La doctrine du Cheikh Ahmadou Bamba

De
Publié par

Ce livre retrace le parcours de Cheikh Ahmadou Bamba depuis sa naissance jusqu'à sa disparition, en passant par ses exils au Gabon et en Mauritanie. Il expose sa vision de la pensée soufie en insistant sur ses positions théologiques, jurisprudentielles et mystiques. Il tente enfin d'explorer l'impact de la confrérie du saint homme sur les plans social, éducatif et économique. Voici une vulgarisation de l'enseignement et de la réflexion mystique du marabout de Touba.
Publié le : mardi 1 septembre 2015
Lecture(s) : 43
Tags :
EAN13 : 9782336390352
Nombre de pages : 238
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Ahmadou Khadim SyllaLa doctrine
de Cheikh Ahmadou Bamba
Origines et enseignements
Ce livre fait le parcours des différentes
étapes de l’itinéraire de Cheikh Ahmadou
Bamba Mbacké, depuis sa naissance jusqu’à sa disparition, en
passant par ses exils au Gabon et en Mauritanie. De même, il
expose la vision qu’avait ce grand homme de la pensée soue La
en insistant sur ses positions théologiques, jurisprudentielles
et mystiques. Il tente enn de jeter un coup d’oeil sur l’impact
de la confrérie du saint homme sur les plans social, éducatif et doctrine
économique.
Conçu donc pour servir de contribution à la vulgarisation de
l’enseignement mystique de Cheikh Ahmadou Bamba, cet de Cheikh
ouvrage s’adresse à tous ceux qui veulent découvrir la réexion
mystique du marabout de Touba. Ahmadou
Ahmadou Khadim Sylla, professeur d’Arabe au Lycée Bamba
de GYB (Kolda) et par ailleurs chercheur spécialiste du
soufsme confrérique sénégalais et plus particulièrement
Origines de la Mouridiyya de Cheikh Bamba, a fait la plus grande
partie de ses études arabo-islamiques à Touba (Sénégal). et enseignements
Aujourd’hui, il est titulaire d’un Master de Recherche
soutenu en 2012 sur le sujet : “Cheikh Ahmad Bamba Mbacké : itinéraire
et enseignement mystique”, au Département d’Arabe de la FLSH de
l’UCAD et d’un autre mémoire de sortie (pour le CAES) soutenu en 2014
au Département d’Arabe de la FASTEF de l’UCAD portant le titre de :
« L’enseignement mystique de Cheikh al-Khadim à travers son ouvrage
Massalik al-Jinan ».
Illustration de couverture : Jalka Studio - J. Allain
ISBN : 978-2-343-07137-4 9 782343 071374
22,50 €
fff
Ahmadou Khadim Sylla
La doctrine de Cheikh Ahmadou BambaLA DgreOMCnTnReIANgEs DeEeCtHBEOIiKiHeA HtMeAsDiOnUmBnAsAhmaHO deoiuD gKDh asdSi mB SAYALiLeAmLaAd ADROHCATARsIeNtEM UDBEiCeHtEsInKnHhAoHhMmALDAOCUNBEAIMHBOAMOrrniegnigneeHsH AeOtB MeAnrsgenisgen enmeegnetestAAhmmdaudKoaui KYhLaLd iOmT ISEYDLCLEAKLAAM DDUOACBTORiIiNeE tDeEsCiHnEmInKsCetra oo4uevbrta.g7el ;a/ rmriea?@u -l1 liomip0rtiwmiaatfuhr@d.et aTSo-u7bNa4,u eacc-cyohrud5?P sppawrlli hatc.tduuenlrm acaaolriafnea,o rSNe7r-i-g3nEe 2S0?7deyd a ?lo-eMPulkthctn?qre 7M0b5aacikh?t :(/qwu.ei raDrieeaualtunic maicfcsoor.daea tSnownn dAogfrh?rmmtean1tw)n?dLo fHIABR:M9A8T2T3A3N0,1 7240A1:5958-373,7 3r4

DÉDICACES
À Serigne Sîdy al-Mukhtâr Mbacké, guide suprême des
mourides du Sénégal,
À toute la communauté soufie du Sénégal et du reste de la
société musulmane,
Je dédie ce modeste ouvrage consacré au monde du
soufisme. Puisse Dieu l’accepter, le gratifier de bénédictions
et en faire une action dévouée sincèrement menée pour Sa
Face.
Allâh est Grand. Il est l’Assistant !


7

REMERCIEMENTS
Loué soit Dieu qui m’a aidé à accomplir une si lourde
tâche. Paix et salut sur le Prophète Mu ḥammad, sur sa
famille, ses Compagnons, son Serviteur, A ḥmad al-Khadîm,
et sur toute la communauté musulmane. Je remercie mon
père Serigne Mor Sylla et ma mère Sokhna Absa Diop.
Que soient également remerciées toutes les personnes
(enseignants, proches, amis) qui ont contribué de près ou de
loin à ma formation morale ou intellectuelle :
- mon propre père qui m’a initié au Coran ;
- Serigne El Hadji Diatara à Touba, auprès de qui j’ai pu
achever mes études coraniques ;
- Serigne Ousmane Mbacké, Serigne Mbacké Lô, Ser.
Bachir Diatara, feu Serigne Mor Sylla, entre autres, qui, tous,
ont fourni des efforts considérables au profit de mes études
relatives aux sciences arabo-islamiques ;
- M. Abou Niane ainsi que le Directeur et tous les
professeurs de l’établissement CPD de la Médina ;
1- Monsieur Amadou Tidiany Diallo et surtout Monsieur
2Khassim Diakhaté dont les conseils et orientations ont
permis à ce travail de s’élaborer. Ce livre étant
l’aboutissement du Mémoire de Master que j’ai rédigé sous

1 Maître de Conférences au Département d’Arabe de l’UCAD, mon
Directeur de Mémoire de Master.
2
M. Khassim Diakhaté, professeur de soufisme au Département
d’Arabe de l’UCAD, fut mon Directeur de Recherche lors de la
rédaction de mon Mémoire de Master en 2012.
9 3la codirection de ces deux professeurs au Département
d’Arabe de l’UCAD où je l’ai soutenu en 2012.
J’aimerais aussi saluer la contribution des membres de
mon jury – dont les professeurs Abdoul Aziz Kébé et
4Alioune Diop – pour tous les conseils qu’ils ont bien voulu
me donner pour le bien de cette étude : je leur en suis
infiniment redevable. Serigne Saliou Diop et Cheikh Thioro
5Mbacké sont aussi dignes de mention.
Pareillement, j’exprime toute ma gratitude envers
Messieurs les formateurs de la FASTEF de l’UCAD et
notamment mon Directeur de Mémoire Oustaz Mouhammad
Lô dont les recommandations et le soutien chaleureux m’ont
toujours été indispensables. J’adresse aussi mes vifs
remerciements à mes informateurs que sont Serigne Cheikh
Diagne, Serigne Khadim Mbaye et Serigne Bachir Mbacké.
Ils m’ont fourni de précieuses informations dont
l’interprétation m’incombe.
Il me faut aussi apprécier l’effort des professeurs (aux
spécialités différentes, mais ayant trait à ce sujet) et des
travailleurs intellectuels qui ont consenti à un sacrifice de
leur temps (combien précieux) pour apporter leur expertise à
cette étude de par leurs lectures, remarques et corrections, en

3 Voir Ahmadou Khadim Sylla : « Cheikh Ahmad Bamba Mbacké :
itinéraire et enseignement mystique », Mémoire de Master, option :
Pensée arabo-islamique contemporaine, Département d’Arabe, FLSH,
UCAD, Dakar, 2011-2012.
4
Ces deux professeurs m’ont enseigné, au Département d’Arabe de
l’UCAD, l’un, les fondements du droit musulman (‘ilm u ṣûl al-fiqh),
l’autre, la méthodologie de recherche (manâhij al-ba ḥth al-‘ilmî). Ne
pouvant les citer tous, je remercie en même temps tout le reste du corps
professoral du Département d’Arabe de l’UCAD.
5
C’est par l’entremise de Cheikh Thioro Mbacké que j’ai pu obtenir de
Serigne Sîdy al-Mukhtâr Mbacké, calife de la communauté des
Mourides, le “ndigueul” (autorisation) de publier ce livre. Qu’il en soit
vivement remercié.
10 vue d’en écarter toutes les inconvenances. Il s’agit
particulièrement de Monsieur Oumar Diop, professeur
d’histoire ; de Monsieur Abdou Ndiaye, professeur de
français et de Madame Fatoumata Cissé Diarra, Directrice
des Archives du Sénégal. Je n’oublierai pas Monsieur Alain
Diatta, conservateur aux Archives du Sénégal, qui m’a fourni
de précieux documents archivistiques destinés à
l’enrichissement et à l’approfondissement de mes recherches.
Bref, à tous ceux qui ont œuvré à l’élaboration du présent
travail, je dis : « Que le Seigneur, le Clairvoyant, récompense
vos efforts ! »
Il ne me reste plus qu’à remercier mon épouse, Amina
Mbengue ; mes enfants : Mu ḥammad al-Mukhtâr et Adama
Sylla ; mes frères et sœurs (Ibrahim, Serigne, Marame,
Mame Diarra…), tous les membres de ma famille et tous
mes amis et connaissances.
11


“ . Z Y X W V U T”

« Parmi ceux que Nous avons créés est une communauté
qui guide par la vérité et qui, selon celle-ci, agit à bon
escient.» Coran, S. VII (Le Purgatoire) ; v. 181.
13

SYSTÈME DE TRANSLITTÉRATION DES MOTS ARABES

Lettre transcription nom de la valeur phonématique
graphématique lettre approximative
ء ’ hamza attaque vocalique
ﺍ â alif support graphique de la
hamza, a long
ﺏ b bâ’ b
ﺕ t tâ’ t
ﺙ th thâ’ fricative interdentale
(comme le th angl. dans
thing)
ﺝ j jîm dj
ﺡ ḥ ḥâ’ fricative laryngale
ﺥ kh khâ’ spirante vélaire sourde (j
espagnol)
ﺩ d dâl d
ﺫ dh dhâl spirante interdentale (th
angl. dans this)
ﺭ r râ’ r roulé
ﺯ z zây z
ﺱ s sîn s
ﺵ sh shîn ch
ﺹ ṣ ṣâd sifflante sourde
emphatique
ﺽ ḍ ḍâd occlusive dentale
emphatique
ﻁ ṭ ṭâ’ occlusive dentale
emphatique
15 ﻅ ẓ ẓâ’ fricative interdentale
emphatique
ﻉ ‘ ‘ayn fricative pharyngale
ﻍ gh ghayn fricative vélaire (r
grasseyé)
ﻑ f fâ’ f
ﻕ q qâf occlusive post palatale
ﻙ k kâf k
ﻝ l lâm l
ﻡ m mîm m
ﻥ n nûn n
ﻩ h hâ’ h expiré
ﻭ w wâw oui (ou le w anglais)
ﻱ y yâ’ y (dans payer)

Remarques :
- les voyelles longues sont représentées par un accent
circonflexe. Exemple : ﺪﻳﺮﻣ correspondra à : murîd ;
- dans les positions médiane et finale, la hamza se
transcrit par le signe (’) ; mais lorsqu’elle se trouve en
position initiale, nous ne l’avons pas transcrite ;
- le suffixe iyy des gentilés et des adjectifs relatifs aux
noms propres de personnes se réduit en î. Ex. al-Mi ṣrî,
alKuntî au lieu de al-Mi ṣriyy, al-Kuntiyy ;
- pour la déclinaison, nous avons opté pour le cas neutre
(sans signe vocalique à la finale des mots) sauf au pluriel
externe masculin où nous avons été obligé de trancher ; ce
faisant, nous avons choisi le nominatif (ex. : mujtahid →
mujtahidûn).

16
ABRÉVIATIONS ET SIGLES
- ANS : Archives Nationales du Sénégal
- AOF : Afrique-Occidentale Française
- b. : ibn (fils de)
- chap. : chapitre
- Cf. : Confer (reportez-vous à)
- éd. : édition
- ex. : exemple
- etc. : et cetera (et le reste)
- H. : Hégire (pour l’ère musulmane)
- ibid. : ibidem (même ouvrage : déjà cité)
- id. : idem (même auteur : qui vient d’être cité)
- J.-C. : Jésus-Christ (pour l’ère chrétienne)
- K. : kitâb (livre)
- litt. : littéralement
- m. : mort en
- man. : manuscrit
- n. : né en
- n° : numéro
- op. cit. : opus citatum, « œuvre citée » (expression latine servant à
rappeler la référence à un ouvrage cité précédemment)
- p. : page
- pl. : pluriel
- p. i. : par intérim
- P. S. L. : Paix et salut sur lui (formule de prière sur le Prophète)
- S. : Sourate
- s. : siècle
- s. d. : sans date
- s. l. : sans lieu (d’édition)
- Ser. : Serigne (marabout)
- t. : tome
- UCAD: Université Cheikh Anta Diop de Dakar
- v. : verset
- vol. : volume

17
INTRODUCTION
eL’avènement de l’Islam à partir du VII siècle de l’ère
chrétienne marque un tournant décisif dans l’histoire de
l’humanité. En effet, cette nouvelle religion allait instaurer la
croyance en un Dieu unique et en Son Messager qui recevait
les révélations et inspirations divines par l’intermédiaire de
l’Ange Gabriel.
Le soufisme, qui est la vie spirituelle par excellence de
l’Islam, se manifeste sous diverses formes correspondant aux
différentes phases qu’il a traversées au cours de son
évolution. Quant à l’origine du terme « sûfî », nous
soulignons tout simplement ici que, pendant le premier siècle
ede l’Hégire (VII s. J.-C.), il n’était pas utilisé par les
musulmans pour désigner les ascètes ou les personnes
pieuses d’alors. Les surnoms dont l’emploi est inscrit dans le
jargon théologique de cette époque sont : « Muslim »
(soumis) et « Mu’min » (croyant). Cependant, « quand, à
epartir du II siècle de l’Hégire, la mondanité domina la vie
des hommes, on a commencé à employer le terme “sûfî”
pour désigner ceux qui se consacraient exclusivement aux
6
pratiques cultuelles et spirituelles » .
C’est dans ce contexte social qu’est né ce que l’on appelle
aujourd’hui le soufisme. Pour les soufis, c’est le Prophète
Mu ḥammad (P.S.L.) qui est le premier d’entre eux. Mais les
premiers groupes de soufis ont été identifiés en Irak à partir
e edu VIII siècle de l’ère chrétienne. Puis, dès le XII siècle, le
soufisme se transforma pour devenir une voie à la fois
spirituelle et sociale. Ce sont, entres autres, les confréries.
Parmi celles-ci, la Qâdiriyya, fondée à Bagdad par Cheikh
‘Abd al-Qâdir al-Jîlânî (m. 561/1166) et la Tijâniyya, fondée

6 e
A. R. Ibn Khaldûn : Al-Muqaddima (Les Prolégomènes), 2 éd. Le
Caire, Dâr al-Fikr li l-turâth, 1431/2004, p. 577.
19
par Cheikh A ḥmad al-Tijânî (m. 1230/1815), furent les plus
répandues en Afrique du Nord et en Afrique Noire. Quant à
la Qâdiriyya, elle s’est développée, en Afrique de l’Ouest,
grâce à l’action des membres de la famille Kunta et
notamment aux efforts de Sîdî al-Mukhtâr al-Kuntî (m.
71226/1811) . Cheikh Sîdiya (a)l-Kabîr (1780-1868) a aussi
servi à l’expansion de la confrérie Qâdiriyya dans ces
8contrées . Ce sont d’ailleurs ces confréries qui ont ainsi
donné naissance à la Murîdiyya dont nous allons étudier la
pensée mystique du fondateur.
Au Sénégal, la Murîdiyya désigne une doctrine religieuse,
mystique et spirituelle se fondant principalement sur
l’éducation, le culte et le travail. Elle est fondée par Cheikh
A ḥmad Bamba Mbacké (1853-1927). Tout en restant
fondamentalement un courant de pensée religieux et une
école d’éducation spirituelle, la Murîdiyya a connu un
parcours tumultueux et très riche en rebondissements.
L’histoire de cet ordre soufi remonte, en fait, à la période
coloniale. Ainsi, jusqu’en 1883, date à laquelle naquit cette
communauté spirituelle, les organisations confrériques qui
existaient au Sénégal reflétaient tout simplement les
ramifications de la Qâdiriyya et de la Tijâniyya.
Il faut souligner par ailleurs que de multiples études,
consacrées à l’œuvre de Cheikh A ḥmad Bamba d’une
manière générale, abondent déjà les bibliothèques. Mais la
plupart de ces études, si elles n’écartent pas l’aspect
mystique de la pensée du marabout des mourides, du moins
elles sont écrites en arabe et, comme telles, inconnues du

7 Kh. Diakhaté : «La Doctrine soufie de Cheikh Ahmadou Bamba,
fondateur de la confrérie al-Muridiyya du Sénégal : influences et
expériences», in Annales de la Faculté des Lettres et Sciences
Humaines, Ethos, n° 39/B 2009, pp. 165-166.
8
Khadim Mbacké: Sufism and Religious Brotherhoods in Senegal,
translated by Eric Ross, U. S. A., Editions John Hunwick, 2005, p. 19.
20
public francophone. C’est ainsi que nous pouvons évoquer,
entre autres exemples :
- des études sur la littérature sénégalaise d’expression
arabe renfermant, en partie, des indications sur la Murîdiyya.
On peut mentionner : l’Essai sur la contribution du Sénégal
à la littérature d’expression arabe du Professeur Amar
9Samb ;
- des études concernant les rapports du fondateur de la
Murîdiyya avec l’administration coloniale. L’archiviste
Oumar Ba a réalisé, à cet effet, un travail méritoire en nous
fournissant notamment d’intéressants documents dans son
ouvrage intitulé Ahmadou Bamba face aux autorités
coloniales (1889-1927), etc.
Cependant quelques auteurs ont déjà abordé la question
sous un angle bien mystique. Il s’agit, entre autres, de Cheikh
Mu ḥammad al-Bashîr Mbacké avec son ouvrage intitulé
Minan al-Bâqî l-Qadîm (Les Bienfaits de l’Éternel) dans
lequel il décrit les différentes étapes de l’itinéraire du
marabout de Touba. Seulement, nous jugeons qu’il serait
important que nous apportions notre contribution à une étude
plus simplifiée de la pensée mouride, en informant le monde
francophone au sujet de ce livre de référence qui est rédigé
en arabe.
Face à ces importantes études faites spécifiquement ou
partiellement sur la Murîdiyya et sur ses rapports avec l’ordre
colonial, on éprouve un besoin impérieux d’y réfléchir en
analysant nettement les positions des auteurs par rapport à la
question.
Le premier ouvrage qui sera soumis à notre analyse est
ecelui de Paul Marty publié dès le début du XX siècle sous le
titre d’Études sur l’Islam au Sénégal. En effet, l’auteur de cet

9
Voir A. Samb : « Essai sur la contribution du Sénégal à la littérature
d’expression arabe », in Bulletin de l’IFAN, Série B., n° 3, Dakar, 1971.
21
ouvrage pense que la confrérie mouride ne fait que
développer des hérésies. Pour lui, Cheikh A ḥmad Bamba
n’est qu’un pseudo-prophète et « son enseignement oral,
comme ses écrits, ne tend plus […] qu’à démontrer à la foule
10qu’il est un prophète et un apôtre » .
Ce que nous pouvons reprocher à Paul Marty c’est le fait
de vouloir faire le bilan de la Murîdiyya à cette époque. Or,
compte tenu de l’état actuel de l’évolution de cet ordre soufi,
nous estimons que cela était prématuré parce qu’à l’époque
cette confrérie était encore embryonnaire et que le projet de
société qu’elle propose était encore inexpérimenté.
D’un autre point de vue, en nous appuyant sur
l’argumentaire des mourides, nous voyons qu’il n’est pas très
facile, comme veut bien nous le faire croire P. Marty, de
prouver que cette confrérie soit incompatible avec l’Islam et,
ce faisant, d’avoir de bonnes raisons de refuser toute
légitimité aux mourides de Cheikh A. Bamba. C’est
précisément dans cette perspective que nous pensons que P.
Marty n’a aucune excuse pour se justifier, car il déroge à la
règle qui veut que quand on juge un système de pensée par
rapport à sa validité, que l’on se réfère à sa logique interne et
à sa capacité à traduire les besoins de ceux qui s’en
réclament et y croient.
Dans cette optique, si nous admettons que l’Islam est un
système global de croyances et de valeurs, il devient difficile
de pouvoir refuser aux mourides toute orthodoxie ; car
ceuxci se réfèrent aux textes religieux, qui, à bien des égards, les
confortent dans leurs positions.
De ce fait, le recueil introspectif, intitulé Majmû‘at
alAjwiba wal -Waṣâyâ (ou Recueil des Réponses et des
Recommandations) comprenant des écrits de Cheikh A ḥmad

10
P. Marty : Études sur l’Islam au Sénégal, Paris, Ernest Leroux, 1917,
t. I, pp. 231-232.
22

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.