONTR + FAIRE. Une situation cinématique est, par rapport à une situation
dynamique où le mouvement est contrôlé en vue d’atteindre un but (primitive TELEO), une situation non
statique mais sans contrôle ou téléonomie (CONTR + TELEO).
Voir J.-P. DESCLES, Langages applicatifs, langues naturelles et cognition, Paris : Hermès, 1990.
Pour une analyse du schème de « descendre » en français, voir B. DJIOUA, Modélisation informatique
d'une base de connaissances lexicales (DiSSC) Réseaux polysémiques et Schèmes sémantico-cognitifs,
Thèse de Doctorat Paris-Sorbonne (Paris-IV), 2000.
57(19a) laisser tomber les larmes, la salive. Faire descendre la pluie. (19b) faire atterrir au sol,
descendre sur le sol, faire descendre.
(20) amener.
(21) démonter.
(22) baisser, défaire.
(23) faire mourir au Shéol.
(24) faire tomber.
(25) faire descendre le tabernacle.
(26) abattre l’orgueil de l’Assyrie. Détruire la force. Anéantir, abattre.
(27) ôter la cruche.
(28) apporter.
(29) subjuguer le peuple.
(30) baisser la tête.

Le schème cinématique suivant peut être établi à partir de l’analyse sémantique,
par exemple pour les sens (12), (10), (16), (30). Ce schème devient dynamique dès
qu’un agent contrôle l’action d’en faire mourir ou tomber un autre, par exemple les
sens (19b), (21), (22), (23), (24) et (26) (figure 3). Le schème de la descente de
YHWH ou théophanie est le suivant, il prend en compte un mouvement du haut vers
le bas, de l’intérieur vers l’extérieur pour se rendre visible d’une manière ou d’une
autre (éléments cosmiques, voix) (figure 4).

Schème dynamique Schème cinématique

SIT 1 SIT 2SIT 1 SIT 2
ex loc xin loc x MOUVT in loc xex loc x
haut loc x bas loc xMOUVT bas loc xhaut loc x
Non visible (x) Visible (x)Construit (x) Démoli (x) CHANGT CHANGT
Non déchu (x) Déchu (x)
Vivant (x) Mort (x)
x
Shéol (x)
FAIRE + CONTR + TELEO
Figure 3 : Schème cinématique Figure 4 : Schème dynamique Yhwh descend

58