Eleanor Roosevelt

De
Publié par

Jamais une First Lady n’a été aussi populaire qu’Eleanor Roosevelt. Née en 1884 dans une famille de l’aristocratie américaine protestante, elle épouse à vingt-deux ans, un cousin éloigné, Franklin Delano Roosevelt, futur président des États-Unis, l’homme du New Deal et de Yalta. À ses côtés, elle fait campagne pour défendre ses réformes, en le poussant parfois à aller plus loin. Pour la première fois, elle donne une dimension politique au rôle d’hôtesse de la Maison Blanche en défendant sans relâche les plus démunis, les femmes, les pauvres et les Noirs. Mère de six enfants, partenaire fidèle de son mari, elle mène en parallèle une vie indépendante, parfois choquante, souvent surprenante.
Grâce à des témoignages inédits, Claude-Catherine Kiejman nous brosse le portrait d’une femme altière, engagée, passionnée, critiquée, mais toujours étroitement associée à la destinée de son pays. Au fil de cette biographie, on suit pas à pas le destin singulier d’une femme de tête dont la vie se confond avec l’histoire des États-Unis.
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782847349818
Nombre de pages : 256
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
CLAUDE-CATHERINEKIEJMAN
ELEANOR ROOSEVELT
First Lady et rebelle
TALLANDIER
Éditions Tallandier, 2 rue Rotrou – 75006 Paris
www.tallandier.com
© Éditions Tallandier, 2012
Ce document numérique a été réalisé parNord Compo
EAN : 978-2-84734-981-8
À Denise et Roger, mes parents.
« Quel chemin choisir, telle est la grande question que nous devons poser aujourd’hui. Allons-nous donner prééminence aux questions matérielles, jugeant seulement les résultats à l’aune des succès économiques et laissant de côté toutes les autres valeurs ? L’histoire montre qu’une nation qui accorde la priorité aux questions matérielles se trouve sur la pente descendante… »
E.R., 1927
PRÉAMBULE
Eleanor pousse timidement la porte, hésite et pénètre sur la pointe des pieds dans le grand salon. Vêtue de blanc, un ruban blanc aussi retenant d’épais cheveux couleur de miel, des yeux bleus très clairs mis en valeur par une frange, la petite fille, qui vient juste d’avoir cinq ans, s’arrête net, soucieuse de ne pas déranger. En cette matinée de l’automne 1889, auréolée d’une lumière dorée dispensée par trois hautes fenêtres donnant sur Madison Avenue, sa mère installée au piano joue une valse de Chopin. Eleanor craint plus que tout de l’interrompre, mais elle veut l’écouter, la contempler sans être vue. Âgée de vingt-cinq ans, Anna est si belle, mais si distante avec elle. Pourtant l’enfant espère toujours un mot, un geste de tendresse, et cet espoir se trouve maintenant accru par l’émotion que lui procure la musique. Refermant le couvercle de l’instrument, sa mère l’aperçoit : « Tiens, granny, vous étiez là. » Eleanor sursaute, les larmes lui montent aux yeux. Ce sobriquet – « grand-mère » – que lui donne sa mère parce qu’elle la trouve trop sérieuse, trop timide, trop solennelle, lui fait mal. Eleanor a conscience qu’elle n’est pas l’attrayante petite fille qu’aurait désirée Anna, 1 « une des plus jolies femmes qu’il m’ait été donné de voir », écrit-elle dans ses mémoires . Sa mâchoire est proéminente, son menton fuyant, ses manières trop peu gracieuses. Eleanor sait déjà qu’elle ne sera jamais une « belle ». Plus tard, elle écrira : « Je n’avais pas encore six ans et je devais être très sensible, j’éprouvais un très fort désir d’affection et de louanges, causé peut-être par le fait que j’étais consciente de mon aspect ordinaire et de mon manque de manières. Ma mère était troublée par mon absence de beauté et je le savais car à cet âge les enfants ressentent ce genre de choses. Elle tentait de toutes ses forces de bien m’élever pour que mon comportement compense mon aspect physique, mais ses efforts me faisaient mieux sentir encore mes insuffisances. » Eleanor, petite fille mal aimée, mal comprise par sa mère, très tôt orpheline – sa mère meurt quand elle a huit ans, son père quand elle en a dix –, fragilisée, mélancolique, en quête de l’amour absolu, se 2 réfugie dans ses rêves. Jamais elle ne surmonta totalement ces blessures et ces pertes . Mais on ne peut la réduire à ce portrait douloureux. Il existe une autre Eleanor forte de 3 ses origines Wasp , une patricienne fière de son ascendance et qui recèle l’énergie et la ténacité de ses ancêtres hollandais. Une jeune fille intelligente et cultivée qui épouse à vingt-deux ans, en 1905, un cousin éloigné, Franklin Delano Roosevelt, futur président des États-Unis. Mariage d’amour ? Sans doute, mais pour combien de temps ? Le ciel s’effondre quand elle découvre que Franklin la trompe. De cette nouvelle blessure surgit une nouvelle Eleanor, qui ne sera plus jamais l’épouse soumise de Franklin. Si elle choisit de rester pour lui une partenaire privilégiée, de l’accompagner à travers heurs et malheurs tout au long de sa vie, elle n’en soutient pas moins ses propres combats sur la scène publique, engagée socialement et politiquement. Dévouée au Président, elle mène aussi sa vie, pense et agit indépendamment de son rôle de First Lady, quitte à transgresser conventions et traditions quand elle les estime surannées ou injustes. Jamais avant elle ni depuis, l’épouse d’un président américain ne s’est montrée aussi active, n’a connu une telle popularité, exercé une telle influence, aux États-Unis dans son
rôle de First Lady qu’elle construisit à sa mesure, comme aux Nations Unies où elle présida à l’élaboration de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Certains souhaitèrent même la voir accéder à la magistrature suprême et Hillary Clinton ne cessa de voir en elle un modèle. Mais elle fut aussi la bête noire des conservateurs, considérée comme un danger national, pour sa défense de la communauté afro-américaine et pour ses liens dans les années trente avec des communistes au sein de l’American Young Congress. Patricienne et progressiste, soumise et autoritaire, idéaliste et naïve, rationnelle et impulsive, timide et audacieuse, puritaine et passionnée, Eleanor apparaît, au cours de ses presque quatre-vingts années de vie, faite de tant de contradictions et de paradoxes qu’elle reste insaisissable. Cinquante ans après sa mort, la question se pose toujours : qui fut au plus profond d’elle-même Ann Eleanor Roosevelt, née Roosevelt ?
1- Première phrase de son autobiographie,This is my Story.
2- Selon l’aîné de ses petits-fils, Curtis Roosevelt, qui fut très proche de sa grand-mère, « l’enfance austère d’Eleanor ressemblait beaucoup à celle des enfants de son époque. Les rapports entre parents et enfants étaient beaucoup plus distants qu’ils ne le sont aujourd’hui, en particulier dans les classes supérieures, les gouvernantes jouant un rôle essentiel. D’une manière générale, ma grand-mère a tendance, dans ses mémoires, à noircir cette partie de sa vie aussi bien que d’autres épisodes ». (Entretien avec l’auteur, avril 2012. Curtis Roosevelt vit en France, il est l’auteur d’un livre paru en 2008 :Too Close to the Sun, Growing up in the Shadow of my Grand Parents, Franklin and Eleanor, Public Affairs US, 2008 – à paraître prochainement en français.)
3- White Anglo-Saxon Protestant.
Retrouvez tous nos ouvrages
surwww.tallandier.com
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi