Fernand Dumont

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Prenant conscience que la production théologique des Québécois de langue française soit très peu connue des milieux théologiques anglophones nord-américains, Gregory Baum, lui-même professeur de théologie à l’Université Mc Gill (Montréal), s’est attaché à faire découvrir la pensée de Fernand Dumont. Cet ouvrage, initialement écrit en anglais, est une présentation de l’oeuvre théologique de ce dernier. S’appuyant sur les oeuvres majeures que sont L’institution de la théologie et Une foi partagée, l’auteur nous présente à la fois l’homme et le chercheur, le croyant et le sociologue, dans cet essai à la portée de tous.
Abordant les grands thèmes développés par Dumont, Gregory Baum nous initie à sa vision de la culture (« La culture est vision du monde. Elle me fournit un langage, celui d’une communauté historique particulière : elle peuple mon environnement d’objets qui font signe. Elle est ma précompréhension des choses et de moi-même ») de l’acte de croire, et de l’intelligence humaine.
Publié le : jeudi 10 avril 2014
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EAN13 : 9782896880492
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Fernand
DUMONT
UN SOCIOLOGUE SE FAIT THÉOLOGIEN
« Il m’aura fallu un long moment pour découvrir la pensée de Fernand
Dumont. Et j’avoue qu’il y a une profondeur philosophique dans l’œuvre de
Dumont que je n’arrive pas à saisir complètement. Néanmoins, ma lecture met
au jour des idées neuves qui méritent de retenir l’attention et qui devraient
contribuer au débat théologique en cours dans l’Église d’aujourd’hui. Dumont
rappelle constamment aux théologiens et aux pasteurs de ne pas tenir la
révélation divine pour une série d’idées à croire. Il estime que la révélation
biblique advient à travers des récits qui parlent à l’imagination et adressent
à la communauté croyante des messages toujours nouveaux. »
En présentant l’œuvre majeure de Dumont qu’est L’institution de la théologie,
Gregory BAUM trace un portrait saisissant de ce grand penseur qui tentait
d’articuler le sens pratique de la théologie et sa pertinence pour la société
contemporaine. Par le fait même, il nous initie à la vision particulière de
Dumont sur la culture, l’acte de croire et l’intelligence humaine, et nous fait
découvrir à la fois l’homme, le chercheur, le croyant et le sociologue.
Gregory BAUM a enseigné la théologie pendant près de trente ans au St Michael’s College de
l’Université de Toronto, ainsi qu’à l’Université McGill de Montréal. De 1962 à 1965, il fut expert
au concile Vatican II. Auteur de très nombreux ouvrages, il demeure un observateur avisé des
enjeux théologiques contemporains.
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Gregory Baum
Fernand DUMONT UN SOCIOLOGUE SE FAIT THÉOLOGIEN20180_Dumont_INT_HR01.indd 4 2014-03-13 11:2720180_Dumont_INT_HR01.indd 1 2014-03-13 11:27Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec
et Bibliothèque et Archives Canada
Baum, Gregory, 1923-
Fernand Dumont : un sociologue se fait théologien
ISBN 978-2-89646-640-5
1. Dumont, Fernand, 1927-1997. 2. Sociologues - Québec (Province) -
Biographies. I. Titre.
HM479.D85B38 2014 301.092 C2013-942598-5
Dépôt légal – Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2014
Bibliothèque et Archives Canada, 2014
Traduction : Albert Beaudry
Révision : Annie Cloutier
Photographie de la couverture : Fernand Dumont, 31 mars 1994. © Renée Méthot, division des
archives de l’Université Laval, U540/7220/10.51.
Mise en pages et couverture : Mardigrafe inc.
Les textes bibliques sont tirés de la Traduction œcuménique de la Bible (TOB).
© Société biblique française et Éditions du Cerf, Paris, 1988. Avec l’autorisation de la Société
biblique canadienne.
© Les Éditions Novalis inc. 2014
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20180_Dumont_INT_HR01.indd 2 2014-03-13 11:2720180_Dumont_INT_HR01.indd 3 2014-03-13 11:2720180_Dumont_INT_HR01.indd 4 2014-03-13 11:27AVANT-PROPOS
Je regrette beaucoup que l’œuvre de Fernand Dumont ne
soit pas connue dans les milieux universitaires anglophones.
La vigile du Québec est le seul de ses livres àavoir été traduit
en anglais. Même ses écrits théologiques, textes profonds
et originaux, sont ignorés dans les milieux théologiques
canadiens. C’est la forte impression ressentie àla lecture de
L’institution de la théologie qui m’a incité àécrire un résumé
de cet ouvrage en anglais. Jevoudrais, en une centaine de
pages, en souligner la pertinence pratique et pastorale.
J’espère que mon essai saura convaincre une maison
d’édition, aux États-Unis ou en Allemagne, de traduire L’institution
de la théologie.
Pour la traduction en français des pages qui suivent, je
tiens àremercier Albert Beaudry, un ami de longue date que
j’ai rencontré dans les années quatre-vingt alors qu’il était
directeur de la revue Relations. C’est lui d’ailleurs qui m’a
invité àdevenir membre du comité de rédaction de la revue.
J’ai écrit ce livre en 2011 ; j’y fais plusieurs références
au courant conservateur dans l’Église catholique, courant
appuyé par Jean-Paul II, surtout dans la deuxième partie de
son ponticat, et par le cardinal Ratzinger, devenu Benoît XVI.
20180_Dumont_INT_HR01.indd 5 2014-03-13 11:276 | FERNAND DUMONT : UN SOCIOLOGUE SE FAIT THÉOLOGIEN
Si j’avais écrit ce livre en 2013, j’aurais fait mention
del’approche pastorale très différente de François, évêque de
Rome. Ilest trop tôt pour faire une analyse de la pensée du
nouveau pape, mais son discours aux évêques du Brésil, le
28 juin 2013, annonce un retour au renouveau de l’Église
amorcé par le concile Vatican II. Ily parle de collégialité,
de créativité des Églises locales et de pluralisme àl’intérieur
de l’Église universelle. Ildonne également une interprétation
progressiste de la religiosité populaire, et surtout de la piété
des pauvres. Fernand Dumont aurait aimé lire ce texte.
20180_Dumont_INT_HR01.indd 6 2014-03-13 11:27PRÉFACE
UN DIALOGUE THÉOLOGIQUE
En juin 2011, je reçus un courriel inattendu de Gregory
Baum, un théologien catholique que je ne connaissais pour
ainsi dire que de réputation. S’adressant àmoi en tant que
connaisseur de la pensée de Fernand Dumont, il venait me
faire part de sa découverte aussi tardive qu’enthousiaste de
l’œuvre théologique de ce dernier, dont il déplorait la totale
ignorance dans les milieux universitaires anglophones où
il continuait, en dépit de son âge, d’être actif. Ilme parlait
également d’un séminaire qu’il s’apprêtait àdonner
àl’Université Concordia sur la théologie au Québec, séminaire dont
il avait l’intention de tirer un nouveau livre où la théologie de
Dumont occuperait sans doute une place importante. Ainsi,
après avoir lu Une foi partagée (1996) et Pour la conversion
de la pensée chrétienne (1964), il s’était depuis peu plongé
dans L’institution de la théologie. Essai sur la situation
du théologien (1987), livre qu’il qualiait de «magistral»,
«un écho créateur de Newman et de Blondel». Le courriel
se terminait par une série de questions qu’il me posait
relativement àce dernier ouvrage. Avait-il été traduit en anglais
ou en allemand ? Comment avait-il été reçu de la part des
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théologiens québécois et francophones ? Avait-on souligné
la pertinence intellectuelle et la fécondité pastorale de son
programme de recherche ?
Heureux qu’un théologien de cette envergure s’intéressât
de près au volet théologique de l’œuvre de mon maître, je
m’empressai de répondre au courriel de Gregory Baum. Non,
il n’existait aucune traduction de L’institution de la théologie,
pas plus, du reste, que des deux autres ouvrages
théologiques de Dumont. Quant àleur réception, elle s’était révélée
plutôt discrète, se limitant àquelques recensions et
commentaires. À vrai dire, les œuvres théologiques de Dumont n’ont
guère suscité la réexion approfondie qu’elles appelaient
pourtant, pour des raisons en grande partie imputables àla
difculté et àl’originalité de l’approche dumontienne, non
seulement de la théologie, mais du savoir et de la culture
modernes en général.
Au l des deux années qui suivirent ce premier contact,
Gregory Baum et moi avons échangé plusieurs courriels et
nous sommes même rencontrés àquelques reprises. Ainsi se
développa entre nous une relation d’amitié dont témoigne
cette préface qu’il m’a demandé de rédiger pour la traduction
française de son «résumé» de L’institution de la théologie, en
prenant bien soin de me préciser que ce n’est pas en tant
que théologien – ce que je ne suis décidément pas – ni même
que catholique qu’il souhaitait que je l’écrive, mais àtitre de
philosophe familier avec l’œuvre de Dumont. Cette précision
m’a convaincu d’accepter, non sans quelque appréhension,
cette proposition aussi atteuse que redoutable. Redoutable,
20180_Dumont_INT_HR01.indd 8 2014-03-13 11:27UN DIALOGUE THÉOLOGIQUE | 9
car je ne suis pas du tout certain que ma pourtant longue
fréquentation du corpus dumontien me rende plus apte
que ne l’est mon ami théologien «à saisir complètement» la
profondeur philosophique de L’institution de la théologie.
Gregory Baum présente en effet son livre comme un
«résumé» de L’institution de la théologie. Jene le chicanerai
pas trop sur le choix de ce mot, quoique son résumé soit
d’un genre un peu particulier, plus proche àmon avis de
l’essai d’interprétation ou, mieux peut-être, du dialogue
théologique que du résumé proprement dit. Cette dimension
dialogique me paraît d’ailleurs transparaître tout au long du
livre, tant dans les digressions de son auteur, notamment
sur le conservatisme de l’Église catholique, que dans les
désaccords qu’il formule àpropos de certaines positions
défendues par Dumont, en particulier au chapitre 5 de
L’institution de la théologie. Iln’est pas dans mon intention de
discuter ici du bien-fondé de ces critiques qui me paraissent
surtout témoigner de l’expérience propre de Gregory Baum:
«compte tenu de [s]a propre expérience, qui n’est pas celle
de Dumont […]».
L’expérience de Gregory Baum n’est pas celle, en effet,
de Fernand Dumont, ce qui explique que sa lecture de
L’institution de la théologie ne soit pas non plus exempte
de certains «préjugés». Or, comme l’a fait ressortir
l’herméneutique contemporaine, le préjugé, loin d’être un obstacle
àl’interprétation, en est plutôt la condition: «Vouloir éviter
ses propres concepts dans l’interprétation n’est pas
seulement impossible, mais manifestement absurde. Interpréter,
20180_Dumont_INT_HR01.indd 9 2014-03-13 11:2710 | FERNAND DUMONT : UN SOCIOLOGUE SE FAIT THÉOLOGIEN
poursuit Gadamer, c’est précisément mettre en jeu nos propres
concepts préalables, an que, pour nous, la visée du texte
1parvienne réellement às’exprimer .»
Il n’y a donc rien d’étonnant àce que Gregory Baum
«interprète» le texte dumontien, étant donné les «concepts
préalables» qui sous-tendent sa lecture, le lourd bagage
théologique et existentiel avec lequel il aborde un livre qu’il juge
par ailleurs «difcile àlire». Ilnous avoue même,
humblement, n’avoir pas du tout saisi la richesse et la profondeur
de L’institution de la théologie lorsqu’il fut appelé, vingt-cinq
années plus tôt, àévaluer la thèse de doctorat dont l’ouvrage
est issu. L’approche dumontienne de la théologie était «trop
différente de la méthode qui [lui] était familière». À l’époque,
en 1986 ou 1987, Gregory Baum vient d’accepter un poste
àla Faculté d’études religieuses de l’Université McGill, après
plusieurs décennies passées au Canada anglais, notamment
au collège Saint Michael de l’Université de Toronto. Ilen est
àsa seconde émigration, ayant dû fuir àseize ans, parce que
de mère juive, son Allemagne natale. S’installant au Québec
àplus de 63 ans, le théologien œcuménique Gregory Baum –
qui avait déjà publié plus d’une vingtaine d’ouvrages en plus
d’avoir œuvré àtitre d’expert au concile Vatican II – ne se
contente pas de poursuivre en vase clos ses activités
universitaires et scripturaires ; il a le souci de s’intégrer «àla société
francophone» et de participer activementà ses débats. Ainsi
deviendra-t-il l’une des chevilles ouvrières du Centre justice
et foi et de la revue Relations.
1. Hans-Georg GADAMER, Vérité et méthode, Paris, Seuil, trad. 1996 [1976], p. 419.
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Fernand Dumont est lui aussi un émigré, mais un émigré
de l’intérieur. Son «émigration», qui l’a conduit de la culture
populaire de sa naissanceà la culture savante, il l’a racontée
2dans ses mémoires posthumes , et pour cause, puisque
lui-même la considérait comme l’expérience fondatrice de
toute sa pensée, de son anthropologie philosophique aussi
bien que, par extension, de sa théologie. Jedis par extension,
car la théologie dumontienne, pour instruite qu’elle soit de
la longue histoire de la théologie occidentale, n’en demeure
pas moins tributaire, comme l’a bien vu Gregory Baum, de
la «méthode philosophique» qu’il a mise au point dans ses
ouvrages antérieurs, notamment dans Le Lieu de l’homme
(1968) et L’Anthropologie en l’absence de l’homme (1981).
Chez Dumont, l’homme se dénit essentiellement comme un
être de culture, et la culture elle-même, comme un
«dédoublement», semblableà celui que Fernand Dumont, ce ls
d’ouvrier devenu un grand intellectuel, a vécu si intensément
et s’est employé ensuiteà ne pas oublier, au point de faire
de la «mémoire» l’enjeu de toute sa pensée, y compris de sa
théologie, une théologie de la distance et de la mémoire, pour
paraphraser le sous-titre que lui-même a donnéà son
chefd’œuvre Le Lieu de l’homme: «la culture comme distance
et mémoire». Pour Dumont, la théologie, comme toutes les
sciences humaines auxquelles elle emprunte d’ailleurs les
théories et les méthodes, procède d’une distance par rapport
àla culture commune, celle en l’occurrence des croyants
ordinaires. Elle est faite de «ruptures» par rapport
àl’institution ecclésiale, mais, àla différence des autres sciences
2. Fernand DUMONT, Récit d’une émigration, Montréal, Boréal, 1997.
20180_Dumont_INT_HR01.indd 11 2014-03-13 11:2712 | FERNAND DUMONT : UN SOCIOLOGUE SE FAIT THÉOLOGIEN
de l’homme, les ruptures qu’elle opère se font, du moins en
principe, au nom de la communauté croyante, au bénéce
de sa «référence», an de mieux éclairer le présupposé de
la foi que le théologien partage avec tous les autres croyants.
Cette «situation» particulière du théologien, l’enracinement
de son savoir dans une «foi partagée», voilà ce qui, aux yeux
de Dumont, donne tout son prix àl’examen des fondements
de la théologie, dans la mesure où un tel examen renferme
la possibilité d’une critique fondamentale de la pratique des
autres sciences humaines, lesquelles tendent àdissimuler
leurs partis pris initiaux sous le couvert de la raison et de
l’autorité de la science.
Aussi différentes qu’aient été les expériences d’émigration
qu’ont pu vivre Fernand Dumont et Gregory Baum, il y a
lieu de croire qu’elles furent pour chacun un moteur pour
la réexion, une incitation àpenser leur «situation»
d’intellectuels au sein de la culture contemporaine et, plus
spéciquement, le rôle de médiateur qu’ils s’efforcèrent d’y jouer
en tant que théologiens àl’écoute de la théologie première
àl’œuvre dans la plus vaste communauté. La fonction de
médiation «est très importante pour Dumont», souligne
àbon droit Gregory Baum, qui reproche ànombre de
théologiens d’avoir «négligé leur vocation de médiateurs», car
la médiation n’est pas un dépassement par le savoir ; elle
désigne un entre-deux, qui est le lieu même de
l’engagement, plus précisément d’une pédagogie où le pédagogue se
veut lui-même solidaire de cette «communauté des
interprétants» que Dumont appelait de ses vœux, aussi éclatée que
soit aujourd’hui la communauté chrétienne.
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Or, pour Dumont, cet éclatement de la communauté
chrétienne représentait aussi une chance historique, celle de voir
naître enn un dialogue véritable entre les grands héritages
spirituels du monde, un dialogue qui soit porteur d’un nouvel
humanisme pour une nouvelle démocratie. « L’approche
critique que prône Dumont en sciences humaines, écrit
Gregory Baum, est analogue àl’option préférentielle pour
les pauvres qu’a adoptée la théologie de la libération –
l’engagement àdéchiffrer la société du point de vue des pauvres
et àtémoigner en appuyant publiquement leur combat pour
la justice.» N’est-ce pas, au fond, sur une semblable
espérance que se fonde la théologie «panenthéiste» de Gregory
Baum, doublement engagée sur le terrain du dialogue
interreligieux et dans la lutte contre l’exclusion ?
Serge Cantin
Professeur
Département de philosophie et des arts – UQTR
Directeur des « Cahiers Fernand Dumont »
20180_Dumont_INT_HR01.indd 13 2014-03-13 11:2720180_Dumont_INT_HR01.indd 14 2014-03-13 11:27CHAPITRE 1
FERNAND DUMONT
20180_Dumont_INT_HR01.indd 15 2014-03-13 11:2720180_Dumont_INT_HR01.indd 16 2014-03-13 11:27FERNAND DUMONT | 17
Il m’aura fallu un long moment pour découvrir la pensée
de Fernand Dumont. En juin 2011, je demandais au
département de théologie de l’Université Concordia la
permission de donner un cours de deuxième cycle sur la théologie
catholique au Canada français. À cette époque, j’avais déjà
enseigné à la faculté d’études religieuses de l’Université
McGill, établissement anglophone, mais j’avais aussi
participé activement àla vie de l’Église francophone, en plus de
m’être inscrit àla Société canadienne de théologie et d’avoir
fait partie du comité de rédaction de la revue Relations, que
parraine l’ordre des Jésuites. Bien intégré àla société
francophone, je déplorais le fait que la production théologique
des Québécois de langue française soit très peu connue des
milieux théologiques anglophones nord-américains. C’est
pourquoi je voulais donner un cours sur le sujet.
Pour m’y préparer, j’ai repris un livre que j’avais acheté
plusieurs années auparavant sans le lire: Une foi partagée,
de Fernand Dumont. L’ouvrage m’a fait une forte impression.
Jeconnaissais son auteur. En 1968, les évêques du Québec
l’avaient nommé àla tête de la Commission d’étude sur les
laïcs et l’Église, appelée plus tard la Commission Dumont,
qui avait pour mandat de se mettre àl’écoute des
aspirations spirituelles du peuple québécois et de proposer des
stratégies pastorales aptes àsoutenir un catholicisme mieux
accordé à la société québécoise. Dans les années 1980,
Fernand Dumont, philosophe respecté àl’Université Laval,
20180_Dumont_INT_HR01.indd 17 2014-03-13 11:2718 | FERNAND DUMONT : UN SOCIOLOGUE SE FAIT THÉOLOGIEN
décida de préparer un doctorat en théologie àcette même
université. On m’invita àfaire partie du jury chargé
d’examiner sa thèse, mais son approche de la théologie, trop
différente de la méthode qui m’était familière, ne m’a pas permis
de reconnaître, àce moment-là, l’originalité de son œuvre.
En lisant Une foi partagée, en 2011, j’ai vu tout de suite que
l’auteur était un grand théologien, un penseur original, un
philosophe courageux, prêt àrelever les dés que la
modernité pose àla foi chrétienne. J’étais maintenant curieux de
relire sa thèse de doctorat, parue en 1987 sous le titre:
L’institution de la théologie.
L’étude de ce livre s’avéra une aventure laborieuse. Dumont
est un phénoménologue dont la réexion philosophique
porte avant tout sur les présupposés épistémologiques des
sciences humaines. Penseur original, il a forgé ses propres
catégories pour interpréter l’évolution de la culture, en
particulier la production du savoir. Comme il applique son
approche philosophique àla production théologique, son
livre est difcile àlire, surtout pour un théologien comme
moi qui ne bénécie d’aucune formation en
phénoménologie, mais les efforts fournis m’ont valu une expérience
joyeuse et gratiante. J’admire la familiarité de Dumont avec
les penseurs occidentaux, avec les grands traités des
sociologues et des psychologues, et avec les textes produits par
les penseurs chrétiens depuis l’antiquité jusqu’à l’époque
moderne. Même si le livre s’avère hautement théorique et
rédigé dans une prose relevée, àla fois technique et poétique,
il traite en fait du problème pratique de la vie quotidienne
au sein d’une culture en constante évolution.
20180_Dumont_INT_HR01.indd 18 2014-03-13 11:27TABLE DES MATIÈRES
Fernand Dumont ........................................................................... 15
Le théologien et la communauté des croyants ................ 39
Le théologien et le magistère ................................................. 69
Le théologien et la tradition .................................................. 103
Le théologien et la critique de la culture ......................... 129
L’unité de la théologie .............................................................. 161
En conclusion ................................................................................ 187
20180_Dumont_INT_HR01.indd 203 2014-03-13 11:2720180_Dumont_INT_HR01.indd 204 2014-03-13 11:2720180_Dumont_INT_HR01.indd 205 2014-03-13 11:2720180_Dumont_INT_HR01.indd 206 2014-03-13 11:2720180_Dumont_INT_HR01.indd 207 2014-03-13 11:2720180_Dumont_INT_HR01.indd 208 2014-03-13 11:2720180_Dumont_INT_HR01.indd 4 2014-03-13 11:27Fernand
DUMONT
UN SOCIOLOGUE SE FAIT THÉOLOGIEN
« Il m’aura fallu un long moment pour découvrir la pensée de Fernand
Dumont. Et j’avoue qu’il y a une profondeur philosophique dans l’œuvre de
Dumont que je n’arrive pas à saisir complètement. Néanmoins, ma lecture met
au jour des idées neuves qui méritent de retenir l’attention et qui devraient
contribuer au débat théologique en cours dans l’Église d’aujourd’hui. Dumont
rappelle constamment aux théologiens et aux pasteurs de ne pas tenir la
révélation divine pour une série d’idées à croire. Il estime que la révélation
biblique advient à travers des récits qui parlent à l’imagination et adressent
à la communauté croyante des messages toujours nouveaux. »
En présentant l’œuvre majeure de Dumont qu’est L’institution de la théologie,
Gregory BAUM trace un portrait saisissant de ce grand penseur qui tentait
d’articuler le sens pratique de la théologie et sa pertinence pour la société
contemporaine. Par le fait même, il nous initie à la vision particulière de
Dumont sur la culture, l’acte de croire et l’intelligence humaine, et nous fait
découvrir à la fois l’homme, le chercheur, le croyant et le sociologue.
Gregory BAUM a enseigné la théologie pendant près de trente ans au St Michael’s College de
l’Université de Toronto, ainsi qu’à l’Université McGill de Montréal. De 1962 à 1965, il fut expert
au concile Vatican II. Auteur de très nombreux ouvrages, il demeure un observateur avisé des
enjeux théologiques contemporains.
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Gregory Baum
Fernand DUMONT UN SOCIOLOGUE SE FAIT THÉOLOGIEN

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