Dieu au risque du monde

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Notre société occidentale sécularisée se préoccupe bien peu de ce qui, en notre monde, advient de Dieu... Que de moins en moins de pratiquants lui soient fidèles, que les médias déforment son image, que des fanatismes l'utilisent idéologiquement, ou que quelques-uns gémissent de le voir délaissé intéresse finalement peu de monde. Et lorsque cette même société est travaillée par l'idée du risque, elle néglige celui pris par Dieu au milieu de nous.
Publié le : lundi 1 février 2010
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EAN13 : 9782296248045
Nombre de pages : 126
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Collection « Droit, Société et Risque »
Sous la direction scientifique du Centre de Recherche sur les Relations entre le Risque et le Droit (C3RD), Faculté Libre de Droit, Université Catholique de Lille Ont vocation à être publiés dans cette collection des ouvrages essentiellement universitaires, traitant des réactions de la société contemporaine face aux diverses sortes de risques. Ils peuvent appartenir aux disciplines juridiques, mais aussi économiques, sociologiques, de science politique, voire psychologiques. Les risques envisagés peuvent être naturels ou technologiques, mais aussi sociaux, économiques, juridiques, politiques ou autres. Ils entraînent, selon leur nature, des réactions juridiques et sociales diverses allant du principe de précaution à la répression pénale, des mécanismes de stabilisation des marchés boursiers aux validations législatives, pour ne prendre que quelques exemples non exhaustifs. Les ouvrages sont sélectionnés en fonction de leur originalité, de leur qualité scientifique, et de leur contribution au débat d'idées sur la place et le traitement du risque dans la société contemporaine. Dans le cas des thèses de doctorat, il sera exigé que le jury en ait autorisé la publication.
Les manuscrits seront adressés aux Professeurs Placide M. MABAKA et Françoise DEKEUWER-DEFOSSEZ, Laboratoire C3RD, Faculté libre de Droit, 60 Boulevard Vauban, B.P. 109, 59016 Lille Cedex.

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© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-11101-1 EAN : 9782296111011

SOMMAIRE

Avant-propos.........................................................................................................................................................................7 Introduction ............................................................................................................................................................................9 Chapitre 1 ................................................................................................................................................................................11 Contexte socio-anthropologique Chapitre 2 ................................................................................................................................................................................41 Fondements théologiques Chapitre 3 ................................................................................................................................................................................67 Médiations sacramentelles Chapitre 4 ................................................................................................................................................................................95 Pratiques ecclésiales Conclusion ........................................................................................................................................................................121 Dieu au risque de son peuple

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AVANT-PROPOS

« Dieu ne s’est pas seulement fait une fois chair, il se fait tous les jours matière pour se donner à l’homme et en être consommé. Réciproquement, par la fatigue, le malheur, la mort, l’homme est fait matière et consommé par Dieu. Comment refuser cette réciprocité ? »1 Ce constat de Simone Weil résume avec clairvoyance la relation ô combien risquée que Dieu entretient constamment avec l’individu humain et, par voie de conséquence, avec le monde. Assurément, ce depuis la nuit des temps, l’humain a toujours conçu sa relation avec Dieu de manière apparemment contradictoire. Aussi se retrouve-t-il le plus souvent dans une situation de déchirement – facteur d’un risque d’une double nature – basé sur l’adhésion ou non à l’idée que Dieu existe. Si la reconnaissance de l’existence de Dieu se traduit naturellement par une pratique du Culte ou de la Foi, il n’en demeure pas moins vrai qu’une telle pratique se transforme parfois en une sorte de fanatisme, voire d’extrémisme religieux paroxysmique. Ainsi, « Dieu » encourt le risque d’apparaître comme un danger pour l’Homme, une menace pour le monde dès lors qu’il est érigé en source de légitimation de toutes les formes de dénégation de la dignité humaine et/ou de l’inégalité parmi les Hommes. Par ailleurs, tout en souscrivant à l’idée que Dieu existe, d’aucuns se façonnent néanmoins un « Dieu » conforme à leurs attentes, lequel ne devient finalement que la projection de leur propre image. En conséquence, l’Homme dépouille Dieu de sa dimension universelle et communautaire. Le risque ici perceptible est bien évidemment la tendance à la particularisation de Dieu par l’Homme, facteur potentiel de déstabilisation du monde du fait d’un manque flagrant de repères dû à la perte de certaines valeurs essentielles communes, indispensables au progrès de l’humanité.

1

S. Weil, La pesanteur et la grâce, Librairie Plon, coll. « Agora », pp. 83-84.

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AVANT-PROPOS

A l’opposé, le rejet de Dieu par l’Homme pourrait également générer un certain nombre de risques. A titre d’exemple, l’athéisme aveugle pourrait amener l’individu humain à se considérer lui-même comme étant « Dieu », ce qui pourrait poser la question de la conciliation des « absolus » concurrents. En clair, du fanatisme ou extrémisme induit de la pratique de la Foi, on bascule vers une autre forme d’intolérance qui, en tous les cas, produit les mêmes effets indésirables, à savoir : le risque de la négation même de l’Humanité. En tout état de cause, la relation dialectique de l’Homme à Dieu et de Dieu à l’Homme relève du domaine de l’indicible ; elle oscille entre le religieux et l’antireligieux, la Foi en Dieu et son rejet ou tout simplement l’indifférence de l’humain vis-à-vis de Dieu. Dans ce contexte particulier, le présent ouvrage a le mérite de réfléchir théologiquement sur le rapport à l’avenir de l’Homme avec Dieu, tout en interrogeant d’autres disciplines scientifiques.

Placide M. MABAKA Professeur de Droit public Directeur du Centre de Recherche sur les Relations entre le Risque et le Droit (C3RD).

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INTRODUCTION

Dieu au risque du monde
La question de la présence de Dieu à notre monde se pose de bien des manières. En particulier, croyants et incroyants buttent sur la question du mal et de la souffrance, s’interrogeant sur leur origine, sur leurs causes, et sur l’incapacité d’un Dieu dit « tout-puissant » à en arrêter le déferlement. On cherche à expliquer le silence de ce Dieu face aux malheurs des hommes, on appelle à l’aide, ou on se détourne de toute réflexion à ce sujet. Le christianisme affirme pourtant que Dieu fait plus que s’intéresser aux hommes : Dieu est venu chez les hommes, Dieu s’est compromis en notre humanité. Désormais, plus rien de notre vie ne lui est étranger. Et il a pris le risque d’y être pour toujours lié… Notre société occidentale sécularisée se préoccupe bien peu de ce qui, en notre monde, advient de Dieu… Que de moins en moins de pratiquants lui soient fidèles, que les médias déforment son image, que des fanatismes l’utilisent idéologiquement, ou que quelques-uns gémissent de le voir délaissé intéresse finalement peu de monde. Et lorsque cette même société est travaillée par l’idée du risque, elle néglige celui pris par Dieu au milieu de nous. C’est au carrefour de ces questions qu’est apparu le thème de cet ouvrage écrit collectivement par une équipe de chercheurs. Le point de départ tient en cette conviction que c’est bien Dieu qui, dans son abaissement, a pris le plus grand risque. Non seulement il allait courir les risques de toute vie humaine ; mais surtout, il allait livrer son image au bon vouloir des hommes. Comment accueillent-ils la révélation de sa divinité ? Comment désirent-ils à la fois leur liberté et le secours de Dieu ? Jusqu’à quel point, en Eglise, lui seront-ils fidèles ? A l’image de sa naissance en Jésus de Nazareth, Dieu se rend vulnérable. Dieu prend le risque de la pauvreté, de l’injustice, de la violence. Dieu prend le risque de ne plus être reconnu comme Dieu… 9

INTRODUCTION

Ces questions sont abordées dans les pages qui suivent, selon quatre axes. Une première entrée est celle du contexte socio-anthropologique après un bon éclairage historico-juridique ; il s’agit de préciser d’entrée de jeu ce que l’on entend par risque. On peut alors examiner les fondements théologiques de cette ample question : que veut-on vraiment dire lorsqu’on parle de « Dieu au risque du monde » ? Dans la suite, on s’attache aux nécessaires médiations sacramentelles en jeu lorsqu’on évoque la présence de Dieu aujourd’hui. Le quatrième volet est celui de la pratique. Puisse le lecteur trouver dans ce parcours (socio-anthropologique / théologique / ecclésio-sacramentel / pratique) de quoi nourrir et prolonger sa réflexion, sa rencontre avec ce Dieu qui ne craint pas de se risquer, chaque jour, sur nos chemins.

Michèle CLAVIER Professeur à la Faculté de Théologie, Université Catholique de Lille

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CHAPITRE 1

Contexte socio-anthropologique
Cette première partie du travail s’ouvre par d’utiles données juridiques puis déploie quelques réflexions sur ce que l’on entend vraiment par « risque » aujourd’hui : précisions sémantiques indispensables à la suite et que présentent, chacun à sa manière, Paul Scolas et Florence Bertrand.

A les lire, on mesure bien toute l’ambivalence qui affecte un tel concept, et donc toute la difficulté du discours à son sujet. Risque de la prise de parole ! Mais également invitation à bien se situer soi-même face au bonheur tragique d’exister…

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CHAPITRE 1

Approche juridique
Françoise Dekeuwer-Défossez Agrégée des facultés de droit Professeure à la Faculté libre de droit de Lille

C’est peu dire que l’intitulé de l’intervention est paradoxal : car il n’y a bien évidemment pas d’approche juridique de la problématique de ce colloque. Que Dieu soit soumis ou subisse les risques du monde n’est pas une question juridique, mais théologique ou philosophique. Pourtant, si cette intervention a été sollicitée, ce doit être parce que les organisateurs ont eu la conviction que leur objet d’étude -Dieu au risque du monde- comportait une facette juridique, dans la mesure où le « monde » est structuré par des règles juridiques, lesquelles régissent, entre autres, le fait religieux. Si Dieu n’est évidemment pas objet de droit, les religions, elles, le sont forcément dans toutes les sociétés. On peut distinguer grossièrement deux grandes catégories de systèmes juridiques : ceux qui s’appuient sur une religion d’Etat, (qui peut d’ailleurs être un athéisme d’Etat), et ceux des Etats « Laïcs » qui ne donnent la préférence à aucune religion et reconnaissent à leurs citoyens une totale liberté religieuse. Entre ces deux extrêmes existent nombre de systèmes intermédiaires, notamment des Etats confessionnels reconnaissant une certaine liberté aux minorités religieuses, ou des Etats multiconfessionnels dans lesquels chaque citoyen est rattaché à une religion dotée d’un statut officiel. Contrairement à ce que l’on a tendance à imaginer quand on est français, les Etats européens ne sont pas tous laïcs, tant s’en faut : à titre d’exemples, la reine d’Angleterre est encore le chef de l’Eglise anglicane, et l’Eglise orthodoxe de Grèce bénéficie toujours d’une protection constitutionnelle. Mais la liberté de conscience est garantie à tous les citoyens dans ces deux pays, comme dans tous les 12

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