Discours antireligieux français du dix-huitième siècle

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Cette anthologie des textes antireligieux du XVIIIe siècle veut mettre en lumière la perception qu'avait le XVIIe siècle des tabous de la civilisation chrétienne.Ce discours émanent d'écrivains célèbres, mais aussi de figures ou anonymes, dont les voix continuent de nous parler : athées, agnostiques, sceptiques, deistes, protestants et même catholiques, autant d'individus engagés dans la croyance ou la non-croyance en Dieu, autant de partis-pris divergeant ou convergents sur les religions et leurs représentants.
Publié le : lundi 1 septembre 2003
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EAN13 : 9782296319714
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DISCOURS

ANTIRELIGIEUX JFRANÇAIS
SIÈCLE
DE SADE

DU DIX-HUITIÈME

DU CURÉ MJESLIER AU MARQUIS

«

Mercure du Nord»

Collection dirigée par]osiane Boulad-Ayoub,M.S.R.C.
Chaire UNESCO-UQAM d'étude des fondements philosophiques de la justice et de la-société démocratique

.(g collection « Mercure du cfJ\.€rd»se veut lepoint de rencontre des chemins multiples arpentés par la philosophie de concert avec les sciences humaines et sociales, l'économie politique ou les théories de la communication. ~a collection est ouverte et sepropose de diffuser largement des

écrits qui apporteront une nouvelle texture aux défis majeurs d'aujourd'hui, passés au crible d'une nouvelle réflexivité: rouvrir en profondeur le débat sur le mégacapitalisme, sur la marchandisation et la médiatisation mondiales et tenter d'esquisser les contours d'une mondialisation alternative. .(g collection ne saurait atteindre son but qu'en accueillant des textes qui sepenchent sur l'histoire sans laquelle les concepts véhiculés par notre temps seraient inintelligibles, montrant dans les pensées nouvelles les infléchissements d'un long héritage.

PATR][CK GRA][LLE ET MLADEN

KOZUL

D][SCOURS ANT][REL][G][EUX FRANÇA][S " " DU D][X-HU][T][EME S][ECLE
DU CURÉ MESL][ER AU MARQU][S DE SADE

ANTHOLOGJIE ÉTABL][E9 PRÉSENTÉE ET COMMENTÉE

LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ L'HARMATTAN

LAVAL

Les Presses de l'Université Laval reçoivent chaque année du Conseil des Arts du Canada et de la Société d'aide au développement des entreprises culturelles du Québec une aide financière pour l'ensemble de leur programme de publication. du de Nous reconnaissons l'aide financière du gouvernement Canada par l'entremise de son Programme d'aide au développement l'industrie de l'édition (P ADIÉ) pour nos activités d'édition.

ISBN 2-7637-7853-4 (PUL) ISBN 2-7475-4296-3 (L'Harmattan)

@ Les Presses

de l'Université Imprimé 2003

Laval 2003 au Canada

Tous droits réservés. Dépôt

légal 2e trimestre

Distribution de livres Univers 845, rue Marie-Victorin Saint-Nicolas (Québec) Canada G7 A 388 Tél. (418) 831-7474 ou 1 800 859-7474 Téléc. (418) 831-4021 http://www.ulaval.calpul

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REMERCJIEMENTS

Pendant le travail sur le livre, nous avons bénéficié de l'aide, des suggestions et des remarques de Jean-Christophe Abramovici et de Michel Delon, ainsi que des excellentes corrections d'Arnaud François, de Gisèle Guilbaud, de Claude Mulier et de Muriel Toumanoff. James Ogden nous a aidés à retrouver les citations de John Milton. William Trapnell répondit patiemment à nos questions sur Woolston. A plusieurs reprises, la gentillesse et la compétence du personnel de la Bibliothèque publique d'information du Centre Georges Pompidou à Paris nous ont fait gagner un temps précieux. A la Bibliothèque du Sénat, nous avons profité des trésors emmagasinés, sans qu'on nous tienne rigueur du dépassement des heures d'ouverture... Nous leur devons à tous un grand mercI.

7

NOTE

SUR JUJÉDJ[TJ[ON

Hormis
--

certains

mots

et tournures Toutes les

spécifiques

expliqués avons dans sont signalés à une

en notes modernisé les notes la qui à la abrégées. dans édition

notamment

ceux
des

de Bayle
extraits. ou littéraires ouvrages les rares

et Meslier

-

nous

l'orthographe historiques, Elles bibliographie. note. utilisons celle C'est renvoient

références éditions renvoyons complète mais œuvres

lexicales aux Dans

qui les accompagnent et aux la référence

cas où nous le cas des

n 'est pas celle de la bibliographie, particulièrement lorsque l'édition de la Fondation

est intégrée

de Voltaire, signalons

où nous

Voltaire,

précisément

de Moland

nous y faisons

référence.

8

PRÉFACE

deux

L

es premières tives naire

apparitions

du néologisme Elles proviennent

antireLigiell..-"Csont péjorade Danton, catholique Danton à la Convention état: et du fanatisme, nous Je demande qu'il n'y les révolutionromantique, s'élevait avec ainsi les

et paradoxales. pragmatique, que tout semble

et de Chateaubriand, opposer. abjurer En 1793, leur qui se présentaient pour

hommes

contre dépouilles

les ecclésiastiques de leurs églises

Si nous n'avons pas honoré le prêtre de l'erreur ne voulons plus honorer le prêtre de l'incrédulité. ait plus de mascarades anti-religieuses

dans le sein de la Convention.

Que les individus qui voudront déposer sur l'autel de la patrie dépouilles des églises ne s'en fassent plus un jeu ni un trophée l,

À la différence d'irréLigieux, de sensibilité religieuse, le mot réfléchie, une déclaration de guerre prit la mesure de cette signification

qui exprime l'absence de pratique ou antireLigieux implique une hostilité à la religion officielle. Chateaubriand dans le Génie du chridtianidme (1802) :

Deux noms surtout effrayaient ceux qui combattaient le christianisme, Pascal et Bossuet. Il fallait donc les attaquer, et tâcher de détruire indirectement leur autorité. De là l'édition de Pascal avec des notes, et l'EJdai qu'on prétendait opposer au Dilcoar.1 dur !'hilloire lll2iverdeLle2.Mais jamais le parti anti-religieux, d'ailleurs trop habile, ne fit une telle faute, et n'apprêta un plus grand triomphe au christianisme3,

9

DISCOURS

ANTIRELIGIEUX

FRANÇAIS

DU XVIIIe

SIÈCLE

XVIIIe

Ce ton martial et triomphal, sans appel pour les philosophes du siècle, se transforma quelques années plus tard, dans le récit de de Paril à Jérlldafenl, en un constat plus nostalgique, plus

l'ltÙzéraire mélancolique:

Lorsqu'en 1806, j'entrepris le voyage d'outre-mer, Jérusalem était presque oubliée; un siècle antireligieux avait perdu mémoire du berceau de la religion, comme il n'y avait plus de chevaliers, eût plus de Palestine 4. Chacun l'esprit intenses d'occulter, religieux luttes de aurait à leur manière, d'un de vite livresques minimiser, en effet Danton siècle nier. et Chateaubriand hanté que Au par notre du époque il semblait qu'il n'y

témoignent par tente

de ces

et du mouvement

l'antireligion, «profane

et politiques

parfois », l'antiréplique de a'ux dans

regard

fait de se résumer

à l'irrévocable

de la rubrique « Sujet» du catalogue de la Bibliothèque Paris, qui prétend: « Il n'y a pas de réponse à la question
fin de non-recevoir contours indocile, flous qui ne saurait d'une Car de multiples sociale pourrait faire sourire et mouvants discipline l'opposition autres de la thématique un statut opinions consacrée, aux branches la politique, la chimie, presque cette aucun antireligieuse. particulier, l'histoire comme du savoir: la mythologie, domaine tous aux cet Dans la logique azimuts

Nationale

posée

5

». Cette
pas

si elle ne renvoyait

Thématique s'inscrire des religions religieuses des idées, la littérature, l'anthropologie, n'échappe d'un en libre », les livre de fa si si

se figer dans

le sous-genre ou la théologie. imprègne I'histoire l'astronomie, l'ethnologie, à son champ fichier absence. renforce cathares, sulfureux, Dans

et pratiques l'histoire

et culturelle,

la philosophie,

la physique, la guerre... d'action

de la pensée

et de réaction. présence », réservée ne pas dire Bibliothèque,

systématique se transforme partie en accès et hérésies Centrée sur aucun l'Exanlcn

thématique,

la même
«

la dérisoire ostracisme.

de la section

Religion
pour

« controverses elle ne comporte siècle), Tout si l'histoire et d'hérésies, à partir

ce vide,

les gnostiques

ou les jansénistes,

tels le Traité deJ troil inlpOJtellrJ (XVIIe ou Le ChriJtianil/ne étaient n 'avait la littérature des idéologies, tombées pas constituée toujours l'importance déCJoifé (1761). du Ciel, comme de conflits eu maille accordée

ref~qioll (1705) les orthodoxies n'était pas la théologie ennemies, traduisant

se passe

comme comme ses sœurs du savoir religieux

des religions

intégralement

avec

et la philosophie.

Les organisations aux ouvrages

10

PRÉFACE

dits
ainsi

«

classiques l'idée d'une

», dans

une bibliothèque actualité, dire que l'essentiel

prétendue d'une vérité, aux

«

laïque d'une

», accrédite noblesse croyances de la

perpétuelle occupe

la Religion. religion

Et il va sans

comparée de l'espace.

autres

catholique

Dans notre Occident
on publie comme plus certes moins et authentifiant les livres. de l'existence Pluche temps Les

si mal à propos qualifié de
naïvement par de Dieu seraient ne seraient Aux yeux à quelques l'abstinence, les merveilles On censure D'autant d'ordre

«

matérialiste glorifiant de la nature, on ne brûle

»,

d'ouvrages

apologétiques, peu,

le fit l'abbé

en son temps.

à la tolérance, médiatiques. plus éthiques,

à l'apaisement, que les grands religieux, mais sociaux,

à

l'indifférence problèmes économiques, écologiques, le christianisme prêches libération trésor textes réédition

ou aux supercheries l'humanité politiques, voire se réduirait spirituels...

stratégiques,

scientifiques,

des adversaires pantalonnades le mariage suaire Dans

de la religion, pontificales (les la au de

sur le préservatif, souhaitée du Vatican, antireligieux,

des homosexuels, de Turin, une récente et les amateurs et les plus contestés

de Pinochet... il en est

), ou au saint les croyants autrement. certes

à l' Oplld Dei... Pour livres

des Quatre ÉvangileJ,

les plus célèbres

6 de notre civilisation, Olivier Clément s'en prend à « la rationalité close » pour étayer sa foi en la résurrection du Christ, aux miracles, au diable, à l'enfer... C'est, bien sûr, son droit, sa liberté de croyant. Mais des textes aussi essentiels ne devraient plus être la chasse gardée des théologiens, des cerbères de l'orthodoxie. Car cette littérature appartient à tout le monde. Chacun peut la soumettre, avec le moins de préjugés et de jugements de valeur possibles, à l'examen critique, au doute, à la remise en cause, voire au rire, à I'épreuve du blasphème et de la
«

profanation Pas

». En résumé, plus que l'histoire
«

elle n'est

ni intouchable, dont

ni sacrée. Naigeon

religieuse, là encore, pour

le philosophe

assurait
veiller siècle démarche qui fâche d'un

qu'elle était
du monde? et d'œuvrer. de René l'Église de

écrite en lettres de sang dans les annales
». Mais, écrites pourrait les apologistes pages l'HiJtoire les mauvaises se résumer ses opposants. n'aurait intact;

de tous
de La ce plus comme

les peuples

continuent

En témoignent

sur le XVIIIe éludons optique, : l'appareil

Taveneaux

der:!reLigionJ (1972). Dans cette changé

de cet auteur

en une phrase: «rien la pratique

et vilipendons déchristianisation

siècle

extérieur

du catholicisme

subsista

demeura

Il

DISCOURS

ANTIRELIGIEUX

FRANÇAIS

DU XVIIIe SIÈCLE

par

le passé,

à peu

près

unanime

8

». Ni Meslier,

cas d'une

« exceptionnel» agressivité «terroristes sans au

expédié

en une ligne,

ni Voltaire,

au « fanatisme

mesure9», ni les révolutionnaires de 1792, ces , . 10 .. pOUVOIr », n empec"" h erent Ia re IIgIon d e« renaltre " ' nouveau]] », grâce aux entreprises de Chateaubriand Aussi d'élites, I'histoire, contestations. la parenthèse de salons sans avoir Les antireligieuse et de tribunes, du peuple. -- le mot été préparée athées ne fut-elle qui pendant est n 'affecta Elle serait qu'un pas

avec un vIsage et de Bonaparte. anticléricalisme les convictions accident de de de cette

.

profondément

religieuses

survenue, absent

des siècles quasiment

de discussions,

HiJtoire
Peut-être

--

ou les agnostiques ne mériteraient pourraient-ils donner de mauvaises qui n'aurait ces pas plus besoin qui siècle

donc pas d'être entendus. idées de liberté et d'égalité de penser que par le passé. de réalités

à une humanité Par-delà historiques scientifique religieux,

absences, cette au le XVIIIe

dénaturent confusion comme mal

nombre entre pourvu

et littéraires, considère contrairement donc aisément

caricaturale siècle

foi et travail en auteurs par Bossuet,

précédent, sous siècle,

éclairé

Malebranche
auraient Les grands comme favorables Saint-Pierre retrouvent

ou Pascal. Sans adversaire
triomphé du XVIIIe de Maistre nouvelles, sont occasion apologistes

à leur mesure, les « mécréants»
les Lumières tels Fleury, les savants de Prades, d'ostracisme. quarts des et la Révolution. dom
«

Calmet,

ou

l'abbé Bergier, au même titre que les auteurs ésotériques
Chassaignon, aux par idées ou Blake, tels les abbés ainsi frappés les trois

inclassables
ecclésiastiques Morellet, Oubliées

»,
de se de
--

ou Grégoire, la même

publications

l'époque,
autrement trop dire

qui étaient

religieuses.

En résumé,

l'histoire

des religions
ayant
.-,

dit des textes, entachée

des mouvements d'un qui état pour d'esprit

et des personnes hagiographique, chez ne lisent Les auteurs V aneigem livre pages

eu, reste

d'une manière
souvent révisionniste,

ou d'une autre, maille à partir avec le religieux
pour plus particulièrement du XVIIIe marquant la plupart siècle. Raoul

ne pas des ne

les défenseurs « laïques»

religions religieux

monothéistes, et antireligieux

les livres

sont pas plus à l'abri

de graves

omissions.

en est parmi

d'autres l'exemple qui, dans son volumineux chrilliani/lne12) résume le XVIIIe siècle à deux Ùnpodtellt'J, conclusion une page et demie sur Woolston sur la Révolution.

sur La RéJiJtance all sur le Tt'aité ded troid pages de

et quelques

12

PRÉFACE

Heureusement, depuis
impulsé ceux encore fois qui, raisonner par les recherches l'esprit celui dans que trop

quelques modernes

décennies, commence éprouvent

le

renouveau

critique les yeux de de

à dessiller davantage

des Lumières, de croire,

le besoin reste entière, dernier. déume,

aveuglément. de spécialistes comme

L'antireligion à part siècle

certes cultivés, à la Des théume, à

souvent

I'apanage

ou de lecteurs du interdit,

mais elle tend héritière mots-clés hétérodoxie, dation... littérature première japonais partis sous comme McKenna, ou de maintenant pris,

à se revendiquer et distincte phiLodophiqlle, désormais.

une discipline

de l'anticléricalisme cLandeJtin, Même

comme s'imposent clandestine moitié

I1zatéria Lu me, athéume, le terme

Libre penJée, manll~crit,

CenJllre, déchriJtialliest remis

antireLigiellx

l'honneur:

après Ann Thompson,
et la circulation XVIIIe sommes siècle du

qui publia

un article

sur

«

La

des idées antireligieuses dans la 13 », Akagi Shozo fit paraître en les l'HiJtotre et René par comme les vides Olivier ceux de La France reLigœude, Rémond, Bloch d'Alan d'articles, des Charles du passé.
--

Led IdéeJ antireLigœuded de grandes de Jacques cLandedtÙze, Minois, ainsi livres

ell France de 1600 à 175014. Par-delà comme Le Goff dirigée qu'une

la direction La Lettre des Georges

revues, Kors

et Antony explorent

sur l'athéisme scientifique

myriade

de manière

et les tabous

La plupart
écrite et politique Au religieuse. réclamait travers reçues répression catholique, En effet, siècle, théologiques

de ces travaux

font revivre
les discours

une culture
produits par

populaire,
l'institution

-

baignant

dans

XVIIIe

siècle, il fallait

pour

critiquer par

cet

imaginaire

qui

se à

de la Vérité, une énorme et d'habitudes exercées à force tenait autour ouvrages. textes conseillés ces démarches

commencer

se frayer

un chemin de lourdeurs d'idées

masse

de connaissances de doctrines Dans qui des le haut apologies un autant Lumières du par ceux l'âge

et d'analyses, contexte d'énergie

et institutionnelles, mentales. contre d'ériger fermement de sept Entre défendant par

et d'apologies, de censure en cause en emblème De soit 1670 de

et de

mettaient

la doctrine du XVIIIe à 1802 neuf se cent

demandaient moderne

que de lucidité. que I'orthodoxie

I 'historiographie

a presque

fait oublier pavé. an,

religieuse publiaient cinquante cinquante libraires,

près

1715 et 1789 furent édités près de sept cent 15. Bien distribués le christianisme par les dans les salons, durant les messes,

les religieux

13

DISCOURS

ANTIRELIGIEUX

FRANÇAIS

DU XVIIIe SIÈCLE

les kermesses les revues le Journal

et les fêtes,

ces livres

étaient

recensés

et commentés

dans (Je

jésuites,

jansénistes

et savantes encycLoplJique était

de l'époque. en faisaient par

Les Mé/noired la promotion. dont

Trévou,,-r, les NouveLLe,} eccléJÙzdtiqued, L /tnnée deJ dllfJantJ, le Journal énorme donne production une image réglementée. Un directeur Par ailleurs, d'un

Littéraire, le Mercure

de France,

Cette fonctionnement l'Ancien était muni permis ordre désigné les pages propos censeur, hétérodoxe, les personnes en infléchir révélateur. raillait duchesse il n'en hommes
«

protégée

la censure d'opinion

le

contrastée

de la liberté

sous que

Régime. d'un privilège

En principe,

la communauté

des libraires-imprimeurs être imprimé d'un ou d'un inspecteur cet était toutes pas de son Même 16, royal respecter

rigoureusement d'imprimer. des choses.

Un livre ne pouvait de la Librairie, général permis l'approbation assisté

du roi (à l'auteur

ou au libraire-éditeur), de police, d'un d'imprimer. faisait censeur Chaque en parafait

de la Librairie nécessaire pour illicites. voire

et du lieutenant

à la délivrance un manuscrit Un auteur d'en réclamer liberté officiel à toute qui et y apposait

censeur

l'examinait avait

soigneusement, la possibilité

sa formule

d'approbation cependant imperméable à toute de pour les fonctions Crébillon

s'il ne contenait du premier.

de choisir interrogation érotique

un autre spéculative, L'exemple

en cas de refus

si le système

semblait

à toute représentation

en remplissaient à Vincennes papale censeur pas puis exilé trois n'eurent

essentielles fils fut (1734),

pouvaient à ce sujet texte qui et la Les

la rigidité. Emprisonné la bulle du Maine,

L~Écumoire le cardinal pour

le clergé, devint

Un igenitLu, royal,

de Rohan en 1777. cette
«

mois de Paris à s'en plaindre.

Le Sopha (1742), lignée

pas moins

de 1759 à sa mort Dans

de lettres

libérale

», Malesherbes,
faites sans

directeur
aux éditeurs

de la Librairie
de ne pas

de 1750 à 1763, permissions
s'ils les poursuivre

favorisa la publication
tacites publiaient Ces quelle personnes puissantes l'approbation livre d'être religieuse, », promesses un livre nouvelles en place. institutions du censeur, condamné de la pensée

de l'EncycLoplJieet inaugura les
permis d'imprimer. n'autorisaient les situations présentait les haut d'imprimer certes

dispositions ; d'autant L'Ancien en par que

pas

n'importe avec les de pas par un les

impression

changeaient unes lieu avec de les

Régime concurrence

un enchevêtrement autres: n'empêchaient savante,

le permis conservatrice

la Sorbonne,

l'orthodoxie

et de l'hypocrisie

14

PRÉFACE

évêques Parlement. l'institution plus

ou autres Aucun

membres texte

du clergé, mettant ne pouvait

par recevoir

leurs

Assemblées

ou par

le ou Le et de

en cause ou en

la doctrine de permis Suisse,

catholique d'imprimer. clandestinement mobiles indications par les autorités

ecclésiastique fabriqués en France, publiés

souvent

en

Hollande sortis

réintroduits escamotables, étaient

ou bien

de presses antireligieux

portatives, saisis

sans nom d'auteur, les livres lacérés ou brftlés.

avec de fausses

lieu, sans date ou antidatés, mis au pilori, Les domaines mécanismes compensaient prendre inefficacité tolérance. ou critiquant souvent Vincennes de martyr retourner. demande ruiner délit censoriaux pas les contradictions et l'omniprésence Il n'en fut rien. les gens quelques qui

de la permissivité se situaient Certains du livre toujours.

et de la rigueur à des niveaux du historiens interdit,

dessinés

par les et ne se à de

différents eurent système, pour d'un des passaient quelques avec en

tendance sa relative signes

et la complexité Les auteurs quelques leur carrière, en prison Pire, finissaient au système Mais

et les éditeurs dénichés, voire souvent mais d'un écrit mois,

livre licencieux le plus années, bien à d'y la pour Il de de les de

en place,

s'ils étaient

semaines, favorisait

ou à la Bastille. Même et le prix,

Ils en sortaient

une réputation augmentait pris en flagrant la notion un

se gardaient généralement jours du

si la condamnation un séjour du livre. condamné d'en dans que devient sûr, les privilégiés institutionnels

suffisait leurs cours

un professionnel de vendre plus Bien Régime, et les sursauts le texte difficile

les colporteurs à la tolérance profondément avaient alterner

aux galères. siècle plus enjeu

est d'autant tolérance polémique. l'Ancien d'échapper crises durcissement

conclure seulement la société du les autres.

que

elle-même

inégalitaire aussi

de chance

à la censure et les années les cas, licencieux.

ils subissaient

qui faisaient

les périodes

de plus grande

indulgence. les écrits des réactions et dans Tout écrasait protestants, plus les faits, sans relâche Certes, dans étendaient la sévères ils se les ces

En tous déistes, que les livres

la critique Dans

antireligieuse, les consciences

matérialistes

ou athées

provoquèrent plus dramatiques. le bras la chair séculier comme aux

rattachaient au nom hommes persécutions le nombre

à des événements de l'Église comme des catholique, les livres,

au long du siècle,

la pensée. hétérodoxes,

fournissa'ient incrédules

des arguments ou des

indifférents,

et finirent,

15

DISCOURS

ANTIRELIGIEUX

FRANÇAIS

DU XVIIIe SIÈCLE

deuxième prix élevé. payé

moitié pour

du siècle, cette

par promouvoir des

l'idée

de tolérance17. et des

Mais

le fut

évolution

consciences

sensibilités

Au début du XVIIIe siècle, les effets de la révocation de l'Édit de Nantes (1685) étaient loin d'être apaisés. Dans les Cévennes, Louis XIV écrasait dans le sang la révolte des Camisards. À cette époque, les pires atrocités furent commises, comme en témoignent les Di/ficultéd dur la religion propoJéeJ all père Malebranche (environ 1710), qui circulait en manuscrit avant d'être édité sous le titre MiLitaire philodophe en 1767 par d'Holbach et Naigeon. Enrôlé dans l'armée du roi Soleil, le catholique Robert Challe écrit:
La persécution des huguenots suivit [H'J. Ah ! quelles cruautés et quelle fermeté n'ai-je pas vues! Quand il me revient que, pleins de vin, nous tirâmes un misérable vieillard, accablé de goutte, de son lit où il ne pouvait souffrir le poids de ses draps et le fîmes danser en pleine place, sans que ses cris pitoyables
traînaient

et les larmes de deux pauvres
fléchir notre barbarie

filles qui se

souvenir!

-

à nos

pieds

pussent

-

quel

cruel

la plume me tombe de la main et mes yeux ne la peuvent

plus guider. ['H] il nous fallut abandonner la maison après l'avoir ruinée. C'étaient cependant l'évêque et les curés qui nous plaçaient, qui nous pressaient de nous porter à toutes sortes d'excès, qui prêchaient que Dieu se sert de tous moyens et qui riaient lorsqu'on leur rapportait quelque pareille horreur18. Pendant le règne de Louis XV, les « pasteurs du désert» étaient pendus ou fusillés. Les protestants n'avaient pas d'état civil. Leur naissance, leur mariage hors de l'Église n'étaient pas reconnus. Leurs enfants étaient réputés bâtards. Peine capitale contre les pasteurs surpris dans l'exercice de leur ministère. Galères à perpétuité pour les hommes et prison à vie pour les femmes surpris en flagrant délit de pratiquer leur culte. Le 8 mars 1715, une déclaration royale admet comme maxime d'État qu'il n'y a plus de protestants en France depuis 30 ans. Entre 1745 et 1762, huit pasteurs furent pendus par arrêts de justice. Dans les seules années 1745 et 1746, deux cents réformés furent incarcérés. Signé le 29 novembre 1787, l'Édit de Tolérance ne sera enregistré dans la législation que le 10 janvier 1788. Trop tard. Durant tout le siècle, on intimidait, opprimait, torturait, rouait, écartelait, brûlait, exécutait au nom de Dieu, ou du monarque, l'élu de Dieul9. Les persécutions étaient

16

PRÉFACE

vécues longues, Calas, accusé

dans

la chair,

les jugements spectaculaires. toulousain d'une

expéditifs, En mars protestant souhaité fanatisée

les exécutions 1762, devenir suppléa de soixante-huit

publiques, Jean ans fut Lors de

élaborées, un commerçant d 'avoir la pression
~

à Toulouse, catholique. au défaut

tué son fils, qui aurait opinion

du procès,

preuves. Il sera « rompu vif», puis étranglé et «jeté sur un bûcher . . . 20 ~. '") ar d ent ». P rea 1 bl ement torture - soumIS a 1 qlledtlon orOlnalre et a a ' extraordinaire -, il n'avoua pas son prétendu crime. Sur la roue, il
protesta de barre humblement de son innocence, pendant deux
dUt' La

bras heures.

et jambes

brisés

à coups fera plus

de fer, agonisant

En 1763, Voltaire que deux années

imprimer
tard. En protestant capitale. refusé chansons
~

son

Traité

toLérance à L'occadion de La mort {Je Jean
du malheureux

CaLaJ ; n'obtenant

la réhabilitation

1766,

l'histoire

se répète il aurait au cours

avec

le chevalier endommagé procession, comment

de

La

Barre,

de dix-neuf Selon d'ôter son

ans qui se voit supplicié à dessein d'une

et condamné

à la peine une croix, chanté des on pouvait
~

les dépositions, chapeau et déclaré

libertines

ne pas comprendre

adorer un Dieu de pâte. La sentence fait état de « chansons abominables . . . . 21 et execra bl es contre Ia V lerge M arle, Ies saInts et saIntes ». A ccuse
des mêmes « souffrir même, être avec parvint conduit qui s'exécute amputé faits, le « complice» du chevalier, âgé de dix-huit jusqu'à ans, doit le supplice de I'amputation de la langue ne présente principale
,

la racine,

ce lui-

de manière de « la main
A

que si le patient droite à la porte à la place y etre« "

pas la langue de l'Église

on la lui tire avec des tenailles « dans un tombereau

de fer, et on la lui arrache du marché, attaché
(' reu

», puis », enfin

une caIne h à s'enfuir,

de

{' rer », pour

b ru" Ie~

a petIt

.

à un poteau ».

22

. C e d ernler
des de

mais le chevalier l'abbé (1758)

fut exécuté.

Contre

les partisans Jur Lajournée

châtiments,

comme

de Caveirac, justifiant

qui rédigea

une ApoLogie de Loui.1 de Malvaux, prêchait

XIV Jur La Révocation La SaÙlt-BarthéLel11Y dont L'Accord la persécution

de L'Édit de NantedJ avec une Ji.Mertation le massacre, publiera ou l'abbé

de La reLigioll et de L'hunzanité Jur L'intolérance des hérétiques, Voltaire

(1762)

la ReLation Je La Inort du ÙnputéJ aux CaLaJ et

chevaLier de La Barre et L'Avi.1 au pubLic JiU' LeJparricideJ au<-'.: ir,'en S La enfermé (1766). chasse aux livres pour n'était ses vers pas mOIns

intense. le régent

Voltaire d'inceste

fut et

à la Bastille

accusant

17

DISCOURS

ANTIRELIGIEUX

FRANÇAIS

DU XVIIIe SIÈCLE

d'empoisonnement de la famille royale (1717-1718). Un nombre non négligeable de ses œuvres, notamment le Dictionnaire phiLodophique (1764), finit dans les flammes23. Pour avoir malmené le culte, les Lettred cabalütiqLLed (1742) de Boyer d'Argens furent mises à l'Index. Après le désaveu de l'Hûtoire naturelle de L'ânle et de Machia~el ell mldecine, La Mettrie s'exila en Hollande, puis à Berlin, en raison de L 'Homme machine (1747), qui scandalisa catholiques et protestants. Les déistes Pendéed ph ifoJophiqllec.1(1746) furent condamnées au feu par le Parlement de Paris. Diderot connut la prison de Vincennes pour sa matérialiste Lettre ,-Iur led (l{Jeu..9feJ (1749). LeJ MœurJ (1748), ouvrage de Toussaint qui ridiculisait la liturgie, la reine et la marquise de Pompadour, finit sur le bûcher. Après la censure par cent quarante-six docteurs de la Sorbonne de sa thèse sur la spiritualité de l'âme et la divinité de Jésus (1751), I'abbé de Prades se réfugia en Hollande. En niant I'autorité de droit divin, fEdprit ded Loil (1748) de Montesquieu subit d'ardentes critiques, une mise à l'Index (1751) et la censure par la Sorbonne de dix-neuf propositions (1754). Helvétius avait vu De lêdprit (1758) condamné par le pape, mis à l'Index, lacéré et brûlé par le bourreau comme impie et blasphématoire. Le Journal encycLop/dique fut censuré par la Faculté théologique de Louvain, supprimé en 1759, son fondateur, Pierre Rousseau, banni. À partir d'Émile (1762), Rousseau s'expatria souvent pour fuir ses persécuteurs. Rome mit à l'Index et le Parlement condamna au feu 1'E,,\:trait ded ,-Ientinzentdde Jean MedLier publié par Voltaire (1762). Enfin, Béfi'aire (1767), roman philosophique de Marmontel blâmant le fanatisme, fut dénoncé par l'archevêque de Paris et censuré par la Sorbonne. Pour les écrivains, 1'arbitraire du système censorial empêchait toute certitude à l'égard de son fonctionnement. Allait-il ou non frapper? Pour quel ouvrage et à quel moment ? Voltaire se défendait sans relâche d'être l'auteur de livres Dictionnaire phiLoJophique. Son protecteur ainsi la situation: « Vos lettres multipliées
[le Dictionnaire L'auteur autorités livre» dont
25

hétérodoxes, à la Cour,
et que comme aussi

notamment du Choiseul, résuma
de plus qu'il avez que peur24 contre ». le que les de

sont une preuve vous bien

phiLodophiqlle] le ton monte «agir

est

de vous [lui-même] été brûlé
, ,

sait que peuvent

au Parlement

à la Cour,

contre aurait

un exemplaire

L a Barre

. 0 ue Iques

semaInes apres l execution "

.

avec le corps

.

du chevalier

de ce IUI-CI, Ia pressIon

..

.

18

PRÉFACE

avait

tellement

augmenté leur

qu'il

projeta sans

une succès

expatriation de continuer

collective la lutte

des de

philosophes, l'étranger. Autre bien-nés lettres, pendant un secret

proposant

exemple,

autre

personnage corrosif:

bien intégré le baron intimes amis

dans

le monde Gens

des de

du temps, philosophes, vingt

autre

auteur

d'Holbach.

encyclopédistes, de sa table

qui se rassemblèrent ouvertement ils gardèrent hôte. L'enjeu n'osèrent prIses encourus, par par les de Mais de leur eux,

ans autour

à Paris, clandestins

débattaient

de l'athéisme

et du matérialisme, inviolable

ou s'en réclamaient. le sujet
26

sur les ouvrages jamais

était tel qu'ils n'abordèrent , . s avouer qu "11s partageaIent ces privilégiés du système interdits déjà Calas, qui pesaient comme de Sirven Les contexte constant comme étapes forment de textes historique avec leur lui. ironie la crise qu'ils aussi faite perçu

entre

jamais

Ie

secret. faut

".. C ' est aux precautIons
les risques créée des

qu'il

mesurer l'atmosphère

sur la parole, la sauvagerie

ce qui était

et l'injustice

condamnations

et de La Barre. de Leur notre anthologie comme furent leurs donc railleries, des d'Ancien l'Église c'est qu'ils écrits en leur dans un

de surveillance virulence politique frappaient du ton en sont sociale, déploient au publiés nom imprégnés.

et de punition, Ils témoignent et culturelle « laïque» davantage

«dialogue» sérieux Régime, occidentale. catholique réagissent de leurs statut un de pour différentes

le creuset

de la conception dogmatiques de leur

de la société

Si les critiques que les positions à la répression arguments, d'écrits certain

des réformés, catholicisme. restent après manuscrite. seulement revendiqués les par exemple

La diversité avoir circulé,

la liberté clandestins, d'entre

indissociables Après pendant d'un par extraits
«

de leur

anonymement c'est sans nous signalons seuls risque

nombre

eux, en version ceux

des siècles la décennie Lavicomterie leurs auteurs.

réprobations révolutionnaire ou d'un Parny, Les

et d'anathèmes, que de tels textes, ont pu être dont Nous De

écrivains

présentons

doivent importantes encore

de

nombreux
du siècle de ces ouvrages Vayer,

arguments
précédent.

et stratégies
nos jours, Mais

polémiques
dans

aux

libertins
lisent de

érudits»
les Le

les notes de Naudé, du XVIIIe

les plus

filiations.

les spécialistes

historiques de Gassendi.

et philosophiques les auteurs

La Mothe s'approprient

siècle

19

DISCOURS

ANTIRELIGIEUX

FRANÇAIS

DU XVIIIe SIÈCLE

leur sape.

pensée, Dès

exploitent la première

leurs partie

textes, du XVIIe

approfondissent siècle, ces lettrés païen. en Dieu.

leurs Ils mettent

travaux

de les

relativisent

dogmes

de l'Église

en réhabilitant

l'héritage fondée à développer

en cause

le

«

rationalisme

chrétien»
entre loin

qui voit la raison
les coutumes

de tout individu
Les errances

comme
de la

l'émanation raison, époques Même déjà: historique, essentiellement omniprésente dépendent en treprises soigneusement de ses culturelles que pour prescience Nourri de l'histoire,

de la raison et cultures,

universelle

les différences s'il reste arme encore

et les croyances voltairienne, du siècle le principe et Mothe notre Le du consensus

des différentes sceptiques. l'argument s'impose sont dogmes

les incitent

des systèmes suivant, uni

de sa formulation des philosophes les religions pas ce n'est notre

redoutable historiques; qui fonde

ni universels

ni éternels,

et leurs

de la divinité celles-ci de vastes distingue Aux yeux la foi et la ressort piliers à un faisant

morale La tentés c'était entre l'utilité et

pensée; social, Vayer

de l'habitude, de le domaine du siècle à un examen relever divine, de Machiavel, fonde pour

de l'éducation, de la raison suivant raisonné, souligner promeut L'une Les

conditionnement.

et celui de la croyance. de soumettre moins pour la liberté comme

lecteurs

les évidences de l'homme

sauvegarder

les contradictions Naudé

les inconséquences la religion de ses thèses et la violence

du dogmatisme. le principal comme sera sont les promise «en

la politique l'imposture

complémentaires brillant marcher avenir: inavouables

du pouvoir. le calcul, de la société.

les fondements

monarchies en tête d'une

s'organisent longue

la religion ».

et les miracles

suite de barbaries

et de cruautés27 Au siècle des attaques les philosophes double exprimée, tempérée contrebalancée hardies, du XVIIIe forme se prolongera manuscrite vérité: de

suivant, hétérodoxes implicite

cette

optique

contribuera l'institution siècle

à la cristallisation religieuse. au système qu'ouvertement était souvent plus et cette attitude sous Mais de

les plus acerbes au

lancées du XVIIe

contre

s'en tenaient plutôt

raisonnement philosophiques orthodoxes28. Face siècle.

leur critique précautions

des dogmes

ou théologiques Dans ses formes

rhétoriques aux initiés. du XVIIIe traités

et méthodologiques, à la censure, Au tournant

par des publications réservée au long contenaient tout siècles,

elle était

du XVIIe

de nombreux

hétérodoxes ouverte

qui circulaient de l'Église

une critique

et de ses

20

PRÉFACE

dogmes. collective Lumières. savants de corps, des vérités par

Mais Ancrés leurs reçues

ils

ne dans

s'inscrivaient qui rappellerait des cercles se livraient la circulation de Nantes dignitaire aux

nullement celle liés entre analyse restreints à une restait

dans des

une

démarche des des esprit à partir saluée qu'un face troubles à la et

et organisée et des académiciens, auteurs dont

philosophes des nobles,

regroupant libre

qui n'étaient

eux par aucun C'est

et personnelle

confidentielle.

de la révocation les jésuites discours des nouveau réalité aux

de l'Édit et un haut critique

(1685),

chaleureusement tel Bossuet, naissance face aux chrétiennes. prend

ecclésiastique protestants,

et revendicateur

souffrances nourris

infligées et justifiés agressive

massacres

par les doctrines systèmes

À la logique des catholiques foi, persécutent à la tolérance exil hollandais, Son édition dessine bords, d'un

des

théologiques tous Bayle deux Pierre

et politiques de la vraie l 'appel de son 0m bre une à cet et de substitue

et des réformés, et brûlent et à la liberté ses ouvrages Dictio/lnaire corrigée les lignes révèle cristallise Louis

qui se réclament

au nom de Dieu, de conscience. philosophiques

Parvenus

en France au s sin en fait

provoquèrent parut

scandales, 1697,

pol é m i que s~ etc d 'adhésions. deuxième ouvrage de tous autour protestants, surveillance Par théologie polémique pensée historique. la béante monde pratique parfois incrédules fonder
«

0 n d am n a ti 0 n s, mai s r e cue i Il ire nt hi.1loriqlle et critique en 1702. entre et augmentée de partage

L'accueil

les croyants des camps qui contexte

et les incrédules catholiques au pouvoir, bigoterie,

les clivages les positions XIV vieilli,

à l'intérieur de ceux dans un

aspirent de

et de répression ses et droit, et dans laïque faille En vertu qui distinctions

de fin de règne. entre morale Bayle et croyance, dans ébauche tangibles, religieux de séparées, ou un athée. d'innombrables auquel prétend le divorce radical dans Dieu raIson et foi, de la

par son exégèse sa philosophie, dans de tant travaille sont qu'un siècle morale. par », enracinée

irrévérencieuse, une temporalité

son engage'ment résolument rapport que idée, celui en cause croyant au la est les de le

les prémices humaine, son

d'événements l 'homme faites radicalement sceptique donneront mérite Toutefois, Bayle, au nom

il met en évidence prouvent qu'un De cette la religion: entre

concret: moins

les tueries vertueux

et la théorie du XVIIIe

développements la théorie

afin de contester et la pratique

le principal envisagé

la seule vraie

ne pourrait-il

pas mettre

21

DISCOURS

ANTIRELIGIEUX

FRANÇAIS

DU XVIIIe SIÈCLE

principe sophes quoi siècle, que vertueux? cette

de I'engagement ? Ne pourrait-il la philosophie Et qu'est-ce particulièrement potentialité exploitée. les limites contestataire. Plusieurs raisons celui aussi

public des encyclopédistes
valoir dans sa généralité à rendre C'est philosophes logique du des les seulement

et des philocontre eux? En plus hommes

contribuerait-elle qui le garantirait? au travers paradoxale L'acharnement et épuiser

à la fin du de Sade, se trouvera finira d'un par certain

scélérats de Bayle marquis

de la pensée les fondements

pleinement marquer discours

théoriques

nous

ont pourtant en tête

amenés

à placer

le nom

de de à ce des

Meslier, partie savant Ardennes et rural, concertées, arguments Pour Meslier dans années certaines le marquis fondements références,

et non de l'œuvre notes son exilé, parfois

de Bayle

de cette

anthologie.

La majeure foisonnant le village cyniquement inscrit les du vécu. de I'époque, prend des forme premières troublée trempe, un des

de Bayle, et renvois,

et notamment reste Meslier

son Dictionnaire, érudit. terré curé. écrit outré dans

celle d'un

Contrairement Le langage

contemporain dont maladroit

d'Etrépigny, organisées, spéculatifs tentative ainsi pose

il est le modeste de ce prêtre par l'Église hétérodoxes le discours

passionné

des injustices et la noblesse, dans Son

exploitées des lettrés de circonscrire

l'évidence langage celle

toute

antireligieux

un jalon d'une siècle, Cent fera crise

incontournable. sociale touche plus qui ans

le contexte du XVIIIe provinces.

et politique, la France, tard, pendant d'une passionné

tout

particulièrement autre

la décennie toute

de la Révolution

française,

un autre de fiction.

de Sade,

de la disparition

de la transcendance

de son œuvre

Le discours ton emporté, directes, distancié, dont n'obéit critique la paix suffisantes bas. toutes Comme pas tranche

de Meslier aussi reprend

se révèle

ainsi doublement classique des

inaugural. qu'avec Surtout,

Son les plus

qui mêle les références les analyses au système posées,

bibliques lissé

aux dénonciations philosophes

bien avec l'érudition le style vérité ou radicalise de double qu'aux bien-nés, de l'au-delà

le langage et lettrés Meslier leur de

il partage,

les arguments. de ceux qu'aux éduqués. croupir

qui ne destinent Ni le souci dans Meslier l'enfer aura

de la religion sociale, pour laisser

ni le paradis d'autres, pour

ne lui paraissent

des raisons d'icipris

le vulgaire s'assurer

docilement

beaucoup

face à la répression,

les précautions

que son Mél1'loire ne soit ni connu

22

PRÉFACE

ni publié adressé rhétorique, avec villageois

de son d'un

vivant. effet

Son

discours

prend Il ne s'agit

la forme pas

d'un ici d'un

sermon, artifice à ses

de la chaire la profonde I'athéisme À partir

à ses

ouailles.

de langage et une forme

sciemment

recherché. Meslier

D'outre-tombe, prêche heure. avant

conviction

du zélé prédicateur, de « communisme»

de ce moment suggère les traités dont anonymement. qui a permis une

inaugural, double et littéraire. analytiques. C'est

l'enchaînement évolution Dans de

chronologique la thématique décennies de circulé cette l'écart de Meslier, récent et patient Dans

de

nos

extraits abondent

hétérodoxe: du siècle Dumarsais, en manuscrits, travail critique nébuleuse par rapport critiques. du salut déistes

argumentative de Préret

les premières

Les ouvrages les extraits un

nous donnons de les attribuer couvrait

ont d'abord auteurs. confidentielle, gamme sur

seulement à leurs à distribution

de la pensée à la stricte Il variait entre

clandestine, orthodoxie

une large doctrinaire des

de positions les questions protestants,

un relâchement et l'élaboration

et de la grâce29 et athées 30. On sait que la pensée

arguments

hétérodoxe bridées

prit un important avec le conservatisme sous Louis remplacent critiques Écritures, Les dogmes commencent plus XIV.

essor

pendant et des

la Régence social, années

(1715-1723),

qui rompit et la pensée ouvertement la diffusion orthodoxe,

politique À partir les manuscrits et antireligieux. contribuent qui entame soumis

avec les mœurs 1730, les livres et favorisent le champ philologique du péché

subversifs des textes des sacrés.

hétérodoxes Parallèlement, à la lecture doctrine comme à des rationalité nécessité de Voltaire, tianisme brûlé
société

les laïcs et les incrédules

et désacralisée et des auteurs originel Les exigences l'apologétique accessibles

la

de l'inspiration ceux examens raisonnés.

intouchables, à être de clarté et de à la

et de l'enfer,

intellectuelles ne peut

s'imposent: de fournir dans «la

se dérober

des preuves l'histoire. première découvert31 du Parlement dangereux
scandaleux,

à l'entendement, dirigée contre aussitôt « propre
aux

d'ancrer le chrislacéré à inspirer de la
bonnes

ses assertions

En 1734, paraissent attaque française ». Le livre de Paris, pour puissances32
contraire

les LettreJ phiLoJophiqueJ et

à visage

est presque qui le juge
à la

par décision
civile;

le libertinage mœurs s'émeut

le plus

la religion

et pour
religion,

l'ordre

[...]

et au respect de l'audace

dû aux grandissante

». À l'occasion, Audace

le Parlement qui ne cessera

des incrédules.

23

DISCOURS

ANTIRELIGIEUX

FRANÇAIS

DU XVIIIe SIÈCLE

de croître. phiLoJophiqlled d'Alembert qui s'opérait de s'adapter, langagiers, dérobaient

Au

cours

de la vingtaine de la publication de livres nouveau dans d'un une série

d'années suivis

qui

sépare

les Lettred et et de débats culturel signes se incapables Les social

des débuts en 1751,

de l'EncycLopédie de scandales, découpage de l'Ancien un refus

de Diderot

de condamnations

témoigne paniquées

du champ Régime, absolu. du monde

en deho~s les ainsi outils

des institutions et figées analytiques,

la perception et politique.

à la doxa religieuse

Un des événements l'affaire cœur auteur de l'abbé même de de plusieurs Mais, de Prades, l'apologétique. articles à l'instigation puis petits censurée. caractères. de prise

les plus parlants durant Ami laquelle des

de 1'époque le rationalisme l'abbé cette encyclopédistes,

est sans

doute au

pénétra théologien,

de l'EncycLopédie} des jésuites, Le bruit
ne pas

présenta

une thèse rien mise était du

de licence à y redire. en jugement,
Diderot.

à la Sorbonne

en 1751.

Les examinateurs thèse que courut
l'avoir

ne trouvèrent fut d'abord son auteur le sérieux

À laSorbonne,
la condamnation Décrété Les de voir l'abbé,
toute

on reconnut

lue du tout,

en raison

de ses trop scandale: Faculté. Prusse. s'indigna foi Pire: pour

Le ridicule du Parlement de corps, se mirent aux
une

n'a pas amoindri s'ajouta à celle L'Arrêt l'égalité se réfugia

de l'auguste chez le roi de « la une ». à la en du ParLement soumettre naturelle. est sujets
si l'on

de Prades à pleuvoir. sens
tyrannie

réfutations

un apologiste et la raison vu par
domination

admettre

le sensualisme, », prôner «toute

à la raison

ses détracteurs, pas à l'abri

supériorité
rois mêmes,

usurpation,

[.. .J. Les
et d'impiété

ose le penser, La thèse rien moins

ne seraient qu'à submerger

de la vengeance

de leurs

déverse

« des torrents

d'erreurs

qui ne tendent l'Église, se défend

su bordination, critiquant les

la foi, la religion, 33 ». De l'exil, les lois et la raison

les vertus, de Prades

déclamations à les entendre,

vagues de quelques que les hommes

théologiens ne puissent

contre la raison. On dirait, entrer dans le sein du

christianisme que comme un troupeau de bêtes entre dans une étable, et qu'il faille renoncer au sens commun soit pour embrasser notre religion soit pour y persister34.

Vers le milieu du siècle, les auteurs élaborant des systèmes subversifs se multiplièrent. Deux types de livres affolaient surtout les autorités: les textes hétérodoxes tels LJEdprit ded LoiJ (1748) de

24

PRÉFACE

Montesquieu matérialistes aveugleJ (1749) que la terre, géologiques, fut épuisée quatorze éditoriale interrompue. de texte d 'expression encyclopédistes saillants, Voltaire
«

ou Élnile comme

(1761)

de Rousseau,

et surtout

les ouvrages machine
dUt'Led

l'Hiftoire

natureLle de lJânle (1745),

L llomme

(1748) de La Mettrie,
constituée n'était propositions. de La durée et onze tout sortes en pas

les PenJéed philodophiqued (1747) et la Lettre
En 1749, l'Hiftoire par sortie une toute lente faite d'un natureLle de Buffon des créateur. l'énorme de volumes Les adversaires courts acte temps superposition la Sorbonne

de Diderot.

prouva couches L'édition

en six semaines. l'Encyclopédie

Au début (1751-1772), finirent souvent suspectes. de l 'orthodoxie

de 1751,

en censura entreprise attaquée (dix-sept des et peu écrivait à et

Commençait de l'opération déjouant d'idées

en même

régulièrement par dans modifier les articles

et le nombre la censure.

de planches) dénichèrent, plaint

les possibilités

toutes

En 1757, d'Alembert des articles

qui s 'était

de théologie:

Sans doute nous avons de mauvais articles de théologie...
articles, ce que moins nous au jour, avons pensé où tout est réparé. nous Le temps écrit35 de ce que avons

Il Y a
fera ».

d'autres distinguer

Succès dépourvu hommes, la fin du détacher milieu matériel du

de librairie, vivant pour Dans les cœurs comme le déiste

l'EncycloplJie commandé par en société

brosse le savoir remplace avait

le tableau le croyant. foyer cherchée

d'un

monde des qu'à de se au que

du surnaturel, où l'individu XVIIe siècle siècle suivant, du monde et social.

et la compétence Alors la nécessité dans

Malebranche accéder la vérité le Contrat de toutes

valorisé

au spirituel, doit être à l'Etat, JociaL (1762), les choses

de la Vérité, affirme ». De

le monde chrétienne] manière la loi divine

Rousseau [la religion entre

« loin d'attacher les en détache, analytique et la cité:

des citoyens en conclut

de la terre

et posée,

à la séparation

La religion chrétienne, n'ayant nulle relation politique, laisse aux lois la seule force qu'elles lui en ajouter aucune autre 36. Le d'importance prendre passionnelle majeure partie milieu la mesure: et variée, du siècle dont en voit s'accentuer une

particulière avec le corps tirent d'elles-mêmes, sans

une autre
de

campagne tardé en plus la à plus

capitale,

les tenants

de l'orthodoxie rhétorique de l'époque.

avaient

mobilisant

la critique

de la religion

se dissémine

à travers

des genres

et des discours

Elle se fait plus

25

DISCOURS

ANTIRELIGIEUX

FRANÇAIS

DU XVIIIe SIÈCLE

ou moins sociale années quel suivies,

ouverte de la forme 1760,

ou argumentée, qu'elle mis investit, à part

allusive selon

ou directe, le public

selon visé.

la visibilité À partir plus Les savoir analyses des à

les défenseurs

de l'orthodoxie celui point par

ne semblent point d'un les dogmes discours

saint

se vouer;

de la répression.

les traités

qui réfutaient apologétiques le roman, dans de l'article diversité se glisse l'almanach, de cette tente de rendre saisir

de l'Église antireligieux s'adapte le vers, des textes au le au de

et les arguments polymorphe, des caractère dialogue, pamphlet. notre personnages,

se doublent s'intègre la forme

qui pénètre fragmentaire investit C'est

à l'intrigue, dramatique,

à la construction épouse

de dictionnaire, fournit générique compte.

les mémoires,

le matériau

que le choix

anthologie Comment

en effet

la densité à partir

des références, du XVIIIe suivant

des sources siècle et jusqu'à ou analytique? résumant en

et nos les

des tons qui nourrissaient tenant jours, longues polémiques, leurs disciples. uniquement du XIXe décennies examinant D'après nous reconnaissons siècle, de

l'écriture comme débats, les points I'auteur

hétérodoxe du siècle discours

en s'en

à ce que,

philosophique en fait le constat, et

Au début

Chateaubriand forts

affrontements

mises

scène et de

des adversaires

de l'Église

du Génie du CbriJtianilme

(1802) , Voltaire
»

est parvenu
s'adressant Il est vain contes l'apologie

à «ébranler
aux doctes, de répondre

les bases mêmes de la foi
« par de la théologie ». L'irréligion et des a investi

non pas en
». à des

mais « avec des grotesques

et des plaisanteries syllogismes tous les genres,

licencieux doit

et à des folies37 faire de même:

L'auteur [c'est-à-dire, poèmes et des romans s'est couvert Par ailleurs, existé des poèmes, est christianisme plus incrédule,

Chateaubriand lui-même] a dû combattre des impies, avec des poèmes et des romans pieux; il revêtu38. s'il n'eût où le d'être que 40 ». 1760 sans de la

des mêmes armes dont il voyait l'ennemi il « n'aurait des exposé romans, jamais des songé livres des
«

à écrire de toutes

son livre,

les sortes, ». Afin facilité

à la dérision homme

lecteurs39 avec

efficace, le Génie du CbriJtlanidnledoit
du jeune le premier feuillette un livre impie,

être lu de l'homme de lettres le
la même un roman textes dangereux écrits entre

le plus léger, le second de nombreux correspond littéraires

Notre et la Révolution précédent des

anthologie car cette audaces

reprend période discursives,

à un enrichissement et pbilosophiques

26

PRÉFACE

critique Morellet, Naigeon, tant papes que auxquels populaire demande

antireligieuse. Levesque Helvétius les s'emploient et apologistes tient,

Voltaire, de Burigny, et d'autres

Diderot, Marmontel, écrivent, anathèmes, royale, semble

D'Alembert, d'Holbach, réfutations Parlements, le torrent. se maintenir. 1770, traduisent,

Rousseau, Boulanger, éditent Sorbonne, Certes, Mais la piété ce n'est se et autodafés

compilent,

condamnations, n'arrivent du clergé.

administration du culte

plus à endiguer À la fin des années

la pratique

pas le sentiment

l'abbé

Beurier

combien capitale,

ne trouve-t-on pas dans les provinces les plus éloignées de la dans de petites villes et jusque dans le fond des campagnes, froidement sur les plus terribles vérités que l'enfer n'est qu'un épouvantail de de

d'incrédules qui plaisantent notre religion, qui disent

l'invention des prêtres? Combien n'entend-on pas d'artisans dans leurs ateliers et de paysans dans leurs villages, traiter de momeries ce que nous avons de plus respectable dans nos mystères ?41, En comble, venus pour de proscrire 1775, l'Assemblée du Clergé tacites, ans plus proteste que à signer le mal leurs qu'à est à son ouvrages, impies

et propose de l'étranger.

au roi d'obliger Dix

les auteurs d'arrêter tard,

les permissions

les Hots de livres
«

elle demande de force

la troisième

contravention
toujours esperance " sont des

les auteurs
dans

des mauvais livres soient
ou maison
42

enfermés

et détenus
aucune

un château ».

et ce sans

d '''e l arglssement '
Chez les hétérodoxes pas aussi (1770) pour

des années La différence que de Voltaire Avec

1760 et 1770, de ton (1760) une quelques

les positions de Diderot, d'attitudes

ne entre le

pourtant textes

unanimes. différents (1764) de

et de registre

La ReLigieuJe recouvre

Dictionnaire de La nature fondamentales constat auteurs groupes Condorcet) milieu Latouche, marchands, la culture

pbiLoJopbique malaisées

et un traité

tel que Le SYdtème nuances, sociologique le même de nos divers (Sade, le de fils de partagent dans d'épée (Gervaise jusqu'aux Tous

d'Holbach à classer. le siècle.

gamme

s'impose rend sociaux financier

tout

L'enracinement du discours l'ancienne d'Argens)

compte de robe

de la pénétration (Fréret, Boyer

critique

et professionnels: (d'Holbach),

noblesse ou de Cour libérales Diderot).

(Voltaire),

les professions (Meslier,

Harmand), commerçants des élites

les ecclésiastiques ou artisans de l'Ancien Régime,

(Morellet), un esprit

à la fois méthodique

27

DISCOURS

ANTIRELIGIEUX

FRANÇAIS

DU XVIIIe SIÈCLE

et critique. Mais leurs analyses et leurs convictions évoluent : d'abord déistes, Du Marsais ou Diderot ont fini par évacuer le Dieu des chrétiens de leurs visions du monde. Le matérialisme de Diderot, écrivain désireux d'un approfondissement esthétique de la réalité, réticent au déterminisme, et qui faisait de la sensibilité la propriété universelle de la matière, diffère du matérialisme mécanique de son ami d 'Holbach. La rigueur athée de celui-ci, son implacable fatalisme, partagés par Naigeon et peut-être par Roux, ont effrayé Voltaire et l'ont poussé à en rédiger une réfutation. De même, la position de Voltaire est clairement celle d'un déiste; mais il aura tendance au fil des années, à diminuer le rôle de la divinité, accentuant la fonction sociale de la 43 croyance. Si Voltaire répétait à r envi sa foi en l'Être suprême, sa verve vitrioleuse était telle que les dégâts infligés à l'orthodoxie surpassaient de loin ceux provoqués par d'autres écrits franchement matérialistes ou athées, mais plus techniques, difficiles à lire. Rousseau, brouillé avec les philosophes, opprimé par les Églises catholique et réformée pour l'Él7zile (1762), la Lettre à ChrÏ-1fophede Beaumont (1763), et les LettreJ de la l720ntagne (1764), défend fermement la foi en un Dieu libre de toute mythologie et de toute institution. Il offre aux apologistes de la fin du siècle le modèle de la preuve de I'existence de Dieu par le sentiment, déjà mise en place par Pascal, et que perfectionnera Chateaubriand. L'acmé de la radicalisation philosophique, littéraire et législative se confondra avec le bouleversement révolutionnaire. L'étonnante liberté blasphématoire de La Guerre ded dieu,,\:ancien,} et nloderneJ (1799) de Parny ou de l'Hi1foire Je Juliette (1801) de Sade seront contemporaines de l'apologétique conquérante du Génie du chrutianifn'le (1802). En outre, à l'approche de la fin des années 1780, la critique de la doxa religieuse portera autant sur son aspect théologique que sur la théorie et la pratique sociale et économique de l'Église et de ses représentants. Aussi notre choix d'auteurs et d'extraits de leurs ouvrages répond-il à la volonté de présenter un éventail aussi large que possible des différents tons, arguments et positions qui traversent et informent le champ hétérodoxe, tout en évitant les redites. y a-t-il eu une continuité entre le discours antireligieux du siècle et la violence révolutionnaire dirigée contre les ecclésiastiques, les nobles et les symboles cultuels? L'historiographie moderne a depuis plusieurs

28

PRÉFACE

décennies influence siècle avant est

démontré des écrits

que plus

les vieux

débats

sur la bonne tranchés. Car

ou la mauvaise du XVIIIe non seulement antireligieuse des conflits même entre nous à et de ce qui que intégrée font partie

des philosophes se poser n'eut civile change tout

et des hommes

de lettres

ne devaient la Constitution violent ou

en termes pas de visée mais

la Révolution les assermentés présentons la religion valorisée

française

officiellement

du clergé avec

et la politisation la perception Les le temps.

et les réfractaires, non

extraits

ont participé chrétienne, par l'Église.

à la mise en évidence à la fois exploitée, religieux Le discours

de la violence sublimée,

représentée

et sa contestation

de la même culture, témoignent des mêmes }'Ellcycfop!Jie I1zéthooiqlle (1794), Naigeon commente vieux boyaux philosophe d'un siècle: « Puissé-je des prêtres voir le dernier du dernier 44 ». », et affirme

fascinations. Dans le vœu de Meslier, étranglé le vœu avec d'un les vrai

des rois que « c'est

Mais tant génération en ju illet en 1784, d'ailleurs embastillaient contribué Révolution, nourrit leurs en critique tributaires, révolutionnaires voient mise situation Morellet, pédistes, dans de un auteurs. Occident,

la distance esthétique Rousseau en

n'en

reste

pas moins

grande

entre

la violence politique. Diderot

en

que ressort 1789. Buffon pas

ou rhétorique il n'y a pour et d'Holbach Sous et Voltaire brûlaient, l'idée

et la violence en 1778, de

De la meurt ou la de la

des encyclopédistes 1788 qui

ainsi dire plus de survivants 1789. Ce n'était rouaient Durant ceux modernes toujours de 1792, la cette l'abbé dans de des

s 'éteignent contraignaient l'Ancien répond

au début

eux leurs

à l'exil, Régime, et de liberté.

adversaires. de leurs

ils ont largement

à légitimer la réception Creuset des réflexions

de tolérance écrits

à des questionnements, pas ou plus politiques nous qui, C'est sommes à partir aussi

ou des pratiques des idéologies C'est dans révolutionnaire

qui ne sont et des systèmes dont

la décennie qu'il faut chercher de l'époque la violence crise des qu'il derniers

a infléchi, les affirmations héritiers et surtout l'éclairante dans

transformé des contrela Terreur,

en idéologie.

ce contexte,

à comprendre
et de leurs

révolutionnaire, faut replacer survivants

en pratique

des principes

des philosophes.

réponse

de la génération

encyclo-

qui publie

son Apofogie (Je fa phifoJophie (1796)45.

contre celk~ qui !'acclldent

Jed I7ZtZllXde fa RévoLution

29

DISCOURS

ANTIRELIGIEUX

FRANÇAIS

DU XVIIIe

SIÈCLE

Une dernière question à aborder concernele renouveau du catholicisme qui s'est amorcé dans les dernières années du XVIIIe et au début du siècle suivant. Nos extraits pourraient donner l'impression qu'après les écrivains des Lumières, il ne restait plus de quoi légitimer un soupçon de la présence divine et qu'en Occident, Dieu était nzort, bien avant la proclamation de Nietzsche. Ce serait perdre de vue que le monde discursif du XVIIIe siècle ne s'épuisait pas dans les affrontements entre le système religieux et les hétérodoxes. Le domaine du lucide raisonnement, des arguments et de l'examen éclairé des croyances, de I'observation rigoureuse et de la pensée disciplinée restait limité. Les hétérodoxes avaient réussi à situer la discussion sur le plan démonstratif; dans ces conditions, l'orthodoxie avait tout à perdre, et elle a beaucoup perdu. Mais à partir des années 1770, elle déplace le débat vers le registre émotif. Tout en élaborant ses preuves «internes », le discours apologétique développe une rhétorique d'attendrissement, exploite les ressources du langage des sentiments, les effets poétiques de I'écriture, de la mise en scène psychologique des effets de dévotion. À l'époque, comme aujourd'hui, la rationalité n'était pas en contradiction avec les multiples formes de la pensée magique. Aux survivances alchimiques, superstitions et hantise du surnaturel, aux fragments d'un savoir scientifique qui s'intégraient étonnamment bien aux engouements suscités autour de personnages comme Cagliostro, Saint-Germain ou Mesmer, à la vitalité de la pensée mystique incarnée dans les années 1790 par un Saint-Martin ou un Chassaignon, il faut ajouter le chaos révolutionnaire dont l'engrenage graduel n'a presque rien laissé subsister du monde connu, et surtout pas la foi en la raison. Deux textes écrits en même temps par deux nobles paupérisés, le Génie de cbrutianunze de Chateaubriand et l'Hitloire de JuLiette de Sade en témoignent. Certes, d'un point de vue thématique ou générique, tout sépare ces œuvres. Mais les deux abordent l'actualité à travers un dépaysement historique et géographique; le sentimentalisme du premier, comme le déchaînement passionnel du second marquent sur deux modes différents la même désagrégation du discours raisonné. Dans sa fiction, qui tient à la fois du roman libertin, du roman picaresque et du roman d'apprentissage, fidèle à son athéisme à la fois rigoureux et passionné, Sade brasse, avec une adresse sans égale, les multiples discours contradictoires qui ont jalonné les dix ans de

30

PRÉFACE

bouleversements

révolutionnaires,

incluant

le Culte

de

l'Ëtre

suprême

instauré

par

Robespierre. du paysage moral,

Le

roman

suggère

une

analyse

sans

complaisance surtout langage

idéologique

de la décennie:

tout discours, Le

le discours

recèle l'inverse de ce qu'il proclame.

est radicalement

déconnecté

de son sens manifeste, le discours égale et

le plus logique est un signe de pouvoir, non de raison. Persuasion manipulation. recouvre son Le précepte double classique «plaire séduire et instruire»

retrouve

polémique, peut

et corrompre.

Toute

dénon-

ciation idéologique l'ennemi
discours passion

être réutilisée contre détournée au gré des
qu'un seul ou

l'alliéd'hier devenu rapports
réel, caste.

d'aujourd'hui,
sur les valeurs de

de

force. Le
et la

n'a celui

au qui

fond

mobile de sa

l'intérêt

personnels

le professe

Âgé

de trente deux

ans en

1800,

Chateaubriand

s'efforce de Pourtant,

trouver un nouvel équilibrepour l'aube
le

d'un siècle nouveau.

Génie du chrutianl.J/ne est la mise en œuvre
Cette pas
prouvée

du mécanisme
catholique une religion

que Sade
la ne doit doit être des autorité

dénonce. ne cache

ardente son
ni

apologie objectif.

d'une Après

religion par

sentimentale qui

réel

l'épreuve
sentie.

révolutionnaire,

priorité
être ni

est à la stabilisatione la société d
questionnée, seulement

Le
père

lecteur de

touché,

voire

bouleversé,

pour

mieux

intérioriser du

l'inviolable

de Dieu, des hommes ou du pouvoir, ecclésiastiques en somme des Interdits.

-

famille,

Les temps modernes ont continué à osciller entre le désir de tout dire et le silence respectueux. Le religieux continue de nourrir les stratégies politiques etlesfantasmes du pouvoir. Mais au XVIIIe siècle, le sérieux des enjeux n'a pas bridé la vivacité de l'écriture.

NOTES
1.
Danton, p. 594. le 26 novembre Dans un autre 1793, d'après discours Le MOlliteur, dan~ Dilcoul''J de Dalltoll, 1910, jour
«

du même

sur

l'instruction

et les fêtes

nationales, il revient sur le sujet en déclarant:
la superstition 2. 3. pour établir

Nous n'avons pas voulu anéantir
», ibid., p. 599. et du Dilcourr./

le règne de l'athéisme

Il s'agit de l'E"Jlli .IlU'Le,1 mœllr..! et L'e,'prit de.! IllltiOlz,1(1766) de Voltaire ,Il'" l'hi..1foire llIzil'er,'eLLe(1681) de Bossuet. Chateau briand, Génie du chriltlani..lIlle, 1978, T. I I, p. 844.

31

DISCOURS

ANTIRELIGIEUX

FRANÇAIS

DU XVIIIe

SIÈCLE

4.
5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14.

Chateaubriand,
et voyage,), 1969,
«

«

Préface

», Itinéraire de Pari:J il JénuaLem,

1811, ŒllVreJ romaneJqueJ d' œuvres,

T. I, p. 695.

À la rubrique toutes Olivier Naigeon, Ibid. Ibid., p. 1110. Ibid., p. 1113.

Titres

», le mot alltireLigiell..T ne renvoie

qu'à une dizaine

du XXe siècle. Clément, dans sa préface aux Qllatre Évangile,}, 1998, p. 42. 1794, T. III, 513, note 1. Encyclopédie métbodique,

René Taveneaux,

HÙtoire deJ religÙmJ, 1972, T. II, p. 1105.

Lire Raoul Vaneigem, Ann Thompson, Akagi Shozo,

La Ré..,Ùtance au cbrÙtüzni.tnze, 1993. 1991, p. 297-304.

dans L'Encyclopédie, Diderot, reJthétiqile,

Le~t Idée,} alltire/~9iell4.1eJ Prance de 1600 à 1750. Le,} lihertÙzJ all XVI! ell Jiècle et daflJ la première moitié du

.liècle et le~' nUl/liMcrit,} clande.IlÙz., el la fin du XVI! }(VII! ~,iècle, 1993. 15. Lire Albert p.4. 16. 17. Ces catégories Christophe se contaminaient souvent Monod, De Pa,}caLà Chateauhriand.

il 1802, 1916, 1970, p. 8 ; et voir le tableau du « Mouvement
au XVIIIe

Le,) dé/elldelu'J du cbrÙtiani.llne de 1670 de l 'apologétique », siècle. Sur le sujet, lire Jeanaprès avoir souhaité, que la tolérance Ira O. Wade, The

Abramovici,

Le LÙ're interdit. De Théophile de Viall il Sade, 1996. l'abbé Yvon s'est exilé en Hollande

Ami des Encyclopédistes, civile soit accordée

dans La Liherté de COIl,}ciellcee,}.IerréedaiM deJ horneJ légitime,) (1754), r aux protestants. 1983, p. 49. Lire aussi 18. D~fficulté.., Jill' la religion, Paris/Oxford, Clallde.,tÙze organization 1938, p. 49. 19. « Que le dispensateur de théologie raison

and diffu4.1ionof philoJophic well.l Ùz Prance from 1700 to 1750, de toute sagesse et de toute gloire soit avec la sacrée de Paris, dite de Sorbonne. et lumineuse
pbil()rJophilJue

Faculté

de l'université

Amen!

ce n'est point sans la fille aînée de », ironisait la

que cette célèbre
littéraire,

congrégation
et critique du

a été appelée
15 juin 1767, 1968,

nos rois, comme
CorredpmZ{)llllce

nos rois sont à leur tour les fils aînés de l'Église L/t.ffaire Calatl, 1929, p. 250. pièces à l'appui,

T.

VII,

p. 337.

20. 21.

Marc Voltaire

Chassaigne, relate

l'affaire,

d~ns la Relation de la mort du ChePllLie,.de Beccaria, T. XXV, p. une petite

La Ba,.re (1766), écrite sous la forme d'une lettre à Cesare Bonesana auteur de De.' {Mlit., et detl peÙze., (1764). Lire ŒllfJred complèteJ, Moland, 512. Là aussi, le lien entre « l'hérétique contre » et les livres La Barre interdits fait Pendant génuflexion aurait 22. 23. l'instruction, devant on dépose les livres intitulés d'avoir
«

est immédiat.

TbérèJe philodopbe, La Tourière de,) carmélited, et Un exemplaire du Dictionllaire pbiloJophiqlle (lire ÉcraJer L'Infâlne, 1994, p. 301). sérieusement aussi au

Le Portier de,} Chartrell.x (ibid., p. 508). Voltaire, Parlement

été brûlé avec le corps du chevalier

Relation de la mort du Che liaLier Je La Barre, p. 511. de Paris.

Le Dictionnaire fut brûlé à Genève et à Berne. On en parlait

32

PRÉFACE

24.
25.

Lettre

du 27 octobre

1764 du duc de Choiseul

à Voltaire,

CorreJpondance, 1960,

T. LVI, p. 126.

Orner Joly de Fleury, premier avocat général, aurait déclaré qu'il « ne mourrait
pas content 1764 qu'il n'eût vu pendre d 'ArgentaI, un philosophe
«

», Voltaire,

lettre du 5 novembre à lire le

à la comtesse

ibid., T. LVI, p. 138. Lorsqu 'on donna 1995, p. 208. lllt XVI{

Dictionnaire à Louis X~ il aurait demandé:
homme-là? 26. 27. », cité dans ÉcraJer l'Illfâme, Morellet, Lire les Mél1loireJ d'André Cité par Antoine p. 312.

Est-ce que on ne peut faire taire cet

2000, p. 152. Jiècle, 1997, T. I,

Adam, HiJtoire de la littérature franfaiJe

28.

Ainsi Fontenelle (1657-1757), auteur des EntretienJ Jllr La pLuralité deJ mondeJ (1686), de l'HiJtoire deJ oracLeJ (1686), de De l'Origine deJfahleJ (1680), dans lesquels puiseront (1686) comprit les philosophes dans que cette satire à la Bastille, l'essai du XVIIIe des confessions il s'empressa Coupé, siècle, publia une Relation de l'île de Bornéo de Bayle. Lorsqu'il risquait et de leurs querelles LeJ NouvelleJ de la RépuhLique (JeJ LettreJ, journal religieuses de publier prêtre dans

de l'envoyer

Le TriOlnphe de la Religion JOlU en théologie, rappelle qui du pape

LouiJ Le Grall{) (1687).

29.

Par exemple, l'importance trouva Clément

de Pierre

et bachelier la bulle

des sujets polémiques culminants

aiguillonnés

par la controverse

janséniste,

un de ses points

U/l~ge/lituJ (1713)

XI. Lire son livre intitulé

Le GieL mu'ert à tOLUleJ bOlnmeJ, traité tbéologique composé

dall., lequel Jtlll.' rien déranger deJ pratiqaeJ de LareLigion, on prouve Jolidement parla JaÙzte Ecriture et par la ral.}{}1l'lue tOlU LeJ bO/nme., Jeront .JtluvéJ, probablement autour de 1715.

30. 31. 32. 33. 34. 35. 36. 37. 38. 39. 40. 41. 42. 43.

Lire Ira O. Wade, Albert Monod,

The CLandeJIÙze organizatÙm and ùij/itJio/l of pbiLo,)opbic idea.J Ùz

France from 1700 to J 750, 1938. De PaJcal à ChatealtbrÙlIu), 1916, p. 294. cité dans les ŒltvreJ de Voltaire, 1916, p. 335. cité par Albert 1994, T. I, p. Moland, T. XXII, Arrêt de la Coltr de Parlement, p. 77-78. Cité par Albert Monod,

De PaJcal à Chateauhriand,

L'abbé de Prades, RéflexlollJ JW' l'InJtructwn Monod, ibid., p. 86. Lough, article « Encyclopédie 1096, col. b. Rousseau, Chateau

Je l'évêque d~uxerre,

», Dictio/lnaire u/liverJel JeJ fittéralureJ,

Du contrat Jocial, ŒupreJ, 1964, T. III, p. 465. briand, DéfellJe da génie (JechriJtianiJme, 1978, p. 1099.

Ibid., p. 1102. Ibid., p. 1099. Ibid., p. 1099-1100. Abbé Beurier, Ci1I~férenceJou ôi.JcoarJ contre le,) ennelniJ de notre JaÙzle religion (1779), Monod, Monod,
«

cité par Albert Cité par Albert Dieu,

De PaJcal ci CbateaabrÙlIzô, p. 467. ibid., p. 460. duquel il a combattu toute sa vie avec le même zèle, ne se

Naigeon remarque:

À l'égard de Voltaire, je sais que le dogme de l'existence de

pour le maintien

33

DISCOURS

ANTIRELIGIEUX

FRANÇAIS

DU XVIIIE SIÈCLE

lie pas bien avec d'autres matérialité 44. 45. Ihid. de l'âme,

opinions

qu'il a constamment des actions humaines,

soutenues, l'éternité

telles que la de la matière,

la nécessité

etc. », EllcyclopéJœ méthodique,

1794, T. III, p. 239, col. a. 1818, T. I~ p. 308-333. souligner Lire aUSSi ses nos à la mais

Abbé Morellet, MélalZ.qe de Littérature, MéJ1wire.l, 2000, p. 152 ; et Alan Charles ill Pari.}, 1967, p. 268-269. dix-huit auteurs, Franc-Maçonnerie. sans aucune preuve On pourrait furent au moins quatre

Kors, D'HoLhachJ Coterœ. An EnLightenment dans cet esprit à un moment que parmi initiés aussi, ou à un autre, Condorcet

Sade fut initié à la loge des A/ni.! de La Liherté, vraisemblableest parfois cité comme maçon. positive. Blanc et Parny appartenaient d'avant à la loge des Nel~f Sœur,}, Née à partir tel que accrûe clubs de les peintres des savants Dellile,

ment en 1791. D'Holbach

la plus célèbre de toutes les loges françaises du salon de Mme de Hélvetius, elle comptait Lalande, Greuze, Cabanis, Vernet, Franklin, le sculpteur de Voltaire, les écrivains Houdon... le 7 avril

la Révolution. Florian,

dans ses rangs

Chamfort, Sa célébrité parfois

s'est particulièrement par différents maçonnique,

avec l'initiation Accueillant discussion, principes politiques

1778, mort moins de deux mois plus tard. prolongée et sa condamnation non les historico-

les hommes

des Lumières,

la Franc-Maçonnerie de la doctrine. des deux bords.

n'a jamais été antireligieuse, XIV en 1751 visait le secret Lefranc, auteur

par la bulle Pnwida.l de Benoît

Ce qui n'empêcha L'abbé

pas les récupérations

des COlZjurationJ contre La reL~9ioll

catholique et le.l .louI'eraÙz.l, JOIlI le projet cOllfU ell France doit .l e,,1:écllterdanJ l'UnipelèJ enlœr (1792), et du Voile Levépour le,} curœll.X Oll le .lecrel de la RévoLution ré"éLée à L'aiJe Barruel dans ses MémoireJ pOll,. Je,."ir à l'hiJtoire la Révolution ont revendiqué par un complot la Francles idées pour voulurent d'avoir expliquer à l'opposé, de La FralZc-MtlfolZlZerœ, puis l'abbé du jacohÙzi.lJ1le (1798) maçonnique. Maçonnerie qui triomphèrent Des le mérite Franc-Maçons, en 1789.

contribué

pour une large part à répandre

34

PREMIÈRE

PARTIE

UINVENTION

DE DIEU

][NTRODUCT][ON

ans la hiérarchie des discours dont hérite le XVIIIe siècle, la théologie occupe la place centrale. Au-delà des contingences, elle explique l'ordre éternel des choses, bâti autour de Dieu et par sa volonté suprême. Au cœur de tout enseignement digne de son nom, «la plus nécessaire de toutes les connaissances 1 » est la seule autorisée à offrir une explication globale du monde et de la place de l'homme dans ce monde. Sa force symbolique et épistémologique est intégrée au système politique: la croyance en Dieu fonde le pouvoir du r moi. Dans la monarchie de droit divin, l'orthodoxie catholique fournit la justification théorique du pouvoir du prince. Il est dans la logique des choses que la violente attaque de Meslier au début du XVIIIe siècle vise autant Dieu que ses représentants civils et spirituels d'ici-bas: la contestation et la redéfinition de l'autorité auxquelles se livreront les philosophes toucheront aussi bien l'ordre spirituel que l'ordre temporel de la société. Pourtant, dès le dernier quart du XVIIe siècle, la position socialement et politiquement dominante de la doctrine catholique s'accompagne de l 'affaiblissement progressif de son hégémonie conceptuelle: la pensée théologique articulée autour d'un Dieu éternel et immuable a été nuancée et affinée, au prix de houleux débats, discussions et condamnations, par le rationalisme de Descartes et de Malebranche. Mais déjà quelques décennies plus tard, elle ne pouvait plus espérer le salut de sa capacité persuasive que d'un discours

D

37

DISCOURS

ANTIRELIGIEUX

FRANÇAIS

DU XVIIIe

SIÈCLE

apologétique qui, contraint d'endosser les sujets polémiques imposés par ses adversaires, ne faisait qu'émietter un peu plus encore un corpus d'arguments, de lieux rhétoriques et d'images de plus en plus désarticulés et coupés des réalités ou des attaques qu'elle se devait de conJurer. Dans le paysage polémique et contrasté de ce siècle à engagements passionnels, la simple prise de parole au nom de l'homme social, mortel et imparfait, qui assume ses contradictions et ses doutes, apparaît

opposée au message monodique du

«

premier moteur» des théologiens,

à la tautologie biblique reprise par Trévoux, qui, elle, donne la parole à Dieu: « Je suis qui je suis, Alpha et Oméga} le commencement et la fin de toute chose2». Les hétérodoxes de tous bords se soucient d'ailleurs moins d'affirmer l'inexistence de Dieu les athées intégraux que de détacher une constituent une minorité dans leurs rangs connaissance sur l'homme et sur l'histoire, y compris celle des religions, sur la société et sur le monde physique du savoir sur la divinité. Ils héritent à la fois des rapports noués de longue date entre la philosophie et la théologie, de leur concurrence qui s'intensifiait depuis le tournant du XVIIe siècle3. Capable d'accueillir les fragments discursifs hétérogènes, le roman s'intégrera à ce processus d'éclatement et de recomposition des genres pour associer à son tour la fiction narrative et le débat théologique.

-

La perméabilité du champ théologique au discours des hommes de lettres tient autant à leurs connaissances en la matière qu'à la hardiesse de leur raisonnement, souvent bien éloignée du respect traditionnellement dû à d'aussi graves sujets. Mais lorsqu'ils s'emparent du débat sur Dieu, le camp théologique lui-même a déjà investi la divinité chrétienne et ses attributs des conceptions concurrentes dont la cœxistence ne facilitait pas la lutte contre l'incrédulité. Les contestataires du XVIIIe siècle exploitent la désagrégation du système doctrinal orthodoxe amorcée depuis la parution de l'AugUJtÙl (1640) de Jansénius. Les enjeux de cette dispute théologique sur la grâce et les attributs divins se mesurent non seulement au nombre des livres polémiques écrits pendant plus de cent cinquante ans, aux condamnations papales et royales, aux interdictions et censures, mais encore aux répressions et violences sans nombre dont la destruction de l'abbaye de Port-Royal en

38

INTRODUCTION

1710 pour

sur autant

l'ordre

du roi fut sans frappante

doute

la plus

ni la plus

ni la plus

radicale

spectaculaire, 4.

sans

être

Écrit dans les années 1780, l'article « Jansénisme»
de Théologœ d'exaspération, l'orthodoxie catholique. de Bergier, met dénclenchée Il n'y a aucune avec en sa combativité par hérésie, ce «schisme note-t-il, doctrinaire sein évidence la décomposition 5» au

du Dictionnaire et ses accents théorique de l'Église de

qui ait eu des défenseurs laquelle on ait employé d'opiniâtreté. depuis plus
instruites

plus subtils et plus habiles, plus d'érudition, plus

pour le soutien d'artifices,

de plus

Malgré vingt condamnations prononcées contre elle d'un siècle, il est encore un bon nombre de personnes
qui y tiennent

[...].

Plusieurs

théologiens

[...]

se

sont

rapprochés

des opinions

rigoureuses

jansénistes,

pour

ne pas donner de fausse

lieu à leurs accusations morale, etc 6.

de pélagianisme,

de relâchement,

La polémique janséniste a proposé des stratégies de contestations de la tradition dogmatique tout en insistant sur l'omnipotence et l'arbitraire de Dieu. Cette divinité cruelle, injuste et menaçante est devenue la cible favorite des hétérodoxes. Faisant flèche de tout bois, la critique théologique des philosophes rattachera cette tradition aux autres discours antireligieux hérités de l'âge classique. Avec le sentiment d'être assiégés de toutes parts, les apologistes notent quant à eux les connivences entre le jansénisme et la théologie des réformés. Bergier explique que, pour les jansénistes, l'homme ne résiste jamais ni à la grâce ni à la cupidité. S'il s'agit de la cupidité, c'est que Dieu ne lui a pas accordé la grâce suffisante pour y résister. Il dénigre cette doctrine qui, en faisant «de Dieu un tyran7 », ne peut qu' « étouffer I'amour de Dieu8 ». Pourtant, si Nicole et Malebranche, Bayle, Bergier et Voltaire déplorent tous les querelles théologiques, ils le font surtout pour des raisons stratégiques9. En s'attaquant au jansénisme, Bergier tient un discours qu'on pourrait facilement confondre avec la critique déiste ou athée du Dieu de l'orthodoxie catholique; ce qui pourrait paraître surprenant si l'abbé n'avait pas fréquenté la société du baron d'Holbach. Pris entre la dogmatique et la polémique, son langage montre que les définitions de Dieu et de ses attributs se modifient au gré des besoins persuasifs dans un contexte volatil, où la distinction entre le

39

DISCOURS

ANTIRELIGIEUX

FRANÇAIS

DU XVIIIe

SIÈCLE

pragmatisme théologique
«

politique, perd

la propagande

ecclésiastique

et la doctrine

de sa pertinence:

si Dieu

refuse sa grâce non seulement aux pécheurs, mais aux justes, s'ü leur

impute à pécher des fautes qu'il leur était impossible d'éviter sans la grâce, quelle confiance pouvons-nous donner [...] aux promesses de Dieu, à sa miséricorde absolue infinie? Si Dieu préfère d'exercer sa justice et sa puissance sans doute, Pour aux faire
...

plutôt que sa bonté [. ..J, nous devons le craindre mais pouvons-nous l'aimer ?10 ». croire à leur doctrine, sophismes,
...

les jansénistes

ont faux

eu recours miracles,
,

«explications

f rau d es pIeuses, a Ia superstitIon et a l Imposture ». Il sont« e b ran le ' dans les esprits le fond même de la religion, et préparé les voies à l'incrédulité », alors que « l'art avec lequel les écrivains du parti ont su déguiser les faits ou les inventer au gré de leur intérêt a autorisé le ., . . . pyrr h onlsme h IstorIque d e nos 1 Itterateurs mo d ernes 12 ». Cette évocation de l'habileté argumentative des adversaires montre bien qu'il ne suffit plus de brandir la menace de la damnation éternelle, ni d'assener la nécessité de la croyance pour le salut. Afin de montrer qu'il y a un Dieu, il faut en fournir les preuves. Mais ni la définition de la raison qui s'impose dans le champ épistémologique, ni les arguments qu'elle contribue à structurer ne favorisent les tenants de l'orthodoxie. Ainsi, les articles « Dieu» du Dictionnaire (Je théologie de Bergier et de l'EncycloplJie ne se privent ni l'un ni l'autre du topod des insuffisances de la raison humaine confrontée aux mystères de la révélation. Mais le premier le fait pour souligner la grandeur de Dieu, tandis que le second y recourt pour suggérer le manque des fondements rationnels de la doctrine théologique 13. Problématisés dans le camp théologique, situés au croisement des discours proprement théologique, moral et social, les attributs divins tels la bonté ou la justice seront traités aussi bien par les apologistes que par les hétérodoxes, les uns et les autres essayant d'imposer la légitimité de leurs analyses. Les philosophes se feront théologiens et discuteront à la fois de la morale individuelle et sociale et des attributs divins. Leurs adversaires s 'en tiendront à la traditionnelle division de la théologie en dogmatique et en morale et essaieront de défendre l'étroite interdépendance de la morale et de la foi. Dans la perspective dogmatique de son Dictionnaire, Bergier affirme qu'il n'y a que les

.

captieuses,

..

,.

invectives,
Il

40

INTRODUCTION

hommes

corrompus athée
«

et pervers

qui puissent

penser

un univers Ne pas croire

sans

Dieu,

et que tout

est nécessairement rémunérateur de toute

malfaisant. et vengeur, réalité

en Dieu

c'est saper
« souverain plus va jusqu'à

la morale par les fondements14
législateur, ou d'obligations la morale morales

». Sans la croyance en Dieu, il n'est plus de lois,
diteslS ». L'abbé humaine:

de devoirs couper

proprement

Que le vice nous soit utile ou pernicieux dans ce monde, n'importe: Dieu le défend, il le punira tôt ou tard. [...] Que les hommes connaissent le crime ou ne le connaissent pas, cela est égal: Dieu le connaît, le coupable n'échappera pas à sa vengeance16.

Le chef de file des apologistes condamne sans recours et sans nuances jansénisme, protestantisme, athéisme, spinozisme, déisme, matérialisme 17. Éternellement identiques à elles-mêmes, récusant toute adaptation, prenant la foi aveugle en la révélation pour seul critère de la vraie foi, les positions orthodoxes laissent le champ libre à une réflexion philosophique, anthropologique et théologique qui se développe en marge de l'orthodoxie dogmatique, dans les écrits des philosophes ou dans les ouvrages de polémique. En effet, à la différence d'un ouvrage doctrinaire comme le Dictionnaire, les réfutations suivies des textes irréligieux des philosophes montrent plus de nuances et mettent en évidence de curieuses correspondances, sinon les connivences argumentatives et rhétoriques entre les camps opposés. Contraint de se plier aux règles d'un examen raisonné, le discours théologique évolue vers des concessions incompatibles avec les fondements de la doctrine qu'il est censé défendre. Il arrive que, confronté aux arguments adverses, Bergier concède que la croyance en Dieu a causé plus des « divisions parmi les
hommes la religion action », que pour « les méchants couvrir leurs se sont passions quelquefois turbulentes servis », et même du masque de », qu'« une bonne

est préférable

à l'intelligence

du dogme

que la foi ne

coïncide pas nécessairement croyantsl8. Pour soutenir Rousseau, chrétienne examiner mais Montesquieu, n'ont jamais les preuves

avec la morale, vu le nombre de malfaiteurs ses arguments, Bergier cite Bayle, Voltaire, et affirme prétendu que interdire «les docteurs de la religion la liberté d'en de système,

à personne

une soumission

[. ..]. La foi n'est 19 ». raisonnable

pas un entêtement

41

DISCOURS

ANTIRELIGIEUX

FRANÇAIS

DU XVIIIe

SIÈCLE

Cependant, même si le Dieu des orthodoxes perd du terrain, même si le pouvoir de répression échappe de plus en plus à l'Église, le discours apologétique ne renonce pas à sa position de force. Bergier affirme sans broncher que si les athées, ces « insensés, veulent dogmatiser, communiquer aux autres le poison dont ils sont infectés, on a droit de [les] punir20 ». La Révolution posera en termes nouveaux la question des rapports entre la croyance collective en un principe suprême, qu'il soit laïque ou non, et la répression. Pendant la Terreur, la condamnation de l'athéisme par Robespierre et l'affirmation de l'existence de l'~tre suprême, cette nouvelle et éphémère représentation divine, ont ainsi réactualisé la connivence entre le spirituel, le temporel et la violence institutionnalisée. Mais en 1799, alors que sort des presses La Nouvelle JUdtine de Sade, Sylvain Maréchal proposera l'image d'un monde teinté de rousseauisme, organisé autour de la figure d'un athée dont la morale est celle d'un homme juste et coupé de toute divinité. L'athéisme se présente alors comme l'état premier de l'homme, antérieur à l'invention de Dieu, appartenant à une temporalité proprement

humaine:

«

Dieu n'a pas toujours été: il fut un temps pendant lequel

l'homme vivant dans sa famille, ne connaissait d'autre autorité que son père. Alors il avait peu de besoins, ayant peu de désirs. Ce n'était pas non plus un citadin poli et faux, vaniteux et servile: c'était un Homme, dans toute sa plénitude, ignorant l'art d'écrire, peut-être même celui de parler, mais sachant vivre [.. .]21 ».

NOTES DE L'INTRODUCTION
1.
Abbé T. Bergier, article «Théologie p. 520 col. a. Voltaire rectifie: et des choses T. XX, p. 513.
«

», Dictionnaire de théologie, (1789-92), 1852, la théologie, « c'est l'étude, et non la science « Théologie », Dictionnaire phiûJJophique,

l''' de Dieu Moland, 2. 3.

divines

», article

Article

Dieu », Dictionnaire de Trévoux, 1743, T. II, p. 781, col. a.
des orthodoxes théologiques à déceler des menaces lancées partout contre était le symptôme le cartésianisme portées les plus de », de repères doctrinaux: les attaques et spinozisme Bergier rapporte

La promptitude de la perte contre par les autorités

dès la mort de Descartes,

les accusations

Malebranche Dans qu'avec

pour athéisme son Dictionnaire,

en sont les illustrations se sépara

parlantes. [Descartes] article

qu' « on a dit récemment du christianisme

lui et par lui la philosophie », T. 1, p. 647 col. a.

« Descartes

42

INTRODUCTION

4. 5. 6. 7. 8. 9.

Voir par exemple Article « Jansénisme

l'article

«

Port-Royal », La Grande EncycLoplJie,T. 27, p. 347.

», Dœtionnaire de Tbéologie, T. I, p. 659 col. a.

Ibid., T. I, p. 658 col. a. Ibid., T. II, p. 656 col. a. IbiJ., T. II, p. 658 col. b. Voir, par exemple, col. b; V ohaire, p.514. Malebranche, article « Théologie ŒuvreJ, 1979, T. 1, p. XXI ; Bayle, Dœtionnaire 1740, T. I, p. 178, col. a et T. III, p. 380, phiLoJopbÜjue, Moland, T. XX, », Dœtionnaire hiJtorique et critique, (1696), Amsterdam,

10. Il. 12.

Article

« Jansénisme

», Dœtionnaire de tbéologie, T. II, p. 658 col. a. n'hésite d'une pas à parler tout bonnement de «la

IbiJ., T. II, p. 659 col. a. Ibid., T. II, p. 659 col. b. Bergier haute utilité pratique p. 66, col. a. de la croyance : « notre autre vie », Article « Âme », ibUJ.) T. I,

13.

Ibid., T. L article savons l'article rien»
«

« Dieu»

esprit 'est borné»

(p. 669 col. a) ; « nous n'en (p. 669 col. b), et

(p. 669 col. b) ; « nos lumières

sont trop courtes»

« Dieu»

de l'EncycLopéJie, T. I~ p. 976 col. b.

14. 15. 16. 17. 18.

Article

Athéisme », Dictionnaire de Théologœ, T. 1, p. 193 col. b.

Ibid., T. 1, p. 193, col. b. Ibid., T. I, p. 193, col. a. Voire ibid.) T. 1, p. 618, col. a; p. 190-195; Bergier, RéponJe aux conJeil1 rauonnahuJ} T. III p. 247, col. a. 1773, dans La certitude deJ preuveJ du Chrutianume

ou Réfutation de L'Examen critique deJ ApologiJteJ de LaReLigion Cbrétienne, (1767), p. 20, 24, 83.

19. 20. 21.

Bergier, Article

ApoLogœ de la reLigion cbrétœnne} contre l'Auteur du « CbriJtianilme « Athéisme », Dictionnaire de théologœ, T. I, p. 195 col. a.
«

dévoLU », et

contre quelqueJ autreJ critiqueJ, 1769, T. I, p. 30.

Sylvain Maréchal, article p. I-II.

Athée », Dictionnaire deJatbéeJ ancienJ et moderneJ, 1799,

43

JEAN MESLIER
Mémoire ded pendéed et dentimentd {JeJean MedLier (vers 1720)

~

45

PRÉSENTATION

chrétienne,

P

our

conclure

l'article

«

Meslier non

»

de son Dictionnaire

phiLodophiqlle(1767), l'abbé de Mayeul-Chaudon
ce prêtre qu'il maniaque avait veuille seulement détruire que prêchée contre par matérialiste croyance. d'une laquelle Oui, longue toute sa vie », mais n'était et par

déplore
« ses

<<.

antique

la religion coups
«

portent
la révolte cerveau assauts visent embrasé,

jusque
ardent, à ruiner

sur la religion
troublé toute durant leur avec

naturelle

». Ce seul dessein
l'étudel

prouve

que
d'un les

de cet infidèle de ce premier mais aussi

le christianisme, la vie solitaire athée son œuvre

que le fruit ». Oui, d'un

et communiste réflexion,

de l'Occident2 esprit d'une expérience des versions dès les années édita cet Abrégé qui sa

fut le produit

et érudite

sur le terrain, des paysans, résumées, 1730, en tête critique Malgré nombre siècle: Naigeon, parfois

il mesura à circuler

les nuisances

de la foi, la misère

sujétion

aux autorités.

ln extendO ou dans sous le manteau

le Ménzoire commença

un Abrégé de La vie de L'auteur. Voltaire

de l' E~\:trait ded SentÙnentJ de Jean MedLier (1762), compilation popularisa l'auteur, mais désamorça son message en privilégiant du christianisme cette avant récupération, des La Marx, d'écrivains Maréchal et en transformant le «philosophe Lumières, Mettrie, de Diderot, la son athéisme 3 autodidacte Révolution d'Alembert, pas.
»

en déisme. fascinera du XIXe et

d'Holbach,

ou Babeuf,
«

ne l'oublieront

Divisé en sept
chrétienne, des grands vingt-six Ardennes, monde l'absurdité l 'ordre de pair tirée[s] qu'elle sections. la pensée D'un qui aliénant

Preuve[sJ de la vanité et fausseté de la religion
abus, des vexations autorise dans d'Etrépigny en crise, dominé le terroir injustes d'un et de la tyrannie quatre des des Xy{ par compléle petit village ou qu'elle », le Ménzoire totalise est celle d'un profondément par
«

des souffre

Enracinée du curé homme I 'environne,

homme révolté

et XVIIe siècles.

deux

obsessions à se soulever

mentaires

: celle de dessiller
du christianisme établi. Ainsi

les yeux de
et celle la réf1exion

ses amis»

sur les méfaits
et métaphysique la littérature

et
va

de les inciter théologique et politique,

contre avec

social avec

le discours

philosophique

47

DISCOURS

ANTIRELIGIEUX

FRANÇAIS

DU XVIIIe

SIÈCLE

l'action. Dans un style prêche généreusement Situé religions illustre noblesse entre

peu classique de prédicateur ses sermons révolutionnaires. et la partie le peuple

populaire

4, Meslier

l'Avant-propos qu'erreurs, d'émanciper

intitulée

«Toutes », notre l'alliance

les extrait de la

ne sont ce souhait

qu'illusions

et impostures en renversant

et du clergé.

NOTES DE LA PRÉSENTATION
1.
Abbé esprit
((

Mayeul-Chaudon, », Dictiollnaire

article

« Meslier.

Son impie Testament;

travers

de son cOlltre Le

allti-philoJophique,

pOllr Jer"ir Je commentaire

et de cort'ect~f all

Dictiollllaire

phiLo.,ophique Desné,

», et tlutreJ Li/'reJ qui Ollt paru (Je IlOJ jourJ l'œuvre et la renommée

chriltÙlIziJl7Ze, 1769, T. 1, p. 277.

2. 3. 4.

Selon Roland

« Lhomme, Desné,
«

», Mémoire deJ pell.léeJ et

clentiment.l {JeJean Me.dier, dans ŒILPreJde Jean MeJLie'j 1970, T. 1, p. XII. Selon la formule et Mayeul-Chaudon tlllti-philo.wphique, de Roland ibid., p. XLV.

Voltaire comparait ce style à un
mai 1763, citée par Roland

cheval de carrosse»
des Ardennes

qui « rue bien à propos»
(lettre à Helvétius du 1er « Meslier », DictÙJflnaire

à celui d'un forgeron T. 1, p. 276. II).

Desné, ibiJ., p. XLII;

et article

48

JEAN

MESLIER

MÉMOIRE

DES PENSÉES ET SENTIMENTS DE JEAN MESLIERl
SUR LES

PENSÉES

ET SENTIMENTS DE IJAUTEUR RELIGIONS DU MONDE

semble semble fausse

I

I semblerait

au moins

[...]

que la religion et opposées d'un

et la politique devraient l'une

ne devraient se trouver puisqu'il condamner et qu'il devrait d'une tout ce que l'une ont car on de

point

s'accommoder

ensemble et que la piété que que dussent

et qu 'elles de la religion gouvernement d'une les abus,

réciproquement que la douceur d'un religion. autre

contraires,

à l'autre, devraient tyrannique;

les rigueurs condamner, qui se devrait la religion à l'autre une peut dans

et les injustices côté, et réprimer Il est vrai faire, leurs que

la prudence

sage faire

politique mais

les erreurs,

et les impostures ainsi; quoiqu'il elles semble

cela se devrait être et dans assez pour

ne se fait pas toujours. principes, de s'accorder et qu 'elles s'entendent leurs bien lors

Ainsi,

et la politique

si contraires,

et si opposées lorsqu'elles ensemble, deux coupeurs

maximes, ensemble, amitié comme

ne laissent

pas néanmoins dire

fois fait alliance, qu'elles car pour

ont contracté

bourses; l'une qu'il sont princes, les autres, font

lors elles se défendent,

et se soutiennent politique politique d'un

mutuellement si méchant soutient la qui de aux ils leur et les et comme de croire, peine gouverner

l'autre. puisse les

La religion soutient être; et à son tour et si fausse de qu'elle

le gouvernement le gouvernement puisse être; recommandent d'obéir établis et des et abusives ordonnent de regarder

religion

si vaine

côté les prêtres sous aux pour revenus, saint, magistrats,

ministres

la religion, comme appointements vaines ignorants étant

malédictions,

et de damnation et les princes de dans ce qu'ils bons

éternelle,

et aux souverains,

de Dieu bons comme

de leur côté,

font respecter

les prêtres;

donner

maintiennent contraignant sacré tout

les fonctions

de leur faux ministère, aux autres

les peuples

font et tout ce qu'ils

ou de faire, sous ce beau et spécieux prétexte de religion et de culte divin 2. Et voilà encore un coup comme les erreurs, comme les abus, comme dans pauvres les superstitions, le monde, peuples et comme les impostures sous et la tyrannie au grand se sont malheur jougs. établis des ils s'y maintiennent de si rudes,

qui gémissent

et si pesants

49

DISCOURS

ANTIRELIGIEUX

FRANÇAIS

DU XVIIIe SIÈCLE

Vous nombre d'excepter romaine, seule comme véritable qui

penserez au moins

peut-être, de ce nombre faisons la pure Dieu, salut chers du vérité,

mes chers la religion la seule

amis,

que dans

un si grand serait et la le adore dans Mais être

de fausses dont il faut nous

religions

qu'il y a dans profession, et la seule et d'une amis,

le monde, et laquelle qui

mon intention apostolique disons et qui nous

chrétienne, reconnaît,

enseigne chemin

le vrai mes

qui conduit éternité

les hommes bienheureuse. de cela,

désabusez-vous,

désabusez-vous

et générale-

ment de tout ce que vos pieux ignorants, ,.. 3 , pretres et d acteurs s empressent d e vous sous le faux prétexte les plus vaine, dans blâmez de la certitude vous n'êtes séduits ni moins et divine l'erreur n'est religion; pas moins et abusés; superstitieuse

. d 1re,

ou vos moqueurs et

de

vous

£aIre

.

et intéressés accroIre, sainte que dans

.

4

infaillible vous

de leur prétendue ni moins n'êtes plongés. qu'aucune ridicule pas moins vous-même pas abusés, moins Votre autre, et absurde idolâtres,

séduits

ceux qui sont
pas moins

que ceux qui y sont le plus profondément fausse vous ses principes, et que vous ni moins vous n'êtes condamnez ne sont
,..

religion elle n'est dans que et de

pas moins ses dogmes, ceux que
5

et dans des païens

ses maximes, et les vôtres

d'idolâtrie,

les idoles

f Igures ; en un mot tout ce que vos pretres et vos d acteurs vous prêchent avec tant d'éloquence touchant la grandeur, l'excellence et la sainteté des mystères qu'ils vous font adorer; tout ce qu'ils vous racontent avec tant de gravité, de la certitude de leurs prétendus miracles et tout ce qu'ils vous débitent avec tant de zèle et tant d 'assurance touchant la grandeur des récompenses du ciel, et touchant les effroyables châtiments de l'enfer, ne sont dans le fond que des illusions, des erreurs, des mensonges, des fictions et des impostures, inventés premièrement par des fins et rusés politiques, continués par des séducteurs et par des imposteurs; ensuite reçus, et crus aveuglement par des peuples ignorants et grossiers, et puis enfin maintenus par l'autorité des grands, et des souverains de la terre qui ont favorisé les abus, les erreurs, les superstitions et les impostures, qui les ont même autorisés par leurs lois, afin de tenir par-là le commun des hommes en bride, et faire d'eux tout ce qu'ils voudraient. Voilà, mes chers amis, comme ceux, qui ont gouverné et qui gouvernent encore maintenant les peuples abusent présomptueusement, et impunément, du nom et de l'autorité de Dieu pour se faire craindre,

.

différents

que de noms

50

JEAN

MESLIER

obéir Dieu comme accroire enfin

et respecter imaginaire ils abusent aux comme

eux-mêmes, des noms et aux

plutôt spécieux ignorants par toute

que pour duquel tout la terre devraient le règne de piété

faire

craindre

et servir pour mystère uniquement

le

de la puissance faibles

ils vous ce qu'il

épouvantent. leur plaît,

Voilà faire et voilà

et de religion un détestabie s'appliquer de la paix vertus

ils établissent et d'iniquité6, à établir

de

mensonges aussi tous bien

au lieu qu'ils partout

les uns et les autres, que celui les peuples

et de la justice rendraient

de la vérité,

le règne

desquelles

heureux

et contents partout les plus

sur la terre. un mystère fine politique, de pieuses d'iniquité, aussi la religion parce bien que d'iniquité que les

Je dis qu'ils tous ces ressorts et les
les

établissent cachés

de la plus

maximes effectivement

cérémonies

ne sont

que des mystères

d'iniquité.

Je dis des mystères

pour tous
de toutes victimes gouvernent, prêtres bons d'or; souhait beaux sortes erreurs pendant s'amusent point, font peuples quoi

pauvres

peuples,

qui se trouvent
aussi

misérablement
bien que des mais pour autres,

les dupes
et les qui les ceux

ces

momeries7 ou qui ont

de religions de la puissance part les consciences, comme ces cornes

les jouets

malheureuses qui gouvernent

des grands;

au gouvernement des mines d'or

et pour des font

ou qui sont pourvus ou comme qui donne peuples gémissent l'oppression peines, vaines, que au travail eux, leur lieu

de quelques toisons venir toutes par les tristement, des grands, qu'ils qu'ils pauvres sang de avoir à ces

bénéfices, ce sont toutes messieurs de bons et par qu'ils pendant pénitences s'occupent, avoir

ce sont comme sortes temps,

d'abondance, et c 'est ce qui et de se donner

de biens; pendant

à tous

de se divertir les superstitions souffrent à prier qu'ils

agréablement abusés

que

les pauvres sous leurs

de la religion, néanmoins,

pauvrement,

et paisiblement vainement

patiemment des dieux péchés,

pendant pendant ces en suant et pour

et des saints pendant pour

qui ne les entendent

s'amusent et s'épuisent

à des dévotions et enfin jours et nuits

de leurs

et eau, pour fournir

chétivement

de quoi vivre aux plaisirs, dans si vous la vie. connaissiez

abondamment si malheureux amis,

et aux contentements

de ceux,

qui les rendent

Ah ! mes chers des erreurs, connaissiez l'autorité dont combien

bien la vanité, de religion, de vous indignement

et la folie et si vous de gouverner,

on vous

entretient, sur vous,

sous prétexte et combien sous prétexte

injustement,

on abuse

que l'on a usurpée

51

DISCOURS

ANTIRELIGIEUX

FRANÇAIS

DU XVIIIe

SIÈCLE

vous n'auriez certainement que du mépris pour tout ce que l'on vous fait adorer, et respecter, et vous n'auriez que ,de la haine et de l'indignation pour tous ceux qui vous abusent, et qui vous gouvernent si mal, et qui vous traitent si indignement. Il me souvient à ce sujet d'un souhait que faisait autrefois un homme, qui n 'avait ni science ni étude mais qui, selon les apparences ne manquait pas de bon sens pour juger sainement de tous ces détestables abus, et de toutes les détestables tyrannies que je blâme ici; il paraît par son souhait, et par sa manière d'exprimer sa pensée, qu'il voyait assez loin, et qu'il prenait assez avant dans ce détestable mystère d'iniquité dont je viens de parler, puisqu'il en reconnaissait si bien les auteurs et les fauteurs8. Il souhaitait que tous les grands de la terre, et que tous les nobles fussent pendus, et étranglés avec des boyaux de prêtres. [...] Cette expression ne doit pas manquer de paraître rude, grossière et choquante, mais il faut avouer qu'elle est franche et naïve; elle est courte, mais elle est expressive puisqu 'elle exprime assez en peu de mots tout ce que ces sortes de gens mériteraient9. Pour ce qui est de moi, si j'avais un souhait à faire sur ce sujet (et je ne manquerais pas de le faire, s'il pouvait avoir son effet) je souhaiterais d'avoir le bras, la force, le courage et la masse d'un

H ercu Ie
pour

10

pour

purger

Ie

mon

de de

tous VIces, et ministres les peuples

.

de

toutes

InIquItes,

...

/

et

avoir

le plaisir

d'assommer

tous tous

ces monstres

de tyrans

à têtes

couronnées,

et tous les autres si pitoyablement

monstres,

d'erreurs, de la terre.

et d'iniquité,

qui font gémir

NOTES
1.
2. Sur les variantes p. 18-24. Sur ce topos hérité entre des siècles de Machiavel Condorcet et de Naudé des États, parlera d'une complicité d'imposture les prêtres et les dirigeants lire ibid.} n. II, p. 512)} de « dévots politiques
«

entre

les quatre

manuscrits

de cet extrait,

lire Mémoire} T. l,

513. À l'autre et sacrés» 3. ses savants puis rebuté de la Loi! vous-mêmes

extrémité

du siècle,

(AlmtlllllC:huzti-c.lllpervtitœu.:\:, ( 1773-74, p. 125) et Lavicomterie de
(Le.1 CrimeJ deJ papeJ} 1792, p. 30). renvoie au mépris
«

tyrans politiques
de la Loi, douze ans, Docteurs, et

La fine ironie de Meslier rivaux

du Christ

pour les docteurs dès l'âge/de

qu'il aurait

charmé

par son intelligence ; « Malheurs

par sa suffisante parce

supériorité:

Ne vous faites pas appeler de fardeaux

car vous n'avez qu'un

seul Docteur,

le Messie»

à vous aussi, docteurs insupportables, XXIII, 10-11 et Luc,

que vous chargez

les hommes

n'y touchez

pas du bout du doigt », Matthieu,

52

JEAN

MESLIER

XI, 46-47. système 4. les charges C'est-à-dire « concevoir Au centre

La référence ecclésiastiques

est aussi contemporaine: et de bénéfices et le pouvoir temporel.

sous l'Ancien en théologie

Régime,

tout un

de privilèges

liait les docteurs

et la noblesse,

« faire croire à quelqu'un une chose fausse », « tromper» et de la vanité, s'enorgueillir », Furetière, article « Accroire », Dictionnaire du conflit qui oppose Condamnant les rituels des ang~s, de diviser temps altération depuis la Renaissance de l'Église les catholiques et les

ILJzll'errJeL, 1690, T. I.

5.

protestants,
non dans

se situent les discussions autour de l'origine
le paganisme de la messe, des saints, l'unicité Héritier

-

-

antédiluvienne
superstitieuses, les iconoclastes

ou

de l'idolâtrie. les processions,

romaine

qui s'incarne

les croyances des reliques...

l'adoration Réformateurs multiplicité éclairé seule Meslier idolâtrie: despotisme

des images, refusent l'idée d'un qui par

du divin

en lui substituant d'un Dieu unique, aurait dégénéré l'idolâtrie

une d'une en au

de représentations

sensibles. Qriginel,

de ces querelles, originelle

le XVIIIe siècle

récuse religion ouvre

sous l'empire

de sa pureté aux images écrivains

c'est-à-dire

en culte rendu religieuse. rendue

ou en adoration qui associeront

de faux dieux.

ici la voie à de nombreux sarcastique polémique

et à l'imposture ouvrage peut-être du royaume comme

6.

Sur cette formule auteur d'un ceJt-à-dire connaissait dérision mystères ouvrage père
«

célèbre

par le protestant par la Sorbonne,

Duplessis-Mornay, Le MYJtère d7niquité, qui en
«

condamné

L'hütoire de Lapapauté, lire Mémoire, p. 21, nU 1. Le curé d'Etrépigny, le ChriJtianity des cieux» Meslier employé la fournaise
«

not mYJteriolM (1696) par le Christ XIII, (Mattbieu, Il)

de Toland, et popularisée contexte de moi,

tourne par

l'idée de mystère.

Idée fondée

qui nomme

sa doctrine

les

un du

LeJ MYrJtèrerJrJacréJ de n(Jtre Seigneur et de La JaÙzte vierge (1697) détQurne par Jésus: également
«

de La Grange. », souvent « dans

de son

le mot ouvriers l'iniquité )) de de nos des

iniquite jetés

Retirez-vous XIII,

d'iniquité»
seront sortes iniquités hommes recense les débats

(Matthieu, VII, 23 et Luc, XIII, 27) ;« ceux qui commettent
ardente» (Matthieu,

42). Les exemples « La passion a porté toutes les iniquités «Mystère» Rédemption

Furetière pour définir
de crimes, [...] Jésus-Christ

ce qui est contraire à l'équité» et en théologie « toutes
de méchancetés de l'iniquité fut envoyé ») sont significatifs: [...] noyer J.-C. toutes de ~es juges du ciel pour

de péchés,

fut l'ouvrage Le déluge mystères « Iniquité

», article les quatre

», Dictionnaire en «joyeux,

lllzil'errJeL,T. II. L'article (Trinité, douloureux Incarnation, et glorieux

de la foi chrétienne autour des mystères

et Eucharistie)

pour

les répartir

», ibit). Sur

et les controverses

(du paganisme

au XVIIIe siècle),

lire l'article « Mystère» de Bergier (Dictionnaire de théoLogle, 1819, T. V, p. 471483), qui reprend sans les citer les thèses du livre anonyme LerJ MYJtèrerJ dU chrütianüme des « mystères en quatrième Reynaud (1788). pour (1771). partie). Dans Dom Bougre (1740-41), pour désigner Du côté de l'orthodoxie, les convulsionnaires Gervais de La Touche (lire notre sera reprise parlera extrait d'iniquité» condamner les abus des moines l'expression dans

par l'abbé

Le MYJtère J'Ùziquité dévoilé

53

DISCOURS

ANTIRELIGIEUX

FRANÇAIS

DU XVIIIe

SIÈCLE

7.

Les XVIIe et XVIIIe siècles hésitent sur l'origine de ce VIeux mot qui signifie « mascarade, déguisement des gens masqués » pour se divertir et « hypocrite» au sens figuré: signifie cérémonies successeurs, « Momerie provient-il de « mahomerie, qu'on trouve et que les chrétiens le bouffon des ou, comme dieux dans le sire de Joinville, le pensent du Furetière qui et ses chez les
«

un tel1zple de Mahomet, de «M(}JnllJ,

ont dit par dérision paganisme?

des cris et », article

qui se font dans ces temples»

», Dictiollllaire lllZÙ'erJel,T. II. Le terme fera en tous cas fortune une momerie et Sade n'est », Diderot évoquera d'une 1801, la « momerie» fausse paraît dévote à Cologne et que l'avocat

écrivains hétérodoxes:
fait de la religion supérieure quatrième l'amour littérature /ra/lçau Fleury (1752). parties), avec (1727), compose pour renvoyer les prêtres

Bayle parlera du duc de Guise comme d'un comédien
d'une obsédée à son bizarre caractère (lire nos extraits

qui
et par La

mère

en troisième

les « momeries»

(Hi.Jtoire de Juliette, facétieux de la Foire

ŒllVreJ, T. III, p. 316).

de colportage pour

pas en reste puisque

un MomlLJ Jacques

où se mêlent propos le Théâtre

et licencieux, Saint-Laurent

Le Telnple de MomlLJ
«

8.

Furetière distingue l'hérétique du fauteur, ce dernier se définissant comme
qui appuie et favorise un mauvais parti », article « Fauteur

celui

», Dictionnaire lllziperJel,

9.

T. II. Jean Deprun fait valoir le succès de cette violente formule organique (lire Mémoire, n. III, p. 513-516). Il remarque que l'année précédant sa publication de
l'E.x:trait de Meslier, Voltaire écrit à Helvétius: « Est-ce que la proposition honnête et modeste d 'étrangler le dernier jésuite avec les boyaux du dernier janséniste ne pourrait retrouve amener les choses à quelque cette hardie conciliation », ioid., [Il mai 1761], p. 515. Il de Diderot diffusé par la également pensée dans un poème

CCWreJpOlZdallce littéraire en mars 1772 : « S'il [l'homme] osait de son cœur n 'écouter
que la voix/... du prêtre, recense que dans Meslier, vivant il nous dirait, comme I'hôte des bois: La nature Il 'llfait Ili Jerpitellr ni les entrailles il ainsi homme pour étrangler les rois », ioÙ)., p. 514. Enfin, Mercier ou Naigeon, d'un (de 1789 à 1968). les boyaux héritée imagerie, Erasme du ventre des guerres les entrailles de Gaète, manuel maître,. /Je /le l'ell.:\: li dOllllel; Ili recevoir de loil. /Et ses mains ourdiraient I / Au défaut nombre les textes le supplice fait partie d'un cordon utilisations: et slogans qui consiste Richard d'autres chez Chamfort,

révolutionnaires à extirper Verstegan, cette tortionnaire

Plus près de de religion. enroulées tel que le qui prend 152. Sur le sujet,

de l'iconographie

(Lire et voir, par exemple, Ilotre tel1zpJ, (1587), autour d'un bâton représente la tradition rappellent fournit Puppi,

Théâtre deJ crullutéJ deJ hérétiqued de

1995, p. 105). Dans le supplice la thématique du martyrologe.

de saint d'une

Le supplice

du dépeçage

la forme d'evilceratio lire et voir Lionello En 1629, Poussin EraJl1Ze, pour l'église contexte corps. des guerres Agrippa la plus vorace

riche iconographie. tableau d'autel, un grand

LeeJSuppliceJ dalleJl'art, 1991, p. 35-36, de Rome, qui connut ce supplice trouble

52, 54,89, Martyre succès. cachés

en fera le sujet de son grand Saint-Pierre de religion, décrit

de JaÙzI Dans le dans le de Tours
«

peut rejoindre

le pillage,

la vénalité

entretenant d'Aubigné

un rapport

avec les excréments

ainsi le traitement

infligé au président

Jean Bourgeau, en 1562 : « lié à des saules », on lui ouvrit vivant le ventre

pour

54

JEAN

MESLIER

chercher

dans ses boyaux

de l'or [que les catholiques] sanglante curiosité et aux fantasmes Sade,

y pensaient digestive liés au dogme

caché », Hiltoire n'est par ailleurs de la des de catholique avec dépeçage

ullÙ'erêJelfe, 1887, T. II, p. 8. Cette pas étrangère dans boyaux notre aux interrogations seconde partie. la forme Chez d'un transsubstantiation. adoptera

Lire, à de propos,

la note 15 de L:Ryamen Ùnportant de Voltaire le fantasme de strangulation d'un minutieux

démembrement,

l'intérieur des corps (lire, par exemple, La Nouvelle JUdtine, 1799, ŒuvreJ, T. II, p. 692). Enfin, la proposition de Meslier suscitera les accents indignés de Paul Hazard: Jacques 10.
«

Sur ces paroles

affreuses,

il invoquait

les Brutus

et les Cassisus,

les

Clément

et les Ravaillac célèbres

de l'avenir

», La PenJée européenne au xVlIl Jœcle, prenaient le nom d'Hercule, triomphant d'État Écoutons de divinités, mais de ses et saints qui l'infatué voulut

1963, p. 61. Tous les personnages seul le Thébain Meslier monstrueux chrétiens terrassait Chasteaufort « La nature opposer inverse étaient pour leur valeur un dieu. conquérante fut adoré l'imagerie comme Dans son message personnages sous les traits dragon. nombre les miracles» révolutionnaire,

du roi-Hercule

ennemis. ici une hydre de Cyrano se voyant Mercier

De nombreux monstrueuse, de Bergerac incommodée proposera

monarques,

en effet décrits

et/ou représentés confesser d'un

d'un Hercule

là un dangereux
«

de sa naissance:

si grand

un Hercule

à ces monstres

», Le Pédant jOlll, 1645, p. 167. Dans le Tableczu de détruire foulant l'arc de triomphe de la porte Saint»

de Pari, (1788),

Martin dont un bas-relief représente Louis XIV « sous la figure d'un Hercule
nu, avec une perruque impériales, espagnoles et une massue, et hollandaises aux pieds les corps morts des armées T. II, p. 914 (lire également déiste, Voltaire se fondera vaincues,

T. II, sur le

p. 1770, n° 3 et T. 1, p. 929). fils de Dieu, MemmÙu, homme Hercule prouvent l'existence Plus radical, les Bacchus, l'athée Dupuis qu'il

Dans une optique

polythéisme pour railler toute idée d'incarnation
les Hercule, Dagen trouvera l'est les Persée, 1771, cité par Jean appelé Christ

et rejeter « tous ces prétendus
les Romulus, d'examiner prince etc. », LettreJ de s'il y a eu un s'est appelé

dans Voltaire ell Jon tempJ, 1995, T. II, p. 380. « aussi indifférent d'examiner du Christ si quelque

», ajoutant

plus loin que « les langes

et le bois de sa croix ne ne constate

pas plus son existence

que l'empreinte

du pied d'Hercule parcourt

de ce héros », Abré.qé de L'origine de tOLULeJ cuLteJ, 1798, T. II, p. 75 et et insatiable bien sûr les textes

T. III, p. 4-5. L'image du héros infatigable

libertins. Chez Maillet, un officier français approche ainsi avec une prostituée « de ce travail pour lequel Hercule n'est pas moins fameux dans la fable que par ses autres qu'un homme, physiq exploits [cinquante épreuves] anonyme intitulera sa joyeuse Hercule utopie licencieuse », TeLLialned, 1748, T. II, p. 210. Tandis Le Petitfil.1 'd'Hercule (1784),
«

Sade tirera parti du nom dans un sens esthétique (le fou de Vespoli est un
nu et beau comme ue, nom bre comme », lire notre extrait et survirilisés ésotériques en quatrième étant d'hommes des Hercule animalisés «taillés» Enfin,

jeune
ou ou

partie),

« membrés»

dans ses œuvres

(lire, par exemple, le héros violence

Le" Cellt VÙz.qt Jour/zée,! (Je So(Jome, 1784, deviendra sous la plume de Mercier

ŒUl'reJ, T. I, p. 50). la métaphore

de l'inutile

55

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