Itinéraire singulier d'un prêtre catholique

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Jacques Breton est prêtre catholique. Tour à tour vicaire en paroisse, aumônier de lycée, ermite, c'est sa rencontre avec K. Graf Dürckheim, Maître Noro et des maîtres de la tradition zen au Japon qui lui a permis de faire le lien entre corps, psyché et esprit et d'approfondir sa vie spirituelle. A la suite de ce parcours très singulier il a fondé le centre Assise, lieu de cheminement et de silence, pour transmettre son expérience et aider les personnes à devenir elles-même dans l'unité, la liberté et l'ouverture au monde.
Publié le : jeudi 1 septembre 2011
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EAN13 : 9782296467194
Nombre de pages : 154
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L'itinéraire singulier
d'un prêtre catholique
La traversée de l'obscur










Père Jacques Breton





L'itinéraire singulier
d'un prêtre catholique
La traversée de l'obscur




Préface du père Étienne,
abbé de Fleury à Saint-Benoît-sur-Loire

























































































































































































© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-55484-9
EAN : 9782296554849



Préface

L’itinéraire du père Jacques Breton est à la fois singulier
et emblématique ; sa quête spirituelle rejoint en effet celle de
bien de nos contemporains, souvent nés et éduqués dans le
christianisme, mais ne parvenant pas à unifier leur vie autour
de leur foi. Après une enfance éprouvée et une jeunesse où il
"subissait la vie" et fuyait dans l’imaginaire, Jacques, aidé
providentiellement par des guides avisés, sort de son
isolement et s’engage dans la voie du sacerdoce.

Pourtant, même quand on a trouvé et réalisé sa vocation,
on n’a pas fini de se trouver soi-même et de correspondre à
son appel. Tout l’être, y compris ses recoins les plus cachés,
doit se laisser gagner par le dessein de Dieu et le don de soi.
Après de généreuses années de ministère, commence pour
Jacques une nouvelle étape de sa vie : du noviciat chez les
carmes à la fondation du centre Assise, il parcourt un long
chemin d’intériorité où peu à peu guérissent et revivent bien
des aspects de son humanité, blessés ou laissés en jachère.

Suivre jusqu’au bout une telle aventure requiert de
l’énergie, de la persévérance, de la droiture. Nul doute que sa
formation initiale à Saint-Cyr a donné à Jacques ce sens de la
discipline et de la maîtrise de soi qui lui a permis d’affronter
l’onéreuse purification au centre de Karl Graf Dürckheim et
la rude initiation au bouddhisme zen dans les monastères
japonais.

5 Un tel parcours aurait pu l’éloigner de la foi et de l’Église.
Il sut au contraire intégrer la sagesse orientale à son choix
d’appartenir totalement au Christ, et celle-ci l’aida à
redécouvrir les richesses de la tradition mystique chrétienne :
« Si tu vas au bout du monde, tu trouves la trace de Dieu, si
tu vas au bout de toi-même, tu trouves Dieu lui-même »,
disait Madeleine Delbrêl. Après ces longues années
d’approfondissement vint le temps de la synthèse et du
partage avec d’autres chercheurs de Dieu. Le centre Assise
en est la concrétisation. Accueillant toutes les personnes en
quête de leur unité intérieure, croyantes ou non, celui-ci reste
centré sur l’eucharistie célébrée et adorée quotidiennement,
sur la prière de l’office matin et soir, dans un climat quasi
monacal et le recueillement qu’imposent les longues séances
de méditation silencieuse.

Au soir de sa vie, Jacques Breton est plus chrétien et plus
prêtre que jamais, ancré dans des lieux spirituels où il se
ressource régulièrement : Lourdes où il aime retrouver la
Vierge Marie, ou l’abbaye de Saint-Benoît qu’il fréquente
chaque mois depuis plus de trente ans. Puisse son itinéraire
aider tous ceux qui cherchent la cohérence de leur vie à la
trouver en Christ : « On ne fait pas un long chemin vers la
vérité sans rencontrer le Christ », disait la philosophe Simone
Weil.


Frère Étienne Ricaud,
abbé de Fleury
(Saint-Benoît-sur-Loire).
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Introduction

Il y a bien longtemps, un éditeur m’a demandé d’écrire
pour relater mon itinéraire. Je me suis mis à la tâche. Très
vite, je me suis heurté à bien des difficultés. Combien il est
difficile d’exprimer une expérience dans un langage qui se
veut à la fois très fidèle au vécu et compréhensible pour celui
qui le lira ! Aussi trouvais-je toujours bien des raisons
d’interrompre ce travail. Sans doute aussi étais-je peu motivé.
A quoi bon transmettre une part très personnelle d’une
existence qui nous concerne particulièrement ? Quel intérêt
cet itinéraire peut-il présenter pour d’autres que moi, alors
que nous savons que tout chemin est unique ? A quoi bon
raconter sa vie ?
Pourtant, je me suis remis au travail, non pour écrire mon
histoire, mais pour transmettre les quelques lumières que
mon expérience m’a révélées. Mon parcours m’a permis
aussi de rencontrer des maîtres qui m’ont initié sur mon
chemin spirituel. Parler d’eux est une manière de les faire
connaître. Je voudrais surtout faire œuvre d’espérance pour
tous ceux qui me liront. Parti d’un univers très mortifère, j’ai
traversé bien des étapes et aujourd’hui je m’ouvre à la Vie,
une vie pleine de joie et d’amour.
Certains n’y verront peut-être que le résultat d’un travail
personnel, mais je puis affirmer que la grâce s’est manifestée
dans mon quotidien à travers tous les évènements, les
rencontres, une discipline de vie et tous les exercices que je
m’imposais. Il est vrai, comme l’a affirmé K. Graf
Dürckheim, que le chemin exige beaucoup de patience, de
persévérance, de courage, ces vertus qui s’acquièrent
progressivement. Aussi, tout homme de bonne volonté peut-
7 il espérer entrer dans une vie plus humaine, plus vraie, plus
lumineuse.

Pour être fidèle à mon itinéraire, j’ai dû faire part de mon
expérience de Dieu. Prêtre catholique, j’ai remis en question
bien des éléments de ma foi, mais la quête de vérité, qui m’a
toujours accompagné, m’a permis de reconnaître la réalité du
Dieu d’Amour au-delà de toutes les idoles que le monde se
fabrique. Arrivé presque au terme de ma vie, je me sens
habité par un Esprit de Liberté, de Lumière et d’Amour qui
transfigure mon existence et m’ouvre à toute l’humanité en
recherche. Le centre Assise que j’ai créé n’a d’autre sens que
d’aider les personnes à devenir elles-mêmes dans l’unité, la
liberté, l’ouverture au monde.
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PREMIÈRE PARTIE


ENTRÉE SUR LE CHEMIN



Chapitre I

EXPÉRIENCE FONDATRICE


Qui n'a pas eu, à un moment donné de son existence, une
expérience exceptionnelle qui l'a saisi au plus profond de lui-
même, lui révélant une part de son mystère ? Cherchant à
décrire mon itinéraire, il me semble nécessaire de partir de
cette expérience. Je l'ai vécue vers l'âge de dix-sept ans, en
1942, et pourtant elle est toujours présente en moi.

Je vivais une période très difficile de mon adolescence. Je
venais de perdre ma mère, alors que mon père et un petit
frère que j'aimais beaucoup nous avaient quittés quelques
années auparavant. A cause de cela, avec mes deux sœurs,
nous avons dû quitter la maison familiale de Pontoise pour
venir habiter chez notre grand-mère à Paris. Or, j'étais très
attaché au collège dans lequel je faisais mes études. Je quittais
mes camarades et mes éducateurs, prêtres et enseignants,
pour entrer dans un monde inconnu. La souffrance
occasionnée par ce départ m'atteignit au plus profond de
mon cœur, elle me fit me replier sur moi-même, me coupant
davantage encore de mon environnement.
J'aimais beaucoup ma mère. Je lui étais d'autant plus
attaché qu'ayant attrapé la tuberculose auprès de mon père,
un ancien gazé de la Grande Guerre, elle a vécu ses deux
dernières années loin de nous, dans un sanatorium où elle
morte. Même si je passais encore de bons moments auprès
de mes cousins, je vivais dans un complet isolement. Avec
11 mes deux sœurs, nous parlions très peu, chacun restant sur
sa douleur. De plus, se révélait en moi un sentiment de
culpabilité. Je me suis senti responsable de la mort de ma
mère. J’étais un jeune très turbulent et indiscipliné et, de ce
fait, alors qu’elle habitait encore avec nous, je lui rendais la
vie très difficile. Est-ce cela qui a provoqué la rechute de sa
maladie ? Au fond de moi-même, je me sentais coupable et
je ne me permettais plus d'exister : j'avais perdu le goût de la
lecture qui était mon principal passe-temps. Surtout, je
n'arrivais plus à fixer mon attention dans mon travail
scolaire. Je quittais peu à peu la réalité de mon existence
pour me construire un monde de rêve dont je percevais
l'inanité et je n'avais personne à qui parler.
Un jour, j'ai brutalement pris conscience que ma vie
n'avait plus aucun sens. Je ne voyais qu'une solution : la
mort. De fait, je la vivais dans mon corps et mon esprit.
L'avenir me paraissait entièrement fermé. De nature, j'étais
plein d'ambitions et je découvrais qu'elles ne débouchaient
sur rien qui en vaille la peine. En outre, l'environnement était
lugubre. Nous étions en pleine guerre, avec toutes les
restrictions qu'elle imposait. Pour économiser l'électricité,
nous vivions dans une espèce de pénombre avec des rideaux
épais qui ne laissaient pas passer la moindre petite lumière.

Avais-je encore la foi ? Certes, je ne doutais pas de
l'existence de Dieu et j'allais à la messe tous les dimanches.
Mais à ces moments-là, Dieu m'apparaissait bien lointain.
J'étais arrivé à un stade limite où il n'y avait plus rien, je me
trouvais dans le noir le plus complet où tout pouvait
basculer. Je n’aspirais qu’à mourir pour quitter cette vie
devenue absurde.

C'est alors que j'ai eu un réflexe provenant certainement
de ce qui me restait de foi. Je me suis tourné vers ma
bibliothèque et j'ai pris le Nouveau Testament. Je ne me
12 rappelle plus à quelle page je l'ai ouvert, ni le passage que j'ai
lu. Mais, subitement, je me suis senti saisi par une force, un
dynamisme, une tendresse qui m'envahirent tout entier. Tout
mon désespoir se transformait en une magnifique espérance.
Les ténèbres dans lesquelles je me trouvais devenaient une
éclatante Lumière. Je compris que je n'étais plus seul et qu'au
fond de moi, se trouvait une Présence merveilleuse. Etait-ce
le Christ ? Je n'aurais pu le dire. J’avais déjà vécu une
semblable expérience à onze ans, lors de ma retraite de
communion solennelle, en lisant l’Évangile dans La Bible des
jeunes. Elle avait alors été moins forte mais elle m’avait
plongé dans un grand silence intérieur que j’aurais voulu
éternel. En me la rappelant, il m’apparut clairement que
c'était le Christ, ou plutôt son Esprit, qui s’était manifesté à
moi. C'est sans doute une des raisons qui m'ont poussé à
m'intéresser davantage à saint Jean de la Croix qu'à tout
autre mystique.

Depuis cette expérience, que j’appelle fondatrice, je n'ai
jamais remis en cause ma foi en ce Dieu intérieur, en cet
Esprit de Lumière et d'Amour. Mais ce n'est pas pour autant
que j'en vivais. Je portais en moi une telle faculté d'oubli que
l'inconscient reprenait le dessus et que l'essentiel
m’échappait. Pourtant, cette expérience demeurait en moi
comme une référence indubitable. Je gardais le sentiment
d’une présence que rien ne pouvait détruire et qui, dans les
instants de grâce où je la vivais, me remplissait de paix. A ce
moment-là, j'ai compris que ma mission, ma raison d'être sur
cette terre serait de vivre de cet Amour, de le faire connaître,
de le communiquer.

Est-ce que ma vie s'en est trouvée changée pour autant ?
Non, j'étais trop isolé et trop inhibé pour que le corps et
l'esprit puissent suivre cet élan. Il aurait aussi fallu que je
puisse confier cette expérience à quelqu'un qui l'entende. Or,
13 comme je l'ai dit, je ne connaissais plus personne à Paris. Et
à cet âge-là où l'on manque tant de volonté, une aide
extérieure, un maître, aurait été indispensable. J'étais sorti de
la nuit, de la mort, une lueur d'espérance éclairait un peu
mon existence, ma vie reprenait un sens mais mon désir de
vivre restait bien tiède. J'ai terminé mon année scolaire sans
enthousiasme. Heureusement une retraite de fin d'année était
prévue chez les Jésuites à Manrèse. Je m'y suis inscrit sans
grande conviction. Le deuxième ou le troisième jour, je ne
sais plus, je fus de nouveau saisi par cette même présence, un
amour ineffable qui s'emparait de moi. Là je décidai de
consacrer totalement ma vie à ce Dieu qui se manifestait
d'une façon si forte.

Après les vacances, j’entrai en terminale au lycée Henri
IV. Là, je m’engageai dans la vie chrétienne en participant
activement à la JEC et à la "Route" (scoutisme) du lycée.
Mais cela ne dura pas. J'étais habité par une grande léthargie
que je peux attribuer en partie au manque d'affection et de
motivation. J'avais de bons camarades qui, je crois,
m'aimaient bien mais je ne me livrais pas, mon cœur
demeurait fermé. Malgré l'expérience intérieure que j’avais
vécue, l’existence présentait peu d'intérêt. A part le jeu où je
pouvais me donner à fond, je subissais ma vie.
Heureusement, je considérais justement les sciences et
surtout les mathématiques comme un jeu, ce qui me
permettait de réussir assez bien dans ces matières. Par
contre, je maîtrisais très mal mon imagination et fuyais la
réalité qui m'apparaissait trop dure. Je construisais tout un
monde de rêve où mon ambition se déployait librement. Je
maîtrisais aussi très mal mes sentiments et ma sexualité. Je
suis tombé amoureux d'une jeune fille, mais j'étais trop
timide pour me déclarer et ces peines de cœur n'ont fait
qu'accentuer le fossé qui me séparait du monde.
14 Pourtant, à certains moments de lucidité, je reprenais
conscience de l’appel que j’avais reçu, sans pouvoir lui
donner la moindre réponse. Ceci augmentait encore
davantage mon désarroi. En dernier recours, je décidai
d’aller trouver mon ancien directeur de collège pour lui
confier mes difficultés. Lui-même ne pouvait pas, faute de
temps, me prendre en charge mais il me comprit assez bien
et m'envoya consulter un de ses amis prêtres qui était
supérieur du séminaire des Carmes de l'Institut catholique de
Paris : le père Enne. C'était la personne qui pouvait le mieux
répondre à mon attente. Homme de cœur, fort intelligent,
très cultivé, il avait un côté maternel très accentué. De fait, il
m'accueillit comme une mère. Enfin je sortais de mon
isolement ; tous les quinze jours je venais le voir le dimanche
après-midi. C’était une grande joie de le rencontrer car je
l'aimais comme un père et une mère. Au fond, je lui étais très
attaché, trop peut-être car il reprit, par la suite, ses distances
comme je le raconterai plus loin, et ce fut une autre mort.
Pour le moment, il me fallait poursuivre mes études, non
sans mal. Mon père et mon oncle étaient tous deux
militaires, l'un sortait de Polytechnique, l'autre de Saint-Cyr.
En attendant de trouver ma voie, je me sentis obligé de
suivre leur chemin. Je rentrai en math sup. au lycée Henri-IV
mais ne me sentant pas suffisamment fort pour être reçu à
l'X, j'optai pour Saint-Cyr. J'allai suivre la préparation du
concours d'entrée au lycée Saint-Louis. Grâce au père Enne,
mon désir de me consacrer se faisait plus pressant, mais je ne
voyais pas du tout dans quel ordre religieux je pouvais
entrer. J'avais beau consulter des fiches de renseignements
sur les différentes formes de vie religieuse, rien ne m'attirait.
Et mon père spirituel, qui au fond m'aimait beaucoup,
souhaitait que je rentre dans son séminaire. Reçu à Saint-Cyr
en 1947, je fus rattaché à la seule promotion à être envoyée
dans les corps de troupe avant d'accéder à l'école de
Coëtquidan, sous prétexte de démocratiser l'armée. Aussi,
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