Au risque de se dire

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Confrontés à un christianisme occidental décadent et à des références prises dans un mouvement de bascule, nos héritages religieux et culturels sont de plus en plus mis de côté et dissociés du champ de la connaissance. L'approche biographique développée ici, dans l'optique d'un travail d'interprétation en profondeur, conduit à redonner un sens à la dimension spirituelle.
Publié le : mardi 15 septembre 2015
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EAN13 : 9782336390994
Nombre de pages : 226
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L’écriture de la vie
Pierre Dominicé
Au risque de se dire
Préface de Mireille Cifali
Au risque de se dire
ÉDITIONS TÉRAÈDRE COLLECTION « L’ÉCRITURE DE LA VIE » sous la direction de Christine Delory-Momberger
Au cœur de l’intérêt contemporain pour les « histoires de vie », qu’alimentent une tradition ancienne et un courant théorique qui ont trouvé à s’exprimer tant en littérature qu’en sciences hu-maines, il y a la dimension créative d’une « écriture de la vie ».
« L’écriture de la vie » à laquelle renvoient l’étymologie et le sens commun du mot biographie est ici entendue comme une attitude première du fait humain : dès qu’il veut se saisir de lui-même, l’homme écrit sa vie. Il n’a pas d’autre moyen d’accéder à son existence que de figurer ce qu’il vit à travers le langage des histoires. Les hommes ne font pas le récit de leur vie parce qu’ils ont une histoire : ils ont une histoire parce qu’ils font les récits de leur vie.
La collection « L’écriture de la vie » propose des ouvrages à dimension théorique et historique ainsi que des récits biogra-phiques – récits de formation ou d’itinéraires professionnels, biographies intellectuelles, expériences collectives, histoires généalogiques – des journaux et des correspondances, qui s’éclairent les uns les autres.
La collection s’adresse à la fois à un public de spécialistes de sciences humaines tant universitaires que professionnels (socio-logues, anthropologues, ethnologues, historiens, psychologues), de spécialistes de l’éducation (enseignants, éducateurs, forma-teurs, praticiens des histoires de vie), et à un grand public inté-ressé par les récits et témoignages biographiques.
Pierre Dominicé
Au risque de se dire Préface de Mireille Cifali
ISBN 978236085067-9
©Téraèdre 2015 www.teraedre.fr
PRÉFACE formation et spiritualité « Au risque de se dire ». L’auteur est connu dans le champ des « histoires de vie » et de la recherche biographique. Il a publié des ouvrages et articles qui font référence. Il fut durant toute sa carrière universitaire préoccupé par la formation des adultes, par la construction d’une compréhension sur les processus qui permettent à un adulte de continuer à se former. Dans cet ou-vrage, selon son titre, il prend le « risque de se dire », il s’engage à son tour dans un récit. Non de sa carrière universi-taire, non de ses années d’enfance, non de ses souffrances tra-versées, mais de son rapport à la spiritualité. Ce risque il le prend, lui le scientifique qui a longtemps cherché à souscrire aux normes de la production scientifique. Il le prend pour com-prendre non seulement ce qui le concerne, mais toute la généra-tion à laquelle il appartient. Il y a eu des silences, des ruptures, des bascules, des retrouvailles, des évolutions, des compréhen-sions. Il choisit de les partager avec son lecteur, en sincérité et en doutes. Il va tenir les deux fils, celui d’un récit personnel et celui de la compréhension de phénomènes de société. En par-courant sa trajectoire, il se saisit d’une éducation protestante avec une formation première en théologie, du passage par les sciences humaines et la mise sous silence de sa foi, de l’épreuve du retrait de la vie active, des rencontres réalisées, pour tourner autour – sans évidemment vouloir en prononcer le dernier sens – de mots comme ceux de religion, spiritualité ou spirituel.
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Non pas dans leur unicité, mais dans leurs relations à une cul-ture et à un moment historique, dans leurs relations avec la for-mation. Engagé ici encore dans un souci de transmission, l’auteur prend ainsi le « risque de se dire ». Ayant œuvré dans l’approche biographique de la formation, il suit dans cet ou-vrage le chemin qu’il a permis à tant d’étudiants de réaliser. Avec les mêmes hypothèses qui régissent les « récits de vie », sa singularité ne fait pas exemple mais permet de saisir des processus – autant psychiques, sociaux qu’historiquement datés – qui le dépassent. C’est l’enjeu de ce livre, et sa valeur, que ce lien étroit entre des engagements théoriques dans l’espace de l’université et celui actuel dans l’écriture de ce qui lui est peut-être le plus difficile à transmettre. Je tiens à saluer cette exi-gence de cohérence et l’honnêteté de sa démarche : des qualités au fond indispensables à tout chercheur. Durant ses années universitaires, l’auteur admet avoir pensé devoir se conformer à une certaine norme scientifique, quantita-tive, où la subjectivité et la spiritualité n’avaient aucune place. Ce fut un effort pour lui que d’investir une autre manière de chercher, où ils n’étaient pas bannis. Je peux cependant faire l’hypothèse que l’expérience spirituelle, même interdite d’expression (autant dans l’écriture que dans la transmission), ne fut pas étrangère à la construction de sa conception de la « biographie éducative » dont il est l’un des précurseurs. La détermination subjective d’hypothèses scientifiques n’est nul-lement une faute réalisée par un chercheur, elle peut (c’est une possibilité et pas une conséquence) être à la source d’une origi-nalité scientifique qui feradate dans l’histoire des idées. La subjectivité comme retour à soi se tient alors non pour la fortifi-cation d’un « moi je », mais pour que le moi s’efface et rejoigne ce qui est commun à l’humain. Au cœur de l’ouvrage, il est donc question d’une génération qui s’est éloignée bien souvent du religieux, de l’Église, de Dieu, d’une génération qui avait néanmoins été formée dans une culture ici protestante. En scrutant ses propres expériences, les rencontres signifiantes qui furent les siennes, l’auteur cherche à apporter sa contribution à ce domaine difficile à aborder : l’espace de la spiritualité, du spirituel. Des mots que
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nous voyons aujourd’hui si souvent employés, du moins dans un certain cercle de lecteurs, et si souvent ignorés par un autre cercle de lecteurs. Parfois si employés dans les médias qu’ils en perdent tout leur sens et leur attrait d’énigme. Le lecteur décou-vrira le travail que l’auteur réalise pour s’y repérer, pour com-prendre de l’intérieur ce que ces mots signifient pour lui, par quelles expériences ils s’ancrent dans son quotidien et son his-toire ; comment ils échappent à la compréhension, comment ils disparaissent parfois de longues années, comment ils ont été recouverts par des interprétations religieuses qui ne leur don-naient pas de place. Je n’en dirai pas plus. C’est la force de cet ouvrage que de nous faire partager l’expérience vive de ces mots et la recherche de leurs engage-ments dans une vie singulière. Lui importe donc de comprendre comment celles et ceux de sa génération qui ont passé par une formation religieuse, peut-être pas aussi poussée que la sienne, ont rompu non seulement avec l’Église et avec toute évocation d’un Dieu, mais aussi avec toute sensibilité spirituelle. Que s’est-il passé ? Comment cette désertion, cet investissement d’une laïcité, cet éloignement de tout rapport à une institution religieuse les laissent-ils aujourd’hui étonnés devant la recru-descence d’un religieux qui donne lieu, en son nom, à des af-frontements guerriers, même si ceux-ci servent d’alibi à d’autres causes, celles d’une politique toujours liée à des luttes de pouvoir et de territoire. Cet éloignement d’un religieux res-senti comme névrose tel que Freud l’avait interprété, qu’impose-t-il aux personnes qui avancent dans l’âge et au ni-veau d’une société qui s’est construite comme laïque ? Où sont les responsabilités, notre responsabilité, devant ce qui ne pou-vait pas s’anticiper. Mon parcours n’est pas le même que le sien. Pierre Dominicé fut un collègue et ami apprécié de la Section des sciences de l’éducation, à l’université de Genève. Je suis « un exemple » de qui s’est éloigné de toute religion : le jour de mes seize ans, après avoir fait ma communion protestante, à Dieu je n’ai plus jamais fait signe. Je vécus sans rapport à une transcendance, mais peut-être pas sans rapport à un spirituel que je nommais autrement, pas sans rapport à l’absence. Lui et d’autres m’ont contrainte à me confronter à ce que j’appelle pour moi-même
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une « énigme ». Il n’y a pas lieu ici que je raconte ma rencontre nodale autour de ma thèse avec Michel de Certeau, historien, jésuite et proche de la psychanalyse. Ma nécessité d’un travail intérieur, mon rapport à la psychanalyse et en particulier à Freud dans son propre lien d’amitié avec le pasteur pédagogue suisse Oscar Pfister. Sauf à dire que la lecture de cet ouvrage, et nos conversations, ont dessiné des points de rencontres autour d’un travail d’intériorité, d’une éthique, d’un lien à la philoso-phie, d’un souci de l’autre, d’un dépassement du moi ; de l’importance d’une transmission orale, de la nécessité de pré-server un espace de création tant au creux de notre quotidienne-té que des métiers actuels, et particulièrement de ceux qualifiés de « métiers de la relation », métiers d’altérité où il s’agit de permettre à l’une ou l’autre de grandir, apprendre, se former, guérir. Je n’avais jamais jusqu’ici mesuré l’influence d’une culture protestante sur ma manière d’exister, dans cette articula-tion à laquelle nous tenons, lui et moi, d’un subjectif entamé, rusant avec des déterminations sociales et culturelles, d’un an-crage premier dont on s’éloigne, qu’on veut perdre et dont on finit par saisir l’importance niée après le temps du voyage, de l’éloignement, de l’exil, comme nous l’a fait si bien com-prendre Michel de Certeau. L’ouvrage de Pierre Dominicé, avec ses références à Michel Foucault, Paul Ricœur, Pierre Hadot, Jean-Claude Guillebaud, me donne l’autorisation de commen-cer à en comprendre certains éléments, à aiguiser ma curiosité. Me la donne comme il la donnera à de nombreux lecteurs. « Repérer les traces du spirituel dans le cours de la vie mo-difie le regard porté sur la formation. Ma conception de la sub-jectivité s’en trouve également élargie et enrichie. Le sujet bio-graphique relève de la complexité d’une histoire personnelle qui rassemble une multiplicité de facettes complémentaires et con-tradictoires. Le spirituel en fait partie », écrit Pierre Dominicé. L’écriture de son ouvrage nous ménage alors des surprises. Il est rare qu’un universitaire revienne sur ce qu’il a construit et partage ce qu’il a découvert des années après, au moment de ce retrait que semble signifier la « retraite ». Il donne à mieux connaître celui qui s’est fait reconnaître à travers ses écritures concernant les « récits de vie ». Il nous donne à saisir une al-liance, un alliage « heureux » entre une parole et une présence
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singulière et la construction d’une pensée de la formation. À saisir une sincérité qui sait qu’elle ne peut dire le vrai, qui sait que ce qui est avancé sera certainement mis en question encore d’une autre manière dans les années qui viennent. L’auteur fait en effet le pari que cette sincérité est néces-saire, prenant le risque de voir ses « croyances » comme ses « hypothèses » être attaquées, être discréditées. Je serais mal-heureuse si la réponse de certains lecteurs se tenait sur cet unique registre, alors que tout l’ouvrage invite à initier chez eux un pareil travail sur la signification d’une vie de recherche et d’une vie où le verbe « croire » ne peut pas être si facilement évincé ; qui invite à ne pas seulement s’en tenir à un déni, à un clivage, à une affaire résolue une fois pour toutes un jour d’adolescence.Cette sincérité fait partie de l’héritage transmis par l’auteur, témoignant ainsi de l’importance d’un espace de pensée à maintenir malgré tout. Chaque chercheur se doit de mener une recherche de lucidité quant aux conditions institutionnelles de la production de son savoir. Michel de Certeau le soulignait : la démarche « scienti-fique » se distingue surtout comme une « pratique discursive capable d’élucider les règles de sa production ». On peut trop facilement l’oublier. Chacun aurait ainsi à penser comment parfois il pourrait faire dissidence pour préserver une quête de connaissance non disjointe d’une éthique et d’un travail d’intériorité. La démarche scientifique est nécessairement struc-turée par des confrontations, et même des compétitions, mais sans arrogance et humiliation, c’est ce à quoi l’auteur nous in-vite. En donnant à reconnaître ses dissidences, comme « condi-tions requises par un parcours créateur », il nous fournit l’occasion précieuse de revenir sur notre potentiel à créer à quelqu’âge que ce soit, dans et hors institution. Son ouvrage ne s’adresse donc pas seulement à des chercheurs en sciences hu-maines ou des personnes intéressées par les « histoires de vie ». Pas uniquement non plus à des « croyants » ou des « athées ». Mais à tout un chacun, dans ses différences, avec qui il fera rencontre. Mireille Cifali Professeur honoraire de l’Université de Genève
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