Femmes d'exception

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Depuis trois ans, Célyne Baÿt-Darcourt reçoit des « femmes d’exception » le dimanche matin
sur France Info. À son micro, elles se sont livrées à des confidences, ont eu des fous rires ou retenu des pleurs. Toutes nous expliquent comment elles sont allées au bout de leur rêve et de leur combat. Célèbres ou anonymes, ces femmes racontent leur parcours, leurs passions, leurs envies, leurs douleurs aussi parfois. Qu’elles soient sportives, femmes d’affaires, artistes ou chercheuses, elles ont en commun d’être des battantes.
Dans ces entretiens ici réunis, on découvre des femmes exceptionnelles à plus d’un titre, qui nous invitent à les suivre.
Un livre tonique et optimiste.
Publié le : jeudi 28 février 2013
Lecture(s) : 24
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782847349801
Nombre de pages : 240
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couverture
CÉLYNE BAŸT-DARCOURT

FEMMES D’EXCEPTION

TALLANDIER / FRANCE INFO

À Shona, ma fille d’exception

AVANT-PROPOS

Cela fait presque trois ans que je reçois des « femmes d’exception » le dimanche matin, à 10 h 15, sur France Info. Célèbres ou anonymes, ces femmes me racontent leur parcours, leurs passions, leurs envies, leurs douleurs aussi parfois. Elles évoluent dans des domaines très différents : artistique, associatif, sportif ou scientifique. Elles ont en commun d’être des battantes.

Rien ne semble pouvoir les arrêter. Jamais elles ne baissent les bras, jamais elles ne renoncent à leur objectif. Là où d’autres abandonneraient, ces femmes se donnent les moyens d’aller jusqu’au bout de leur rêve ou de leur combat, en surmontant les obstacles. Leur ténacité, leur volonté d’aller de l’avant, leur refus de s’apitoyer sur elles-mêmes les rendent exceptionnelles ; certaines n’ont pas hésité à changer de vie. Elles ont su bousculer les mentalités.

Ce sont des femmes qui osent, qui ne sont pas restées spectatrices de leur destin. Toujours avec élégance, souvent avec humour. Pour beaucoup d’entre elles, tout est parti d’une révolte, d’une injustice ou d’un refus : perte d’un être cher, accident, enfance misérable, exil. De cette souffrance est né un besoin de tendre la main aux autres, à ceux qui, comme elles, ont été malmenés par la vie. Toutes ont travaillé sans relâche, tenu bon dans les moments de découragement, mis les loisirs entre parenthèses. Aujourd’hui, leur réussite est unanimement saluée.

Ces femmes – d’âge, de condition et d’horizons divers – me fascinent, m’épatent, m’intriguent. Qu’est-ce qui les a poussées à dépasser leurs limites ? Quel a été leur parcours ? Les mettre en lumière me procure un plaisir chaque dimanche renouvelé quand je les interroge.

 

Nous faisons connaissance quelques minutes avant l’émission. Afin de préserver la spontanéité du direct, je préfère ne pas les rencontrer avant la date fixée par la programmation et les découvrir à l’antenne, comme les auditeurs. Elles arrivent intimidées, inquiètes, tendues, stressées. « Je ne suis pas une femme d’exception », disent-elles. Modestes et humbles, certaines s’étonnent d’être invitées à la radio. Habituées à être dans l’action, elles ne cèdent pas à l’autosatisfaction. « Vais-je être intéressante ? », « Arriverai-je à parler clairement ? », « Vous m’aiderez si je ne trouve plus mes mots ? » Leurs doutes sont attendrissants. Mon rôle est de les mettre en confiance, de les rassurer, de les aider à se détendre. Et la magie opère… Naissent de ces rencontres de véritables amitiés et des liens d’affection.

 

Nombreux sont les auditeurs qui m’ont demandé si un recueil de ces entretiens radiophoniques serait un jour publié. Je les remercie de m’y avoir encouragée. Me plonger dans ces rencontres, qui remontent à deux ou trois ans, a représenté un véritable voyage dans le temps. Des images fortes, des échanges oubliés me sont revenus en mémoire ; des fous rires, des étreintes, des confidences aussi. Dans ces entretiens ici réunis, on découvre des femmes exceptionnelles à plus d’un titre, qui nous invitent à les suivre.

FLORENCE ARTHAUD,
 LA FEMME LIBRE

Nous étions tout le week-end à Saint-Malo, pour le départ de la Route du Rhum. Florence était mon invitée « fil rouge », intervenant quand elle le souhaitait pour apporter son expérience, son regard sur cette course transatlantique à la voile qu’elle a remportée en 1990, première femme à réussir cet exploit ! On la surnomme, depuis, « la fiancée de l’Atlantique ». Vingt ans plus tard, personne ne l’a oubliée, sa popularité est intacte. Impossible pour elle de sortir sur le port sans qu’une nuée d’admirateurs ne la sollicite pour un autographe ou une séance photos. Florence s’y est toujours prêté de bonne grâce, ravie de la tendresse qu’on lui témoignait. Presque intimidée. Il est vrai que les marins ont davantage l’habitude de la solitude ! Loin de se comporter en ourse, la navigatrice est réservée, authentique, sans artifice.

Le dimanche, pour « Femmes d’exception », grosse frayeur : Florence n’est pas là. Aurait-elle oublié notre rendez-vous ? Non, c’est juste une nouvelle illustration du capital sympathie qu’elle engendre : pour qui connaît Saint-Malo, chaque déplacement est un chemin de croix pendant le week-end du départ de la Route du Rhum. Un million de visiteurs sont là, et faire dix mètres vous prend un quart d’heure. Surtout quand on s’appelle Florence Arthaud ! Les fans l’arrêtaient chaque seconde pour l’embrasser, la féliciter, la remercier, l’encourager. D’où son arrivée in extremis dans le studio pour le direct ! À peine le temps de poser son blouson, et c’était parti pour dix minutes d’entretien, sous le regard de dizaines de spectateurs.

Pas le temps de rester après, Florence était très sollicitée de toute part. On la sentait fatiguée, mais jamais elle ne s’est plainte, jamais elle n’a perdu son sourire. Sa disponibilité m’a bluffée.

 

Ça fait plus de trente ans que vous parcourez les mers du monde, vous naviguez toujours, vous participez toujours à des courses, mais comment se fait-il qu’on vous voit aussi peu ?

 

Après avoir gagné la Route du Rhum en 1990, j’ai fait le parcours inverse de celui qui est habituel. En général on commence par la solitaire du Figaro, puis on passe aux grands bateaux et au multicoque. Moi j’ai commencé par les plus grands bateaux et je n’ai pris part à la course du Figaro qu’en 1997. Ce sont des courses dont on parle moins, mais où il y a une véritable compétition, de véritables concurrents. J’ai aussi navigué sur des voiliers de quarante pieds.

 

Avez-vous eu envie de vous éloigner de toute cette médiatisation ?

 

Pas du tout. Je voulais faire tout ce qui était à ma portée en matière de régate. J’ai donc participé à des régates dans un catamaran de sport de dix-huit pieds où je me suis confrontée au champion du monde et au champion olympique. Dans la solitaire du Figaro, j’affrontais les meilleurs. Ce qui m’intéresse, c’est d’être polyvalente.

 

Saviez-vous que vous étiez à ce point populaire, encore aujourd’hui ? On le constate ici à Saint-Malo pour le départ de cette Route du Rhum : les Français vous adorent.

 

Ça me touche beaucoup, ça m’émeut, et je remercie tous ceux qui me portent dans leur cœur. Je suis quelqu’un de sensible, bien sûr, ça me fait plaisir, mais je n’en tire aucune gloire.

 

Je voudrais qu’on revienne sur cette année 1990, votre année : record de la traversée de l’Atlantique Nord en solitaire, victoire sur la Route du Rhum, et succès musical avec Pierre Bachelet ! Repensez-vous à cette période avec nostalgie ?

 

Je pourrais avoir un peu de nostalgie, mais alors là je me dirais : « Arrête-toi, Florence, tu as un discours de vieille conne. » J’ai vécu des années tellement belles, même les années des débuts, quand j’ai commencé la voile dans les années 1970... Moitessier, Tabarly, tous ces gens qui construisaient un bateau dans leur garage, qui partaient faire le tour du monde et qui revenaient avec des milliards d’aventures à nous raconter... Tout cela a émerveillé mes yeux de petite fille. J’ai eu la chance de pouvoir continuer à vivre dans mes rêves, et je remercie la vie de m’avoir permis de le faire jusqu’à maintenant.

 

Comment une Parisienne, fille et petite-fille d’éditeurs, a-t-elle débarqué dans le monde de la voile ?

 

Justement, mon père était l’éditeur de ces livres, à l’époque de véritables malles aux trésors. J’ai grandi là-dedans. J’ai connu Tabarly, Moitessier, et puis j’ai eu la chance d’avoir une enfance heureuse. Mon père adorait la voile, la montagne également ; il m’a appris à aimer la mer. Enfin j’ai toujours aimé l’évasion et les milieux un peu hostiles à l’homme – pas forcément à la femme !

 

Ce sont des milieux que vous vouliez dompter ?

 

Je crois qu’on a un passage dans la vie, qui est l’adolescence, où on a besoin de reconnaissance, ou au moins de se reconnaître soi-même, et c’est la mer qui m’a permis de me reconnaître.

Un vent de liberté1, c’est le titre de votre livre, qui est sorti il y a quelques mois. Cette envie, ce besoin de liberté, vous l’avez donc depuis toute petite ?

 

Je l’ai encore. Je crois qu’il faut se battre pour la liberté, surtout les femmes. Quand je lis la vie de Simone Veil ou celle de Benoîte Groult je découvre le calvaire vécu par les femmes avant et après-guerre. Je ne m’en rendais pas compte. En 1978, au départ de ma première Route du Rhum, je venais d’avoir vingt et un ans ; des femmes membres du MLF venaient me voir pour m’intéresser à leur mouvement. Je n’y comprenais rien parce que j’avais l’impression d’être libre, mais le chemin parcouru par les femmes jusqu’à ce que moi je fasse mes trucs en liberté autour du monde a été énorme. Le droit de vote, la reconnaissance… Il n’y a pas très longtemps qu’on reconnaît une âme aux femmes.

 

Vous parlez de Simone Veil ou Benoîte Groult qui ont tant aidé les femmes, mais vous aussi, dans votre domaine, vous avez ouvert la voie à plein de femmes.

 

J’ai l’impression d’avoir profité à mort du travail de Benoîte Groult, de Simone Veil et de bien d’autres femmes qui se sont battues pour notre liberté.

 

Rien n’a pu vous faire rester sur terre, mener une vie « normale », pas même votre fille.

 

Non, je déteste la vie dite normale. Ce que je préfère dans la vie, c’est de ne pas savoir où je vais dormir le soir et ce qui va m’arriver le lendemain.

 

Pas de regrets de ne pas avoir été une maman un peu plus présente ?

 

Mais je suis très présente. De toute façon, le jour où j’ai fait ma fille c’est que je pensais que j’étais assez grande pour pouvoir m’occuper d’elle. Avant, je n’étais même pas capable de m’occuper de moi-même. Si j’ai été absente parfois – comme beaucoup de femmes le sont, parce qu’aujourd’hui tout le monde bosse –, quand je suis présente, je suis vraiment là et je prends tout mon temps.

 

Vos relations amoureuses ont été compliquées. Je pense surtout à votre mariage qui a duré très peu de temps. Vous n’êtes pas faite pour la vie de couple ? Vous êtes une solitaire ?

 

La vie de couple est quelque chose de fort intéressant, qui demande de la réflexion et de la sagesse, ce que je n’ai pas encore. Mais je ne vais pas tarder à être prête !

 

C’est dur de vivre avec quelqu’un quand on est marin ?

 

Nous, marins, sommes des passagers sur la terre, nous vivons sur la planète Mer. Nous sommes des gens du voyage, un peu comme les romanichels. On est heureux parce qu’on bouge, qu’on ne possède rien ; on n’a pas d’habitudes, on est toujours dans le changement, dans les nouveaux paysages et les nouvelles connaissances. C’est vrai que ce n’est pas très facile de bâtir une famille là-dessus.

 

Vous auriez aimé faire cette neuvième édition de la Route du Rhum. Vous ne la faites pas, faute de budget…

 

Voilà.

 

En 2014 peut-être ?

 

Je ne sais pas. Comme je vous l’ai dit, ce que j’aime, c’est de ne pas savoir ce que je vais faire demain matin. Là, je sais où je serai puisque je rentre à Marseille. Je vais peut-être naviguer sur mon petit bateau, mais après-demain je ne sais pas.

 

On prend sa retraite quand on est marin ?

 

On n’est pas du tout des gens qui pensons à la retraite. Je ne me sens absolument pas concernée. De toute façon, on n’en aura pas, on n’a aucune sécurité d’emploi. J’ai envie de dire aux jeunes : si tu es passionné par la mer, fais de la voile, mais saches que tu seras pauvre toute ta vie.

 

Vous avez été pauvre toute votre vie ?

 

Je suis riche de beaucoup d’autres choses.

 

Quels sont vos projets aujourd’hui ?

 

Je suis en train de faire une fondation pour l’accès à l’eau, l’eau douce et l’eau de mer. L’eau douce, c’est dans le cadre de petites associations de bénévoles qui sont sur le terrain. On oublie qu’il y a tant de gens sur terre qui n’ont pas accès à l’eau potable, alors que nous on tire la chasse avec de l’eau potable... L’accès à l’eau de mer, cela veut dire permettre à des gens qui ne connaissent pas la mer de naviguer. Ces gens ne connaissent pas le bonheur qu’on peut éprouver au grand large, la liberté, l’évasion, etc. J’ai commencé à le faire et cela me plaît énormément. J’y trouve beaucoup de bonheur. Je me dis que tout ce que la mer m’a donné, aujourd’hui il faut que je le partage.

31 octobre 2010

1- Florence Arthaud, Un vent de liberté, Arthaud, 2009.

SOPHIE AUDOUIN-MAMIKONIAN,
 LA BONNE VIVANTE

Elle est la J.K. Rowling française. Il serait même plus juste de dire l’inverse. Car bien avant la naissance d’Harry Potter, Sophie a créé son personnage fantastique : Tara Duncan, une jeune fille aux superpouvoirs ; mais la magie n’était pas à la mode, aucun éditeur n’en voulait. Elle a dû attendre le phénomène du célèbre sorcier anglais pour que sa créature sorte enfin en librairie. Le succès est immédiat. Chaque tome s’est vendu à 100 000 exemplaires, dans le monde entier, ce qui fait de Sophie l’auteur numéro un de l’édition pour enfants et ados.

Elle savoure ce conte de fées. On sent qu’elle s’amuse follement de ce qui lui arrive. Avec ses airs de poupée Barbie – en beaucoup plus naturelle ! –, cette pétulante « quinqua » respire la joie de vivre. Elle n’a pas cessé de rire pendant l’émission, un rire franc et communicatif.

 

J’avais invité Sophie pour le dimanche 20 mars, mais en raison des premières frappes sur la Libye, encore dirigée par Mouammar Kadhafi, j’étais contrainte d’annuler. Un véritable drame pour la petite Charlotte, dix ans, la fille d’un de mes collègues et amis, qui se faisait une joie de venir à la radio pour rencontrer son idole, dont elle ne rate aucun livre. Ce n’était que partie remise ; la reine de la littérature jeunesse sera là finalement, un mois plus tard. Hélas, pas Charlotte, qui est partie en vacances. Très affectée, elle confiera son désarroi par mail à Sophie.

Quelques minutes avant l’émission, je demande à mon invitée de dédicacer son nouveau livre, Indiana Teller, à Charlotte. Et là, surprise : elle fait immédiatement le rapprochement avec l’enfant chagriné qui vient de lui écrire. Je suis stupéfaite. Les liens qu’elle tisse avec ses fans ne sont pas superficiels, elle est attentive, à l’écoute, elle les aime. Comme avec ses jeunes lecteurs, elle a réussi à créer une complicité instantanée entre nous.

 

Si vous ne la connaissez pas, vos enfants, eux, l’adorent. Tara Duncan, l’ado magicienne, a séduit des millions de fans à travers le monde. Sa créatrice est notre femme d’exception ce matin : Sophie Audoin-Mamikonian. Je sais que vous êtes assez anxieuse avant de faire une télé. Ça va, là, à la radio ?

 

C’est pareil ! J’ai fait d’horribles cauchemars toute la nuit ! Je ne sais pas pourquoi, j’étais sur un cheval qui voulait absolument que je l’emmène manger du chou vert et je ne trouvais pas de chou vert !

 

Il faut dire que vous avez une imagination absolument débordante ! Quelle aventure, cette Tara Duncan ! Elle a fait de vous le numéro un de l’édition jeunesse, ça dépasse tout ce que vous espériez, non ?

 

Oui, même avec beaucoup d’imagination, j’avoue que je ne pouvais pas imaginer une seconde que cela allait faire de moi le numéro un jeunesse en France. Et que je le sois dans dix-sept pays, ça aussi, c’est incroyable qu’une histoire soit aussi internationale. Donc, je ne sais pas, j’ai de bonnes fées qui ont fini par se pencher sur mon berceau, un peu en retard quand même !

 

Oui parce que Tara Duncan a mis dix-sept ans avant de sortir, vous l’avez écrit en 1987.

 

Absolument, dix-sept ans avant d’être publiée, ce qui prouve que quand on a un mari et des enfants qui vous aiment vraiment très fort et qui vous disent toujours : « Mais oui, tu vas y arriver, maman, tu vas y arriver », il faut y croire !

 

Parce que c’était avant Harry Potter…

 

Dix-sept ans avant.

 

Et c’est là qu’on est venu vous rechercher finalement. Quand Harry Potter a marché, on s’est dit : « Tiens, il y a un filon… »

 

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