Eléments de psychologie de la vie du Bouddha

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L'enseignement de Siddharta Gautama, le Bouddha historique, perdure jusqu'à nos jours à travers différentes écoles et pratiques. A côté de sa dimension religieuse et mystique, cette tradition offre des perspectives humaines et philosophiques. Cet ouvrage propose une approche nouvelle, psychologique, qui s'appuie sur des événements de la vie du Bouddha connus d'après le récit de ses continuateurs.
Publié le : samedi 1 février 2014
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EAN13 : 9782336335704
Nombre de pages : 215
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éléments de psychologie
de la vie du Bouddha
L’enseignement de Siddharta Gautama, le Bouddha historique, perdure
jusqu’à nos jours à travers différentes écoles et pratiques. à côté de
sa dimension religieuse et mystique, la plus connue, cette tradition
offre des perspectives humaines et philosophiques qui prennent corps
lorsque son auteur aborde l’existence par des énoncés qui nous semblent
si proches, comme le constat de la souffrance, mais si paradoxaux
comme de cesser de désirer ou de pratiquer l’impermanence.
Cet ouvrage propose une approche nouvelle, psychologique, qui
s’appuie sur des événements de la vie du Bouddha connus d’après le
récit de ses continuateurs.
Il n’est en effet pas neutre d’être orphelin de mère à sept jours, d’être
prince dans un pays pauvre ou d’avoir des réfexions existentielles
que rien ne peut apaiser. Après avoir tenté en vain l’ascétisme Luong Cân-Liêmmasochique, le futur Bouddha trouva une autre voie : en proposant une
méthodologie du lâcher-prise, il instruit la notion de l’ainsité comme
une pleine conscience du « ici, maintenant et pleinement ». Il s’agit là
de la première marche vers le nir vana, exploré comme l’espace d’une éléments de psychologie immense liberté intérieure qui permet, en retour, de construire une
communauté, avec ses limites, gérée par l’éthique altruiste comme un
bienfait commun. de la vie du Bouddha
Luong Cân-Liêm est psychiatre, docteur en psychologie et chargé de
cours à Paris 5 et Paris 13.
XX€
ISBN : 978-2-343-02193-5
ISBN : 978-2-343-02193-5
21 €21 €
Photo : © dutourdumonde – Fotolia
éléments de psychologie de la vie du Bouddha Luong Cân-Liêm12éléments de psychologie

de la vie du Bouddha
3© l’harmattan, 2014
5-7, rue de l’école Polytechnique
75 005 Paris
ISBN : 978-2-343-02193-5
EAN : 9782343021935
4Luong Cân-Liêm
éléments de psychologie


de la vie du Bouddha
5du même auteur
Bouddhisme et Psychiatrie, Paris, L’Harmatan, 1992.
Psychothérapie bouddhique. Méditation, éthique, li,b Paertéris,
L’Harmatan, 2002.
Psychologie politique de la citoyenneté, du patriotisme, de la
mondialisation. Sept études clini,q Puares is, L’Harmatan, 2002.
De la psychologie asiatique. L’humain, le politique, l’éth,i que
Paris, L’Harmatan, 2004.
Psychologie transculturele et psychopathologie. Occident et
Asie oriental, Pe aris, You Feng, 2006.
Conscience éthique et esprit démoctrautdee s. éur l’harmonie et le
politique, Paris, L’Harmatan, 2009.
ouvrages collectifs
Enfance : état des lieux. Le Vietnam au cœur de la Francop, honie
Paris, L’Harmatan, 1998 .
Dicionnaire des thérapeutiques médicopsychologiques e -t psy
chiatriquesso, us la direction de H. N. Barte. Paris, Ellipse, 2001.
Manuel de psychiatrie transcultu, dreleeuxième édition,
sous la direction de M. R. Moro, Paris, La Pensée sauvage,
2006-2007.
6introduction
Siddharta Gautama, prince héritier, est né en l’an 563 av.
1J.-C. à Kapilavastu, en Inde, dans le jardin de Lu. mApbrinès i
avoir ateintév le’il, il dispensa un enseignement oral pendant
quarante-cinq ans et fut entouré de disciples organisés en
une communauté appelése angha. Il mourut à quatre-vingts
2ans d’une intoxication alimentaire, en l’an 483 a, à v. J.-C.
Kushinagar (Inde). Peu après sa mort, les moines se réunirent
en concile à Rajagrha, la capitale du royaume de Magadha,
pour défnir le canon bouddhique.
Les premières représentations iconographiques du Bouddha
datent des débuts de l’ère chrétienne à partir des contacts de
la civilisation de l’Indus (l’actuel Pakistan) avec l- ’art hellé
nique apporté par Alexandre III le Grand (Macédoine, 356 av.
J.-C. – B abylone, 323 av. J.-C.) dans cete région de son empire.
1. Ce jardin, situé dans l’acuel Népal, sera reconnu patrimoine de -l’hu
manité par l’Unesco en 1997.
2. La tradition pâlie donne des dates diférentes : 624 av. J.-C.–544 av.
e eJ.-C. La date d’anniversaire es le 8 jour du 4 mois du calendrier l-u
naire, qui change tous les ans si l’on se réfère au calendrier grégorien.
7Les historiens, les archéologues et les philolog -ues d’au
jourd’hui ont pu restituer l’« état d’esprit » de l’époque grâce
aux textes et aux témoignages et ainsi reconstituer le climat
des lieux de passage de Siddharta Gautama et l’ambiance de
ses résidences. Avec le croisement de l’ensemble des i-nforma
tions obtenues et des diférentes analyses, a émergé la part
objective et subjective entre le magique, le plausibl-e des évé
nements et leur contexte.
L’environnement culturel hindouiste et politique des
castes a été le berceau du bouddhisme. Retranscrit par ses
successeurs, l’enseignement du Bouddha a connu un-e longé
vité, des développements riches et une difusion ex-ception
nelle jusqu’à nos jours et hors des frontières de l’Inde actuelle
où il reste peu de pratiquants.
Le terme de bouddhisme est propre à la conceptio- n occi
dentale des « systèmes de pensée », le sufxe « isme » s - igni
fant d’ailleurs une doctrine et une école de pensé-e en réfé
rence à un classicisme, voire une orthodoxie, et des maîtres
à penser. De là, nous pouvons observer une tendan-ce scien
tiste à distinguer les diférentes branches ou sectes d- u boudd
hisme : le tibétain, le Grand et le Petit Véhicule, l- e boudd
hisme de la Terre Pure, le Zen… Mais il y a un tronc commun
à ces diférentes écoles : une conception de la vie et u -ne trans
mission du savoir-être des hommes.
à partir d’une compilation des écrits de toutes tendances
et de tous siècles, je m’en tiendrai aux notions les p-lus fonda
mentales admises par les diférentes branches bouddhiques
pour étayer une approche psychologique crédible d -e l’exis
tence humaine. C’est pourquoi cete étude n’est pas -une re
constitution historique et biographique à proprement parler,
ni un ouvrage érudit sur le bouddhisme. J’espère que, par le
biais de la psychologie, le lecteur aura le sentiment d- ’une syn
thèse pratique du bouddhisme sur la manière de penser et de
8vivre des hommes, d’être en même temps, ensemble, libres,
justes et authentiques.
Cet enseignement a suscité ces dernières décennies en
Occident un vif intérêt, sans nul doute lié aux évén-ements po
litiques et culturels au Tibet. Le grand public a a -insi décou
vert la place, la parole et la sagesse du Dalaï-Lama. Cependant,
el’étude du bouddhisme est plus ancienne et, a siu ècxilex, ce
fut sous l’angle de la religion et des systèmes de croyance que
les colons occidentaux abordèrent le bouddhisme. On assiste
aujourd’hui à de nouvelles approches qui tentent de répondre
à un art de vivre en crise, le bien-être personnel ét-ant le nou
veau cred do u monde occidental.
Examinant la cosmogonie populaire du bouddhisme, sa
place dans la culture et la dévotion de ses adepte- s, les pre
mières expériences occidentales ont été ethno- et
culturocentriques et théologiques : le catholicisme devait être la seule
et vraie religion déiste fondée sur la révélation de la vérité. Le
bouddhisme était alors considéré, au regard de son panthéon,
comme une croyance en une multitude de divinités, mais qui
n’aurait pas encore ateint le niveau conceptuel d -’une reli
gion et encore moins d’une religion constituée à texte. Ainsi,
l’énoncé d’adhésion aux « Trois Joyaux » – adhér-er à l’ex
périence du Bouddha, à son enseignement et à une c -ommu
nauté qu’on a choisie – était interprété comme une intuition
païenne de la Trinité qui se révélera à l’homme dès so- n évan
gélisation. Le Bouddha, dont on doutait à l’époque - de l’exis
tence historique, pouvait être un homme remarquable, mais
pas un prophète et certainement pas Dieu.
Aujourd’hui, pour beaucoup, l’enseignement du Bouddha
se rapproche d’une philosophie sans théorie et sa pratique
serait celle d’une religion sans dieu. Son syncrétisme avec la
culture orientale est total et considéré comme un art de vivre
et une manière d’être.
9Si la foi est un sentiment séparé de la croyance en Dieu, les
hommes disposent dès lors d’une liberté de croire séparée du
libre choix de l’objet et de la raison de leur convict -ion. Le po
sitionnement anthropologique du bouddhisme afrme ainsi
qu’il est aussi permis aux hommes de croire en « un rien » ou
bien en un meilleur d’eux-mêmes.
La science psychologique sait distinguer le sentiment de
crédulité de celui de foi religieuse à partir de références de
crédibilité et de légitimité. Et c’est la science religieuse qui
est venue confrmer, à partir des canons sacrés et des livres
de prières, que le bouddhisme pratiqué est une « religion
sans dieu ». Sa dimension intellectuelle s’inscrit dans une
culture générale qui mélange un contenu philosophique, une
manière de vivre et des pratiques rituelles qui ont commencé
dans le contexte de l’Inde antique il y a plus de 2 500 ans et
qui sont difusés aujourd’hui dans le monde entier.
Cet amalgame d’une religion sans dieu et d’une pensée
philosophique pour former un fonds culturel et populaire est
complexe. Avec le progrès des échanges, notre ignor-ance re
cule et nous découvrons d’autres manières de pense-r. Les sa
voirs se généralisent, se mondialisent, s’uniformisent parfois.
Les rencontres se multiplient. Alors les points de v- ue chan
gent et dévoilent un monde multiculturel et plurifocal.
Nous proposons ici « une » psychologie humaine étudiée
avec des méthodes modernes à partir d’une biogra-phie re
constituée du Bouddha. C’est en remontant aux sources de
son enseignement, de son organisation et surtout à l- a vie ra
contée du Bouddha qu’on pourra mieux – je l’espère – pe- r
cevoir la dimension vécue, existentielle et philosophique du
bouddhisme. Nous sommes aujourd’hui bien loin de-s pre
mières considérations sur l’enseignement du Bouddha qui en
faisaient une philosophie du vide, une psychologie d- u nihi
lisme, voire une religion pessimiste.
10Cet enseignement observe en fait deux réalités essentielles
et universelles de l’humanité et un besoin : la réali-té des mou
vements de la vie liée à celle de la soufrance humaine et le
besoin d’une liberté intérieure. C’est à ces évidence-s existen
tielles que notre personnage historique se devait de répondre
quand on connaît les conditions de sa naissance. L- a conti
nuité et l’expansion du bouddhisme depuis son fondateur
jusqu’à nos jours apportent une preuve supplémentaire de sa
force et de sa pertinence. Et sa conception psychologique de
l’humain devrait – je le pense – être prise en compte.
• • •
La psychologie moderne est une discipline jeune. Elle a
epris son autonomie au début du sixxècle en se séparant de
la religion (qui parle de l’âme) puis de la philosophie (qui
parle de l’être). EOn ccident, on étudie la tête et ce qu’elle
« contient » : l’esprit, le mental, la psyché, l’aOfercite. ntEn ,
3on étudie « le cœu »r, cet organe étant une métaphore de
l’humain. Dès ses débuts, cete science occidentale a connu
un développement vertigineux : des modèles logiques et des
modélisations rationnelles conceptualisent des organisations,
des structures ou des appareils mentaux. La psychanalyse en
fait partie. Pour le monde oriental, le mental, l’individuel et
le sociétal ont un déterminant commun : leur organisation
hiérarchisée et une fnalité politique selon une idéologie de
l’harmonie. Ainsi, un homme pourra être malade comme il
pourra exister des sociétés pathologiques et des cultures qui
meurent. C’est pourquoi on peut étudier le « norma -l » à par
tir de deux voies : celle de la norme et celle du pathologique.
Dans le cadre de notre étude, la biographie et l’itinéraire de
3. e n vietnamien : tâm ly ou « principe du cœur ».
11Siddharta Gautama afrment la soufrance comme normale,
mais invisible.
D’innombrables publications ont repris les termes, les
concepts ou les pratiques bouddhiques en les découpant pour
les adapter ou les mouler aux besoins de notre époque. Les
hommes modernes cherchent leur bien-être, leur confort
et leur projet de vie comme des objectifs, des cibles pour
s’échapper de leur mal-être à travers le bouddhisme. On
s’exerce ainsi à la pratique de la méditation, aux vertus de la
relaxation ou du développement personnel. Les te, rmes zen
karma, nirvana sont entrés dans le langage courant comme
des mots tiroirs.
En reprenant les expériences vécues par le Bouddha et les
valeurs de son enseignement, nous ne voulons surtout pas
cultiver l’idée de l’efcience d’un homme machine ou d’un
homme entrepreneur au sens donné par Michel Foucault.
Il s’agit plutôt de retrouver le sens de son autonomie et la
connaissance de son sens éthique comme des vertus jamais
forcloses qui ouvrent la porte créatrice de la liberté intime.
Tout homme convaincu d’avoir compris l’enseignement du
sage indien peut s’autoriser à un moment donné de sa vie et
de ses études à se dire bouddhiste et à se présenter ainsi aux
autres. Cete grande simplicité tient de la responsa -bilité per
sonnelle. Il n’y a pas d’orthodoxie, ni aucun acte liturgique.
L’homme est son maître, il est son propre refuge. C’est dans
cet état d’esprit que l’histoire du Bouddha et son en- seigne
ment, deux éléments indissociables, ont été transm-is avec ef
fcacité de génération en génération et qu’ils doivent être mis
en œuvre. Cet enseignement est vivant.
Le projet de cet ouvrage est de montrer le fond-s psycho
logique commun de l’humanité à travers la dimens-ion uni
verselle de l’enseignement bouddhique. Notre intention est
d’en présenter une psychogenèse à partir d’une biographie
12reconstituée de son fondateur. Cete entreprise est t- rès dif
cile, ouverte à la critique, mais je la crois défendable.
Le Bouddha est un personnage historique, son en - seigne
ment a été le refet de sa vie et l’organisation de la première
communauté fut son œuvre politique. Il n’a accompli aucun
miracle, ni exprimé aucune révélation. On connaît ses parents
et son contexte de vie, les lieux où il a vécu et les conditions
de son décès suivi d’une crémation. Aussi, cete entreprise
voudrait reféter la juste dimension psychologique d- e cet en
4seignement . Il n’est pas dans l’esprit bouddhique de dire que
ceci est meilleur que cela, mais d’apporter à chacun le moyen
de mieux se connaître. Seuls valent au fond le res-senti per
sonnel, l’expérience des hommes et le contentement intime.
La prétention méthodologique de ce livre est donc avouable :
le but est de « donner la parole et de trouver du sens » aux
récits de vie du Bouddha sans les prendre au pied de la letre.
Le merveilleux, le poétique ou les recommandati-ons mo
rales correspondaient à une manière litéraire de raconter à
l’époque des continuateurs du Bouddha.
Nous voulons également réduire les décalages créés par
la rencontre des cultures et des époques, et mont-rer la mo
dernité de cet enseignement dans son universalité -et son es
sence. Il n’y a pas, d’un côté, la religion bouddhique et ses
croyances et rites exploitant à l’infni la créduli-té supersti
tieuse populaire et, d’un autre côté, l’enseignement d’une
philosophie de l’existence réservée aux personnes cultivées.
Beaucoup de choses passent dans la manière de transmetre
le message face à la réalité des personnes telles qu’elles sont,
avant de cataloguer leur disposition d’esprit à comprendre
ou non.
4. Cf. notre ouvrage : Psychologie transculturele et psychopathologie.
Occident et Asie orient, 2 ale006.
13La métaphore bouddhique du lotus accompagnera l- ’itiné
raire du lecteur dans cet ouvrage. L’homme ne peut pas tout
savoir, il naît ignorant sans le savoir, car l’ignoran-ce de l’igno
rance lui donne l’illusion du savoir. Le lotus pousse sous l’eau,
ses racines sont dans la vase. Arrivé à la surface, il suit toujours
la lumière. Puis il s’épanouira et feurira au-dessus de son plan
d’eau, visible de tous, et son parfum recouvrira l’odeur des
profondeurs d’où il est issu.
Les outils modernes de la psychologie autorisen-t des mé
ta-analyses et des explorations rétroactives quand des faits
historiquement avérés – ou quasi certains – vécus par notre
personnage sont rapportés et consignés par ses successeurs.
Je m’appuierai aussi sur les récits, les contes et les fables pour
retrouver la dimension psychologique que le narrateur
bouddhique avait imaginée de la vie du Bouddha. Je préserverai
l’esprit du maître en choisissant de ne pas obscurcir la lecture
avec des termes d’origine, sauf pour de vraies nécessités. Les
classiques bouddhiques sont écrits en pâli ancien ou en - sans
krit, qui sont deux langues voisines. Leur proximité p- honé
tique permetra aux lecteurs indulgents de se retrouver et de
s’accommoder de leur transcription en français, en anglais
et en allemand, et des transpositions entre ces langues par la
traduction que je reprends. Le nom du Bouddha pourra ainsi
être orthographié Gautama ou Gotama.
Ce projet ne peut éviter une discussion entre le faux et le
vrai, le vraisemblable et l’approximatif de notre interprétation
– ce qui ne sera jamais clos – dans cete nouvelle lect-ure psy
chologique de l’enseignement du Bouddha.
Le point essentiel de départ est la portée de tr-ois événe
ments humains : la soufrance, la signifcation de la vie et la
nature de la liberté intérieure. Le vecteur de vie es -t le mouve
ment vital. Le point d’arrivée de l’homme est de construire
son autonomie psychique face à la conscience de sa propre
14fnitude. Le lecteur bienveillant développera, je l’espère, une
nouvelle compréhension de la doctrine. Il verra le salut de
Siddharta Gautama comme le sien et découvrira en -fn le de
venir-bouddha de l’homme méritant qu’il est lui-même.
La vie du Bouddha peut beaucoup nous apprendre sur la
« psychologie » humaine, tant au sens propre (les c- oncep
tions théoriques) qu’au sens populaire, chacun aimant à dire
qu’il est un peu psychologue, comme une manière de c- om
prendre, de connaître et de partager sa vie et celle des autres.
Personne, dès sa naissance, n’est l’égal de son voisin. C’est
cete réalité qu’il faudra compenser pour vivre ensemble.
Dès son enfance, l’être humain est déjà égotique et centré
sur le « moi-d’abord ». De ce noyau profond, primiti-f et nar
cissique, l’homme mature se développera et il comprendra
qu’il a besoin des autres pour se satisfaire et de so-n environ
nement pour accéder à la paix sociale. Il devra s’améliorer, se
perfectionner, renoncer et s’enrichir pour devenir u- n être in
telligent, doué d’un sens de la bonté et du don. Il lui faudra un
chemin de sagesse pour « vivre ensemble ». Il lui faudra aussi
se construire comme un homme libre de ses mouvements et
libéré de ses contraintes, celles des douleurs qui l’empêchent
de se sentir bien et d’aller vers autrui.
L’enseignement du Bouddha est une méthode qui permet
d’accompagner la métamorphose de la personne, allant du
narcissisme vers l’altruisme, et celle de son rapport avec le
monde, allant du quant-à-soi vers le partage et la solidarité. Il
faut, en chemin, éviter la perversion de la douleur masochiste
ou du manque vindicatif où la soufrance s’installe i -nsidieuse
ment comme une manière d’être et de rapport aux autres. La
métamorphose radicale de l’amour-propre en amour éthique
et altruiste est le grand projet bouddhique.
Cet enseignement n’est évidemment pas une révéla-tion di
vine qui est apparue à Siddharta Gautama. Ses successeurs
15écriront les canons bouddhiques pour préserver la parole du
maître. Cete écriture ne fut accompagnée par aucun divinité.
Ces corpus trouvent leurs sources dans le Véda hindo -uiste, lité
ralement « le Savoir » ou « la Science », mais ce fut le Bouddha
qui renouvela les notions védiques classiques de , desam sara
karma, de pratique méditative et ascétique, de délivrance et de
nirvana. Il a su donner à cete doctrine une dimension générale
et universelle, alors que les concepts hindouistes n’ont jamais
quité leur territoire géographique et culturel. Plus tard, dans
le courant du bouddhisme dit du Grand Véhicule, on v- it appa
raître l’infuence de la pensée confucéenne et taoïste dans les
récits, signe d’adaptation du bouddhisme à d’autres contrées.
Que dit l’origine hindouiste de son enseignement ?
Le samsar ahindouiste – litéralement « écoulemen- t cir
culaire » – décrit un cycle sans fn de vie et de mort de tous
les êtres, y compris des dieux. La notion de corps matériel se
sépare de celle de la substance immatérielle. Cet e - nchaîne
ment par réincarnation se fait selon une durée plus ou moins
longue ou indéterminée. Le vivant renaît, grâce à la qualité de
ses réalisations antérieures, en dieu, en homme, en animal, en
esprit malfaisant ou confné dans des espaces infernaux. Rien
ne se crée et tout se renouvelle dans sa catégorie. Le Bouddha
explicitera autrement le sa en y imsarantroduisant le désir,
l’ignorance et, surtout, en afrmant la possibilité d - e s’éman
ciper de ce cycle, de sa caste et de la condition humaine.
Le karma est l’intention, l’acte, l’accumulation. Pour les
hindouistes, il est inexorable et infaillible : un ac - te bon pro
duit un bon résultat ; il n’y a ni jugement, ni pardon mais
que de la responsabilité. Le Bouddha, lui, valorisa s-a rétribu
tion éthique et il introduisit le libre arbitre, la possibilité de
16perfectionner son ka, drma e s’améliorer et de le transmetre
aux générations futures.
Aujourd’hui, beaucoup tentent d’améliorer leur trajectoire
de vie par des rites de solidarité et des rituels de prières, ou
encore par le lâcher-prise, cela pour une émancipation hors
du cycle du samsa erat pour rectifer le ka drmae rétribution.
Il n’y a pas de fatalité dans la vie. Le mauvais peut devenir bon
et le bon devenir meilleur encore.
Le Bouddha a ainsi repris les notions hindouiste -s de sam
sara et de karma pour leur donner une dimension universelle.
Après son expérience d’ascétisme infructueuse, il dit aux
hommes de bien vivre, que le sacrifce est une pratiq- ue illu
soire : la douleur ne peut délivrer de la douleur ou prétendre
faire un mal pour un bien, voire faire un bien pour un mal.
C’est très exactement le mécanisme de la perversité humaine
que dévoile un telle expérience et il faut la refuser.
Tous les hommes gardent leur potentialité de s’éveiller, de
connaître la vérité, d’être l’égal de tous pour être soi-même
bouddha. Nous arriverons tous à cete même destination,
même si nous entrons dans la vie avekc aruman diférent, un
handicap ou le fruit d’une injustice. C’est en voula -nt conser
ver cete destination que nous nous donnons l’illu-sion poli
tique d’être tous égaux dès la ligne de départ. Ceci est la pire
des perversions silencieuses de l’égalitarisme. En cela, les
hommes sont frères devant l’avenir et le temps, mais pas dans
le moment présent qu’il faut réformer.
Cete pensée fut sufsamment révolutionnaire pou-r se dé
marquer de la tradition hindouiste des castes et pour perdurer
comme une doctrine moderne, grâce, notamment, à la notion
d’ainsité : vivre « ici, maintenant et pleinement ». L’idée d’une
liberté intérieure est donc centrale, sans limite, et c’est la seule
explication de la capacité créative infnie des hommes et de leur
désir de progrès et de bien-être. Par la route du savoir – la gnose
17– ils usent de cete extrême liberté qui, à chaque moment de
son apparition vécue comme pleine et entière, produit l’action
adaptée aux lois afectives et efectives de l’environn- ement so
cial pour améliorer la condition humaine. La pire de-s difcul
tés – ou des duperies – est d’ignorer le paradoxe entre l- ’immen
sité de la liberté intérieure et les contingentements des mondes
extérieurs, ou de privilégier ceux-ci aux dépens de ceux-là.
r emerciements et sources bibliographiques
Selon le répertoire du Canon bouddhique sino-japonais, il
5doit exister plus de trois mille œuvres essentielles d . e maîtres
Les principaux ouvrages en langue française qui m’ont
servi de référence pour les traductions des extraits et dont je
remercie les auteurs sont :
Berval R., Présence du bouddhism (soeus la direction de
René de Berval), Saigon, 1957 ; Gallimard, Paris, 1987.
Cornu Ph., Dicionnaire encyclopédique du bouddhis , me
Seuil, Paris, 2001.
Foucher A., La vie du Bouddha d’après les textes et les
remonuments de l’Ind, Je . Maisonneuve, Paris, 1993 ( é 1dition,
Payot, 1949 ; J. Maisonneuve, 1987).
Gira D., Comprendre le bouddhism, Be ayard Poche, Paris, 1989.
Rahula W., L’Enseignement du Bouddha d’après les textes
les plus ancien, S seuil, Paris, 1961.
Royer S., Bouddha, Gallimard Folio, Paris, 2009.
Schumann H. W., Le Bouddha hisorique, Sully, Paris, 1999-2011
(Der Historische Buddha, Engen Diederichs Verlag, 1982).
5. Hobogirin, Dicionnaire encyclopédique du bouddhisme d’après
les sources chinoises et japon, 1ai9s7e8 s ; publié par l’Académie des
Inscriptions et Belles Letres, Insitut de France (cité par Dennis Gira).
18chapitre i

l’expérience d’enfance
e t de j e u n e ad u l t e

563-534 av. J.-C.
Fait rare voire exceptionnel pour son époque, Maya, la
mère du Bouddha, avait quarante ans à la naissance de
Siddharta Gautama en l’an 563 avant notre ère.
Les récits racontent qu’elle accoucha de son premier et
unique fls alors qu’elle rejoignait la ville de Deva- daha, ber
6ceau de sa famille. Le convoi s’arrêta à Lu, sombn jiniardin
familier où son fls reviendra aprèés soveiln . Ce sera un r - e
tour aux sources une fois son enseignement mis au point.
Maya était entourée de femmes. Sa sœur cadete, Pajapathi,
l’aida à accoucher debout selon la coutume. Elle se tint à un
arbre qui sera magnifé par la légende populaire, tout comme
6. Le site de Lumbini (au Népal acuel) a été classé en 1997 au p -atri
moine mondial de l’humanité par l’UN e SCO.
19cet autre arbre qui abritera le Bouddha au moment de son
éveil à Vanarasi, en Inde (anciennement Bénarès).
Il n’y a pas de scènes représentant la naissance du Bouddha
et les fgures le représentant adulte n’apparaîtront qu’autour
du premier siècle quand l’art hellénique viendra au contact de
la civilisation de l’Indus.
La gestation dura « dix mois lunaires », dit le
LalitaVisara, rapportant que la mère avait été fécond-ée mer
veilleusement une nuit par un immense éléphant « pourvu
de six défenses ». La description imagée et humaine d- e la fé
condation, du géniteur, de l’accouchement et du lieu f- ut répé
tée et enjolivée par la litérature qui entoura ces événements
d’une aura de sainteté.
Sept jours après avoir donné la vie à Siddharta Gautama à
Kapilavastu, sa mère décède. Si cet événement semble acquis,
les lecteurs eurent droit plus tard à plusieurs récits
médicomagiques, tels que :
1. La naissance « a provoqué » la mort par la proximité de
l’événement.
2. Le devenir fabuleux et prédestiné de son fls est annoncé
par la destinée karmique abrégée de sa mère qui s’eface.
3. Le karma du Bouddha, l’être unique dans son dernier
parcours, enlève à son père l’occasion de lui donner un frère
ou une sœur.
La première explication apparaît la plus plausible, il s’agirait
dès lors d’une complication fatale des suites de couches de la
mère. Les deux autres explications relèvent d’une reprise de
la conception karmique du destin. Quelle que soit la raison,
nous retrouvons cete pensée classique que la vie succède à la
mort. Le nouveau-né Siddharta a en tout cas été orphelin très
tôt, avec la perte prématurée de sa mère et de son afection.
Un passage, composé à une époque postérieure, évoque cet
évènement et ce que Siddharta aurait dit de sa naissance :
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