Fêtes chrétiennes

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Depuis des temps immémoriaux, la pensée de la mort constitue pour l'homme une des origines de la pensée religieuse. C'est le point de départ de ce livre qui discerne la présence chargée de mystère d'un Dieu qui s'est approché de l'humanité pour l'aider à surmonter son angoisse devant sa destinée. Déroulant l'année liturgique, du Jour des Morts à la Pentecôte, l'auteur, inspiré par ses convictions de protestant de tendance libérale aborde les thèmes religieux qui lui sont chers.
Publié le : dimanche 1 avril 2007
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EAN13 : 9782336275819
Nombre de pages : 207
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FÊTES CHRÉTIENNES

Religions et Spiritualité Collection dirigée par Richard Moreau
La collection Religions et Spiritualité rassemble divers types d'ouvrages: des études et des débats sur les grandes questions fondamentales qui se posent à l'homme, des biographies, des textes inédits ou des réimpressions de livres anciens ou méconnus. La collection est ouverte à toutes les grandes religions et au dialogue inter-religieux. Dernières parutions

Antonio FERREIRA GOMES, Lettres au Pape, 2007. Étienne OSIER-LADERMAN, Sources du Karman, 2007. Philibert SECRETAN, Essai sur le sens de la philosophie de la religion, 2006. Émile MEURICE, Quatre « Jésus» délirants, 2006. PAMPHILE, Voies de sagesse chrétienne, 2006. Domingos Lourenço VIEIRA, Les pères contemporains de la morale chrétienne, 2006. Francis LAPIERRE, L'Evangile de Jérusalem, 2006. Pierre EGLOFF, Dieu, les sciences et l'univers, 2006. André THA YSE, Vers de nouvelles Alliances, 2006. Philippe LECLERCQ, Comme un veilleur attend l'aurore. Écritures, religions et modernité, 2006. Mario ZAN ON, J'ôterai ce cœur de pierre, 2006. Anne DORAN, Spiritualité traditionnelle et christianisme chez les Montagnais, 2005. Vincent Paul TOCCOLI, Le Bouddha revisité, 2005. Jean-Paul MOREAU, Disputes et conflits du christianisme, 2005. Bruno BÉRARD, Introduction à une métaphysique des mystères chrétiens, 2005. Camille BUSSON, Essai impertinent sur I 'Histoire de la Bretagne méridionale, 2005. Erich PRZYWARA (Trad. de l'allemand par Philibert Secretan), ... Et tout sera renouvelé. Quatre sermons sur l'Occcident suivi de Luther en ses ultimes conséquenses, 2005.

Bernard Félix

FÊTES CHRÉTIENNES
Du Jour des Morts à la fête de la Réformation

L 'HARMATTAN

Du Même Auteur

Des légions romaines aux saints bretons, Coop Breizh, Spezet, 1993. VAL, histoire d'un nouveau moyen de transport, Ronald Hirlé, Strasbourg / Maxima, Paris, 1993.
Iseult et ses sœurs celtiques, Coop Breizh, Spezet, 1995. L 'hérésie des pauvres (vie et rayonnement Labor et Fides, Genève, 2002. de Pierre Valdo),

Guillaume le Troubadour, Aubéron, Anglet, 2002. En Quête du Graal, Aubéron, Anglet, 2003.

Pour I 'Honneur de Dieu (Robert d'Arbrissel, Bernard de Clairvaux, Thomas Becket, Dominique de Guzman), L'Harmattan, Paris, 2007.

(Q L'HARMATTAN,

2007

5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-02305-5 EAN : 9782296023055

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Jour des Morts

Une fite du mystère de la mort A proprement parler, Toussaint et Jour des Morts ne sont pas des fêtes chrétiennes. Si le catholicisme a fmalement retenu ces célébrations plusieurs siècles après le début de l'ère chrétienne, le protestantisme ne l'a pas fait, parce qu'il ne reconnaît aucun culte des saints et qu'il a redouté les pratiques dégénérescentes du culte des morts au Moyen Age. n faut d'ailleurs, parmi d'autres origines possibles, chercher la source de ces fêtes, au-delà des usages de l'Eglise, dans les jours de Samain qui, chez les Celtes d'Occident, marquaient autour du premier novembre la fm de l'année et l'entrée dans la période de l'hiver. Samain était une grande fête. De même que la nature entrait dans son repos, de même les combats s'arrêtaient et la vie des hommes connaissait une pause consacrée à la pensée de ceux qui n'étaient plus. Les Celtes croyaient en effet qu'à ce moment de l'année, les communications avec l'au-delà s'ouvraient, que passé, présent et peut-être avenir parvenaient à se confondre temporairement. Fête sérieuse donc, puisque le caractère sacré de la mort s'y exprimait, mais fête joyeuse aussi puisque s'estompait le mystère de la mort et que les hommes pouvaient obtenir un certain contact avec leurs disparus. La force de cette pratique chez les Celtes a amené les évangélisateurs à tenter une greffe chrétienne comme cela a été pratiqué avec bien d'autres fêtes païennes. D'ailleurs Rome connaissait également une sorte de Fête des Morts (celle de la cara cognatio ou chère parenté). n ne faut pas s'étonner de telles annexions par l'Eglise, car elles résultent certainement du besoin profond d'une

réflexion religieuse sur la mort. C'est ce besoin qui nous amène ici à aborder ce sujet. Pouvons-nous, partant de cette réflexion, trouver dans ces célébrations la place de Dieu, son mystère? Malgré ses traditions respectables, le protestantisme peut-il attribuer quelque sens à cette fête et accorder une signification aux soins dont beaucoup de ses fidèles, comme les adeptes d'autres religions, entourent, en ce début d'automne, leurs cimetières? En dépit du dédain que bien des protestants aff1fll1entavoir pour tout ce qui est attention aux cadavres et en dépit de l'ignorance qu'ils marquent vis-à-vis des fms dernières, s'en remettant seulement avec confiance à Dieu, il n'en demeure pas moins que des interrogations persistent chez bien des chrétiens et qu'il est difficile d'évacuer simplement le sujet. D'où la tentative par laquelle s'ouvrent nos réflexions religieuses qui débutent justement sur ce mystère de la mort.

Scandale de la mort La mort est étroitement liée à la vie, dans toutes les espèces animales ou végétales un peu évoluées. Elle est même, disent les savants, avec la différenciation des sexes qui la complète ou la corrige, la condition du progrès des espèces grâce à l'apparition d'individus nouveaux par rapport à ceux qui les ont précédés. Mais l'homme est le seul animal qui sache véritablement qu'il mourra un jour et qui vive dans cette pensée. Cela est attesté depuis les lointaines origines de I'humanité par les sépultures et les rites divers qui les accompagnent et dont les traces nous sont restées. La conscience du scandale qu'est la mort est le propre de l'homme. En ces âges lointains où des tribus humaines, nomades et mal assurées de leur survie, cherchaient leur nourriture à travers plaines, forêts ou montagnes, l'inquiétude vis-à-vis de la mort avait déjà émergé. Les paléontologues, dénichant ici et là les traces des passages de ces premiers hommes et découvrant leurs modes de vie, remarquent qu'il y a près de cent mille ans, dans l'obscur paléolithique, des rites funéraires existaient. Selon les 6

époques et les lieux, corps disposés avec soin dans ce qu'il faut déjà appeler des tombes, peintures et parures soignées couvrant ces corps d'ocre jaune et les honorant, outils pour les aider dans l'hypothèse d'une nouvelle vie, armes pour une imaginaire existence de chasse, aliments pour l'accompagner, toutes les découvertes faites disent un constant souci d'exprimer quelque chose de fort et de poignant en face des dépouilles des défunts. Notons que cet amour des disparus peut s'accompagner d'une horreur du cadavre. Dans la religion hébraïque, la Thora déclare que toucher la dépouille d'un mort rend impur pendant une semaine (Nb 31, 19). Les soins aux corps des défunts y sont donc réduits, de même qu'en général dans l'islam où l'ensevelissement dans un simple linceul suit de peu le décès. Chez les hommes préhistoriques, ces rites de la mort signifient d'abord un certain respect porté aux disparus, des chefs de tribus aux plus humbles membres des clans, et l'amour qui se manifeste alors que les mots ne peuvent plus le faire, alors que les mots ne sont peut-être jamais parvenus à bien le faire. De quel pauvre vocabulaire nos lointains aïeux disposaient-ils pour témoigner de sentiments complexes, de pulsions profondes, après la disparition de l'un des leurs? Et nous-mêmes, savons-nous toujours dire cet amour profond que d'autres nous ont inspiré, que nous tentons seulement de balbutier bien trop tard en face des tombes qui abritent leurs restes? La séparation défmitive que constitue la mort a vivement interrogé nos ancêtres. Les soins touchants dont ils ont entouré leurs défunts disent sans aucun doute leur révolte, le défi à leur intelligence que l'événement constituait pour eux. Nous n'avons guère évolué... Et comme Abraham (Gn 23, 1 à 18) qui achète le tombeau de Makpéla à un fils de Heth pour ensevelir Sara, nous avons créé des cimetières pour abriter les dépouilles de nos morts, sans écouter la recommandation de Jésus qui s'intéresse aux seuls vivants et qui semble indifférent à ces soins donnés aux cadavres (Mt 8, 22) : Laisse les morts ensevelir leurs morts. Propos dérangeants ou bien étonnante sagesse qui nous dépasse? Longtemps avant de s'ouvrir véritablement à la réalité d'un dieu ou de plusieurs dieux ainsi qu'à celle d'un au-delà, l'homme 7

s'est exprimé par des œuvres d'art que nous apprécions sans vraiment les comprendre. L'art néolithique, remarque Franz Rosenzweig dans L'Etoile de la Rédemption, est déjà présent et élaboré alors que la notion de Dieu n'est qu'à l'état d'ébauche, semble-t-il. L'existence de cet art est le signe d'une vive tension de l'homme pour sortir de lui-même, pour affmner sa recherche de réalités qui le dominent, pour s'élever vers un monde autre; les images qu'il produit le suggèrent ou même le désignent bien qu'aujourd'hui l'interprétation en reste très malaisée. Une probable pensée religieuse est incluse dans cet art des premiers temps, au moins en tant que première manifestation. Nous avons évolué, certes, mais nous voyons toujours dans la mort de ceux que nous aimons un scandale. Nous essayons d'y réfléchir, de trouver des raisons de l'admettre, en pensant à des retrouvailles, un jour, dans ce monde ou dans un autre: croyances anciennes qu'il est probable qu'aient entrevues déjà les hommes du paléolithique ou du néolithique. Les peintures des parois, le mobilier des tombes, les soins apportés aux corps qu'elles renferment, ne témoignent-ils pas, depuis des millénaires, d'une certaine idée d'une vie qui peut continuer ou plutôt recommencer, d'une vie avec ses habitudes de nourriture, de vêtements, avec ses activités de chasse et de pêche? Et si ce n'est pas dans les terres connues et parcourues par la tribu, pourquoi cette vie ne pourrait-elle se dérouler ailleurs, dans un autre monde où les morts retrouveraient les anciens de la tribu, les « Pères» avec qui ils se sont fondus? La pensée faussement dite primitive n'individualise pas toujours les défunts, mais tend au moins à les voir revivre collectivement dans une sorte de fusion avec les grands ancêtres.

Une certaine vie dans un autre monde? L'idée d'une autre vie est venue assez vite, sans doute au paléolithique. Presque tous les peuples qui nous ont laissé, plus tard, par l'écriture, la connaissance de leurs idées sur la mort ont manifesté à propos de l'au-delà une croyance qui vient 8

probablement du fond des âges. La mort n'arrête pas tout, ne supprime pas tout et surtout pas les communications avec les survivants qui aspirent à en avoir. Déjà le peuple de l'ancienne Egypte clame, par ses rites compliqués, son obsession de la mort, ses tentatives pour s'en délivrer, son horreur à propos du scandale qu'elle signifie, son omniprésence dans ses préoccupations. Et il remet à des entités supérieures, les dieux, le rôle de régler la destinée ultime des disparus. En Mésopotamie, le héros Gilgamesh est, suivant l'expression de Jean Bottéro, l'homme qui ne veut pas mourir et son épopée le montre tentant d'éviter la fm inéluctable à tous les humains. Curieusement le peuple hébreu semble avoir été, à son origine, peu acquis à l'idée d'un au-delà bien précis, mais Job émet un doute qui est déjà une espérance (Th 14, 14) : L 'homme qui est mort, peut-il reprendre vie? Dans la douleur poignante accablant les vivants qui restent, devant cette interrogation sans réponse, l'idée de dieux qui sont présents là où I'homme sent une absence cruelle, qui accompagnent, voire qui prennent soin des défunts toujours vivants, mais d'une vie autre, cette idée fait son chemin. Grâce à ces inconnus redoutables qu'appelle la ferveur des hommes, la question d'une autre vie surgit en effet, mais sous quelle forme? Telle est la question qui s'est généralement posée à tous ceux qui réfléchissaient au scandale de la mort. L'idée de résurrection de la chair, de renaissance quasi à l'identique n'est peut-être pas une idée primitive, naturelle. Elle est si évidemment contredite par les tombes et par le type de communication que les vivants peuvent tenter d'avoir avec les disparus! Nos lointains ancêtres ont préféré penser à une vie des défunts d'une autre nature que celle dont nous vivons, plus collective parfois, celle des esprits de la tribu. Quand, dans la transe orgiaque ou dans l'extase provoquée des chamans, certains, abolissant la frontière entre ce monde et un monde de l'au-delà, ont cru être, comme en songe, en présence des disparus, c'est plutôt sous cette forme particulière d'un esprit des morts qu'ils se disent visités. Les totems qu'érigent les peuples primitifs sont des balises sur leurs lieux de vie, témoignant de leur croyance qu'on peut trouver là communication et pouvoir sur 9

ces esprits. Le désir est fort de posséder encore, d'avoir pouvoir sur les êtres perdus, d'annihiler la distance qui s'est créée entre eux et nous, comme Marie-Madeleine tente de le faire en face du Ressuscité. Que disent plus précisément les peuples celtiques de cette fête de Samain dont l'Eglise chrétienne a choisi la date pour y placer le culte de ses morts en prolongement des festivités qu'elle marquait? En ce temps privilégié de l'année, disent ces peuples, s'ouvre la frontière entre deux mondes; les morts viennent visiter les vivants. Cette communication a lieu au moment où l'année est terminée, où la végétation entre en léthargie, où les feuilles tombent, où la lumière du soleil se fait rare. Le cycle animal comme le cycle végétal s'achèvent, le froid et la nuit s'installent, domaine des morts, temps propice à leur réapparition. Cependant Samain n'est pas une fête triste. Reprendre contact avec ce qui a été, avec les êtres que l'on a chéris, avec les souvenirs qui en subsistent, c'est le ferment d'une vivante réjouissance collective. Ainsi nos ancêtres les Gaulois ont-ils fêté Samain. TIa fallu la vision grandiose et si difficile à comprendre d'un Ezéchiel pour introduire ou renforcer l'idée d'une véritable renaissance des morts sous la forme même qu'ils avaient quittée. Résurrection de la chair, annonce le prophète et, depuis lors, beaucoup l'ont admise comme une nouvelle vie à l'identique; c'est la croyance qui s'est inculquée chez les chrétiens. Tel n'est pas forcément notre point de vue, malgré les citations bibliques plus ou moins contradictoires qui peuvent être trouvées depuis EzéchieL Paul, en bon juif pour qui la chair et le sang sont générateurs d'impuretés graves, ne nous a-t-il pas dit (I Co 15, 50) que ni la chair ni le sang ne renaissent et que, s'il y a résurrection, c'est celle d'un être transformé, différent, spirituel (il faut que ce corps mortel revête l'immortalité en I Co 15,53), peut-être capable de traverser les portes fermées, comme les disciples l'ont constaté à propos de leur Maître (Jn 20, 19). Inévitablement, il y a aussi notre propre mort à laquelle nous pensons quand nous voyons nos proches disparaître ou quand une blessure, une maladie grave nous saisit. L'homme des premiers âges a été pris, lui aussi, par cette réflexion. TI savait que le monde animal ne partageait pas ce sentiment de crainte, de 10

révolte. TIen était, lui, possédé, même si un sentiment de fatalité devant la fm de son existence le prenait souvent. TIest difficile de le savoir, mais rien n'empêche de penser que le refus de disparaître était déjà très puissant chez nos lointains aïeux, dès qu'ils ont dépassé une certaine résignation animale et qu'ils ont été fiers de se distinguer des êtres inférieurs: Un chien vivant vaut mieux qu'un lion mort, dit l'Ecclésiaste (9,4). Le sentiment de la différence entre hommes et bêtes a dû venir très tôt dans I'humanité, en même temps que celle-ci se mettait à cultiver une théorie de la mort, une stratégie contre le scandale qu'elle suscite. Les êtres que nous chérissons, nous les voyons disparaître, souvent brutalement, souvent trop vite pour que nous nous préparions à l'idée de séparation. Cette idée, si difficile à admettre, nous préférons l'écarter, nous refusons de la faire nôtre, tant que nous ne nous trouvons pas placés devant le fait: il (ou elle) n'est plus. Où sont donc partis ceux qui viennent de nous quitter? Mystère redoutable, épouvantable: La porte de la mort t' a-t-elle été montrée? As-tu vu cette entrée du royaume des ombres? dit le livre de Job (38, 17). L'être humain cherche donc à dépasser son deuil par des cérémonies où, avec ceux qui restent, il tente d'éviter de penser à sa propre mort tout en souhaitant retrouver une certaine communion avec les disparus: processions, danses, déguisements pour s'identifier aux esprits de l'au-delà, rites, chants, repas ou même orgies, tous actes qui rassemblent les vivants dans un violent désir de fusion fraternelle, d'oubli des défunts (y trop penser serait trop pénible) et d'oubli même de la vie présente. Communiquer avec les morts, retrouver leurs gestes, leur pensée, leur affection demeure cependant le besoin fréquent et parfois lancinant des vivants. Cette recherche désespérée est celle des disciples d'Emmaüs qui fuient Jérusalem et le lieu du supplice de leur Maître, car ils veulent éviter l'image de ses atroces derniers instants. TIsfuient, mais ils y pensent toujours et le miracle du pain rompu à l'auberge leur donne cette lumière qu'ils cherchaient sans cesse en discutant avec leur compagnon de route inconnu. Oui, ils ont pu retrouver le crucifié qu'ils ont tant chéri. Pour communiquer avec le disparu comme les pèlerins d'Emmaüs l'ont fait, les chrétiens ont organisé toutes sortes de Il

rites, de cérémonies qui appellent la présence de Jésus, lui qui aimait partager les fêtes de ses contemporains. Plus généralement, les hommes en sont venus, depuis l'aube de I'humanité, à marquer leur amour pour tous les morts qui les

ont inspirés de leur vivant, par différents gestes, tombes avec
leurs décors, leurs fleurs, leurs cadeaux, leurs pierres commémoratives et tout ce qui peut exprimer que l'on pense à eux, qu'on vient les retrouver, surtout à ces moments réservés tels que le Jour des Morts ou tel anniversaire. Un certain apaisement en résulte-t-il véritablement? La nouvelle vie des morts, il est logique de penser qu'elle ne s'organise pas toute seule. De l'idée de cette vie, on passe alors à celle d'un ou de plusieurs dieux, à des entités supérieures à I'homme qui interviennent dans ce qui suit la mort que nous ignorons et que nous voudrions bien imaginer comme une nouvelle destinée éternelle. Ainsi s'inventent des dieux dans l'esprit troublé des vivants qui les appellent à s'occuper des défunts. Mais qui sont-ils et leur rôle est-il toujours positif comme nous le souhaiterions pour ceux que nous avons chéris et qui nous ont quittés? Sont-ils empreints du même amour des disparus que celui dont les vivants témoignent en les disposant soigneusement dans les tombes? A partir de l'aide dont les vivants ont besoin, tant pour deviner ce qui est arrivé aux disparus que pour atténuer leur propre douleur, se glisse subrepticement l'espérance peut-être, la découverte que ces dieux attendus, espérés, pourraient être des dieux bienfaisants, des dieux d'amour. Une certaine idée des divinités naît de la réflexion sur la mort et de la souffrance qu'elle engendre. Et si cette bonté espérée des dieux ne se mobilisait qu'avec des actes des vivants? Que faire, sinon d'offrir quelque chose, en espérant que ce geste de sacrifice touche la divinité et la pousse à être favorable aux aspirations qu'expriment les vivants? Parmi ceux-ci, il s'en trouve toujours qui apprécient une telle fête et qui en profitent, tout en la dépeignant comme positive pour la tribu et pour les morts qu'elle veut honorer. Alors organisons quelque ripaille et oublions dans la fête notre peine et notre souci des disparus! Ne serait-ce d'ailleurs pas ce que suggère une divinité qui serait bien disposée? 12

Immortalité ou résurrection Quand on parle de vie après la mort, il est nécessaire d'introduire ici une distinction non perçue par les premiers hommes qui ne disposaient pas des concepts adéquats. Anticipant donc sur les développements des croyances humaines, il est possible de distinguer entre retour à la vie sous une certaine forme (c'est la résurrection) et poursuite de la vie sous une autre forme, d'une vie atténuée peut-être mais qui est prolongement de la vie immédiatement après la mort (c'est l'immortalité) ou qui recommence par transmigration. Croire en l'immortalité, c'est en général penser qu'il existe un élément immortel dans ce tout qu'est l'homme, élément déjà distingué par les Egyptiens, que la pensée grecque isole et que nous dénommons âme. Si les corps sont évidemment mortels, ce qui est bien saisi par l'observation courante, une réalité spirituelle s'échapperait de ces corps et traverserait la mort; cette réalité, ce double, cette âme, serait alors destinée indéfmiment à vivre une existence plus ou moins réduite dans quelque lieu, disons-le Enfer: pensons au mythe d'Orphée et d'Eurydice ou aux autres descentes aux enfers des héros de l'Antiquité. Ces ombres auraient cependant, dans certaines conditions flXées par le ou les dieux, la possibilité d'accéder à une forme particulière de présence et de communication avec les vivants. C'est ce qu'affmnent d'une certaine façon le chamanisme et certaines religions chinoises. Réalité spirituelle, l'âme est beaucoup plus évanescente que ces corps spirituels dont parle l'apôtre Paul qui n'ont plus tous les attributs des corps vivants mais qui demeurent visibles, mobiles, parlants et qui sont, pour l'apôtre des Gentils, la forme prise par les ressuscités, tel Jésus. Le Credo officiel des Eglises chrétiennes affiche une croyance qui va au-delà de l'enseignement de Paul, puisqu'il parle de résurrection de la chair comme la grandiose vision du prophète Ezéchiel semblait déjà l'avoir fait croire: les corps seraient appelés à revivre tout entiers dans leur 13

intégrité originelle, ce qui est, pour nos esprits modernes, encore plus difficile à admettre que la conception paulinienne. Bien sûr, certains peuvent dire, devant le mystère de la mort, que toute affmnation est possible et va au-devant des besoins des humains. Ceux-ci appellent une croyance forte et consolante. Mais, à nos yeux, la croyance en la résurrection de la chair, si utile soit-elle, n'en demeure pas moins sans plausibilité sérieuse. De l'immortalité de l'âme pas plus que des corps ressuscités sous quelque forme que ce soit, aucune preuve en défmitive n'existe et, seule, joue la foi des croyants. A l'instar des Celtes, cette foi pense percevoir une réalité fugitive avec laquelle l'entrée en communion serait parfois possible. La notion de communion des saints à laquelle nous viendrons plus loin, s'alimente elle aussi à l'une ou l'autre de ces croyances, immortalité de l'âme ou résurrection des corps, en les confondant obscurément. Elle dérive chez certains catholiques de l'affmnation d'une action positive ou négative des disparus, en faveur ou à l'encontre des vivants, par intervention auprès d'un Dieu supposé sensible et influençable d'une certaine façon. Elle peut aussi, symétriquement, être vue par ces mêmes catholiques comme le signe de l'action des vivants au profit des morts, par exemple pour soulager les souffrances qu'ils sont supposés supporter dans l'au-delà. Ces croyances sont belles, leur beauté suffit-elle à les fonder? Du côté des peuples de la Bible, I'hésitation entre les deux façons de voir la survie ou la renaissance a eu cours. Les anciens penseurs hébreux disaient l'âme, le souffle de vie, inséparable du corps et disparaissant avec elle. Plus tard, sous l'influence de la pensée hellénistique, immortalité et résurrection se combinent dans la pensée hébraïque et le Talmud enseigne à distinguer corps et âme. Avant lui, les écrits intertestamentaires commençaient à annoncer ces idées. L'enseignement chrétien enfm est multiple et contradictoire. Nous avons dit un mot de celui de Paul, influencé par la philosophie hellénistique de son époque, ce qui l'a amené à la notion de corps spirituels des ressuscités. Jésus a hérité des points de vue juifs de son temps et a attaché plus d'importance à l'idée d'un Royaume de Dieu, accessible au moins en partie déjà dans le présent de nos vies. 14

Finalement nombreux sont les chrétiens qui pensent que le mystère de la mort demeure insondable et que chaçun peut l'interpréter un peu à sa manière. Jésus a laissé ses contemporains dans le doute sur la nature de ce qui ressuscite et sur le temps de cette résurrection. TIn'enseigne rien sur l'au-delà, mais donne la simple espérance qu'en raison de l'amour de Dieu, il se passe quelque chose qui dénie la mort. TIouvre ainsi une voie à notre pensée tâtonnante. Est-ce suffisant à notre curiosité? Cela dépend des individus. Nos limites humaines sont là, incontournables. Sachons ne pas chercher à aller plus loin dans l'investigation tout en ajoutant avec certains que la fmitude peut donner de la saveur à l'existence, du sens à la vie. L'au-delà nous échappe, mais Dieu est là et nous devons lui faire confiance. Telle est, en résumé, la position protestante.

Le Jugement des morts
Parallèlement à la question que nous venons d'examiner, celle de la nature d'une éventuelle existence après la mort, est venue un jour l'idée que le passage dans le monde des morts s'accompagne d'une évaluation de la vie du défunt, d'un jugement. Plus le croyant a senti riche et profonde l'idée de l'existence d'une ou de plusieurs divinités, plus il a cm en leur puissance et plus il a éprouvé le sentiment qu'elles étaient les maîtresses d'un événement qui ne devrait pas rompre leurs liens avec le fidèle. Celui-ci en vient donc à espérer qu'au moment où il disparaît, l'amour qu'il a ressenti et manifesté pour ses dieux, voire pour les autres humains, lui ouvre une destinée autre que celle des impies, des incroyants, des êtres dont la vie a été néfaste, malfaisante. La croyance en un jugement des morts est très ancienne (pensons à l'Egypte ou au zoroastrisme) ; ceux qui pensent avoir eu une vie de piété font le vœu que leur mort soit suivie d'une belle destinée au-delà, à la différence des méchants. L'imagination des hommes a donc été exercée vers la défmition de ce qui a lieu dans le domaine de la mort. Certaines religions ont parlé de deux régions au moins, un Paradis et un 15

Enfer; elles ont parfois ajouté une antichambre douloureuse, avant le paradis, qui a pris nom Purgatoire. C'était le cas dans le catholicisme qui, aujourd'hui, tend à gommer cette construction. Comment faire, sur cette terre des vivants, pour aboutir à un jugement dernier positif, pour éviter l'engloutissement dans les régions infernales que l'on s'est mis plus ou moins tôt à dépeindre sous les couleurs les plus atroces d'un endroit de sévices et de tortures éternelles? L'enfer des Grecs et le Schéol des Hébreux n'étaient pas vus comme aussi détestables que l'enfer des chrétiens le sera, particulièrement au Moyen Age! C'est à l'antique religion iranienne et avestique des Aryens que remonte l'idée du passage terrifiant, l'étroit pont de l'Abîme, le Chinvat, où les trépassés doivent s'engager. De deux côtés règne un précipice infernal. A son terme, est le séjour de gloire de ceux qui sont sauvés, accueillis par les chants des anges. On pense, quand on est familier des légendes celtiques, au fameux pont de l'épée, épreuve qu'affrontent avec succès les héros tels que Lancelot. L'islam a aussi un mythe ressemblant. Idée logique que celle d'un jugement des morts. Au premier abord, elle satisfait le désir de ceux qui se croient justes d'être distingués des méchants. On a vite reconnu que sur cette terre il n'y a pas une récompense équitable pour les hommes et que bien des méchants ont prospéré. On a donc espéré trouver après la mort le rétablissement de la situation. Cependant, dans une autre ligne de pensée, certains pensent aujourd'hui que d'un dieu bon, seules de bonnes choses peuvent être attendues et que la parabole du jugement dernier que contient l'évangile de Matthieu doit être lue allégoriquement. Déjà l'idée de purgatoire résolvait en partie le souhait d'un rachat fmal de l'humanité ou d'une grande part de celle-ci par un dieu compatissant, après épuration des fautes dans des souffrances ou des épreuves temporaires appropriées. Faut-il, avec beaucoup maintenant, estimer que, s'il y a une quelconque vie après la mort, tous doivent être sauvés? C'est bien ce que beaucoup de chrétiens professent aujourd'hui, s'appuyant sur le sens même du nom de Jésus: Dieu sauve. Les religions qui professent une transmigration des âmes dans d'autres corps pensent souvent à un salut fmal pour tous, à la fm de ces épreuves plus ou moins pénibles que constituent ces 16

réincarnations. C'est, semble-t-il, ce que pensaient les chrétiens appelés Albigeois, les cathares. C'est aussi une pensée de l'Inde. Le chrétien sait que Jésus est passé par la mort. n sait qu'elle a été pour lui un sujet d'effroi. Et sans doute pensons-nous que Jésus n'avait aucune assurance de survie, contrairement à ce qu'ont dit ceux qui ont voulu le diviniser totalement dès sa vie terrestre, en lui attribuant une complète prescience du futur. Sur la Croix, même si sa confiance en Dieu s'est finalement exprimée, Jésus a senti l'abandon du Père, il a souffert du caractère atroce de son supplice comme de l'angoisse de la mort et de l'échec apparent de sa vie, ainsi que tout homme qui est incertain de la suite de son œuvre et qui ignore ce que Dieu réserve pour l'au-delà. Les évangiles nous le laissent deviner. Non seulement Jésus savait bien quelle torture pour le corps et pour l'esprit était toute mort sur une croix, mais ill' a en effet éprouvée personnellement et totalement, contrairement à ce que disent les chrétiens docètes qui pensent que seule l'apparence de Jésus a été clouée en croix; les musulmans suivent ces docètes. En pleine conscience du scandale de la mort, Jésus a orienté sa vie, sa pensée, même dans ses derniers instants, vers les seules choses qui, pour lui, ne meurent pas: les valeurs de l'Esprit, le pardon, l'amour, le don reçu ou partagé, le Royaume de Dieu, déjà en nous, au milieu de nous, qui est le lieu où nous rencontrons toutes ces valeurs. Rappelons-nous, sur la Croix, les paroles dites pour ses bourreaux, pour sa mère, pour le larron crucifié auprès de lui. Puisse cette attitude nous entraîner sur une voie où calmer notre angoisse de mourir. n faudrait aller plus loin. Avec cette vie spirituelle que Jésus nous invite à goûter, se dresse la stature d'une personne qui vit d'autre chose que de la vie corporelle, dans une relative indépendance vis-à-vis du corps et de ses vicissitudes. Cette idée nous permet de mieux comprendre les explications de l'apôtre sur la vie après la mort: pas de nouvelle vie corporelle, annonce Paul, mais la vie d'un corps spirituel dépouillé et de plain-pied avec ces hautes notions dont vivait déjà Jésus et qui sont celles de l' Esprit.

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Communion des saints?
A la Toussaint ou plutôt au Jour des Morts, à la différence de la Sainte Cène où nous faisons mémoire de la mort du seul Jésus, il s'agit, pour bien des chrétiens, de tous les morts qu'ils ont connus et aimés. TI s'agit plus largement de ceux même qu'ils ignorent parce qu'ils ont vécu loin d'eux dans le passé. La pensée se porte également vers eux. Certains disent qu'ils vivent tous en Christ et qu'en lui ils se retrouvent tous. Vers ces absents inconnus, l'esprit se tourne et, en l'absence d'enseignement de Jésus, se prend néanmoins à rêver: immense peuple des ombres que l'on peine à imaginer et dont le souvenir perdu fait surgir à nouveau cette notion d'une communion des saints que nous avons précédemment évoquée à propos des idées d'immortalité et de résurrection. A nos yeux, ce terme est impropre s'il doit signifier un objectif, une attente de dons de Dieu au bénéfice des vivants et surtout des morts, dons à travers une addition de prières et de mérites de ses fidèles. Dieu est le Dieu des vivants, nous a dit Luc (20, 38). C'est d'eux qu'il s'occupe exclusivement. Ce qui se vit davantage dans notre tentative de penser sereinement aux défunts, c'est notre rapport à la mort et aux sentiments évanouis, aux relations éteintes avec la disparition de ces défunts. Nous ne pouvons oublier ce qu'ils ont été pour nous, ce qu'ils nous ont apporté de haines, de maux, de désespoirs, de rancunes, mais aussi de sourires, de bonté, de joies. Nous pouvons alors quitter nos regrets, notre impression envahissante de solitude pour rejoindre un corps collectif et vivant, celui de l'humanité, soumis aux mêmes aspirations, à la même contrainte, celle de mourir un jour et de disparaître de toute forme de vie. Si la peur de notre mort peut s'atténuer, s'envelopper de résignation ou d'espoir, c'est en pensant à cette destinée qui nous fait rejoindre ceux que nous choyons, ceux dont nous recherchons le souvenir lumineux, voire la présence, ceux qui, en nous, (oserons-nous dire grâce à nous ?) ne sont pas tout à fait absents de la vie ? De l'horreur de la mort à l'idée de communion des saints, il y a là tout un parcours régénérateur que l'esprit humain a suivi 18

depuis qu'il ne peut s'abstraire de la pensée de cet événement, en quelque sorte fondateur, créateur de la race humaine. Aussi nous garderons-nous de sourire à la vue de tous ceux qui font, une fois par an au moins, un plus ou moins long passage au cimetière, chargés de fleurs et de souvenirs, courbés par l'effroi des sentiments retrouvés ou par l'attente anxieuse de parvenir à en éprouver de sereins, avec tel léger sourire que suscitent de tristes retrouvailles ou les pleurs que provoque un deuil inachevé. TIssont de la race humaine, avec ses beautés et sa grandeur, cette race qui, seule, se sait faite d'êtres voués à la mort. Par le rite de cette visite, ils tentent de conjurer leurs douloureuses pensées, de les rendre supportables et de s'élever ainsi au-dessus de l'animalité ignorante des vraies richesses. Depuis l'aube de l'humanité, c'est ainsi, obscurément, que le sentiment religieux pénètre en eux, que l'idée de Dieu a pu naître. A propos de toute mort, plus particulièrement de celle des êtres qui nous furent chers...

Mourir
Nous perdons difficilement de vue, au cours de notre vie, l'idée qu'inéluctablement viendra notre mort. Cela, quel que soit notre effort à nous rapprocher en ce monde de ce que Jésus a nommé le Royaume de Dieu ou la vie éternelle. Sur le plan physique, souhaitons mourir lucides, dans la dignité, sans ces excès de souffrance trop fréquents et inutiles qui font oublier ce qu'est le dernier moment de la vie. Je veux mourir vivant disait Gainsbourg. TIfait écho à Job (encore lui en 7, 15) qui déclare ne plus supporter la misère physique où la maladie l'a fait tomber: Je voudrais mourir plutôt que d'être réduit à l'état de squelette. Une belle mort, selon l'expression populaire, est souvent une mort tellement brutale qu'elle échappe à la pleine conscience. Quoi qu'on dise, c'est peut-être une mort escamotée. Sur le plan personnel, c'est l'instant où concentrer notre pensée, dans un ultime effort de communion avec Dieu. Nous avons à le remercier, si c'est encore possible à notre esprit défait, 19

de toutes les choses, bonnes ou mauvaises, qu'il nous a données dans la route que nous avons suivie avec lui et dans lesquelles nous avons essayé de goûter sa Grâce vivifiante. Peut-être parviendrons-nous à le faire sans égoïsme, en pensant, une ultime fois, à ceux qui nous entourent de leur affection peut-être maladroite et dont les efforts pour nous assister masquent difficilement et l'angoisse et la peine. En tout cas, les remords des uns ou des autres sont alors bien inutiles. C'est Jaurès qui
disait: Si la porte de l'infini, comme je le crois, s'ouvre aux
âmes

derrière la mort, il faut qu'elles s y présentent libres, fières, joyeuses, rayonnantes de l 'œuvre de justice commencée ici-bas. Quand l'idée que nous sommes mortels nous étreint, quand la fm nous paraît devenue proche, quand nous sentons les filets de la mort nous enserrer (l'image est dans le livre des Psaumes en 18, 6), quelle attitude peut être la nôtre? Que l'angoisse n'emplisse pas totalement notre esprit. Nous pouvons chercher à mettre nos affaires en ordre comme Isaac mourant cherche à le faire (Gn 27, 1 & 2) et c'est alors qu'il appelle son fils aîné Esaü. (On connaît la suite, c'est le second fils, Jacob, qui va venir et obtenir la bénédiction de son père! Tel est l'humour de Dieu qui déjoue parfois nos entreprises I). D'une façon plus générale, l'approche de nos derniers instants est un moment où nous sentons revivre notre passé et où nous tentons de porter un ultime remède à certaines de nos erreurs. C'est souvent trop tard ou bien difficile. Le mourant est résigné, sachant qu'il n'a plus d'espoir de lutter sans excessivement souffrir pour rester en vie et que le moment est venu de rejoindre ce néant où il se sent enfoncer en perdant toute conscience. Parfois le mourant est empli d'espoir et refuse de se demander si cet espoir ne serait pas fallacieux. Se confiant à l'amour de Dieu, il espère que la mort va le rapprocher de Lui; à la résignation fait place la confiance en une vie meilleure près du Père. A cette attitude, un complément est possible et tentant. Non seulement Dieu semble proche, mais aussi ceux que nous avons aimés, ceux qui nous ont aimés au cours de notre vie. C'est l'idée, le souhait, la croyance en une demeure, un paradis (un beau jardin, c'est le sens étymologique du terme) rassemblant tous ceux qui ont quitté ce monde pour gagner une sorte de 20

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