D'Einsiedeln à la Salette au fil des siècles

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Avec l'Alsace, les Vosges et la Savoie, le Comté de Bourgogne et ses gens ont été attirés depuis longtemps par la Vierge Noire d'Einsiedeln et par d'autres sanctuaires petits ou grands, proche ou lointains. Aussi avons-nous tenu à consacrer un livre de mémoire à une ardeur religieuse que notre génération est l'une des dernières à avoir connue. Nous avons limitée notre synthèse, à la Franche-Comté et à ses régions voisines.
Publié le : lundi 1 octobre 2012
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EAN13 : 9782296506947
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Odile et Richard MoreauD’Einsiedeln à la Salette
au fil des siècles
D’Einsiedeln à la Salette
Il est peu de provinces où le culte de la Mère de Dieu ait été au fil des sièclesaussi répandu, aussi forissant que dans la Franche-Comté ,
écrivait le chanoine Jean-Marie Suchet en 1892. Cette afection
pour la Vierge Marie s’est exprimée par les manières variées Avec les pèlerins comtois sur les pas de la Vierge Marie
dont nos pères lui dirent leur foi au cours des siècles.
Avec l’Alsace, les Vosges et la Savoie, le Comté de Bourgogne
et ses gens ont été attirés depuis longtemps par la Vierge Noire
d’Einsiedeln et par d’autres sanctuaires petits ou grands,
proches ou lointains. Hommes et femmes y allaient à pied
implorer la Mère de Jésus. Aussi avons-nous tenu à consacrer un
livre de mémoire à une ardeur religieuse que notre génération
est l’une des dernières à avoir connue. Nous avons limité cette
synthèse, qui est loin d’être exhaustive, à la Franche-Comté et
à des régions voisines. Elle entend simplement montrer avec
assez d’exemples comment nos ancêtres ont vécu et exprimé
leur amour pour la Vierge Marie et, par elle, à Dieu.
Odile et Richard Moreau, dans la fliation de Henri Pourrat
et de Jean Garneret (Vie et mort du paysan, L’Harmattan, 1993),
sont passionnés depuis toujours par la vie des gens d’autrefois,
leur foi chrétienne et leur dévotion.
Illustration de couverture : image ancienne d’Einsiedeln (coll. part.).
religions
30 €
ISBN : 978-2-336-00215-6
& spiritualité
D’Einsiedeln à la Salette au fil des siècles Odile et Richard MoreauD’Einsiedeln à la Salette
au fil des siècles
Avec les pèlerins comtois
sur les pas de la Vierge MarieReligions et Spiritualité
collection dirigée par
Richard Moreau, professeur émérite à l’Université de Paris XII
et André Thayse, professeur émérite à l’Université de Louvain
La collection rassemble des études et des débats sur les grandes questions
fondamentales qui se posent à l’homme, des biographies, des textes inédits
des réimpressions de textes anciens ou méconnus. Elle est ouverte à toutes les
grandes religions et au dialogue interreligieux.
Derniers titres parus :
Albert Barbarin, Croire en Jésus peut-être raisonnable. Et si de nombreux
événements bibliques s’étaient déroulés autrement, 2012.
Odile Bebin-Langrognet, De Savoie en Comté. Saint Pierre de Tarentaise,
2012.
Philippe Beitia, Le Rosaire. Une grande prière de la spiritualité catholique,
2011.
André Thayse, Regards sur la foi. A l’écoute de la science (collaboration de
Marie-Hélène Thayse-Foubert), 2011.
Francis Lapierre, Saint Paul et les Evangiles, 2011.
Jean Damascène, Homélie sur le Samedi saint. Traduction et notes de
Philippe Péneaud, avec Frédérique Bidaux.
Etienne Goutagny, Magnificat. Un itinéraire monastique, 2011.
Maurice Verfaillie, L’identité religieuse au sein de l’Adventisme (1850-2006).
Préface de Richard Friedli, 2011.
Philippe Beitia, Les traditions concernant les personnages de la Bible dans
les martyrologes latins, 2011.
Francis Weill, Dictionnaire alphabétique des Psaumes (Tehilim), 2011.
Céline Couchouron-Gurung, Les Témoins de Jéhovah en France. Sociologie
d’une controverse, 2011.
André Thayse, Sur les traces du prophète de Nazareth. Données historiques,
vérité symbolique (collaboration de Marie-Hélène Thayse-Foubert), 2011.
Gilles-Marie Moreau, Le Saint-Denis des Dauphins. Histoire de la collégiale
Saint-André de Grenoble. Préface de l’abbé Edmond Coffin, archiviste du
diocèse de Grenoble, 2010.
Pierre Haudebert, Théologie lucanienne. Quelques aperçus, 2010.
Pierre Egloff, La Messe sur l’univers. Les nourritures du ciel et de la terre,
2010.
Philippe Beitia, Le baptême et l’initiation chrétienne en Espagne du IIIe au
VIIe siècle, 2010.Odile et Richard Moreau
D’Einsiedeln à la Salette
au fil des siècles
Avec les pèlerins comtois
sur les pas de la Vierge Marie







A la mémoire de nos aïeux, forts dans leur foi,
En souvenir de l’abbé Jean Garneret, curé de
Lantenne-Vertière, qui nous a aidés à mieux les
comprendre et les aimer.
























© L'HARMATTAN, 2012
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

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diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-336-00215-6
EAN : 9782336002156 Introduction
Peuples Chrétiens ! Ecoutez, je vous prie,/ Vous
entendrez réciter hautement, / De cette belle Vierge
1des Ermites, / Qui fit tant de miracles à présent .
Il est peu de provinces où le culte de la Mère de Dieu ait été
aussi répandu, aussi florissant que dans la Franche-Comté, écri-
2vait le chanoine Jean-Marie Suchet en 1892 . A l’appui de ce juge-
3ment, il citait le P. François Poiré (1630) : Cette province ne le
cédait à aucune pour ce qui était de l’affection pour la Reine des
4cieux, et Dom Gody qui, en 1651, s’étonnait de ce que la Vierge
ait un si grand règne dans un si petit comté. En 1701, Claude
François Doyen, curé de Trévillers, chanta la piété mariale des
Comtois en alexandrins proches de la « prose rimée » : Vous savez
sans doute / L’ardeur avec laquelle, en quantité de lieux, / Les
5Comtois sont portés pour la Reine des cieux . Cette affection
envers la Vierge Marie s’est exprimée par la construction de nom-
breux sanctuaires : Ce serait connaître insuffisamment notre pro-
vince que (...) d’ignorer les hauts lieux de sa prière et les richesses
artistiques auxquelles la foi si vivace des Comtois a donné nais-
____________
1. Ancien cantique sur la Dédicace de la Sainte Chapelle de Notre-Dame des Ermites
(XVIIIème siècle probable, collection particulière).
2. Chanoine Suchet (1892) Notre-Dame de Besançon et du département du Doubs.
Chroniques et légendes, Paul Jacquin, Besançon. Cette citation et les suivantes, p. 1.
3. François Poiré, jésuite né à Vesoul en 1584, fut un des modèles d’humanistes dévots.
Recteur de collèges de l’Est ou du Sud-Est, notamment à Lyon, il mourut à Dole en
1637. Il reste de lui une somme mariale : la Triple couronne de la Bienheureuse Vierge
Marie, tissue de ses principales grandeurs d’excellence, de pouvoir et de bonté et enri-
chie de diverses inventions pour l’aimer, l’honorer et la servir (3 tomes, 1630).
4. Dom Simplicien Gody (1651) Histoire de l’antiquité et des miracles de Notre-Dame
du Mont-Roland. Dole. - Dom Gody (1600-1662), de la Congrégation bénédictine des
saints Vanne et Hydulphe, dirigea le collège Saint-Jérôme à Dole (Jura), fut prieur à
Faverney (Haute-Saône), maître des novices à Paris, prieur de l’abbaye Saint-Vincent à
Besançon (voir Jean Godefroy, 1931, La vie de Dom Simplicien Gody, poète et écrivain
mystique. Coll. Moines et monastères, Abbaye Saint Martin de Ligugé).
5. Claude François Doyen (1701) L’histoire de Nostre Dame des Ermites divisée en
deux parties et composée en vers françois, par messire Claude François Doyen, Prêtre
Curé de Trévillers au Comté de Bourgougne. Jean Henri Ebersbach, impr., Einsiedeln.
5sance, à la suite du rayonnement puissant de l’art bourguignon et
de l’art champenois sur la Franche-Comté, écrivait Mgr Maurice
Dubourg, archevêque de Besançon, dans sa préface aux Vierges
6comtoises, de l’abbé Marcel Ferry . L’essentiel du volume décrit
avec un oeil d’artiste les représentations de Marie. A l’inverse, le
livre du chanoine Suchet est proche de la foi populaire ancienne.
Les Vierges comtoises sont précédées d’une Introduction histo-
rique de Georges Gazier, ancien Bibliothécaire de la Ville de
Besançon. Deux autres livres remarquables : Le Jura, terre maria-
7le, de l’abbé Pierre Lacroix, pour le diocèse de Saint-Claude , et
8celui de Paul Dieudé sur les oratoires du Doubs , sont à connaître.
Outre les visites aux lieux de piété proches, la dévotion de nos
9pères s’exprimait par les pèlerinages, manière la plus épurée
d’exprimer leur foi. L’abbé Ferry fait débuter son livre par un iti-
néraire des pèlerinages à la Vierge Marie en Comté. Einsiedeln, en
terre helvétique, fut une autre destination privilégiée. Au XIXème
siècle, un de nos arrière-grands-pères du Haut-Doubs, son frère,
d’autres de nos parents y allèrent à pied. Il fallait une foi solide
pour se lancer ainsi sur les chemins. Aussi avons-nous tenu à
consacrer un livre de mémoire à à une ardeur religieuse que notre
génération est l’une des dernières à avoir connu, au moment où
10une culture de consommation et de mépris , appelée modernité,
une culture de mort (Jean-Paul II), représentée par la télévision qui
11bouffe le temps libre, disait l’abbé Jean Garneret , l’ensevelit dans
l’oubli quand elle ne l’insulte pas. Or, l’Histoire n’est plus libre,
ni sincère, ni crédible quand elle se permet de juger, note le
____________
6. Abbé Marcel Ferry (1946) Vierges Comtoises, précédées par une Introduction histo-
rique : Le culte de la Vierge dans le diocèse de Besançon, par Georges Gazier. Préface
de Mgr Maurice Dubourg, archevêque de Besançon. André Cart, Besançon, p. 10.
7. Abbé P. Lacroix (1988) Le Jura, terre mariale. Marie dans l’histoire et le patrimoine
du Jura. AJEDIC, Lons-le-Saunier.
8. P. Dieudé (1998) Les oratoires du Doubs. Les amis des oratoires, 22 avenue Henri
Pontier, Aix-en-Provence.
9. Le chanoine Suchet et, avant lui, l’abbé Besson (1821-1888), futur évêque de Nîmes,
appelaient nos ancêtres nos pères. L’abbé Garneret parlait de nos gens, plus courant
chez nous, au singulier une gens sans être au féminin pour autant (c’est le neutre). Cette
dernière expression, qui a été utilisée longtemps dans nos villages, recouvre nos
contemporains, comme l’abbé le disait, mais aussi tous ceux qui nous ont précédés.
10. D’après René Rémond (Le christianisme en accusation, 2001, Desclée de Brouwer,
Paris, pp. 24 et 11-13), qui se référait à l’expression de l’historien Jules Isaac parlant de
l’enseignement du mépris dans la pérennité de l’antisémitisme.
11. Abbé J. Garneret (1993) Vie et Mort du paysan. L’Harmattan, Paris, p. 6.
612professeur Jacques Heers , qui fait observer aussi que la principa-
le, peut-être la seule vertu de l’historien (est) la sympathie pour
l’humanité du passé. Cette qualité fait souvent défaut aux histo-
riens quand il s’agit de la religion catholique et de ses fidèles. On
ne peut ignorer en effet la tendance actuelle au sarcasme, au
mépris et à la dérision à leur encontre. Au contraire, notre propos
est de comprendre honnêtement nos pères et de leur rendre jus-
tice. Etres de chair et de sang, ceux qui nous ont précédés vivent
dans nos mémoires et même, ils vivent toujours si l’on croit à la
vie éternelle. Nos pères, nos gens, c’est le peuple, c’est nous, c’est
très exactement dans notre français de village, le prochain de
l’Evangile, écrivait l’abbé Jean Garneret, curé de Lantenne-
Vertière, le « grand ours » du folklore comtois, dans L’Amour des
13Gens , son plus beau livre peut-être, fruit de ses méditations pour
L’Heureux Pays, bulletin paroissial du canton d’Audeux, qu’il ani-
mait. Qui est mon prochain, demandait-il ? Tous les gens que je
rencontre, tous ceux à qui j’ai affaire, ne serait-ce qu’une minute
et à plus forte raison longtemps. D’abord « nos gens » c’est la
famille, la « maison » des anciens langages, ceux qui vivent sous
le même toit, autour du même feu, tirant au même pain, buvant au
même pot. Aimons-les avec leurs qualités, ils en avaient, et leurs
défauts dont ils ne manquaient pas plus que nous. L’Amour des
Gens, c’est à la fois tout simple et tout compliqué. Tout simple, un
ordre du Seigneur, « Tu aimeras ton prochain » (...) Tout compli-
qué : pour aimer bien les gens, il faut que cette affection soit de
14Dieu tout en étant aussi de l’homme ; les aimer de coeur, avec
15leur pays, comme Jésus chez lui en son temps, continuait l’abbé .
Pour bien parler de nos gens, il faut être de leur terre et les
connaître depuis toujours, comme si nous avions vécu des vies
antérieures. C’est ce qui se passe dans nos mémoires. Cela deman-
de ne pas les prendre comme objets d’observation pour savants, ni
de « se croire » soi-même parce qu’étant de la ville, on a appris à
employer des mots choisis. L’abbé Garneret conseillait d’user de
la langue de village : Il est bon d’enseigner en classe une gram-
____________
12. Jacques Heers (2006) L’Histoire assassinée. Les pièges de la mémoire. Editions de
Paris, p. 129, puis p. 139.
13. Abbé J. Garneret (1972) L’amour des gens, S.O.S, Paris, p. 8.
14. Abbé J. Garneret, L, p. 7.
15. Abbé J. Garneret, L’Amour des gens, p. 12.
7maire et une syntaxe du français littéraire. Il est moins recomman-
dé d’écrire comme on écrit dans les journaux ou d’employer le
moderne charabia des théologiens ou des hommes d’oeuvre, dou-
16teux substitut du latin . Bien sûr, on rejettera les plaisanteries
faciles, à la mode dans nos sociétés repues, sur la vie et les
croyances de nos pères présentés comme bornés, dans des textes
qui reflètent davantage leurs auteurs et leurs idéaux qu’ils ne met-
17tent à jour la réalité des choses . On cherchera avec amitié,
comme disait Charles Péguy de la lecture, à comprendre ceux qui
ont fait de nous ce que nous sommes, leur vie de travail aux
champs, derrière les vaches, à l’atelier, à couper le bois, râteler le
foin, ramasser la moisson avant la pluie, eux qui ont subi les mille
peurs sous les orages et dans les grands temps d’hiver quand seuls
les hommes se risquaient à aller à la messe depuis les écarts, les
souffrances devant les envahissements, les guerres, les famines,
nos pères enfin qui, à leur manière, ont toujours cru du fond du
18coeur, parfois au péril de leur vie, en Dieu seul , à la Vierge
Marie, aux saints, à une éternité bienheureuse enfin.
C’était ce que Jean Garneret attendait de nous, jeunes des
19années 1947 et au-delà , qui partions en vacances avec son ques-
20tionnaire de l’année, inspiré d’Arnold Van Gennep , qu’il avait
fréquenté, pour interroger les anciens de nos villages. Nous retrou-
____________
16. Abbé J. Garneret, L’Amour des Gens, p. 9.
17. Joseph Ratzinger, Benoît XVI (2007) Jésus de Nazareth. Flammarion, Paris, p. 8.
18. Devise de l’abbé Antoine-Sylvestre Receveur (1750-1804), « saint curé » du Haut-
Doubs, fondateur des Solitaires de la Retraite chrétienne, aux Fontenelles.
19. Nous avons été les disciples de l’abbé Jean Garneret, père du folklore comtois. Dès
1949, l’un de nous allait de Besançon à Lantenne en bicyclette, l’été, une trentaine de
kilomètres à l’aller et autant au retour, simplement pour s’asseoir près de lui, le regar-
der dessiner, peindre (sur verre notamment), causer (s’instruire !), dans son bureau, vers
l’église, au bout du presbytère. On y accédait en traversant un champ d’orties qu’il
trouvait très belles. On herborisait parfois. Si la maman de l’abbé était là, il arrivait que
l’on mange avec des curés du coin. On rencontrait aussi des amis comme l’abbé Marcel
Ferry. Un jour, allant à Lantenne en bicyclette, RM le trouva qui en revenait. Debout
près de sa 2 CV Citroën au bord du bois entre Villers-Buzon et Corcondray, l’auteur des
Vierges comtoises tenait à la main une violette. Il leva les yeux, le regard lointain, et dit
avec un doux sourire : C’est beau une violette, tu ne trouves pas, Richard ? - Oh oui, M.
l’Abbé. Que dire d’autre ? Francis Jammes en aurait fait un poème. Marcel Ferry dédi-
caça son ouvrage au cycliste de vingt ans : A un collègue en folklore ! En juillet 1958,
l’abbé Garneret nous fiança dans son église de Lantenne lors d’une messe dite spéciale-
ment. C’est de son esprit de liberté, devenu le nôtre, dont nous témoignons ici.
20. A. Van Gennep (1873-1957), fondateur en France du folklore en tant que discipline,
auteur d’un monumental Manuel de folklore français contemporain, laissé inachevé.
8vions un climat d’époque, qui nous introduisait dans le mystère du
21passé avec notre sensibilité d’aujourd’hui . Puis, avec la grâce
d’enfance (Barbizier 1950) qui lui était consubstantielle, l’abbé
résumait les résultats de ces questionnements pour le Barbizier
suivant, que nous vendions dans les villages. Il s’adressait au
peuple, pas à la tribu instruite comme disait Soljenitsyne : Nous
risquons de très peu plaire aux savants, nous écrivait l’abbé en
janvier 1981, et cela nous indiffère. Nous avec lui : dans son esprit
nous ne pouvions pas penser autrement. Ces enquêtes s’ajoutant
aux mémoires familiales, plongeaient les étudiants que nous étions
dans le monde de nos gens, des pauvres souvent, loin de notre vie
privilégiée du fait que nous faisions des études supérieures, même
s’il arrivait que l’on travaille pour les payer. En effet, nos pères
étaient parfois de pauvres mendiants vivant d’aumônes et nous
avons dans nos familles des exemples de pauvreté et de charité de
pauvres envers plus pauvres qu’eux. Ainsi, l’une de nos arrière-
grands-mères s’étant plaint de son excès de travail à sa mère, qui
vivait difficilement à l’Isle-sur-le-Doubs au milieu du XIXème
siècle, s’entendit répondre : Mon ofant, prends ton fardeau et pars
au marché et tu reviendras en disant qu’il y en a qui ont des far-
deaux plus lourds que toi à porter. - Quand quelqu’un te donne
22quelque chose, disait aussi cette Mémé pauvre , il faut faire le
signe de croix et dire : Que le bon Dieu bénisse la main qui
m’étrenne. Voilà l’amour et la foi de nos gens, trame de ce livre.
C’est dans cet esprit, dans la fidélité à l’abbé Garneret et parce que
la dévotion à la Sainte Vierge est d’abord du peuple, que nous
avons rédigé cette synthèse qui est loin d’être exhaustive, mais qui
entend raconter avec assez d’exemples comment nos ancêtres ont
vécu et exprimé leur amour à Marie et, par elle, à Dieu. Du fait de
la méconnaissance par beaucoup des bases de la religion chrétien-
ne et même de l’histoire, en raison aussi de l’amalgame que font
trop d’historiens entre théologie, histoire et politique, nous avons
introduit quelques rappels historiques indispensables.
____________
21. Mgr M. Dubourg (1951) Lettre d’approbation à l’Histoire des Hospitalières de
Besançon, non paginée, en tête de l’ouvrage. Jacques et Demontrond, Besançon.
22. Cette arrière-arrière-grand-mère cultivait un jardin et en vendait les produits sur le
marché : La poule aide à gratter au poulot, disait-on (in abbé J. Garneret, Vie et mort
du paysan, p. 6). Son mari avait été à la bataille de Sébastopol. Plus tard, ruiné pour
avoir répondu des dettes d’un autre, il travaillait à l’usine douze heures par jour.
9Les ouvrages de Suchet, incontournable fil d’Ariane de ce livre
23 24avec Ferry, Lacroix , Dieudé, Surugue , ont été nos bases pour
l’étude de la dévotion à la Vierge Marie en Franche-Comté. En
revanche, les documents sur les pèlerinages d’antan sont rares à
l’exception de souvenirs familiaux et de récits de pèlerinages à
25pied aux Ermites comme ceux de deux Vosgiens en 1832 , de
Louis Veuillot (1838), du moine Théophile (1862) ou, en berline,
du chanoine Ignace Busson, avec trois autres personnes (1836,
publié en 1904-1905). Vers 1980, notre cousin éloigné, l’abbé Paul
Mariotte, archiviste du diocèse de Besançon, saint prêtre et cher-
26cheur passionné , constitua sur Einsiedeln un dossier dont nous
nous sommes inspirés avant d’aller plus loin avec le soutien ami-
cal du chanoine Joseph Lemaire, son successeur. Des livres du
XVIIIème siècle, de la Bibliothèque diocésaine de Besançon, dont
nous remercions le conservateur Manuel Tramaux, devenu à son
tour archiviste diocésain, pour son aide et surtout pour sa si fidèle
amitié, donnent des éléments sur la façon dont nos pères retrem-
paient leur foi aux Ermites. Après 1876, on est renseigné par la
Semaine religieuse du diocèse de Besançon. D’anciens Barbizier,
avec notamment un article de l’abbé Jean-Christophe Demard
(1977) et les souvenirs de l’abbé Marcel Sauvage (1980) donnent
des vues sur la vie religieuse et pèlerine d’autrefois en Haute-
Saône. De ceux-là et d’autres, on donnera les références à mesure,
avec celles de livres plus ponctuels comme l’intéressante histoire
de N.-D. de Gray, par Michel Mauclair (2009). Récemment, en
août-septembre 2007, un de nos cousins, moine cistercien, renoua
____________
23. Il faut ajouter le livre du même auteur : Eglises jurassiennes, romanes et gothiques
(Cêtre, Besançon, 1981) qui, outre l’architecture, est riche en renseignements divers.
24. René Surugue (1930) Les archevêques de Besançon. Biographies et portraits.
Histoire d’ensemble de la Franche-Comté. Histoire générale du diocèse et de la ville
de Besançon. Jacques et Demontrond, Besançon. - Sur l’histoire de la Franche-Comté,
cf. Louis Renard (1943) La Franche-Comté. Histoire et civilisation, Jacques et
Demontrond et Camponovo, Besançon, et Roland Fiétier et Claude-Isabelle Brelot
(sous la direction de), Histoire de la Franche-Comté (1977, éd. 1985), Privat, Toulouse.
25. F. Marande (publié en 2007) Les loisirs du Pèlerinage. Itinéraire de Raon à
Einsiedeln du 8 au 30 août 1832. Transcrit et annoté par P. Wolfgang Renz, OSB.
Schwabe Verlag, Basel. Nous insistons sur le nombre de pages : 323 pages ! A la fois
un pèlerinage fervent, un récit de voyage et, parfois, un roman d’aventures : superbe !
26. L’abbé Paul Mariotte, né en 1915, quitta son emploi moins de deux ans avant de
mourir (août 1999). Avec le chanoine Jean Thiébaud et son frère l’abbé Bernard
Mariotte, nous lui avons consacré en 2000 une brochure non commercialisée (Paul
Mariotte, prêtre. Maîche 1915-Besançon 1999).
10avec la tradition familiale du pèlerinage pédestre aux Ermites. Son
récit fera l’objet d’un volume séparé. Pour la montagne de la
Salette, nouvelle destination des Comtois depuis le XIXème
siècle, on allait en train à Grenoble, puis en voiture à Corps et on
montait au sanctuaire à pied ou à dos de mulet. Un texte de 1863
(E. de Toytot) donne une idée vivante de ce pèlerinage que deux
de nos grands-parents ont fait en voyage de noces en 1885. Un
Comtois, le chanoine Joseph Rousselot, eut un rôle éminent dans
la définition du fait de la Salette. Nous remercions l’abbé Edmond
Coffin, archiviste du diocèse de Grenoble qui nous a ouvert ses
dossiers et le P. Jean Stern, missionnaire de la Salette, pour ses
conseils. La bibliographie sur Marguerite Bays nous a été procurée
par Dom Guerric, Abbé de la Trappe. Notre gratitude va à Dom
Urban Federer, de l’abbaye d’Einsiedeln, pour son accueil ; à Dom
Jean-Marc Thevenet, Abbé de N.-D. d’Acey et à P. Claude (+ en
2011) pour le dessin de l’abbé Garneret qu’ils nous ont permis de
publier, à P. Albéric (+ 2012) pour ses conseils, à P. Placide, de
l’abbaye de Cîteaux (texte du P. de Géramb), à soeur Christiane-
Marie (Hospitalières de Besançon), à Françoise Bedat-Fernier
pour divers documents. Notre soeur, Colette Barbier-Loichot, fidè-
le des Ermites, a traduit des textes de langue allemande. Lors de
veillées familiales, notre tante Maria Joubert nous a transmis des
récits anciens, de même que nos cousins Charles (+ 2004) et
Suzanne Delavelle. En 2007, notre ami Pierre Bichet (+ 2008)
nous a donné le dessin de la chapelle de Montflovin. Maguy Albet
et notre fils Gilles-Marie ont relu le texte. Serge Lauret nous a
apporté son amicale aide technique. Concluons avec l’Ancien can-
tique : Vierge sainte ! A vous mon coeur s’adresse,/ En vous priant
qu’à notre dernier jour/ Intercédez vers Jésus adorable, / Qu’un
jour puissions jouir de son amour.
LES DEUX CORBEAUX (armoiries d’Einsiedeln).
11CHAPELLE NOTRE-DAME A MONTFLOVIN
(près de Montbenoît, Doubs)
Dessin de Pierre Bichet.
Cette chapelle possède diverses oeuvres d’art, dont une Vierge libératrice et une
statuette-reliquaire de Vierge à l’Enfant, avec couronne et sceptre, du XVIIIème siècle.
Voir Conseil régional de Franche-Comté, Inventaire du patrimoine.
121
La Vierge Marie
en son pays
Marie n’a rien perdu de son pouvoir sur son
Fils pour avoir compris, admis, aimé que le servi-
ce du Père passait avant tout et avant elle.
1Abbé Jean Garneret
Origine du culte de la Vierge Marie
Quelques indications préliminaires sur les origines du culte
marial dans la Chrétienté sont indispensables à cause des erreurs
qui courent parfois à ce sujet. Dès les origines, personne ne se
trompa sur la personnalité de la Vierge Marie, qui précéda le
Christ comme l’étoile du matin, la stella matutina qui luit dans le
2ciel avant le lever du soleil . Présence féminine aimante, Marie est
celle en qui espèrent tous les humains, ce que Paul Claudel a si
3bien exprimé dans la Vierge à midi : Mère de Jésus-Christ, je ne
viens pas prier. /... Je viens seulement, Mère, pour vous regarder...
/ Parce que vous êtes belle, parce que / Vous êtes immaculée…, /
Parce que vous êtes la femme / L’Eden de l’ancienne tendresse
oubliée… / Dont le regard trouve le coeur tout à coup et fait jaillir
/ Les larmes accumulées... / Parce que vous êtes là pour toujours, /
Simplement parce que vous êtes Marie, / Simplement parce que
vous existez. L’abbé Pierre Lacroix note dans ses Vierges du
4Jura : Aucun homme, quelles que soient ses convictions ou son
passé, n’est insensible à la grâce féminine et à la ferveur mater-
____________
1. Jean Garneret (1972) L’amour des gens. Editions S.O.S., Paris, p. 162.
2. Jean-Paul II (1987) Encyclique Redemptoris mater (Mère du Rédempteur),
Introduction 3.
3. Paul Claudel, La Vierge à midi. Poèmes de guerre (1914-1915). Oeuvre poétique.
Gallimard, Pléiade, éd. 1967, Paris, extraits, pp. 539-541.
4. Abbé P. Lacroix (1988) Le Jura, terre mariale. Marie dans l’histoire et le patrimoine
du Jura. AJEDIC, Lons-le-Saunier, p. 8.
13nelle, les oeuvres que nous présentons s’adressent à tous. Les
chrétiens ont des raisons supplémentaires de les connaître et de
les honorer : non seulement il leur a été donné d’interpréter leur
message, mais aucun ne peut oublier que par elles s’établit aussi
la communion avec nos devanciers dans la foi. En écho, le pas-
5teur Alain Houziaux a cette belle phrase : Les hommes aspirent à
une figure de la divinité qui soit féminine, maternelle, miséricor-
dieuse et immaculée. Enfin, Mater dolorosa à la mort de son fils
Jésus, la Vierge Marie souffrante devient la mater consolatrix
quand arrivent les malheurs des temps. Que d’extrêmes-onctions je
pus donner et que de morts souvent admirables ! Je me rappelle ce
soldat, ayant les deux pieds coupés par une bombe, se traînant sur
les coudes et me disant : Mon lieutenant, j’ai bien aimé toujours la
6bonne Vierge . Cela se passait durant la Grande Guerre de 1914-
1918 et le lieutenant-prêtre était l’abbé Jean-Julien Weber, futur
archevêque de Strasbourg. Cette dernière pensée du soldat expi-
rant, cette imploration aussi belle qu’un vers de Charles Péguy,
met à sa juste place la dévotion à la Vierge Marie dans le coeur des
hommes. Figure d’espoir, elle est celle par qui les malheureux
espèrent connaître un monde meilleur, y compris les plus antireli-
gieux, même s’ils ne l’admettent pas lorsque tout va bien.
Le culte marial est né avec le christianisme, disait le chanoine
7 8Suchet dans son Préambule . Jean-Paul II a résumé lors de son
audience générale du 15 octobre 1997, comment ce culte s’est
développé jusqu’à nos jours dans une admirable continuité alter-
nant les périodes florissantes et les périodes critiques, qui, toute-
fois, ont eu souvent le mérite d’en promouvoir le renouveau. Ce
mouvement intervint d’abord en Orient, sur les lieux où le Christ
et sa mère avaient vécu, puis en Occident. Avec la progression de
l’évangélisation, la dévotion populaire se tourna vers Myriam,
____________
5. Le culte de la Vierge Marie, pourquoi ? Conférences de l’Etoile, http://protestants-
danslaville.org/documents-archive/M34.htm, 2005).
6. Mgr Jean Julien Weber (2001) Sur les pentes du Golgotha. Un prêtre dans les tran-
chées. La Nuée bleue, Strasbourg, p. 124.
7. Chanoine Suchet (1892) Notre-Dame de Besançon et du département du Doubs.
Chroniques et légendes. Paul Jacquin Besançon, p. 1. - Sur les premiers siècles de
l’Eglise, on renvoie sans rappel particulier à Jean Daniélou et Henri Marrou (1963)
Nouvelle Histoire de l’Eglise. 1 - Des origines à Grégoire le Grand. Seuil, Paris, et à
Daniel-Rops (1948 à 1955) Histoire de l’Eglise du Christ, I à IV, Fayard, Paris.
8. Jean-Paul II, Origine et développement du culte envers Marie. Audience générale du
15 octobre 1997.
14Maryam, Maria, Marie, vierge et mère du Jésus des chrétiens et
des musulmans. Son rôle de médiatrice est affirmé dès le début de
l’évangile de saint Jean, lors du miracle de Cana (Jn, 2, 1-11).
Rappelons l’épisode. Au cours d’un repas de noces, le vin man-
qua. Les serviteurs le dirent à Marie. Elle prévint Jésus, son fils,
qui la renvoya par ces mots : Femme, mon heure n’est pas arrivée.
Néanmoins, elle leur enjoignit de faire ce qu’il leur dirait. Jésus
ordonna de remplir six jarres avec de l’eau et d’en porter au maître
du festin. L’eau était devenue un excellent vin. Discrètement pré-
sente dans les Evangiles, la Vierge Marie était au pied de la croix,
puis au Cénacle avec les Apôtres : Ils persévéraient tous dans un
même esprit, en prière avec les femmes et Marie, la mère de Jésus
(Actes des Apôtres, I, 14). Lors de l’audience générale de 1997,
Jean-Paul II précisait qu’en signalant la présence de Marie au
début et à la fin de la vie publique de son Fils, l’Evangile de Jean
laissait supposer qu’il existait chez les premiers chrétiens une pro-
fonde conscience du rôle joué par Marie dans l’oeuvre de la
Rédemption dans une totale dépendance à l’amour du Christ. Bien
9vite en effet, écrivait Paul VI , les fidèles commencèrent à regar-
der Marie pour faire, comme elle, de leur propre vie, un culte à
Dieu, et de leur culte, un engagement à Vie, citant saint Ambroise
s’adressant aux fidèles du IVème siècle : Qu’en tous, réside l’âme
de Marie pour glorifier le Seigneur, qu’en tous réside l’esprit.
A l’origine de la dévotion à Marie, il y eut donc les fidèles,
mais il exista un conflit fondamental entre la piété populaire, que
la dogmatique mariale catholique tent(ait) d’assumer, et l’ensei-
gnement qu’ont voulu dispenser saint Paul, saint Augustin, Luther
10et même le Concile de Trente, observe le pasteur Alain Houziaux
selon qui l’Eglise catholique, à tort ou à raison, a voulu ménager
la chèvre de la piété populaire et le chou de la dogmatique de
saint Paul. Et le protestantisme, lui aussi à tort ou à raison, a opté
pour le rejet des aspirations populaires et pour le respect de ce
que l’on pourrait appeler l’intégrisme de saint Paul. Au fil du
temps, la ferveur populaire et la théologie firent bon ménage dans
l’Eglise catholique et la proclamation des dogmes officialisa les
pratiques anciennes, longtemps parfois après leur début.
____________
9. Paul VI, Exhortation Marialis cultus. Osservatore romano, 29 mars 1974.
10. A. Houzeaux, Le culte de la Vierge Marie, pourquoi ? p. 12.
15Virginité et Conception Immaculée de Marie
La qualité de la Mère du Christ est mentionnée dès les évan-
giles de saint Mathieu (Voici ce qu’il en fut de l’origine de Jésus-
Christ. Marie, sa mère, ayant été fiancée à Joseph, se trouva
enceinte de par l’Esprit Saint avant qu’ils eussent habité
ensemble, 1, 18) et de saint Luc (1, 26-38 : récit de l’Annonciation
à la Vierge Marie). En assimilant Marie à la Fille de Sion, vierge
de l’Ancien Testament, personnification symbolique du peuple juif
dont, selon la Bible, devait venir le Messie sauveur d’Israël, Luc
voulait convaincre les juifs que Jésus était celui qu’ils attendaient :
11si Marie est la Fille de Sion, son fils est bien le Messie . Dans une
Lettre aux Ephésiens, Ignace, disciple probable des apôtres Pierre
et Jean, troisième évêque d’Antioche, l’un des Pères apostoliques
(Pères de l’Eglise), martyrisé vers l’an 107, atteste que les pre-
mières communautés chrétiennes avaient une admiration particu-
lière pour la virginité de Marie, qu’ils liaient étroitement au mys-
12tère de l’Incarnation (Jean-Paul II ). Néanmoins, on trouve
l’origine du culte marial dans les textes apocryphes postérieurs
aux Evangiles, principalement dans le Protévangile de Jacques (le
13Mineur) , qui développa le thème de l’absolue pureté de Marie,
repris par le Coran (O Marie, Dieu t’a élue, Il t’a rendue pure, et
t’a élue au-dessus de toutes les femmes de l’univers, Sourate 3,
1442) . Sous l’influence du Protévangile, furent instituées les fêtes
de la Conception, de la Nativité et de la Présentation de la Vierge
Marie, qui mirent en lumière le mystère de Marie.
____________
11. Mathieu, La Bible, traduction d’Emile Osty, 1973, Seuil, Paris, p. 2091. Luc, id.,
pp. 2202-2203. Lamentations 2,13, p. 1769 : A quoi te comparer ? A quoi t’assimiler,
fille de Jérusalem ? A quoi t’égaler pour te consoler, vierge, fille de Sion ? - Voir aussi
Vatican II. L’intégrale, Constitution dogmatique Lumen gentium, p. 111.
12. Voir Jean-Paul II, audience générale du 15 octobre 1997 : Smirn, 1, 2 : Sc 10, 155.
13. Le nom de Protévangile a été donné à ce texte par l’humaniste français Guillaume
Postel (1552) parce qu’il relate des événements antérieurs à ceux que rapportent les
Evangiles canoniques, notamment sur la Vierge Marie.
14. (Marie) se retira de sa famille et alla vers l’Est (...) Nous envoyâmes vers elle Notre
Esprit (...) Elle dit : « Comment aurais-je un fils ? Nul homme ne s’est approché de
moi, je ne suis pas une dissolue ». Il répondit : « Ce sera ainsi. Ton Seigneur a dit : Ce
sera facile pour moi. Il sera Notre signe devant les hommes, et la preuve de Notre misé-
ricorde ». Elle devint grosse de l’enfant, et se retira dans un lieu éloigné (19 : 16-22). -
Nous soufflâmes Notre Esprit à celle qui a conservé sa virginité. Nous la constituâmes
avec son fils un signe pour l’univers (21 : 91). In Francis Weill (2008) Dictionnaire
alphabétique des sourates et versets du Coran. L’Harmattan, Paris, p. 418.
16Vers 165, Justin le Philosophe donna le premier le nom de
Vierge Marie à la Mère de Jésus. Irénée de Lyon, grec né à Smyrne
vers 130, disciple de saint Polycarpe, lui-même disciple de saint
Jean, mort évêque de Lyon (et des trois Gaules) et martyr vers l’an
202, évoqua la coopération de Marie à l’oeuvre du Salut et esquis-
sa la théorie de Marie, Mère de l’Eglise, nouvelle Eve qui, par sa
foi et son obéissance à Dieu, avait racheté l’incrédulité et la déso-
béissance de la première femme : il ne suffisait pas qu’Adam ait
été restauré par le Christ, il était juste et nécessaire qu’Eve (le) fût
dans Marie, mère du nouvel Adam et, par là, de l’humanité entiè-
re. En soulignant l’importance de la femme dans l’oeuvre de Salut,
Irénée posa le fondement de l’indissociabilité du culte marial et de
15celui de Jésus. Le Sub tuum , première prière à Marie, apparut en
Orient à la fin du IIIème siècle, mais il ne fut connu que plus tard
en Occident. Faisant référence à cette prière, le concile Vatican II a
observé (Lumen gentium 66) que, depuis les temps les plus recu-
lés, la bienheureuse Vierge était honorée sous le titre de Mère de
Dieu (Jean-Paul II, l.c.), point sur lequel nous reviendrons. Les
chrétiens des catacombes ont retracé l’image de Marie dans les
souterrains de Rome, où on la retrouve encore, écrivait le chanoi-
16ne Suchet . Des fresques des catacombes de Rome témoignent en
effet d’une piété mariale ancienne. Vers 230-240, la Mère et
l’Enfant sont représentés dans la catacombe de Priscilla avec le
prophète Balaam qui montre l’étoile, symbole de sa prophétie : Je
le vois, mais non pour maintenant, je l’aperçois, mais non de près,
17une étoile sort de Jacob, un sceptre surgit d’Israël . Ce texte était
déjà interprété par les commentateurs juifs comme annonçant le
Messie. Cependant, le culte de la Vierge Marie ne commença réel-
lement à se développer qu’après le concile d’Ephèse (431) qui
affirma sa virginité perpétuelle et la définit comme Mère de Dieu.
La genèse de la fête de l’Immaculée Conception fut assez tardi-
ve. Même si les Pères de l’Eglise professèrent d’emblée que Marie
avait été conçue pure et exempte de tout péché, il fallut attendre le
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15. Sub tuum praesidium confugimus, sancta Dei Genitrix ; nostras deprecationes ne
despicias in necessitatibus, sed a periculis cunctis libera nos semper, Virgo gloriosa et
benedicta (Nous nous réfugions sous la protection de ta miséricorde, sainte Mère de
Dieu ; ne rejette pas les prières que nous t’adressons quand nous sommes dans l’épreu-
ve, mais délivre-nous de tous les dangers, Vierge glorieuse et bénie).
16. Chanoine Suchet, Notre-Dame de Besançon, p. 2.
17. Nombres, 24-17, La Bible, traduction Emile Osty, pp. 333-334.
17XIIème siècle pour que cette dévotion se développe. Cependant,
une fête de la Conception de la Très Sainte Mère de Dieu par
Joachim et Anne exista dès le VIIIème siècle dans des églises
d’Orient. Elle fut rendue obligatoire dans l’Eglise grecque en 1166
et elle était connue des bénédictins anglais au Xème siècle. La fête
se répandit en Occident à partir du XIIème siècle. Cette dévotion
fit l’objet de longs débats théologiques. Le concile de Trente la
confirma. Finalement le pape Pie IX proclama le dogme de
l’Immaculée Conception le 8 décembre 1854. On ne peut pas évo-
quer cet événement sans mentionner la réaction du pape, telle que
la rapporta à Mgr Philibert de Bruillard, évêque de Grenoble, le
18chanoine Joseph Rousselot . Originaire du Haut-Doubs, ancien de
19l’abbaye de la Valsainte , professeur au Grand Séminaire et cha-
noine du chapitre cathédral de Grenoble, il avait été chargé par son
évêque de porter les « secrets » des voyants de la Salette à Pie IX.
Il a raconté dans ses lettres inédites comment, dans les minutes qui
suivirent la proclamation du dogme et étant tout proche du Saint-
Père, il vit ce dernier comme transfiguré.
Marie non pas le but, mais le moyen d’atteindre son Fils
A l’origine, le culte de la Vierge Marie s’exprima dans l’invo-
cation populaire de « théotokos » (Mère de Dieu en grec). Après la
crise nestorienne, ce statut fut confirmé par le concile d’Ephèse
(431). Rappelons que le patriarche de Constantinople, Nestorius,
soutenait qu’il existait deux personnes distinctes dans le Christ,
l’une divine, l’autre humaine, et voyait simplement dans la Vierge
Marie, Mère du Christ (Christotokos), une femme en qui le Verbe
s’était incarné. La crainte des réactions que cette négation pouvait
____________
18. Voir R. Moreau (2002) Le chanoine Pierre-Joseph Rousselot (1785-1865). De la
Franche-Comté à La Salette. Mém. Soc. Emul. Doubs, NS, 44, pp. 139-163, et Archives
épiscopales du diocèse de Grenoble.
19. La Valsainte est une chartreuse du canton de Fribourg, en Suisse, où des moines de
l’abbaye cistercienne de la Trappe se réfugièrent pendant la Révolution. Un Tiers Ordre
fut créé afin d’accueillir des enfants de 6 à 10 ans, orphelins ou non, venus ou retirés de
France pour les soustraire à l’emprise jacobine. Joseph Rousselot fut l’un d’eux sous le
nom de Frère Placide (cf. Nicolas-Claude Dargnies, 2003, Mémoires en forme de lettres
pour servir à l’histoire de la Réforme de La Trappe établie par dom Augustin de
Lestrange à La Valsainte, par un religieux qui y a vécu de 1793 à 1808. Préface de
Richard Moreau. L’Harmattan, Paris). - Voir cet ouvrage, chapitre 5, p. 150.
18provoquer sur la piété populaire en Orient amena sans doute la
réunion du concile d’Ephèse, où les thèses de Nestorius furent
condamnées. En même temps, fut proclamée la maternité divine
de Marie (Théotokos) en raison de l’unicité de personne de Jésus-
Christ : le Christ, fils de Dieu, est aussi homme, donc il a une
mère. De ce fait, Marie est la Mère de Dieu. Le concile affirma
aussi la virginité perpétuelle de la Mère de Jésus. L’accueil popu-
laire joyeux qui suivit les décisions du Synode d’Ephèse, notait
Jean-Paul II à l’audience générale du 15 octobre 1997 (l.c.),
confirme l’enracinement du culte de la Vierge parmi les chrétiens.
La Vierge Marie fut reconnue comme le modèle de toutes les ver-
tus (Ambroise de Milan, IVème siècle) et sa vénération en fut
accrue. Son culte s’exprima dans des fêtes liturgiques où figura
dès le Vème siècle le jour de Marie Théotokos, célébré le 15 août
à Jérusalem. Cette fête prit ensuite le nom de la Dormition ou de
l’Assomption (transport au ciel, corps et âme) de la Vierge Marie
après sa mort. Elle devint la principale fête de la Vierge en
Occident. Le dogme que le pape Pie XII proclama en 1950, entéri-
na en termes canoniques ce à quoi l’Eglise avait toujours cru.
Que la Vierge Marie ait été élue par Dieu comme sa mère n’en
fait pas son égale. Une vieille oraison comtoise citée par le chanoi-
20ne Suchet , disait d’ailleurs : En l’Assomption triomphante, vous
avez esté choisie comme le soleil, c’est-à-dire accueillie et hono-
rée au ciel, presque des mesmes honneurs que le Soleil de Justice,
vostre Fils. Presque seulement. S’il est vrai, observait l’abbé
Marcel Ferry, que la piété populaire a semblé, à certaines heures,
21perdre de vue le sens du Christ , la place de Marie n’en a pas
moins toujours été bien définie par l’Eglise. Au Concile Vatican II,
les premiers mots de Lumen gentium cum sit Christus (Le Christ
est la lumière des peuples), envoyé pour accomplir la volonté du
22Père , marquent la place unique du Christ. Après avoir donné les
raisons qui permettent d’invoquer la Vierge Marie dans l’Eglise
sous les titres d’avocate, d’auxiliatrice, secourable, médiatrice,
____________
20. Chanoine Suchet (1886) Notre-Dame de Montpetot, paroisse de Saint-Pierre-La-
Cluse, canton de Pontarlier. Chroniques et prières. Paul Jacquin, Besançon, p. 3.
21. Abbé M. Ferry (1946) Vierges comtoises. Préface de Mgr Maurice Dubourg, arche-
vêque de Besançon. Cart, Besançon, p. 152.
22. Vatican II. L’intégrale. Edition bilingue révisée. Editions du Centurion, Paris, 2002.
Constitution dogmatique Lumen gentium. Citations suivantes, pp. 118, 122 et 120.
19entendus de telle sorte que nulle dérogation, nulle addition n’en
résulte quant à la dignité et à l’efficacité de l’unique Médiateur, le
Christ, le Concile rappelle la nature et le fondement du culte
marial dans Culte de la Vierge dans l’Eglise : Ce culte, tel qu’il a
toujours existé dans l’Eglise, présente un caractère absolument
unique ; il n’en est pas moins essentiellement différent du culte
d’adoration qui est rendu au Verbe incarné ainsi qu’au Père et à
l’Esprit saint. Il est éminemment apte à le servir.Dans L’Eglise et
l’imitation des vertus de Marie, la place de celle-ci est explicitée :
Intimement liée à l’histoire du salut, Marie rassemble et reflète en
elle-même d’une certaine façon les requêtes suprêmes de la foi et
lorsqu’on la prêche et l’honore, elle renvoie les croyants à son
Fils et à son sacrifice ainsi qu’à l’amour du Père. Les arche-
vêques de Besançon n’avaient pas attendu : les statuts de Claude
de la Baume (1560) recommandaient aux fidèles de réciter souvent
la salutation angélique et d’invoquer la Vierge Marie comme notre
23espérance , non point, que nous lui attribuions le mérite de notre
salut, puisque c’est Jésus-Christ seul qui peut délivrer son peuple
de ses péchés ; mais si, effrayés par la conscience de nos iniquités,
nous n’osons pas invoquer Dieu sans un intermédiaire, alors,
pleins de confiance dans la puissance de Marie auprès de Jésus,
nous ne craindrons pas de demander le pardon de nos fautes,
espérant que les prières et les mérites de Marie nous feront trou-
ver accueil auprès du Fils qui a choisi cette Mère divine, qui l’a
24aimée et glorifiée. De Martin Luther enfin : Rien ne saurait plai-
re à Marie comme d’aller par elle à Dieu, comme d’apprendre par
son exemple la confiance et l’espoir... Ce qu’elle veut, ce n’est pas
que nous allions à elle, mais que, par elle, nous allions à Dieu...
Toutes les âmes devraient pouvoir dire avec confiance : Vierge
sainte, Mère de Dieu, comme il est consolant pour nous de voir
que, par pure bonté, Dieu a jeté les yeux sur ton humble condition
et ton néant ! Tu nous permets d’espérer que Dieu nous traitera un
peu comme toi-même et que, malgré notre misère et notre indigni-
té, il jettera sur nous aussi un regard bienveillant. Saint Louis-
Marie Grignion de Montfort (1673-1716) centra la Vraie Dévotion
à la Vierge Marie sur la place de celle-ci dans l’Incarnation et la
____________
23. Chanoine Suchet, Notre-Dame de Montpetot, p. 27.
24. Cité par l’abbé P. Lacroix, Le Jura, terre mariale, p. 110.
20Rédemption, conduire les foules à Jésus par Marie devant être la
fin dernière de toute dévotion. Concluons avec l’abbé Ferry : Si
Marie nous mène quelque part, c’est à ce Christ, à son Eglise,
comme aux vrais liens entre le ciel et la terre. Elle s’efface devant
leur grande, leur unique médiation. Loin de voiler leur rôle
humain, elle nous l’enseigne. Elle ne fait que transmettre leur vie.
Le culte de la Vierge, normalement, doit conduire les chrétiens à
25la table de communion . Paul Claudel a dit admirablement la
26filiation des hommes vers Dieu par la voie de la Sainte Vierge :
Chers enfants, dit le bon Dieu, c’est votre mère qui vous a reçus,
mais c’est moi qui vous ai faits. C’est elle qui vous a reçus de tout
son coeur, c’est elle qui vous a nourris du meilleur de ce qu’elle a,
mais c’est moi le premier qui ai eu toute l’idée, c’est moi qui vous
ai faits exprès, comme un ouvrier qui pense longtemps à ce qu’il
va faire et qui combine bien des choses par avance. Les saints, les
prophètes, les fleurs, les animaux, le vent, l’eau, frère Soleil (c’est
le sens du Cantique des créatures de saint François d’Assise)
conduisent l’homme à la Transcendance, mais la première voie est
Marie. Priée comme mère du Christ, elle n’est ni déesse, ni partie
du Dieu unique, mais le chemin qui mène à Lui. Ce fut pourquoi
27Maurice Vloberg intitula son livre : La Vierge, notre médiatrice .
Ce mot est à entendre dans les deux sens : quand Dieu aura ache-
vé de modeler Adam, ses fils et ses filles, Il nous montrera les mer-
veilles faites en la toute Belle, (et) par elle en tous ses enfants,
nous a écrit Dom Albéric (abbaye d’Acey) le 7 novembre 2010.
Dans l’après-midi du 15 mars 2007 à l’église Saint-Louis
d’Antin, à Paris, une femme écrit sur un registre placé à l’entrée
de l’église et s’éclipse : Seigneur, je Te loue, je Te bénis et je Te
rends grâce pour tout ce que Tu as fait pour ma famille et pour
moi. Merci de m’avoir redonné la santé et le courage. En un mot
d’avoir amélioré ma vie. J’ai eu raison de T’avoir fait confiance.
Je Te prie pour tous ceux qui ne croient pas, qui n’espèrent pas et
qui baissent les bras. Viens à leur aide Seigneur. Donne leur Ta
paix, Ton amour, Ta joie. Merci Seigneur pour eux, pour Ton
Eglise. Poursuis en moi Ton oeuvre de guérison. Je Te confie éga-
____________
25. Abbé Ferry, Vierges comtoises, p. 153.
26. Paul Claudel, La nuit de Noël 1914. Théâtre. Pléiade, Gallimard, Paris, 1965, II, p.
583.
27. Maurice Vloberg (1938) La Vierge, notre médiatrice. Arthaud, Grenoble.
21lement ma fille, ses études, mon travail. Protège nous tous en ver-
sant sur nous Ton précieux Sang. Merci à Maman Marie d’intercé-
der pour nous auprès de Toi. Ta fille qui T’aime, Nicole. Sans être
théologienne, cette femme avait tout compris.
Dévotion à la Vierge Marie en Gaule et en Séquanie
Après l’Ascension du Christ, saint Jean l’Evangéliste, retiré à
Ephèse, avait fondé les Eglises d’Orient, notamment à Smyrne.
Saint Polycarpe, son disciple, envoya en Gaule pour prêcher
l’Evangile, saint Pothin qui remonta la vallée du Rhône jusqu’à
Lyon, s’y fixa et fut martyrisé en 177, à 90 ans, sous le règne de
Marc-Aurèle. L’Eglise de Lyon se reconstitua avec saint Irénée,
arrivé en 177, sans que l’on sache comment il échappa à la persé-
cution. Evêque des trois Gaules, il envoya des missionnaires dans
le bassin du Rhône, à Valence, le long du cours de la Saône, du
Doubs et jusqu’en Germanie pour fonder des paroisses dépendant
28de l’unique siège de Lyon . Parmi eux, figuraient le prêtre Ferréol
et le diacre Ferjeux. Ils gagnèrent Besançon (Vesuntio), capitale de
la Séquanie : la communauté chrétienne fut donc confiée à un
simple prêtre. Selon la tradition, Ferréol et Ferjeux étaient deux
frères qui avaient sans doute étudié à Athènes, puis qui avaient été
admis dans l’Eglise de Smyrne. Ils arrivèrent vers 180 en appor-
29tant la piété mariale orientale. D’après leurs Actes , ils s’établi-
rent d’abord librement dans la Cité pour y prêcher et baptiser les
personnes qui accouraient en foule entendre leur enseignement.
Ils furent martyrisés en juin 212. Une basilique leur a été dédiée à
la fin du dix-neuvième siècle dans la banlieue ouest de Besançon,
à l’endroit présumé de leur inhumation.
La piété mariale s’implanta dans les vallées peuplées et acces-
sibles, et d’abord à Besançon et dans sa région. Il lui fallut du
temps pour pénétrer le desertum jurense, la sylve primitive, entre
____________
28. Maurice Rey (1977) Histoire des diocèses de France. Besançon et Saint-Claude.
Beauchesne, Paris. In Bernard de Vregille, L’époque romaine, p. 10. - On se reportera à
cet ouvrage pour l’histoire des diocèses comtois.
29. René Surugue (1930) Les archevêques de Besançon. Biographies et portraits.
Histoire d’ensemble de la Franche-Comté. Histoire générale du diocèse et de la ville
de Besançon. Jacques et Demontrond, Besançon, pp. 4-7.
22le Doubs et les Hautes-Chaînes, et par les vallées montagnardes
30peuplées de paysans . De ce fait, la religion druidique, que l’his-
torien Loys Gollut qualifiait de superstitieuse, abominable et
31d’invention du diable , coexista longtemps avec la religion chré-
tienne. Gollut cite une bataille entre trois mille Bourgougnons (les
habitants de la Séquanie) et dix mille Alamans ou Vandales pro-
bables, qu’il appelait « Huns », à une date estimée entre 340 et
433. Les autochtones auraient fait le voeu, s’ils gagnaient, de se
convertir au christianisme, c’est-à-dire au dieu le plus fort, ce qui
arriva. Cette bataille atteste la coexistence des religions. Des tra-
32vaux archéologiques récents ont montré que les Israélites de
l’Ancien Testament ont adoré plusieurs dieux jusqu’au VIème
siècle avant J.-C. et que le passage au Dieu unique fut progressif.
Ce fut vrai aussi dans l’autre sens. Des mythes et des cultes
anciens, qui incluaient l’immaculée conception de leurs dieux, sur-
vécurent longtemps. Celui de Vénus persista cinq siècles à
33Chypre, conjointement avec la religion chrétienne . Il en fut de
même en Gaule et en Séquanie du culte des arbres, les chênes
notamment. Celui d’Artémis, la grande déesse, la Diane des
Romains, étant resté en vogue même chez les chrétiens, l’évêque
d’Ephèse lui opposa celui de la Vierge Marie, dont l’iconographie
fut d’abord proche de celle de Cybèle, la magna mater de l’empire
romain. L’appropriation des sites et des temples des cultes anciens
par la nouvelle religion fut générale. On les réutilisait et on en
reprenait la signification : le Parthénon, édifié par les Grecs en
l’honneur d’Athena Parthenos, fut transformé au IVème siècle en
église dédiée à la Vierge Marie, puis en mosquée par les Ottomans
____________
30. Cf. P. Bichet, J. P. Milliotte (1992) L’âge du fer dans le Haut-Jura. Les tumulus de
la région de Pontarlier (Doubs). Maison des Sciences de l’Homme, Paris. - J. P.
Urlacher, F. Passard, S. Manfredi-Girard (1998) La nécropole mérovingienne de la
Grande Oye, à Doubs. Mém. Assoc. Franç. Archéol. Mér., X, Saint-Germain-en-Laye.
31. L. Gollut (1592) Les mémoires historiques de la République séquanoise et des
princes de la Franche-Comté de Bourgougne. Edition de 1846 par Ch. Duvernoy et E.
Bousson de Mairet, rééd. Horvath, 1978. Recherches du païs des Séquanois, chap.
XXIII, p. 58 ; et Description de la Franche-Comté, chap. VI, p. 102.
32. Voir Israel Finkelstein et Neil Asher Silberman (2006) Les rois sacrés de la Bible.
Traduction par Patrice Ghirardi, Bayard, Paris. - Résumé dans Le Monde 2, n° 149,
2006, Quand l’archéologie démythifie la Bible. La légende malmenée de David et
Salomon, propos recueillis par Stéphane Foucart, pp. 21-27.
33. In Jean-Dominique Paolini (2005) D’Aphrodite à Jésus. Chroniques chypriotes.
L’Harmattan, Paris.
23(1456). A Constantinople, une basilique fut consacrée à la Sagesse
Divine (Haghia Sophia), par l’empereur Constantin sur les ruines
d’un temple d’Apollon. Sous les Turcs, elle fut mosquée (1453) :
les vainqueurs substituaient toujours leur religion à la précédente.
La Séquanie suivit la règle commune. Les lieux druidiques pas-
sèrent aux divinités gréco-romaines, puis à la religion chrétienne,
qui dut composer, et le prêtre suivre le paysan enraciné à son sol
nourricier, pour planter la croix sur des hauts lieux païens, tra-
vaillant ainsi à charger d’un autre sens des rites profondément
34ancrés dans la vie de ces gens (abbé Jean-Christophe Demard ).
Les oratoires païens étaient nombreux aux carrefours, vers les
sources guérisseuses et sur les sommets : Très tôt la Vierge et les
Saints durent y remplacer les divinités antiques, comme le fait a
été montré en deux provinces qui encadrent la Franche-Comté, la
35Lorraine et la Bourgogne, écrivait Georges Gazier de la chapelle
des Buis et des sources de Granvillars, de Remonot, du Moutherot.
Une route gauloise, puis romaine passait sur la colline des Buis
qui domine Besançon. Après la conquête romaine, le site fut dédié
à Mercure, dieu des marchands et des voyageurs, par un sacellum,
petit sanctuaire païen avec autel, que les premiers évêques auraient
remplacé par un oratoire à la Vierge Marie. Saint Maximin qui,
selon la tradition, fut le cinquième évêque de Besançon, l’aurait
béni avant de se retirer à Foucherans, sur le Premier Plateau, où il
serait mort vers 290 et qui devint par la suite lieu de pèlerinage.
36D’après Surugue , au Moyen âge, N.-D. des Buis était la protec-
trice des voyageurs : la route des plateaux et des Hautes-chaînes
passait en effet devant elle. Un sanctuaire existait au XVIème
siècle. Il fut détruit par les guerres, puis reconstruit en 1682
(Joseph Pinard). Les fidèles y honoraient la Vierge Marie à des
époques non précisées.
____________
34. Abbé J.-C. Demard (1977) La vie religieuse dans les montagnes haut-saônoises.
Barbizier, n° 6. NS, avril 1977, p. 466.
35. G. Gazier, Le culte de la Vierge dans le diocèse de Besançon, in Abbé Ferry,
Vierges Comtoises, p. 9. - Chanoine Monnot (1955) Le vieux Besançon religieux.
Imprimerie de l’Est, p. 173. - Gaston Coindre, Mon vieux Besançon. Histoire pitto-
resque et intime d’une ville. Paul Jacquin, Besançon, 1912, p. 1402. - Chanoine Suchet,
Notre-Dame de Besançon, p. 85. - Pour plus de détails, voir Joseph Pinard (2005)
Mémoires d’une famille comtoise. De la Chapelle des Buis à... Paris. Cêtre, Besançon,
La Chapelle des Buis à travers les âges... et dans ma vie, pp. 206-213.
36. R. Surugue, Les archevêques de Besançon, p. 504.
24Le feu d’artifice marial du Moyen âge et ses suites
Un élan universel porta le peuple médiéval vers la Vierge
Marie, « surnaturelle amante », disait Daniel-Rops. Dans le haut
Moyen Age, on ne séparait pas la Vierge Marie de son Fils et l’on
ne s’adressait pas directement à elle, mais par l’intermédiaire de
saints jugés plus proches des hommes. Cela changea au XIIème
siècle : l’épanouissement du culte marial intervint quand les
moines firent descendre la Sainte Vierge du piédestal sublime,
mais trop inaccessible (...) pour voir en elle, non plus seulement la
37mère du Christ, mais celle du genre humain . Georges Gazier
citait Emile Mâle pour qui le culte de la Vierge, jusque-là si grave,
commença à se nuancer de tendresse. En effet, la Vierge est repré-
sentée souriante, avec son fils dans les bras. Cet élan marial fut
illustré par la construction des grandes cathédrales, qui furent pla-
cées généralement sous son vocable ; tous les monastères cister-
ciens lui furent consacrés. Apparurent aussi de grandes prières
mariales : Alma redemptoris Mater (Alma Redemptoris Mater,
quae pervia coeli Porta manes, et stella maris, succure cadenti,
surgere qui curat populo... Sainte Mère du Rédempteur, Porte du
Ciel toujours ouverte, Etoile de la Mer, secours ton peuple qui
tombe), Regina coeli (Regina coeli, laetare, alleluia... Reine du
ciel, réjouis-toi, alleluia), Salve regina (Salve regina, mater miseri-
cordiae, vita, dulcedo et spes nostra, salve... Reine, Mère miséri-
cordieuse, notre vie, notre douceur, notre espérance, salut...).
Le caractère populaire du culte marial s’accentua avec la dévo-
tion à N.-D. du Rosaire. Dès le XIVème siècle, des religieux
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37. G. Gazier, Introduction historique, p. 9. - Des vocables changèrent plus ou moins
tardivement. Par exemple, la chapelle qui domine Maîche semble avoir été bâtie sous
celui de saint Michel par des disciples de saint Colomban. En 1698, Jean Bouhêlier y
fonda une chapellenie dont, selon l’habitude (cf. les exemples détaillés des chapelles de
Montpetot, p. 61 et la suite, et du Bief d’Etoz, p. 120), il s’en réserva le patronage pour
lui et ses héritiers. Ce patronage passa successivement aux familles Bouhêlier, Jacquot
et Ducreux. Après la Révolution, la chapelle fut déclassée et tomba en ruine. Elle fut
relevée par le P. Ducreux sj, dont la famille avait hérité du patronage de l’ancienne cha-
pelle, et bénite en 1851 par le cardinal Mathieu, archevêque de Besançon, sous le
vocable de N.-D. des Anges, comme pour associer le culte de la Vierge Marie à celui
de l’archange, mais sans prétendre absorber celui-ci au profit du premier. Plusieurs
milliers de personnes, accourues des paroisses de la région, assistèrent à la cérémonie.
La messe était célébrée au moins une fois par semaine dans cette chapelle (in Le culte
de Saint Michel au diocèse de Besançon. Semaine religieuse du diocèse de Besançon,
1895, n° 16, pp. 241-246, plus spécialement pp. 245-246).
25s’étaient mis à réciter autant d’Ave que de psaumes (cent cinquan-
38te) : c’était l’ancienne pratique des Ave, note l’abbé Ferry , sorte
de psautier marial, remarque l’abbé Lacroix, en les organisant par
dizaines et en méditant sur les joies et les douleurs de la Vierge.
Reprenant un usage antique, l’Eglise offrit à Marie trois « chape-
lets » de roses, dont chaque fleur était une dizaine d’Ave Maria. La
victoire navale de Lépante contre les Turcs le 7 octobre 1571 (date
choisie pour la fête du Rosaire), attribuée à des prières mariales
ordonnées par le pape dominicain Pie V, accrut la dévotion. Entre
temps, s’était formée la légende de saint Dominique recevant sa
mission de la Vierge Marie représentée avec Jésus remettant un
chapelet à saint Dominique et à sainte Catherine de Sienne age-
nouillés. Le Rosaire (trois chapelets de cinq dizaines) fut institué
par un chartreux, Heinrich Eger von Kalcar (1328-1408) puis,
dans sa forme actuelle, à Trèves, par un novice chartreux,
Dominique Hélion dit de Prusse (1384-1460). Cette prière ne
s’arrête pas à Marie et chaque dizaine comporte la pensée d’un
mystère de Jésus, note l’abbé Ferry. Le vrai rosaire est la voie de
Jésus-Christ. Sans quoi, le rosaire ne serait qu’une forme inférieu-
re de la piété, qui fausserait le culte de la Vierge. Enfin, les
Carmes propagèrent la vision de leur général Simon Stock. Marie
lui serait apparue en 1251 avec le scapulaire et lui aurait dit : Voici
le privilège que je te donne, à toi et à tous les enfants du Carmel.
39Quiconque meurt revêtu de cet habit sera sauvé .
Après les misères de la Guerre de Cent ans, l’image du Christ
triomphant céda la place au Christ souffrant, tandis qu’apparais-
saient les images des Vierges des Sept-Douleurs et de Pitié. Au
XVIème siècle, elles figuraient dans les plus petits oratoires. Les
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38. Ce paragraphe s’appuie sur l’abbé M. Ferry, Vierges Comtoises, Le Rosaire, pp.
150-151 (localisations et descriptions d’oeuvres dans les églises), et l’abbé P. Lacroix,
Le Jura, terre mariale, pp. 102-104. - La fleur comme ornement et parure était une tra-
dition en partie religieuse, chez tous les peuples primitifs. Les « chapels » ou « chape-
lets » (chapeaux) de fleurs en vogue au Moyen Age, étaient probablement la continua-
tion d’une tradition très ancienne de tressage de couronnes de végétaux (d’aubépine
pour les prêtresses druidiques). - Sur l’histoire du Rosaire, voir Philippe Beitia (2011)
Le Rosaire. Une grande prière de la spiritualité catholique. L’Harmattan, Paris.
39. Abbé M. Ferry, Vierges Comtoises, Le scapulaire, pp. 150-151 (cf. localisations
d’oeuvres dans les églises). - Abbé P. Lacroix, Le Jura, terre mariale, pp. 104-105 (id.).
Le scapulaire est une large bande de tissu qui tombe des épaules (scapulae) sur le corps
en signe de service et de protection. Il est porté sous cette forme par les moines. Pour
les laïcs, il fut réduit au XVIème siècle à une petite pièce d’étoffe portée au cou.
26représentations de sainte Anne, mère de Marie, patronne des mères
de famille, se développèrent au XVème siècle avec des symboles
qui résument la maternité de Marie. La Vierge au manteau, Vierge
de Miséricorde, Vierge de Consolation représente la Mère de Dieu
APPARITION DE LA VIERGE MARIE À SAINT DOMINIQUE,
image distribuée à la Mission de 1890 à Fournet-Blancheroche (coll. privée).
abritant son peuple sous son manteau. Dans le Dialogus miraculo-
rum, Césaire d’Heisterbach, religieux cistercien de Cologne, pré-
tendit que cette représentation était née de la vision d’un moine
bernardin qui, apercevant au ciel tous les autres religieux sauf
ceux de Cîteaux, aurait confié ses inquiétudes à Marie. Elle aurait
27répondu : Ceux-là me sont si familiers que je les abrite sous mes
bras puis, ouvrant son manteau, merveilleusement large, elle lui
40montra, sous les plis, d’innombrables moines blancs . La Vierge
de lactation a la même origine. Saint Bernard aurait vu en appari-
tion la Vierge l’allaiter à distance. Elle fut souvent reproduite en
des tableaux que le goût moderne a fait généralement disparaître
41(abbé Marcel Ferry ).
Signes de chrétienté et gestes du peuple chrétien
Nos pères ont ressenti plus que compris l’enseignement marial
42de l’Eglise que résume le décret Perfectae caritatis : tandis que
la bienheureuse Vierge Marie menait sur terre une vie semblable à
celle de tous, elle demeurait toujours infiniment unie à son Fils et
coopérait à l’oeuvre du Sauveur à un titre absolument unique.
Aujourd’hui où elle est au ciel, « son amour maternel la rend
attentive aux frères de son Fils (les hommes) qui se trouvent enga-
gés dans les peines et les épreuves jusqu’à ce qu’ils parviennent à
43la patrie bienheureuse (le ciel) » . Leur compréhension instincti-
ve de Marie explique qu’il n’est presque pas de paroisse (en
Comté) qui n’ait son oratoire à Notre-Dame, son image vénérée,
ses confréries, sa légende populaire ou ses gracieuses traditions
44(chanoine Suchet ). En effet, l’homme a besoin d’images : La
croyance sans symbole est comme un verbe sans parole, notait
45Maurice Vloberg , laissons-en l’apanage aux esprits évangé-
liques. Si l’invisible ne se reflétait dans le visible, notre ignorance
46verrait-elle aussi clair ? Le chanoine Joseph Quinnez aimait rap-
peler qu’au Moyen Age, les images étaient le catéchisme de nos
____________
40. Abbé P. Lacroix, Le Jura, terre mariale, pp. 101-103. - Voir l’analyse de Jean
Girard (1982) Les grandes terres montagnonnes de Vennes (sans éditeur), pp. 185-190.
41. Références pour cette citation et celles qui précèdent : Abbé M. Ferry, Vierges
Comtoises, La Vierge au manteau, La Vierge de lactation, pp. 148-150.
42. Vatican II. L’intégrale, Décret sur la rénovation et l’adaptation de la vie religieuse,
Perfectae caritatis, p. 551.
43. Renvoi à Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 62 ; voir aussi n. 65 (cf.
dans le présent livre les citations des pages 19-20).
44. Chanoine Suchet, Notre-Dame de Besançon, Préambule, pp. 1-2.
45. M. Vloberg, La Vierge, notre médiatrice, p. 10.
46. Le chanoine Quinnez fut l’auteur de : Une Vierge dominicaine. Notre-Dame des
Jacobins dans la cathédrale de Besançon. Jacques et Demontrond, Besançon, 1924.
28pères à qui l’écriture était souvent étrangère. En 1575, Pierre de la
Baume, archevêque de Besançon (1545-1584), déclara dans ses
statuts synodaux que le culte des images était conforme à la tradi-
tion apostolique et que leur usage tenait lieu de livre pour les gens
47peu instruits, en leur représentant les mystères de leur religion .
Le chanoine Suchet a évoqué la multiplication des sanctuaires
offerts à la dévotion de la Bonne Mère en Comté, dans les cités et
les villages, au fond des vallées et sur les montagnes, sur les bords
des chemins comme au sommet des rochers et dans la profondeur
48même des forêts . Ils existent parce que nos gens y ont ressenti
49une « présence » , ou ce qu’ils croyaient être une « grâce » ou
encore un « miracle », en tout cas une manifestation sortant de
l’ordinaire, qu’ils pensaient surnaturelle et qu’ils attribuaient sou-
vent à la Vierge Marie. Cela ne facilitait pas le discernement par
l’autorité diocésaine. Les oratoires devaient parfois leur existence
à des circonstances particulières comme N.-D. des Etroitures, dans
les Vosges saônoises. L’abbé Demard raconte que, vers Ternuay,
village situé entre entre Lure et Servance, la route empruntait un
passage resserré entre des rochers, idéal pour se faire détrousser,
ce qui arrivait souvent. En 1850, on scella une statue de la Vierge
dans un creux de roche. Cette présence dut suffire à éloigner les
50malandrins, même si la superstition s’en mêla . Des sanctuaires
51de ce genre existaient ailleurs. Louis Veuillot évoque N.-D. du
Passant, dans l’Unterwald suisse, passage rendu difficile par des
chutes de pierres : des « fils de la Vierge » auraient retenu les
rochers le temps que les ouvriers consolident le passage. Chaque
sanctuaire rappelle donc un événement passé où, souvent, la légen-
de se mêle à la vérité et où la poésie donne la main à l’histoire
pour former une gracieuse couronne à la Vierge divine, disait le
chanoine Suchet, citant le Discours sur la lecture des auteurs pro-
____________
47. Chanoine Suchet, Notre-Dame de Besançon, p. 53. - Les années entre parenthèses
sont celles qui marquent le début et la fin de l’épiscopat des évêques cités.
48. Chanoine Suchet, Notre, Préambule, p. 2.
49. Comme la ressentait Charles Maire, le pèlerin perpétuel de Marie, quels que soient
les vocables à contraste consacrés par l’usage, des sanctuaires et des plus humbles
chapelles qu’il visitait, in Elie Maire (1930) Un disciple de Benoît Labre. La vie erran-
te d’un montagnard comtois. Téqui, Paris, p. 170.
50. Abbé Demard, La vie religieuse dans les montagnes haut-saônoises, p. 458.
51. L. Veuillot, Les Pèlerinages en Suisse, éd. de 1847, Mame, Tours, pp. 222-223.
52. Chanoine Suchet, Notre-Dame de Besançon, Préambule, p. 2.
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