Causalité divine et péché dans la théologie de saint Thomas d'Aquin

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Comment un Dieu qui mène toutes choses au gré de sa volonté (cf. Ep 1, 11) peut-il être innocent des crimes innombrables qui marquent l'histoire humaine ? Afin de lever cette difficulté, le philosophe thomiste Jacques Maritain (1882 - 1973) a élaboré une nouvelle interprétation de la pensée de saint Thomas sur la motion divine, par laquelle Dieu met en mouvement la volonté de la créature pour qu'elle agisse conformément à la règle de la raison. Cette étude examine cette tentative de réinterprétation.
Publié le : vendredi 1 avril 2016
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EAN13 : 9782140005350
Nombre de pages : 294
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Fabio Schmitz
Causalité divine et péchédans la théologie de saint Thomas d’Aquin
Examen critique du concept de motion « brisable »
Préface du Révérend Père Serge-omas Bonino
Causalité divine et péché dans la théologie de saint Thomas d’Aquin
Religions et Spiritualité fondée par Richard Moreau, Professeur émérite à l'Université de Paris XII dirigée par Gilles-Marie Moreau et André Thayse, Professeur émérite à l'Université de Louvain La collectionReligions et Spiritualitérassemble divers types d’ouvrages : des études et des débats sur les grandes questions fondamentales qui se posent à l’homme, des biographies, des textes inédits ou des réimpressions de livres anciens ou méconnus. La collection est ouverte à toutes les grandes religions et au dialogue inter-religieux. Dernières parutions Mgr Jacques PERRIER,Lourdes dans l’Histoire. Eglise, Culture et Société de 1858 à nos jours, 2016. Bruno FLORENTIN,Vivre avec Dieu dans le livre du Lévitique, 2016. Francis LAPIERRE et Pierre WATREMEZ (†),Les prières de l’Ancien Testament, Mille ans de dialogue avec Dieu, 2015 François PONGO LOWANGA,Le recours aux Écritures dans le récit matthéen des tentations de Jésus, Mt 4, 1-11, 2015 Fr Etienne GOUTAGNY,Les impératifs de Dieu,2015.Hidulphe BILALI BONAZEBI,Défense des droits subjectifs des fidèles. Equité et légalité au canon 221 CIC 83,2015.Jean REAIDY,Naissance mystique et divinisation chez Maître Eckhart et Michel Henry, 2015. Christian GALLOT,Un maitre d’autrefois : monseigneur Jean Calvet (1874-1965), recteur émérite de l’Institut Catholique de Paris,2015. François et Michèle GUY,Un couple au service de la vie, 2015.
Fabio Schmitz Causalité divine et péché dans la théologie de saint Thomas d’Aquin Examen critique du concept de motion « brisable »
Préface du Révérend Père Serge-Thomas Bonino, o.p.
© L’HARMATTAN, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08534-0 EAN : 9782343085340
Préface Rien ne saurait empêcher un papillon de nuit de se précipiter vers le feu. Rien non plus ne saurait empêcher un théologien de race de venir, encore et toujours, se meurtrir à la terrible question de l’existence du mal, surtout du péché ou mal moral, dans un Univers créé et souverainement gouverné par un Dieu infiniment bon et tout-puissant. C’est son honneur et son tourment. Ne peut-on lui appliquer par analogie ce que le Poète dit des artistes dans leur quête éperdue de la beauté inaccessible : « Car c’est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage / Que nous puissions donner de notre dignité / Que cet ardent sanglot qui roule d’âge en âge / Et vient mourir au bord de votre éternité ! ». Le Père Fabio Schmitz, Oblat de Saint-Vincent de Paul, n’a pas échappé à cette attraction congénitale. Dans son premier et prometteur ouvrage, qui reprend un travail mené dans le cadre de l’Institut Saint-Thomas d’Aquin de Toulouse, il affronte avec magnanimité et compétence le thème de la causalité divine et du péché dans la théologie de saint Thomas, étant entendu que la reconstitution de la pensée du Docteur commun est toute finalisée par la compréhension, à travers elle, de la vérité des choses (veritas rerum). La tendance lourde actuelle est de « résoudre » le problème du mal et de justifier Dieu en glissant vers un dualisme larvé : Dieu est impuissant, par nature ou par choix, face à un monde matériel qui lui échappe et surtout face à une liberté créée conçue, de façon typiquement moderne, comme un petit dieu, une « seconde cause première » si je puis dire. Ce Dieu réduit à l’impuissance pleure avec nous, pleure sur nous, mais est-il encore le
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Dieu Créateur et Sauveur ? Le Père Fabio Schmitz refuse ces facilités. Aussi bien dans l’ordre métaphysique que dans l’ordre supérieur de la grâce, il tient fermement, pour des raisons à la fois métaphysiques et théologiques, l’universalité de l’infaillible causalité déterminante de l’Être même subsistant. En affirmant aussi fortement la causalité divine, y compris et surtout sur l’acte libre créé, n’est-on pas conduit à rendre Dieu complice du péché, au moins par omission, puisque la défaillance de la volonté libre ne peut survenir que si Dieu la permet en cessant de conserver la volonté dans le bien ? Pour beaucoup, la doctrine du décret permissif antécédent, pourtant indispensable pour rendre raison de la connaissance divine du mal, ne sauvegarde pas l’innocence absolue d’un Dieu qui ne peut d’aucune manière vouloir le péché. Aussi, entre 1936, année où paraît le maître livre du P. Réginald Garrigou-Lagrange o.p. surLa prédestination des saints et la grâceet nos jours, la majorité des disciples de saint Thomas, surtout les théologiens, semble avoir basculé. Abandonnant, parfois avec scrupule, souvent avec soulagement, la position dite « classique » que l’École thomiste avait élaborée à l’occasion de la controverseDe auxiliis, la plupart des thomistes se sont ralliés, avec plus ou moins de nuances, à la solution de Jacques Maritain, elle-même assez proche des positions autrefois défendues par le Père F. Marín-Sola o.p. L’accomplissement de la volonté de Dieu est conditionné par les choix imprévisibles de la créature spirituelle. La liberté créée peut en effet stériliser la motion divine et faire ainsi obstacle à la volonté de Dieu. Il n’est donc pas étonnant que le Père Fabio Schmitz ait choisi de se concentrer sur l’évaluation critique de la notion de « motion brisable », centrale dans la réinterprétation du thomisme par Maritain. Certes, cette
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évaluation critique ne pouvait se dispenser d’une reconstitution, en l’occurrence très claire, du cadre général du problème défini par la métaphysique thomiste de l’action de Dieu dans la liberté. Mais l’essentiel de l’effort critique porte sur la notion même de motion. Or la motion divine n’est pas une entité flottante et malléable au gré des choix de la liberté. « S’il est vrai que saint Thomas conçoit la motion divine, non comme une sorte de qualité dynamique imprimée par Dieu dans la volonté, mais bien comme une action immédiate de Dieu sur la volonté, communiquant un certain acte par mode d’influx à la puissance opérative pour la porter à son opération vitale, il est métaphysiquement impossible qu’elle n’obtienne pas son effet » (p. 183). Une motion divine résistible (au sens composé), brisable donc, est « un cercle carré » (p. 177). Aucun consentement n’est par conséquent à apporter à la motion divine pour que celle-ci produise son effet, parce que la motion divine produit d’elle-même le consentement de la volonté libre en l’appliquant à l’acte. La méthode mise en œuvre par le Père Fabio Schmitz consiste dans une lecture systématique des textes de saint Thomas relatifs à la matière traitée. Sans négliger les apports de la méthode historique ni les exigences scientifiques de l’herméneutique des textes, le Père Fabio Schmitz privilégie une lecture doctrinale qui reconstitue l’enseignement de l’Aquinate à partir de la cohérence interne des principes fondamentaux. Dans cette perspective, les « commentateurs », aujourd’hui si peu prisés, retrouvent toute leur importance puisqu’ils sont comme les jalons de cette actualisation doctrinale progressive et homogène des principes du thomisme que l’auteur entend poursuivre aujourd’hui encore. Si la méthode est excellente, le ton est remarquable. Dans un domaine où larabies theologica s’est souvent donnée libre cours, le Père Schmitz a su adopter le ton
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respectueux, dépassionné, objectif, qui s’avère le seul approprié dans un domaine où sont engagés tant d’enjeux existentiels. En effet, chaque croyant a sa « théodicée portative », c’est-à-dire sa manière personnelle de concilier l’expérience du mal et sa foi en Dieu. Cette « théodicée » s’enracine dans l’histoire de sa vie de foi et elle est souvent incorporée à son expérience intime de Dieu. Aussi toute discussion sur le mal, dans la mesure où elle est de nature à déstabiliser ce complexe vital fait de foi vécue ainsi que de représentations philosophiques ou théologiques de Dieu, qui mêlent parfois le vrai au moins vrai, appelle une extrême délicatesse. Mais l’aspect le plus « thomiste » de l’ouvrage très thomiste du Père Fabio Schmitz est peut-être la conviction, mise à rude épreuve dans ce débat, que raison et foi, philosophie et théologie, ne peuvent jamais se contredire. Très souvent aujourd’hui, même les meilleurs se résignent à sacrifier la métaphysique sur l’autel de la théologie. Sans doute certains, conscients du risque, tentent-ils plutôt de revisiter la métaphysique de saint Thomas pour la présenter d’une manière qui ne conduise plus aux conclusions que le thomisme classique avait cru devoir en tirer. Mais la plupart, pour desserrer l’étau, n’hésitent pas à renoncer à des doctrines fondamentales (sur la science causale de Dieu, par exemple), tout en avouant ne pas très bien savoir comment les remplacer. Le Père Fabio Schmitz, quant à lui, tout en distinguant certitudes métaphysiques, vérités de foi et vérités théologiques, est convaincu qu’elles doivent d’une manière ou d’une autre pouvoir se concilier. Dans ce contexte, où les objections au thomisme classique sont essentiellement d’ordre théologique, le Père Fabio Schmitz a voulu, avec le chapitre 4, prolonger son travail initial de critique de la motion brisable par un essai de conciliation entre la doctrine thomiste de la motion
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efficace par elle-même (et donc du décret permissif antécédent et donc – allons jusqu’au bout – de la réprobation négativeante praevisa demerita) et le dogme de la volonté salvifique universelle. Son hypothèse, dont on trouve l’ébauche chez saint Thomas, est que, puisqu’il est conforme à la sagesse et à la justice du gouvernement divin de mouvoir les créatures selon leur nature, Dieu, de puissance ordonnée, ne peut empêcher que certaines créatures libres, par nature défectibles, défaillent parfois. La volonté efficace d’un salut universel contredirait donc de quelque manière la sagesse de Dieu. Quoi qu’il en soit de cette hypothèse, on saura gré au Père Fabio Schmitz, dans un domaine où la théologie sait pertinemment qu’elle atteint ses limites, de n’avoir voulu sacrifier aucune des données du problème et, par conséquent, d’avoir situé le mystère à sa juste place. Non dans l’absurde d’une contradiction entre métaphysique et théologie, non dans l’infra-intelligibilité de la liberté créée défaillante mais dans la sur-intelligibilité de Dieu lui-même. R.P. Serge-Thomas Bonino, o.p. Secrétaire général de la Commission théologique internationale
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