Dieu dans la modernité

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Le Dieu de la modernité se retire de l'histoire et du monde en laissant l'homme vaquer à ses affaires temporelles. Plutôt que de s'ouvrir au transcendant, il se conçoit d'abord et avant tout comme transcendance dans l'immanence, appelé à construire le monde et l'histoire sans nécessairement l'intervention de Dieu. La rupture épistémologique que l'auteur préconise consiste à fixer le débat philosophique sur l'homme comme un existé fondamentalement religieux.
Publié le : samedi 1 décembre 2012
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EAN13 : 9782296512054
Nombre de pages : 300
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Augustin Ramazani Bishwende
DIEU DANS LA MODERNITÉ
Supprimer la religion, n’estce pas supprimer l’homme ?
PENSÉE AFRICAINE
Dieu dans la modernité
Collection « Pensée africaine » dirigée par François Manga-Akoa e En ce début du XXI siècle, les sociétés africaines sont secouées par une crise des fondements. Elle met en cause tous les secteurs de la vie. Les structures économiques, les institutions politiques tels que les Etats et les partis politiques, la cellule fondamentale de la société qu’est la famille, les valeurs et les normes socioculturelles s’effondrent. La crise qui les traverse les met en cause et au défi de rendre compte de leur raison d’être aujourd’hui. L’histoire des civilisations nous fait constater que c’est en période de crise que les peuples donnent et expriment le meilleur d’eux-mêmes afin de contrer la disparition, la mort et le néant qui les menacent. Pour relever ce défi dont l’enjeu est la vie et la nécessité d’ouvrir de nouveaux horizons aux peuples africains, la collection « Pensée africaine » participe à la quête et à la création du sens pour fonder de nouveaux espaces institutionnels de vie africaine. Dernières parutions Dieudonné EKOUMA ASSEKO,Essai d’initiation à la philosophie, 2012 Philippe VERDOL,Déshumanisation et surexploitation coloniale. Démounaj etPwofitasyonla Guadeloupe contemporaine dans , 2012. Emmanuel OKAMBA,L’éthique du Kébé-kébé et la promotion du leadership chez les Mbosi du Congo.Le réveil d’Odi, 2012. Joseph WOUAKO TCHALEU,François Hollande et la Françafrique : le défi de la rupture, 2012. Souka SOUKA,Congo, du Royaume à la République. L’histoire d’un échec permanent, 2012. Charles Jean Marie MINYEM,Rationalités et problématique du développement en Afrique, 2012. Yaovi AKAKPO,La recherche en philosophie, De l’intuition du thème à la soutenance de thèse, 2012. Berthe LOLO,Concepts de base en anthropologie psychanalytique. Pour une pluralité culturelle. Fascicule 4, 2012.
Augustin Ramazani Bishwende
Dieu dans la modernitéSupprimer la religion, n’est-ce pas supprimer l’homme ?
© L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-00128-9 EAN : 9782336001289
INTRODUCTION e Le XVIII siècle, appelé communément le siècle des Lumières oul’Aufklärung, est une période de l’histoire fascinante à double titre. Elle est d’une part fascinante pour sa foi dans le progrès et l’espoir qu’il suscite contre toutes les formes de l’obscurantisme et de superstitions. La science joue un rôle prééminent et la diffusion du savoir encyclopédique est perçue comme le fondement même de toutes les transformations sociales. Elle est d’autre part fascinante pour sa rationalité critique, surtout pour avoir opéré un véritable tournant dans l’histoire de la pensée philosophique. A partir des Lumières tout sera vu, interprété, pensé et repensé du point de vue de la rationalité critique, même la religion n’y échappera pas. Nous sommes fascinés par cette période pour avoir initié une véritable déconstruction de la métaphysique scolastique en nous introduisant véritablement dans la modernité. La modernité a été véritablement un mouvement de libération de l’homme. Elle a délivré l’homme de la majesté du pouvoir religieux, royal et la sainteté du sacré (Kant). « Sans quatre siècles de sécularisation, nous n’aurions jamais abouti au concept profane de la démocratie, sans la mathématisation galiléenne du monde, nous n’aurions jamais vu naître des sciences de la nature, sans Darwin et la révolution biologique, nous n’aurions jamais connu l’aventure de la phylogenèse et les lois des espèces, sans Freud et la psychologie des profondeurs, nous n’aurions jamais redécouvert le mécanisme des pulsions et de l’inconscient. Ce sont, par conséquent, ces mouvements « négatifs » par rapport à l’ancien état de choses qui ont forgé la conscience de l’homme 1 moderne» . Néanmoins, la fascination n’exclut pas de e reconnaître les ambiguïtés des Lumières. Le XVIII siècle peut être qualifié de période ambiguë dans l’histoire au moins sur le plan idéologique. Tous les peuples et civilisations qui n’usent
1  DARYUSH SHAYEGAN,La lumière vient de l’Occident. Le réenchantement du monde et la pensée nomade, France : Éditions de l’Aube, 2001 et 2005, p. 11.
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pas de la rationalité critique seront considérés comme étant plongés dans l’obscurantisme. Ainsi les cultures religieuses de tous ces peuples en dehors des Lumières seront disqualifiées et qualifiées des ténèbres si pas de diaboliques. Entre la fascinationl’ et ambiguïtéy a-t-ilrésilienceSi les Lumières ? s’obscurcissent, les ténèbres s’éclaircissent. Au milieu de la crise que traversent les religions monothéistes révélées, la résilience se situe dans la capacité que présentent les religions monothéistes non révélées à promouvoir une nouvelle conception du religieux dans la société-monde que nous considérons véritablement comme une « Révolution de Dieu ». 1. L’Aufklärung, tournant radical dans la déconstruction de la Scolastique Le monde a connu un véritable tournant dans la philosophie de la religion depuis la fin de l’époque médiévale. Et ce tournant commence avec les philosophies des Lumières. Si à l’époque médiévale, la religion consistait à être reliée à Dieu, au monde transcendant, aux divinités, au surnaturel en demandant à l’homme de vivre conformément aux vouloirs des divinités ; depuis les siècles des Lumières, siècle laïc et démocratique, la religion ne consiste plus dans la recherche d’un Dieu dans sa verticalité, dans la recherche d’un Dieu enfermé dans les dogmes de différentes traditions religieuses, cependant, la religion se veut ouverture dans l’horizontalité de notre existence, ouverture à notre monde habité par ledasein, l’être-là, confronté à sa finitude ontologique qu’est la mort. Le divin n’est guère repérable et situé en dehors de l’homme mais dans les cœurs des humains. L’homme doit désormais chercher Dieu dans l’horizon de son existence concrète. Une des préoccupations majeures des philosophes des Lumières particulièrement la philosophie de l’histoire de Dilthey, consiste à rejoindre la vie des individus, l’objectif se veut de gérer les sociétés humaines. « Les valeurs fondamentales des Modernes quoi qu’on en dise ici ou là, n’ont à vrai dire rien d’original…ni de très moderne. Ce qui est neuf, en revanche, c’est le fait qu’elles soient pensées à partir de l’homme et non déduites d’une révélation qui le précède et l’englobe. Ce qui est nouveau,
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sans doute, c’est que la transcendance indéfinissable dont elles portent témoignage se découvre, elle aussi, au cœur de l’humain et qu’elle puisse ainsi s’accorder au principe des principes constitutifs de l’humanisme moderne : celui du rejet et des 2 arguments d’autorité » . Et l’on comprend bien la nouvelle orientation de l’épistémologie du siècle des Lumières : une reprise historique et critique de la révélation chrétienne est indispensable et nécessaire pour mieux accéder à l’intelligence des Saintes Écritures par la lumière naturelle. La posture métaphysique de la philosophie de la religion présente quelques conséquences majeures. Si la religion est ouverture verticale, elle est ouverture à Dieu le Tout Autre, l’Absolument différent de ce que nous sommes. La transcendance doit être cherchée ailleurs, dans quelque chose ou quelqu’un de plus grand que moi, que nous, que toi, que vous. De ce fait, l’homme doit fuir le monde en trouvant refuge en un Dieu lointain et incorruptible, en un Dieu parfait, en un Dieu transcendant au monde et qui ne peut jamais se laisser prendre aux pièges de la temporalité, qui ne peut se confondre avec la vie du monde. Cette conception présente le risque bien réel de vivre une spiritualité désincarnée, éthérée et irréelle, tournée vers l’au-3 delà et se désintéressant des problèmes du monde . Néanmoins, la posture horizontale inaugurée par les Lumières situe la source, le devenir et l’horizon de toute religion dans l’histoire. La religion, bien qu’elle soit une quête de l’altérité, de l’absolument Autre, elle reste une production humaine, une invention humaine gérée, administrée et manipulée par les hommes. Comme le dit si bien Peter Berger, la religion, sous ses plumes, se comprend comme « une projection humaine, enracinée dans des infrastructures spécifiques de l’histoire humaine. […] En d’autres termes, dire que la religion est une projection humaine n’exclut pas logiquement la possibilité que
2 FERRY L.,L’Homme-Dieu ou le sens de la vie, Paris: Grasset, 1996, p. 34. 3  GAUDET S., Trouver Dieu dans l’horizontalité,Aujourd’hui Credo, novembre-décembre 2011, p.5.
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