Enjeux des ministères dans la croissance de l'Eglise

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Vu l'ampleur de la crise de confiance et d'identité dans les Eglises, ce livre propose aux communautés chrétiennes d'opérer un choix qui va dans le sens de faire église valorisant le vivre-ensemble. Après la conversion de Constantin au christianisme, l'Eglise est comme confisquée par le clergé, qui a fait du "sacerdoce" une source de pouvoir sacré. Les ministères ne sont en rien des monopoles ou des privilèges réservés à quelques-uns. L'auteur remet en cause le fonctionnement oligarchique et les pratiques de gestion qui réfèrent au modèle institutionnel pyramidal-centralisateur.
Publié le : mercredi 15 juin 2016
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EAN13 : 9782140012778
Nombre de pages : 360
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Emmanuel VANGUVANGU
Enjeux des ministères dans la croissance de l’Église Le choix entre rupture ou réforme
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Enjeux des ministères dans la croissance de l’Église
Emmanuel VANGUVANGUEnjeux des ministères dans la croissance de l’ÉgliseLe choix entre rupture ou réforme
Du même auteur Sexualité, initiations et étapes du mariage en Afrique, Publibook, 2012. Théologie africaine et calvaire des peuples. La spiritualité africaine en questions, Préface d’Antoine-Vital Mbadu Kwalu, L’Harmattan, 2008. La théologie de Marie-Dominique Chenu. Réflexion sur une méthodologie théologique de l’intégration communautaire, Préface de Jean-Pierre Delville, L’Harmattan, 2007. © L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-09196-9 EAN : 9782343091969
Introduction Le visage du Christ défiguré qu’offre l’Église catholique romaine pose de sérieuxproblèmes d’identité aux chrétiens d’aujourd’hui. Ces derniers ont besoin d’être accompagnés avec respect, dévouement et patience sur les chemins difficiles qu’ils parcourent ces temps-ci. Les responsablespastoraux sont appelés à cueillir les interrogations des hommes et des femmes de notre temps et, sur cette base, ils sont aussi appelés à amorcer un dialogue vrai et honnêtepour laisser entrer le Christ dans leur vie. Le monde d’aujourd’hui a besoin de le redécouvrir ! Les disciples de Jésus-Christ sont tous invités à se mettre enjeu. Le contexte mondial, singulièrement occidental, caractérisépar une sécularisation croissante et unepluralité de modèles, invite l’Église catholiqs’ouvrir unue romaine à « peuplus à la miséricorde 1 2 divine » , à être « uneÉglise en sortie c’est-à-dire une» , communauté de disciples missionnairesquiprennent l’initiative, qui s’engagent, qui accompagnent, qui font fructifier et fêtent. Or, certains membres de l’Église estiment que le clergé est de plus en plus marginalisé par la société séculière. Ils se réjouissent même que l’on remette à jour la vision paulinienne du sacerdoce universel dans le Corps du Christ ; ils se demandent si les ministres consacrés sont vraiment encore utiles et si l’Église ne se porterait pas mieux sans eux. D’autres, cependant, pour des raisons théologiques ou pragmatiques, soulignent la prééminence des ministères ordonnés sur les autres services dans l’Église. Il en découle un surmenage des responsables attitrés, ou la frustration des laïcs, ou les deux. Depuis que le despotisme et le parfum du pouvoir fragilisent sa hiérarchie, l’Église catholique romaine oscille entre ces deux extrêmes, entre le cléricalisme – domination du clergé sur les laïcs – et
1 Lepape FRANÇOIS,Discours à l’occasion du Dimanche de la Miséricorde, lors de lapublication de la BulleMisericordiae Vultus, le samedi 11 avril 2015, à Saint-Pierre (http://www.zenit.org/fr/). 2 Idem, Exhortation apostoliqueEvangelii Gaudium, n° 24. 7
3 l’anticléricalisme – le mépris des laïcs pour le clergé . Et ce, semble-t-il, à cause d’un certain soubassement doctrinal, non perçu ou non dit, que Gustave Thils présente en ces termes : « Souvent, lorsque l’on parle de l’Église, est évoqué immédiatement le couple “clercs-laïcs”, comme si l’Église ne résultait que de la juxtaposition de clercs et de laïcs dans leurs relations réciproques, à savoir les clercs “en tant que pasteurs” et les laïcs “en tant que non-pasteurs”. Ceci convient d’ailleurs à une ecclésiologie où prévaut la conception de l’Église comme “société”, une société où l’on distingue des chefs, ayant le pouvoir, et des subordonnés, qui leur sont soumis. Qu’il faille distinguer les pasteurs et les autres fidèles est clair et indiscutable. Mais l’Église n’est pas que “société”. Ni une “société comme les autres”, disent aujourd’hui certains : les uns, contre ceux qui estiment devoir développer l’aspect “démocratique” de l’existence des fidèles ; d’autres, qui contestent l’institution ecclésiale et la trouvent trop semblable au “siècle”, trop peu évangélique. Les pasteurs et les autres fidèles sont avant tout desChristifidèles. Les uns et les autres doivent être replacés au cœur d’une réalité plus fondamentale et “commune”, le “peuple de Dieu”.Lumen gentium, à Vatican II, a décrit les données constitutives de ce peuple de Dieu avant de traiter de la hiérarchie et des laïcs. Et le nouveau Code de droit canonique lui-même, au Livre II.Le peuple de Dieud’abord de tous les fidèles (c.  traite 208-223), puis des “fidèles laïcs” (c. 224-231), ensuite des [fidèles] clercs 4 ou ministres sacrés (c. 232-293) » . Le Nouveau Testament nous met engarde contre ces tendances opposées, à savoir la tension entre l’appel à la vie de foi, le discernement vocationnel et la formation auprojet de vie d’un côté, et de l’autre, la prétendueculture dominante qui n’épargne aucune société. Il y a quantité de responsabilités et de services dans l’Église. Mais certains ne sont pas seulement responsablesdans l’Église, ils sont responsablesde l’Église. Ce sont des ministres, et tous ne sont pas prêtres ! Il y a, dans l’Église, des ministères des laïcs, comme ceux
3 Cf. K. DELAHAYE,« Ecclesia Mater»chez les Pères des trois premiers siècles. Pour un renouvellement de la Pastorale aujourd’hui, Unam Sanctam 46, Paris, Cerf, 1964, p. 198. 4 G. THILS, « Ne pas cléricaliser les laïcs », dansRevue théologique de Louvain18 (1987), p. 484.
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dont Paul VI parle dansEvangelii nuntiandi, parmi lesquels les 5 responsables de mouvements d’action catholique . Depuis le concile Vatican II, les discussions sur les ministères dans 6 l’Église n’ontpresquepas évolué. Laplupart des revendications tournent encore autour du «p» et de la domination duouvoir sacré magistère romain sur le reste des membres dupeuple de Dieu. D’aucunspensentque la manière d’exercer lepouvoir ecclésial a contribué, d’une certaine manière, à « la situation présente d’une 7 Église dépeuplée dans un monde sans Dieu » . De fait, ce qui est arrivé est que le magistère de l’Église, occupée depuis la fin de la Chrétienté, donc depuis quelques siècles, à s’efforcer de retrouver son autorité, sa crédibilité, sa reconnaissance et son influence, ne s’est pas aperçu de ce qui se passait dans la société des hommes. Elle n’a pas vu venir la crise profonde de la société, particulièrement en Occident, qui se préparait depuis longtemps. L’Église catholique romaine est restée longtemps déconnectée du vécu quotidien des peuples. Le pape François écrit : « Peut-être avons-nous parfois oublié de montrer et de vivre le chemin de la miséricorde… Il est temps de revenir à l’essentiel pour se charger des faiblesses et des difficultés de nos frères. Le pardon est une force qui ressuscite en vie 8 nouvelle et donne le courage pour regarder l’avenir avec espérance » . À temps nouveaux, conception nouvelle de la vie ecclésiale. Le catholicisme est à un tournant. Selon Claude Dagens, il a un avenir s’il 9 se donne les moyens de mettre en valeur les métamorphoses en cours . 5  J.-P. ROCHE,un couple à dépasserPrêtres-laïcs : , Paris, Beauchesne, Éd. de l’Atelier, 1999, p. 97. 6  On citera, entre autres, le droit de la communauté à élire ses ministres, la présidence de la communauté par un laïc, l’ordination à titre temporaire, le droit des prêtres mariés au ministère ordonné, l’accession des femmes à l’ordination… Pour plus d’informations à ce sujet, cf. J. RIGAL,Ministères dans l’Église : aujourd’hui et demain, Paris, Desclée de Brouwer, 1980, 348 p. ; cf. E. SCHILLEBEECKX,Le ministère dans l’Églisecf. H. KÜNG,p. ; , Paris, Cerf, 1981, 211 Peut-on encore sauver l’Église ?, Paris, Seuil, 2012, 264 p. 7  J. MOINGT,Faire bouger l’Église catholique, Paris, Desclée de Brouwer, 2012, p. 11. 8 Le pape FRANÇOIS, BulleMisericordiae Vultus, n° 10. 9 Cf. C. DAGENS,Survie ou métamorphose ? L’avenir du catholicisme en France, Ivry-sur-Seine, Éd. de l’Atelier, 2015, 145 p.9
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