Femmes et Islam

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L'ouvrage rappelle la place exceptionnelle que la civilisation arabe a accordée aux thèmes de la passion amoureuse et de la sexualité à travers ses oeuvres littéraires, et examine aussi ce qu'affirme le Coran, sur la femme ou le voile. L'auteur montre l'âpreté des débats entre musulmans à ce sujet. A travers un bilan comparatif des codes de la famille et de la condition féminine dans les pays musulmans, il fait le point sur les avancées et les régressions dans ce domaine. Une partie de l'ouvrage est consacrée aux combats des femmes au sein de l'Islam de France.
Publié le : jeudi 1 juin 2006
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EAN13 : 9782296145849
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FEMMES ET ISLAM
L'IMPERATIF UNIVERSEL D'EGALITE

DU MEME AUTEUR
OUVRAGES
Islam et contestation au Maghreb, Editions L'Harmattan, 1989. L'Algérie en crise, Editions L'Harmattan, 1991. L'Islamisme en Algérie, Editions L'Harmattan, 1992. Islam, islamisme et modemité, Editions L'Harmattan, 1994. Fondamentalismes musulmans et problématique des droits de l~omme, in Fondamentalismes, intégrismes: une menace pour les droits de l'homme, Ed. Bayard et Centurion, 1997. L'Islamisme en question(s), Editions L'Harmattan, 1998. Le Maghreb fâce à l!Jjslamisme, Editions L'Harmattan, 1998. Islam et musulmans de France. Pluralisme, laïcité et citoyenneté, L'Harmattan, 1999. Islam-Occident, Islam-Europe: choc des civilisations ou coexistence des cultures?, Editions L'Harmattan, 2000. L'islamisme politique, Editions L'Harmattan, 2001. Géopolitique de l!Jjslamisme, Editions L'Harmattan, 2001. Islamisme et changements politiques au Maghreb, in Maroc. Mémoire d'avenir, Editions du Musée Albert-Kahn, Paris, 2002. La condition de la femme en Islam: avancées et régressions, in Les Femmes et l~slam. Entre modemité et intégrisme (sous la direction de Isabel T aboada-Léonetti), L'Harmattan, 2004. Islam(s) de France et intégration républicaine: penser le pluralisme, in L~venir de l'Islam en France et en Europe (sous la direction de Michel Wieviorka), Editions Balland, 2004. Islam(s) et islamisme(s) à l'épreuve de la violence et de la guerre, in Terrorisme: questions (sous la direction de Henry Lelièvre), Editions Complexe, Bruxelles, 2004. L'Islam entre politique et religieux, in La Religion. Unité et diversité (Laurent Testot et Jean-François Dortier, dir., Ed. Sciences Humaines, 2005. Jihâd, un concept polysémique. Et autres essais, L'Harmattan, 2006.

SOUS LA DIRECTION DE L'AUTEUR (Confluences-Médite1ïanée) Les Replis identitaires, Editions L'Harmattan, 1993. Géopolitique des mouvements islamistes, L'Harmattan, 1994 (Avec Jean-Paul Chagnollaud et Bassma Kodmani-Darwish). La France et le Monde arabe. Au-delà des fantasmes, L'Harmattan, 1997 (Avec Jean-Christophe Ploquin). Transition politique au Maroc, L'Harmattan, 1999 (Avec Gema Martin-Munoz). Le Maroc en perspectives, Editions L'Harmattan, 2000. Maghrébins de France. Les dynamiques de l!Jjntégration, Editions L'Harmattan, 2001 (Avec Dominique Baillet). Islam et Occident, la confrontation ?, L'Harmattan, 2001. Sexualité et sociétés arabes, L'Harmattan, 2002. Islam de France, L'Harmattan, 2006 (Avec Arnel Boubekeur).

ABDERRAHIM LAMCHICHI

FEMMES ET ISLAM
L'IMPERATIF UNIVERSEL D'EGALITE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; FRANCE Espace L'Harmattan Kinshasa

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Histoire et Perspectives Méditerranéennes Collection dirigée par Jean-Paul Chagnollaud
Dans le cadre de cette collection, créée en 1985, les éditions L'Harmattan se proposent de publier un ensemble de travaux concernant le monde méditerranéen des origines à nos jours. Déjà parus Abderrahim LAMCHICHI, Jihad: un concept polysémique, et autres essais, 2006. Jean-Charles DUCENE, De Grenade à Bagdad, 2006. Philippe SENAC, Le monde carolingien et l'islam, 2006. Isabelle SAINE, Le mouvement Goush Emounim et la colonisation de la Cisjordanie, 2006. Colette JUILLIARD, Le Coran au féminin, 2006. René DOMERGUE, L'intégration des Pieds-Noirs dans les villages du Midi, 2005. Kamel KATEB, Ecole, population et société en Algérie, 2005. Ahmed B. BERKANI, Le Maroc à la croisée des chemins, 2005. Melica OUENNOUGHI, Les déportés algériens en NouvelleCalédonie et la culture du palmier dattier, 2005. Anne SAVERY, 4mos Oz, écrire Israël, 2005. R. CLAISSE et B. de FOUCAULT, Essai sur les cultes féminins au Maroc, 2005. Nordine BOULHAIS, Histoire des Harkis du Nord de la France, 2005. Jean-François BRUNEAUD, Chroniques de l'ethnicité quotidienne chez les Maghrébinsfrançais, 2005. Ali HAROUN, Algérie 1962 - La grande dérive, 2005. Y oann KASSIANIDES, La politique étrangère américaine à Chypre (1960-1967), 2005. Abdelaziz RIZIKI, La diplomatie en terre d'Islam, 2005.
www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo. harmattan 1@wanadoo.fr

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@L'HanDattan,2006 ISBN: 2-296-00466-0 EAN:9782296004665

Toujours pour Sarah et Leïla~ avec amour et tendresse

Ce n ~st pas un vin de vertige qui m 'enivre~ mais son regard, et sa marche ondulante a chassé mon sommeil. Ce n ~st pas le sang de la treille qui me distrait, mais sa chevelure. Ce n ~est as le vin clairet qui me soulève~ p mais ses vertus si belles. Mon âme se noue aux boucles de sa tempe. Et je perds la raison en pensant à ce que voile sa tunique. La Volupté den mourir, Traduction inédite d'un conte des Mille et Une Nuits par Jamal Eddine Bencheikh, Editions Alternatives, 2001.

Ce voile sur Laylâ~ oh ! comme je l~nvie ! Pour tout ce qu 'il embrasse~ à lui ma jalousie. Le Fou de Laylâ, Le diwân de Majnûn, traduit de l'arabe par André Miquel, Editions Sindbad et Actes Sud, 2003.

AVANT-PROPOS
L'émancipation de la femme à l'égard du carcan de coutumes éculées comme à l'égard des injonctions inquisitoriales et des pratiques obscurantistes et ultra-conservatrices des traditionnaires et des néofondamentalistes demeure l'une des questions les plus brûlantes, les plus redoutables et les plus débattues aujourd'hui dans le monde musulman. Question décisive en effet, qui renvoie bien évidemment au statut juridique de la femme et à sa place tant dans l'espace domestique que dans l'espace public. Mais plus généralement, elle conditionne immanquablement le moindre processus de démocratisation. L'enjeu est clair et capital: résoudre cette équation, c'est, pour les individus devant vivre en société et partager un destin commun, choisir les valeurs morales fondamentales qui organiseront leur existence: opter ou non en faveur de l'instauration d'une véritable justice sociale, et in fine, faire ou non un choix de civilisation. Or, que constate-t-on actuellement dans maints pays arabes et musulmans en ce qui concerne précisément ce statut de la femme? C'est une situation sociale accablante et le retour en force d'attitudes misogynes, sexistes, iniques et parfois violentes à leur égard, qui prédominent nonobstant d'incontestables avancées dues aux combats très anciens et ininterrompus livrés par les mouvements féministes. Malgré ces luttes anciennes et courageuses pour arracher leurs droits civiques et politiques, malgré quelques avancées remarquables ici ou là (accès des filles à l'éducation scolaire et universitaire, arrivée sur le marché du travail, élévation de l'âge du mariage, recul de la polygamie, réduction du nombre d'enfants par femme en âge de féconder, diffusion des moyens de contraception, etc.), la condition globale des femmes s'est considérablement dégradéel. De l'Afrique subsaharienne à
1 Lire, sur cette question, les rapports du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) sur le monde arabe (Rapports sur le développement dans le monde arabe) ; l'un (2002) fut consacré aux conditions économiques et sociales et à la crise du développement humain; l'autre (2003) aux systèmes d'éducation, aux universités, à la recherche scientifique, aux médias et à la culture; un autre (2004) aux libertés. Lire en particulier Jean-Jacques Salomon:« Les libertés dans le monde arabe. A propos du Rapport sur le développement dans le monde arabe 2004 », Futuribles. Analyse et prospecdve, Juillet-Août 2005; p. 23-29. Ainsi que l'analyse du Rapport mondial sur le développement humain. dans le monde pour l'année 2003 du PNUD, dans le supplément hebdomadaire du quotidien Le Monde (Le Monde 2), dossier «L'Atlas politique au féminin », Le Monde 2, 7-8 mars 2004 ; p. 10-11. Des extraits significatifs des conclusions

l'Asie du Sud, en passant par l'Iran, la Turquie ou le monde arabe, leurs situations sont évidemment fort contrastées - j'y reviendrai longuement dans le présent ouvrage (première partie). Néanmoins, l'état social funeste que beaucoup de femmes, issues des milieux les plus modestes, connaissent, se double parfois de violences exercées contre elles. En effet, quasiment partout, le thème de la "décadence des mœurs", cher aux zélateurs de l'islamisme radical et du néofondamentalisme, continue de faire des ravages. Réinterprétant le Coran de manière strictement littéraliste et rigoriste, offrant une Weltanschauung (vision du monde) simpliste, binaire et dangereuse, ces courants pourfendeurs de "l'Occident décadent" entendent instaurer, par la force s'il le faut, un ordre moral et patriarcal implacable; cet ordre est présenté comme ultime rempart contre les assauts d'une modernité jugée menaçante pour les "valeurs islamiques" et la "cohésion familiale". Ces courants continuent donc logiquement d'attiser la haine à l'égard des femmes libres et d'alimenter de l'animosité à l'égard du thème de l'émancipation et de l'égalité des sexes. Presque quotidiennement, des femmes en font la tragique expérience. Ces constats ne cessent d'inquiéter. Il n'est pas excessif en effet d'affirmer que le monde musulman vit, à cet égard, un profond malaise. En particulier si on compare la période actuelle à la splendeur passée et aux époques fastes de la civilisation musulmane, phases pendant lesquelles - outre une contribution universelle incontestable aux sciences, aux arts, à la poésie et à la philosophie -, une part importante des œuvres de l'esprit, des débats éthiques et de la littérature (aussi bien sacrée que profane) fut accordée, avec une liberté de ton inouïe, aux thèmes de l'amour, du désir et des rapports entre sexes2. Ainsi qu'on le verra dès les premiers chapitres de ce livre, à cette époque, la littérature érotique en particulier, véritable ode au plaisir,
cruelles du premier rapport, celui de l'an 2000, ont été publiés Questions internationales, n° 1, mai-juin 2003 ; p. 113 à 116.
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notamment

par la revue

Lire, à ce sujet, les nombreuses contributions

de Malek Chebel, Encydopédie

de

l'amour en islam, Editions Payot, 1995 ; Le Traité du raRinement, Editions Payot, 1999 ; Le Corps en islam, PUF (Collection Quadrige), 1999; Les Cents Noms de l'amour (calligraphie de Lassadd Métoui), Editions Alternatives, 2001 ;« Amour, désir et sexualité en islam », Entretien avec DORTIER Jean-François, in Sciences Humaines, n° 131, Octobre 2002; p. 40-43; Du Désir, Payot (Collection Manuels Payot), 2000; «Eros et islam: le désamour », Entretien avec Frédéric Joignot, Le Monde 2, 15-16 février 2004; p. 43-45 ; Le Livre des séductions, Editions Lieu Commun, 1986 ; Psychanalyse des Mille et Une Nuits, Editions Payot (Collection Petite Bibliothèque Payot), 2002.

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fut une des plus éblouissantes et parmi les plus libertines au monde. Cette littérature était extrêmement diversifiée: contes et poèmes sublimes, récits torrides. S'y côtoyaient, en effet, des œuvres profanes de poètes libertins et des commentaires non moins corsés de théologiens qui n'éludaient par exemple aucun détail sur les interdits sexuels ou l'art de la copulation! A rebours, du thème de la "dissolution des mœurs" qui paraît hanter maints esprits aujourd'hui et de la chape de plomb qui semble désormais s'abattre sur beaucoup de femmes dans de nombreuses contrées de la très vaste "demeure de l'islam" (Dâr al-Islâm), les musulmans de l"'âge d'or" (al-~sr al-DhahabÎ) - qui avaient su par ailleurs, sans préjugés d'aucune sorte, s'ouvrir au monde, récolter les savoirs, les développer et les diffuser - étaient loin d'être austères, chastes, étroits d'esprit ou fanatiques. A rebours de l'attitude scandaleusement obscurantiste et rétrograde des autorités ecclésiales actuelles, les musulmans de cette époque classique n'hésitèrent guère à s'aventurer dans l'univers infini de la pensée, discutant librement, voire crûment, notamment des questions relatives à l'érotisme, au sexe et au désir. En revanche, les autorités ecclésiales actuelles (par exemple, celles d'al-Azhar du Caire, la plus prestigieuse université de théologie du monde musulman3), au lieu d'assumer l'éthique de responsabilité qui devrait être la leur, en privilégiant l'audace intellectuelle, l'érudition juridique (ljtihâd) - ce qui suppose naturellement une lecture critique du corpus canonique de l'islam (Coran, Sunna) par la production de nouvelles normes adaptées aux nécessités (Darûrah) de l'heure et aux exigences de la modernité -, favorisent une espèce de surenchère mimétique permanente et néfaste avec l'idéologie néofondamentaliste. En fait, à travers ces institutions religieuses aux ordres, des régimes politiques aux abois préfèrent donner des gages aux islamistes et aux traditionnaires; ces autorités ecclésiales ne cessent ainsi de durcir les préceptes coraniques, stigmatisant la "femme tentatrice et déraisonnable", ne répugnant guère à jeter l'anathème sur l'aspiration des jeunes à l'émancipation, refusant obstinément les principes et valeurs de la modernité, n'hésitant pas en l'occurrence à réclamer et souvent obtenir la censure de certaines œuvres de l'esprit au nom d'une lecture singulièrement obscurantiste de la religion.

3 Université de théologie la plus célèbre du monde musulman sunnite (à l'origine, importante mosquée fondée par les Fâtimides). 11

Car aujourd'hui, en ces temps tourmentés - temps de l'accélération de la mondialisation, des brassages, mais aussi des replis identitaires -, c'est bien plutôt la pudibonderie, voire l'obsession de l'''honneur'' (al- Sharaff) et de la "préservation de la pureté" (al-Safâ' ou, leur corollaire, la dénonciation de la "souillure", qui semblent sinon prédominer, du moins revenir en force. Des courants conservateurs et immobilistes, inféodés à des idéologies oppressives (à orientation religieuse ou non, au demeurant), prétendant être les gardiens des bonnes mœurs, les chantres de la moralité privée et publique, continuent de peser de tout leur poids pour aggraver les pratiques d'abaissement et d'avilissement de la femme et reproduire la domination masculine4. En somme, dans ce domaine crucial que constitue l'égalité entre les hommes et les femmes, les progrès réalisés dans les pays musulmans restent insuffisants. Certes, des femmes arabes et musulmanes ont indéniablement accédé à divers emplois professionnels, à l'université et à la recherche, aux arts et à la culture, voire à des postes élevés de responsabilité dans l'administration et dans bien d'autres secteurs socioéconomiques. Mais globalement, ces réalités ne concernent guère qu'une partie de la population féminine; il s'agit de femmes appartenant aux élites et aux couches moyennes urbaines. Le taux d'analphabétisme ou d'illettrisme demeure très élevé chez les femmes pauvres, en particulier à la campagne. En outre, les hommes en général (les hommes de religion en particulier) ont de plus en plus tendance à s'opposer, sous la pression des néofondamentalistes, à la mixité, au travail salarié de leurs filles, sœurs ou épouses, à leur instruction et surtout à l'exercice par elles des responsabilités publiques, judiciaires et politiques en particulier. En dépit de luttes, fort anciennes, souvent très dures, mais décisives, engagées par des mouvements réformateurs, des courants ouvertement laïques et modernistes et des associations féministes, en faveur de la dignité des femmes, de leur liberté et de la reconnaissance de leur pleine responsabilité dans le respect de l'égalité des droits, la logique de l'asservissement du deuxième sexe au nom d'une conception rigoriste de la foi a gagné du terrain ces dernières décennies. Cette logique de l'avilissement ne cesse de prospérer sur le terreau des malaises sociaux et identitaires et de l'autoritarisme de

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Lire notamment le chapitre x: «Sociétés modernes? La condition des femmes» de l'ouvrage de Gabriel Martinez-Gros et Lucette Valensi, L'Islam en dissidence. Genèse dùn affrontement, Editions du Seuil (collection L'Univers historique), 2004; p. 250-291. 12

pouvoirs politiques qui, succombant au chantage des intégristes, n'hésitent pas eux-mêmes à abonder dans leur sens. Cette situation s'explique aussi bien par la poussée intolérable des courants intégristes et des milieux conservateurs que par la misère sociale, la carence des libertés individuelles, la faiblesse de l'Etat de droit et l'absence d'un système juridique équitable, indépendant et moderne. Néanmoins, dans ce contexte épouvantable, des femmes affrontent courageusement les comportements visant à leur dénier leurs droits et à les assujettir. Elles refusent de plier sous le joug pesant des interdits et des codes traditionnels et pudibonds qu'on veut leur imposer. Elles luttent ardemment pour leur réussite sociale, l'éclosion et la préservation de leurs libertés, leur autonomie sociale et culturelle, la pleine réalisation de leurs choix de vie, leur indépendance professionnelle et conjugale. Une bataille décisive est désormais ouvertement engagée entre, d'un côté, les tenants de coutumes ancestrales, et parmi eux, ceux qui veulent perpétuer toutes sortes de violences (symboliques ou réelles), et de l'autre, les partisans d'une société ouverte, égalitaire et libre. Cette bataille se déroule également sous nos yeux ici même en France; pourtant le contexte y est évidemment tout à fait spécifique et absolument différent de celui des pays d'origine. La deuxième partie de notre ouvrage sera précisément consacrée, d'abord, à la mise en lumière du caractère pluraliste et, somme toute, moderne, libéral et ouvert de l'islam français, ensuite, à l'examen aussi lucide que possible des enjeux essentiels des débats, parfois acerbes, qui s'y déroulent, notamment autour de la question du voile. A propos de ce dernier phénomène: s'agit-il d'une obligation religieuse, découlant donc de prescriptions coraniques précises? Ou bien d'interprétations tardives de certains religionnaires? S'agit-il d'une contrainte exercée par la famille, le milieu social, les courants fondamentalistes? Ou bien d'un simple signe individuel de piété et de pudeur sans signification sociale ou culturelle ni prosélytisme? Est-ilIa manifestation d'une crise (passagère) d'adolescence ou encore une "valeur-refuge" - trouvant à s'exprimer dans le contexte particulier d'une modernité où l'identité est mise à mal ? Ou bien, le port du voile relève-t-il in fine d'un choix délibéré et pleinement assumé de la part de jeunes filles et de femmes, soucieuses avant tout de se libérer des contraintes familiales pesantes; autrement dit, s'agit-il d'un symbole reflétant - d'une manière certes
paradoxale

-

un désir d'émancipation:

moyen d'investir

librement

le

marché du travail et l'espace public; volonté d'échapper à l'emprise 13

des parents et des proches ou de tenir en respect les garçons; voire, enfin, vecteur - singulier, il est vrai - de renversement du stigmate de la discrimination sociale? Après tout, diront d'autres, ces jeunes filles et ces femmes - s'ils s'agit d'adultes consentantes - ont le droit de faire ce qu'elles veulent, du moment qu'elles ne portent atteinte ni à l'ordre public, ni à autrui, ni à la loi commune? Le lecteur trouvera des réponses (satisfaisantes, je l'espère) à toutes ces questions dans la seconde partie du livre; j'y analyserai en l'occurrence les enjeux des controverses ayant accompagné la genèse puis l'adoption de la loi sur les signes religieux ostensibles à l'école (février 2004) ; j'aborderai aussi la question plus générale de la place de la femme de culture musulmane dans une société pluraliste, démocratique et laïque, où l'islam est minoritaire - ainsi que les retombées possibles, en tout cas espérées, de ses combats sur le statut de la femme dans les pays musulmans euxmêmes. En tout état de cause, dans tous ces pays, même quand le contexte s'avère épouvantable pour elles, des femmes affrontent courageusement les comportements visant à leur dénier leurs droits et à les assujettir. Elles refusent de plier sous le joug pesant des interdits et des codes traditionnels et pudibonds qu'on veut leur imposer. Elles résistent et agissent patiemment en vue de créer les conditions idoines pour leur épanouissement. C'est bien pourquoi - est-il utile de le préciser? -, il est erroné de saisir tous les comportements machistes et sexistes précédemment rappelés sous le prisme exclusif (donc nécessairement déformant) de la religion. En l'occurrence, la part de coutumes patriarcales ancestrales non forcément religieuses dans la justification de l'oppression de la femme est importante. Si nous envisageons le seul exemple, paroxystique il est vrai, des violences conjugales épouvantables exercées à l'encontre des femmes - sujet sur lequel je reviendrai longuement dans le présent ouvrage -, force est de constater (outre le fait qu'elles sont hélas une réalité universellement observable) qu'elles semblent surtout s'accentuer dans les périodes de crise (socioéconomique, psychologique, identitaire, etc.); elles résultent aussi de pratiques antiques ancrées dans toutes les sociétés patriarcales (à l'instar des pays du pourtour méditerranéen par exemple) et non pas seulement islamiques. Aucune étude sérieuse ne vient entériner l'hypothèse, au demeurant farfelue, d'un lien intrinsèque et exclusif

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entre appartenance islamique et propension particulièrement prononcée à l'usage d'une telle violenceS ! Toutefois, il n'est pas raisonnable d'esquiver les questions relatives aux rapports entre dogme et situation inique faite aux femmes. Par exemple, un tel traitement est-il intrinsèquement et exclusivement lié à la substance même d'une religion prétendument sexiste, machiste et aliénante? Ou bien, résulte-t-il plutôt d'une approche littérale, sévère et réactionnaire, dont découle évidemment une pratique injuste, fort éloignée de l'esprit de la religion? Ce statut attentatoire au droit de la femme, est-il étroitement lié à une prétendue "essence" d'une religion éminemment sexiste? Ou bien, résulte-t-il plutôt de l'interprétation rétrograde exercée par des autorités religieuses ou civiles, s'appuyant sur la volonté de domination de l'homme - au mépris d'une autre tradition religieuse humaniste ayant insisté, elle, dès l'origine, sur régale dignité de l'homme et de la femme, et ayant exalté l'amour et l'eudémonisme? A ces questions qui me paraissent tout à fait cruciales, j'essayerai donc d'apporter dans ce livre des réponses aussi directes et claires que possible. il est vrai que dès que l'on s'intéresse aux sources de la condition d'asservissement de la femme en islam, on est naturellement tenté d'interroger les principes coraniques. Comment éviter, dès lors, le risque de projeter de manière anachronique les interrogations et problématiques de notre temps sur la période prophétique, en jugeant à l'aune des réponses apportées par les sociétés modernes? A dire vrai, la question de l'émancipation de la femme - au sens où nous l'entendons aujourd'hui - n'a été clairement posée par aucune des grandes religions à sa naissance; ce qui est, somme toute, tout à fait logique. En Europe et dans les pays démocratiques occidentaux en général, l'égalité des droits (toute relative), le contrôle des naissances, l'avortement, le divorce... n'ont été imposés aux Eglises que fort tardivement par diverses associations de femmes, à l'issue de combats très anciens. Et les progrès en ce domaine restent partout fragiles; la condition féminine n'a commencé véritablement à s'améliorer en Europe qu'avec l'approfondissement des procesus de sécularisation et de démocratisation. Cette égalité n'est au demeurant jamais donnée ni évidente; elle a
5 Lire, SUI le thème bien documentée la sphère privée: des violences faites aux femmes musulmanes « Polysémie Taboada migrantes, l'analyses dans

et toute en nuances de l'état de nature la

de Isabelle Rigoni: direction d'Isabel

de la violence Leonetti,

à l'état de droit », in Les Femmes

et J7sJam. Entre Editions

modernité et intégrisme, sous L'Harmattan, 2004; p. 77-92.

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été (et reste) l'objet de luttes, de négociations permanentes, de rapports de force. De leur côté, les sociétés contemporaines du vaste monde musulman ont aussi développé des réflexions fort anciennes et des batailles politiques acerbes autour de cet enjeu, comme en attestent quelques acquis arrachés dans le sillage de la Nahda, puis avec les luttes des associations féministes. Les sociétés arabes et musulmanes sont donc loin d'être restées insensibles aux évolutions ayant affecté les sociétés
européennes

-

même si, comme je rai dit d'entrée

de jeu, la situation

de la femme y demeure encore largement précaire, et, en certains endroits, carrément exécrable, et même si chaque conquête en faveur des droits des femmes se heurte à des résistances et à une évolution lente des mentalités. D'un côté, à l'heure des désarrois sociaux, des passions religieuses et des crispations identitaires, les discours fondamentalistes, exploitant l'insondable crédulité de personnes désemparées, ont tendance à se répandre et à gagner du terrain; ces discours refusent de considérer les femmes comme des citoyennes dotées d'une égale dignité, nanties des mêmes droits que l'homme; dans certains pays, elles sont encore avilies, écrasées sous le poids de mœurs ancestrales, soumises à la violence conjugale et à la tyrannie des hommes, asservies aux basses tâches... La misogynie ne cesse de s'y nourrir d'élaborations puisées dans un corpus de jurisprudence éculée et dans des sources prétendument spirituelles (mais pas exclusivement), où le thème de la hantise du sexe féminin tient une place inquiétante. De l'autre, depuis les décolonisations, d'autres sociétés ont toutefois connu des évolutions (pour ne pas dire des séismes) important(e)s, ayant débouché, en maints endroits, sur de précieux acquis. En règle générale, la place des femmes et leur mode de vie y sont fortement contrastés et varient en fonction des époques, des cultures et des combats des différents acteurs. Dans beaucoup de pays, sous l'influence délétère des courants traditionalistes ou néofondamentalistes, des tentatives dangereuses de remise en cause des fragiles acquis en ce domaine n'ont cessé de se multiplier. Dans d'autres pays, en revanche, des femmes musulmanes, farouchement opposées aux pratiques de vie réglées par les fondamentalistes, ont eu accès aux droits civiques et aux fonctions professionnelles les plus diversifiées même si, évidemment, on est très loin du compte. Ainsi, de nombreuses femmes ont réussi à imposer leurs talents et leurs multiples compétences dans des domaines clés, aussi variés que l'éducation, la santé, l'entreprise, le 16

roman, la recherche universitaire, le journalisme, la culture et les arts ; elles sont toutefois écartées des lieux politiques (gouvernements, parlements, collectivités locales, direction des grandes formations partisanes) où s'élaborent les décisions les concernant. Mais, partout, des femmes résistent et livrent une bataille ardente et obstinée pour conquérir leur émancipation. En somme, le Coran n'est pas seul en cause (a-t-il empêché les musulmans de l'âge d'or d'être libres 1 N'a-t-il pas constamment fait l'objet d'une pluralité d'interprétations et de lectures 1). Ne faut-il pas plutôt chercher des explications plus solidement étayées du côté de l'influence de traditions éculées et réatrogrades perpétuées par des sociétés patriarcales et patrimoniales 1 C'est pourquoi, il importe d'aborder ce thème avec le minimum de précautions méthodologiques et épistémologiques suffisamment étayées et rigoureuses pour éviter de sombrer dans l'écueil du déterminisme culturaliste. Dès lors, l'observateur objectif est invité à prendre en compte les données de l'histoire et de l'anthropologie de sorte qu'il parvienne à se défaire de toute lecture essentialiste, fixiste et atemporelle ou hors contexte de l'islam. Il convient de rejeter avec force toute vision réductrice, anhistorique et atemporelle d'une religion qui surdéterminerait, en tout temps et en tout lieu, les comportements des musulmans. il convient de refuser toute démarche qui postule l'existence d'une culture islamique moniste occasionnant partout et toujours, hier comme aujourd'hui, les mêmes attitudes des fidèles. Le "paysage islamique" du monde est pluriel, dense, riche de sa diversité. Le réduire à sa minorité agissante, le fondamentalisme, c'est manquer de bonne foi et d'objectivité ou, pire, faire preuve d'ignorance. Ainsi, en ce qui concerne les débats sur le statut de la femme, le monde musulman est constitué d'un très vaste éventail de courants d'idées (religieux modérés, nationalistes, laïques, libéraux, modernistes). La diversité des contextes locaux, régionaux, de classe, l'amplitude sémantique de certaines catégories prétendûment "islamiques" constamment mobilisées par des acteurs sociaux et politiques en conflit autour d'enjeux de pouvoir et de domination, la diversité des situations et des statuts des femmes rendent nécessaire la défiance à l'égard de toute lecture déterministe et univoque; elles exigent en l'occurrence de dissiper l'image tranchée d'une "culture islamique" aux valeurs univoques et monolithiques. D'ailleurs nombre de musulmans remettent en cause les traditions ancestrales qui bloquent les changements, tout en combattant, avec 17

énergie et audace, les tendances intégristes. Et, dans ce combat, les femmes jouent un rôle actif en tant qu'actrices sociales, tentant de façonner leur propre destin. Parfois, les changements les plus significatifs proviennent de l'intérieur même du cadre islamique, grâce notamment aux réformateurs, partisans d'une relecture hardie, radicalement renouvelée et critique des textes canoniques et des normes théologico-juridiques. Le monde musulman est travaillé de lÏntérieur par des antagonismes profonds; une bataille cruciale y est livrée entre différentes tendances politiques et intellectuelles, dont l'enjeu n'est rien moins qu'un enjeu de civilisation. Cette bataille oppose partisans de l'ouverture au monde et de la tolérance aux fanatiques, tenants du repli sectaire et dispensateurs d'anathèmes, parfois de violence. Est-il utile de le rappeler: l'intégrisme frappe d'abord des musulmans, ceux qui luttent précisément contre la haine, au nom de valeurs universellement partagées: démocratie pluraliste, Etat de droit, tolérance religieuse et philosophique, éthique de justice, égalité sexuelle, dignité de la femme, droits individuels, liberté... Que le lecteur veuille bien pardonner le ton parfois pessimiste de mon propos; j'ai sciemment adopté une posture critique et voulu rester lucide sur certaines réalités sombres du monde musulman actuel. Mais je n'ai nullement négligé de signaler aussi dans ce livre les lueurs d'espoir qui existent bel et bien. La réalité politique et culturelle du monde arabe et musulman est loin d'être univoque; c'est aussi le combat acharné et quotidien livré par des citoyens courageux et déterminés, à la tête desquels l'écrasante majorité des femmes, en faveur de l'égalité, de la liberté; c'est aussi la création littéraire, artistique, un débat intellectuel pluraliste; c'est aussi une vie associative dans laquelle les Ligues de droits de l'homme et les mouvements féministes tiennent le haut du pavé. C'est de cette vie-là, enfin, qu'émergeront
demain

-

osons

l'espérer

-

des sociétés

véritablement

libres

et

modernes.
A. L.~ été 2001~ fin 2005.

18

CHAPITRE INTRODUCTIF RELIGION, SEXUALITE ET FEMMES. L 7SLAM A L'EPREUVE

Affirmons-le d'emblée: à de très rares exceptions près, les sociétés arabes et musulmanes sont aujourd'hui profondément malades6. La plupart des économies sont exsangues, y compris celles qui bénéficient de la rente en hydrocarbures - il convient bien plutôt de parler de la "malédiction de lor noÏi', tant ce dernier a fait tourner la tête à des dictateurs mégalomanes et sanguinaires (à l'image du sinistre Saddam Hussein). Les régimes politiques, dans leur écrasante majorité, sont illégitimes au regard de populations qui ne s'y reconnaissent point. Ces populations payent le prix fort de l'impéritie de gouvernements très largement corrompus. Elles souffrent d'autoritarisme, de misère sociale et de pauvreté, de déliquescence des valeurs de solidarité et de justice, de la débâcle des idéologies nationalistes issues de l'ère des décolonisations7. Ce "mal-développement", conjugué au malaise identitaire, à l'échec dramatique du système éducatif, à la paupérisation et au chômage de masse, explique, dans une très large mesure, l'attirance d'une partie de la population pour la rhétorique néofondamentaliste, en dépit de l'existence, fort ancienne, de forces modernistes, plus ou moins influentes selon les pays envisagés. Cette idéologie néofondamentaliste veut imposer un nouveau système inquisitorial, instaurer un ordre moral obscurantiste qui ne mène, inéluctablement, qu'à l'impasse politique et à la déraison la plus inquiétante. Cette idéologie, loin d'offrir une perspective viable et fiable, prend racine dans une profonde hostilité à l'encontre d'une modernité abhorrée car génératrice souvent d'inquiétudes et d'exclusions. La rancœur à l'égard de cette modernité provient souvent en effet d'un sentiment plus ou moins diffus, plus ou moins tangible de peur: peur de voir son "identité" s'y dissoudre; peur des incertitudes de l'avenir dans un environnement en mutation permanente et où le temps

6 Abdelwahab
7

Meddeb,

La maladie de l'islam, Seuil, 2002. politiques arabes, Editions Fayard (collection «L'Esprit de la

Sur cette crise des idéologies de mobilisation dans le monde arabe, lire notamment:
Sivan, Mythes

Emmanuel

Cité »), 1995.

s'accélère8; peur des injustices et des exclusions que la mondialisation de l'économie engendre, etc. Les leaders néofondamentalistes ou islamistes radicaux savent surfer sur cette vague pour attiser les querelles, sans offrir la moindre solution alternative et viable de rechange; ils n'ont guère d'autre aptitude que de pourfendre inlassablement le désir de liberté de leurs concitoyens ou les progrès de la sécularisation quand il en advient; ils ne cessent de s'alimenter invariablement à l'herbe amère de la culture du ressentiment: détestation de la démocratie et de la laïcité, haine de l'Occident, antisémitisme abject - révélant de la sorte, chaque jour, leur logique suicidaire, la nocivité de leur idéologie et sa vacuité totale. L'idée même de liberté de l'individu et d'égalité des sexes suscite chez eux de la répulsion. Ne proclament-ils pas infamants le désir, l'amour, le plaisir, l'émancipation de la femme? N'érigent-ils pas mille obstacles visant finalement à empêcher les hommes et les femmes de respirer, de disposer librement de leurs corps, de réaliser leurs aspirations et projets de vie ? Parfois, hélas, l'attitude à l'égard des femmes ne se limite pas à la haine verbale; il y a passage à l'acte, violence physique à leur égard. Ainsi dans l'Iran des Mollahs (les sinistres Pasdarans, Gardiens de la Révolution), dans l'Arabie Saoudite wahhabite (les fameux Moutawwa'a)9, en Afghanistan (à l'époque des sinistres Talibans) et ailleurs encore, la police est chargée de "Commander le Bien et de pourchasser le Vicèo", autrement dit, de traquer et punir sévèrement le moindre manquement aux "bonnes mœurs'!!. Pire, certains gouvernements, autorités locales, institutions religieuses (parfois pourtant réputées "modérées" et "mesurées" dans leurs sentences, comme Al-Azhar précédemment citée), tribunaux coutumiers (Nigeria, Afghanistan, Arabie saoudite, Iran, Pakistan) n'hésitent pas à inciter des foules fanatisées à lapider la femme célibataire calomniée, accusée de "débauche" ou d'adultère et à assister, dans des lieux publics (stades notamment), à l'exécution de ces peines pénales (Hudûd) d'un autre âge. Pour avoir lavé un soit disant "honneur bafoué" de la famille, la

8

Lire Zaki Laïdi (dir.), Le Temps mondial,

Editions

Complexe

(Collection

Faire sens),

1997. 9 Lire notamment: Mouna Naïm: «Vies de jeunes filles à Riyad », Le Monde, 28-29 décembre 2003 ; p. 8. 10 En arabe: aJ-Amrou bil-Ma'rol1fwa-Nahiou ~- Mounkar !
Il Cf. Abderrabim Lamchichi : « Morale et politique dans le monde arabe contemporain mœurs : conflits d'interprétation entre islamistes et modernistes direction de Jacques Chevallier), PUF, 1994. », in Les Bonnes (sous la

20

clémence est souvent réservée aux meurtriers mâles (maris, pères, frères) de jeunes filles accusées d'avoir consommé l'acte sexuel avant le mariage ou de femmes mariées déclarées coupables de relations extra conjugales. Dans un tel contexte, pour le moins tourmenté, malgré les luttes anciennes et courageuses des mouvements féministes pour arracher leurs droits civiques et politiques, malgré quelques avancées, plus ou moins significatives selon les cas - j'y reviendrai longuement -, la situation des femmes s'est parfois considérablement dégradée. Bien entendu, quand on envisage la très vaste "terre d'islam" (Dâr al-Islâ.m), force est de constater que la situation des femmes y est fort différenciée et variée - on le constatera aussi à la lecture de cet ouvrage. Néanmoins, dans certains pays, le thème de la "décadence des mœurs", cher aux zélateurs de l'islamisme politique et du néofondamentalisme, continue de faire des ravages. Ces mouvements continuent d'attiser la haine et l'animosité à l'égard des intellecuels, militants et acteurs porteurs de l'exigence d'émancipation et de liberté de la femme. Dans d'autres, presque quotidiennement, des femmes en font la tragique expérience, témoignant d'une nuit intégriste et d'un carcan quasi inquisitorial qui semble s'être abattu sur elles. Il faut dire que sur le plan social, éducatif et de l'emploi, la situation générale des femmes s'est, en maints endroits, terriblement dégradée. C'est ainsi par exemple que le programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD), en procédant à différents calculs pour rendre compte de la disparité du statut de la femme, élabore un indicateur de participation des femmes (IPF). En se basant sur les inégalités entre les sexes en termes de représentation et de pouvoir de décision, rIPE fournit une estimation de la participation des femmes à la vie politique et économique de leur pays. Un classement mondial à partir de cet indicateur place aux touts derniers rangs trois pays arabes: le Yémen, l'Egypte et les Emirats arabes unis. Sans être derniers, les autres pays arabes sont au bas du classement. D'autre part, toujours selon la même source, parmi les principaux pays où aucune loi ne garantit le droit de vote aux femmes, figure cinq pays de la Péninsule arabique: le Koweït, le Qatar, les Emirats arabes unis, l'Arabie Saoudite et Oman12 ! Dans les
12 Lire, à ce sujet, les rapports du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) sur le monde arabe (Rapports sur le développement dans le monde arabe) ; celui de 2002, consacré aux conditions économiques et sociales et à la crise du développement humain; celui de 2003, consacré aux systèmes d'éducation, aux universités, à la recherche scientifique, aux médias et à la culture; un autre enfin, celui

21

autres pays arabes qui reconnaissent ce droit sur le papier, la situation n'est guère brillante. Déjà un précédent Rapport sur le développement hUIllaÎn dans le monde arabe pour l'année 2002, rédigé par des experts arabes et publié par les Nations Unies, insistait cruellement sur la détérioration inquiétante de la situation des femmes dans cette région, malgré les progrès - tout à fait insuffisants, d'ailleurs - de leur scolarisation et de leur participation aux activités politiques, socioéconomiques et culturelles. L'amplification de pratiques misogynes et de déni de justice à leur égard s'explique aussi, comme je l'ai dit, par la pression intolérable de divers courants intégristes et des milieux conservateurs, religieux ou non, qui prétendent être l'incarnation de l'''authentidtê' (ai-Assâlah) et de la "pureté' (ai-Sam), les chantres de la moralité. Ces attitudes phallocratiques, on les voit également se développer de manière inquiétante en France même, dans certains quartiers pauvres où sévissent des imams très conservateurs et autres prédicateurs néofondamentalistes tous ultra minoritaires, au demeurant. Car - je tiens à le préciser séance tenante, afin d'éviter toute mésinterprétation de mes propos -, l'islam français est globalement ouvert, moderne, pacifié et intégré à l'espace républicain13. En outre, il est tout à fait erroné, à mon sens, de vouloir saisir tous les comportements obscurantistes et détestables, précédemment signalés, sous l'angle unique - donc nécessairement tendancieux, fragmentaire et déformant - de la croyance religieuse. il est faux, en outre, d'affirmer, comme le font certains observateurs mal avisés ou carrément mal intentionnés, que les musulmans, dans leur immense majorité, tourneraient le dos à la République ou qu'ils constitueraient une menace pour la paix de la cité et pour la cohésion sociale.

de 2004, aux libertés. Lire en particulier Jean-Jacques Salomon:« Les libertés dans le monde arabe », op. cit. Ainsi que le dossier« L'Atlas politique au féminin », Le Monde 2, 7-8 mars 2004 ; op. cit. 13 Que l'on me permette de renvoyer le lecteur à mon livre Islam et Musulmans de France. Pluralisme, laïcité et citoyenneté, Editions L'Harmattan, 1999, dans lequel j'ai tenté de dresser un panorama aussi complet que possible des diverses tendances de l'Islam de France; les stratégies néofondamentalistes y apparaissent pour ce qu'elles sont: actives, certes, mais ultra minoritaires; c'est la demande de reconnaissance et d'intégration, l'acceptation, et même la revendication pleinement assumée du cadre de la laïcité française, qui caractérise, plus significativement, l'écrasante majorité des populations musulmanes. 22

il faut le reconnaître sans ambages: il s'agit-là d'une forme inavouée d"'islamophobie"14, qu'il importe de combattre avec la plus grande fermeté. Ou, pour le dire autrement, il faut refuser, de manière inflexible, toute conception d'un islam prétendument anhistorique et soi-disant absolument rigide, assignant urbi et orbi aux musulmans leur identité et surdéterminant la totalité de leurs attitudes; il faut repousser toute forme de culturalisme ou d'appréhension moniste de cette religion; car cette posture risquerait, inéluctablement, d'exacerber, voire de conduire un jour ou l'autre, si l'on n'y prend garde, à l'affrontement des cultures et à la guerre des civilisations (qu'appellent de leurs vœux certains prophètes de malheur qui jouent les Cassandre). J'ai déjà écrit ailleurs ce que je pensais de la pseudo thèse du "choc des civilisations", chère à Samuel P. Huntington, de ses apories
éthiques et méthodologiques15.

Je répéterai

simplement

ici qu'il s'agit

- j'en suis absolument convaincu d'une vision simpliste et mauvaise, doublée d'une orientation politique dangereuse. Dangereuse, car elle risque de se transformer en une "prophétie autoréalisatricè' {a Ç'self-fulfilling prophecj')16. Cette thèse est donc malicieuse et perni14 Lire Vincent Geisser, La Nouvelle islamophobie, Editions La Découverte (Collection

"Sur le vif'), 2003. Ainsi que Xavier Ternissien: «Du racisme anti-arabe à l'islamophobie », Le Monde, 10 octobre 2003. 15 Tous mes ouvrages témoignent, en fait, d'un effort intellectuel (que j'espère le plus objectif possible) pour inviter à considérer non l'Islam in abstracto, mais les réalités de l'islam dans leur grande diversité et en considération du constant changement qui en affecte le devenir: contextes historiques, pluralité doctrinale, etc. Pour l'aspect relevé cidessus, lire seulement: Abderrahim Lamchichi, Islam/Occiden~ Is1am/Europe. Choc des civilisations ou coexistence des cultures.?, Editions L'Harmattan, 2000. 16 "Prophétie autoréalisatrict!': Self-Fulfilling Prophecy (ou, au pluriel, Self-Fulfilling Prophecies): C'est l'économiste autrichien Joseph Schumpeter, me semble-t-il, qui, parmi les premiers, attira l'attention sur ce phénomène; il avait cependant à l'esprit autre chose, notamment les croyances partagées au sein des marchés économiques; mais l'idée est bien celle d'un fait qui finit par se produire (se réaliser) lorsque les individus croient fermement et collectivement à son avènement. On peut aisément vérifier aujourd'hui investisseurs vendre un tel phénomène au travers des bulles spéculatives boursières: craignant la chute de la valeur d'un titre, se précipitent effectivement provoquant de la sorte la chute de son prix : la croyance des pour

leurs actions,

collective

se transforme bien en "prophétie autoréalisatrict!'. Jean-François Dortier note que ce concept de "prophétie autoréalisatrice" (Self-Fulfilling Prophecy) a été introduit pour la première fois en 1948 par le sociologue Robert K. Merton. Toujours selon J.-F. Dortier, Merton définition nouveau en proposa la définition suivante: «La prophétie autoréalisatrice est une d'abord fausse d'une situation, mais cette définition erronée suscite un comportement, qui la rend vraie », ou encore cette autre définition plus
«

lapidaire:

une

prophétie

autoréalisatrice
». (Robert

est

une

assertion
Eléments

qui

induit

des
et de

comportements

de nature

à la valider

K. Merton,

de théorie

23

cieuse car elle risque d'exacerber les ressentiments et, partant, de participer aux processus contre quoi elle prétend précisément lutter, à savoir: la haine de l'Autre, les replis identitaires, les tentations communautaristes. Le monde musulman - y compris, les communautés musulmanes de France, d'Europe et d'ailleurs - est pluriel, et il est réducteur et injuste de l'assimiler à sa minorité agissante, le fondamentalisme. Comme on le verra tout au long du présent ouvrage, en ce qui concerne les débats sur le statut de la femme, le monde musulman est traversé par différentes tendances et courants d'idées. Nombre de musulmans résistent aux courants conservateurs et aux intégristes qui obstruent l'avenir. Parfois, le désir d'innovation intellectuelle et d'inscription des sociétés dans la modernité, l'aspiration à la liberté et aux progrès du monde contemporain, etc. s'expriment au nom même de l'islam, grâce à des réformateurs audacieux. En outre, personne ne peut nier que les conflits concernant le monde musulman, sont, d'abord, des conflits endogènes. Ils se déroulent au sein des sociétés musulmanes elles-mêmes (quelle société n'en connaît pas ?). il s'agit notamment de conflits qui opposent, d'un côté, les réformateurs, modernistes, partisans de l'ouverture au monde et de la tolérance et, de l'autre, des fanatiques, partisans du repli et dispensateurs de haine et de violence... L'oublier, c'est non seulement renoncer à penser la complexité, pour verser dans le manichéisme. Mais c'est aussi, d'une certaine manière, ne pas rendre service, voire trahir ou abandonner, les millions de musulmans qui luttent précisé-

méthode sociologique, 1949, Armand Colin, 1998) J. -F. Dottier ajoute que l'idée avait déjà été annoncée vingt ans plus tôt par le sociologue américain William 1. Thomas : selon le "théorème de Thomas", « si les hommes définissent des situations comme réelles, elles sont réelles dans leurs conséquences ». Robert K. Merton donne un exemple de prophétie. Durant l'entre-deux-guerres, les Blancs cherchent à exclure les Noirs des syndicats, croyant que ces derniers étaient des briseurs de grève et des traîtres à la classe ouvrière. Les Noirs, privés du soutien syndical employeurs, restent à l'écart des mouvements et donc plus faciles à manipuler par les de grève et deviennent de ce fait des aux EtatsProphétie humaines,

"jaunes". Le concept de prophétie autoréalisatrice a connu une large diffusion Unis à partir des années soixante-dix. Cité par Jean-François Dottier, article:« autoréalisatrice» in Jean-François Dottier (dir.), Le Dictionnaire des sciences

Editions Sciences Humaines, 2005; p. 870. L'auteur cite parmi les références bibliographiques sur le sujet: Cf. J.-F. Staszak: «Les prophéties autoréalisatrices », revue «Les prédictions qui se vérifient Sciences Humaines, n° 94, 19990. P. Watzlawick: d'elles-mêmes », in L 7nvention de la réalité. Comment savons-nous ce que nous croyons savoir? Contribution au constructivisme (sous la direction de P. Watzlawick), Editions du Seuil, 1997.

24

ment contre les intégrismes, au nom de valeurs universellement partagées: Etat de droit, tolérance religieuse et philosophique, égalité sexuelle, dignité de la femme, droits individuels, liberté... D'ailleurs, dans la partie du présent ouvrage consacrée à l'islam de France, je n'occulterai nullement (le lecteur s'en rendra bien vite compte), les questions "sensibles" ou les "problèmes qui fâchent". Ainsi sera évoquée la "servitude volontaire" que représente la revendication du port du Hijâb (dont on verra qu'elle recouvre en fait une multiplicité de formes et de significations). Mais il Y a des phénomènes beaucoup plus inquiétants et infiniment plus graves; ces phénomènes sont, au demeurant, sans lien de causalité directe entre eux, et, souvent, sans rapport aucun avec l'appartenance "islamique" des individus concernés. il s'agit, d'abord, des dérives d'un antisémitisme nauséabond qui se retrouve dans la rhétorique de certains leaders autoproclamés (très peu représentatifs) qui prétendent parler et agir au nom des populations issues de l'immigration. De même, aborderai-je sans détour les pratiques inÎames dites des "tournantes" (en contradiction flagrante avec quelque identification religieuse que ce soit !). Ne pas insister sur ces faits graves, revient à sombrer dans les travers que j'ai dénoncé plus haut: naïveté déconcertante, absence d'objectivité, mauvaise foi. Ainsi, les discriminations ethniques, la relégation sociale ou les séquelles du colonialisme ne sauraient d'aucune manière excuser les dérives de l'antisémitisme nauséabond de certains groupes ou personnalités prétendant s'exprimer au nom des fils et filles d'immigrés. Comme l'ont écrit, à très juste titre, les signataires d'un appel intitulé

"Démons français" : « Nous voulons parler des assimilations absurdes
des révoltes des banlieues à l'Intifada palestinienne, de certains dérapages de la légitime solidarité avec la lutte du peuple palestinien vers l'affirmation d'un prétendu "antisionismè' qui cache mal parfois un réel antisémitisme, le "lobby juif' devenant le principal responsable de tous les maux de la terre [...] Les dangers d'une telle dérive sont évidents. L'antisémitisme paranoïaque a des effets potentiellement dévastateurs parce qu'il offre une explication "totale" de l'histoire: tout proviendrait de la suprématie des "juifs". La force d'agrégation d'une telle "idéologie" est donc potentiellement immense. Elle dévoie, dans le cas présent, le sentiment spontanément partagé par nombre de Français issus des immigrations coloniales [..] d'être les victimes et les

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"boucs émissaires" de l'histoire, soumis au racisme1? ». il s'agit-là d'un dévoiement inacceptable de la lutte contre le racisme et contre les discriminations dont sont victimes les jeunes issus de l'immigration; un tel discours se nourrit aussi des ressentiments à l'égard de la dénégation coloniale. Il s'agit aussi d'une vieille rhétorique que l'on trouve, dans les pays musulmans eux-mêmes; elle est d'ailleurs issue aussi bien des milieux islamistes que ceux nationalistes laïcs. Pourtant, qu'il s'agisse de l'islam minoritaire (Europe, Amériques) ou de celui des pays musulmans, l'esprit de réforme existe bel et bien: des citoyens musulmans modernistes et des intellectuels librespenseurs y aspirent ardemment, soit en réinterprétant les dogmes religieux de manière critique et libérale, soit en agissant en dehors de toute tradition ou prescription religieuse. La volonté d'ouverture de secteurs entiers de ces sociétés à la modernité est bien présente depuis plus d'un sièclel8. De très nombreux citoyens - dont un nombre considérable de femmes - s'affirment ouvertement partisans de la laïcité, osent braver les interdits, tentent de surmonter les contraintes, veulent s'adonner aux plaisirs, sortir librement, tentent de réaliser leurs aspirations et projets de vie. Des associations féministes luttent quotidiennement pour obtenir des droits égaux pour les femmes. Des œuvres d'art, une littérature non-conformiste, un répertoire de chansons, un théâtre et un cinéma libres et créatifs sont régulièrement réalisés bravant le discours convenu et réactionnaire sur la sujétion de la femme. Dès lors, il m'est apparu nécessaire d'essayer de répondre dans un langage approprié, avec un style direct et clair, sans circonlocutions inutiles, aux questions suivantes qui ne cessent de tarauder les esprits, aussi bien dans les pays musulmans qu'au sein des minorités qui en sont issues et qui vivent en Occident: La situation inique réservée à la femme dans maintes contrées du vaste monde musulman, est-elle due à
17

"Démons

francais",

appel signé par Salah Amokrane,

Nicola Bancel,

Esther

Benbassa,

Hamida Bensadia, Pascal Blanchard, Jean-Claude Cbikaya, Suzanne Citron, Maryse Condé, Catherine Coquery-Vidrovitch, Yvan Gastaut, François Gèze, Nacira GuénifSouilamas, Didier Lapeyronnie, Sandrine Lemaire, Gilles Manceron, Carpanin Marimoutou, Achille Mbembe, Laurent Mucchielli, Pap Ndiaye, Benjamin Stora, Christiane Taubira, Françoise Vergès, Pierre Vidal-Naquet et Michel Wieviorka, Le Monde, 6 décembre 2005 ; p. 25. 18Pour une contribution récente et stimulante à cet esprit de réforme, lire Malek Chebel, Manifeste pour un islam des Lumières, Hachette Littératures, 2004. Ou encore Malek Chebel, L 7slam et la raison. Le combat des idées, Editions Perrin, 2005. Ainsi que Abdennour Bidar, Un Islam pour notre temps, Le Seuil (La Couleur des Idées), 2004. 26

l'incompatibilité de l'islam avec la modernité? A l'aversion de cette religion pour l'égalité des sexes? A une approche intolérante et absolument misogyne qui lui serait consubstantielle? L'éthique coranique et la tradition théologico-juridique léguée par des siècles d'exégèse, se prêteraient-elles, hic et nunc, à des interprétations inédites et modernes pour autoriser des avancées significatives vers une émancipation effective des femmes? Ou bien, n'y a-t-il pas d'autres solutions que de rompre radicalement avec elles, afin de permettre une authentique libération, compatible avec les principes universels modernes d'égalité? Quelle est l'aptitude du monde de l'islam à intégrer une vision du monde moderne, à promouvoir notamment une sexualité émancipée, au moment où les uns (tUla.mâ) tentent d'imposer par le haut une conception moralisatrice et verrouillée de la religion, tandis que d'autres (contestataires islamistes ou activistes néofondamentalistes) veulent investir le champ du politique ou du droit au nom de la Sharî'a ? QJ.telle est la part de responsabilité des coutumes ancestrales, non forcément religieuses, et celle de la religion elle-même dans la justification de la situation inique faite aux femmes? Au lieu d'évacuer les controverses ou chercher à masquer les désaccords autour de ces questions cruciales qui tourmentent intellectuels et acteurs politiques issus de cette civilisation, depuis au moins un siècle, je m'engage, dans le présent essai, à y répondre le plus directement et le plus clairement possible, sans esquiver les contradictions, ni éluder les difficultés. D'abord, ce débat important sur le statut de la femme dans l'éthique coranique et dans l'ensemble de la tradition scripturaire de l'islam. (et, plus généralement, la place concrète réservée au deuxième sexe par les différentes sociétés musulmanes) doit nous inciter à éviter l'écueil de l'essentialisme ou de toute approche atemporelle; il doit nous inciter bien plutôt à placer chaque situation dans son contexte historique, à tenir davantage compte des données fournies par la sociologie et l'anthropologie sur ces sociétés. Aussi, faut-il se méfier des explications monistes: l'islam est, au contraire, éminemment pluraliste - dans ses œuvres de pensée comme dans ses réalités concrètes, historiques, sociales, politiques ou culturelles. Parler d'un islam atemporel n'a franchement aucun sens - j'y reviendrai aussi. Ce débat sur la sexualité en islam, sur le statut juridique de la femme et, d'une manière générale, sur la place qu'elle occupe dans les sociétés musulmanes, doit inciter l'analyste à davantage d'objectivité et de rigueur. C'est le choix que j'ai cru faire personnellement. Ainsi, pour répondre à cette exigence d'objectivité ai-je dû prendre suffisam27

ment de recul (sans toutefois me perdre dans de vaines circonlocutions), pour éviter les affirmations hâtives ou les jugements de valeur. De même, me suis-je tenu à la nécessité d'accomplir l'effort méthodologique que requiert la prise en compte de l'évolution historique des contextes sociaux, sans pour autant négliger les données d'une actualité brûlante, dont il faut pourtant se défier car elle vient sans cesse brouiller les perspectives, nuire à l'indispensable tâche d'explication et d'élucidation. Sur ce dernier point, force est de constater, en effet, que le contexte international délétère actuel, la frénésie identitaire qui fait rage de toute part et en particulier l'exacerbation du néofondamentalisme musulman et du terrorisme islamiste mondialisé, constituent un arrièrefond perturbateur qui n'en finit pas de troubler tout jugement objectif. Comme je l'indiquais plus haut, c'est le cas, par exemple, de la thèse du choc des civilisations qui occupe abusivement une place de plus en plus centrale dans l'approche des relations internationales et des rapports entre le monde musulman et le reste du monde. Cette thèse ne résiste pourtant pas à l'analyse19, ne serait-ce que parce que le monde de l'islam - contrairement d'ailleurs à ce que voudraient nous faire croire les islamistes eux-mêmes - est loin d'être monolithique. Le paroxysme de violence dont une partie du monde musulman est devenue le théâtre ne saurait s'interpréter comme une guerre de cultures ou de religions. Il s'agit, avant tout, d'une lutte - devenue désormais ouverte, tranchée, impitoyable

-

entre, d'un côté, un islam démocratique,

libéral, sécularisé et apaisé, profondément acquis aux valeurs de l'Etat de droit et de la modernité, et, de l'autre, un islamisme radical, dogmatique, de plus en plus violent et détraqué. Notons au passage que cette violence des groupes fondamentalistes ayant fait le choix: du terrorisme frappe essentiellement les populations musulmanes. En effet, les terroristes qui prétendent mener une bataille féroce et planétaire contre l'Occident, ne font que semer la désolation et la haine et provoquent la mort de victimes innocentes. Du reste, cette haine et cette mort frappent aussi (surtout, devrais-je dire 1) aveuglément des musulmans. Nouveaux anges exterminateurs de l'apo19Pour une critique récente et philosophiquement stimulante de la thèse de Huntington, mais aussi, d'une manière plus fondamentale encore, pour une critique radicale des tentations communautaristes et pour un dévoilement du caractère suicidaire de la logique tribale actuelle, lire l'ouvrage de Nayla Farouki, Les Deux Occidents. Et si le choc des civilisadons était d'abord une confrontadon entre l'Occident et lui-même ~ Editions des Arènes, Paris, 2004. 28

calypse, les kamikazes qui ont semé la dévastation à New York puis à Madrid et à Londres notamment, visent aussi au cœur les cités et les capitales du monde musulman (du Maroc à l'Indonésie). il est hors de doute que ce terrorisme islamiste, local ou mondialisé est un terrible vecteur d'anéantissement de civils innocents, de transmission d'une aversion obsessionnelle à l'égard de l'Occident et d'une idéologie véhiculant un antisémitisme nauséabond (le meilleur des mondes possibles - et pas seulement la Palestine - pour lui est un monde Judenrein), Mais - faut-il y insister? -, avant d'être tout cela, ce terrorisme dément, avec son nihilisme et sa folie destructrice est une machine de guerre contre toute velléité de réforme au sein de l'islam lui-même. Il s'attaque d'abord aux citoyens musulmans -les attentas meurtriers de Nairobi et Dar Es-Salam, dès 1998, ou après le 11septembre à Istanbul, Djerba, Casablanca, Bali, Mombasa, Riyad, Amman, Sharm al-Sheikh, Nadjaf ou encore le carnage de Bagdad, Karbala et Quetta (plus de 300 civils shî'ites tués au même moment, le 2 mars 2004, jour de la célébration d'une fête religieuse, pourtant sacrée, la 'Achoura20) l'ont montré de manière tragique. Cet islamisme radical et extrêmement violent s'oppose à toute velléité d'émancipation et de modernisation - et, avant tout, à l'émancipation des femmes. En outre, il n'hésite pas à frapper d'interdit les œuvres d'art, de poésie ou de littérature jugées blasphématoires trop souvent appuyé en cela, il est vrai, par des autorités religieuses officielles couardes ou elles-mêmes intrinsèquement obscurantistes et rétrogrades. Ainsi, pour ne citer que quatre exemples, à la fois dramatiques et parfaitement symboliques: les sentences de mort ou les poursuites ignominieuses à l'encontre du romancier anglo-indien Salman Rushdie, de la romancière du Bangladesh Taslima Nasreen, de l'universitaire égyptien Nasr Abou Zeid, de la romancière libanaise Hanan el-Cheikh, n'ont pas fini de frapper les esprits. Le cas de l'universitaire cairote Nasr Abou Zeid est emblématique de la situation actuelle de beaucoup d'intellectuels libres et critiques du monde arabe et musulman. A l'occasion d'une procédure de titularisation de son poste à l'université, il est accusé d'apostasie (kufr) à cause de ses tra20 Les Sbî'ites célèbrent, en effet, en ce jour de la 'Achoura (ou ~hûrâ), la mémoire de l'assassinat de l'imâm Hussein (ou Hussayn, petit fils du Prophète Muhammad) à la bataille de Karbala en 680, lors des guerres de successions califales entre musulmans. TI s'agit d'un jour de grande ferveur et de jeûne, mais aussi de grandes processions et de scènes d'auto-flagellation, espèce de théâtre en mémoire au mystère de la passion de Hussein (appelées Tana).

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vaux d'interprétation critique du texte coranique (ta'wîl21; ijtihâd,22 pourtant recommandés par une composante éclairée et humaniste de la longue tradition de l'islam). Après maints harcèlements, une éprouvante procédure judiciaire et plusieurs appels, il sera condamné, le 5 août 1996, à "divorcer de son épouse" (sic !) - cette dernière ne peut donc continuer à fréquenter un "apostat" ! Le couple s'est finalement réfugié aux Pays-Bas23. Il s'agit-là d'un exemple illustrant de manière tragique le sort trop souvent réservé par les gouvernements arabes à leurs plus brillants penseurs! il est important d'évoquer également les cas des exécutions inÏames du romancier algérien Tahar Djaout (tué par les islamistes extrémistes au début des années quatre-vingt-dix), ou de l'intellectuel laïc égyptien Farag Foda (accusé de blasphème par le Cheikh Qâd ul-Haqq, alors doyen de la très officielle université de théologie al-Azhar, la plus prestigieuse du monde musulman, avant d'être exécuté quelques semaines plus tard par un groupe islamiste). D'autres intellectuels encore, moins connus en dehors de leurs pays, sont aussi victimes de cette inquisition. Finalement, le dessein néfaste que poursuit ce néoEondamentalisme dément est d'empêcher l'émergence d'un islam réformiste et résolument moderne. Loin de représenter une quelconque alternative politique ou culturelle crédible, même face à des régimes eux-mêmes honnis et impotents, il est de plus en plus en décalage avec les aspirations à la modernité et à l'ouverture au monde de l'immense majorité des jeunes musulmans. Comme je l'avais écrit avant même les attentats tragiques du Il septembre 2001 (et la recrudescence de la folie meurtrière qui s'en est suivie) : «Un constat smpose désormais à tous les observateurs, celui de 1mpasse - politique, stratégique, morale et culturelle - dans laquelle se trouve 1ïs1amisme politique. Si les ann.ées soixante-dix et quatre-vingt ont été celles du triomphe de cette mouvance, son projet semble actuellement épuisé. Désormais, face à certains courants modérés qui semblent placer au premier rang de leurs préoccupations 1mtégration dans la vie politique légale et multiplient les revirements idéologiques en vue de leur institutionnalisation, des groupes plus radicaux, incapables dJ.mposer leur vision moralisante à une jeunesse
21 Ta 'wU : Interprétation ésotérique 22 ljtihâd: Effort de renouvellement 23 Nasr Abou Zeid est l'auteur française et Actes Sud, 1996, réédition ou herméneutique (Tafssîr) du Coran.

de la compréhension des dogmes notamment. notamment de Critique du discours religieux, (traduction Sina, 1992), Paris, Editions Sindbad

de Naqd ai-Fikr ai-DfnJ, Le Caire, Editions 1999.

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éprise de liberté, s~ngagent dans une spirale de violence suicidaire. Les dynamiques à lœuvre dans nombre de sociétés musulmanes, où seJaborent peu à peu les fondations pour une "démocratie musulmane'~ semblent leur échapper4 ». Assurément, c'est bien dans ce contexte tourmenté, que se joue une lutte absolument féroce, mais décisive, entre, d'un côté, un islam totalitaire et misogyne et, de l'autre, un islam démocratique, résolument propice aux réinterprétations de la Tradition. C'est-à-dire aux lectures les plus critiques et les plus ouvertes aux exigences de la modernité, donc les plus favorables à l'égalité des sexes. D'un autre côté - je l'ai rappelé précédemment -, les effets dévastateurs d'une rhétorique islamiste haineuse (qui ne cesse d'énumérer la litanie des prétendues offenses subies et de développer de l'animosité à l'égard des démocraties occidentales), ainsi que la logique morbide du terrorisme planétaire qui en découle, accentuent les jugements injustes, hâtifs et globalisants à l'encontre d'un islam supposé intrinsèquement vindicatif, violent et rétif au changement. Il est, en effet, des images tronquées, des représentations faites d'amalgames et d'ignorance, de levée des tabous et de déculpabilisation qui, en dépréciant autrui, avilissent la faculté de discernement et portent atteinte au respect des cultures et au dialogue des civilisations. TI en est malheureusement ainsi, chez certains propagandistes et dans certains médias, surtout depuis les attentats tragiques du Il septembre 2001, en ce qui concerne l'univers islamique en général et la place que cette religion accorde à la femme en particulier. Or, à l'encontre de toute tentation globalisante, anhistorique et essentialiste, qui offre de l'islam l'image d'une religion monolithique, figée, rétive aux adaptations et à l'innovation, l'observateur objectif doit, au contraire, considérer la variété de la condition féminine dans le vaste monde musulman. Comme, il doit, d'une façon générale, être attentif aux dynamiques de fond (avancées comme régressions) que connaissent ces différentes sociétés, et tenir compte de la pluralité des courants de pensée et des débats qui s'y déroulent. Ainsi que l'observe, à très juste titre, Henri Tincq: «C~st une paresse de l~sprit de parler dïslam sans prendre en compte la diversité et la complexité des structures locales. n ne sagit pas seulement de la distinction historique entre sunnites et chiites, ni de ce qu'On appelle à

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Abderrahim

Lamchichi,

Pour comprendre

l'islamisme

politique,

L'Harmattan,

2001. Et

mon article rédigé bien avant: « L'impasse de l'islamisme », in Penser l'Algérie (sous la direction de Fethi Benslama), revue Intersignes, Editions de l'Aube, 1995. 31

tort les "sectes" musulmanes, ni même de l'islam tempéré des confréries souDes, mais des diverses manières de vivre l'islam, de s'approprier un texte sacré, un droit, une traditiorP.5». Ainsi que je rai remarqué précédemment, dès lors qu'on s'interroge sur les racines de la servitude féminine, on est enclin, quasi instinctivement, à aller regarder de plus près, lire (ou relire) les textes scripturaires et sacrés auxquels les fidèles eux-mêmes se réfèrent constamment, souvent de manière abusive, pour justifier leur rhétorique ou leur pratique. Pourtant, c'est une erreur méthodologique sérieuse que de s'évertuer à penser les problèmes de l'époque qui est la nôtre en fonction des catégories élaborées à des périodes historiquement reculées, c'est-à-dire, en la circonstance, d'après les réponses fournies au temps de la Révélation et de la prédication prophétique; autre manière pour le moins inappropriée de procéder est celle qui consisterait aussi à vouloir juger les comportements et, d'une manière générale, la culture islamique du passé à l'aune des solutions apportées bien tardivement par la modernité. Comme je rai dit aussi, le sujet de l'émancipation de la femme n'a été lucidement posé par aucune des grandes religions du Livre. C'est en Europe, bien tardivement, et au bout d'un long chemin, difficile et tortueux, fait de luttes et de sacrifices, d'avancées et de régressions, que l'égalité sexuelle s'est imposée aux Eglises. Ce combat est progressivement devenu un combat à portée universelle. En effet, les sociétés musulmanes contemporaines, de leur côté, ne sont pas restées insensibles à ces revendications et aux évolutions (institutionnelles,
juridiques, culturelles, sociales) qui en découlent

-

même si, comme

je rai affirmé à plusieurs reprises, la situation de la femme y demeure très insatisfaisante, voire, en certains endroits, très préoccupante. Les pays musulmans sont extrêmement diversifiés; le statut des femmes et leur mode de vie y sont, par conséquent, fortement contrastés et varient en fonction des rapports de force et des circonstances. Ici, sous la pression intolérable des religionnaires et de leurs affidés, de graves atteintes aux fragiles acquis en ce domaine n'ont cessé de se multiplier; ailleurs, au contraire, des citoyens expriment ouvertement leur franche opposition et leur résistance à ce type de pratiques d'un

25 Henri Tincq: «Islam décembre 2003 ; p. 16.

démocratique

contre islamisme radical », Le Monde,

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autre âge; quelquefois, ces luttes finissent par payer et des femmes accèdent effectivement à (certains de) leurs droits. En tout état de cause, dans tous les pays musulmans, des femmes s'insurgent contre la condition déplorable qu'on veut leur imposer et s'engagent résolument dans la voie de la lutte en faveur de leur émancipation. L'une des grandes figures emblématiques de ce combat est sans conteste l'Iranienne Chirine Ebadi, avocate et militante des droits de l'homme, dont la résistance audacieuse à l'oppression du régime autoritaire des mollahs force l'admiration; elle a été distinguée par le comité d'Oslo (prix Nobel de la paix 2003). Le message de l'Académie du Nobel était, on ne peut plus clair: soutien aux militant(e)s des droits de l'homme et de l'émancipation de la femme dans les pays musulmans; sévère avanie infligée à tous les régimes arabes et musulmans dont la légitimité démocratique est sujette à caution. Ainsi donc, partout, malgré les brimades et les vexations, les femmes issues du Dâr al-Islâm luttent sans relâche, de plus en plus ouvertement, contre l'oppression et pour obtenir leurs droits. D'une manière générale, au-delà des seuls cercles intellectuels et des courants de pensée ouvertement laïcs et modernistes, les aspirations à la réforme sont profondément ancrées dans les sociétés civiles; ces aspirations sont parfois aussi portées par des croyants, au nom d'une lecture exigeante de la religion et de la foi. Un lieu commun consiste pourtant à incriminer le Coran ou la tradition canonique. Pourtant, c'est la lecture forgée, à des périodes données, par des hommes et des femmes, eux-mêmes inscrits dans des réalités et des batailles, intellectuelles, sociales et historiques concrètes qui en déterminent les évolutions ou les régressions. Au regard de nos critères actuels, il est hors de doute, que le contenu du texte coranique

-

comme commentaires

d'ailleurs élaborés

celui de certains par des théologiens

autres textes sacrés d'autres confessions

et

-

comporte (j'y reviendrai longuement aussi) maints passages phallocratiques et misogynes. il est vrai - ainsi que le remarquent Yves Thoraval et Gari Ulubeyan: ..-(que si le) paradis islamique promet aux élus de sexe masculin la jouissance de vierges à satiété, (...) il reste Bou sur les joies prévues pour les femmes élues... Même à la mosquée, les femmes sont réduites à la portion congrue, confinées dans des recoins spéciaux et elles ne sont pas conviées à la prière collective du vendredi Le port du voile - avec son corollaire, le gynécée (harem) et les modalités du 33

mariage fournissent quelques indices sur la condition des femmes dans le monde musulma.Ji.l6». Cependant, dans toute religion - quelles qu'en soient les valeurs spirituelles à portée universelle -, la révélation s'est manifestée à une époque donnée et dans des circonstances historiques particulières. La méconnaissance de ce contexte expose à bien des contresens et des malentendus. En d'autres termes, le problème n'est pas tant la religion en soi, que la lecture qu'en font ceux qui, à tel ou tel moment de l'histoire, ont la charge de l'élaborer, de l'interpréter et de la diffuser, ainsi que leur aptitude aux évolutions. Les spécialistes savent que le Coran contient des dispositions polythématiques et polysémiques; ils ne sont pas non plus sans ignorer que les musulmans ont toujours pu et su, librement et diversement, en commenter et en élucider les dispositions, et ce, en fonction des enjeux du moment27. Ces textes ont été constamment sollicités et interprétés au long des siècles. En fonction des citations puisées dans le corpus des textes fondateurs, il a toujours été possible d'instrumentaliser la religion pour l'orienter soit dans le sens d'un manichéisme simpliste, du conservatisme et de l'intolérance, soit, au contraire, dans le sens de l'ouverture et de la liberté, de la miséricorde et du renouveau intellectuel. Certes, il est aisé de trouver, tout au long de l'histoire musulmane, des témoignages attestant de l'asservissement intolérable de la femme et des propos méprisants ou haineux à son égard. Mais les musulmans ont apporté, en ce domaine, les réponses les plus contradictoires. Leur histoire ne se réduit donc ni aux obscurités que recense un procès non objectif, et pour tout dire, passionnel de l'islam (islamophobie), ni à ce qu'une apologétique paresseuse veut sélectionner; elle est faite de zones d'ombres et d'avancées significatives. Enfin, est-il utile de rappeler la distance abyssale qui sépare les temps de la Révélation, dans des sociétés aux structures résolument patriarcales et le nôtre, où l'impératif d'égalité entre les hommes et les femmes d'ailleurs - est devenu mondial ?

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plus ou moins honoré

TI convient toutefois de l'affirmer sans ambages: au regard de cet impératif - à portée universelle, comme je le crois fermement -, la situation juridique et sociale actuelle de la femme, dans la plupart des

26 Yves Thoraval et Gari Ulubeyan, Le Monde musulman. Une religion, des sociétés muldples, Larousse (Petite encyclopédie), 2003; p. 122. 27Jacques Berque, Relire Le Coran, Chaire de rIMA et Albin Michel, 1993. 34

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