Fils et vicaire

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Conçu à dessein comme une recherche d'anthropologie comparée, le présent ouvrage entend dégager, en les croisant, les deux perceptions chrétienne et musulmane de l'homme. Le fils héritier dans le christianisme et le vicaire lieutenant dans l'islam dessinent la ligne de démarcation entre les deux conceptions du monde et régissent les différentes modalités d'insertion dans la cité humaine.
Publié le : dimanche 15 novembre 2015
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EAN13 : 9782336396149
Nombre de pages : 200
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musulmane de l’homme. Le Ils héritier dans le christianisme et le vicaire
Mouchir Basile Aoun
FILS ET VICAIRE Pour une anthropologie islamochrétienne comparée
Traduit de l’arabe par Fadi AbdelNour
Fils et vicaire
© L'HARMATTAN, 2015 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-07558-7 EAN : 9782343075587
Mouchir Basile Aoun Fils et vicaire Pour une anthropologie islamo-chrétienne comparée Traduit de l’arabe par Fadi Abdel-Nour
Du même auteur 1. Philosophie La polis heideggerienne, lieu de réconciliation de l’être et du politique, Altenberge (Allemagne), Oros Verlag, 1996 (épuisé).Frédéric Gentz : De la paix perpétuelle, Thesaurus de philosophie du droit, Centre de philosophie du droit, Paris, Vrin, 1997. Philosophie et religion. Études sur l’athéisme contemporain, Beyrouth, Dâr Al-Hâdî, 2003. Herméneutique philosophique. Histoire des théories occidentales de l’interprétation, Beyrouth, Librairie Orientale, 2004. Religion et politique, Jounieh (Liban), Publications de l’Université Saint-Esprit de Kaslik, 2007. Heidegger et la pensée arabe, Paris, L’Harmattan, 2011.Une pensée arabe humaniste contemporaine. Paul Khoury et les promesses de l’incomplétude humaine, Paris, L’Harmattan, 2012.2. Sciences des religions Christianisme et Islam. Étude comparée des concepts fondamentaux, Jounieh (Liban), Éditions Saint-Paul, 1997. Dialogue islamo-chrétien. Contributions à la réciprocité interculturelle, Jounieh (Liban), Éditions Saint-Paul, 1997. Les fondements de la pensée chrétienne, Jounieh (Liban), Éditions Saint-Paul, (en collaboration avec Adel-Theodor Khoury ; t. I : 2000 ; t. II : 2002). Le christianisme à l’aube du troisième millénaire.L’essence du christianisme et ses paradoxes, en collaboration avec Cyrille Bustros, Jounieh (Liban), Éditions Saint-Paul, 2001. Fondements du dialogue islamo-chrétien, Beyrouth, Publications de l’Université Saint-Joseph, Librairie Orientale, 2003. L’épreuve de la foi. Relectures critiques de la pensée chrétienne, Beyrouth, Librairie Orientale, 2005. La pensée arabe chrétienne. Requêtes d’une réforme d’actualisation, Beyrouth, Dâr Al-Talî‘a, 2007.Lalumière et les lanternes. Le pluralisme religieux à l’épreuve du questionnement, Balamand-Tripoli (Liban) Publications de l’Université de Balamand, 2008.Religion et politique. La pensée politique chrétienne en sa structure théorique et sa réalité libanaise, Beyrouth, Éditions An-Nahar, 2008. Le Christ arabe. Pour une théologie chrétienne arabe de la convivialité(sous presse). Anthropologies croisées. Essai sur l’interculturalité arabe(sous presse).
Introduction
Les recherches du dialogue islamo-chrétien en cours au Liban et dans certains pays arabes scrutent tant soit peu les origines théologiques lointaines qui justifient l'émergence de la divergence théorique dans les domaines social, culturel, politique et juridique. La pensée religieuse et théologique imbibée de facteurs propres au milieu où elle grandit continue, surtout en Orient arabe, à exercer une forte influence sur la structure de la société, la détermination des rapports humains, la définition des modes de vie, le contrôle des règles de la pensée et la formulation des choix culturels, politiques et économiques. Sans une connaissance des éléments constitutifs des deux perceptions, chrétienne et musulmane, de l'identité humaine, le chercheur éprouve une difficulté à saisir les subtilités du problème politique qui affecte les relations entre le monde occidental et le monde arabe. Cependant, la majorité des chercheurs finit par admettre que l'Occident n'est pas le christianisme et le Moyen-Orient arabe n'est pas l'islam, selon le sens de l'allégeance religieuse ; que la laïcité occidentale n'est pas, dans son intégralité, antimusulmane et antichrétienne ; que la politique internationale en acte à l'heure actuelle n'est pas entièrement fondée sur les principes d'égalité, de liberté et de fraternité prônés par la plupart des révolutions occidentales modernes ; que les acceptions des mots et la signification des concepts diffèrent nettement d'une civilisation à l'autre ; que la distinction théorique légitime entre les grands blocs civilisationnels ne constitue pas une raison pour l'exclusion mutuelle, les rivalités et les guerres. De là, repenser la gérance des affaires terrestres, au seuil du troisième millénaire, astreint l'individu à sonder les représentations théoriques dont s'inspirent les religions et les courants de pensée ; le christianisme et l'islam intéressent en particulier cette étude comparative. Seule cette démarche permet aux gens de la pensée et de l'action politique aussi bien d'identifier les points de similarité et de divergence entre ces deux religions que de démasquer l'exploitation de ces points par les politiques de l'injustice, de l'arrogance, et de l'oppression à l'œuvredans les deux mondes, occidental et arabe. Afin de contribuer à dissiper la confusion aux concepts culturels utilisés pour justifier un quelconque conflit entre la 5
civilisation chrétienne et la civilisation musulmane, cette étude tente d'explorer les lieux de rencontre et de séparation concernant la détermination de l'identité humaine dans le christianisme et l'islam. L'analyse s'y limitera donc à l'examen des principes théologiques et théoriques, source des approches similaires et divergentes de l'identité humaine. L'on est certain que le regard posé sur ces fondements aidera la pensée politique à établir le lien épistémique entre le principe théorico-théologique et l'agir politique. Arrive-t-on à faire la lumière sur l'image de l'humain dans les deux systèmes chrétien et musulman, il devient aisé de déceler les véritables facteurs des conflits que certains observateurs voient à l'œuvre entre les sociétés occidentalesmarquées par l'héritage 1 chrétien et les sociétés musulmanes . Cette investigation théorique conjointe à une connaissance lucide des intérêts politiques et économiques montre que moult décisions politiques internationales obéissent présentement à une pure logique politique fondée sur l'expansion, la concurrence, l'oppression et la performance technique exclusive ; cette logique, délestée de toute allégeance religieuse ou intellectuelle unique, n'appartient qu'à elle-même. Soustraite à la référence éthique et religieuse, elle serait expérimentée par toutes les nations, quels que soient leurs origines, leurs tendances et leurs objectifs. L'étude n'appelle pas les croyants des deux religions à s'enliser dans un recroquevillement confessionnel et une crispation identitaire à outrance, mais à apporter leur contribution afin de dissiper la confusion et d'indiquer les véritables lieux aussi bien de rencontre que d'éloignement. Car notre époque se révèle être le temps de la vérité, non pas celui de la complaisance, du camouflage, de l'ambigüité et de la compromission dogmatique. La preuve en est que les chercheurs se sont évertués à dépister les aires d'affinité entre l'Occident chrétien et l'Orient musulman, selon l'expression des anciens orientalistes. Dans chaque tentative 1 Il faut noter ici que les identités civilisationnelles ne se forment pas en raison d'une rupture épistémique rigoureuse, mais à travers une communication, une osmose et des emprunts mutuels avec les autres civilisations environnantes. Dans le cas de la civilisation occidentale et de la civilisation musulmane, force est de reconnaître que l'histoire a connu une fécondation mutuelle explicite entre les idées et une interaction audacieuse entre les représentations. Voir ‘Abdel Rahman Badawi,Al-Turath al-yūnanyy fi-l-ۊadara al-islĆmiyya, Beyrouth/Koweït, e Dar Al-Qalam wa wikalat al-mabū,at, 4éd., 1980. 6
s'élabore un chapitre de théologie comparative entre le christianisme et l'islam ; il suffit de jeter un regard sur les études parues récemment en France qui traitent de l'héritage grec dans la pensée arabo-musulmane : l'on y consacre toujours un chapitre à la 2 comparaison entre la théologie chrétienne et le Kalam. Que la différence entre le christianisme et l'islam au sujet de la gérance des affaires de la cité humaine résulte d'une différence théologique dans la perception de l'identité humaine, c'est une évidence ; mais cette différence théologique est légitime, malgré l'appartenance des deux religions, chrétienne et musulmane, au 3 même patrimoine sémite, monothéiste et abrahamique ; elle est justifiée, d'une part, par les divergences des expériences religieuses originelles, chrétiennes et musulmanes, et d'autre part, par les chemins historiques séparés empruntés durant l'évolution de la 4 pensée théologique chrétienne et musulmane . D'où le retour aux principes théologiques dans la conception de l'humain. Force est de constater que les voies de divergence et de rapprochement entre les deux religions ressortissent à la vision religieuse globale de Dieu, de l'univers, de l'humain et de l'histoire. Ce retour s'avère être le meilleur moyen d'instaurer un dialogue de compréhension mutuelle, fructueux et sincère, entre chrétiens et musulmans. Néanmoins, l'hypothèse de cette étude se résume en ceci : il est une similitude manifeste ainsi qu'une importante différence entre les deux perceptions, chrétienne et musulmane, de l'humain. Similitude : l'humain est appréhendé en termes de créature ; il dépend du vouloir divin avec un penchant inné à quêter la droiture ; il s'insère dans l'inéluctable finitude et le conflit entre le bien et le mal. Différence : la foi chrétienne pose l'humain comme enfant de Dieu ; la foi musulmane comme vicaire de Dieu. Sans
2 A. de Libera,Les Grecs, les Arabes et nous, Paris, Fayard, 2009. 3 D. Masson,Monothéisme coranique et monothéisme biblique. Doctrines comparées, Paris, DDB, 1967. 4  Cf. l'étude historique sérieuse menée par le spécialiste allemand en études musulmanes J. van Ess. Il y a analysé l'évolution des concepts duKalamen parallèle avec celle de la théologie chrétienne : J. van Ess,Theologie und Gesellschaft im zweiten und dritten Jahrhundert des hidschra. Eine Geschichte des religiösen Denkens im frühen Islam, De Gruyter, Berlin, New York, 1991. Néanmoins, l'étude classique connue qui clarifie les rapports entre la théologie chrétienne et leKalamdemeure celle que Louis Gardet et Georges Anawati ont écrite avec une maîtrise digne d'éloges :Introduction à la théologie musulmane, essai de théologie comparée, préface de Louis Massignon, Paris, Vrin, 1948. 7
doute la différence entre le concept de fils et celui de vicaire trace-t-elle des limites rigoureuses qui séparent le christianisme de l'islam, limites impossibles à éluder durant le processus du dialogue interreligieux entendu comme ouverture mutuelle, réconciliation et accompagnement. Par conséquent, la démarche de cette étude suppose un défrichement patient des terrains de désaccord auxquels donne naissance cette différence fondamentale entre les deux concepts, fils et vicaire. Bien entendu, le choix des concepts de la comparaison demeure lié aux objectifs de la recherche : montrer la singularité, la particularité et l'originalité de chaque vision religieuse globale, soit chrétienne, soit musulmane. Aussi est-il indispensable d'entamer l'ensemble de la recherche par l'explicitation de l'arrière-fond historique et culturel dont se réclament ces concepts (chapitre I). Cet effort préliminaire permettra de percevoir la signification du vocabulaire utilisé par les deux systèmes chrétien et musulman, vocabulaire soumis à l'évolution culturelle et sociale de son propre environnement. Nul concept ne demeure en marge de l'évolution qui conduit, en l'utilisant diversement, à féconder ses acceptions et à enrichir ses connotations. Aussi longtemps que la conception anthropologique des deux systèmes, chrétien et musulman, est inséparable de la vision théologique globale des deux religions, l'examen intégral de la forme de l'édifice théorique (chapitre II) fournira le moyen le plus efficace pour une perception correcte aussi bien du statut de l'humain que de la place de l'identité humaine dans le système des vérités de la foi. Un tel examen, sans nul doute, s'effectue d'une manière concise à travers un choix délibéré des vérités les plus importantes sur lesquelles reposent les deux systèmes, chrétien et musulman. Une fois cette position et cette place déterminées, la recherche pourra interroger les livres religieux originels : Bible et Coran (chapitre III) ; mais cette interrogation est loin d'être exhaustive : elle s'en tiendra aux textes qui font mention de l'identité humaine ; elle ne vise pas à innover ni l'exégèse chrétienne ni celle musulmane : elle s'abstient, à dessein, de s'étendre sur les commentaires anciens et modernes relatifs à ces textes. L'essentiel sera de prouver la grande dissemblance entre les textes qui traitent de l'identité du fils et celle du vicaire. Quoique les textes bibliques et coraniques aient donné lieu à divers modes de réception
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historique dans l'esprit des communautés croyantes chrétiennes et musulmanes et les contextes culturels qui ont intégré le contenu de ces textes, l'interrogation évitera d'analyser les mutations survenues à cette réception ; mais elle se contentera d'extraire le contenu purement théorique des deux concepts, fils et vicaire. De cette interrogation émanera la divergence entre la perception des caractéristiques du fils et celle des caractéristiques du vicaire (chapitre IV). Car la différence dans le domaine de la représentation anthropologique comporte des divergences variées au niveau de la perception de l'agir humain et des qualités humaines, notamment la perception de la relation entre Dieu et l'humain selon les concepts des deux systèmes, chrétien et musulman. La différence concernant la détermination de la liberté humaine (chapitre V) compte parmi ces divergences ; elle sourd directement, selon cette étude, de la différence au niveau de l'identité humaine. En effet, la liberté constitue la catégorie fondamentale, pomme de discorde entre le christianisme et l'islam ; elle est liée à la perception de la foi qui lui est antérieure dans les deux religions. Aussi convient-il d'examiner les connotations de la liberté dans la pensée religieuse chrétienne et la pensée religieuse musulmane. Il est deux domaines essentiels où se manifestent les aspects de cette différence et les particularités des conceptions chrétienne et musulmane de l'humain : la liberté d'interprétation et la liberté de législation. Avant le point final, il sera nécessaire que l'étude récapitule, dans une approche globale, les conclusions des investigations théoriques déjà effectuées. Toutefois, cette récapitulation ne présente aucune utilité épistémologique (chapitre VI), sans une confrontation ouverte avec les défis rationnels judicieux que le système de pensée laïque lance aux deux systèmes, chrétien et musulman. Si cette étude se bornait à une pure et simple contemplation religieuse sans examiner les aspects de l'interpellation qu'adresse le système laïc aux deux systèmes, chrétien et musulman, elle souffrirait l'étroitesse d'une confrontation bilatérale bouchée. D'autant plus que le système laïc aborde l'identité humaine sans s'inféoder à une méthode de justification métaphysique ou lui chercher un fondement exogène pour la déterminer.
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