Le philosophe et le cabaliste

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Rabbi Moïse Hayyim Luzzatto est l’un des plus éminents cabalistes du XVIIIe siècle. Auteur fécond, prestigieux et controversé, il a laissé une œuvre abondante et variée. Dans Le Philosophe et le Cabaliste (Hoquer ou Mequoubal), appelé aussi Exposition d’un débat (Maamar ha-Vikouah), Rabbi Moïse Hayyim Luzzatto répond aux détracteurs de la cabale, à savoir philosophes et théologiens, en écartant les malentendus et en exposant les fondements conceptuels et traditionnels de la doctrine de R. Isaac Louria, grande figure de la cabale d’après l’Expulsion. Cet ouvrage constitue une excellente introduction à la cabale dans ses aspects spéculatifs et systématiques. Son style dialogué, vif et savoureux, fait de lui un texte d’une lecture agréable. Les questions fondamentales qu’il pose et qu’il s’efforce de résoudre situent ce livre dans la bibliothèque des classiques de la pensée juive.
Publié le : mercredi 15 avril 2015
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EAN13 : 9782864327950
Nombre de pages : 184
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Rabbi Moïse Hayyim Luzzatto
Le philosophe et le cabaliste
Exposition d’un débat
Traduit de l’hébreu, introduit et annoté par J H
Collection « Les Dix Paroles » VERDIER
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© Éditions Verdier, 
PRÉSENTATION
La vie et l’œuvre de Moïse Hayyim Luzzatto
I. ÉLÉMENTS BIOGRAPHIQUES
La première éducation et la découverte de la cabale.
Moïse Hayyim Luzzatto naît dans la ville italienne de Padoue en 1707, dans une famille célèbre à la fois pour le rôle important qu’elle joue dans la vie de la communauté juive et pour son érudi-tion. Son éducation est le reflet fidèle de l’état d’esprit qui carac-térise un judaïsme italien attaché aux plus profonds aspects de la tradition juive et ouvert à la culture universelle. Ainsi, son père, R. Jacob Haï, lui donne deux maîtres : R. Isaïe Bassan, éminent talmudiste et cabaliste ; et Isaac Hayyim Cantarini, médecin et poète. Moïse Hayyim apprend le latin dès son plus jeune âge et s’adonne à la logique ainsi qu’à la rhétorique. Sa première œuvre, Lachon Limoudim, écrite à l’âge de dix-sept ans, est d’ailleurs con-sacrée à ce dernier domaine. La cabale tient une place singulière dans la formation intel-lectuelle du jeune Luzzatto. Il s’initie à elle en explorant la biblio-thèque de son maître Bassan. La relation qui le lie à ce dernier est, au début, purement formelle, le maître prestigieux considérant le riche fils de marchand comme un élève parmi d’autres. Mais, très
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vite, un « amour éternel » naît entre le maître et l’élève. On en trouve l’expression dans une lettre adressée par R. Isaïe Bassan 1 aux rabbins de Venise, en défense de Luzzatto : « Je dirai juste quelques mots au sujet de l’homme de valeur qui fait l’objet de tant de rumeurs. En effet, je lui ressemble et j’ai été un père pour lui. Il faut rétablir la vérité : encore enfant, il fut pris d’un profond amour pour la Tora et, en grandissant, il se tissa un manteau de modestie, refusant de se laisser séduire par les choses vaines et faisant taire les désirs déraisonnables qui sont ceux de l’enfance et de l’adolescence. Dieu lui accorda le don de l’écoute et de la compréhension et je le considérais comme un fils. Je l’ai élevé, je l’ai pris dans mes bras, je lui ai enseigné tout ce que je savais et je l’ai aimé d’un amour éternel. [...] Il venait chez moi, très tôt le matin, agile comme un cerf, pour apprendre les paroles du Dieu vivant. Il fouilla ma bibliothèque et découvrit certains écrits que Dieu m’a permis de posséder. Ainsi, un jour, il traversa 2 le fleuve de la cabale et goûta à “ l’Arbre de vie ”. Alors son esprit parcourut la vallée des secrets. »
Le cercle d’étude.
Cette « vallée des secrets », Luzzatto la parcourt en compagnie de quelques amis de son âge. Ensemble, ils fondent un cercle d’étude qu’ils appellent « La sainte Société ». En dépit de son extrême jeunesse (il n’a que quatorze ans), Luzzatto s’impose d’emblée comme un maître et rédige lui-même les règlements (taqanot) qui régissent leur petit groupe. Il y accorde une place particulière à l’étude ininterrompue du Zohar: « Chacun à son tour en lira une partie, ceci depuis l’aube
1.CorrespondanceI, lettres 26-27, p. 57. 2. LeEts-Hayyimest ce texte fondamental dans lequel Rabbi Hayyim Vital a consigné l’enseignement de Rabbi Isaac Louria. En fait, le titre de cet ouvrage célèbre est utilisé ici comme un terme générique qui désigne l’ensemble de la pro-duction cabaliste.
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jusqu’à l’heure de la prière du soir, tous les jours, à l’exception du chabat et des fêtes. » Les modalités du relais instauré entre les membres de la « Société » sont les suivantes : « Quand l’un vient pour remplacer l’autre, le nouvel arrivant doit commencer l’étude duZoharavant que le premier n’ait terminé la sienne, afin qu’il n’y ait aucune interruption. » En dehors de cette lecture perma-nente, aucun horaire n’était fixé pour les réunions du groupe et « chacun pouvait se rendre à tout moment à la maison d’étude ». Cependant, la méditation d’un texte aussi important que le Zoharn’a pas un caractère purement théorique. Les membres de la « sainte Société » pensent renforcer les liens du divin avec le monde grâce à elle et hâter ainsi la Rédemption. L’une destaqanot les plus importantes définit ainsi la finalité de l’étude menée par Luzzatto et ses jeunes disciples : « Que le but de cette étude ne soit pas de recevoir une récompense ou d’espérer une rétribution [...] [Mais qu’elle soit] seulement destinée à la réparation(tiqoun)de la Chekhina et de tout Israël [...] » On trouve dans lestaqanot nos-3 saffotla précision suivante : « Toute(règlements supplémentaires) la rétribution de leurs bonnes actions sera offerte en cadeau à l’ensemble du peuple d’Israël [...] » La rédemption recherchée par le cercle de Luzzatto a, par son caractère collectif, tous les traits qui 4 font la spécificité du messianisme juif .
3. Luzzatto ajoute ces « règlements supplémentaires » aux « premiers règle-ments » lorsque sa renommée se répand et que le cercle de ses disciples s’agrandit. Dans ces nouveaux règlements, Luzzatto insiste particulièrement sur le principe du secret. Pour plus de précisions, voirCorr.I, p. 8 à 12 où on trouvera le texte destaqanot. 4. Voir à ce sujet l’article de Tishby, « L’effervescence messianique dans le cercle de Luzzatto à la lumière de saketouba[contrat de mariage] et des poèmes messianiques », (en hébreu), publié d’abord dansIsaac Baer Jubilee Volume, 1961, puis dansLes Voies de la foi et de l’hérésie(en hébreu), Maqor, Ramat-Gan, 1964. Voir aussi Elisheva Carlebach, « Redemption and persecution in the eyes of Moses Hayyim Luzzatto and his circle », dansProceedings of the American Academy for Jewish Research, vol. LIV, Jérusalem, 1987. Sur le phénomène du messianisme en général, voir l’ouvrage classique de G. Scholem,Le Messianisme juif, Calmann-Lévy, Paris, 1974.
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Or cette orientation messianique paraît suspecte en ce début de e 5 XVIIIsiècle où les espoirs soulevés par Sabbataï Tsevi au siècle précédent sont encore bien vivaces. La persécution guette toute ten-tation eschatologique, toute entreprise de renversement des valeurs séculaires du judaïsme. Conscient des soupçons que peut éveiller l’activité de son cénacle, Luzzatto se défend de toute velléité anti-nomique. Ainsi, il stipule expressément, dans ses « règlements sup-plémentaires », que les membres du groupe doivent se garder de « négliger ne serait-ce qu’une loi ou un usage(minhag)d’Israël, à Dieu ne plaise. Mais ils doivent faire garde sur garde afin d’être intè-gres (littéralement : propres) devant YHVH, Dieu d’Israël ».
La révélation du Maguid.
Les incursions de Luzzatto dans « la vallée des secrets » aboutissent à une expérience décisive. Il s’agit de la révélation du
5. Tout en admettant qu’il connaissait les textes sabbatéistes, Luzzatto a tou-jours nié être un adepte de Sabbataï Tsevi. Ainsi, l’ouvrage intituléQinat Hachem Tsevaot(voir notre bibliographie) est une critique de ce pseudo-messianisme. La question de l’adhésion de Luzzatto au mouvement sabbatéiste divise, néanmoins, ses commentateurs. On peut consulter à ce sujet l’article de Tishby, « La relation de Luzzatto avec le sabbatianisme », (en hébreu), publié d’abord dansTarbiz, 27, 2-3, 1958, puis dansLes Voies de la foi et de l’hérésie, op. cit.Dans cet article par ailleurs fort instructif, Tishby adopte une position ambiguë. Sans faire de Luzzatto un sabbatéen, il remarque que ce dernier a ouvertement accepté des élé-ments sabbatéistes qui apparaissent jusque dans sa polémique contre Sabbataï Tsevi. Pour lui, Luzzatto aurait, suivant les déclarations que l’on trouve dans sa Correspondance, « pris le contenu et laissé l’écorce » de la doctrine sabbatéiste. Voir aussi du même auteur, « Les caractéristiques du mouvement sabbatéiste et la figure de Sabbataï Tsevi dans les écrits de Luzzatto et de ses élèves », (en hébreu), dansSociété et Culture dans l’histoire d’Israël au Moyen Âge, Jérusalem, 1989, p. 687 à 715. M. Benayahu estime, au contraire, (inLes Écrits cabalistes de Luzzatto, Menachem Press, Jérusalem,1979, p. 142 et 143, note 13), qu’il faut s’en tenir aux nombreuses déclarations par lesquelles Luzzatto rejette les thèses sabbatéistes. Voir également Y. Liebes, «Séfer Tsadiq Yessod Olam, un mythe sabbatéen », (en hébreu), dansDaat, I, 1978, p. 94, note 112 ; p. 96, note 119 ; p. 111, note 187. Pour une approche générale du mouvement sabbatéiste, voir leSabbataï Tsevide G. Scholem, Verdier, Lagrasse, 1983.
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