INFIDÈLE ÉGLISE

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Voici un essai à base historique sur le comportement de l’Eglise depuis ses origines. L’auteur étudie avec rigueur sa patiente et implacable lutte pour le pouvoir et la primauté. Il observe son évolution vers la pesante organisation actuelle, rigide, dogmatique et théocratique, en décalage de plus en plus marqué avec la société, avec ses fidèle, et parfois même son propre clergé. L’essai se termine sur une vision positive et réformatrice d’une Eglise pour le troisième millénaire.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
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EAN13 : 9782296301825
Nombre de pages : 147
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INFIDELE EGLISE
L'étrange navigation de la Barque de Pierre

@ L'Harmattan,

2002

ISBN: 2-7475-3195-3

Jacques LAIR

INFIDELE ÉGLISE
L'étrange navigation de la Barque de Pierre

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Du même auteur, chez le même éditeur
On m'a appris au catéchisme... De quelques curiosités du dogme catholique, Avril2002

Sommaire

Ami lecteur... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ...9 1. LA MISE EN CHANTIER
L'Église des origines...

DU BATEAU
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. Il

2. L'EGLISE SOUS LA POURPRE ET LA TOGE IMPERIALES L'Église triomphe à Rome.. . ... . .. ... ... ... ... .. . ... ... ... ... ... 19 3. LA MAITRISE DES MERS OCCIDENTALES
L'Église triomphe en Occident. . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .25

4. LA TERRIBLE TEMPETE LUTHERIENNE L'Église contestée. Fluctuat nec mergitur !... ... .. . .. . .. . .. .39 5. E LA NAVE VA...PAVILLON HAUT L'Église, souveraine théocratique, superbe et infaillible 51 6. LE BATEAU EN GRANDE REVISION L'Église tente son aggiornamento au concile Vatican II...79 7. LE BATEAU A PERDU SON CAP ET SON GOUVERNAIL L'Église infidèle au message du Christ... .99 8. MAIS OU DONC EST PASSEE LA CLEF DU ROYAUME DES CIEUX? .117 9. JE REVE D'UNE EGLISE DE REVE... ... ... ... ... ... ... ... ...131

10. VERS UN NOUVEAUCONCILE?.. ... ... ... ...
Envoi.

....143

. . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . .. . . .. . . . . . . . . . . .. . . . . .. .. . . . . . . . . . . . . . . . . 147

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Ami lecteur,

Dans un précédent ouvrage (*) je me suis interrogé sur ce que j'appelais des «curiosités» du dogme catholique. Elles sont nombreuses! Les Catholiques les connaissent bien. Ils ont grandi avec depuis leur catéchisme. En regardant les choses de près, en faisant si possible le vide de ses habitudes de pensée, on s'aperçoit en effet que bien des dogmes présentés comme fondamentaux et indiscutables ne sont peut-être pas aussi fermes et cohérents qu'on a bien voulu nous l'inculquer. Ne serait-ce que l'histoire d'Adam et Ève, du Paradis terrestre et du Péché originel, ce pelé, ce galeux d'où viendrait tout le mal. Les interrogations et réflexions auxquelles on peut alors se livrer en appellent bien d'autres. Qu'est devenue la Bonne Nouvelle si joyeusement annoncée aux hommes la nuit de Noël? Quel sort a connu la petite graine évangélique semée par le Fils dans le champ du Père? L'Église catholique s'appelle volontiers « la Barque de Pierre », du nom de l'Apôtre à qui Jésus confia la barre. Comment cette Barque a-t-elle été pilotée? Quel cap a-t-elle tenu pendant cette longue navigation sur l'océan des âges? Que constatons-nous? Dès que les circonstances historiques et politiques lui sont favorables, l'Église catholique s'affirme et s'impose dans tout l'Empire romain, puis dans l'Occident tout entier, en une patiente et implacable quête de pouvoir temporel et spirituel. L'humble ecclesia fraternelle de la première Pentecôte devient, au fil des siècles,

(*) On m'a appris au catéchisme... De quelques curiosités du dogme catholique. L'Hannattan, avri12002. 9

une puissante institution, sûre d'elle-même et dominatrice, un organisme fortement structuré, hiérarchisé et centralisateur. D'aucuns disent totalitaire, dans ses objectifs et ses méthodes. Un Appareil monolithique impressionnant, dirigé par un souverain absolu de droit divin, de plus en plus en décalage avec la société, avec les hommes et femmes de son temps, avec ses propres fidèles et parfois son propre clergé. Église catholique romaine, qu'as-tu fait du message de Salut de Celui dont tu revendiques l'héritage? Qu'as-tu fait de la Bonne Nouvelle? Où as-tu mis la clef du Royaume de Dieu? Oui, la navigation de la Barque de Pierre est assez étrange. C'est le sujet du présent essai, en conclusion duquel nous pourrons toujours rêver d'une Église de rêve pour le troisième millénaire. .. Ainsi, toujours poussé, depuis plus de soixante-quinze ans, vers de nouveaux rivages, vers une extrémité qu'on s'accorde à appeler la dernière, je sais que les mots ont une âme et une destinée. On peut les appeler à la vie. On peut les jeter sur le papier comme on lance une bouteille à la mer...
Paris, Pâques 2002

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1. LA MISE EN CHANTIER DU BATEAU L'Église des origines

Prenons les choses là où elles ont commencé, au stade chrysalide de la future chrétienté, de l'ecclesia à venir, au chantier de construction de la Barque de Pierre. Comment la petite équipe des Douze se comporte-t-elle ? Quelle allure a le futur équipage? En compagnie de Jésus c'est l'enthousiasme, c'est l'engagement sans réserve. Puisque « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. A qui irions-nous? Tu as les paroles de la vie éternelle.» Quand bien même les autres t'abandonneraient, assure le bouillant Pierre, « moi, je te suivrais J'usqu 'au bout. » Lorsque les choses commencent à se gâter et que le pire est à craindre de la part des autorités constituées, Jésus décide de poursuivre sa mission et de monter malgré tout à Jérusalem comme prévu. Ce qui équivaut à se jeter dans la gueule du loup. Thomas, fataliste

Il

et héroïque, déclare alors à ses compagnons: « Allons nous aussi pour mourir avec lui. » Les braves gens! Ils sont sincères et généreux... mais on connaît la suite, elle n'est pas très glorieuse. Au moment crucial - crucial est le terme exact - Judas trahit, Pierre renie, tous s'enfuient. Lâcheté collective. Il n'y a plus personne. Pour comble, Jésus se meurt sur la croix d'infamie en se disant lui-même abandonné par son Père. Un fiasco total? Non! Le troisième jour, c'est la Résurrection! Le Maître revient parmi les siens, il reparaît, l'équipe se reforme et reprend espoir. Hélas, bientôt il repart. « Enlevé au Ciel », le voilà « assis à la droite de Dieu ». Profil bas, les membres de l'équipe s'enferment à Jérusalem - Jérusalem qui tue ses prophètes - portes closes « par crainte des J'uifs ». Puis c'est la Pentecôte et le SaintEsprit promis bouleverse la donne. Il se produit chez ces braves disciples une métamorphose qualifiée par Henri Guillemin de «fulgurante ». Et ce n'est pas un feu de paille! Leur détermination, leur enthousiasme, leur fidélité, leur folie, ne se démentiront plus jamais. La Cause est devenue leur raison de vivre et de mourir. Inspirés par le même Esprit, les apôtres s'organisent. On commence par faire sauter les barrières dogmatiques et culturelles. On décrète que les nouveaux fidèles, issus de la gentilité - des païens aux yeux des Juifs - ne seront pas astreints aux observances judaïques. «On ne met pas de vin nouveau dans de vieilles outres », a dit le Maître. On ignore les frontières géographiques. La Judée et la Samarie sont débordées. On se répand en Asie Mineure, en Grèce, en Égypte et dans tout le monde romain connu à l'époque, Pierre vers les Juifs du littoral méditerranéen, Paul vers les Gentils, Jean en Asie. La petite ecclesia s'universalise, elle devient catholique au sens vrai, c'est-àdire ouverte à tous, partout. 12

On bouleverse les données économiques et sociales. Esclaves et hommes libres sont sur le même pied dans le peuple de Dieu. II n'y a plus ni riche ni pauvre. Ceux qui ont des biens les vendent au profit de la communauté. « Voyez comme ils s'aiment! » dit-on de ces étranges adeptes, les « chrétiens », qui prennent ce nom pour la première fois à Antioche, dès le milieu du rr siècle. Une vraie révolution! Le climat des premiers temps est entretenu par la conviction que Jésus ne va pas tarder à revenir, pour de bon cette fois, dans toute la gloire d'un règne éternel. N'a-t-il pas déclaré: « ("ette génération ne passera pas avant que tout ne soit arrivé» ? Ne parlait-il pas de la fin du monde? Mais les années passent et l'événement tant attendu, la « parousie », ne se produit pas. Avait-on bien compris? II faut alors s'organiser pour durer. Les communautés se multipliant et devenant de plus en plus importantes, on se répartit les rôles, chacun selon ses charismes et ses compétences. II s'agit à la fois de gouverner l'ecc!esia, de la sanctifier par l'administration des sacrements, d'enseigner et d'assurer les tâches plus humbles d'intendance et de gestion quotidienne des biens et des personnes. C'est l'origine des « ministères », dont le sens exact est services. Par la suite, on a dévoyé ce sens. Se constitue aussi peu à peu ce qui deviendra, des siècles plus tard, un catéchisme. La mémoire et la tradition orale ne suffisent pas. On recueille par écrit les dits et faits de Jésus, non seulement pour en garder le souvenir une fois disparus les premiers témoins directs, mais aussi pour constituer ce qu'on peut appeler une base de données destinée à l'instruction des fidèles. C'est l'origine des Évangiles. Notons à ce propos qu'on ignore encore actuellement par qui, quand et où précisément ils furent rédigés. Au moins 13

une ou deux générations séparent ces textes des témoins que furent les Apôtres, et des évènements rapportés. Les récits évangéliques - que l'on prend trop souvent au pied de la lettre comme « paroles d'Évangile)} - sont l'œuvre de plusieurs auteurs qui ne sont ni Matthieu, ni Marc, ni Luc, ni Jean. Chacun a porté sa pierre à l'édifice, les matériaux sont composites. On a pu comparer l'Évangile de Jean à un mille- feuille. Pendant longtemps ont circulé des versions diverses et variées de la vie de Jésus. Leur prétention n'a rien d'historique. II n'y eut pas de grands reporters dépêchés pour couvrir les évènements. Leur visée est apologétique: édifier les fidèles, propager la foi nouvelle, attirer, convaincre, si possible convertir. D'où les nombreuses variantes, imprécisions, anomalies ou même contradictions contenues dans ces textes. On ne s'accorde pas, par exemple, sur la durée de la vie publique de Jésus, ni sur l'identité exacte des disciples, ni sur les miracles, ni sur la chronologie, ou sur les circonstances de la Résurrection et les apparitions qui l'ont suivie. D'où également des ajouts ou des paroles prêtées à Jésus - tel le tête-à-tête avec son Père pendant son agonie au Jardin des Oliviers - qui n'ont manifestement aucun caractère d'authenticité, au sens strict où nous l'entendons actuellement. Ainsi encore le récit de la Nativité. De même celui du fameux « massacre des Saints Innocents)}. Le roi Hérode, furieux d'avoir été berné par les Mages, aurait ordonné de passer au fil de l'épée « tous les enfants mâles de moins de deux ans, dans Bethléem et tout son territoire. » On ne trouve de ce cruel et spectaculaire évènement aucune confirmation historique. Cela ressemble fort à de « I 'histoire écoutée aux portes de la légende ». La seule vérité de ces récits est d'être ou avoir été adoptés par la foi populaire. Vox populi, vox Dei, en quelque 14

sorte. « Le proJ'et des évangélistes ne saurait être de dire l 'histoire, mais de lui donner un sens. Pour eux, elle n'existe qu'interprétée théologiquement. », estiment les journalistes Gérard Mordillat et Jérôme Prieur 1. Mais qu'importe le genre littéraire si le lecteur est prévenu. A ce propos me revient une remarque de Georges Duhamel: « Ainsi que tous les gens sérieux, je ne crois pas à la vérité historique, mais J'e crois à la vérité légendaire 2.» Celle-ci est en effet d'un autre ordre, d'un ordre supérieur. Ce n'est qu'entre les If et lye siècles que se dégage une orthodoxie consensuelle. II faut mettre de l'ordre dans ce foisonnement de textes et décider d'en retenir tel et tel qui méritent de figurer au catalogue officiel, appelé « canon» (du grec kanôn, règle). « L'Évangile est une écriture triée, passée au crible du discernement ecclésial », écrit Charles Perrot 3. La décision prise « semble avoir pour motivation non pas explicitement le caractère inspiré de ces livres, ni le fait qu'ils aient été J'ugés orthodoxes, ni leur attribution à des auteurs apostoliques, mais la reconnaissance qu'ils étaient tous et eux seuls reçus universellement dans les ÉgI ises du temps », note le P. Xavier Léon-Dufour 4. Il s'agit donc bien d'un consensus ecclésial. Heureuse époque où ces choses d'une extrême importance étaient décidées collégialement, en église!

1 Gérard MORDILLAT et Jérôme PRIEUR, Jésus contre Jésus, Seuil, 1999, p.13. 2 Georges DUHAMEL, Remarques sur les Mémoires imaginaires, Mercure de France. 3 Charles PERROT, Jésus et l 'Histoire, Desclée, 1979, p.308. 4 Xavier LEaN-DUFOUR, Dictionnaire du Nouveau Testament, Seuil, 1975, p.91.

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Quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse, ces textes sacrés, malgré tous leurs défauts, malgré leur vérité bien à eux, sont des textes fondateurs essentiels. Tels qu'ils étaient, tels qu'ils sont, ils ont traversé les siècles. Leur succès populaire - au bon sens du terme - ne s'est jamais démenti, bien au contraire. De nos jours, on n'a jamais publié autant d'articles et de livres sur le personnage central des Évangiles: Jésus de Nazareth, toujours aussi fascinant, toujours aussi mystérieux. Savant ou ignorant, le lecteur y puise l'aliment spirituel le plus riche qui soit. Tout homme de bonne volonté y trouve le message le plus simple - et à la fois le plus difficile à vivre - qu'un Maître puisse donner au disciple qui l'interroge: «Que dois-j'e faire pour avoir la Vie?» Réponse: «Tu aimeras. » Ces textes uniques continuent d'inspirer les plus hautes valeurs morales et les plus nobles sentiments de l'humanité. Lus et relus, on croit les connaître, on y trouve toujours du nouveau. Ils ne s'usent que si l'on ne s'en sert pas. Et plus on s'en sert, plus ils sont vivants. Jamais on n'en épuise la moindre goutte. Ils peuvent donner du sens à l'existence de celui qui croit au Ciel et de celui qui n'y croit pas, à tous des raisons profondes de vivre, d'aimer et d'espérer. L'Évangile est un phénomène mondial et séculaire. C'est un fait historique. A qui d'autre pouvons-nous sincèrement dire: «A qui irions-nous? Tu as les paroles de la Vie éternelle. » ? Qui d'autre que Jésus de Nazareth peut oser affirmer sans crainte de ridicule ni d'un démenti quelconque depuis 2000 ans: « Je suis la Route, la Vérité et la Vie. » « Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres. » « Le Criel et la Terre passeront, mes paroles, elles, ne passeront pas. »

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