Croire en Dieu devrait-il m'empêcher de réfléchir ?

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Il existe une sacralité tout à fait profane au coeur de nos sociétés laïques occidentales. Et qu'on le veuille ou non, les trois monothéismes sont bel et bien présents sur le territoire français et leur idéologie respective nous interpelle. Loin de les marginaliser ou d'en ignorer l'existence, il nous incombe de bien les comprendre afin de favoriser un mieux-vivre ensemble. Si nous sommes croyants, raison de plus de repenser notre foi. Comme le disait Saint-Augustin : " Je crois pour comprendre et je comprends pour croire".
Publié le : dimanche 1 décembre 2013
Lecture(s) : 6
EAN13 : 9782336330969
Nombre de pages : 216
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Croire en Dieu devrait-il m’empêcher
de réfléchir ?
Jean-Christophe PERRIN
Croire en Dieu devrait-il m’empêcher de réfléchir ?
Croire pour comprendre
Croire en Dieu devrait-il m’empêcher de réfléchir ?
Croire en Dieu devrait-il m’empêcher de réfléchir ?
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’École polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-01923-9 EAN : 9782343019239
Jean-Christophe Perrin
Croire en Dieu devrait-il m’empêcher de réfléchir ?
Croire pour comprendre
L’Harmattan
À la jeunesse étudiante Et à Elena pour la douceur de vivre
Crede ut intelligas, intellige ut credas (Augustin d’Hippone)
Avant-propos
L’homme moderne apprécie la réflexion, le jugement, la critique. En toute circonstance, il aime ce qui lui permet de mieux se comprendre dans le monde. Mais curieusement, lorsque plusieurs individus discutent ensemble de religion, le discours s’enflamme. Chacun pense avoir raison, alors que très souvent la raison déraille. Parfois la discussion tourne à vide et se meut en monologue. Personne ne s’écoute, chacun cherche à convaincre l’autre du bien-fondé de ses convictions. Les spécialistes du religieux expliquent ce phénomène en disant que la science est raisonnée, alors que la religion est irrationnelle. Ce constat un peu rapide donne comme des ailes aux militants laïcs qui cherchent à voler la pensée dans le ciel des idées. Pour ces derniers, en effet, seules les valeurs rationalistes ont droit de cité et seule la raison raisonnante peut créer des valeurs raisonnables. Mais cette ferme volonté qui consiste à transformer la laïcité en religion civile – laquelle contient elle aussi ses dogmes, son clergé, ses exclus, ses martyrs –, obstrue la clairvoyance. Nous sous-estimons souvent le rôle du sacré dans l’espace public. L’adulation des foules de certaines idoles, qu’elles soient vedettes du petit ou du grand écran, agitateurs populistes ou chanteurs populaires, relève bien e d’une effervescence religieuse. Les grands « ismes » du XX siècle – socialisme, nationalisme, communisme, capitalisme, etc. – sont également teintés de religiosité. Les liturgies nazies de Nuremberg, l’idolâtrie de Marx, Lénine ou Mao incarnée dans des statues, la sacralisation du marché économique, le Lincoln Memorial à Washington, ou le site du World Trade Center avec ses deux bassins vides symbolisant l’absence des deux tours, sont autant de reliquats du religieux. Les valeurs d’un pays sont sacrées. Les personnes qui ont marquées ce pays le sont également. Ainsi le cimetière du Père-Lachaise, ou le Panthéon, le mémorial de la Shoah à Paris ou les plages du débarquement en Normandie, sont des sites sacrés. Ces lieux sont la mémoire d’un peuple qui se fait un devoir de ne pas oublier ce qui s’est passé. Les chrétiens symbolisent la même chose avec les chemins de croix, ainsi que les chi’ites avec leurs flagellations durant l’Achoura. Et nombreux sont les tombeaux des saints devant lesquels les fidèles viennent se recueillir. Tout peut devenir mythologie. Œdipe, certes, mais aussi Coca-Cola et le Père Noël. Quant aux nouvelles idéologies d’un siècle tout neuf et inquiet de
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l’être, qui misent sur l’exploitation illimitée de la Nature ou qui soulignent, au contraire, sa précarité, elles sont toutes ancrées dans le mythe de Prométhée ou d’Icare. De fait, nous ne pouvons plus ignorer aujourd’hui que la technique, ce savoir qui fut dérobé aux dieux sans le savoir, ce surcroît de science sans conscience, a un coût, qu’il soit calculé ou subi. Nous versons dans le sacré à chaque fois que notre idéal dépasse le réel et que l’espérance domine l’histoire. Par exemple, les tenants d’une planète verte prônent une écologie volontiers teintée de propos apocalyptiques – le réchauffement climatique, le rétrécissement de la couche d’ozone, la fonte des glaces, la désertification de la terre, la recrudescence de catastrophes naturelles, etc. – et promulguent, peut-être inconsciemment, la religion du Bon Sauvage. Le sentiment religieux n’est donc pas tout à fait supprimé dans la modernité, mais occulté, dénigré, méconnu, et ainsi c’est l’homme tout entier qui se méconnaît lui-même. Car l’homme ne cesse jamais d’être en relation avec le sacré, même s’il l’ignore. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le problème n’est pas tant de croire ou de ne pas croire. Qui, honnêtement, pourrait se prétendre parfaitement sceptique ou parfaitement agnostique ? On peut douter de tout, sauf du fait de douter. On peut se dire athée, mais cela n’empêche pas d’avoir foi en quelque chose, ne serait-ce qu’en l’être humain. Le vrai problème, c’est plutôt l’absence de toute réflexion critique qui accompagne trop souvent la croyance ou l’incroyance. Aujourd’hui, paresse oblige, c’est la machine qui pense pour nous : la télévision nous donne des yeux à travers le monde entier et forme notre opinion sur tout et sur rien, l’ordinateur est notre mémoire personnelle et nous permet de rester connecté à un très large réseau collectif, le portable maintient en permanence nos relations interpersonnelles... On pense ne plus croire en rien, mais c’est faux. Les croyances changent, varient, muent, se redéfinissent et se démultiplient. Les nouvelles croyances – en l’homme, en la science, dans le progrès – sont greffées sur d’anciennes conceptions humanitaires issues du christianisme. Parallèlement, le christianisme, même s’il est plutôt en déclin dans les églises traditionnelles occidentales, a toujours sa cote de popularité en Asie, en Afrique et aux Amériques. L’islam et le bouddhisme font aussi partie de l’univers français, qu’on le veuille ou non. Afin de situer le débat, il faut donc débuter par un constat : nous sommes aujourd’hui confrontés à une pléthore d’idées parfois contradictoires, en raison du brassage culturel qui est le lot de toutes les civilisations sur notre globe. La société multiculturelle est un fait et il ne s’agit pas d’être pour ou contre. Nous devrions dès lors nous soucier de savoir comment faire pour bien vivre ensemble, enrichis de nos différences, au lieu de nous exclure mutuellement. Or l’unité morale, culturelle et spirituelle d’un pays démocratique ne saurait passer par l’uniformité de la pensée. Une société qui
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se dit saine d’esprit devrait assurer à chaque citoyen qu’il puisse exprimer ses opinions et sa vision du monde, que celles-ci soient religieuses ou non. Personne ne devrait avoir peur d’afficher ses différences. Certes, le malaise que beaucoup d’entre nous éprouvent devant les différences ethniques est de savoir la place qu’il s’agit d’assigner à chaque culture dans la société, si nous devons lui imposer l’intégration ou si nous devons subir son intégrisme. Mais on ne saurait enfermer le discours dans ce dualisme radical. Osons donc une autre alternative, celle de l’intégrité. C’est en restant fidèle à soi-même que l’on peut véritablement accueillir autrui et comprendre les convictions qui l’animent. Il faut avoir le courage de parler de soi-même et d’aller jusqu’au bout de ce que l’on a à dire, pour ensuite inciter « l’autre différent » à en faire autant et écouter ce qu’il a réellement à nous dire. Il convient aussi d’aborder les vrais problèmes et de ne pas s’enfermer dans une fausse politesse qui consiste à ne dire ou à ne vouloir entendre que ce qui plaît, en évitant tout sujet sensible ou tout ce qui pourrait froisser son interlocuteur. Les religieux, à cet égard, ont leur mot à dire. Non pas juste entre eux, afin de protéger la société d’une ingérence religieuse dans les affaires de l’État, mais aussi pour exercer une vigilance critique vis-à-vis du politique, qui a toujours tendance à sacraliser son pouvoir. À l’encontre d’une laïcité mal comprise, qui consiste à enfermer les croyants dans leurs églises, leurs synagogues, leurs temples et leurs mosquées pour ne les autoriser à en sortir que comme des citoyens indifférenciés, nous affirmons que les politiciens doivent aussi entendre et écouter la parole des religieux. Ni le chef de l’État ni ses ministres ne sont des dieux. Cette liberté d’expression n’autorise évidemment pas le religieux à dire n’importe quoi sur la politique ni le politicien à dire n’importe quoi sur la religion. Cela n’autorise pas non plus les médias à dire n’importe quoi sur n’importe qui. L’effet médiatique nous cantonne à des analyses souvent simplistes et réductrices. En quête de sensations fortes, les journalistes focalisent sur les scandales de l’Église ou sur le danger des sectes et des dérives sectaires. Mais cet épiphénomène ne dit pas tout de la religion. La critique devrait plutôt porter sur les modes d’expression du religieux et sur son ouverture d’esprit face à l’altérité. Il existe ainsi des courants religieux, prisés tout particulièrement par la jeunesse, qui mettent en exergue l’exaltation des émotions mais qui s’avèrent très pauvres sur le plan intellectuel. Leurs adeptes vont jusqu’à se méfier de la réflexion, laquelle risque d’affaiblir une foi qui s’appuie sur des convictions très fortes. Pour notre part, au risque d’enfermer la religion dans les « limites de la simple raison » comme le dirait Kant, nous prétendons que toute croyance mérite d’être mûrement réfléchie. Il n’est pas vrai que la foi soit entièrement irrationnelle, on peut en rendre compte et nommer nos raisons de
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