A la recherche d'un islam de France

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Comment s'organisent les musulmans en France pour constituer un "Islam de France" et non plus un Islam en France ? Comment désignent-ils des représentants d'un Islam qui ambitionne de prendre les couleurs de la France ? Comment cet "Islam de France" résiste-t-il aux multiples instrumentalisations politiques ? Pourquoi les pouvoirs publics, garants des règles de la laïcité, s'impliquent-ils tant dans la constitution de cet "Islam de France" qui tarde à naître ?
Publié le : jeudi 1 octobre 2015
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EAN13 : 9782336392004
Nombre de pages : 218
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Gérard FELLOUS
À LA RECHERCHE D’UN ISLAM DE FRANCE
Relations instables de l’Etat laïc avec les institutions musulmanes
Les musulmans de France, constituant la deuxième communauté religieuse À LA RECHERCHE
décrite dans le premier opus, sont placés en ce début du XXIe siècle, sous le
regard d’un certain nombre de leurs concitoyens. Une large majorité de Français
n’entend pas les juger ou les stigmatiser, mais mieux les connaître et les D’UN ISLAM DE FRANCE
comprendre, comme le feraient les membres d’une même famille nationale,
accueillante.
Si une partie, diffi cile à quantifi er, des Français d’origine ou de culture musulmane, Tome II
a entamé un processus d’intégration, et pour certains d’assimilation, d’autres,
plus nombreux restent attachés à leurs racines et spécifi cités religieuses, au Relations instables de l’Etat laïcmême titre que nombre de chrétiens ou de juifs.
Alors il revient à ceux-ci d’organiser leur culte au sein de la République française, avec les institutions musulmanes
conformément à la laïcité, et aux valeurs de cette République.
-Comment s’organisent les musulmans en France, pour constituer un
«Islam de France», et non plus un Islam en France?
-Comment désignent-ils des représentants qui seront les protagonistes,
les acteurs musulmans d’un Islam qui ambitionne de prendre les couleurs de la
France, dans le paysage religieux national?
-Comment cet «Islam de France», naissant dans les diffi cultés,
résiste-til aux multiples instrumentalisations politiques, y compris étrangères, dont il est
l’objet?
-Pourquoi les pouvoirs publics, l’État, garants des règles fondamentales de
la laïcité, s’impliquent-ils tant dans la constitution de cet «Islam de France» qui
tarde à naître?
C’est à ces questions et à bien d’autres, que nous tentons de répondre dans ce
deuxième volume, à la lumière de la chronique contemporaine de la vie politique
française.
Gérard Fellous, dans le cadre de ses fonctions de Secrétaire général de la
Commission nationale consultative des droits de l’homme (1986-2007), a traité
auprès de neuf Premiers ministres, des principaux problèmes sociétaux posés à
la République, en symbiose avec la société civile, et donc avec les religions.
Audelà de sa formation scientifi que, puis juridique, il fut journaliste dans d’importants
médias, ce qui le forme aux techniques d’investigation. Il est depuis expert et
consultant en droits de l’homme auprès des Nations unies, du Conseil de l’Europe
et de l’Union européenne.
ISBN: 978-2-336-30383-3
21,50 €
À LA RECHERCHE D’UN ISLAM DE FRANCE
Gérard FELLOUS
Tome II - Relations instables de l’Etat laïc avec les institutions musulmanes








A LA RECHERCHE
D’UN ISLAM DE FRANCE






Gérarrd FELLLOUS



A LA RECHERCHE
D’UN ISLAM DE FRANCE
TTome II

Relations instables de l’Etat laïc
avec les institutions musulmanes









Du même auteur

Les Institutions nationales des droits de l’homme, Acteurs de
troisième type, La Documentation Française, 2006.
Les droits de l’homme, une universalité menacée, La Documentation
Française, 2010.
La Laïcité Française, BoD, 2013.
DAECH- « Etat islamique », L’Harmattan, 2015 .


























© L'HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-3 36- 30383-3
EAN : 9782 336303833


Introduction

Après avoir, dans le premier ouvrage, brossé un profil de l’islam dans
le paysage religieux français, à la lumière des particularismes
sociodémographiques des musulmans vivant dans le pays, et plus
précisément des différentes formes de leur religiosité, nous nous
penchons à présent sur leurs efforts déployés pour mettre en place des
institutions pérennes, qui seraient représentatives dans le cadre d’un
dialogue avec les pouvoirs publics et avec l’Etat.
La laïcité française fixe des conditions précises au développement des
relations entre les cultes et l’Etat, auxquelles l’islam semble avoir
quelques difficultés à se conformer.
Pour sa part, l’Etat s’implique, certains diraient s’immisce, avec plus
ou moins de succès, dans l’organisation interne de la deuxième
religion du pays, qui s’implante durablement.
L’objectif partagé est de substituer à un « islam en France », issu
d’une juxtaposition des rites et cultures religieuses des pays
d’immigration, un « islam de France », dont les caractéristiques
seraient spécifiques à la République française et à l’Europe.
Nous détaillerons dans cette deuxième partie, les tentatives faites par
l’Etat laïque et par les musulmans du pays pour y parvenir, les
difficultés rencontrées et les raisons des échecs successifs, que tous
espèrent provisoires.



7





















Chapitre 5

Les revendications
des organisations musulmanes


Les relations entre les organisations et associations représentatives des
musulmans de France, et les pouvoirs publics ont été marquées, ces
dernières années, par de nombreuses revendications qui, non
seulement ont rythmé l’agenda de leurs rencontres, mais ont débordé
dans la vie publique en des débats impliquant l’ensemble de l’opinion
publique nationale.

Plusieurs sujets de préoccupations ont retenu l’attention au cours des
dernières années.

En 2010 par exemple, le président du Conseil français du culte
musulman (CFCM), s’adressant aux participants à la Rencontre de
l’UOIF au Bourget, donnait la priorité « aux problèmes liés au culte
musulman en France, tels que la construction des mosquées, la
création de cimetières confessionnels ou l’extension des carrés
musulmans, l’abattage rituel, l’organisation du pèlerinage, la
formation des cadres religieux et la mise en place des aumôneries »,
ajoutant la lutte contre les profanations de cimetières et de mosquées.
Ces dossiers étaient soumis aux pouvoirs publics afin « d’apporter
ensemble des réponses concrètes », précisait-il. Cette dernière
préoccupation était mise en exergue à partir du 21 mars 2012 après les
assassinats de Montauban contre des militaires et de Toulouse contre
une école juive.


9
Sensibilité sur le « respect », et la « considération »

Recevant le chef de l’Etat Nicolas Sarkozy à la Mosquée de Paris (14
mars 2012), geste politique s’il en est en pleine campagne électorale,
après un débat acerbe sur l’abattage rituel, le président du CFCM, M.
Moussaoui avait interpelé les responsables politiques nationaux, leur
demandant de proclamer régulièrement « haut et fort leur respect » et
leur reconnaissance pour leurs concitoyens musulmans.

De fait, le président de la République, candidat à sa réélection, était
venu en faisant préalablement plusieurs « gestes », dont un hommage
aux soldats musulmans tombés pour la France en 14-18, et une offre
au CFCM de « disponibilité pour que nous les aidions à former des
imams parlant français ou à entretenir la Grande mosquée de Paris. »

L’Union des organisations islamistes de France (UOIF), proche des
Frères musulmans, n’était pas en reste en proclamant haut et fort, au
cours de son rassemblement de 2015 au Bourget, après les attentats de
janvier à Paris, que : « L’islam n’est plus un islam d’immigration,
c’est un islam national qui a droit au même titre que les autres
communautés en France à la reconnaissance et à la considération de la
population française. » Son président, Amar Lasfar donnait sa
définition des « droits revendiqués » par les musulmans, dont il citait
quelques exemples : « Le petit musulman (…) a le droit d’avoir un
plat de substitution (à la cantine scolaire) », mais aussi le droit « que
les maires ne s’opposent pas à la construction de mosquées. » Un
autre responsable de l’UOIF, Ahmed Elmcherfi évoquait le « droit »
d’avoir des créneaux non-mixtes dans les piscines municipales,
arguant : « Il y a bien des créneaux de piscine pour les nudistes (?)
alors pourquoi n’est-on pas capables d’en créer pour d’autres
populations ? »

Ces « droits » auto-proclamés, relevant de la chariaa, et non pas du
corpus juridique français voté par le Parlement seraient, dans la
10
bouche de leurs locuteurs, de nature à rétablir le « respect » et la
« considération » des musulmans de France.

« Assouplissement » des règles de la laïcité

Après l’affaire de la crèche Baby-Loup, les revendications à caractère
religieux se sont multipliées dans l’espace de l’école.

On retiendra, à titre d’illustration, la revendication apparue dans un
collège de Charleville-Mézières d’une collégienne de 15 ans qui
entendait porter une « jupe longue » durant les cours, après avoir
accepté d’enlever son voile islamique tous les matins, à l’entrée de
l’établissement, conformément à la loi du 15 mars 2004 qui interdit
« les signes et tenues dont le port conduit à se faire immédiatement
reconnaitre par son appartenance religieuse. » Il est vrai que cette loi
exclue « les accessoires et les tenues qui sont portés communément
par des élèves en dehors de toute signification religieuse », mais une
circulaire destinée aux personnels de l’Education nationale qui précise
ses modalités d’application, a prévu de telles tentatives de
contournements. L’application en sera stricte lorsque l’élève attache
un caractère religieux à ce qu’elle porte. C’est ce qu’a confirmé la
ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem en
précisant que « l’équipe pédagogique a fait preuve de discernement
pour juger du caractère prosélyte ou pas, non pas de la tenue mais de
son intention. »

Déjà en 2011, des jeunes filles avaient tenté de porter de longues
robes noires dans leur lycée de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) contre
l’avis de leur direction scolaire. Le « Collectif contre l’islamophobie-
CCIF » s’est saisi de l’affaire pour dénoncer les « 130 cas d’exclusion
de collégiennes ou lycéennes en raison de leur tenue vestimentaire en
2014 » qui résultent d’une interprétation extensive de la loi. Le
ministère de l’Education nationale en avait décelé une vingtaine.

11
Des revendications religieuses ont été exprimées, sur une échelle bien
plus large, dans la sphère professionnelle des entreprises privées, sous
forme de demandes de jours d’absences spécifiques, de salle de prière,
de refus de mixité par exemple.

1Selon une enquête menée en 2015, 23% des personnes interrogées
déclarent rencontrer régulièrement des revendications religieuses sur
les lieux de travail, alors qu’elles étaient deux fois moins nombreuses
en 2014 (12%). Les conflits (6%) ont également doublé en un an, et
triplé en deux ans. Il apparait qu’un manager sur deux se trouve
confronté occasionnellement à des revendications à caractère
religieux.

Pour la Secrétaire national de l’UMP, en charge des Valeurs de la
République et à la Laïcité, Lydia Guiroux, il faudrait « légiférer
rapidement pour protéger les entreprises et leur assurer la neutralité
nécessaire au bon déroulement de leur activité. La loi doit
accompagner les managers et chefs d’entreprise qui souhaitent se
prémunir contre ce type de conflits et se concentrer sur ce qui est leur
mission, créer de la valeur pour créer de l’emploi. »

Rappelons que, dans le privé, le principe de laïcité ne s’applique pas :
Un employeur ne peut interdire à un salarié d’exprimer ses
convictions religieuses. Toutefois, il peut émettre des « restrictions
précises et proportionnées » si la pratique religieuse revendiquée est
incompatible avec les fonctions exercées, la sécurité ou la bonne
marche de l’entreprise.

Multiplier les constructions de mosquées

Devant des milliers de musulmans réunis lors du Rassemblement
annuel organisé par l’UOIF début avril 2015, dont il était l’invité

1 Etude réalisée par l’Institut Randstad pour l’Observatoire du fait religieux en
entreprise (Offre) auprès de 1 000 salariés, dont la majorité exerce des fonctions de
cadre.
12
d’honneur, le président en exercice du CFCM, Dalil Boubakeur
lançait : « Nous avons 2 200 mosquées, il en faut le double d’ici deux
ans », car précisait-il, pour les « 7 millions de musulmans » de France,
les mosquées actuelles « ne suffisent pas ». Ce à quoi le président de
l’UOIF, Amar Lasfar ajoutait : « Il faut que le nombre de mosquées
reflète le nombre de musulmans (…) nous avons le droit de construire
des mosquées, (le droit) que les maires ne s’y opposent pas. » Il se
réjouissait du reste qu’il y « a de moins en moins de maires qui
s’opposent systématiquement à la construction de mosquées. »

En l’absence d’un recensement des populations par religion, interdit
par la loi française, cette nouvelle évaluation de « 7 millions de
musulmans » annoncée par le CFCM est en contradiction avec les
études sociologiques et sondages qui montrent que 2,1 millions de
personnes de 18 à 50 ans se disent musulmanes, et peuvent donc
fréquenter des lieux de culte musulmans.

Dans les faits, des problèmes financiers et parfois juridiques se posent
pour la construction de nouveaux lieux de culte musulman.

Afin de trouver des solutions, Dalil Boubakeur, recteur de la mosquée
de Paris avait auparavant suggéré un moratoire sur la loi de 1905, afin
que le culte musulman puisse bénéficier d’aides publiques.
Mohammed Moussaoui avait demandé, parmi les premiers, le
doublement de la surface des mosquées en France, afin que leur
nombre passe à 4 000. Il suggérait « une meilleure mise en œuvre » de
la circulaire du ministère de l’Intérieur de mai 2009 qui décline toutes
les possibilités juridiques dans le cadre du droit existant.

Les lieux de culte musulmans existant en 2015 vont du simple local
aménagé, aux mosquées dites « cathédrales » qui comportent un
minaret, telles que celles de Paris, de Lyon, d’Evry, de Nantes, de
Créteil, ou de Marseille. Ces dernières bénéficient généralement
d’aides financières de pays étrangers (Arabie Saoudite, Maroc ou
Algérie). L’aménagement de lieux de culte plus modestes devrait
13
bénéficier des dons des fidèles aux associations musulmanes. Les
collectivités locales trouvent enfin des aménagements, détournant la
loi de 1905, pour vendre ou louer des terrains à des prix modiques ou
pour subventionner la partie dite « culturelle » de l’édifice,
bibliothèque ou salles de cours.

Organiser la formation des cadres religieux

Les imams qui officient en France, depuis plus de trente ans, viennent
de pays du Maghreb ou du Proche Orient principalement, rarement
d’Afrique sub-saharienne. Pour plus d’un tiers, ils connaissent mal ou
pas du tout la langue française, et pratiquent des rites ou des coutumes
locales ou régionales. En tout état de cause ces religieux venus de
l’étranger, ont été théologiquement formés dans des écoles
dogmatiques coraniques très diverses.
Dès mars 2003, le CFCM avait mis en place un groupe chargé de
dresser un état des lieux des formations islamiques dispensées en
France, qui n’a pas rendu publics ses travaux. Il s’en est suivi la
création d’une « Commission Imams du CFCM » qui n’a pu tenir la
feuille de route qui lui était fixée « suite à quelques problèmes internes
du CFCM », déclarait M. Moussaoui. En 2011 il justifiait ainsi cette
carence: « Des déclarations régulières émanant de responsables
politiques comme de responsables musulmans en faveur de la mise en
place d’une formation nationale ne sont pas suivies pour le moment
d’une réponse institutionnelle concrète ».
Formation laïque et républicaine : Au début des années 2 000, le
CFCM évaluait à 1 200 le nombre d’imams français ayant besoin
d’une « formation républicaine ». La Grande mosquée de Paris
évaluait à seulement 200 le nombre d’imams ayant le niveau de la
fonction. Par ailleurs, on évalue à 60% le pourcentage de lieux de
culte ne dépendant d’aucune autorité religieuse reconnue. C’est là que
réside l’une des principales difficultés pour un islam de France qui
puisse résister aux fondamentalistes infiltrés.
14
Concernant la formation offerte depuis 2007 par l’Institut catholique
de Paris (La Catho), le ministère de l’Intérieur laisse entendre que les
deux grandes fédérations musulmanes – UOIF et Grande Mosquée de
Paris- qui étaient sensées fournir des candidats- n’avaient pas joué le
2jeu . Cette « formation civile et civique à la laïcité n’est pas un cursus
théologique », précise Claude Roëls, son directeur de formation, qui a
reçu 40 candidats à la première promotion, mais seulement 15 l’année
suivante, confirmant que deux grandes fédérations concernées, la
Grande mosquée de Paris et le Rassemblement des musulmans de
France « n’envoient aucun étudiant. »
Formation théologique ? : Parmi les revendications prioritaires
affichées par Dalil Boubakeur (avril 2015 aux Rencontres du Bourget
de l’OIF) vient la formation des imams. Il annonçait avoir bon espoir
d’aboutir bientôt à un accord avec « certaines universités
parisiennes ». Il précisait néanmoins que ces cours auraient pour
objectif « de transmettre des connaissances de la France, de la loi, des
traditions françaises à nos imams, pour qu’ils aient une formation
complète, religieuse et républicaine. » Dalil Boubakeur
précisait : « Nous avons besoin d’une formation religieuse soutenue,
acceptée et reconnue et nous devons faire tout pour que nos imams
soient des modèles de paix et soient des modèles qui animent nos
mosquées qui sont des lieux de paix. »
Le président du CFCM laisse ainsi entendre que la formation
« religieuse » des imams serait dispensée par des universités
françaises. Il passe sous silence que cela est impossible du fait de la
laïcité. Cette formation complémentaire ne portera que sur la langue
française, les législations du pays, et particulièrement la laïcité. Afin
de lutter contre le fanatisme religieux, l’ « Islam de France » est bien à
la recherche d’une version «laïque et républicaine » de son rituel qui
n’a pas encore été définie. Quant à leur formation théologique, elle
continue de dépendre d’universités islamiques étrangères.

2 Le Monde du 20 juin 2011 ; Les cadres religieux musulmans en mal de débouchés.
15
L’option qui consistait à inciter des imams à s’inscrire comme
auditeurs libres à l’université afin d’y suivre quelques modules, ayant
donné peu de résultats dans un premier temps, le président du CFCM
avait avancé alors une deuxième possibilité consistant en un cursus
hors université pour des formations pratiques, ainsi qu’une troisième
option consistant en une « sous-traitance » à l’étranger. Il s’agirait de
passer des accords avec des facultés islamiques et des centres
historiques de diffusion, tels que les universités d’Egypte (Al-Azhar),
de Tunisie (Zeytouna), d’Algérie (Abd-el-Kader de Constantine), du
Maroc (Dar Al-Hadith al-Hassaniah) ou de Turquie (illahyat d’Ankara
et d’Istanbul). Des stages d'adaptation leur seraient réservés à leur
retour en France.
Reste que les organisations musulmanes de France n’étaient pas en
mesure d’en assurer le financement, la « Fondation pour les œuvres de
l’islam de France », conçue originellement à cet effet au sein du
CFCM, étant restée au stade embryonnaire.
Le CFCM déplore que « la multiplication d’instituts de science
islamique, couplés à des formations d’imams, n’ait pas pour l’heure
permis de dégager une maquette commune », dit M. Moussaoui qui
avait constaté également des difficultés de financement de ces études
et le manque de reconnaissance par tous les courants musulmans qui
tentent, chacun de leur côté, de former leurs propres imams. Il
demandait aux pouvoirs publics une aide pour la formation dite
« profane », en complément des savoirs proprement théologiques qui
doivent être coordonnés. Il demandait de même que « l’ensemble des
étudiants puissent trouver des débouchés et que l’ensemble des
instances cultuelles musulmanes y souscrivent. »

Reste que des questions fondamentales comme celle de l’apostasie,
c'est-à-dire l’interdiction de quitter la religion musulmane, ne sont pas
tranchées par le CFCM et ses composantes, dans une France qui a
signé et ratifié les instruments onusiens des Droits de l’homme. Là
encore, les instances représentatives des musulmans de France
attendent tout des pouvoirs publics et bien peu d’elles-mêmes, comme
16
si elles reproduisaient en terre française, le type de relations de
dépendance aux pouvoirs politiques, entretenues en terres d’islam
d’origines.

Depuis 2001, 29 imams, propagateurs d’un islam radical ont été
expulsés par le ministre de l’Intérieur, qualifiés de « prêcheurs de
haine » et d’individus dangereux. C’était par exemple le cas d’Ali
Ibrahim el-Soudany, expulsé début janvier 2010 vers l’Egypte, qui
prêchait dans des mosquées de Seine-Saint-Denis en incitant à la
violence, et en appelant à la lutte contre l’Occident.
La question de la formation des imams de France, sous l’autorité de
l’islam de France n’est toujours pas réglée.
Multiplier les carrés musulmans
dans les cimetières municipaux

Le CFCM demande au ministère de l’Intérieur de se joindre à ses
efforts afin que des maires acceptent la « mise en œuvre de la
circulaire de février 2008 » sur l’aménagement des cimetières et les
groupements confessionnels des sépultures. Il souhaite voir l’exemple
de Strasbourg, qui a créé un cimetière musulman autonome sous
gestion publique, être étendu à toute la France, ce qui reviendrait à
étendre le régime concordataire de l’Alsace-Moselle dérogatoire à la
laïcité à l’ensemble du pays.

Harmoniser l’abattage rituel

Autre dossier qui a préoccupé le CFCM, celui de l’abattage rituel qui
conditionne l’offre de viande et de produits halals. Conjointement
avec le Consistoire central de la religion juive, le CFCM a obtenu de
la représentation française auprès de l’Union européenne que la
Commission européenne conserve, pour l’heure, une exception à la
règlementation interdisant ce type d’abattage sans étourdissement. Le
CFCM prend l’engagement, au plan national, de fixer des normes pour
17
une certification harmonisée de l’abattage halal, dans un marché
chaotique, qui serait accepté par les autorités sanitaires françaises.

Lutter contre les discriminations

Dans le domaine de la lutte contre les profanations, agressions,
insultes publiques, tags…, le CFCM demande aux autorités la mise au
point d’un suivi statistique et opérationnel pour la mise en œuvre
effective d’un accord-cadre qui a été signé avec le ministère de
l’Intérieur. Sur le modèle de l’Observatoire de l’antisémitisme du
CRIF, il avait créé en 2011 « un Observatoire de l’islamophobie »,
coopérant avec le ministère de l’Intérieur.

Ce thème de l’ « islamophobie » et de la victimisation a donné
l’occasion, pour la première fois le 2 avril 2011, à des manifestations
musulmanes de rue, dans le cadre du débat sur la laïcité, ouvert par
l’UMP. Quelques centaines de personnes s’étaient réunies devant la
Grande mosquée de Paris, sous le slogan : « Si ma religion est mon
choix et mon droit, vivre ensemble est la seule voie ». Mais on pouvait
également lire sur une pancarte brandie par une fillette d’une dizaine
d’années : « Rappelons-nous bien ! Aujourd’hui ce fut la haine. A la
fin ce fut la Shoah ! » . Quelques jeunes garçons d’une douzaine
d’années défilèrent avec des slogans tels que : « Ne touche pas à mon
islam », « Je refuse d’être le bouc-émissaire des échecs des politiques
en France », « Le CRIF aux juifs, la mosquée aux musulmans » ou,
plus agressif : « A ta haine je ne tends pas ma joue, et si l’un de nous
deux doit tomber, je resterai debout ». Une manifestation semblable
était organisée deux jours plus tard à Lyon, par la « Coordination
contre le racisme et l’islamophobie » qui défilait derrière un cercueil
en carton marqué : « A notre bien aimée et regrettée Mme. La
République ».

Un « Collectif contre l’islamophobie en France » (ADDH-CCIF) a
lancé plusieurs campagnes publiques tentant de faire de l’interdiction
du port du voile intégral dans l’espace public, un acte discriminatoire
18
hostile à l’islam. A propos des femmes voilées qui désirent
accompagner leurs enfants durant des sorties scolaires, ce CCIF a
adressé une lettre au ministre de l’Education nationale l’accusant de
« jeter ces mères en pâture à une instance éducative déjà affaiblie,
voire agonisante, qui régulièrement s’empare de la question du voile
comme d’un exutoire face au démantèlement, à la déchéance, au
naufrage de l’école publique auxquels elle assiste directement
impuissante et paralysée ». Cet organisme met ainsi en place une
stratégie de tension agressive et de provocation afin de remettre
régulièrement cette question sur le devant de la scène. Le 5 mai 2012,
le CCIF organisait une réunion de collecte de fonds avec, en invité
d’honneur, le prêcheur extrémiste, Tariq Ramadan.

« Islamophobie », un terme contesté
Le terme « islamophobie » est apparu pour la première fois sur la
scène internationale au lendemain des attaques terroristes du 11
septembre 2001 contre les Etats-Unis. Il était lancé par l’Iran à
destination du monde occidental pour qualifier une vague de
réprobation qui ne s’était pas encore manifestée.
En liant volontairement une manifestation de « terrorisme » et une
conséquence sur «l’islam », Téhéran tentait en premier lieu de laisser
croire que la profonde émotion collective qu’allait exprimer
l’Occident face à ces attentats couvrait en réalité une volonté de
mettre au ban des Nations une religion, ainsi que l’analysait Alain
3Gresh .
Le deuxième objectif était de créer dans l’esprit des musulmans de la
diaspora un sentiment de victimisation les distinguant de l’ensemble
de la Nation, dont ils devraient se séparer.
Enfin, en tissant un lien de causalité entre terrorisme et Islam, l’Iran
chiite des Mollahs se présentait comme le seul défenseur de cette
religion, en une tentative, qui fut prolongée dans les instances

3 Dans « Islamophobie », Le Monde diplomatique, novembre 2001
19
onusiennes, d’obtenir une définition juridique internationale du
« terrorisme », qui puisse avaliser une sorte de « bon terrorisme », ou
de « e admissible », lorsqu’il serait employé par un peuple ou
une religion se déclarant agressés.
Cette mécanique de propagande et de manipulation initiée par Téhéran
est reprise par les djihadistes sunnites, particulièrement par le pseudo
Etat islamique-Daech qui pratique la terreur au nom de l’Islam.
Dans une offensive sémantique, les défenseurs de l’islam
indifférencié, particulièrement en France, ont tenté de substituer au
racisme anti-arabe ou anti-maghrébin, jusque-là pris en compte dans
les documents officiels, ainsi que dans l’opinion publique et dans les
médias, une formulation nouvelle de dénonciation ou de critique de
l’islam : l’ « islamophobie ». Cet argumentaire est également apparu
dans la campagne contre l’interdiction du port de la burqa dans
l’espace public ou du voile islamique dans l’école.
Ceux qui promeuvent le terme « islamophobie » militent pour une
nouvelle désignation de phénomènes antérieurs connus sous les
appellations d’« arabophobie » ou « racisme anti-maghrébin », ou
« racisme anti-immigrés », en laissant entendre que ces attitudes
agressives vont au-delà des immigrés, victimes arabes, pour toucher
toutes les personnes (africaines, turques, pakistanaises etc…) de
confession musulmane.
Ils l’étendent également pour la première fois à une discrimination
envers une religion, l’Islam. Ce n’est du reste nullement le cas de
l’antisémitisme qui est une ségrégation « racialiste », et non pas un
rejet des textes sacrés de la foi juive, par ailleurs reconnue et respectée
par les autres monothéismes- chrétienté et islam- toutes deux
« religions du Livre ».
Ainsi que le soulignait la CNCDH, il y a plus de dix
ans, « l’islamophobie ne serait alors qu’un nouveau processus de
légitimation de l’ethnicisassions de l’autre, de son altérité. » Et ce
alors que la population musulmane, ou d’origine maghrébine, ou
20

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