Justice et gouvernement dans l'Eglise d'après les Lettres de saint Grégoire le Grand

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Le Pontificat de saint Grégoire I er (590-604)- pape connu sous le nom de Grégoire le Grand -est considéré comme étant une époque charnière pour l'histoire de l'Eglise : entre Antiquité et Moyen-Age. Cette étude inédite s'efforce de dégager l'idéal de justice dont les sources du Droit canonique sont imprégnées en reconstituant les motivations juridiques qui ont présidé aux décisions de ce pontificat.
Publié le : dimanche 1 mars 2015
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EAN13 : 9782336370910
Nombre de pages : 376
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Abbé JacquesYves Pertin
Justice et gouvernement dans l’Église d’après les Lettres de saint Grégoire le Grand
Préface de Mgr Dominique Rey Présentation de Carlos José Errázuriz M.
Justice et gouvernement dans l’Eglised’après lesLettres de saint Grégoire le Grand
Religions et Spiritualité fondée par Richard Moreau, Professeur émérite à l’Université de Paris XII, dirigée par Gilles-Marie Moreau et André Thayse, Professeur émérite à l’Université catholique de Louvain.La collectionReligions et Spiritualitérassemble divers types d’ouvrages : des études et des débats sur les grandes questions fondamentales qui se posent à l’homme, des biographies, des textes inédits ou des réimpressions de livres anciens ou méconnus. La collection est ouverte à toutes les grandes religions et au dialogue interreligieux. Derniers titres parus:Stanislas Longonga,Saint Paul, un apôtre contre les femmes ?, 2015. Han Hyung-Mo,Déconstruction d’une image de Jésus : l’historicité et la nature, 2015. Philippe Beitia,Pour vivre son couple dans la foi, 2014. Jacques Assanvo Ahiwa,Jésus et la maladie dans l’évangile de Jean. Préface de Michèle Morgen, 2014.Rodolphe de Borchgrave,De veritate : vérité et langages de la foi, 2014. Albert Rey,Henri Reymond (1737-1820), évêque constitutionnel de l’Isère (1793-1802), évêque concordataire de Dijon (1802-1820). Préface de Mgr Guy de Kerimel, postface de Mgr Roland Minnerath, 2014. Gérard Leroy,A la rencontre des Pères de l’Eglise, 2014. Véronique Gay-Crosier,Plongée dans l’enseignement social de l’Eglise. Préface du frère Tanguy-Marie Pouliquen, 2014.Martine Digard,Lettre à tous ceux qui cherchent Dieu. Préface de Marguerite Léna, sfx, 2014. Francis Lapierre,L’Evangile oublié (nouvelle édition), 2014. Don-Jean Belambo,La réception de la théorie de l’évolution dans la théologie catholique du XXe siècle. Préface de François Euvé, 2014.Francis Weill,Le jour où Dieu pleurera, 2014. Stanislas Longonga,Pour lire et comprendre les épîtres de Saint Paul, 2014. Fr. Sameer Maroki (o.p.),Les trois étapes de la vie spirituelle chez les Pères syriaques : Jean le Solitaire, Isaac de Ninive et Joseph Hazzaya. Préface de Mariette Canévet, 2014.François Orfeuil,Approches de la Bible : un orthodoxe lit des textes. Préface de l’archiprêtre Jean Breck, 2014.Anne-Claire Moreau,Peuples, guerres et religions dans l’Amérique du Nord coloniale, 2014. Francis Weill,Dictionnaire alphabétique des versets des douze derniers prophètes (2 vol.), 2014. Bruno Florentin,La révélation de Dieu et de sa dispensation dans l’évangile de Jean, 2014. Emmanuel Pisani, o.p.,Le dialogue islamo-chrétien à l’épreuve, 2014. Philippe Beitia,Le culte local des Papes dans l’Eglise catholique, 2014. Ataa Denkha,L’imaginaire du paradis et le monde de l’au-delà dans le christianisme et dans l’islam. Préface de François Boespflug, 2014. Fr. Etienne Goutagny (moine de Notre-Dame de Cîteaux),:La manne du désert petit dictionnaire des noms communs bibliques à la lumière des Pères du désert, 2014.
Abbé Jacques-Yves PERTIN
Justice et gouvernement dans l’Eglised’après les Lettresdesaint Grégoire le Grand
Préface de Mgr Dominique Rey Présentation deCarlos José Errázuriz M.L’Harmattan
Avec approbation ecclésiastique du Vicariat de Rome. Du même auteur: Cerimoniale del Rito romano antico(Amicizia Cristiana, 2008). D.O.M. Mes plus vifs et discrets remerciements à : Mgr. Dominique Rey, évêque de Toulon-Fréjus,  Mgr. Carlos José Errázuriz M., mon directeur de thèse, MmeSofia Boesch Gajano, professeur d’Histoire médiévale à l’Université de Rome III, membre du jury.Mes parents, Mme Josiane et M. Jean-Yves Pertin,  Mme Raffaela Manca-Porcu,  Melle Elisabeth de Cormis,  M. Philippe et Melle Fleur Thomas,  Mme Chiara Cocciarelli,  Mme Giuseppina di Natale, M. Alessandro Scali.  et P...
Préface Il ne me revient que de préparer le lecteur à aborder la thèse de l’abbé Jacques-Yves Pertin, laissant à Monseigneur Errázuriz le soin de la présenter scientifiquement. La note et la mention les plus élevées ont justement récompensé plusieurs années de labeur. La précision et la clarté des analyses n’étonneront pas ceux qui connaissent leur auteur ; elles rendent assez bien compte de la rigueur avec laquelle l’abbé Pertin sert la passion qui l’anime pour restaurer dans l’Eglise l’estime due à son droit, estime trop souvent perdue malgré sa nécessité pour le salut des âmes. Elles mettent d’autant mieux en évidence, dans ce travail sur la justice et le gouvernement de l’Eglise selon saint Grégoire le Grand, plusieurs leçons d’actualité pour nous, quatorze siècles plus tard. Parmi d’autres possibles, je retiens les suivantes. A notre époque, le droit et le principe d’autorité, qui va avec, sont malmenés. Le relativisme les corrompt de tous les côtés. Leur soumission aux revendications de l’opinion publique leur fait perdre stabilité et, de plus en plus souvent, cohérence. La négation de toute référence au droit naturel, sans parler de la loi divine, sape les fondements de la loi et donc de la société, alors même que la consécration juridique est recherchée par chaque minorité en mal de reconnaissance publique.Dans l’Eglise même, comme je viens de le rappeler, le droit, depuis quelques décennies, est mal vu. Et l’exercice de l’autorité s’en ressent. Je ne parle pas du droit pénal, quasiment oublié dans beaucoup de diocèses. De manière générale, une décision, un comportement juridique sera systématiquement considéré comme suspect de manquer aux exigences de l’Evangile. L’étude de l’abbé Pertin nous montre au contraire à quelles profondeurs les racines du droit en général, et du droit de l’Eglise en particulier, vont puiser leur sève pour qu’il éclose ensuite en fruits de justice et de vérité dans la vie de tous les jours. Aucune société ne peut se passer d’un droit propre. L’application de règles prédéterminées, avec la souplesse requise par les circonstances de chaque espèce, ne signifie pas nécessairement rigueur antiévangélique ! La question est de savoir quelles sont les sources de ces règles. Saint Grégoire le Grand fonde son pouvoir de gouvernement sur l’autorité unique qui est la sienne et qu’il sait ne pouvoir exercer que dans un service le plus humble possible. La source de son autorité s’accorde d’ailleurs à celle des principes qu’il doit mettre en œuvre, puisque ceux-ci lui viennent de l’Evangile et de l’équité naturelle.L’intérêt d’aller rechercher dans un registre de lettres un enseignement de portée générale sur l’exercice du gouvernement dans 5
l’Eglise, est aussi de donner à cet enseignement un caractère plus vivant, plus personnel et plus existentiel. Il ne s’agit pas de tomber dans le subjectivisme d’une affectivité malmenée par les devoirs d’une charge écrasante, mais au contraire de montrer comment l’objectivité de la mission confiée et l’objectivité des principes à appliquer sauvent de cet écueil. L’abbé Pertin ne cache pas les difficultés personnelles ni les plaintes de son héros, qui se lamente d’avoir perdu la paix du monastère et, tombé dans les affairesdu siècle, de s’être détourné dela vie contemplative. L’exercice de l’autorité est un sacrifice que seuls peuvent justifier deux dimensions fondamentales du gouvernement et de la justice : faire le bien, fuir le mal. Or, l’oubli du fondement objectif de l’autorité et des principes de la justice, l’oubli aussi de la grandeur du droit qui consiste à attribuer à chacun ce qui lui est dû, rendent trop souvent ceux qui ont reçu la mission d’exercer une autorité les otages soit de rapports de force par définition iniques, soit de la tyrannie d’une sensibilité arbitraire. A qui sait regarder, l’évidence que l’Eglise peut souffrir de tels maux n’échappera pas. Or, la charité peut couronner l’exercice de l’autorité mais seulement sur les bases d’une justice qui s’affirme comme colonne vertébrale de l’édifice à construire et remède face aux contingences d’une humanité blessée par le péché originel. A cet égard, l’abbé Pertin montre bien comment saint Grégoire se soumet aux impératifs de sa charge tout en parvenant, dans des situations difficiles, à faire triompher la charitéin veritate. Il montre aussi comment l’exercice de l’autorité, lorsque celle-ci est assumée en plénitude, ouvre concrètement de multiples occasions de faire le bien. Dans l’exercice du gouvernement ecclésial fondé sur l’Evangile, comment Dieu n’aurait-il pas assorti la responsabilité écrasante de guider son troupeau, de la consolation immense de pouvoir faire du bien à chaque brebis? Dans l’œuvresaint Grégoire, de on en trouvera de multiples exemples. La synthèse de l’abbé Pertin s’achève d’ailleurs sur la prise en compte de la paternité inhérente au gouvernement ecclésial, paternité qu’il décline, à l’exemple du saint Pape et docteur, en douceur et en humilité. Enfin, l’abbé Pertin montre la portée eschatologique du gouvernement et de la justice de saint Grégoire. Celui-ci exerce son autorité d’une manière qui démontre sans cesse l’entière détermination de ses pouvoirs par le bien de l’Eglise ordonnée au salut des âmes. L’autorité dont Grégoire est investi, et les principes de la justice qu’il exerce, ne viennent pas seulement de Dieu ; leur fin est elle-même le retour des âmes à Dieu. La cause finale du gouvernement de l’Eglise se retrouve donc aussi, comme en toute bonne métaphysique, à son principe. L’humilité de celui qui en est chargé, à laquelle l’abbé Pertin montre que saint Grégoire accorde la plus haute importance, prend alors tout son sens. Seule elle lui permet de ne pas faire obstacle à la dynamique constitutive du droit et de l’autorité dans l’Eglise: recevoir de Dieu les institutions et les lois dont la mise enœuvre, si exigeante soit-elle, permet d’atteindre le but que Dieuleur a attaché. C’est la 6
raison pour laquelle cette humilité est vue commesola officii sacerdotalis erectio et comprise comme le roc (humilitatis arcem) sur lequel il convient d’appuyer toute mission d’autorité.Voilà pourquoi, parmi bien d’autres considérations possibles, je formule le vœu que la thèse de l’abbé Pertin ne contribue pas seulement à décorer les étagères des meilleures universités. A l’école de saint Grégoire, qu’elle aide les pasteurs à prendre conscience de l’importance de leurs missions de gouvernement, et les fidèles à recevoir ce gouvernement comme un don de Dieu. + Dominique Rey, Evêque de Toulon-Fréjus. Toulon, le 11 novembre 2014
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Présentation La recherche de l’abbé Jacques-Yves Pertin intituléeJustice et gouvernement dans l’Eglise d’après le Registre des Lettres de Saint Grégoire le Grandreprésente un apport scientifique original, soit sur le plan de l’élaboration d’une théorie fondamentale du droit canonique que sur celui de la compréhension de ce pape vraiment grand. J’essaierai de mettre en évidence le premier aspect, ayant eu l’occasion d’avoir confirmation du second au témoignage même de Mme Sofia Boesch Gajano, professeur et historienne, spécialiste de saint Grégoire. On croit souvent que la période d’antijuridisme qui aaprès le sévi Concile Vatican II est heureusement en voie d’extinction et que la promulgation des nouveaux Codes, latin et oriental, a favorisé un retour à la considération de cet aspect dans la vie ecclésiale. A mon avis, un obstacle important demeure encore, lié à l’idée même que l’on se fait du droit, idée reçue presque sans aucune conscience critique. En fait, le droit canonique continue à être habituellement perçu comme un ensemble de canons, au travers duquel les normes positives et formalisées occuperaient la place d’honneur dans la compréhension de ce qui est juridique dans l’Eglise. Selon cette mentalité, le droit serait un produit humain dont la caractéristique serait d’être extrinsèque à la réalité du Peuple de Dieu. Cette situation ne pose pas simplement qu’un problème théorique, mais implique surtout une difficulté pratiqueμ bien souvent, en effet, on n’éprouve qu’indifférence ou gêne face à un corps étrangerν le droit serait l’objet de l’attention des seuls canonistes, considérés, à leur tour, comme les gardiens d’un ordre formel, certes nécessaire, mais comme une espèce de moindre mal. Pour sortir de cette vision réductrice, il faut de façon décisive adopter une autre idée qui récupère le concept de droit en lien avec la justice : le droit étant précisément l’objet de la justice. On doit invoquer tous les domaines du droit canonique dans cette perspective renouvelée. Mais cela ne suffit pas. Il faut mettre en évidence la dimension de justice en tant qu’elle est présente dans l’être-même de l’Eglise de Jésus-Christ, et pour cela, avant tout, lire avec les yeux du juriste la parole de Dieu, telle que nous la connaissons dans l’Ecriture et la Tradition. Le travail de l’abbé Pertin s’insère dans ce contexte avec un esprit de créativité.L’auteur asu éviter deux écueils dans la lecture très attentive de ce qui est juridique dans les lettres de saint Grégoireμ d’une part, celui d’appliquer à des documents historiques des catégories de notre époque, mêmes si elles sont valables, risquant toutefois de faire disparaître 9
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