Déconstruction phénoménologique et théologique de la modernité occidentale

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Le puissant travail de déconstruction phénoménologique et théologogique de la modernité occidentale fait apparaître l'autisme épistémologique qui caractérise son horizon de la Mathesis Universalis à la base de ses productions scientifiques, techniques, athées, consuméristes et médiatiques. A travers cet ouvrage, l'auteur opère un puissant tournant prophétique, mystique et thérapeutique de la théologie négro-africaine de la libération holistique, échappant ainsi aux schèmes idéologiques et politiques des théologies occidentales frappées d'obsolescence.
Publié le : jeudi 15 janvier 2015
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EAN13 : 9782336367910
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Benoît Awazi Mbambi Kungua
Déconstruction phénoménologique et théologique
de la modernité occidentale
Le puissant travail de déconstruction phénoménologique
et théologique de la modernité occidentale (Henry, Marion et
Balthasar) fait apparaître l’autisme épistémologique qui caractérise
son horizon de la Mathesis Universalis à la base de ses productions
scientifiques, techniques, athées, consuméristes et médiatiques.
À travers cet ouvrage ambitieux, érudit, ésotérique et solidement
charpenté, l’auteur opère un puissant tournant prophétique, Déconstruction
mystique et thérapeutique de la théologie négro-africaine de
la libération holistique, échappant ainsi définitivement aux
schèmes idéologiques et politiques des théologies occidentales phénoménologique
frappées d’obsolescence. Il s’agit ici et maintenant d’un nouveau
commencement gnoséologique en théologie africaine postcoloniale. et théologique
de la modernité occidentaleDocteur en Philosophie de l’Université Paris
IV-Sorbonne et Titulaire d’un DEA en Théologie de
l’Université Marc-Bloch Strasbourg II, Benoît AWAZI
MBAMBI KUNGUA préside depuis 2007 le Centre de
recherches pluridisciplinaires sur les Communautés
d’Afrique noire et des diasporas (CERCLECAD,
www.cerclecad.org) à Ottawa, au Canada. Il reste
convaincu que l’érudition doit être mise au service
des exploités, des faibles, des pauvres, des vaincus,
des oubliés et des morts exclus de la rapacité néolibérale en déclin.
Il peut être contacté à l’adresse suivante : benkung01@yahoo.fr ;
nabiawazi@gmail.com
ISBN : 978-2-343-03719-6
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Déconstruction phénoménologique et théologique
Benoît Awazi Mbambi Kungua
de la modernité occidentale





Déconstruction phénoménologique
et théologique de la modernité occidentale




























© L'HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-03719-6
EAN : 9782343037196





Déconstruction phénoménologique
et théologique de la modernité occidentale

Michel Henry, Hans Urs von Balthasar et Jean Luc Marion























VHO#X?V[,OJJCBN"BUCPBF.
DU MÊME AUTEUR
Panorama de la Théologie Négro-Africaine Contemporaine, L’Harmattan,
Paris, 2002.

Donation, Saturation et Compréhension. Phénoménologie de la Donation et
Phénoménologie Herméneutique : Une alternative ?, L’Harmattan, Paris,
2005.

Panorama des Théologies négro-africaines anglophones, L’Harmattan, Paris,
2008.

Le Dieu crucifié en Afrique. Esquisse d’une Christologie négro-africaine de la
libération holistique, L’Harmattan, Paris, 2008.

De la Postcolonie à la Mondialisation néolibérale. Radioscopie éthique de la
crise négro-africaine contemporaine, L’Harmattan, Paris, 2011 (Traduction
anglaise sur le chantier aux États-Unis d’Amérique, chez Africa World
Press & The Red Sea Press, Trenton, NJ, 2015).


6 DÉDICACE
Cet ouvrage est dédié à la plus grande Gloire de Dieu et le service des
plus pauvres et des petits de notre monde agité par de nombreuses
injustices économiques et violences structurelles. J’ai une pensée
particulière à mon neveu Hugo Awazi qui vient de quitter précocement ce
monde à 22 ans, à Kinshasa, le samedi 13 avril 2013. Hugo, que Dieu
lui-même t’accorde le repos éternel dans son Royaume d’amour, de paix,
de justice et de vérité.

« Après avoir ainsi parlé, Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, l’heure est
venue, glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie et que, selon le pouvoir sur
toute chair que tu lui as donné, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui
as donnés. Or la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu,
et celui que tu as envoyé, Jésus Christ. Je t’ai glorifié sur la terre, j’ai achevé
l’œuvre que tu m’as donnée à faire. Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès
de toi de cette gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde fût (…) Je
prie pour eux ; je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as
donnés : ils sont à toi, et tout ce qui est à moi est à toi comme tout ce qui est à
toi est à moi, et j’ai été glorifié en eux. Désormais je ne suis plus dans le
monde ; eux restent dans le monde, tandis que moi je vais à toi. Père saint,
garde-les en ton Nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un comme nous
sommes un (…) Père, je veux que là où je suis, ceux que tu m’as donnés
soient eux aussi avec moi, et qu’ils contemplent la Gloire que tu m’as donnée,
car tu m’as aimé dès avant la fondation du monde. » (Jean 17, 1-5 ; 9-11 ;
24 (TOB)).


AVANT-PROPOS ET REMERCIEMENTS
Ce livre vient sanctionner ma trajectoire d’immersion dans la tradition
philosophique et théologique occidentale durant 21 ans (1993-2014),
plus particulièrement dans sa version parisienne, tout d’abord en tant
qu’étudiant en théologie et philosophie, puis en tant que théologien
prophétique jusqu’à ce jour. Mes études de théologie (Institut Catholique de
Paris, 1993-1996) durant la préparation de ma Licence en théologie
biblique et systématique, puis à Strasbourg pour la préparation de ma thèse
de doctorat en théologie (2000-2004) – que j’ai déposée au professeur
1Simon KNAEBEL, mais sans l’avoir soutenue , ayant catégoriquement
refusé d’enlever mes intuitions émancipatrices et prophétiques sur la
théologie thérapeutique de l’exorcisme pratiquée par Mgr Milingo que
mon directeur me demandait d’enlever – et enfin, à l’Université Paris
IVSorbonne, de la licence au doctorat (1996-2003) en philosophie, sous la
direction du professeur Jean-Luc Marion de l’Académie française,
constituent les principales scansions de ma trajectoire initiatique en théologie et
en philosophie. Tout cet itinéraire m’a permis de me confronter aux
théologiens occidentaux (Moltmann, Rahner, H.U. von Bathasar, Metz)
et aux phénoménologues français (P. Ricoeur, Derrida, J. Greisch, J.-L.
Chrétien, J.-L. Marion, M. Henry, Levinas) qui s’inscrivent tous dans les
métamorphoses françaises du mouvement phénoménologique sur les
traces de Husserl et de Heidegger. Je dois aussi décliner ma dette envers

1 Cette recherche doctorale a été néanmoins publiée chez l’Harmattan en 2 volumes qui
sont largement accueillis dans toutes les institutions qui prennent la théologie africaine
au sérieux, au vu des débats audacieux qui en ont résulté. Lire : Le Dieu crucifié en
Afrique. Esquisse d’une christologie négro-africaine de la libération holistique, L’Harmattan,
Paris, 2008 & Panorama des Théologies négro-africaines anglophones, L’Harmattan, Paris,
2008. Plusieurs recensions en ont été faites dans des revues académiques de théologie
partout dans le monde.
les pensées sociologiques de P. Bourdieu, de J. Habermas, de H.
Marcuse, de J. Baechler, de R. Boudon et de F. Chazel. La pensée
philosophique et politique d’Alain Renaut – qui fut mon professeur à la
Sorbonne – autour des configurations contemporaines de la subjectivité et
de l’individualisme dans la mouvance de la réception critique et plurielle
de Heidegger en France a aussi marqué ma trajectoire intellectuelle.
Vivant et travaillant à Ottawa depuis 2003, successivement comme
professeur de philosophie, d’éthique et de métaphysique à l’Université
Saint Paul (2006-2009), de français aux fonctionnaires du gouvernement
fédéral du Canada, et en tant que président du Centre de recherches
pluridisciplinaires sur les communautés d’Afrique noire et des diasporas
(CERCLECAD) que j’ai fondé et lancé le 15 mars 2008 avec d’autres
collègues africains, mes publications scientifiques se situent aux
interstices de la philosophie, de la théologie et des sciences sociales et
politiques avec une focalisation épistémique sur les questions résultant de la
concaténation entre la crise de la postcolonie et la crise de l’insertion
servile de l’Afrique dans le système de prédation néolibérale. Cette crise se
déploie sur fond d’une projection mondiale des guerres et des génocides à
la conquête des matières premières indispensables pour le
fonctionnement des industries occidentales. En écrivant cet ouvrage de percée,
j’atteste mon inscription dans l’épistémologie théologique occidentale
tout en prenant mes distances critiques au nom de mon appartenance
ontologique dans la tradition culturelle et religieuse négro-africaine, où
les Africains ne sont pas du tout entrés ontologiquement dans la
modernité occidentale, entendue ici plus précisément comme un espace cognitif
et discursif où règnent les lois et les procédures épistémiques de la
Mathe2sis universalis qui prétendent – sans jamais y parvenir – suspendre, voire

2 En substance, l’horizon cartésien de la Mathesis Universalis est cette volonté
épistémique de logicisation de la philosophie qui veut que les règles du raisonnement puissent
correspondre nécessairement à une opération de calcul effectué sur les opérations
linguistiques. Descartes, Galilée, Leibniz, Spinoza, Husserl, voire partiellement Hegel, sont
pris dans cet Arraisonnement de la philosophie aux opérations mathématiques. Par la
mesure, l’ordre et la modélisation mathématique, le sujet connaissant de la modernité
occidentale systématisée par Descartes construit de son propre chef un espace
scientifique autonome régi par l’évidence du savoir fini du cogito mortel. C’est aussi le rêve
d’une science apodictique de la subjectivité transcendantale qui philosophe sur sa
conscience ouverte au monde. C’est ce mythe d’une langue philosophique universelle
(Philosophia perennis) qui constitue le moteur de la révolution scientifique et technique de la
10 nier la souveraineté de Dieu dans cet espace scientifique et technique
instable et évanescent ainsi dégagé. L’effondrement actuel et accéléré de
3la mondialisation néolibérale constituant le signe de la décadence de
l’idéologie matérialiste, scientiste et nihiliste de la modernité occidentale
dans ses prétentions esclavagistes, totalitaires et théologiques.
Ce livre opère avec conviction et grande ambition prophétique un
tournant gnoséologique dans ma propre démarche théologique,
philosophique et mystique, dans le sens où il fait résolument un saut décisif en
dehors de la modernité occidentale entendue comme volonté
4d’arraisonnement scientifique et technique de tout le réel – y compris de
la Révélation souveraine de Dieu –, pour instaurer de façon décisoire un
nouveau commencement prophétique en théologie africaine postcoloniale.
L’incursion dans les protocoles théologiques et discursifs des textes
prophétiques me permettra de me laisser entraîner par le processus d’auto-

modernité occidentale avec ses conséquences catastrophiques dans la phase actuelle de la
mondialisation marchande, surtout pour les peuples de l’hémisphère Sud qui en
subissent frontalement les méfaits. Pour plus des détails sur cette question capitale, je renvoie
à mon ouvrage : Donation, Saturation et Compréhension. Phénoménologie de la donation
et phénoménologie herméneutique : Une alternative ?, L’Harmattan, Paris, 2005. Lire plus
particulièrement les pages 11 à 66. Dans la phénoménologie contemporaine, Husserl est
l’un des derniers grands phénoménologues à avoir pensé – du moins dans la partie
transcendantale de sa phénoménologie (Méditations cartésiennes) – l’Ego dans l’horizon
de la Mathesis Universalis et a même accusé Descartes d’avoir reculé devant sa percée
philosophique géniale et de n’être pas allé jusqu’au dégagement phénoménologique de
l’apodicticité de l’Ego transcendantal.
3 Lire Adrian Pabst (Ed.), The crisis of Global Capitalism. Pope Benedict XVI’s Social
Encyclical and the Future of Political Economy, Cascade Books, Eugene, Oregon, 2011 et
C. Delsol & J.-F. Mattéi (Éds.), L’observatoire de la modernité, Collège des
BernardinsLethielleux, Paris, 2012.
4 Je renvoie ici à l’ouvrage coriace de Jürgen Habermas, La technique et la science comme
idéologie, Gallimard, Paris, 1973 (Traduit de l’allemand et préface par Jean-René
Ladmiral) ; et aussi M. Heidegger, Le principe de raison, Gallimard, Paris, 1962 (Traduit de
l’allemand par André Préau et Préface de Jean Beaufret). Ces deux ouvrages ont le
dénominateur commun de dénoncer l’emprise politique et sociétale de l’idéologie de la
technoscience dans la gestion des sociétés industrialisées du monde occidental. Dans ce
sens, le complexe techno-scientifique, et la rationalité physico-mathématique qui le
propulse de l’intérieur, se phénoménalise comme une pure idolâtrie économique dans ses
prétentions d’emprise totalitaire sur les vies des hommes ainsi robotisés, chosifiés,
lobotomisés et instrumentalisés.
11 énonciation et d’auto-communication du Dieu YHWH dans les oracles
qui constituent la trame théologique du prophétisme biblique.
En effet, l’irruption incandescente de la Parole prophétique nous situe
dans une attitude d’humilité et de confession de notre mortalité radicale
devant la Transcendance ineffable de Dieu qui fait vivre et fait mourir
dans une modernité néolibérale qui prétend nier son existence dans les
vicissitudes de nos vies quotidiennes. La structure textuelle tautologique
constitue l’essence de toute prophétie parce que Dieu lui-même parle à la
première personne en déployant sa souveraineté absolue sur les mondes
et les hommes qu’il a créés. C’est cette tautologie divine qui constitue le
site d’anéantissement ontologique de toutes les productions idolâtriques
de l’homme foncièrement marquées par un coefficient radical
d’évanescence, de vanité et de mortalité.
Les productions technologiques de l’homme finissent par donner la
mort et les différentes formes de violences qui ponctuent l’histoire de
l’humanité depuis les temps immémoriaux chaque fois l’homme se
coupent – sciemment ou inconsciemment – de l’unique source de la Vie,
Dieu.
En partant de cette définition de la prophétie comme auto-révélation,
auto-diction et auto-communication de Dieu parlant à la première
personne, et en l’appliquant à l’Évangile de Jean, je puis affirmer avec
conviction que la Trinité de Dieu prend une autre intelligibilité économique,
car dans tout l’Évangile de Jean, le Père ne parle qu’une seule fois dans sa
5Voix inattendue dans le temple de Jérusalem, et le Fils dans sa mission
terrestre occupe tout l’espace discursif et énonciatif. Dans son ministère
terrestre, Jésus-Christ incarne la Parole de Dieu qui soutient le monde à
chaque instant : « Mais Jésus leur répondit : « Mon Père jusqu’à présent est
6à l’œuvre et moi aussi je suis à l’œuvre. »

5 « Maintenant mon âme est troublée, et que dirai-je ? Père, sauve-moi de cette heure ? Mais
c’est précisément pour cette heure que je suis venu. Père, glorifie ton nom. » Alors, une voix
vint du ciel : « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore. » La foule qui se trouvait là et qui
avait entendu disait que c’était le tonnerre ; d’autres disaient qu’un ange lui avait parlé.
Jésus reprit la parole : « Ce n’est pas pour moi que cette voix a retenti, mais bien pour vous.
C’est maintenant le jugement de ce monde, maintenant le prince de ce monde va être jeté
dehors. Pour moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. » – Par
ces paroles il indiquait de quelle mort il allait mourir. » (Jean 12, 27-33).
6 Jean 5,17.
12 Le Saint-Esprit ne parle jamais dans les Évangiles car il est le principe
d’action économique du Dieu trinitaire. En me focalisant sur la prière
sacerdotale – qu’il serait juste d’appeler prière prophétique – de Jean 17,
j’observe que Jésus-Christ récapitule magistralement toute son œuvre
terrestre de Révélation et de Glorification du Nom du Père par sa
passion, sa mort et sa résurrection qui interviennent dans la suite de
l’Évangile de Jean (18-21) et où le Saint-Esprit constitue l’agent dans
lequel et par lequel se déroule la Résurrection de Jésus-Christ par le Père.
Les disciples de Jésus-Christ sont cooptés dans ce mouvement de
Glorification réciproque du Père et du Fils dans le Saint-Esprit qui constitue le
principe insaisissable de la Divinité Éternelle de Dieu.
Je puis par conséquent affirmer avec conviction que la Trinité de Dieu
se phénoménalise intrinsèquement dans une intentionnalité prophétique.
L’essence de Dieu a donc une structure radicalement prophétique, elle est
une auto-prophétie. La Trinité est de part en part pan-prophétique et c’est
sur cette confession de foi fondatrice que gravite toute l’architecture de
cet ouvrage de percée. Il en constitue son point le plus culminant, son
acmé. C’est à ce niveau de radicalité prophétique dans la confession de foi
au Dieu Vivant et Vrai que les théologies africaines postcoloniales
devraient se positionner dans l’entreprise colossale de déconstruction des
schèmes idéologiques et philosophiques charriés par les aventures
missionnaires des théologies occidentales en Afrique.
Dans une époque postcoloniale agitée et dans une conjoncture
d’exclusion structurelle de l’Afrique des réseaux politiques et
économiques où se produit la mondialisation néolibérale, il devient
incontournable de faire sauter des problématiques théologiques occidentales
(athéisme, sécularisation, déchristianisation accélérée, théodicées
modernistes, catégories aristotélico-thomistes, désertion et vente des paroisses,
vieillissement des chrétiens pratiquants…) des élaborations théologiques
africaines contemporaines, pour la simple raison que ces questions sont
sans aucun ancrage empirique dans les religions traditionnelles africaines.
La vitalité des Églises indépendantes africaines gravitant autour de
7l’orbite pentecôtiste et évangélique devant être interprétée comme la
révolte théologique et politique des couches populaires africaines imper-

7 Gabriel TCHONANG, L’essor du pentecôtisme dans le monde. Une conception
utilitariste du salut en Jésus-Christ, L’Harmattan, Paris, 2009.
13 méables aux schèmes idéologiques et institutionnels des théologies
occidentales surannées.
C’est uniquement après sa Glorification par sa mort et sa Résurrection
que le Fils envoie son Esprit Saint qui procède du Père pour confirmer
son Exégèse de la Paternité Éternelle de Dieu. Cette structure prophétique
de l’essence de Dieu se voit dès le récit inaugural de la création du monde
et de l’homme par la Parole performative de Dieu. Parce qu’en Dieu, il n’y
a pas d’écart entre la Parole et l’Action – comme le révèle la racine
hébraïque dbr –, alors ce que Dieu dit advient ipso facto dans l’acte d’être,
8car Dieu est au-delà de l’Être et du Non-Être. Jésus opère la même
opération de recréation pascale de toutes choses en insufflant le Saint-Esprit
aux disciples comme le Père le fait à la création du monde : « Tout en
parlant, il leur montra ses mains et son côté. En voyant le Seigneur, les
disciples furent tout à la joie. Alors, à nouveau, Jésus leur dit : « La paix soit
avec vous. Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie. » Ayant
ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint ; ceux à qui
vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez,
9ils leur seront retenus. »
Cette nouvelle compréhension émancipatrice de la prophétie comme
une prise de parole performative de Dieu à la première personne nous
per10met de pénétrer dans le mystère insondable de la Trinité en distinguant
les missions spécifiques du Père et du Fils avec une emphase sur
l’insaisissabilité du Saint-Esprit qui est la dimension la plus cryptique de
la Divinité. L’approche prophétique du mystère de la Sainte Trinité nous
permet ainsi de réinvestir à nouveaux frais le mouvement prophétique en
vue d’une réappropriation approfondie de la foi chrétienne dans le grand
chantier de la libération holistique et de la reconstruction des sociétés
bloquées et érodées de l’Afrique postcoloniale. La suite de mon œuvre
théologique va consister à l’explicitation théologique, politique et
pastorale de cette nouvelle compréhension de l’essence de Dieu comme
autoprophétie éternelle.

8 Lire l’ouvrage de J.-L. Marion, Dieu sans l’être. Hors-texte, Fayard, Paris, 1982.
9 Jean 20, 20-23.
10 Lire Anne Hunt, The Trinity. Insights from the Mystics, Liturgical Press, Collegeville,
Minnesota, 2010. (Bon alliage entre la rigueur conceptuelle et les méandres de
l’empiricité déroutante de la mystique).
14 C’est ce que je désigne par le tournant prophétique de la christologie
négro-africaine de la libération holistique qui constitue ma principale
contribution dans l’échiquier de la théologie africaine postcoloniale. À charge
pour la suite de mes publications de corroborer ce tournant prophétique
radical dans les faits avec toute l’audace prophétique requise.
Étant donné que Dieu occupe une place architectonique dans
l’autocompréhension que les religions traditionnelles africaines ont
d’ellesmêmes et qu’il n’y a pas une zone neutre où Dieu n’exercerait pas sa
souveraineté illimitée et immédiate dans les cultures africaines, il faut donc
problématiser à nouveaux frais l’irruption émancipatrice du Christ dans
les sociétés africaines postcoloniales. Comment vivre, annoncer et
énoncer une Christologie négro-africaine et extatique de la libération holistique
qui fait un saut inattendu dans la vision mystique du char de Dieu
(Merkabah) et qui reste focalisée sur les modalités du retour eschatologique de
notre âme dans la source divine qui l’a toujours animée et maintenue
dans la Vie Éternelle de Dieu qui l’engendre dans le Fils coéternel au
Père ?
La percée théologique de ce livre consiste à ancrer le retour
eschatologique de l’âme humaine vers l’Éternité divine en procédant à une lecture
11prophétique, extatique et mystique du récit de l’enlèvement d’Élie au
ciel tel qu’il est relaté dans le récit palpitant de II Rois 2, 1-18. Cette
focalisation eschatologique sur le retour de l’âme vers Dieu a des
incidences décisives sur les modalités théologiques et spirituelles à travers
lesquelles les Africains négocient au quotidien avec les productions
matérielles, médiatiques et idéologiques de la modernité occidentale qui se
diffusent dans leurs sociétés mondialisées sans nécessairement atteindre
les profondeurs ontologiques de l’âme négro-africaine arrimée au monde
invisible de Dieu et des ancêtres éponymes qui vivent de l’autre côté du
monde visible.
La prolifération des Églises charismatiques partout en Afrique qui
cherchent des voies spirituelles pour gérer les phénomènes omniprésents
de la possession par les esprits et des problèmes liés au monde occulte de
la sorcellerie révèle au grand jour l’irréductibilité religieuse des sociétés

11 Nous trouvons des analyses stimulantes sur la profondeur historique et mystique des
gestes prophétiques d’Élie et d’Élisée dans l’ouvrage concis d’Éliane Poirot, o.c.d, Élie et
Élisée prophètes du Carmel, Éditions du Carmel, Toulouse, 2007.
15 africaines par rapport au processus de sécularisation en cours aujourd’hui
dans le monde occidental.
Cette disjonction phénoménologique radicale oblige le théologien
africain prophétique à opérer une vraie transmutation gnoséologique de
paradigme théologique irréductible aux théologies scolastiques,
néoscolastiques et transcendantales dans lesquelles l’Évangile de Jésus-Christ leur a
eété annoncé par les missionnaires occidentaux depuis le XIX siècle.
C’est donc tout un chantier monumental qui est ainsi ouvert aux
théologiens africains contemporains. La moisson est abondante, mais les
ouvriers sont peu nombreux !
La suite de ma démarche va consister à élaborer une christologie
négro-africaine extatique et mystique qui suspend définitivement
l’épistémologie physico-mathématique (Mathesis Universalis) de la
modernité occidentale en proposant une lecture afrocentrée de la Révélation
biblique et christique avec une emphase sur la sotériologie dramatique et
l’articulation actuelle de notre âme à la sphère de l’Éternité invisible de
Dieu. La déconstruction et la suspension théologiques de la modernité
occidentale s’appuient sur trois auteurs qui insistent massivement et
unilatéralement sur la transcendance et la souveraineté de la Révélation et de
la Parole de Dieu sur les structures transcendantales, immanentes,
cognitives et catégoriales de la raison humaine marquée ontologiquement par
la mortalité.
Étant donné que la crise actuelle du capitalisme de la dette et la
cascade de dégâts sociaux, de dépressions, de suicides et d’idéologies
xénophobes s’expliquent radicalement par cet échec massif de la Mathesis
universalis à arraisonner et à enrégimenter tous les secteurs de la vie de
l’homme dans le monde, il devient urgent de proposer des alternatives
philosophiques et théologiques viables à cette érosion accélérée du
système totalitaire marchand. Il convient d’ouvrir ici une parenthèse en
affirmant que l’orientation instrumentale de la modernité occidentale
s’accompagne avec une volonté de négation de l’humanité des hommes
non blancs, et en particulier, les Nègres qui sont relégués de force à
l’animalité et à la chosification pour mieux légitimer leur réduction à
l’esclavage depuis 4 siècles. Achille Mbembe vient de nous livrer un
ouvrage qui dévoile avec brio l’invention du mot « Nègre » comme corrélat
idéologique et raciste des prétentions hégémoniques, philosophiques et
génocidaires de la modernité occidentale sur les races et les cultures non
16 européennes et non blanches. Je renvoie ainsi à son essai imposant et
12érudit : critique de la raison nègre .
Il faut donc faire un saut en retrait en dehors de l’orbite rationaliste de
cette modernité occidentale en déclin et ouvrir une pensée théologique et
christologique qui se déploie à partir du mouvement originaire par lequel
Dieu nous engendre et nous maintient en vie à chaque instant en
pulvérisant les idoles techniques auxquelles nous nous agrippons pour échapper
de façon illusoire, mensongère et virtuelle à notre mortalité irréfragable.
C’est ce Dieu des ancêtres qui nous achemine vers son Fils unique,
JésusChrist, par qui et en qui il a créé les mondes visible et invisible, et nous
invite à son festin eschatologique dès ici-bas. Seule l’expérimentation de
notre naissance mystérieuse et transcendantale en Dieu lui-même par la
mort et la résurrection de Jésus-Christ nous donne la paix et la sérénité
nécessaires devant les affres de la mort et l’angoisse exacerbée par les
forces mortifères qui catapultent la mondialisation néolibérale.
Plusieurs personnes m’ont aidé à me réapproprier cette mystique du
Dieu Vivant et Vrai qui nous engendre de toute éternité. Je mentionnerai
en premier lieu le père Paul Mbav Kalukang, spiritain congolais vivant et
travaillant à Ottawa-Gatineau (Canada), qui m’a toujours dit que quelles
que soient les épreuves de la vie auxquelles nous faisons face chaque jour,
Dieu a toujours le dernier mot et qu’il nous fait libérer de l’espace pour
qu’il accomplisse ses miracles inoubliables en notre faveur bien au-delà de
tout ce que notre raison bornée peut concevoir, anticiper et espérer. Il
s’agit ici de la tradition théologique du Dieu toujours plus grand cher à
Saint Ignace de Loyola et au vénérable François Marie Paul Libermann,
deuxième fondateur des Spiritains. Merci beaucoup père Paul Mbav
Kalukang pour cette mystique du Dieu d’amour qui est omniprésent dans
les vicissitudes de notre vie terrestre. Je remercie aussi le père Alexis
Loumaye, missionnaire spiritain belge vivant actuellement à Verlaine en
Belgique, pour sa grande foi dans la puissance de Dieu qui accomplit des
merveilles dans nos vies. Je le remercie de tout mon cœur pour son
soutien indéfectible et sa grande générosité dans les bons et les mauvais jours
et sa foi en la Puissance de Dieu qui agit dans les infimes détails de notre
vie quotidienne. Mes remerciements s’adressent aussi à mon ami, le père
Henri Touaboy, spiritain centrafricain vivant actuellement au Canada, et

12 La Découverte, Paris, 2013.
17 avec qui nous avons régulièrement des échanges très stimulants
concernant l’urgence prophétique du travail théologique dans la conjoncture de
la faillite actuelle des sociétés africaines postcoloniales. J’en profite pour
13l’encourager à poursuivre avec audace ses recherches théologiques en
cours. Je fais un clin d’œil à mon frère et ami Roger Mvitu Mvitu dont
l’hospitalité et la générosité sont encourageantes dans mon travail
théologique et prophétique. À chacun de mes nombreux séjours à Paris, Roger
se montre d’une vraie fraternité et générosité à mon égard. Que le
Seigneur le lui rende dès maintenant. Matondo, Roger.
Ce livre est terminé après mon séjour de trois mois à Kindu en
République démocratique du Congo (juin-septembre 2013) et je dois
remercier de tout mon cœur et de toutes mes forces mes parents Gilbert Awazi
Chuma Lukatika et Bernardine Kawa Safi, ma famille élargie du Congo
et d’ailleurs en Afrique, en Europe, aux Antilles et en Amérique du Nord,
où j’exerce désormais mon travail de réflexion et de conscientisation des
hommes à travers les conférences, les revues du Cerclecad (Afroscopie) et
les ouvrages que je publie régulièrement.
Sans toute cette longue chaîne de solidarité, de fraternité, de
compassion et de générosité, je ne pourrai tout simplement pas accomplir mon
travail de réflexion, d’écriture et de dissémination des idées libératrices
dans les conditions optimales qui sont les miennes avec une grande
capacité de mobilité à travers le monde entier. C’est ce que j’appelle une action
réticulaire qui s’appuie sur un vaste réseau de solidarité, de
complémentarité, de générosité et de communion dans la vision globale du sens de notre
vie sur terre. Que Dieu le leur rende au centuple.
Oui, nous Africains, nous devons renforcer et conserver notre sens de
l’hospitalité, de la solidarité et de la compassion qui nous permet de
suspendre la logique économique pour faire advenir une praxis de la dona-

13 Lire ses ouvrages déjà parus : Théologie chrétienne de la paix interreligieuse ? Repenser
son cadre éthique et théologique, Éditions universitaires européennes, Saarbrücken,
Deutschland/Allemagne, 2013 & Discours moral de l’Église et sa réception contemporaine.
Quels critères pour cette réception ?, Publibook, Paris, 2009. Une recension substantielle
de ces deux ouvrages est faite par moi dans la revue scientifique du CERCLECAD,
Afroscopie : Benoît Awazi Mbambi Kungua (Dir.), Les Intellectuels africains au Canada :
Missions, Figures, Visions et Leaderships, Afroscopie I/2015 Revue savante et pluridisci-, (
plinaire sur l’Afrique et les communautés noires), publiée par Le Cerclecad-Harmattan,
Ottawa-Paris, 2015.
18 tion au-delà des logiques utilitaires et calculatrices de la mondialisation
néolibérale qui plongent les sociétés occidentales dans l’apathie, le
nihilisme, l’idolâtrie néolibérale et l’oubli de la donation originaire et gratuite
de la Vie que Dieu nous fait sans que nous n’ayons rien donné et rien
payé en retour.
Oui, une théologie négro-africaine de la donation radicale constitue une
ressource énergétique, cathartique et thérapeutique contre les pathologies
néolibérales de la consommation compulsive, de la fuite de notre
mortalité inéluctable, de la fuite dans le monde virtuel et pornographique et de
l’accumulation des biens matériels illusoires et périssables.
J’adresse mes remerciements soutenus à Madame Rosanna Olive et à
mon fils et héritier Benjamin Nelson Awazi Mbambi Kungua dont
l’amour et la générosité m’ont permis de poursuivre avec courage, esprit
d’abnégation et persévérance dans l’effort mes longues études en France
(1993-2005). Merci encore à mes parents Gilbert Awazi Chuma
Lukatika et Bernardine Kawa Safi qui m’ont réservé un accueil extraordinaire et
inoubliable l’été dernier dans la maison familiale de Kindu, en
République démocratique du Congo (du 2 juillet au 15 septembre 2013) et en
eux, j’ai intensément ressenti quelque chose de cet amour inconditionnel
et mystérieux de Dieu. Je remercie Mgr Willy Ngumbi, évêque de Kindu
ainsi que tout le clergé et les religieuses qui m’ont accueilli comme un fils
du pays et un frère en Jésus-Christ, notre Seigneur. Qu’ils trouvent ici
l’expression de ma gratitude. Monsieur Kitchinja Fazili Shakodi, ancien
président de la société civile de la région du Maniema, mon oncle
Bonaventure Tata Kabungu, l’honorable député Claude Makonga Thoboka
Iki, mon oncle le professeur Richard Abedi Kayungu, l’honorable Hubert
Kishabongo Kindanda, monsieur Kalume Kasende chef d’Agence de Air
Kasaï à Kindu durant mon séjour, madame Helène Makungu Mutoke,
dada Tabia, dada Marie Kawende, dada Mauwa, dada Bahati Madeleine,
ma sœur Kitcha, maman Véronique et d’autres membres de ma
nombreuse famille élargie de Kindu m’ont accueilli comme un frère et un fils,
en faisant preuve d’une grande générosité à mon égard tout au long de
mon séjour inoubliable de trois mois à Kindu dans la région du
Maniema. Qu’ils trouvent ici, avec tous les amis du Pentagone chez Dada
Marcelline de l’hôtel Le Relais, mon souvenir indélébile.
Merci aussi à mes frères et sœurs de la grande famille Awazi : Awazi Sifa
Marie Christine, Awazi Lusinde Faustin, Awazi Mobange Roger, Awazi
19 Kambinga Jean, Awazi Sadiki Severin, Awazi Kyalu Chantal, Awazi
Chuma Simba François et Awazi Andjelani Mélanie. Étant donné que ce livre
est dédié en souvenir de mon neveu Hugo Awazi parti très tôt (22 ans) de
l’autre côté du Réel, je tiens à adresser un message fort, ambitieux et
exigeant à toute la cohorte de neveux et nièces qui constituent maintenant la
deuxième génération de la grande famille Awazi Chuma Lukatika et
Bernardine Kawa Safi. Les enfants de Bibi Christine (Cédric Lubenga, Fidèle
Awazi Kasele), les enfants de Kaka Faustin (avec Neva Tiba Sibazuri :
Awazi Anifa, Régine Awazi Safi, Bikoko Djodjo Awazi, Tina Tiba Awazi,
Moïse Lusinde Awazi), les enfants de Kaka Faustin (avec Adèle Bamuswe :
Awazi Kawa Safi Bérénice, Awazi Mbambi Benoît, Awazi Mbelu Davina,
Awazi Lusinde Emmanuel, Awazi Mpenge Maria), les enfants de Jean
Awazi Kambinga (Serge Awazi Lusinde, Djani Awazi Chuma Lukatika, et
Alua Awazi), l’enfant de Benoît Awazi Mbambi Kungua avec Rosanna
Olive (Benjamin Awazi Mbambi Kungua), les enfants du docteur Sévérin
Awazi Sadiki Nyoka (avec mama Lili : Israël Awazi, Tévic Awazi, Joyce
Awazi, Sifa Awazi) et aussi Alpha Awazi Safi, les enfants de Chantal Awazi
Kyalu avec Mozart Masina (Béni Masina Nzey, David Masina Musadi,
Sifa Aurélie Masina), l’enfant de Ange Awazi Andjelani avec maître Dodo
(Providence Ndondo). À vous tous, j’intime l’appel solennel et instant à
garder la noblesse de caractère, l’esprit d’abnégation, la hauteur dans la
vision de la vie, l’esprit de la fierté, de la dignité et de la responsabilité, ainsi
que l’éthique du dépassement constant de ses limites, hérités de nos
vénérables parents et grands-parents Gilbert Awazi Chuma Lukatika et
Bernardine Kawa Safi. C’est aussi ici que je fais un clin d’œil habile à ma
grand14mère paternelle, Sifa Kimanyu , fille du grand chef, théologien
traditionnel et thaumaturge, Kambinga Sikubali fils de Kiaté de la localité de Putila,
dans la zone de Kasongo, située dans la région du Maniema en RDC, qui
m’a laissé un souvenir inoubliable en me donnant, à l’âge de 17 ans, mon
troisième et dernier nom, KUNGUA, qui signifie l’ouragan. Quelque
chose de mon idiosyncrasie se cache dans ce nom prophétique,
imprévisible et fougueux.

14 Ma grand-mère Sifa KIMANYU, fille de KAMBINGA SIKUBALI, est décédée et
enterrée à Kindu (RDC) le 18 juillet 2002. Je lui ai dédicacé mon premier ouvrage qui
paraissait au même moment : Panorama de la Théologie négro-africaine contemporaine,
L’Harmattan, Paris, 2002.
20 Revenu à Ottawa depuis le 30 septembre 2013, j’ai repris avec
enthousiasme, pour une grande partie de mon temps, mon travail de
présidence et de coordination scientifique du Centre de recherches
pluridisciplinaires sur les communautés d’Afrique noire et des diasporas
(CERCLECAD) qui se veut un haut lieu d’expertises polyvalentes et
émancipatrices pour faire face aux défis protéiformes de l’intégration des
Africains dans la civilisation postmoderne et multiculturelle du Canada.
Mais cette société industrialisée est aux prises avec une crise du sens de la
vie et l’instrumentalisation de l’être humain et de tout l’écosystème par
les logiques mercantilistes et spéculatives de l’économie de l’endettement
structurel des individus et des États occidentaux d’Europe et d’Amérique
du Nord, sanctuaire de la mondialisation néolibérale d’où est partie la
crise financière des subprimes en 2008, aux États-Unis. Je remercie aussi
mon collègue et ami Jean-Claude Djéréké, auteur de nombreux
ou15vrages de théologie et de politique, et acteur clé dans la production des
savoirs dans le Cerclecad.
Mes compagnons de notre École de philosophie Hermès Trismégiste à
Ottawa, dans laquelle nous partageons chacun notre propre trajectoire
spirituelle et idiosyncrasique dans la quête quotidienne de Dieu, méritent
une mention particulière et je leur dois les principales intuitions
mystiques de cet ouvrage de percée en direction du Mystère insondable et
ineffable de Dieu à qui rien et absolument rien n’est impossible. Robert
Cronier et sa femme Isabelle Frappier me nourrissent spirituellement à
chacune de nos rencontres mensuelles de théologie spirituelle par la
profondeur de leur vie mystique qui se reflète par l’hospitalité et la générosité
extraordinaires qu’ils réservent à tous les hôtes qui franchissent le seuil de
leur maison, où il n’y a aucune discrimination raciale ou sociale, mais où
une onction de l’Esprit insaisissable de Dieu se répand sur les visages de
ceux qui y entrent en les transfigurant profondément.
Les abbés François Kibwenge El-Esu, Polydor Twanga et Pascal
Nizigiyimana de l’archidiocèse d’Ottawa méritent aussi mes remerciements
pour leurs encouragements fraternels dans mes recherches théologiques.
Je mentionne les amis et frères de la région de la capitale nationale du
Canada dont l’hospitalité et la générosité à mon égard sont incommensu-

15 Son récent ouvrage vient de paraître : Abattre la Françafrique ou périr. Le dilemme de
l’Afrique francophone, L’Harmattan, Paris, 2014 (Préface de Marcel Amondji).
21 rables : Thomas Binye, Judith Houedjissin, Dolores Houedjissin,
Myriam Matondo, Alban Mabiala Nsimba, Michèle Ndouna, Freddy Bofili
et sa femme Véronique Bofili, Modeste Bokata, abbé Alphonse Baende,
Jean Richard Baka, Eddy Kabasele, Adèle Nyembwe, Abdoulaye Gueye,
Meredith Terretta, la maman d’Eli Terretta Gueye, mon ami. En allant
déposer ce manuscrit à Paris en décembre 2013, j’ai été accueilli très
chaleureusement par mon frère Jean-Bosco Péléket et sa femme Odile dans
leur maison familiale de Montreuil, appelée « Zéré » en souvenir d'un
charmant petit village centrafricain. Il s’agit d’un haut lieu de convivialité
de tous les Africains et amis d’Afrique vivant en France et qui
s’impliquent énergiquement dans toutes les crises qui sévissent en Afrique
à travers leurs textes de réflexion débouchant sur des actions concrètes en
faveur de l’Afrique, plus particulièrement de la République
centrafricaine, en pleine désintégration sociale et politique. Grande fut ma joie
d’y rencontrer mon ami et compagnon de séminaire, Mgr Dieudonné
Nzapalainga, archevêque de Bangui. Les deux me soutiennent
matériellement et intellectuellement dans ma mission exigeante de président du
CERCLECAD à Ottawa au Canada.
Je ne saurais oublier de mentionner la générosité et la fraternité
indéfectibles de mon frère Francis Mbog et de sa femme Sophie qui ont été
mes bienfaiteurs infatigables durant mon séjour à Poitiers et dans la
région parisienne durant mes études et mon travail de professeur et de
chercheur en France (Centre théologique de Poitiers et École Cathédrale
de Paris).
Mon frère Makokwé Feruzi Bob et mes nièces Léonie Makokwé et
Alphonsine Makokwé sont mes bienfaiteurs infatigables à Villepinte dans
la région parisienne où je passe mes séjours de repos durant mes voyages
fréquents en France et en Europe. J’y suis accueilli avec beaucoup de
générosité et d’amour familial.
Ne pouvant pas citer toutes les personnes qui m’aident à retrouver
dans ma vie quotidienne les traces palpables et surprenantes du Dieu
Vivant et Vrai à travers mes rencontres et interactions sociales, j’adresse à
tous et à chacun(e) ma gratitude infinie pour tout l’amour reçu, car Dieu
est Amour, assurément.
eFait à Ottawa le 24 janvier 2014. En mon 44 anniversaire
Nabii Benoît AWAZI MBAMBI KUNGUA.

22 INTRODUCTION
Cet ouvrage se fixe comme objectif primordial l’exposition critique
des « logiques » philosophiques et théologiques qui sous-tendent trois
lectures différentes, mais complémentaires de la Révélation chrétienne,
ou mieux christique, afin de montrer une certaine « homologie » entre la
phénoménologie de la Vie (M. Henry), la phénoménologie radicale de la
donation (J.-L. Marion) et la théologie dramatique et trinitaire (H.U.
von Balthasar). La fine pointe de ma méditation consiste à établir et à
faire voir phénoménologiquement la « tautologie divine ou
l’autoréférentialité divine » qui découle du procès de l’Auto-révélation Éternelle
de la Vie Absolue de Dieu par laquelle il se promeut de lui-même dans la
phénoménalité affective sans aucune extase mondaine (Henry) ; la «
tautologie divine » qui découle de la Révélation libre, souveraine et gratuite
16de l’Amour Absolu de Dieu pour le monde et les hommes qui sont ses

16 C’est la position soutenue par Pascal Ide qui récapitule le triptyque de Balthasar
autour du centre de gravité de l’Amour gratuit et infini de Dieu. Lire ses ouvrages :
Une théologie de l'amour. L'amour, centre de la Trilogie de Hans Urs von Balthasar,
Lessius, Bruxelles, 2012 ; Id., L'Amour comme don : une lecture de Balthasar, Lessius,
Bruxelles, 2012 ; Id., Une théo-logique du don. Le don dans la Trilogie de Hans Urs von
Balthasar, (« Bibliotheca Ephemeridum Theologicarum Lovaniensium », 256), Peeters,
Leuven-Paris-Walpole-Brépols, 2012. C’est la même emphase sur l’amour comme
l’unique clef de voûte pour entrer dans le Triptyque de Balthasar que Pascal Ide reprend
pour dépasser l’opposition dogmatique entre l’analogia entis (position catholique) et
l’analogia fidei (position protestante de K. Barth). Le Christ en tant qu’« Universale
concretum » dépasse par la verticalité divine ces deux positions dogmatiques au nom de
la gratuité du don de l’Amour infini et inconditionnel de Dieu pour les hommes. C’est
donc la surabondance, la Kénose et l’enveloppement de l’amour de Dieu manifesté dans la
figure christique (Gestalt) qui réconcilie et dépasse par le haut l’opposition frontale entre
l’analogia entis et l’analogia fidei. Lire son article : « L’analogie selon Balthasar. Une
relecture à partir de l’amour de don », Science et Esprit 66/1, (2014), pp. 85-108. Mario
fils dans le Fils Unique, révélation qui culmine ultimement dans le
procès d’Auto-Glorification de Dieu par lui-même à travers les processions
éternelles (périchorèses) de trois personnes de la Trinité engagées dans la
dramatique divine (théodramatique) du Mystère pascal (Balthasar) et,
enfin, la « tautologie divine » qui profère la première Parole originaire
(théologie) qui sera reprise au fil du temps par la louange et la confessio
incessantes qui lui sont adressées à partir de sa création et de son Église
(Marion). Dieu se révèle dans sa Divinité en tant que processus du don
éternel de la Divinité entre les trois personnes de la Sainte Trinité, par
delà l’Être et le Néant, car il est le créateur de ces deux principes.
D’entrée de jeu, nos trois auteurs font voir le processus tautologique par
lequel Dieu s’engendre et se glorifie de toute Éternité. Cette emphase sur
l’auto-référentialité (tautologie divine) constitue une percée décisive dans
ela théologie occidentale du XX siècle, parce qu’elle opère une
déconstruction radicale de toutes les démarches – aussi bien philosophiques que
théologiques – qui nient ou affirment Dieu en imposant des conditions
de possibilité a priori (transcendantales) à sa manifestation inexpugnable.
Dieu s’auto-promeut de lui-même dans l’apparaître de toute Éternité
annulant ainsi toute tentative de maîtrise et d’anticipation rationnelles de
sa Révélation souveraine par le rouleau compresseur rationaliste et
unidimensionnel de la modernité occidentale en déclin.
Le processus tautologique par lequel Dieu se glorifie de toute Éternité à
travers les périchorèses des trois personnes de la Trinité immanente
induit de facto la prépondérance du discours apophatique (qui nie les
déterminations que nous attribuons à Dieu) sur le discours cataphatique (qui
affirme des caractéristiques sur l’être de Dieu). C’est le discours
doxologique de la cour céleste, de l’Église terrestre et du cosmos dans son en-

Saint-Pierre vient de recenser ces ouvrages issus de la thèse de doctorat de Pascal Ide en
dégageant 3 aspects fondamentaux et originaux qu’offre cette thèse : (1) La question de
l’herméneutique balthasarienne, (2) La méthode de l’intégration appliquée à toute
l’œuvre balthasarienne et (3) l’analyse critique de l’œuvre balthasarienne.
L’herméneutique trinitaire de l’amour se déploie dans la kénose, la fécondité et
l’enveloppement. Lire la recension de Mario Saint-Pierre dans Science et Esprit, 66/3
(2014), pp. 502-507. Dans la même perspective de la récapitulation caritative du geste
théologique balthasarien, je renvoie à l’article de Adrian J. Walker, « Love alone : Hans
Urs von Balthasar as a Master of Theological Renewal », Communio : International
Catholic Review 32 (Fall 2005), pp. 517-540.
24 semble, qui nous libère de l’antinomie entre la cataphase et l’apophase. La
17prière de louange à Dieu et de Dieu permet de défaire la posture de la
gnose qui veut mettre la main sur le Mystère insondable de Dieu en nous
laissant entraîner par pure grâce dans cette dynamique du don de soi
interne à la Trinité même de Dieu.
La Transcendance insondable de Dieu qui s’auto-manifeste en toute
souveraineté constitue un lieu de déconstruction permanente de tous les
concepts et discours que les théologiens érigent pour parler de Dieu.
C’est l’inadéquation ontologique de nos concepts finis par rapport à la
transcendance absolue de Dieu qui explique leur oscillation continuelle à
viser le mystère ineffable de Dieu. Bien qu’il ne soit pas dans la même
constellation théologique que les trois auteurs convoqués dans ce travail
(Henry, Marion et Balthasar), il convient de mentionner en passant la
18posture théologique du dernier Rahner qui confesse l’impossibilité
radicale de boucler le savoir théologique fini sur lui-même. C’est
l’écartèlement de l’homme entre son ancrage dans la finitude charnelle et
corporelle du monde (le ce-à partir de – quoi- de la transcendance) et son
ouverture à l’Infini divin par son esprit (le ce-vers-quoi de la
transcendance) qui constitue le lieu de vérification de son historicité comme être
irrémédiablement travaillé par la finitude, et donc, par la mortalité
comme possibilité de l’impossibilité d’être. Seule une initiative libre et
souveraine de Dieu qui s’auto-révèle de lui-même, par lui-même et en
lui-même dans la prophétie permet de dépasser les apories dans lesquelles
la pensée finie de l’homme sombre dans sa quête du Mystère absolu de
Dieu.

17 Lire les développements sur la relève par la théologie mystique de la dualité entre la
cataphase et l’apophase dans l’étude de J.-L. Marion, « Au Nom ou comment le taire »,
in De surcroît. Études sur les phénomènes saturés, PUF, Paris, 2001, pp. 155-195.
18 Lire ses développements sur « L’homme devant le Mystère absolu », in Traité
fondamental de la foi, Centurion, Paris, 1983. (Traduction française de Gwendoline
JARCZYK). Ce processus de radicalisation de la finitude indépassable du théologien devant le
« MMystère Absolu de Dieu » constitue la clef herméneutique de l’ouvrage de Y.
Tourenne, La théologie du dernier Rahner, Cerf, Paris, 1995, (« Cogitatio fidei 187 »). Cette
« Reductio in unum mysterium » du dernier Rahner est analysée en détail dans l’article
stimulant de A. Godet, « Concept et théologie. L’exemple de Karl Rahner », Nouvelle
Revue Théologique 135 (2013), pp. 371-386.
25 J’avance une seconde thèse qui sera minutieusement corroborée tout
19au long de cette méditation selon laquelle toute prophétie se déploie
selon une structure textuelle radicalement tautologique par laquelle Dieu
parle à la première personne pour se révéler soi-même comme celui qui
20anéantit toutes les idoles qui détournent les hommes de l’unique tâche
de l’adoration de leur Créateur. Si toute prophétie est tautologique, alors je
puis inférer que les pensées de Michel Henry, de Jean-Luc Marion et de
Hans Urs von Balthasar se déploient radicalement selon une logique pro-

19 Je suis en train de méditer sur la spécificité théologique de la mission prophétique dans la
Bible et j’arrive à distinguer au moins 5 traits spécifiques du prophétisme biblique. En me
basant sur la structure textuelle tautologique (Dieu Seul est Dieu) qui façonne les oracles du
Deutéro-Isaïe (Chap 40 à 55), je puis affirmer que : « toute prophétie est tissée par au
moins cinq scansions : (1.la théotopie (c’est l’entité divine qui nous maintient en vie et que
Dieu nous retire sans notre permission à notre mort = séparation de l’âme et du corps), 2.
la théodiction (Dieu lui-même s’exprime à la première personne pour révéler aux hommes
son plan éternel du salut à travers les oracles prophétiques), 3. la théographie (Dieu
luimême par son Esprit Saint est le rédacteur de toute prophétie à travers le livre que
constitue l’âme du prophète), 4. la théopraxis (Dieu est l’agent principal de notre salut Éternel)
et 5. la théothérapie (Le Dieu des prophètes guérit l’être de façon holistique en annihilant
les baals et autres idoles que les homme se fabriquent tout au long de l’histoire du monde
pour illusoirement prétendre échapper à leur mort inéluctable). »
Dans un monde occidental, matérialiste, nihiliste et néolibéral qui prétend liquider le
Dieu Créateur et Sauveur de ses constructions idolâtriques et esclavagistes, le message
prophétique retentit comme une dynamite qui fait s’écrouler cette nouvelle « tour de
Babel néolibérale » par la proclamation solennelle de la structure tautologique qui
propulse toute prophétie et dans laquelle Dieu s’auto-communique de lui-même et par
luimême. Comme je l’ai déjà affirmé avec conviction dans l’introduction, l’essence de
Dieu se phénoménalise dans une dynamique radicalement prophétique, et donc,
tautologique. Elle est principiellement inconnaissable et appelle les hommes à un procès de
communication dans l’Alliance qui les appelle à la divinisation par leur émergence
continuelle « comme sujets de parole et d’action » devant la Face de l’Éternel, leur Créateur.
20 Lire deux ouvrages de J.-L Marion qui déconstruisent les idoles conceptuelles qui
veulent arraisonner le « Mystère insondable du Dieu YHWH » par la science ontologique de
la constitution et du règlement de l’Être. Je renvoie à : L’idole et la distance. Cinq études,
1 2 1Grasset, Paris, 1977 , 1991 & Dieu sans l’être, Fayard, Paris, 1982 , P.U.F., « Quadrige »,
2 31991 , 2002 (édition revue et augmentée). Cette question de la neutralisation de
l’horizon de la question de l’Être (Seinsfrage) par l’ordre de la charité divine constitue une
porte d’entrée majeure dans l’œuvre de Jean-Luc Marion. C’est la perspective prise par
Stéphane Vinolo dans son ouvrage récapitulatif de l’œuvre de Marion : Dieu n’a que faire
de l’Être. Introduction à l’œuvre de Jean-Luc Marion, Germina, Paris, 2012.
26 21phétique , car dans tous les 3 cas susmentionnés, Dieu lui-même
s’autoglorifie de toute Éternité en amont de toute visée intentionnelle et
catégoriale de la transcendantalité de la raison finie de l’homme. Les 3
auteurs interrogés reconnaissent explicitement l’incapacité ontologique du
savoir humain à viser le Mystère insondable par lequel Dieu s’engendre
de toute Éternité en engendrant son Verbe Éternel dans l’unité du Saint
Esprit. Cette apophase radicale appelle une posture divinatoire, oraculaire
et prophétique à travers laquelle le savoir théologique s’efface
complètement devant l’Auto-révélation de Dieu par lui-même de toute Éternité.
Dans cette perspective prophétique, oraculaire et divinatoire, seul le
Christ est théologien en tant que Verbe Éternel du Père par qui le Père se
connaît dans l’unité du Saint Esprit, leur principe unique d’action.
Cette Auto-Glorification de Dieu anéantit les prétentions
prométhéennes, athées et totalitaires de la modernité occidentale en déclin. Il
n’est pas étonnant de constater que l’athéisme et la sécularisation ne
s’aggravent que dans les sociétés techniques du monde occidental, alors
que dans les autres cultures du monde, la dimension religieuse et
spirituelle constitue la matrice originaire et holistique à l’intérieur de laquelle
les hommes cherchent le sens de leur vie, de leur mort et de leurs
stratégies religieuses d’arrimage au monde invisible de la Divinité et des
ancêtres éponymes.
Avant qu’il ne soit « une question » pour la pensée philosophique et
théologique de l’homme, Dieu a toujours déjà parlé et s’est toujours déjà
révélé de lui-même comme le Dieu qui aime sans retour et pour
l’Éternité.
Nos trois auteurs reconnaissent une « structure tautologique originaire »
dans le déploiement éternel de la phénoménalité intradivine et
s’insurgent fortement contre le nivellement de la phénoménalité par la

21 Pour une introduction générale au mouvement prophétique dans la Bible et
aujourd’hui, je renvoie à l’ouvrage synthétique de W. VOGELS, Les prophètes, Lumen Vitae
& Novalis, Bruxelles & Montréal, 2008 (Nouvelle édition revue et augmentée). Nous y
trouvons une bibliographie abondante. Nous trouvons aussi des analyses stimulantes sur la
constitution historique de la Parole prophétique, la prophétie comme auto-diction de
YHWH qui édicte le monothéisme intransigeant et qui débouche sur l’interdiction
catégorique de l’idolâtrie et de toute violence politique et économique sur les catégories
sociales vulnérables (l’immigré, la veuve et l’orphelin) dans l’article de Dominique JANTHIAL,
« La parole prophétique : du rejet à la canonisation », NRT 136 (2014), pp. 3-25.
27 rationalité instrumentale et unidimensionnelle de la modernité
occidentale propulsée par l’horizon épistémique de la Mathesis Universalis
(Galilée, Descartes, Leibniz, Husserl, Hegel...). Cette tautologie divine se
déploie différemment selon qu’il s’agit de la pensée phénoménologique
(Henry, Marion) ou de la pensée théologique (Balthasar). Mais ce
dénominateur commun entre ces trois postures intellectuelles me permet de
déconstruire les prétentions totalitaires, nihilistes et athées de la
modernité occidentale qui s’illusionne dans sa tentative d’objectiver Dieu et de le
traiter comme un Étant du monde (Métaphysique de la subjectivité et de
la représentation avec ses deux principes d’identité (non-contradiction) et
de raison suffisante) ou même dans l’horizon de la primauté non
interrogée de la question ontologique de l’Être des étants (Heidegger). Cette
congruence dans l’exposition de la « structure tautologique » du procès de
l’Auto-manifestation et de l’Auto-glorification de Dieu par lui-même,
permet à ces trois auteurs d’avoir une position commune de résistance
farouche contre le totalitarisme et le nivellement par le bas imposés
subrepticement à la phénoménalité irréductible du christianisme par la
rationalité unidimensionnelle qui prétend arraisonner tout Étant, voire
Dieu lui-même, sous le primat des principes métaphysiques de la raison
suffisante, de la causalité, de l’identité et de la non-contradiction.
Tout en respectant la différence épistémologique irréductible entre
une lecture phénoménologique et une lecture théologique de la « Révélation
22christique » , je veux de prime abord montrer la force persuasive et
argumentative de ces trois lectures puissantes du christianisme, et tirer les
conséquences spirituelles, sociales et épistémologiques de ces trois « gestes
de pensée » dans les sociétés occidentales, où le christianisme est chassé
dans les marges de la vie politique, intellectuelle et culturelle, jusqu’au
point critique où il est considéré aujourd’hui comme une religion obso-

22 J’assume d’entrée de jeu la position théologique selon laquelle le christianisme se
démarque radicalement, voire s’oppose ouvertement à d’autres religions monothéistes
(Islam, Judaïsme…) par la confession ecclésiale de l’apparition de Dieu lui-même et de
son Amour infini et miséricordieux dans la « Figure finie (Gestalt) de Jésus de Nazareth,
dit le Christ ». La tâche primordiale et urgente de la foi chrétienne consiste alors à vivre
mystiquement, socialement et théologiquement l’Amour inconditionnel et infini de
Dieu pour les hommes et le monde. Ainsi, toute théologie chrétienne est donc
nécessairement une Christologie trinitaire. C’est la décision théologique que je prends d’entrée
de jeu dans cet ouvrage.
28 lète dont les productions architecturales, artistiques et socioculturelles
peuvent à la limite être conservées comme des « ossuaires » dans les
nombreux musées des pays européens et nord-américains.
En quoi la lecture phénoménologique de la Vérité Christique chez
Michel Henry, la dramatique divine de l’agir salvifique de Dieu chez
Hans Urs von Balthasar et la lecture phénoménologique de Saint
Augustin par Jean Luc Marion, constituent-elles des remparts imprenables
contre toute tentation de relativisme, d’édulcoration et de dilution de la
Vérité qui s’auto-révèle et s’auto-propulse d’elle-même dans l’apparaître à
travers la Révélation christique ? Quelles sont les principales leçons et
retombées en théologie pastorale, missionnaire et spirituelle pour tous les
chrétiens du monde ?
Le projet de cet ouvrage est né pendant un cours de philosophie que
j’ai donné durant la session d’automne 2006 à la faculté de Philosophie
de l’université Saint Paul d’Ottawa, au Canada. Le cours consistait en
une introduction générale, mais approfondie aux phénoménologues
français chrétiens et s’est focalisé sur les phénoménologies de P. Ricoeur, de
M. Henry et de J.-L. Marion, après un survol rapide de trois précurseurs
allemands (Kant, Husserl, Heidegger). L’engouement et le très grand
intérêt manifestés par les étudiants tout au long de la session et l’impact
suscité par la vigueur et l’originalité de la lecture phénoménologique du
christianisme par M. Henry dans son ouvrage : C’est moi la Vérité. Pour
23une philosophie du Christianisme , m’a poussé à réfléchir plus précisément
24sur les rapports possibles entre la phénoménologie de la Vie , la
phénoménologie radicale de la donation et la théologie trinitaire et dramatique
de H. Urs von Balthasar. J’ai par ailleurs été réconforté dans ma
recherche en voyant que d’autres penseurs s’étaient déjà posé cette question
et étaient en train d’y répondre chacun à sa façon.
Je cite brièvement et à titre indicatif les articles et ouvrages suivants :
25J.-L. Marion, Étant donné. Essai d’une phénoménologie de la donation ,

23 Seuil, Paris, 1996.
24 Je situe ma lecture de la phénoménologie de la Vie de M. Henry dans l’horizon
philosophique de l’article de R. KÜHN, « Naissance en Dieu ou la relation entre la
phénoménologie de la Vie et la réalité de Dieu », NRT 129 (2007), pp. 272-278. C’est la
percée henryenne d’une réduction ultime et immédiate à la phénoménalité divine dans
son immanence radicale qui attire mon attention.
25 3 PUF, Paris, 2005 (Revue et corrigée).
29 son article dans lequel il réfléchit sur la phénoménalité unique et
spécifique de la « Révélation chrétienne » : « Le « phénomène du Christ »
se26lon Hans Urs von Balthasar » , « L’événement, le phénomène et le
révé27lé » et sa lecture phénoménologique de Saint Augustin dans : Au lieu de
28soi. L’approche de Saint Augustin ; V. Holzer, « Phénoménologie radicale
et phénomène de révélation. Jean-Luc Marion, Étant donné. Essai d’une
29phénoménologie de la donation » ; Ph. Capelle quant à lui, n’hésite pas
à faire un rapprochement audacieux et fécond entre le geste
phénoménologique de M. Henry et la pensée théologico-philosophique de H. Urs
von Balthasar quand il écrit que :
« La vérité de l’apparition appartient donc essentiellement à ce qui peut de
soi livrer sa propre phénoménalité. C’est sans aucun doute par ce biais que
peut être esquissé un rapprochement avec la tentative phénoménologique
prodigieuse de Michel Henry. Tentative dont l’interprétation doit néanmoins
s’entourer de toutes les précautions, dans la mesure où Balthasar, en
théologien, insiste sur la « surprise » et l’« admiration » de cette manifestation dont
30 31l’événement outrepasse toute attente. » ; J. Greisch émet l’hypothèse heu-

26 Communio (Revue Catholique Internationale), n° XXX, 2, Mars-Avril 2005,
pp. 77-82.
27 Transversalités (Revue de l’Institut Catholique de Paris), 70 (avril-juin1999),
pp. 4-25.
28 2 PUF, Paris, 2008 .
29 Transversalités (Revue de l’Institut Catholique de Paris), 70 (avril-juin 1999),
pp. 55-68.
30 Ph. CAPELLE, « Hans Urs von Balthasar : Comment regagner une philosophie à partir
de la théologie », in : H.-J GAGEY & V. HOLZER (Éds.), Balthasar, Rahner. Deux pensées
en contraste, Bayard, Paris, 2005, p.111. Dans un autre texte Ph. Capelle affirme que :
« C’est à la lumière de Dieu qui s’auto-révèle dans le Fils que la vie se signe comme vérité.
On aperçoit en même temps maints éléments de proximité avec la pensée du théologien Hans
Urs von Balthasar et notamment son ouvrage Die Wahrheit traduit en français sous le titre
Phénoménologie de la vérité. La vérité du monde », in : Ph. Capelle (Éd.),
Phénoménologie et Christianisme chez Michel Henry. Les derniers écrits de Michel Henry en débat,
« Collection Philosophie & Théologie », Cerf, Paris, 2004, p. 51.
31 J. GREISCH, « Un tournant phénoménologique de la théologie ? », Transversalités
(Revue de l’Institut Catholique de Paris), 63/1997, pp. 75-97. L’auteur fait une
confrontation féconde entre la conception de la vérité du monde chez Henry et la vérité du
monde chez Balthasar. Lire aussi son article sur Étant donné de J.-L. Marion, « Index sui
et non dati : Les paradoxes d’une phénoménologie de la donation », Transversalités
(Revue de l’Institut Catholique de Paris), 70 (avril-juin 1999), pp. 27-54.
30 ristique selon laquelle Balthasar a opéré un tournant phénoménologique de
la théologie, au sens précis qu’il s’agit d’une phénoménologie fondée sur
la convertibilité des transcendantaux et arrimée à une métaphysique du
type platonicienne ; Mario Saint-Pierre, dans son ouvrage : Beauté, bonté,
32vérité chez Hans Urs von Balthasar , réfléchit sur la place stratégique des
transcendantaux dans l’œuvre monumentale de Balthasar. Dans cette
même lancée d’un tournant de la phénoménologie française vers la
phénoménalité du Dieu invisible, je mentionne deux autres auteurs : Ruud
Welten, la Phénoménologie du Dieu invisible. Essais et études sur
Emma33nuel Levinas, Michel Henry et Jean-Luc Marion et Dominique Janicaud,
34Le tournant théologique de la phénoménologie française .
Pour mener à bien cette recherche qui porte sur la « déconstruction »
de l’épistémologie de la modernité occidentale par la phénoménologie de
la Vie de M. Henry, la Dramatique divine de H. Urs von Balthasar et la
phénoménologie radicale de la donation de J.-L. Marion, je délimite
d’entrée de jeu le corpus que je vais interroger et interpréter, avant
d’exposer les grandes décisions épistémologiques, philosophiques et
théologiques qui sous-tendent ces trois gestes de pensée irréductibles. Ces
trois auteurs se positionnent ouvertement et frontalement face à toute
l’entreprise scientifique, technocratique et impérialiste de la « modernité
35occidentale » avec son horizon de la Mathesis universalis, et montrent les

32 Cerf, Paris, 1998. (« Cogitatio fidei 211 »).
33 L’Harmattan, Paris, 2011 (Traduit de l’anglais par Sylvain Camilleri).
34 Les Éditions de l’Éclat, Combas, 1991.
35 Chez les trois auteurs interrogés dans ce travail, la « modernité occidentale » renvoie à
la « rupture épistémologique » opérée par la révolution copernicienne et la science
galiléenne sur fond d’une métaphysique de la subjectivité et de la représentation pouvant
éventuellement déboucher sur le refus rationnel et systématique de toute Révélation
transcendante de Dieu irréductible à l’horizon de la Mathesis universalis qui propulse –
pour le meilleur et pour le pire – les productions idéologiques et consuméristes de la
modernité occidentale dans le monde. Ce qui se vérifie aujourd’hui dans les processus
de sécularisation et de déchristianisation au sein des sociétés occidentales «
postmodernes » et nihilistes. Cette épistémologie de la modernité occidentale – comme je vais
le démontrer ultérieurement (§ 8) – a des retombées terribles et catastrophiques dans
l’exégèse et la théologie contemporaines à travers les ravages spirituels et pastoraux de la
méthode historico-critique, minimaliste, athée et blasphématoire. Les Églises se vident et
se fossilisent en Europe occidentale à cause de l’athéisme propagé par les tenants de
l’exégèse historico-critique devant la nonchalance des théologiens qui rasent les murs en
adoptant un profil servile, apostat et poltron devant les médias néolibéraux.
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