L'esclavage spirituel et l'emprise sectaire en Afrique

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Une nouvelle élite sectaire prend racine en Afrique. Ces créateurs forment des groupes de prières dans lesquels on pratique la manipulation mentale qui entraîne endoctrinement, contrôle de la pensée, viol psychique, destruction de la personne et de la famille. La prolifération des sectes prend une ampleur inquiétante, malheureusement aucun état africain ni même l'Union africaine ne prend des décisions à la mesure de la gravité de ce phénomène.
Publié le : mardi 1 juin 2010
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EAN13 : 9782296688155
Nombre de pages : 129
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L’ESCLAVAGE SPIRITUEL ET L’EMPRISE SECTAIRE EN AFRIQUE : LE CAS DU CAMEROUN

Jean Claude Aimé NONGA

L’ESCLAVAGE SPIRITUEL ET L’EMPRISE SECTAIRE EN AFRIQUE : LE CAS DU CAMEROUN

© L’Harmattan, 2009 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanado.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-10445-7 EAN : 9782296104457

INTRODUCTION
Nul ne peut nier que le premier aliment des sectes, à côté des doutes sur le sens de l'existence et des discours sur les « excès de la valeur de tolérance », selon les termes d'un éminent universitaire, provienne de la misère humaine, dont on connaît les composantes dans une société développée en ce début de siècle : le chômage et la crainte de perdre son emploi ; les marges de grande pauvreté qu'aucune politique sociale n'a pu, jusqu'ici, résorber vraiment ; les maladies incurables et un taux incompressible de morbidité contre lesquels la médecine classique affiche cruellement ses limites ; la solitude croissante dans un univers qui a perdu l'essentiel des institutions traditionnelles de la solidarité ; la complexité toujours grandissante de la vie quotidienne qui suscite toutes formes de rêves d'évasion. Le développement des sectes demeure, avant toute chose, le symptôme du malaise d'une société. Même s'il n'existe évidemment pas d'adepte-standard, on peut en revanche déterminer le profil du candidat à être victime d'une secte : celui qui, avec raison ou non, croit avoir trop souvent rencontré l'injustice ou les privations, et qui vit un manque affectif, quel que soit son niveau social et intellectuel, franchit un seuil de fragilité qui le rend particulièrement vulnérable aux tentations sectaires Les sectes ont toujours accompagnés l’histoire de nos sociétés depuis les origines les plus lointaines. Les sociétés humaines se sont toujours structurées autour de croyances, de dogmes, de pratiques qui associent les hommes à une foi transcendante. Pour les religions connues, il existe quelque chose ou quelqu’un qui excède

le cadre étroit de l’humanité et avec lequel il est possible à tout homme d’entrer en contact. Pour les sectes, il existe une voie d’accès au divin qui se caractérise par son aspect ésotérique et élitiste .Les sectes visent à transformer les êtres de « l’intérieur » en faisant d’eux des initiés qui sont peu nombreux et se considèrent comme une poignée d’élus à qui est destiné le salut véritable. Elles proposent à leurs adeptes des moyens de l’amélioration de soi ou de la société en la plaçant « in itium » c’est-à-dire sur le chemin. Les partisans d’une secte qualifient ceux qui ne sont pas dans leur ordre d’ignorants, d’impies et de profanes, inaptes à recevoir la révélation divine. C’est cette conception qui amène certaines personnes à se retrouver dans ces sectes fermées. Les maîtres de ces sectes jouent souvent sur la crédulité ou la détresse des hommes .Elles enchaînent les hommes lors de la célébration de leurs rites. Leurs rituels assurent la cohésion de la communauté et le maintient dissimulé aux yeux du profane Le point commun entre les sectes d’Afrique et d’ailleurs c’est le désir de perfectionnement, voire de perfection qu’est le fruit d’une longue démarche initiatique. En Afrique, c’est lors des cérémonies de passage à l’age adulte que les sages repèrent les jeunes hommes susceptibles d’être initiés. Et pour l’être il faut démontrer un certain nombre de qualités, voire dons, une grande réceptivité au monde sacré, de hautes vertus morales, un certain courage doublé d’un tempérament ferme et la 6

volonté d’exceller dans son art. Cette sélection de repérage d’adeptes nous la remarquons dans le cadre des sociétés secrètes initiatiques, politiques et criminelles qui se distinguent des sectes dans lesquelles l’entrée est facile mais à cause de l’embrigadement, la sortie est très difficile. Pour passer de profane à l’initié, d’éveillé à un état de conscience supérieur, il y a un rituel spectaculaire ou dramatique. Les rites sont caractérisés par des mots, des signes, des gestes censés agir en profondeur en eux. Il est temps pour tout africain de prendre conscience de notre passé hideux, d’ouvrir enfin les yeux et de comprendre que l’avenir de notre continent est entre nos mains. Il est temps de savoir que même si sur le plan théorique les Etats africains sont indépendants, dans la réalité nous sommes encore manipulés et nos consciences sont offensées et enterrées, nos sourires seront toujours crispés tant qu’il n’y aura pas une véritable révolution. Cette révolution doit d’abord être spirituelle car tant que les décideurs africains sont dans le complot des sectes gérées par des étrangers nos fardeaux pèseront toujours, nos belles fleurs faneront sur notre terre qui ne deviendra jamais magnifique. Les mots trop beaux des manipulateurs n’ont fait que détruire nos rèves et augmenter le poids des fléaux venus d’ailleurs à l’exemple du Sida. Comment parler de paix et de progrès quand nos libertés sont froidement tuées et volées par les sectes ? Il est vraiment temps de retrousser nos manches car l’infiltration des sectes dans notre continent est une insulte à la société africaine et cela nous amène dans un abîme sans fond. Nous quittons l’esclavage pour l’esclavage spirituel.

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VISION D’UN MOUVEMENT
Le mouvement africain de lutte contre les infiltrations et les dérives sectaires dénonce les atteintes aux droits de l’homme, de la famille et aux droits de la société africaine. Car plusieurs sectes sont installées dans notre continent et pratiquent l’esclavage spirituel, le viol psychique, la manipulation mentale et encouragent certains acteurs obscurs mais influents dans la vie politique à commettre des détournements de fonds publics, des crimes et des violences. Les sectes prospèrent dans l’ombre en Afrique. Le contexte de mondialisation offre aux sectes des perspectives de développement inédites. La multiplication des échanges s’est doublée d’une croissance des flux illégaux sur lesquels les sectes règnent en maîtres et, plus que jamais le secret qui les entoure est leur meilleur rempart face aux justices qui peinent de les endiguer. Il est clair que pour tous ceux qui ont affaire aux agissements des sectes, constatent que l'argent constitue souvent à la fois le moteur du véhicule, la destination du trajet et les méandres du chemin. Or, si la recherche de moyens matériels, voire du profit, n'a, en elle-même, rien de répréhensible, encore faut-il qu'elle se déroule dans le respect des règles qui l'encadrent et des libertés fondamentales de l'individu. Prendre la mesure de la puissance économique et financière des sectes, mettre en lumière, le cas échéant, les dérives constatées, afin de suggérer les correctifs nécessaires. Tel est le sens de l’enquête du mouvement africain de lutte contre les infiltrations et dérives sectaires (M.A.L.I.D.S) « sur la situation financière, patrimoniale et fiscale des sectes,

ainsi que sur leurs activités économiques et leurs relations avec les milieux économiques et financiers ». Cette enquête a permis la synthèse de deux propositions - L'influence des sectes dans les milieux économiques ; - La situation patrimoniale et fiscale des sectes. Pour appréhender le phénomène sectaire, le mouvement africain s'est appuyée sur le rapport de la Mission Interministérielle de Lutte contre les Sectes en France qui, après avoir exposé la problématique de la définition des sectes, a relevé la difficulté juridique, puis étudié l'approche sociologique, retenu comme fondement le critère de dangerosité au regard de l'ordre public ou des libertés individuelles, c’est ce qui leur a permis d’adopter cette conception recourant à la méthode du faisceau d'indices. Notre mouvement tient à rappeler que notre enquête sur le phénomène sectaire sur l’échiquier africain n’est pas de juger les sectes qui sont installées en Afrique, car une enquête n'est pas une juridiction, mais un support qui permet d'informer l'opinion public sur le poids économique et financier acquis par le phénomène sectaire afin d'orienter une réflexion des pouvoirs publics vers des mesures susceptibles de corriger les abus et les dérives. Ce sont ces sectes qui nous affaiblissent, nous diminuent nous traitent de pauvres pour mieux nous maîtriser. Certains leaders africains ne sont plus des locomotives dans leurs régions mais d’obéissants wagons bien rangés, bien alignés sans moteur, c’est le chef d’œuvre de la manipulation sectaire. Aucun rite traditionnel africain n’ordonne à un parent de violer son enfant, ni à un 10

dirigeant politique de ne répondre aux besoins majeurs du peuple. Les hommes qui arrivent à ce stade sont des adeptes demotorisés, wagonisés et s’accrochent à tout pour se laisser conduire. Cela n’explique-t-il pas l’attitude de certains de nos leaders qui n’arrivent pas à prendre de véritable décision pour le développement de leurs Etats sans consulter leurs supérieurs initiatiques étrangers? Les sectes ne lavent pas nos cerveaux mais les déconnectent, les débrayent de toutes les commandes d’auto-determination. Les sectes mobilisent les africains et les démobilisent de leurs ressources personnelles. Cette mobilisation commence par la manipulation mentale puis la manipulation corporelle. L’une des deux sert toujours de pole de diversion à l’autre. Une nouvelle élite sectaire prend racine dans notre continent, ce sont les créateurs inventeurs de congrégations qui ont été manipulés et manipulent aujourd’hui à leur tour les africains. Ces créateurs utilisent le nom de Dieu comme principe justicier pour voiler le visage des citoyens et pratiquent en toute liberté l’arnaque spirituelle. Même les hommes ayant un niveau d’éducation élevé ne sont pas à l’abri. Ces créateurs forment des groupes de prières dans lesquels on pratique la manipulation mentale qui entraîne endoctrinement, contrôle de la pensée, viol psychique, destruction de la personne et de la famille, voire de la société. Ce sont des créateurs d’églises surgies de nulle part et censés apporter réconfort et protection. Le mouvement africain de lutte contre les infiltrations et dérives sectaires (M.A.L.I.D.S) attire l’attention du public et surtout des gouvernements sur les dérives 11

sectaires et organise des campagnes de sensibilisation sur les techniques de manipulation mentale. Nous sommes convaincus que la vérité d’un groupe n’est pas sur la scène éclairée, elle est surtout derrière les coulisses sombres. De nombreuses sectes, et notamment toutes celles qui prétendent à un destin national ou international, se constituent par déclaration associative. La plupart des sectes recherchent, lors du dépôt de leur déclaration, à conforter leur respectabilité en marquant explicitement leur caractère "cultuel" du type association déclarée conformément aux dispositions de la loi en vigueur. En effet, plusieurs juridictions administratives en Afrique reconnaissent le caractère culturel de certaines associations sectaires, entraînant à leur bénéfice l’exonération des taxes foncières. La secte se structure autour d’une vérité unique, détenue et professée par un maître unique auquel est reconnu un pouvoir suprême que ce dernier exerce sans contrôle. La seule loi qu’elles acceptent découle de cette vérité unique. Toute exégèse et, a fortiori, toute contestation de la doctrine est interdite. Tout contestataire doit être contraint à résipiscence ou s’il persiste, au rejet. Toute démission est une apostasie qui donne droit à un harcèlement. Le harcèlement peut conduire à le diffamer, à provoquer des ruptures affectives dans son environnement personnel, à lui faire perdre son emploi, à anéantir ses responsabilités sociales. Ces procédés totalitaires sont recommandés ouvertement par des directives émanant du leader luimême (ou de ses successeurs). Ils ne sont pas susceptibles 12

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