L'inculturation : de la Bible à la Tierce-Église du Sud

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Si le terme d'inculturation est nouveau, sa réalité intrinsèque est bien plus ancienne, comme l'affirment les traditions ecclésiales et la littérature biblique. En relisant l'histoire du christianisme primitif, le processus d'inculturation opéré à partir de contacts avec les cultures étrangères et l'insertion de communautés croyantes est édifiant, de sorte que les us, coutumes, et expressions de foi des Juifs et Chrétiens se sont trouvés transformés. L'inculturation est ainsi une réalité indispensable, et connaît aujourd'hui une progression certaine dans l'Église du Tiers-Monde.
Publié le : mardi 1 septembre 2015
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EAN13 : 9782336390369
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L’inculturation : de la Bible à la Tierce-Église du Sud Blaise BAYILI
Si la terminologie d’inculturation est nouvelle, sa réalité intrinsèque
est bien beaucoup plus ancienne ainsi que l’attestent des traditions
ecclésiales doublées d’une littérature biblique riche confi rmée par
plusieurs livres (bibliques) qui laissent, en effet, apparaître une
inculturation de la foi israélite depuis les patriarches hébreux jusqu’aux
chrétiens des premières heures du christianisme. En relisant l’histoire L’inculturation :
de la foi de l’ancien Israël, de même que celle du christianisme
primitif, on est édifi é par un processus évident d’inculturation opéré de la Bible
à partir de contacts avec les cultures étrangères ainsi que l’insertion
de communautés croyantes qui s’en est suivie, de telle sorte que
les us et coutumes des Juifs et des chrétiens, tout comme leurs à la Tierce-Église du Sud
expressions propres de foi, s’en sont trouvés transformées. Il est
donc permis d’avancer que c’est dès les origines de la Révélation
et en raison même de son essence profonde que l’inculturation s’est
faite réalité indispensable. Une telle inculturation qui parcourt l’Ancien
et le Nouveau Testaments s’impose également à l’Église dans ses 20
siècles d’histoire (occidentale). Aujourd’hui, l’actualité du processus
d’inculturation de l’Évangile se vit et connaît une progression certaine
dans l’Église du Tiers-monde et plus particulièrement au sein de la
Tierce-Église de l’hémisphère Sud qui semble devenir la nouvelle
patrie de prédilection du christianisme.
Docteur en Anthropologie et Histoire du Droit des Institutions de l’université
Paris-X Nanterre en 1997, Blaise BAYILI obtient successivement un
doctorat en anthropologie théologique à la faculté de théologie catholique
de Strasbourg en 2002 et un doctorat en théologie de l’inculturation à
l’Université Pontifi cale Grégorienne de Rome en 2007. Auteur de Religion,
droit et pouvoir au Burkina Faso (Paris, l’Harmattan, 1998) et de plusieurs
autres livres et articles, Blaise BAYILI est directeur de deux collections à l’Harmattan-Paris,
éditeur et enseignant universitaire.
Illustration de couverture :
© Bestdesign- Thinkstock
ISBN : 978-2-343-07218-0
9 782343 072180
20,50 € théologique & spirituelle théologique & spirituelle
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L’inculturation : de la Bible à la Tierce-Église du Sud Blaise BAYILI









L’inculturation :

de la Bible à la tierce Église
du Sud























Blaise BAYILI









L’inculturation ;

de la Bible à la tierce Église
du Sud





























L’Harmattan



Du même auteur


- Religion, droit et pouvoir au Burkina Faso ; les Ly ǝl ǽ du
Burkina Faso, Paris, l’Harmattan, 1997, 480 pages.
- Culture et inculturation ; approche théorique et
méthodologique, Paris, l’Harmattan 2008, 306 pages.
- Inculturation : chemin d’unité et dialogue de résurrection ; la
question de l’unité de l’Église, dialogue avec la modernité et
dialogue de résurrection, Paris, l’Harmattan, 2008, 468 pages.
- La Tierce Église et les défis de l’évangélisation en Europe ;
l’inculturation comme chemin de catholicité de l’Église une
dans la diversité, Paris, l’Harmattan, 2008, 560 pages.
- Perceptions négro-africaines en vision chrétienne de
l’homme ; herméneutique d’une anthropologie théologique,
Paris, l’Harmattan, 2012,370 pages.
- La vie à travers la naissance chez les Ly ǝl ǽ du Burkina Faso ;
problématique d’une théologie de l’inculturation, Paris,
l’Harmattan, 2014, 244 pages.
- Guide méthodologique de l’inculturation ; de la théorie à la
pratique, Paris, l’Harmattan, 2014, 150 pages.
- Le concept d’inculturation ; problématique d’un néologisme
théologique, Paris, l’Harmattan, 2014, 238 pages.




© L'Harmattan, 2014
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-
EAN : 9782296






Dédicace



Je dédie ce livre à mon frère Joseph
envolé au ciel,
en petit ange,
à l’âge de deux ans











Sommaire


Première partie
L’inculturation : de la Bible à l’Église ....................... 9

Chapitre 1
La Bible et l’inculturation ..................................... 11

Chapitre 2
L’Église : un passé d’effort étonnant en
inculturation .......................................................... 37

Deuxième partie
Le Tiers-monde et l’Église : généralités ................... 53

Chapitre 3
L’Église et les cultures : la nouvelle conscience .. 57

Chapitre 4
Les métamorphoses de l’Église postconciliaire .... 83

Troisième partie
La Tierce-Eglise : bref aperçu d’une nouvelle carte
du monde pour l’enracinement de l’Évangile ......... 109

Chapitre 5
L’Amérique latine : pour une nouvelle
évangélisation ..................................................... 113



Chapitre 6
L’Asie, un style d’inculturation : l’harmonie et
le dialogue ........................................................... 133

Chapitre 7
L’Amérique du Nord ; la théologie noire : de la
douleur à l’espérance .......................................... 155

Bibliographie ....................................................... 177

Index .................................................................... 185

Table des matières ............................................... 193





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Première partie

L’inculturation :
de la Bible à l’Église












Chapitre 1

La Bible et l’inculturation


Si, dans le cadre de notre problématique, l’A.T.
résulte de contextes culturels divers palestinien et
sémitique, le N.T., quant à lui et à l’image de l’A.T., a
puisé dans un environnement immédiat, c’est-à-dire
les cultures grecques et romaines, pour réécrire les
traditions israélites à la lumière des événements
fondateurs que sont la mort et la résurrection de Jésus
de Nazareth. En quoi donc l’A.T. donne-t-il lieu à des
mouvements d’inculturation de la foi des Israélites, et
comment le N.T., à son tour, présente des valeurs
d’inculturation ?
Après avoir mis à jour, sous forme de synthèse,
quelques repères thématiques vétérotestamentaires en
faveur de l’inculturation, nous nous pencherons
rapidement sur quelques textes néotestamentaires
faisant état d’un effort d’inculturation des dires et
actes de Jésus de Nazareth. Des textes tels que Ac 15,
1 Co 15, 2 Co 5, etc. retiendront particulièrement
notre attention, car manifestant une forte emprunte



d’inculturation à travers les activités missionnaires de
l’Apôtre des nations, Saul devenu Paul, et dont
l’audace d’évangélisation nous donne de saisir avec
profondeur que l’inculturation est une herméneutique
contextuelle délicate, particulièrement en ce qui
concerne la traduction et la transmission des
Écritures, aboutissant à des pratiques nouvelles et
innovatrices.


I – L’Ancien Testament et le mouvement
d’inculturation

Israël fut, nous le savons, un peuple de nomades
soumis à des déplacements en différentes aires. Cela
l’a conduit à se frotter à des situations socioculturelles
différentes de la sienne. Dans ces contacts, le peuple
élu fut, selon les exigences de l’acculturation et de
l’inculturation, amené à repenser sans cesse la divinité
du Dieu d'Israël aussi bien que sa foi en cette divinité,
de même que la formulation de cette foi et les
pratiques qui en découlent. C’est dire que les cultures
sémitiques environnantes ont profondément marqué
de leur sceau la vision et la pratique religieuse du
peuple hébraïque. Mais, par-delà la géographie
sémitique, d’autres contextes ont pu marquer le
peuple élu. Ce fut le cas de l’Égypte qui, selon les

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historiens et les archéologues, a joué un rôle
déterminant et décisif dans la vie culturelle et
religieuse des Hébreux. En tout cela, l’inculturation
s’opérait sous forme d’herméneutique du langage et
de la pratique cultuelle, c’est-à-dire que quand des
événements majeurs et marquants le commandaient,
le peuple élu israélite n’hésitait pas à TRADUIRE en
des concepts nouveaux son rapport d’alliance avec la
divinité, le Dieu d'Israël en l’occurrence.
Hors cette dynamique externe d’acculturation et
d’inculturation, il s’avère que les Hébreux connurent
aussi une dynamique interne non exclusive certes, qui
orienta et réorienta sans cesse le cours de son histoire
culturelle et religieuse. Cette dynamique interne
s’opérait au travers de crises d’identité tribales et
nationales graves qui obligeaient le peuple, à chaque
fois, à une inculturation/acculturation réaliste,
c’est-àdire à relire et à redire son rapport « foi et culture(s) ».
Au total, on peut dire que le peuple de l’Ancienne
Alliance a fait l’expérience d’une acculturation qui se
dessine sur fond de mutation culturelle et de modèle de
société à refaire sans cesse, acculturation qui, parce
qu’inséparable du domaine religieux, laisse percevoir
une perspective d’inculturation, pour autant que ces
mutations culturelles impliquaient systématiquement et

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1de façon synergique, une reformulation théologique
aussi bien à l’époque du judaïsme primitif qu’au temps
gréco-romain, ainsi qu’en témoignent les livres de
Siracide, de Qohelet et de la Sagesse (ch. 6 à 8).
Un tel effort d’actualisation du croire du peuple
hébreu se poursuivra jusqu’à l’avènement du N.T., et
donc des premiers chrétiens, de sorte qu’il est possible
de dégager trois mouvements ou phases
caractéristiques de l’inculturation, repérables dans le
déroulement de la foi israélite et que l’on peut
stigmatiser comme suit : l’accueil, la résistance et la
transformation/reconstruction. Dans la pratique de la
vie ordinaire, ces trois niveaux de la dynamique de
l’inculturation se rattachent aux crises majeures vécues
par le peuple élu et qui s’inscrivent successivement
dans un démantèlement du passé correspondant à une
déculturation et donnant un nouvel ordre sociopolitique
et religieux équivalant à une
2acculturation/inculturation . Mais comment saisir plus

1 A. SHOTER explique très bien cette perspective d’inculturation
dans son article « Évolution de la foi. La Bible, un témoignage
d’apprentissage interculturel », Concilium 251 (1994), p. 21,
dans lequel il affirme clairement combien l’A.T. témoigne
des « efforts impressionnants d’inculturation à l’époque du
judaïsme primitif ».
2 Lire à ce propos Gerard VON RAD, Théologie de l’Ancien
Testament. Théologie des Traditions historiques d’Israël (T. 1),

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concrètement ces trois mouvements dynamiques de
l’acculturation/inculturation propres à l’A.T. ?
1 - Au contact des traditions sémitiques au
XVIIIe siècle avant notre ère

C’est au cours de ces contacts avec les peuples
sémitiques nomades du Proche Orient Ancien que les
Hébreux firent l’expérience d’une acculturation,
laquelle ne manqua pas – tant s'en faut – de donner
une certaine configuration au « croire » de ce peuple
et à l’élaboration d’un premier discours religieux.
En effet, au travers de ses contacts, les Hébreux
firent l’expérience d’un mouvement d’accueil qui
déboucha ensuite sur une redécouverte de leur identité
d’origine. D. Faivre présente quelques exemples de
ces traits d’inculturation caractéristiques de la culture
historique redécouverte en cette période obscure, mais
que la littérature biblique permet de saisir. Ce sont
notamment le nomadisme en bordure des déserts, la
tente, une structure de clans, l’importance des
ancêtres, la quête de la liberté à travers l’errance au
désert, le petit bétail, le questionnement sur leur

Genève, Labor et Fides, 1967. Aux pages 24 et suivantes,
l’auteur décrit, par exemple, la conquête de la Palestine par le
peuple hébreu comme illustrant une crise type qui entraîne un
mouvement d’acculturation/inculturation.

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origine, l’angoisse face à la tragédie de la mort et,
conséquemment, les offrandes et le culte, le dieu
personnel itinérant et montagnard, « un dieu en
3devenir » qu’on tente d’identifier et de personnaliser .
On le perçoit bien, ces traits relèvent de la réalité
quotidienne du peuple hébreu en formation dont ils
traduisent les faits et gestes. À l’instar de tous les
4peuples « archaïques » , les Hébreux ont cherché à
transmettre leurs traits identitaires au moyen de
légendes, de contes, de chants, de mythes et de
symboles, mais aussi de proverbes, de lois, d’étiologie
et d’épopées. C’est donc dans cette formation et
redécouverte identitaire au contact des autres peuples
sémitiques que les Hébreux nous présentent la
formation initiale de leur foi en des concepts qui
s’inscrivent dans un rapport avec ses identités tribales
et domestiques propres aux Proches Orientaux et
caractéristiques de ce monde de nomades auquel il
appartient. L’affirmation de la foi hébraïque va de
pair avec celle de leur personnalité socio-religieuse
s’édifiant à travers la construction d’une identité
toujours nouvelle, de sorte que l’acculturation se fait,

3 Daniel FAIVRE, L’idée de Dieu chez les Hébreux nomades.
Une monolâtrie sur fond de polydémonisme, Paris/Montréal,
l’Harmattan, 1996. Lire particulièrement la page 251.
4 Ce terme, sous notre plume, n’est pas péjoratif ; il est à
prendre au sens étymologique d’« ancien » et a pour autre
valeur le mot « traditionnel ».

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ici, chemin privilégié d’une inculturation progressive
que l’on pourrait appeler « sémitisation de foi » qui
est, à son tour, créatrice d’une identité culturelle
nationale nouvelle appelée « Israël ».

5 e2 - Au temps de la canaanisation vers le XII
siècle avant Jésus-Christ

Lors de leur entrée en terre cananéenne, les
diverses tribus israélites se sont retrouvées
confrontées à une réalité locale autre que la leur. Il
leur fallait, pour s’y installer, accueillir et assumer
cette réalité culturelle en ses éléments multiples et,
ainsi, profiter de leur rayonnement. Nous sommes
ainsi en situation d’acculturation ou, mieux, de
transculturation, pour autant qu’Israël devait
s’intégrer à la culture cananéenne au prix et au
détriment de nombre d’éléments de la leur propre.
6Dans un article clair et détaillé , L. Legrand présente,
dans ce cadre, une liste large de ces éléments
d’acculturation qui, sur le plan religieux, laisse
percevoir un processus d’inculturation. Ce sont

5 La canaanisation est un processus d’acculturation, voire de
transculturation consistant en une adoption ou en une
imposition des éléments culturels cananéens.
6 Lucien LEGRAND, « Inculturation. Quelques points de repère
bibliques », Lettre Inter-Eglise 60/2 (1992). Lire
particulièrement la page 14.

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notamment la sédentarisation, antithèse du
nomadisme israélite, l’organisation politique focalisée
sur un personnage royal, l’adoption d’un code de lois,
l’exploitation des métaux, la construction d’un temple
à Jérusalem en vue des célébrations cultuelles,
lesquelles sont par ailleurs inspirées par les pratiques
religieuses cananéennes. Il en va ainsi, par exemple,
de la Pâque dite juive qui trouve son origine dans une
fête agricole de Canaan. On le voit, cette acculturation
7et cette transculturation modifièrent profondément la
vie quotidienne d’Israël jusque-là construite dans un
contexte de nomadisme au désert. Le visage sémitique
d’Israël se transformant profondément et radicalement
jusque dans l’expression de sa foi par l’adoption de
symboles et de représentations des populations de
Canaan, il se donne ainsi une nouvelle configuration
socio-religieuse distincte. Il y eut à cet effet, et
comme dans tout processus d’acculturation et de
transculturation, des résistances manifestées sous
forme de rejet du polythéisme cananéen et même d’un
certain refus de la sédentarisation, pour autant que le
Dieu d'Israël ne doit être tributaire d’aucune

7 Acculturation parce que les Israélites s’approprièrent des
éléments culturels cananéens, et transculturation dans la mesure
où ils furent contraints, par la force des choses, d’abandonner
leur modèle de vie tribal ancestral et d’autres traits culturels
originaux par un processus de déculturation profonde.

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géographie exclusive, encore moins d’institutions.
Une telle résistance était, on s’en doute, l’œuvre des
prophètes. On peut donc parler de véritable
confrontation avec la culture cananéenne,
confrontation qui est une phase nouvelle et logique
dans tout processus d’acculturation réelle. En
inculturation, cette phase correspond au « drame de la
croix », lequel est la résultante directe de ce que nous
avons appelé la « dramadialogie ». Pour Israël, au
sortir de cette confrontation faite à la fois d’attirance
et de rejet, au sortir de cette « dramadialogie », une
nouvelle identité, une « résurrection » voit le jour,
sous forme d’une plus grande et nouvelle affirmation
de sa foi en un contexte nouveau. Et de fait, comme le
relève R. Proulix,
« En cherchant à mieux se définir, Israël a
été amené progressivement à […] distinguer
les modes d’expressions solidaires d’une
8situation culturelle particulière » ,
d’une création nouvelle, but de tout processus
d’inculturation, ainsi que nous l’avons vu.

8 R. FROULIX, « La rencontre d’une foi et d’une culture dans le
Deutéronome », Communauté chrétienne 65-66 (1972),
pp. 356-357, citée par Jean BACON, La culture à la rescousse de
la foi, Paris, Médiaspaul, 2001, p. 116.

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