Intempestive éternité

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Le rapport au temps est révélateur d'un art de vivre, d'une époque, d'une civilisation. On a ainsi pu caractériser le mode de vie occidental par la modalité du « présentisme » (F. Hartog) ou de « l'accélération » (H. Rosa) pour décrire la dictature d'un présent qui accapare, en un monde de flux continus. Et si, à contretemps, l'on conviait l'idée d'éternité ? Tel est le défi relevé par des spécialistes de sciences des religions, de théologie, de philosophie, de littérature et de cinéma.
Publié le : mardi 8 septembre 2015
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EAN13 : 9782806107978
Nombre de pages : 154
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_IntellectIon_25_
Intempestive éternité
BENOîT BOurgiNE, JOsEph FamEréE ET PauL SCOLas (dir.)
IntempestIve éternIté
Sous la direction de Benoît Bourgine, Joseph Famerée et Paul Scolas
Dans la même collection :
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Pierre Collart,Les abuseurs sexuels denfants et la norme sociale, 2005.
Mohamed Nachi et Matthieu de Nanteuil,éloge du compromis. Pour une nouvelle pratique dÉmocra-tique, 2006.
Lieven Vandekerckhove,Le tatouage. Sociogenèse des normes esthÉtiques, 2006.
Marco Martiniello, Andrea Rea et Felice Dassetto (éds.),Immigration et intÉgration en Belgique franco-phone. état des savoirs, 2007.
Francis Rousseaux,Classer ou collec-tionner ? RÉconcilier scientifiques et collectionneurs, 2007.
Paul Ghils,Les thÉories du langage au e XX siècle. De la biologie à la dialo-gique, 2007.
Didier Vrancken et Laurence Thomsin (dir.),Le social à lÉpreuve des parcours de vie, 2008.
Pierre Collart (dir.),Rencontre avec les diffÉrences. Entre sexes, sciences et culture, 2009.
Jean-Louis Dufays, Michel Lisse et Christophe Meurée,ThÉorie de la littÉrature. Une introduction, 2009.
10. Caroline Sägesser et Jean-Philippe Schreiber,Le finan-cement public des religions et de la laïcitÉ en Belgique, à paraître. 11. Ariel Mendez (dir.),Processus. Concepts et mÉthode pour lanalyse temporelle en sciences sociales,2010. 12. Dominique Deprins,Parier sur lincertitude, à paraître. 13. Luc Albarello,SociÉtÉ rÉflexive et pratiques de recherche, 2010. 14. Paul Servais (dir.),LÉvaluation de la recherche en sciences humaines et sociales. Regards de chercheurs, 2011.
15. Jean-Luc Brackelaire, Anne-Christine Frankard, Christophe Janssen, Sophie Tortolano (dir.),Objet transitionnel et objet lien. Regards croisés, 2011. 16. François Morvan,Vers une rÉponse juridique au totalitarisme, 2012. 17. Anne Meyer-Heine (sous la dir. d’), Maladie dAlzheimer. évolution des dispositifs, Évolution des mÉtiers, quelles politiques publiques ?, 2012. 18. Paul Ghils,Le langage est-il logique? De la raison universelle à la diversitÉ des cultures, 2012. 19. Véronique Meuriot,Une histoire des concepts des sÉries temporelles, 2012. 20. Jean-Louis Dufays et Paul Servais (dir.),Publier en sciences humaines, 2013. 21. Jean-Luc Brackelaire, Marcela Cornejo et Jean Kinable (dir.), Violence politique et trauma-tisme. Processus dÉlaboration et de crÉation, 2013. 22. Anne Meyer-Heine (sous la dir. d’), éthique, droit et maladie dAlzheimer,2014. 23. Benoît Bourgine, Joseph Famerée et Paul Scolas (dir.),Dieu au risque de la religion, 2014. 24. Anne-Christine Frankard, Frédérique Van Leuven et Véronique Pauss (dir.), La souffrance du lien intersubjectif aux diffÉrents âges de la vie. Repères psychanalytiques et systÉmiques croisÉs, 2015.
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IntempestIve éternIté
Sous la direction de Benoît Bourgine, Joseph Famerée et Paul Scolas
Mise en page : Vincent Abitane – www.studio-prepresse.com
D/2015/4910/29 ISBN : 978-2-8061-0232-4
© AcAdemiA-L’HARmATTAN s.A. Grand’Place 29 B-1348 Louvain-la-Neuve
Tous droits de reproduction ou d’adaptation par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.
www.editionsacademia.be
Avant-proposJoseph FamerÉe
La problématiqueBenoît Bourgine
soMMaiRE
La tentation de l'éternitéMichel Dupuis
Peut-on parler d'éternité ? Ce qu'en dit le Premier TestamentElena Di Pede
Entre éternité et histoire. Expériences du hors-temps au cinémaSÉbastien Fevry
Conditionné et inconditionné : la dialectique du temps et de l'atemporalité dans le bouddhismePhilippe Cornu
Elle est retrouvée – Quoi ? L'éternitéRÉgis Burnet
Éternité de Dieu et commencement du temps selon Saint AugustinIsabelle Bochet
Le temps qui trépasse : les signes de l'éternitéChristian Belin
L'éternité pour confirmer l'humainPaul Scolas
Index des noms propres
Liste des auteurs
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AVaNT-PRoPoS
JoSEPh FaMERÉE
« Ce jour-ci [l’Annonciation, l’Incarnation] est la venue à la lumière de ce Jour-là [l’instant zéro de la création, alors que l’Es-prit de Dieu fécondait la terre encore vierge]. De Jésus à Marie et de Marie à Ève, la foi chrétienne fait mémoire d’une inépuisable histoire d’amour, d’une double blessure ouverte par l’amour au cœur de la Trinité et dans les entrailles de l’humanité, par où l’éternité féconde le temps, par où la chair du monde exsude la 1 tendresse de Dieu » .
Telle est la perception profonde du rapport entre le temps et l’éter-nité que tant de génies chrétiens ont explorée et creusée à partir du mystère de l’Incarnation, depuis Irénée de Lyon jusqu’à Charles Péguy et Maurice Blondel, en passant par Augustin d’Hip-pone, Anselme de Cantorbéry, Thomas d’Aquin et Duns Scot.
Avons-nous bien fait, en notre temps, de congédier l’éternité ? Pouvons-nous seulement la congédier ? « L’homme ne passe-t-il pas infiniment l’homme ? » (Pascal) L’homme peut-il être enfermé dans le monde et dans le temps ? L’homme ne s’inscrit-il pas d’em-blée sur un horizon d’éternité ? N’est-il pas non seulement capable d’éternité, mais aussi profondément désireux de celle-ci, en attente et en espérance d’une promesse de vie sans fin ?For ever,in aeternum, à jamais. La question de l’éternité, même si elle est répudiée, ne se repose-t-elle pas par un autre biais…à temps et à contretemps ? Intempestive éternité.
1.
JosephMOINGT,Dieu qui vient à lhomme:, t. 2 De lapparition à la naissance de Dieu, II.Naissance, Paris, Cerf, coll. « Cogitatio Fidei, 257 », 2007, p. 533.
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Intempestive éternité
L’historien de l’Antiquité, selon Thucydide, ne visait-il pas, sur le plan de la compréhension du caractère humain des événements (kata to anthrôpinonun trésor pour) certes, à réaliser une œuvre, « 2 toujours »,ktêma es aiei»grands hommes ? Sur un autre plan, les « ne cherchent-ils pas à laisser une trace dans l’histoire, à atteindre une certaine forme d’immortalité dans la mémoire des peuples par une gloire, une renommée impérissable ? Inépuisable (désir de) transcendance de l’humain par rapport à l’immanence du temps intra-mondain. Sans cette ouverture au-delà du temps, l’histoire n’en deviendrait-elle pas vide et inconsistante ?
Quid hoc ad aeternitatem ?Cette exclamation de l’Imitation de JÉsus-Christ, sans dévaloriser l’histoire humaine, la relativise saine-ment et sagement au regard même de l’Histoire longue, mieux encore, au regard d’un au-delà possible de l’Histoire : le temps présent doit être mis en perspective, orienté, sous peine de s’affadir.
En définitive, l’être humain est-il « ein Sein zur Zeit oder zur Ewigkeit », « ein Sein zum Tod oder zum Leben », pour paraphraser Heidegger ? C’est toute une anthropologie, avec ses implications les plus concrètes et vitales, qui est ici en jeu et en germe. Le vieux thème judéo-chrétien de l’éternité, même hors foi, peut interpeller et féconder notre culture de l’instant et de l’immédiat. Seule cependant une approche plurielle de ce thème pourra en mani-fester toute la pertinence et toute la saveur anthropologique pour notre temps.
Aussi, comme à laccoutumée, la démarche de pensée du e 3 XII Colloque Gesché, dont les actes sont ici publiés , ne se limite-t-elle pas à lapproche théologique et philosophique, mais recourt-elle à de nombreuses autres compétences. Cest en théologienque Benoît Bourgine (UCL) expose la problématique : pourquoi
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THUCYDIDE,La Guerre du PÉloponnèse, I, 22, 4, trad. fr. de Jacqueline RCollection des Universités, Paris, Les Belles Lettres, coll. « DE OMILLY de France », 1968, p. 15. Ce colloque, intitulé « Intempestive éternité », s’est déroulé les 28 et 29 octobre 2013 à l’Université catholique de Louvain (UCL, Louvain-la-Neuve, Belgique). Pour les colloques précédents,voir https://www.uclouvain.be/355407.html.
Avant-propos
sinterroger sur léternité alors que lici-bas et laujourdhui requièrent toute notre attention ? Poser la question de léternité, nest-ce pas courir le risque de fuir la vie et de sévader à peu de frais du réel ? Peut-on poser la question de léternité autrement que comme un contretemps, autrement que de manière intempestive ? Et pourtant, lhomme ne serait-il pas fait, non pour la mort, mais pour la vie, une vie éternelle ? Dans une perspective similaire, le philosophe Michel Dupuis (UCL) questionne la tentation de léter-nité comprise comme prolongation indéfinie de la vie en relative bonne santé. En effet, il est une vie à laquelle cette extension de la vie, relativement légitime, ne se substitue aucunement, car elle est débordée par la transcendance de cette destinée personnelle, entendue comme lhistoire irremplaçable dun être personnel et élu par la création, commencée ici, orientée de manière énigma-tique vers un au-delà en passant par la grande épreuve de la mort. Lexégète Elena Di Pede (Université de Lorraine), pour sa part, interroge le Premier Testament sur len parle-t-il vrai-éternité : ment ? Celui-ci vise avant tout une permanence dynamique inscrite dans le temps. Pour assister à lémergence de lidée dun temps futur et complètement neuf, il faut attendre des textes tardifs tels que Qohélet, Daniel ou Maccabées, et leur réflexion tant sur la vie humaine que sur la justice éternelle de Dieu. En expert de la communication, Sébastien Fevry (UCL) offre une contribution suggestive à la thématique par son analyse des expériences du hors-temps dans le cinéma contemporain. Celui-ci peut faire éprouver au spectateur lexpérience dune durée sans origine ni fin, mais cette expérience ne peut saccomplir quau prix dun écart par rapport à lenchaînement des images, cette inclinaison suivie, depuis ses débuts, par le cinématographe. La spécificité médiatique du cinéma permet ainsi de problématiser le concept déternité. Philippe Cornu (UCL), spécialiste du bouddhisme, explore de manière précise comment celui-ci expérimente le rapport entre ce que lOccident appelle le temps et léternité. Ici, il faut plutôt parler dune dialectique du temps et de latempora-lité, du conditionné et de lle temps est plutôtinconditionné : déconstruit que consacré, car, pour résoudre la souffrance, lêtre humain doit être délivré de la conditionnalité temporelle de son existence. Régis Burnet (UCL), en exégète, étudie à son tour la notion déternité dans la Bible, mais dans le Nouveau Testament cette fois. Le discours sur léternité y est en perpétuelle hésitation
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