Décalogies - Paroles et dires aux sources du judaïsme

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Contrairement à la vision qu’en ont d’incorrigibles dévots, la Torah n’est pas un texte de morale juive mais, au contraire, un ouvrage complexe, ardu, souvent illisible en dehors du regard déréalisé du kabbaliste. Elle révèle, en premier lieu, un principe d’identité dual déclinant, d’une part, en son recto, l’Être du Créateur (chaque mot constitue l’un de SES Noms) et, d’autre part, en son verso, celui d’un Israël censé reprendre à son compte et perpétuer la mécanique de la création. Cette solidarité circonstancielle se révèle au travers d’un texte dont l’étude, jour et nuit, déroule un processus unique de déconstruction du réel permettant de découvrir l’unité originelle, celle qui précéda la création. Ce système d’unification est censé restituer à l’homme non seulement son propre équilibre, son harmonie profonde, mais également l’exacte mesure de son humanité. Enfin, la Torah s’offre comme une méthode dialectique opposant d’emblée deux variations sensibles d’un seul et même discours, la Amirah (la parole subjective, personnalisée, attentive à l’auditeur) et le Dibour (le dire objectif, dur, difficile, directif, à portée générale).

Nous pourrions, certes, nous contenter d’une telle distribution si elle ne reposait sur un paradoxe. Les dix Paroles de Commencement, au caractère universel évident, s’énoncent en termes de Amirah alors que le Décalogue, en principe réservé au seul Israël (10 dires induisant 613 commandements) relève du Dibour. Et, sauf à opposer l’émergence à l’histoire, la Torah dut les consigner toutes deux, dans une manière de synthèse alternative. En montrant les relations dialogiques, historiques ou virtuelles, liant deux discours fondateurs, le présent ouvrage tente d’instruire la logique interne d’un nouvel espace dialectique, à partir des concepts classiques de l’étude juive, mais également d’identifier cette forme subtile de solidarité qui lierait, depuis des siècles, un peuple particulier à un Créateur forcément universel.

Publié le : samedi 1 janvier 2011
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EAN13 : 9782953810905
Nombre de pages : non-communiqué
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DILEMMES« Pour atteindre le réel, il faut d’abord écarter le vécu. » C. Lévi-Strauss « Heureux celui qui se nourrit du sein de l’enfance, fut-il adulte, fut-il vieillard. » Rabbi A. I.Hacohen Kook« Tout enfant, qui naît, est un dieu qui se fait homme. » S. de Beauvoir Il était une fois ! Que n’a-t-elle bercé notre enfance, cette litote d’adultes que nos parents nous assénaient, le soir, sans douter, un instant, qu’ils se racontaient déjà une histoire édifiante dont ils ne sauraient jamais, ni le sens magique ni la portée vertigi-neuse. Une fois ! Est-ce à dire une seule fois comme si l’on pou-vait enfermer une fiction dans l’exclusivité de son récit ! Une fois encore ! Une fois parmi tant d’autres, pour marquer le constat impudique et hasardeux du récit, son caractère non localisable, dénué de spatialité et donc de visibilité ! Comme s’il suffisait de cliquer un indice, un symbole informatique, un icone, pour en-trer de plain-pied dans le corps du temps, dans l’excellence de sa représentation, tout en niant l’existence du mouvement. Cette allusion à une forme d’immutabilité apparente du temps, à sa stratification, voire à son épaississement graduel, a généré, en chacun d’entre nous, une sorte d’indisposition au temps, irré-fléchie certes, une pédagogie de l’inutile non encore absorbée par l’histoire des individus. Cette hyperesthésie, plus évidente chez la femme que chez l’homme, a toutefois façonné leurs parcours
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respectifs, au point de qualifier la menstruation dans la tradition juive de source d’impureté majeure ou d’en faire, dans certaines sociétés, une cause d’incapacité juridique. De plus, comment raconter une histoire en faisant abstraction des enchaînements et des faits, fortuits, qu’elle suppose ? Comment remonter la chaîne des liaisons qui l’occupent en omettant cette conscience d’un point de départ, expression d’un temps absolu dont l’existence serait seulement postulée, jamais démontrée. Paradoxalement, cette appropriation du temps a perturbé notre perception du réel nécessairement soumise au temps, a faussé le sens de l’espace et notre intuition de la vie, a accru notre addiction au rêve. Même la signification de la mort s’en est trouvée obérée, voire occultée, jusqu’à lui attribuer une forme d’intemporalité, au point qu’il est devenu malséant, désormais, d’en évoquer l’échéance. Or, l’enjeu est important, la maîtrise d’un commencement supposant de fait celle de la fin ; dire le commencement c’est, quelque part, pré-dire la fin. Dès lors, comment échapper à cette dialectique, com-ment récuser l’ensemble des principes éthiques qu’elle exige si le temps n’est qu’invention (Bergson) ? Comment reconnaître l’his-toricité du réel, c’est-à-dire sa capacité à qualifier les seuls récits ayant intégré des évènements contingents ou imprévisibles ? Car si l’on veut raconter une histoire à partir d’un début, d’un état premier de l’espace et du temps, il convient d’y inclure tous ces aléas qui ont fait du temps le vecteur de ses multiples accrétions. En posant le principe d’un commencement absolu, fondé sur une lecture biaisée, approximative, du texte biblique, certains avaient pensé résoudre à bon compte une sorte d’équation du temps. Mais qu’à partir de là, ils aient tenté de spatialiser le temps ou encore de temporaliser l’espace à l’intérieur même d’un tel postulat, n’avait guère d’intérêt, tant leur prétention était ex-cessive. L’imaginaire enfantin, rebelle à toute définition, à toute forme de déterminisme, il eût fallu préserver sa liberté naissante et non l’investir dans une vision du réel prédéterminée, malgré l’imprécision de ces postulats que l’on aurait, habilement, délesté de toute charge émotionnelle.
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