Le Pape François et l'année de la vie consacrée en Afrique

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Cet ouvrage d'un religieux de l'Ordre des Prêcheurs à Brazzaville livre ces méditations à l'occasion de l'année de la vie consacrée par le Pape François en Afrique. L'auteur s'interroge aussi bien sur la manière d'être africain tout en étant totalement consacré à Dieu, il questionne la notion de famille élargie appliquée à la famille religieuse. Il souhaite démontrer que la vie consacrée en Afrique traverse aujourd'hui les mêmes problèmes de consécration à Dieu, en tous temps et lieux; qu'il n'y a pas une suite du Christ à coloration africaine.
Publié le : samedi 15 août 2015
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EAN13 : 9782336388960
Nombre de pages : 138
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LE PAPE FRANÇOIS ET L’ANNÉE DE LA VIE CONSACRÉE EN AFRIQUE Claver BOUNDJA
Le Pape François et l’année de la vie consacrée en Afrique
Collection « Croire et savoir en Afrique » dirigée par Benjamin SOMBEL SARR et Claver BOUNDJA Cette collection veut être un lieu d’analyse du phénomène religieux en Afrique dans ses articulations avec le social, le politique et l’économique. L’analyse du phénomène religieux, ne saurait occulter les impacts des conflits religieux dans la désarticulation des sociétés africaines, ni ignorer par ailleurs l’implication des religions dans la résolution des conflits sociaux et politiques. L’approche religieuse plurielle de cette collection a comme objectif d’une part, d’étudier les phénomènes religieux à l’œuvre dans les sociétés africaines dans leurs articulations avec les grandes questions de société, et d’autre part de procéder à une étude scientifique et critique de la religion dans le contexte africain. Elle essaiera de déceler dans la religion non ce qui endort le peuple, mais les énergies créatrices et novatrices capables de mettre l’Afrique debout. Ainsi veut-elle montrer que si la religion peut être un frein au développement, elle est aussi acteur de développement. Le relèvement de l’Afrique doit se fonder sur des valeurs, et la religion est créatrice et fondatrice de valeurs. Dernières parutions Claver BOUNDJA,Oralité et souveraineté politique en Afrique, 2015. Emmanuel MBOUA,Le déterminisme génétique et la liberté humaine. Bioéthique, 2015. Augustin KOUAME,Restauration des fondements ancestraux face aux défis de la vie,2014. Richard APPORA-NGALANIBE,L’Eglise et la démocratie en Centrafrique, 2014. Emmanuel MBOUA,Ethique du développement pour le progrès en Afrique,2014. Pierre-Paul MISSEHOUNGBE,Médias et laïcité au Sénégal, 2014.
Claver BOUNDJA Le Pape François et l’année de la vie consacrée en Afrique
© L'HARM ATTAN, 2015 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-06961-6 EAN : 9782343069616
Préface 1 L’année de la vie consacrée
Cinquante ans après la promulgation du décret conciliairePerfectae caritatis,sur le renouveau de la vie religieuse, le Pape François convoque l’année de la vie consacrée, du 30 novembre 2014 au 2 février 2016. Dans sa lettre apostoliqà tous les consacrés », du 21ue « novembre 2014, le Pape donne trois objectifs à cette année, à savoir «regarder lepassé avec reconnaissance », « vivre le présent avec passion», «Embrasser l’avenir avec espérance». Ces trois objectifs, à bien des égards, concernent une certaine manière de vivre le temps, à travers ses trois scansions de passé, présent et avenir. Ils sont àpoursuivre selon les circonstances spécifiques et la particularité des Églises locales. La vie consacrée, à la manière des dogmes, doit suivre des modes d’expression différents, dans une sorte de réforme perpétuelle de son langage, selon les circonstances de temps et de lieux, tout engardant le même fond, résumé dans suite du Christ. Elle est chaque fois dans un anachronisme ou un décalagepar rapport aux cultures établies, elle est une culture d’exception, vécue par ceux qui veulent être sur la terre comme des anges de Dieu dans le ciel (Mt. 22, 30). Comment être totalement 1 Le livre II du Code de droit canonique latin de 1983 (CIC/83) comprend une troisièmepartie intitulée «Des Instituts de Vie consacrée(IVC) et des Sociétés de Vie apostolique(SVA)». Les consacrés ne sontpas seulement lesreligieux, et leur statut n’estpas nonplus l’intermédiaire entre la condition cléricale et la condition laïque. La vie consacrée est assumée librementpar des fidèles«qui, par des vœux ou d’autres liens sacrés selon les loispropres des instituts,fontprofession des conseils évangéliques de chasteté, de p»auvreté et d’obéissance (canon 573§2).On distingue différentes formes de vie consacrée, selon le droit canonique : les instituts religieux, les instituts séculiers, les ermites et les vierges consacrées.
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consacré à Dieu, tout en demeurant totalement africain, dans une relation équilibrée avec sa famille biologique ? Est-ilpossible d’intégrer la notion africaine de famille large dans un accueil positif de la famille religieuse comme élargissement du cercle familial biologique ? Legrand défi de la vie consacrée en Afrique est celui de la famille. Il s’agit de l’accomplissement dupassage d’une dimension anthropologique et culturelle de la famille, basée sur les liens de sang, à une dimension théologique de la famille, centrée sur le Christ, aîné d’une multitude de frères (Rm 8, 28-32). Les personnes consacrées en Afrique devraient inventer cette nouvelle manière depenser et de vivre en famille, avec cette idée de marche vers la plénitude de vie en Dieu, lieu de rassemblement de toutes les familles de la terre en une seule famille, celle des élus de Dieu. Je voudrais suggérer iciquelques méditations, susceptibles depermettre à l’Église d’Afrique d’assumer, à sa manière, ces trois objectifs de l’année de la vie consacrée.
Regarder le passé avec reconnaissance
Le Pape François invite les consacrés à regarder le passé de leur Institut avec reconnaissance. En Afrique, ce regard sur le passé doit intégrer la question de la mémoire de l’évangélisation de l’Afrique et de la venue de la vie consacrée, couplée à celle de la colonisation. La vie consacrée est venue en Afrique au même moment que la colonisation et l’évangélisation. La question à laquelle il faut répondre est la suivante : comment la mémoire de la vie, de la mort et de la résurrection du Christ à partir de laquelle se constitue le fondement de la vie consacrée, peut-elle purifier la mémoire africaine, en vue de l’accomplissement d’une suite du Christ authentique chez les personnes consacrées en Afrique ?
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Pour mieux répondre à cette question, il nous faut relever, avant tout, les deux problèmes majeurs de la mémoire en Afrique. En premier lieu, il faut noter la longue histoire de souffrance en Afrique, qui fait naître une certaine apathie, histoire de l’esclavage et de la colonisation, histoire des coups d’États et des guerres civiles. En second lieu, il y a l’idéalisation de la culture africaine par certains théologiens africains, qui célèbrent de manière jalouse et erronée les valeurs culturelles (telle que la solidarité) comme propriété privée des cultures africaines, et lettre de créance ostentatoire des Africains au concert des civilisations. Cette apathie et cette idéalisation exigent une relecture de notre mémoire, selon la foi chrétienne, en vue de l’inscription de l’espérance dans le présent africain, et l’actualisation des charismes des fondateurs des instituts religieux. Car il y a plusieurs sortes de mémoires. Il y a des mémoires dans lesquelles le passé, étant sans danger, est pensé comme un refuge des difficultés du présent, et des mémoires nostalgiques ou romantiques tournées vers le passé pour se réconcilier avec lui, dans une sorte d’évasion paresseuse. Mais il existe une mémoire qui met le présent en question, qui réveille les espérances assoupies, qui ouvre les horizons d’avenir et qui appelle à l’action. Il s’agit de l’actualisation, par la foi, de la passion, de la mort et de la résurrection du Christ, mémoire de l’amour de Dieu pour l’homme, mémoire qui proclame le Règne de Dieu à venir comme la puissance libératrice d’un amour sans réserve. C’est ce qui est à l’origine de toutes formes de consécration religieuse à la suite du Christ, en Afrique comme dans les autres continents. Le premier contact de l’Afrique avec l’Évangile, apporté souvent par des religieux missionnaires, a été vécu comme un événement qui, non seulement vient traverser
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