L'appel des sens dans les évangiles

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Connaître Jésus autrement ! Sans nier les différentes approches savantes que les sciences et les théologies nous proposent, celle-ci s'appuie sur ce que tous les hommes ont en commun, les sens. Aussi, pour "entrer dans l'intelligence de ce que Jésus a vécu", est-il indispensable d'approfondir cet appel des sens qui est le mystère pour l'homme et qui interrogea Jésus lui-même. Cette étude peut nous aider à devenir soi pour nous accomplir dans la recherche de notre humanité.
Publié le : mardi 1 janvier 2008
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EAN13 : 9782296189713
Nombre de pages : 128
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L'APPEL DES SENS DANS LES ÉVANGILES

@ L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

75005 Paris

http://www.librairicharmattan.com diffu~ion. harmattan@wanadoo. fr harmattan 1@wanadoo. fr
ISBN: EI\N 978-2-296-04867-6 : 9782296048676

Jean-François

CHENEL

L'APPEL DES SENS DANS LES ÉVANGILES

L'Harmattan

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LE GOÛT

DES

AUTRES!

Dans

l'évangile

de Marc.

PROLOGUE

Jésus est-il un personnage si attachant qu'il faille en parler encore maintenant?

Pourquoi lire et relire son évangile avec le désir inassouvi de le connaître mieux ? Pourquoi s'interroger depuis deux mil ans sur ce qu'il fut comme si, chercheurs d'or, nous étions toujours en manque? La vie de Mahomet importe moins que ses pensées; la vie du Dalaï Lama préoccupe moins que la sagesse qu'il diffuse; lui, Jésus, n'a rien laissé, que sa vie, et quelques paroles, étamines semées sur nos chemins humains.
Permettez-moi de ne retenir de lui qu'un trait, un attrait, capable d'enrichir toute vie au plus haut degré, capable de transmuter le réel en bouquet d'éternité, je propose: le goût des autres!

Quoi? Cette contagion d'être qu'il exerçait singulièrement, nous en faisons déjà l'expérience entre nous. Si elle me laisse le goût du sel et du levain, celui d' un pain nourrissant, d'une saveur insolite, je voudrais y associer la présence de Jésus à l'exemple de ce que les disciples ont connu.

lis ont rencontré quelqu'un, ils ont reçu de lui une réelle puissance de vie qui habitait en lui : Le goût des autres!
Vous vous souvenez de cette expression célèbre de Jean-Paul Sartre: « L'enfer, c'est les autres. » Elle risque de saborder l'élan vital qui nous fait exister les uns avec les autres, élan qui nous met au monde pour le recréer. L'enfer! Ne serait-ce pas surtout soi-même, la seule personne à qui nous ne pouvons échapper?

li est vrai que goûter n'est pas inné. Le bébé ingurgite, l'enfant veut posséder, l'adulte s'affirmer. En revanche, goûter c'est recevoir, recueillir l'insoupçonné, le frémissement de la vie quand il nous est donné! Développer le goût des autres c'est d'abord refuser les apparences trompeuses, sauter les barrières, nier les jugements et prétextes, entrer en relation, s'offrir à l'inconnu, se laisser éblouir d'une lumière intérieure, apprendre à aimer.
Le poète disait: « La vie est si courte et j'ai si froid. » Comment réchauffer nos vies, accélérer les battements du cœur, accréditer l'once d'une espérance, celle d'une présence, à soi, et aux autres?

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Narcisse se regarde et se noie; le vampire s'abreuve; le guerrier s'impose; le conjoint divorce; la religion te vole; les médias te violent. . . Souffrances et déchéances; défiances, errances. . . Nous n'aimons plus guère, ni le monde, ni l'avenir, ni les autres. Nous avons peur, il faut se protéger, ne plus se regarder et piétiner, même Dieu. D'autres, je le vois, ne baisseront jamais les bras. Ils les ouvriront plutôt, ils les tendront vers l'infini que mon voisin partage, ils participeront à cette contagion d'être qui permet d'enfanter. Oui, leurs « yeux se sont ouverts et m'ont laissé entrer! » Ensemble goûtez et voyez. Délivrez la vie. Célébrez son goût. Et le silence en soi, l'un près de l'autre, pur joyau d'un mystère inaudible, si riche qu'il abroge le temps, spiritualise, et transfigure les êtres,
ce mystère partage les germinations, les doutes, les désirs ou la faim !

Il renouvelle le goût des autres, éprouve le meilleur de chacun, multiplie les étincelles du divin.

Il

Année 60, Marc 1, 1-2 « La Bonne NouveUe de Jésus commence ici,
dans Je livre d'Esai"e ! »

Dans la Rome antique j'imagine facilement de petits groupes de fidèles: chercheurs, témoins, croyants, hommes et femmes ensemble, romains de naissance ou bien esclaves venus des confins de l'empire; associés à de nouveaux immigrés, juifs, ils s'appellent «chrétiens », comme si aucun pays d'origine ne pouvait plus les définir.
Peu, parmi eux, ont vu, en chair et en os, celui qu'ils nomment: le « Seigneur» ; mais beaucoup, ici, se sont laissés saisir par un appel, une rencontre, un désir particulier: connaître cet homme encore inconnu mais qui parle en nous, il fait de nous des heureux de vivre et même de mourir, hérauts d'une nouvelle fraternité inexplicable! Nous voici penchés sur un rouleau mille fois étudié; là, commence la bonne nouvelle précédant Jésus: elle prépare la venue d'un Messie. C'était il y a sept cents ans au moins et, depuis, chaque génération transmet cette annonce, renouvelle l'espérance, attend avec patience sa réalisation. Aujourd'hui, me voici, je ne sais pourquoi, soulevé par cette vieille foi pour un avenir nouveau. Ces chrétiens, une nouvelle secte, ne se font pas remarquer par des discours ou des signes ostensibles, mais, dans la rue, se distinguent facilement: le visage, les gestes, la voix, le comportement, la manière d'être, l'attention aux autres, que sais-je encore? Ils forcent la curiosité, ils posent question; comme s'ils avaient trouvé un trésor qu'ils veulent partager de plein 12

gré, sans rien imposer. En eux une force intérieure les rend libres et sans peur. Une secte peut-être mais sans astrologie, ni voyance, ni transes, ni envoûtements, ni gourous; on dirait cependant qu'ils sont habités par une présence, ils croient l'impossible, ils parlent d'un homme « fils de dieu» plus grand que notre empereur Néron. Condamnés pour athéisme ils respirent cependant la joie de vivre; leur foi les rend transcendants! Si je ne comprends pas encore, ma curiosité est néanmoins piquée au vif par cette étonnante race d'hommes: bien que pauvres ou esclaves je les crois bienheureux, bien que persécutés je les vois doux et pacifiques, en toutes circonstances ils restent humbles et joyeux. Nous pourrions penser que leur dieu vit en eux ; « sauvés », ils se laissent porter par lui sans craindre le monde. Mais pourquoi me sentirai-je concerné par ce noucourant de pensée religieuse? Pourquoi cette exhortavenue du fond des âges et du Moyen-Orient, m'invite-tencore maintenant, à préparer la route hypothétique commencement inédit?

veau tion, elle, d'un

Quand même, voyons ce qui est écrit: Jean le Plongeur revient d'une longue solitude désertique, il affirme avec certitude: « Voici, les temps vont changer!» Est arrivé l'envoyé annoncé, le royaume espéré; regardons, il est déjà là! Cette annonce, ponctuée d'un plongeon baptismal des nouveaux adeptes, veut réveiller, cristalliser les attentes, susciter un engagement radical, nous donner le goût d'un avenir autre, entre nos mains!

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L'APPEL.. .
Héléna est une personne étonnante: sa voix, son regard sont pénétrants, son attention aux autres, ses prévenances mêmes sont convaincantes. Elle sait d'où elle vient, elle poursuit son chemin, elle éclaire le nôtre. Après avoir patienté elle me demande, un jour, si je connais M. L. ? Je lui réponds: «Oh, très peu; mais cet homme m'intéresse! Alors viens, dit-elle, tu verras. .. » Un jour ou l'autre chacun perçoit dans sa vie un appel comme celui-ci. C'est le premier pas d'une aventure pour exister, pour devenir soi ou se donner. Une nouvelle vie commence, dite spirituelle, c'est une exigence intérieure, une prise de conscience qui est en soi mais qui n'est pas que de soi. Elle est mouvement de création, forme d'amour particulier, devenir singulier, engagement inattendu. Cet appel nous fait devenir, à notre insu, ce que nous sommes.

Commençons par écouter, au plus profond de nous-même, puis comprenons ces appels dont le monde a besoin, l'un deux s'appellera, n'en doutez pas, le goût d'autrui. Pour Jacques Monod ce fut l'appel du désert l'appel du grand large pour Elen mac Arthur l'appel des cimes pour Roger Frison Roche l'appel du silence pour Thomas Merton l'appel du 18 juin pour Charles de Gaulle. Les ONG entendent l'appel des peuples des innocents récidivent l'appel au secours les pacifiques maintiennent l'appel au calme les carmélites répondent à l'appel de Dieu les associations entendent les appels de détresse et les nombreux espoirs du monde.
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