Le Parfait-Mazzeri ou l'accomplissement du rêve

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Paul Mayet entraîne son lecteur dans un tortueux roman d'investigation sur les sociétés secrètes franc-maçonniques. Baptiste est un homme coupé en deux, tiraillé entre son statut de « Parfait » qui le destine à faire le bien et ses pulsions maléfiques de « Mazzeri » qu'il ne maîtrise pas. Initié aux sciences occultes, il peut aussi bien pratiquer des guérisons miraculeuses, que se livrer à des « chasses oniriques » pleines de prémonitions macabres. Après des études de droit, il fonde une société de recherche généalogique pour élucider les énigmes laissées par le meurtre de son père. Propriétaire d'un domaine viticole, Terre d'Argile, celui-ci a disparu en laissant à sa mère la charge de l'entreprise florissante, dont il gardait le contrôle à distance grâce à un système de vidéosurveillance. Avant de mourir, il transmet à son fils des données informatiques, à partir desquelles Baptiste conçoit un logiciel ultra-performant permettant d'obtenir des données sur les personnes en lien avec l'organisation. Intrépide, il traque les complots des puissants pour venger la mémoire de son père.


Publié le : lundi 7 décembre 2015
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EAN13 : 9782334031585
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ISBN numérique : 978-2-334-03156-1

 

© Edilivre, 2016

Dédicace

 

 

La bêtise, comme la rage, est contagieuse et incurable.

A Joëlle CRISA, ma sœur de cœur, pour sa patience
et les conseils donnés à un homme toujours pressé

Avant-propos

Le présent n’est jamais parfait car, dans les secondes qui suivent un événement, heureux ou malheureux, ce présent est déjà un passé qui nous laisse dans l’ignorance de ce futur, à très court terme, qui peut être fait de joie de surprises ou d’un grand malheur.

La première période de ma vie s’est construite à partir de ces joies irréfléchies d’un enfant gâté car préservé des violences extérieures et des choix cornéliens entre un mal ou un bien.

À l’aube de ma majorité un événement imprévu et brutal, m’a projeté dans ce monde des mensonges, des traîtrises et des vengeances nécessaires pour, à défaut de vivre, de survivre avec honneur aux trahisons prévisibles mais que l’on ne veut pas, par orgueil, reconnaître.

Je suis passé de l’enfance choyée à cet état d’adulte forgé par les violences psychologiques et physiques que je n’avais pas été capable d’imaginer et auxquelles je ne croyais pas avoir été préparé.

Mon subconscient a, dans un premier temps, pris le pas sur ma spontanéité pour pallier les conséquences de mes agissements désordonnés, violents et sans précaution pour éviter la perte d’une partie de mes proches qui avaient veillé sur moi et qui ne devaient pas en payer le prix.

Frère Daniel, le moine qui avait été le confident et le protecteur de mon père, avait vite pris conscience de mes actes incohérents et, pour faire appel à la connaissance intuitive de ma mutation, m’avait proposé, avec la conviction de ces croyants à la limite de l’irrationnel, de venir méditer pendant le temps qu’il faudrait dans la cellule du monastère où mon père avait tant appris.

Mon refus spontané, dû à cette espèce d’aversion que je pensais avoir pour ce père qui m’était physiquement inconnu, était vite réfuté par les convictions de ce sage frère Daniel.

Les semaines passées dans ce refuge imprégné d’amour et de foi, associées aux convictions du moine, avaient été consacrées à une formation de base sur la magie blanche, les forces obscures et la parapsychologie qui, selon mon Maître es sciences occultes, allaient m’aider à forger une armure indispensable à la poursuite de ce combat que j’avais engagé et qu’il estimait inégal et très risqué.

Frère Daniel, à défaut de preuve tangible, ne voulait pas accepter mes pouvoirs qui, selon lui, étaient occultes et, comme un exorciste, il tentait de me ramener dans la voie moins grave de mon envie enfantine de justice et de vérité, qui me classait dans la catégorie des « Parfaits » selon la définition qu’en faisaient les Cathares.

Il craignait que je devienne « Le parfait », cet exécuteur des tâches les plus viles dictées par la philosophie des Illuminati, et qui pourrait me conduire à les défaire à défaut de les détruire.

Il ne voulait pas admettre la nature et la puissance que ma mutation m’avait apportée en quelques mois seulement.

Il ne voulait pas accepter cette transformation, imperceptible pour mes proches et mon entourage, à l’exception de certains, qui avait totalement balayé la quête initiale que j’avais entamée et qui a renforcé ma volonté de vaincre sans rémission possible.

Déclenché par une mort brutale, mon nouvel état allait se traduire par l’auto élimination de personnages publics célèbres, mais prédateurs insoupçonnés et, ces morts sans cause connue n’allaient que déplaire, si ce n’est plus, aux « Maîtres » quand ils réaliseraient la réalité de ma drôle de nature, ils ne pourraient alors qu’exiger l’élimination du « fauteur de trouble » sous peine d’une contamination préjudiciable à l’Ordre.

Cette prise de position extrême mais prévisible de la part d’une organisation mondiale redoutable et puissante m’a conduit, à l’issue de cette lutte et par respect des autres, à signer le présent manuscrit sous un nom d’emprunt. J’envisageais de brouiller les pistes afin de retarder le risque d’éventuelles conséquences de ce combat qui, comme toute vendetta, doit se poursuivre jusqu’au dernier représentant des clans en présence…… mais…

Je suis ce dernier représentant de cette lutte engagée par mon père, combat qui pourrait paraître inégal mais que mes descendants n’auront plus à poursuivre car je suis détenteur, jusqu’à ma mort, d’une puissance que mon père ne possédait pas.

Il a été contraint de disparaître pour préserver ses proches, je n’ai besoin que de rêver.

 

 

……

L’Imparfait : Qui présente des défauts, qui n’atteint pas la perfection absolue : Une image imparfaite de la réalité. (Larousse)

Le Parfait : Dans la religion cathare, un « parfait » est un fidèle qui a satisfait à toutes les exigences de la religion et qui a reçu le sacrement unique, le Consolamentum. (L’Internaute)

Le Mazzeri chasse seul. Bien qu’il soit une personne physique au même titre que tout le monde, ayant une vie sociale et personnelle, il est considéré par la communauté comme un être surnaturel liant l’au-delà au monde des vivants (Wikipédia).

Les Illuminati sont une « élite dans l’élite ». C’est la plus ancienne et la plus secrète des organisations des « Maîtres du Monde ». Mais en ce qui concerne les Illuminati, on ne sait rien avec certitude, il n’existe aucun élément de preuve tangible. (Les Illuminati – Syti.net)

 

Le courage est le moyen éphémère utilisé spontanément par certains pour surmonter leurs peurs.

01

Je suis né en 1996, de cette liaison particulière entre Rosemonde Passenchot, prénommée Méjeanne et de Gaston Lemalné, dénommé Jean-Charles de Morhange, ce père qui a disparu brusquement avant ma naissance et qui a fait des recommandations à ma mère, dont celle de me prénommer Baptiste au cours de cette cérémonie, très symbolique, du baptême chrétien.

Elle s’était étonnée de ce choix, et j’en aurais fait autant, mais Gaston lui avait expliqué alors l’ambiguïté de Jean le Baptiste qui était connu, non seulement de la tradition chrétienne pour avoir purifié le Christ dans les eaux du Jourdain et avait été ainsi consacré en tant que Saint Jean-Baptiste, mais également de celle musulmane sous le nom de Yahyâ ibn Zakariya, prophète descendant d’Îmran, ancêtre de Moïse, et qui avait été inhumé dans la grande Mosquée des Omeyyades à Damas.

Il souhaitait ainsi que je sois imprégné de la philosophie du monothéisme sans me laisser influencer par une religion aux dépens des autres et ma mère avait totalement approuvé cette demande qui ressemblait tellement à celui qu’elle aimait tant.

Aucune explication sur le départ brutal de cet homme de son environnement qu’il avait commencé à construire et qui était en plein essor, suivi d’un retour tout aussi surprenant, dix-huit ans plus tard, pour me rencontrer brièvement sur ce même domaine de Fleur d’Argile avant d’être assassiné, quelques mois après notre unique rencontre, sans autre raison apparente que le vol crapuleux, dans les rues de la citadelle de Carcassonne.

Je suis le fils de ce père, que j’ai peu connu, et d’une mère exceptionnelle qui a compensé l’absence d’amour apparent de mon géniteur par des démonstrations pleines de pudeur et de spontanéité remarquables……

Selon la « légende », entretenue depuis plus de dix-huit ans, sur ce père disparu sans raison justifiée, je suis son inverse ou sa copie en positif comparée à la sienne en négatif sur le plan comportemental mais également physique.

Il était grand, presque laid et difforme, à l’image de ce Quasimodo décrit par Victor HUGO, je suis plus grand, apparemment beau et avec, de surcroît, le même magnétisme selon les critères de mes familiers.

Il cherchait à séduire, j’ai toujours voulu comprendre le monde, sans forfanterie mais, au contraire, avec beaucoup de pudeur…

Il avait mal vécu durant ses 18 premières années de vie, j’ai vécu sans heurt ni conflit jusqu’à son arrivée, au lendemain de mes 18 ans révolus.

Pendant ses années d’enfance il était un paria, pendant les miennes j’ai été un privilégié……

Sa vie a réellement pris naissance avec Fleur, cette journaliste d’investigation qui lui a révélé sa vraie nature, l’a aimé passionnément alors qu’il avait à peine dix-huit ans, et dont la vie s’est terminée par le sacrifice de sa personne.

Je sais que Gaston l’a aimée avec la passion de ces éphèbes qui découvrent une autre vie qu’ils saisissent à pleines mains, avec la rage de comprendre les raisons réelles qui conduisent les hommes à devenir des bourreaux en tout genre.

Je sais maintenant comment ma vie va se terminer mais, au préalable, elle s’est divisée en plusieurs périodes et je ne peux pas gommer la première qui a été riche d’amour, de contrariétés et de révoltes car je m’insurgeais contre des règles que j’estimais absurdes.

Règles qui me semblaient établies par mon précepteur, Stéphane, cet homme si exceptionnel mais torturé par son célibat forcé et ses deux filles à éduquer.

Sans être un père de substitution, il avait accepté d’assumer toutes les charges et les contraintes sans aucune reconnaissance de ma part, bien au contraire. Je l’aime comme le fait un fils, mais de façon ingrate car je ne cherchais pas à lui témoigner mon affection permanente pour ne manifester que mes révoltes ponctuelles générées par mon incompréhension de la complexité de mon éducation qui, je ne l’ai su que plus tard, était construite par ce géniteur inconnu.

Malgré mes états d’être, j’étais l’enfant chéri de tous, pour des raisons propres à chacun, mais surtout de mes adorables cerbères qui étaient ma mère et ce drôle de Stéphane, précepteur de confiance à défaut de génie.

Il était râblé malgré son mètre quatre-vingt, un peu rougeaud, des cheveux toujours bien coupés et des yeux bleus qui adoucissaient son caractère sanguin.

Habillé comme les viticulteurs de la région, il portait toujours la même tenue et je n’ai compris que plus tard qu’il en avait quatre ou cinq identiques pour rester fidèle à son image.

Ma mère, femme de tête et maîtresse incontestée de son domaine vinicole baptisé par mon père, Fleur d’Argile, était respectée par tout ce petit monde qui gravitait autour d’elle et qui lui était reconnaissant d’avoir poursuivi et construit, avec beaucoup de succès, le projet de son rouquin de compagnon, mon père.

Elle ne pouvait qu’être belle puisque c’était ma mère, mais elle avait tous les atouts pour faire tourner les têtes dont celle de mon père qui en était très épris.

Châtain clair avec la peau mate des Méditerranéennes, elle souriait tout le temps et seuls ses yeux marron démentaient cette apparente joie.

Stéphane, cet éducateur par nécessité, s’était montré digne de cette tâche ingrate en gérant, en père célibataire, ses deux filles et « le fils des patrons » comme il le disait en période de crise, ou pour répondre à mes révoltes qu’il estimait injustifiées.

Stéphane, enfant spirituel de ce domaine qu’il avait mis en place avec le fils Passenchot, premier mari de ma mère, avait connu celle-ci lors des présentations officielles des deux familles qui avaient été favorables à l’union de leurs enfants… et de leurs terres…, pour le meilleur et sans envisager le pire.

Dans l’euphorie de cette union qui, pour une fois, n’était pas arrangée, Stéphane avait décidé lui aussi de se marier mais, dans cette urgence injustifiée, il avait porté son choix sur une gourgandine qui lui avait un peu « forcé la main » en lui annonçant que leurs rencontres coupables se traduisaient par une grossesse tout aussi condamnable.

Aveuglé par ce stupide orgueil d’homme, maître en tout, il confirmait la noce prochaine avant la naissance d’une fille qui ne pourrait être que magnifique.

Il s’estimait être un homme comblé, il était heureux et, dans l’année de son mariage, une seconde fille, Mélanie, venait égailler le domaine.

Cette nouvelle famille, qui complétait toutes celles de la propriété, avait tout pour réussir et prospérer mais la femme de Stéphane était frivole et jalouse de Méjeanne, dont la Cogestion de Fleur d’Argile avec son mari lui était insupportable malgré l’absence de toute ambiguïté dans leurs relations qui n’étaient que très fraternelles.

Frivolité coupable et jalousie infondée ne pouvaient que déboucher sur la destruction irréversible de ce jeune couple, avec des conséquences graves sur leurs deux filles.

 

La volonté, sans une foi en soi, n’est que le repoussoir des actions à accomplir.

02

Éduqué par ma mère, j’ai été suivi en permanence par Stéphane, l’intendant du domaine et, après des études primaires et secondaires au Lycée Saint Stanislas à Carcassonne j’ai rejoint la Faculté de Droit et Sciences Politiques de Toulouse dans le but bien précis de tenter de résoudre l’énigme de mon père.

Stéphane, contrairement à ma mère, entretenait l’espoir de revoir un jour ce père que je ne connaissais qu’au travers des avis de chacun sur sa manière d’être et d’agir qui avait été et, à l’unanimité, remarquable.

Si Méjeanne m’a donné tout l’amour possible et m’a apporté les douceurs et la délicatesse d’une femme, elle a eu également la rigueur propre à sa manière d’être mère et, quant à lui, Stéphane a été attentif et vigilant, tout en suivant un mode d’éducation qui semblait dicté par des instructions « venues d’ailleurs » ou établi selon les circonstances du moment.

Mélanie, fille cadette de Stéphane, était sacrée à plusieurs titres : elle était ma « petite sœur » du fait de notre différence d’âge ; j’étais le frère aîné qu’elle n’avait pas eu ; et par notre éducation commune faite par un père intègre, elle était aussi ma protégée par nos années d’écart qui me plaçaient comme le modèle qu’elle devait suivre.

Notre parfaite connaissance de l’autre permettait toutes les complicités, sans restriction ni réserve mais avec cette insouciance de ceux qui n’ont jamais traversé d’épreuve difficile.

Par contre, et malgré cette connivence de tous les instants, elle continuait à m’appeler « Monsieur Baptiste » comme le lui avait appris son père et ce, afin de respecter le « petit-Maître », fils de Méjeanne et de Jean-Charles.

C’était « ma petite sœur » et je la chahutais en permanence… elle n’avait que quinze ans……

Comme pour Mélanie, Stéphane et ma mère, j’avais catalogué mes proches attentionnés car, chacun d’eux, a eu une influence importante sur mon devenir.

 

La tristesse, feinte ou réelle, est un moyen d’expression facile pour tenter d’émouvoir les prétendus forts qui ne veulent pleurer sur personne et sur rien…

03

Il y avait donc, après ma chère mère, Stéphane, personnage tout aussi important dans ma vie, car il a été le substitut d’un père qui m’était inconnu, en m’éduquant, me protégeant et, comme pour la propriété qu’il cogérait, en apportant des solutions à tous mes problèmes.

Il n’a jamais voulu remplacer ce père dont il me parlait tout le temps, avec des descriptions sur sa manière d’être et des propos, très significatifs sur sa fierté pour un personnage, pour moi fictif, que je considérais, de surcroît, lâche et probablement mort.

Il était le garant sans limite et permanent de l’intégrité absolue de celui qu’il considérait comme son maître et il combattait chacune de mes révoltes contre cet homme qui avait trahi ma mère en s’enfuyant comme le lâche qu’il devait être.

– Ton père est loin d’être un lâche, bien au contraire, il s’est sacrifié pour préserver votre vie et les nôtres.

Je n’ai compris les raisons de l’inébranlabilité de ses convictions, qui me semblaient partiales car je les estimais totalement infondées, que plus tard, au cours de la seule rencontre avec cet homme qui m’a subjugué dès les premières minutes.

– J’ai toujours souhaité être capable de te construire à son image en t’inculquant ses principes et cet amour qu’il avait pour la vie et surtout pour les autres.

Il était altruiste, sincère et toujours prêt à se sacrifier pour des causes qu’il estimait justes, il sait, pardon, il savait reconnaître ses erreurs, ses excès, pour pouvoir se corriger et transmettre les leçons qu’il en tirait.

– Tu es de parti pris et tu vis dans un passé qui n’est plus et pas acceptable, jamais je ne pourrais m’enfuir et ainsi condamner le bien être de mes proches comme il l’a fait.

– Tu……

– Oui, je sais, « Tu comprendras plus tard, quand tu seras grand… » c’est ta phrase « sortie de secours » ou de fin de discussion, comme tu me le répètes si souvent.

Vu ma taille, je pense avoir atteint celle de la compréhension et bien : Non…

Une fois de plus je le prenais à contre-pied et il semblait figé ou avait un besoin de temps car, pour les situations graves qu’il rencontrait ou qui lui étaient soumises, la solution ne survenait que dans les douze à vingt-quatre heures qui suivaient, comme si Stéphane consultait ou prenait conseil auprès d’un tiers. Étrange comportement mais… « Je comprendrai quand je serai grand… »

En complément de ce matérialisme, le spirituel était nécessaire et m’a été prodigué par Frère Daniel moine de l’Abbaye d’En-Calcat dans laquelle Gaston, mon père, s’était réfugié après son départ précipité de Rennes le Château, il sera son guide mais surtout sa sauvegarde pour que le « Rêve » puisse triompher.

En toutes circonstances, sans même l’appeler, comme un diable sortant de sa boîte, Frère Daniel a toujours été présent dans les moments les plus difficiles pour apporter paix constructive et paroles de réconfort, sans aucune « bondieuserie ».

Il semble ne pas avoir d’âge et, dans mes souvenirs les plus lointains, je le revois exactement le même, avec un port de tête altier malgré son apparente humilité.

Ni rides ni cheveux blancs, un visage émacié mais illuminé par le regard de ses yeux verts, un éternel quinquagénaire très actif, toujours en habit civil de prêtre, mais sans ostentation, seule la petite croix à son revers confirme son appartenance à l’Église catholique.

Aujourd’hui encore il a cette attitude faite de bonté et de compréhension avec une absence totale de colère quand nous abordons le sujet délicat de mon évolution particulière qu’il avait pressentie avant même qu’elle ne se soit manifestée.

Avec ses convictions inébranlables sur Dieu, il a tenté de me ramener dans ce qu’il estimait être le « droit chemin » fait de bonté, de don de soi et de pardon, afin de ne pas me perdre dans les voies du mal et de la négation.

Lui aussi m’a souvent parlé de mon père car il estimait qu’il était un exemple à suivre et non à condamner.

Il y a également ceux qui semblaient être en retrait mais qui ont été les outils indispensables à mon éclosion et qui ont renforcé mes convictions comme Pierre LESAGE qui, à l’image de son prénom, a été la pierre angulaire de l’édifice de la vie que j’ai construite après l’assassinat de mon père dans une des ruelles de la Cité de Carcassonne.

Rédacteur en chef d’un journal régional important par son audience, il dissimulait bien l’image de ces personnages investis de pouvoirs occultes qui ont droit « de vie ou de mort » sur les autres afin de servir au mieux les intérêts du Dieu Pouvoir ou Dieu Finance.

Je l’ai connu au cours de ses visites au domaine et je dois reconnaître ma très grande réserve sur les appréciations favorables de ma mère pour ce personnage dont l’ambiguïté me rendait méfiant et, le nouveau départ précipité de mon père, alors que je venais de le découvrir, suivi de sa mort tragique peu explicable, ont été les déclencheurs de ma mutation.

Lui aussi est mort d’une façon étrange, paix à son âme, Dieu reconnaîtra les siens, mais…

 

Le bonheur n’est atteint qu’au seuil de notre mort… puisqu’il n’y a plus d’espoir.

04

Sans ordre établi, mais également important, il y a Grégoire, surnommé « Ventralair », tant il aime raconter les aventures concernant celles du bas de sa ceinture.

« Vieux loup de lit », il a parcouru toutes les mères, pourvu que leurs voiles se limitent à leurs jupons soulevés ou non par le vent des désirs.

Courtisant impénitent, il affronte les bourrasques de ses aventures avec cette attitude blasée des vieux loups de lit qui sont capables de survivre à toutes les tempêtes des maris et amants trompés, par surprise.

Il n’est ni beau ni laid mais a le charme exceptionnel de ces personnes que Dieu accueille sans confession.

Fait de douceur, et de cette bonhomie traîtresse des gens sans foi ni loi, il ne porte pas l’habit car il est en lui-même cet habit qui fait les moines.

Il est entre le caméléon et le serpent car, après avoir adopté la couleur qui peut le noyer dans l’environnement, il vous fascine par son regard et ses facéties de clown triste.

Il est un peu rond, le crâne dégarni avec, à l’arrière, le reste de ses cheveux sans couleur coiffés en une seule tresse de quelques centimètres, ses yeux ont la couleur marron foncé presque noire et sa bouche pulpeuse traduit sa concupiscence.

Je ne l’ai jamais vu boire mais, depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours pensé qu’il était ivre, seuls ses yeux démentent la réalité de ses pas chaloupés.

Bricoleur de génie dont le domaine a besoin pour les tâches de réparation, rénovation et adaptation des choses et des matériels, il m’a adopté dès ma naissance et, au lendemain de mes premiers pas chancelants, j’ai été attiré par son local fait de bric et de broc, de noir et d’or et d’une multitude d’objets étranges pour un enfant de dix-huit mois.

Ma mère et ma gouvernante ont été en permanence sur le qui-vive et, quand je disparaissais, elles savaient où me trouver et ne manquaient pas de sermonner « le Grégoire » qui ne cherchait aucune excuse servile mais, au contraire, les rabrouait car, comme toutes les femmes, elles étaient, selon sa philosophie, des castratrices.

Nous avons un attachement réciproque très fort, lui par mon devenir auquel il espère encore pouvoir contribuer et moi, pour toute la richesse de ses leçons de vie qu’il me prodigue toujours.

Son surnom de « Ventralair » est justifié par un célibat qui l’a conduit à faire de multiples conquêtes, mais ce n’est qu’un aspect trompeur de sa personnalité car, depuis toujours, à l’instar de ces interprètes de « Vous les femmes » ou « Pobré Diablo », il n’est en fait qu’un Pauvre Diable qui a été manipulé par celles dont il pense être le marionnettiste.

Cette prise de conscience assez rapide de cet état de dépendance, au lieu de le désoler ou de l’abattre, a renforcé sa bivalence faite d’une sincérité exemplaire et de mensonges permanents selon les situations et son environnement.

Au domaine, seule la sincérité a prévalu car il s’est toujours interdit de courtiser la gent féminine pour, au contraire, être le fils, le frère, le père ou le confident des femmes de la communauté.

Mais avec ses conquêtes, tous les moyens étaient justifiés pour arriver à ses fins.

Il fut, et est encore mon maître dans l’art de la séduction, son adage étant que l’on ne gifle pas une personne qui vous sourit et, qu’au contraire, votre interlocuteur ou votre adversaire baisse sa garde en étant convaincu que c’est le rictus d’un vaincu, ce qui est une grave erreur qui peut alors lui être fatale.

Nous passions tous ses moments libres à discuter à perte de vue sur des sujets de toutes sortes, allant de l’ésotérisme au comportement journalier.

Il m’a inculqué la maîtrise de soi, la mansuétude, cette faculté qui incline à une espèce de bonté indulgente, mais également la rigueur de la parole donnée et l’obligation de ne jamais abandonner ou de de fuir un combat engagé.

Son principe…

– La plus grande de tes forces est de ne jamais l’utiliser car, dans le cas contraire, tu auras de multiples adversaires et un jour l’un d’eux te battra.

Maîtrise toutes les situations en intervenant avec ta tête et non avec tes poings.

Je retenais toutes ses leçons, ma capacité d’absorption est comparable à celle de l’éponge, et j’ai une mémoire que je préserve et entretiens instinctivement tant j’ai à apprendre et comprendre.

 

La vie, sans l’espoir d’un après, n’est qu’une farce grotesque que seuls les incrédules acceptent.

05

Cet enseignement de Grégoire sur la maîtrise de soi, tant intellectuelle que corporelle, a été complété par celui qui a su, avant les autres, reconnaître mes facultés paranormales non encore révélées.

Frédérique, ou Fred pour tout le monde, le gardien du domaine, bien que cette fonction soit très symbolique tant notre propriété est respectée par tous, mais qui aime faire ses rondes journalières pour montrer aux étrangers ou aux imprudents le risque qu’ils encourent en cas de violation de « son territoire ».

Grand, presque deux mètres de haut, blond, bien charpenté, avec des yeux bleus dans un visage carré de Viking imberbe il n’a pas besoin de chien pour impressionner son monde alors qu’il est d’une gentillesse exceptionnelle.

Il est également maître-chien, dont les compétences sont utilisées par toutes les autorités et organisations régionales, allant des forces de l’ordre aux sauveteurs, qui doivent impérativement avoir la maîtrise de leurs bêtes.

Très doué, il ne fait que regarder le chien qu’il doit dresser, selon lui c’est une éducation et non un dressage et, la période d’observation réciproque passée, il matérialise la communion évidente entre l’homme et la bête par un simple geste de la main afin d’établir, par ce contact physique et magnétique, le tandem indispensable et nécessaire à la poursuite de son éducation.

Mon statut de fils de la maîtresse du domaine et de Gaston, n’a pas influencé l’attachement qu’il me voue, je suis le fils qu’il n’a jamais eu et le maître à devenir des animaux.

Selon lui mon magnétisme est puissant et redoutable.

Pour mes seize ans, et sans même en informer ma mère, il m’a offert un jeune Dobermann de moins de trois mois, en précisant :

– Nous allons l’éduquer ensemble pour que tu sois son seul et unique maître.

Noir et feu, oreilles et queue coupés malgré l’interdit selon le Droit des animaux instauré par la SPA, une fois libéré au milieu de la foule des invités à mon jour anniversaire, le petit dobermann, sans aucune hésitation, s’est précipité sur moi avec les jappements du bonheur d’avoir trouvé son maître.

– Pas de soucis sur cette reconnaissance de maître incontesté et c’est un signe très favorable sur beaucoup de points que je t’expliquerai plus tard.

– Qu’il est beau, il est identique, en plus jeune, à celui de mes rêves…

Mon exclamation a fait sourire d’attendrissement toute l’assistance à une seule exception matérialisée par le départ précipité de Daniella, celle qui a veillé à ma parfaite éducation depuis ma naissance.

Je n’y ai pas pris garde et j’ai saisi celui, en fait celle, car c’est une chienne, qui est, et restera une compagne fidèle, attachée et qui ne me quittera jamais jusqu’à sa mort, à la fois par amour animal et pour me préserver de tout…

Commença alors la double éducation, de la chienne et de son premier maître, car l’attirance incontestable de l’une et les risques liés à ma spontanéité, devaient être endigués pour éviter des dérives générées par une trop grande affection réciproque.

– Pour bien comprendre ton nouveau compagnon, tu dois connaître les origines de cette race et sa raison d’être.

Le Dobermann a été créé vers 1870 par Monsieur DOBERMANN, percepteur d’impôts et gestionnaire de la fourrière municipale de sa ville.

Il a croisé plusieurs races pour obtenir un chien de défense plus combatif et plus courageux que ceux qu’il connaissait.

Il le voulait rapide, endurant, très agile et fidèle afin d’être protégé des bandits de grand chemin lors de ses tournées de collecte.

À sa mort, et après de nouveaux croisements effectués par un éleveur allemand réputé, le Dobermann actuel a été stabilisé avec les performances attendues et une loyauté envers son maître et sa famille qu’il voudra protéger contre tous les dangers.

Ta nouvelle compagne, au péril de sa vie, ne te trahira jamais et elle n’attendra rien d’autre de toi qu’amour et gentillesse.

J’étais à la fois impressionné par les caractéristiques d’un simple chien et flatté par le choix délibéré de Fred qui avait répondu à mes vœux d’avoir la bête exceptionnelle qui hantait mes rêves.

Je décidai de l’appeler Quinola…

 

L’amour n’est qu’un reflet plus ou moins éphémère de l’image de soi que l’on veut découvrir dans le regard de l’autre.

06

Mais il y a aussi et surtout, Daniella, ma gouvernante et ma seconde mère qui a été le révélateur de ce que je suis devenu, elle est l’intendante du quotidien de la maison, corse d’origine et chargée de toutes les tâches que ma mère lui confiaient, allant de la couture à mes repas et langes à changer, j’y suis très attaché.

Je n’ai aucune appréciation sur son physique, ni sur son âge, car elle a pour moi la beauté de ceux que l’on aime et je suis incapable de la décrire autrement que par des mots d’amour que j’utilisais au cours de mon enfance.

Elle est pourtant à l’image de celles que l’on voit dans les magazines sur la Corse, mince pour ne pas dire maigre, petite mais droite comme un i, visage austère assombri par ses yeux noirs et par la couleur de ses cheveux de jais qui ont toujours été tenus par un chignon compact.

Je savais qu’elle avait été veuve assez tôt, ses tenues faites tout de noir le confirment, qu’elle a quitté la Corse à la mort inexpliquée de son mari, Antoine, et qu’elle ne veut plus y retourner pour une histoire de « mauvais sort » qui aurait été jeté par un des hommes de son village, mais elle n’en parlait jamais.

Elle aussi m’aime profondément et, dans ma jeunesse, elle me racontait des histoires qui allaient du conte de fées à celles extraordinaires des Mazzeri et Mazzera qui vivent en Corse.

Ce n’est qu’après ma puberté, vers treize-quatorze ans qu’elle a accepté de répondre à toutes mes interrogations sur ces êtres particuliers qui pouvaient guérir ou tuer sans se déplacer et par leurs seuls rêves.

– Tu es arrivé à l’âge qui devrait te permettre de comprendre le mazzérisme, qui est issu d’une communauté corse formée par des femmes et des hommes qui croient à leur don de prophétie funèbre accomplie en rêve.

Au cours de ces rêves, le corps spectral de l’u-mazzeru en langue corse, surnommé « Chasseur d’âmes », part en chasse pour tuer des animaux.

Les mazzeri sont des personnes pacifiques mais que l’on reconnaît à leur regard car on sent tout de suite que c’est à travers les gens qu’il regarde.

Selon la tradition, quand le mazzeri est choisi, il devient absent, rêveur, aime la solitude et a des visions prophétiques.

Lors de la prise de conscience de son nouvel état, il peut être triste et dépressif car il sait qu’il est devenu l’instrument involontaire de la mort par ce don surnaturel qui lui permet de lier l’au-delà au monde des vivants.

– Ce que tu me racontes est effrayant, certes, ça m’explique toutes les histoires étranges que tu me racontais sur ta famille avec des morts brutales et inexpliquées, dont celle d’Antoine, mais pourquoi le fais-tu exactement ?

– Par crainte car, depuis ta naissance, tu as non seulement des comportements particuliers mais, de surcroît, tu écris des poésies aussi belles qu’étranges et, au cours de tes sommeils, certains de tes rêves semblent te galvaniser.

– Oui, je suis un peu poète et je fais des rêves violents, toujours accompagné d’un chien noir et feu magnifique, mais je ne tue, ni des animaux et encore moins des personnes.

Silence étrange de Daniella…

– Changeons de sujet, je ne vais pas t’encombrer la tête avec mes superstitions de vieille femme.

– Non, au contraire, ce que tu dis me trouble mais je n’ai pas de chien et mes rêves ne sont que des cauchemars et non des prédictions ou incantations.

– Nous en reparlerons plus tard et maintenant fais tes devoirs.

Sans claquer la porte Daniella, ce jour-là, a quitté ma chambre, me laissant ainsi sur mon envie de découvrir ce monde étrange et fascinant des légendes corses.

 

Le verbe crée mais il peut tuer, et quel bonheur de pouvoir le faire en toute impunité.

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