Agir et résister en chrétiens

De

Les débats qui ont surgi à l’occasion de la proposition de loi dite du « mariage pour tous » ont révélé de profondes divergences au sein de la société française et réveillé des antagonismes que l’on croyait éteints. D'ailleurs, ces divergences n'ont pas épargné les communautés chrétiennes. Dialogues de sourds, procès d’intention n’ont pas manqué pas plus que les jugements péremptoires enfermant les uns dans un passéisme indélébile, les autres dans le camp des apprentis sorciers. Il reste de ces confrontations le sentiment de décalages profonds sur la conception de l’être humain et sur son avenir.

Comment agir – ou résister – dans la complexité des situations actuelles et des questions inédites issues de nouvelles connaissances scientifiques, en biogénétique par exemple, de l’inquiétude de la conscience écologique, ou des disparités économiques et sociales qui prennent une dimension mondiale ? Comment agir et au nom de quoi alors que des équilibres anciens sont ébranlés et que nous vivons dans une société sécularisée, irréligieuse, postchrétienne et plurielle où ni la raison ni la nature ne peuvent servir de socle commun ? À défaut d'une « morale chrétienne » dont il suffirait d'appliquer les commandements, beaucoup de chrétiens cherchent les repères qui leur permettent de se comporter dans l'existence en fidélité à leur foi : c'est le sens de l'éthique. Et beaucoup, qui ne sont pas chrétiens, voudraient aussi comprendre ce qui motive les positions de ces derniers. C'est à proposer ces repères que le présent ouvrage voudrait contribuer.



JEAN-MARIE PLOUX est théologien, prêtre de la Mission de France. Il est l’auteur de très nombreux ouvrages dont Dieu et le malheur du monde (Ed. de l’Atelier, 2012).

Publié le : mardi 5 novembre 2013
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EAN13 : 9782708244252
Nombre de pages : 136
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Jean-Marie Ploux

Agir et résister en chrétiens

Au nom de quoi ?

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© Les Éditions de l’Atelier, Ivry-sur-Seine, 2013
Imprimé en France – Printed in France

ISBN : 978-2-7082-4425-2

La vie éthique n’est pas une vie de préceptes,

mais une intelligence de la vie,

une harmonie entre ce que l’on pense et ce que l’on vit.

La vie éthique est une lumière sur le monde,

elle est construction,

et non simplement défense contre le mal.

Giuseppe Tognon
in Giuseppe Capograssi,
Introduction à la vie éthique,
Les Éditions de la Revue Conférence,1992.

Chapitre 2. Un profond bouleversement humain

Un autre temps

La Modernité persistante

Un nouveau monde dans un temps nouveau

Une autre société

Une société sécularisée

Une société irréligieuse

Une société postchrétienne

Une société plurielle

Chapitre 3. Les trois plans de l’éthique

La personne singulière

Le contexte culturel et historique

La dimension universelle des références morales

Les « interdits »

La « règle d’or »

Trois plans inséparables

Chapitre 4. Retour sur l’histoire

Au nom de quoi agissaient les chrétiens ?

L’écart progressif entre l’homme et Dieu

La coupure aristotélicienne

La Raison suffit

On ne s’entend plus

Chapitre 5. En avons-nous fini avec le concept de « nature » ?

Entre relativité et relativisme

La question des limites

Qu’est-ce que la finitude ?

Les inconséquences de l’homme

Le fatalisme humain

Chapitre 6. L’engagement chrétien

La solidarité chrétienne avec tous les êtres humains

« Dans » le monde sans être « du » monde ?

Dans une République laïque

Un choix personnel, dans une communauté

Chapitre 7. Qu’est-ce qu’un chrétien ?

Qu’est-ce que l’Évangile ?

Agir dans l’immédiat et en amont

Voir, écouter et comprendre avant d’agir

La Parole donnée

Chapitre 8. L’ouverture à l’universel

Pas sans les autres

L’Esprit est donné à tous

Et tous sont porteurs d’un aspect de la Parole créatrice

Un écho universel ?

Chapitre 9. L’unicité de la personne humaine

Chaque être humain est une personne unique

La fraternité universelle

Un sermon historique

Chapitre 10. Le plus vulnérable

« Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles »

L’évangile au-delà du politique

Chapitre 11. L’autre avant soi-même

Le service

Primauté du bien commun

Chapitre 12. Le refus de la violence

Qu’est-ce que la violence ?

Refus de la violence

Pourquoi ce critère est-il si difficile à tenir ?

Les Absolus meurtriers

Le discours « en général »

La repentance et le pardon

Une existence paradoxale

Conclusion

Pour aller plus loin

Mes conseils pour vivre libre

Remettez-vous à Dieu

Cultivez votre jardin secret

Soyez cohérents avec vous-même

Acceptez les différences

Suivez le Christ

Postface. Faute d’écoute, la parole ne sera que slogan

Ça bouge dans les rues de Paris

N’avoir pour vie que le présent

Réhabiliter la rhétorique ?

Le corps c’est mieux que l’écran : vive la 3 D !

Du Web 2.0 et de la Loi de 1905

Écoute quand je parle !

Bibliographie

Introduction

« L’humanité est à un tournant de son histoire, eu égard aux progrès enregistrés en divers domaines. S’il faut saluer les acquis positifs qui contribuent au bien-être authentique de l’humanité en matière de santé, d’éducation et de communication par exemple, il y a lieu de reconnaître que la plupart des hommes et des femmes de notre temps continuent de vivre dans une précarité quotidienne aux conséquences funestes. [...] Ainsi la crise financière que nous traversons fait-elle oublier que son origine plonge dans une profonde crise anthropologique. Dans la négation du primat de l’homme ! On s’est créé des idoles nouvelles. L’adoration de l’antique veau d’or a trouvé un visage nouveau et impitoyable dans le fétichisme de l’argent, et dans la dictature de l’économie sans visage, ni but vraiment humain ». « La crise mondiale qui touche les finances et l’économie semble mettre en lumière leurs difformités, et surtout la grave déficience de leur orientation anthropologique qui réduit l’homme à une seule de ses nécessités : la consommation. Et pire encore, l’être humain est considéré comme étant lui-même un bien de consommation qu’on peut utiliser, puis jeter{1}. »

On ne pourra pas dire que François, le nouvel évêque de Rome, pratique la « langue de bois » ! Ce qui est en cause dans les multiples facettes de ce tournant de l’humanité, c’est en effet le sort de l’homme depuis sa conception jusqu’à sa mort et, dans tous les cas de figure, de son existence et de son avenir. Et si ce discours s’adresse, par l’intermédiaire des ambassadeurs, à ceux et celles qui portent la responsabilité des décisions qui engagent la vie des êtres humains, il concerne en premier lieu et de façon évidente l’ensemble des membres de l’Église catholique.

Il est bien clair sans doute que c’est notre situation dans la société française qui nous préoccupe en premier, et il y a de quoi car la « crise », comme on l’appelle, s’insinue partout et nous concerne tous. En même temps, beaucoup ont le sentiment que le socle commun s’est fissuré et que nous ne mettons plus la même chose sous les mêmes mots : celui de nature humaine par exemple ou bien celui de personne. Mais il est clair aussi que nous ne pouvons rien penser de cette société qui soit coupé de l’Europe et du reste du monde. Et, pour un chrétien, il est non moins clair que nous devons penser et agir dans une Église universelle, à l’échelle de la diversité des cultures et des situations. Ne nous enfermons pas dans l’horizon restreint de l’hexagone et sachons que beaucoup d’autres suivent la route du Christ sur d’autres terres et dans des contextes souvent plus difficiles et que nous avons beaucoup à recevoir de leur fidélité. N’oublions pas non plus que beaucoup d’autres qui ne sont pas chrétiens portent aussi le souci de l’homme.

Alors, il faut dire d’entrée de jeu que la communauté chrétienne n’a pas vocation à toujours critiquer et dénoncer à partir d’un point de vue imprenable et illusoire, qu’elle ne promeut pas une contre-culture ou un isolement communautaire, mais qu’elle est partie prenante d’une société et d’une histoire dont elle est solidaire{2}. « Être chrétien, c’est refuser les murs » rappelle opportunément François Soulage, président du Secours catholique

C’est à éclairer ce chemin que ce livre voudrait contribuer. Et il s’adresse aussi bien aux chrétiens pour proposer quelques repères sur leur chemin qu’à ceux qui ne le sont pas pour tenter de leur faire comprendre la position des premiers.

Ceci posé, il faut s’entendre sur les mots : agir dans le monde, éthique et morale (chapitre 1) et rappeler de façon concrète en quel temps nous vivons (chapitre 2). Il conviendra ensuite de dire ce qu’est le positionnement chrétien dans notre société (chapitres 3 et 4) et comment il se situe sur l’horizon de l’universel (chapitres 5 et 6) avant de rappeler ce que chrétien veut dire et d’énoncer quelques critères d’action conformes à cet engagement (chapitres 7 à 11).

Chapitre 1
Agir en chrétiens dans le monde ?

Il faut dire d’emblée que ce livre n’aurait pas de sens si, d’aventure, les chrétiens eux-mêmes ou d’autres qui ne le sont pas, pensaient que la foi est une affaire qui ressort du domaine privé sans aucune conséquence dans le domaine public. Que la foi soit le fruit d’un choix de conscience personnelle et qu’à ce titre elle relève du « privé », personne ne saurait le contester. Mais que la foi soit dépourvue ou interdite d’effet dans le domaine de l’action, des conduites, des choix de société etc., ce serait l’assigner au domaine d’une rêverie inconsistante. La séparation légitime de l’État et de l’Église ne saurait en aucun cas recouvrir celle du « public » et du « privé »{3}. Mais comme l’Église catholique a refusé longtemps le régime ou les modalités de la séparation avec l’État, on comprend que beaucoup – y compris chrétiens –, soient enclins à projeter cette séparation dans le domaine de la vie personnelle. Chrétien d’un côté, citoyen de l’autre. Or, un chrétien espère conformer sa vie à l’évangile dans toutes les dimensions de son existence.

(Mais) comment peut-on être chrétien aujourd’hui ?

Oui, comment peut-on être chrétien aujourd’hui, après deux mille ans d’histoire chrétienne si peu convaincants dans la pratique de l’évangile ? Comment peut-on être chrétien aujourd’hui dans une société devenue irréligieuse et sans référence à Dieu où beaucoup considèrent que la voie chrétienne est liée à une civilisation dépassée ? Comment peut-on être chrétien aujourd’hui et solidaire d’une Église accusée de dire non à tout ? Mais surtout, comment être chrétien dans un monde et une société – les nôtres – si complexes et traversés de contradictions ?

Il n’y a pas que les récents débats autour du « mariage pour tous » qui ont révélé les profonds clivages qui traversent notre société, séparent les Églises de notre société mais aussi les chrétiens entre eux. Toutes les questions qui ont trait aux conditions humaines de la vie divisent ces derniers, de la conception de la vie à sa fin ultime. Il suffit de lire le courrier des lecteurs d’un journal comme La Croix, pour voir à quel point, comme chrétiens, nous ne nous entendons plus{4}. Mais nous sommes désaccordés depuis bien plus longtemps sur toutes les questions qui concernent les conditions de la vie humaine, par exemple dans l’ordre économique et social, sur les questions de défense militaire, d’un point de vue national ou international.

En quelle direction agir et comment ? Cette question se pose en tous les domaines et souvent de manière entièrement neuve car elle naît des nouvelles connaissances scientifiques et des innovations techniques, elle naît aussi des changements historiques qui affectent nos sociétés dans une interdépendance de plus en plus étroite.

Les chrétiens ne sont pas mieux armés que les autres pour agir dans une société en plein bouleversement.

Ainsi, comment aborder les questions qui touchent à l’être humain dans le nouveau contexte des connaissances et des techniques qui affectent la génétique ou la biologie ? Par exemple s’il faut évaluer la responsabilité d’une personne devant la justice, ne cherche-t-on pas à tenir compte de son patrimoine génétique, des conditions de son enfance, de son milieu familial et social, de son éducation et de sa culture, de ses racines, de sa religion ou de sa spiritualité s’il en a une, de ce qu’il dit de lui-même mais aussi de son inconscient, de ses relations personnelles et de son histoire ? De ce qu’il a fait, de ce qu’il a lu, de ce qu’il a vu, de tous les choix qu’il a faits, mais aussi de tous les événements hasardeux qui se sont imposés à lui ? Et encore du regard que les autres portent sur lui à des titres divers et pas toujours élucidés...

Et quand un chef d’entreprise se trouve en difficulté et doit prendre des décisions qui engagent l’avenir de quoi doit-il tenir compte ? De la situation de son entreprise dans le secteur de production qui est le sien et de la situation de ce secteur sur le marché proche ou mondial, des innovations technologiques présentes ou à venir, des modes nouveaux d’organisation du travail, des possibilités ou des contraintes financières, des exigences de rentabilité des actionnaires, de celles des syndicats ou des travailleurs dont la vie tout entière tient à la pérennité de leur emploi, des investissements à long terme pour la formation, de l’expérience des travailleurs et de leur inventivité si elle est sollicitée, de la diversification ou du renouvellement des productions, etc. Questions qui ne laissent personne indifférent quand il s’agit de licenciements ou, pire, de délocalisation d’une usine ou d’une unité de production.

On pourrait multiplier les exemples... Une chose est sûre : dans des situations complexes tous les acteurs devraient être impliqués dans l’analyse des problèmes et dans les décisions à prendre. Nous en sommes loin, nous en sommes très loin...

Qu’est-ce que l’éthique ?

Or ces questions sont au cœur de ce que l’on appelle aujourd’hui l’éthique. Qu’est-ce qu’un comportement éthique ? Je propose de l’entendre comme un comportement qui soit au service de l’humanité des êtres humains dans la solidarité de l’espace planétaire et des générations à venir. Tenir à la fois le service et le respect de chaque personne, la solidarité sociale et l’interdépendance avec l’environnement.

Que l’on soit seul, avec un autre ou en société, c’est l’art de se comporter en être humain. C’est un art... ce n’est ni une science appliquée ni une philosophie pratique qui se déduirait mécaniquement de principes ou de commandements. Mais cela sous-entend une conception de l’être humain{5} et une vision de l’humanité en son histoire qui soutiennent un certain nombre de principes d’action, autrement dit une « morale ».

Il faut donc considérer deux réalités qui sont comme deux pôles en tension : ce qui relève du domaine des principes et ce qui naît de la mouvance de la vie et de l’histoire. Du domaine des principes relèvent les exigences de la vérité, de la justice, de la liberté ou de la fraternité ; du domaine de la vie et de l’histoire humaine surgissent de nouvelles questions, de nouvelles aspirations, des désirs nouveaux. Le lieu du discernement et de l’action éthiques se situe entre la rigidité abstraite des principes, la fluidité et la plasticité des revendications des hommes dans le temps ; entre le respect des normes sans lesquelles toute société humaine devient impossible et la prise en compte de la complexité des personnes et des situations humaines.

Et s’il s’agit de l’être humain, des êtres humains dans leur solidarité, on ne saurait ignorer ni la diversité de leurs cultures, de leur histoire, de leurs situations, ni ce que nous en apprennent la mémoire des siècles passés ou les « sciences de l’homme » : biologie, génétique, psychologie, sociologie, ethnologie etc. Mais nous savons aussi qu’il n’y a pas de sciences « pures », détachées de présupposés ou d’intérêts déclarés ou masqués. En effet, dans la mesure où les sciences sont « appliquées » à la réalité par la médiation de techniques et de techniciens, les données économiques par exemple risquent de peser lourd. Il suffira de mentionner les affaires qui concernent certains médicaments ou laboratoires dans le domaine de la santé, pour s’en persuader. Mais cela touche aussi, en amont, les domaines de la recherche dans ce que l’on appelle justement les maladies orphelines...

Or, ces approches diverses et parfois contradictoires de l’être humain, ne suffisent pas à inspirer ou à guider des actions. Celles-ci doivent s’inscrire dans un projet : dans l’édification de soi-même, dans la relation aux autres, le respect de leur identité et de leur liberté, et dans un environnement – au sens le plus large du terme – dont nous dépendons et que nous avons à prendre en charge. Et, à bien des égards, et ce n’est un secret pour personne, nous semblons en panne de projet... En tout cas, l’éthique, comme art de vivre, comporte une part d’inventivité, d’inspiration, de responsabilité personnelle et, comme nul n’est une île, de souci des autres.

Une morale chrétienne ?

Lorsque l’Église et la religion chrétienne étaient en position dominante, il allait de soi que l’on parlât de « morale chrétienne ». En France, et de plus en plus en Occident, il n’en est plus ainsi. D’ailleurs dans le monde, il y a des peuples immenses où il n’en a jamais été ainsi, en Chine par exemple. Il est donc préférable de parler de positionnements chrétiens dans l’ordre de la morale, comme dans l’ordre philosophique ou politique. Et la question inéluctable se pose de savoir au nom de quoi les chrétiens sont-ils appelés à se positionner dans une société qui n’est plus chrétienne et dans une humanité qui est plurielle.

Beaucoup voudraient des solutions toutes faites, des consignes à appliquer sans faillir, des commandements auxquels il suffirait d’obéir les yeux fermés, c’est-à-dire tout le contraire d’une décision éthique qui implique des libertés qui agissent dans la complexité des situations réelles. Mais il faut être juste : beaucoup aussi les récusent absolument et dénient aux pasteurs de l’Église la compétence pour dire le juste dans la vie personnelle comme dans la vie économique ou sociale.

Il est tout à fait compréhensible que certains recherchent ou prônent des solutions toutes faites dans des situations humaines qui mettent en jeu des éléments contradictoires ou bien qui résultent d’innovations scientifiques ou techniques ou encore qui dépassent l’information et les capacités de jugement des intéressés. Mais si le recours à des « experts » est légitime et nécessaire, il ne dispense ni la société ni les individus de prendre leurs responsabilités. C’est le chemin long de l’éducation des consciences, de la formation, de l’information, de la délibération, du discernement. Celui-là seul est respectueux de la personne humaine.

On devrait donc s’accorder à dire qu’une décision éthique requiert écoute, information, discernement, réflexion, dialogue, évaluation etc. Une chose devrait être claire : il n’y a pas de comportement éthique qui n’engage une responsabilité et donc une liberté personnelle et qui se fasse hors d’un contexte. Et il est non moins clair que la façon de se défausser sur « On » ou « Ils » ou les incantations du style : « il n’y a qu’à... » ou : « il faudrait qu’on... » sont aux antipodes d’un comportement éthique.

Un changement de civilisation

Mais nous vivons dans un contexte en plein changement. Lors des récents débats à l’Assemblée nationale, la Garde des Sceaux, Mme Taubira, a évoqué un changement de civilisation. Elle ne disait pas autre chose que les évêques de France dans leur lettre de 1996 :

 

« La crise que traverse l’Église aujourd’hui est due, dans une large mesure, à la répercussion, dans l’Église elle-même et dans la vie de ses membres, d’un ensemble de mutations sociales et culturelles rapides, profondes et qui ont une dimension mondiale.

Nous sommes en train de changer de monde et de société. Un monde s’efface et un autre est en train d’émerger, sans qu’existe aucun modèle préétabli pour sa construction. Des équilibres anciens sont en train de disparaître, et les équilibres nouveaux ont du mal à se constituer. Or, par toute son histoire, spécialement en Europe, l’Église se trouve assez profondément solidaire des équilibres anciens et de la figure du monde qui s’efface. Non seulement elle y était bien insérée, mais elle avait largement contribué à sa constitution, tandis que la figure du monde qu’il s’agit de construire nous échappe{6}. »

 

C’est bien ce changement qui nous conduit à nous interroger sur l’agir chrétien dans la société d’aujourd’hui et nous commencerons par tenter d’en mesurer l’ampleur. En ne confondant pas changement et effondrement de civilisation comme le prédisent ceux qui, selon Jean XXIII, « ont coutume de dire que notre époque a profondément empiré par rapport aux siècles passés ; [et qui] se conduisent comme si l’histoire, qui est maîtresse de vie, n’avait rien à leur apprendre. »

Jean XXIII disait aussi « [son] complet désaccord avec ces prophètes de malheur, qui annoncent toujours des catastrophes, comme si le monde était près de sa fin{7} ! ».

Il conviendra ensuite de s’interroger sur les registres impliqués dans l’éthique.

Chapitre 2
Un profond bouleversement humain

Depuis la nuit des temps, c’est une banalité de le dire, les êtres humains ont dû se donner des règles pour vivre en communauté, c’est-à-dire pour simplement vivre car, sans la solidarité de tous, aucun n’aurait survécu face à l’adversité des phénomènes naturels ou des autres vivants. Ainsi la « morale » est aussi ancienne que l’humanité. Il apparaît bien aussi que dans les sociétés traditionnelles, c’est-à-dire dans toutes les sociétés qui ne sont pas passées à la « Modernité », c’est la religion qui est au fondement de la morale. Partout les vivants ne peuvent rejoindre le monde des ancêtres que si leur conduite ici-bas a été jugée conforme aux règles édictées par un représentant du monde divin.

De ces codes de bonne conduite{8} ou de ces préceptes, nous sommes les lointains héritiers. Il est sans doute hasardeux de parler de « progrès » dans l’ordre de la morale car l’histoire nous instruit qu’en cette matière la guerre, par exemple, est trop souvent la suspension des règles les plus élémentaires de la vie ordinaire. Reste que la conscience formée par de longs siècles d’une foi chrétienne...

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