Devenir Ayatollah

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La hiérarchie du clergé chiite n'est pas sans rappeler celle des mages, membres de la caste sacerdotale de l'Iran ancien. Ce livre retrace les cinquante dernières années de l'enseignement religieux dans les centres d'études chiites d'Iran et d'Irak et détermine les méthodes pédagogiques qui y sont utilisées, les différents échelons atteints par les étudiants, les procédés de financement de ces institutions. Les Ayatollah ont une triple fonction : ils enseignent, ils font autorité en matière religieuse et ils perçoivent les dons des croyants.
Publié le : samedi 1 novembre 2008
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EAN13 : 9782296208247
Nombre de pages : 241
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INTRODUCTION
L’objet de cette recherche est de retracer les cinquante dernières années de l’enseignement religieux dans les centres d’études chiites d’Iran et d’Irak et de déterminer les méthodes pédagogiques qui y sont utilisées, les différents échelons atteints par les étudiants, les procédés de financement de ces institutions, etc. Cette étude s’interroge notamment sur la « non-évolution » de ces centres d’études religieuses (Hawzeh Elmieyeh1) : d’un point de vue sociologique, il nous sera possible d’analyser une probable immobilité de l’enseignement religieux fondé par les guides spirituels et dispensé dans ces écoles. Il est difficile de trouver une bibliographie indiquant les conditions d’entrée dans les écoles religieuses, l’organisation des examens et des épreuves ou le système d’évaluation des élèves. L’absence d’ouvrages de référence officiels et encore moins officieux, pouvant servir de guides pour ces questions, nous amène à nous poser la question de la nature de ce système pédagogique ancien, hautement valorisant pour les individus qui y sont formés et qui a eu et a toujours une place prépondérante au sein des sociétés d’Iran et d’Iraq en les influençant fortement dans un sens ou dans l’autre. D’un point de vue méthodologique, il est nécessaire de répondre à de nombreuses questions, mais également de pouvoir répliquer aux oppositions et aux

1 - Un Hawzeh Elmieyeh est une école traditionnelle islamique où les étudiants religieux (Taleb) suivent une formation théologique, obtiennent des grades et forment ainsi le clergé chiite. Voir : Huit écrivains iraniens, Le clergé et la source d’imitation, 1960, Téhéran, Ed. Entechar, p. 122.

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questionnements que notre travail ne manquera pas de susciter chez des intellectuels spécialisés dans le domaine de notre étude. C’est pourquoi, nous nous sommes basés sur deux éléments principaux : - D’une part, nous nous sommes inspirés de documents existants, archivés dans des bibliothèques, ainsi que d’analyses manuscrites, d’ouvrages et de revues publiques, mais également de journaux propres aux écoles religieuses, ainsi que de sites Internet récemment mis en place par ces Hawzeh Elmieyeh. - D’autre part, nous nous sommes fondés sur des interviews, des rencontres personnelles et des contacts avec les responsables de ces écoles. Nous nous sommes appuyés sur des entretiens avec ces mêmes responsables afin d’en savoir d’avantage sur leurs expériences personnelles au sein de ces écoles. Nous nous sommes également basés sur notre propre expérience au sein d’une de ces Hawzeh Elmieyeh à Ispahan en Iran. Ces études nous permettrent par la suite d’identifier la place et le rôle des centres d’études religieuses ainsi que le parcours d’étude établi au sein de ces institutions. Afin de pouvoir exploiter au mieux les lieux sur lesquels nous pouvons travailler et obtenir un résultat satisfaisant, nous utiliserons les terrains et les moyens suivants: Nous avons choisi cinq guides spirituels de haut rang qui ont été des responsables importants pendant plusieurs années dans certaines Hawzeh Elmieyeh. Nous avons discuté avec chacun d’entre eux séparément et leur avons posé la question principale de notre problématique : pourquoi n’existe-t-il pas un manuel détaillé qui retrace 8

les démarches nécessaires à l’entrée dans les écoles religieuses et à la poursuite des études dans ces écoles ? Nous avons eu des entretiens téléphoniques et des rencontres avec de hauts responsables et des personnes spécialisées dans le domaine de notre étude. Ces contacts ont eu lieu à Qom et Téhéran en Iran, à Najaf en Irak, à Paris et à Londres en Europe. Nous avons contacté ces personnes afin d’en savoir plus sur leurs expériences personnelles ainsi que pour tenter d’obtenir d’eux des avis sur des livres ou documents existants et auxquels nous pourrions nous intéresser. La difficulté de la tâche s’avère importante car jusqu’ici, nous n’avons pu obtenir que deux brochures concernant le fonctionnement de ces écoles (examens, notations, parcours scolaire). De plus, ces brochures n’ont pas été actualisées et datent de plus de vingt ans, les systèmes ayant changé depuis. Il n’existe pas non plus de brochures ou de manuels indiquant le parcours que doit effectuer un étudiant avant d’arriver au poste de guide spirituel de haut rang. Notre choix s’est porté sur deux principaux centres religieux : celui de Qom en Iran et celui de Najaf en Irak. Nous avons retenu ces centres religieux car ils sont les plus anciens et les plus performants. De plus, ils sont considérés comme des références pour les religieux : les plus grands guides spirituels de haut rang ont obtenu leurs postes dans ces écoles, puis se sont déplacés vers d’autres centres. Mais avant de commencer l’analyse des écoles religieuses chiites (Hawzeh), il est peut-être nécessaire de jeter un rapide coup d’oeil sur l’histoire du chiisme luimême, lequel est un moyen de mieux comprendre le fonctionnement de ces écoles. L'histoire du Chiisme, se définit dès son origine par le rapport très particulier qu’entretient la religion et la politique. Si « le Chiisme est 9

avant tout une scission politique au sein de 1'Islam, pendant plus de mille quatre cents ans son développement en tant qu'idéologie d'opposition, a conditionné durablement son attitude envers le pouvoir ».2 Le Chiisme existe depuis les premiers temps de l'Islam. Pour bien comprendre le phénomène qui a été à l'origine de sa naissance, il est nécessaire de revenir en arrière, au tout début de notre histoire. Lorsque l'Islam fut présenté par le Prophète Mohammad à l'humanité, les premières personnes à l'accepter manifestèrent une ardeur et une dévotion exceptionnelles pour la propagation et la protection de cette religion. Pendant la période des deux premiers Califes Abou Bakar et Oumar, les différentes conspirations qu'ils montèrent ne purent être menées à leur terme, en raison du grand nombre de Compagnons encore présents. A la fin du troisième Califat, celui de Ousman, la situation de la communauté musulmane était déjà assez différente: la génération des Compagnons du Prophète avait commencé à disparaître. Les ennemis de l'Islam comprirent que le moment qu'ils attendaient était enfin venu. Un certain nombre de mouvements apparut alors au sein de la population (oummah) avec comme but inavoué de créer la division entre les croyants. Pour ce faire, certaines personnes acceptèrent l'Islam en apparence afin de mieux réussir leur travail de destruction. Une d'entre elles était un Yéménite, nommé Abdoullah Bin Saba. Il fut justement celui qui provoqua la plus importante scission

- D'après Jean Pierre Digard "l'origine de l'idée d'un Chiisme fondamentalement contestataire du pouvoir central doit être recherchée à la fois dans l'histoire la plus ancienne (VIIe siècle) et dans l'histoire la plus récente (XIXe et XXe siècles) de cette religion.", Revue Hérodote 18. « shiisme et Etat en Iran ». J.P. Digard.

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au sein de la communauté musulmane, en étant à l'origine d'un nouveau mouvement: le Chiisme (ou "Chi'at-é-Ali", parti de Ali). Bien que les musulmans dans l'ensemble (avec à leur tête Ali lui-même) rejetèrent catégoriquement et condamnèrent avec la plus grande fermeté toute la fausse allégation, il y eut quand même un certain nombre de personnes qui y apportèrent foi. Ils se déclarèrent ainsi comme faisant partie du "Chi’ite Ali" (littéralement "parti de Ali"), et à ce titre, ils se proclamèrent comme étant les véritables défenseurs de la famille du Prophète. Peu à peu, leur nombre commença à grandir, surtout parmi les habitants de Madâ'in, ville où Abdoullah Bin Saba avait été exilé. Cependant, comme Ali, qui était alors Calife, rencontrait à la même époque un certain nombre de difficultés pour unir les musulmans et éliminer tout foyer de division politique, il ne put prendre des mesures supplémentaires contre Bin Saba et ses adeptes. Ce qui leur permit d'affermir leur mouvement, ne cessant d'exister à travers l'histoire, jusqu' à aujourd'hui. Ce qui commença ainsi comme une revendication politique se muta peu à peu en un nouveau mouvement religieux. Il est à noter que les Chiites se sont divisés à travers l'histoire en un grand nombre de sectes. Les plus connues sont les suivantes: les Chiites duodécimains, les zaydites et les ismaéliens. La principale source de divergences entre ces différents mouvements porte sur la désignation des Imams. Alors que pour les "Ahlou-sounnah wal Jama'ate" (appelés aussi les "Sunnites", qui représentent la grande majorité des musulmans) l'Imam n'a pour fonction que de diriger la prière, pour les Chiites au contraire, Imâm a une fonction autrement plus importante. Selon eux, l'Imamat est un concept qui participe de la foi, au même titre que la foi en un Dieu Unique. Toujours selon eux, Imâm représente l'unique source d'autorité spirituelle, temporelle et politique pour la communauté musulmane dans son ensemble. Cette autorité lui est 11

confiée par décret divin, et il détient des pouvoirs miraculeux et une connaissance de l'Invisible, comparable à celle de Dieu. L'Imam est à leur yeux un être infaillible, qui représente le lien indispensable entre Dieu et les hommes. L'obéissance due à Imâm doit être totale. Dans le Chiisme, Imâmat est héréditaire; le premier Imam était Ali, tandis que le dernier est Muhammad "Al mahdi al mountazar" ou encore l'"Imam caché", qui reviendra sur terre à la fin des temps pour rétablir la justice. Alors que les duodécimains croient en la prééminence de douze Imams, les zaydites eux ne sont partisans que de cinq, tandis que les Ismaéliens sont septièmes (partisans de sept Imams). Le Sunnisme (qui représente l'orthodoxie musulmane) s'oppose au Chiisme sur de très nombreux aspects. Déjà, sur la question de la succession du Prophète, les sunnites reconnaissent que l'ordre suivi a été le bon et que Ali n'avait pas de prééminence par rapport aux deux premiers Califes. Ainsi, toute la théorie d'une éventuelle privation de pouvoir légitime à Ali par les Compagnons est totalement rejetée. Par ailleurs, Ali avait dénoncé de son vivant toutes les croyances hérétiques qui le concernaient. (Beaucoup de chiites interprètent ceci comme une dissimulation de la vérité à son sujet par Ali, de peur de représailles.) Nous avons adopté dans la présentation : une première partie portant sur le contenu de la ramification de la religion musulmane et en particulier les ramifications chiite et sunnite en Iran et en Irak (une présentation rapide, du point de vue organisationnel, de la vie pratique des Chiites, et des sunnites). Dans une deuxième partie, nous nous pencherons sur les Hawzeh chiites de Qom et chiites en particulier, en résumant leur histoire, leurs systèmes d’enseignement, 12

leurs systèmes administratifs, le cursus et les différentes réformes appliquées. Nous insisterons plus particulièrement sur le rôle des théologiens (Uléma3), notamment les plus hauts placés dans la hiérarchie. Nous verrons que le système des Hawzeh chiites est un système rudimentaire dépourvu d’ordre et de hiérarchies classiques. Bien que la hiérarchie soit reconnue par la société, l’acquisition de ce rang se fait sans contrôle et peut être le fruit du hasard. Ce système permet à un étudiant (Taleb) de faire toute sa formation et sa « carrière» sur place au sein du Hawzeh chiites L’étude du Hawzeh chiites peut se développer ainsi : - L’évolution des Hawzeh chiites et leur histoire ; - Le système d’enseignement, les moyens d’accéder aux cours, le système des examens et la répartition des différents diplômes ; - Le système administratif, les directives et le rôle des sources d’imitation (Marjae-é Taqlid 4) religieux dans les Hawzeh chiites ;

3 - Les Ulémas ou Oulémas (en arabe ‫ ) َُ ء‬sont les théologiens de l'islam. Le singulier se dit Âlim (en arabe ‫ .) ل‬Le Âlim est celui qui ِ détient la science, le savant. Dans le Coran, al-Âlim, est celui qui sait tout, c’est l'un des 99 noms de Dieu. Voir Encyclopedia Universalis, J. SCHACHT, An Introduction to Islamic Law, Oxford, 1964 (trad. Introduction au droit musulman, Paris, 1983). 4 - Le Marjae-é Taqlid, source d'imitation. Le mot Marjae-é Taqlid désigne en arabe la source ou la référence. Tout chiite se doit de se conformer aux prescriptions d'un Marjae-é Taqlid pour la conduite de sa vie religieuse. Voir Iranica, E. YAR-SHATER dir. Iran Faces the Seventies, New York, 1971.

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- Le système de distribution des dons, des droits d’inscription, des procédés économiques et des différentes sources de revenus des religieux ; - Le système vestimentaire des Marjae-é Taqlid et des étudiants ; - Le type d’organisation adopté. Au travers de cette étude, c’est donc sur ces différents points et sur la manière de réagir face à ce phénomène que nous avons tenté d’apporter un début de réponse : en théorie le Hawzeh chiites est un centre d’études religieuses. Il ne s’agit donc pas d’une formation politique. Mais la réalité est tout autre, l’intervention des guides religieux dans les problèmes essentiels et surtout dans l’endoctrinement des fidèles pour accéder au paradis, fait que le Hawzeh chiites joue un rôle déterminant dans la vie politique des Marjae-é Taqlid et de leurs imitateurs. L’influence des Marjae-é Taqlid sur leurs fidèles étant spirituelle et donc à priori imperceptible, est-elle réelle ? Dans la troisième partie, nous évoquerons les études, les conditions d’élection et la hiérarchie des chiites Taqlid. Nous allons spécifier l’émergence du chiites Taqlid et étudier la nature des relations selon les correspondances permanentes qui ont eu lieu entre les centres d’études religieuses et leurs dirigeants de haut rang. Dans cette étude, bien que nous manquions de documents sur certains points, nous essayerons de développer pas à pas la démarche requise pour devenir un chiites Taqlid. Cette étude va se baser, entre autres, sur des documents, mais également sur des témoignages et des entretiens personnels avec les plus hauts Maraje-é Taqlid. Ces entretiens nous permettront d’étudier les relations entre les différents Maraje-é Taqlid et avec les fidèles.

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Nous allons par la suite étudier le système des Maraje-é Taqlid dans les Hawzeh chiites de Qom et de Najaf en analysant le cheminement nécessaire pour parvenir à différents rangs de chiites Taqlid. Nous aborderons également l’historique des cinq grands Maraje-é Taqlid contemporains en Iran et de cinq autres en Irak. Nous étudierons les relations familiales et les mariages entre eux. Nous examinerons les cas de discordances entre eux et, d’une manière générale, leur politisation ou non. Enfin, nous tenterons de démontrer, au travers des échanges, des jugements et des entretiens de vive voix avec ces Maraje-é Taqlid, que malgré le problème fondamental qui se pose entre les Maraje-é Taqlid et le pouvoir politique…, il semble exister une volonté d’exportation de la doctrine chiite et de prise de pouvoir à l’échelle mondiale.

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CHAPITRE PREMIER

Une synthèse sur les religions chiite et sunnite

LA RELIGION MUSULMANE
Un Dieu et plusieurs sectes

Les origines de l'islam :
Le mot « islam » signifie simplement soumission à Dieu. Un musulman est l’individu qui observe la loi de l'islam. Selon les musulmans la révélation de l'islam fut donnée à Mohammad, révéré par les musulmans comme le plus grand prophète « Mohammad ». 5 Le population du monde musulman aujourd’hui est de près de 1 160 000 000 (un milliard 160 millions) d’adeptes à travers le monde. L’islam est la deuxième religion de l’humanité après le christianisme. Il y a moins de dix ans, les musulmans étaient moins nombreux que les catholiques (837 308 700 musulmans pour 886 698 600 catholiques en 1986). Aujourd’hui, la situation s’est inversée, mais le christianisme, avec ses différentes églises, reste la première religion du monde avec près de 1,4 milliard d’adeptes. À l’époque des croisades, le Prophète Mohammad fut l’objet de calomnies de toutes sortes. Avec l’avènement de l’époque moderne, marqué par la tolérance religieuse et la liberté de pensée, il y eut un grand changement dans l’approche des auteurs

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-Après avoir prononcé Mohammad, les musulmans disent : « la Paix et les Bénédictions de Dieu soient sur lui »

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occidentaux, dans leur façon de décrire la vie et le caractère de Mohammad. L’exposé de certains érudits non musulmans concernant le Prophète Mohammad justifiera d’ailleurs cette opinion. Mohammad représente le dernier maillon de la chaîne des prophètes envoyés sur terre et à différentes époques, depuis le début de la vie humaine sur cette planète. Le Prophète Mohammad est né le vendredi, 17 Rabi-ul- Awwal 53 avant l'hégire, soit le 22 juin 570 de l'ère chrétienne, à la Mecque. Ses parents sont des nobles de la tribu des Banou hachim, descendants d'Ismaël, fils d'Abraham. Ils sont réputés pour leurs bonnes mœurs et la droiture de leur cœur. Son père Abdallah Ben Abdelmottalib décède alors que Mohammad est dans le ventre de sa mère. À six ans, il perd sa mère et est confié à son grand-père qui décède alors qu'il n'a que 8 ans. Il grandit chez son oncle où il garde des moutons. Vers 40 ans, Mohammad se retire régulièrement dans la montagne pour méditer longuement. Il y rencontre l'Ange Jibril (Gabriel) qui lui révèle les 5 premiers versets du Coran. C'est ainsi que Mohammad devient le Prophète des musulmans. Dieu dit : « Certes, Dieu et Ses anges bénissent le Prophète. Ô croyants ! Bénissez-le et adressez-lui vos salutations ». (Coran Sourate Les Coalisés, Verset 56) Depuis des siècles, les musulmans du monde entier commémorent sa naissance. C'est l'occasion de renouveler leur pacte et leur amour envers Lui car il incarne le message divin qui permet de s'élever au ciel. Étant humain, le Prophète montre l'exemple, Il est la voie à suivre. 20

Les quelques trente années qui suivent la mort du prophète sont déterminantes pour l'histoire de l'Islam. Elles ouvrent une période d'expansion et de conquêtes mais surtout, avec la question de la succession, elles sont à l'origine de la profonde division du monde musulman, encore souvent vécue de manière combative. L'Islam chi'ite affirme, depuis le VIIIe siècle après J.C. (IIe siècle de l'hégire) que Muhammad a désigné comme devant être son successeur Ali, son cousin, époux de sa fille Fatima et père de ses deux petits-fils, Hassan et Husayn. Les grands Compagnons du Prophète auraient passé outre à sa volonté en désignant l'un d'entre eux, Abu Bakr en l'occurrence, comme premier calife. L'Islam sunnite, constitué chronologiquement au IIIe siècle (IXe siècle après J.C.) hésite à se prononcer car il est en partie tributaire de récits chiites. Le jeu politique complexe des trois premiers siècles de l'Islam interfère constamment, en l'espèce, avec l'histoire. Face à la thèse chi'ite de la désignation de Ali, la contre-thèse sunnite de la désignation d'Abu Bakr, le premier calife historique, finira par se construire. Dans le monde musulman, il existe deux grandes sensibilités qui se partagent : - Le sunnisme (gens de la « sunna ») c’està- dire de la tradition qui comporte 88% des musulmans.

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- Le chiisme (gens de la chiite), parti d’Ali qui en comporte 15%, surtout en Iran, en Iraq et au Liban. 6 Ces deux mouvements sont nés de querelles de succession provoquées par la mort du troisième Calife (Osman) et l’élection du quatrième (Ali), cousin et gendre du prophète. Sur certains points d’exégèse coranique la lecture chiite du coran diffère de la lecture sunnite pour une question de culture. 7

- Environ 20 % de la population mondiale est musulmane. Une majorité vit en Asie (812.000.000) et en Afrique (315.000.000). Les musulmans se répartissent en deux grandes traditions, Les Sunnites (83 %) et les chiites (17 %).
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- D’après Paul Balta et Anne-Marie Del Cambe, L’ETAT des religions, p.149. 2 -Encyclopédique Universalisa, Islam, p. 125.

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LA RAMIFICATION DES SUNNITES
Les Sunnites :
Descendants spirituels de ceux qui acceptèrent l'arbitrage, les sunnites reconnaîtront le pouvoir de Moâwiyya, fondateur de la dynastie ommatidie qui régnera à Damas et en Andalousie. Selon eux, on doit obéir à tout calife institué, dès lors qu’il ne commande rien contre les coraniques. Kharidjites et chiites ont toujours été minoritaires et ne représentent aujourd'hui qu’environ 17% du monde musulman, alors que les sunnites constituent l'écrasante majorité. C'est en vertu de leur nombre plus que d'un principe théologique que ces derniers ont fait du sunnisme l'orthodoxie de l'Islam. Ils s'appelleront " gens de la communauté et de la tradition ", d'où le nom de sunnites qui leur est donné (« Al-Ejamaa, va Sunnat », l’unanimité et la tradition.) Par opposition à l'idéal chiite ou kharidjite, utopiste, passionné et assez mystique, l’idéal sunnite se veut réaliste, raisonnable et inséré dans l'histoire. Leur exégèse du Coran se borne souvent au sens littéral et contrairement aux chiites et aux soufis (mystiques), ils se gardent d'en rechercher le sens caché. Cette prudence ne signifie pas pusillanimité.

En bref :
. Les sunnites sont le courant majoritaire de l'Islam qui s'appuie sur la Sunnat, "Al-Ejamaa, va Sunnat», 23

l’unanimité et la tradition (usage, coutume, Actes et paroles de Mohammad.)
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Les Sunnites sont ceux qui obéissent à la théorie et à la pratique de la Sunna. Ils représentent les musulmans "orthodoxes" (en conformité avec la doctrine originelle de l'Islam).

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