Le Silence et le Verbe. Sermons 87-105

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Si Maître Eckhart est aujourd'hui l'un des auteurs les plus connus du Moyen Âge, c'est sans aucun doute grâce à ses Sermons allemands dont la profondeur spirituelle et la beauté littéraire n'ont jamais cessé de captiver ses auditeurs, puis ses lecteurs. Écrits vraisemblablement à Erfurt dans les années 1303-1311, alors qu'il est prieur de la province dominicaine de Saxe, les Sermons 87 à 105 s'interrogent en particulier sur le rôle de l'intellect dans la connaissance de Dieu : ne faut-il pas admettre que celle-ci dépasse les facultés de l'âme ? Pourtant, la lumière du Christ ressuscité vient éclairer les ténèbres de l'homme. Comment l'âme doit-elle alors se disposer intérieurement pour accueillir la Parole de Dieu ? Eckhart envisage cette question de la connaissance à travers l'expérience du détachement, montrant " la grande noblesse que Dieu a déposée dans l'âme " ( Sermon 101 ). C'est en effet dans le silence de l'âme que prend naissance le Verbe éternel, pour la plus grande béatitude de l'homme.



Ce nouveau volume réunit pour la première fois en français un ensemble de sermons dont dix (91 à 100) sont totalement inédits, et nous offre un précieux témoignage sur l'âge d'or de la spiritualité dominicaine à la fin du Moyen Âge, dont Eckhart fut incontestablement l'une des plus grandes figures.



Éric Mangin est philosophe et théologien. De Maître Eckhart, il a déjà traduit et présenté le Commentaire du Notre Père (Arfuyen, 2005) et les Sermons parisiens (Seuil, 2009). Il est également l'auteur de Maître Eckhart ou la profondeur de l'intime (Seuil, 2012).



Publié le : jeudi 28 juin 2012
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EAN13 : 9782021084078
Nombre de pages : 221
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LE SILENCE ET LE VERBE
Sermons 87105
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Du même auteur
aux mêmes éditions
Les Traités 1971 et « Points Sagesses » n° 111, 1996
Les Sermons (130) 1974 et « Points Sagesses » n° 184, 2003
Les Sermons (3159) 1978 et « Points Sagesses » n° 249, 2009
Les Sermons (6086) 1979
La Mesure de l’amour Sermons parisiens 2009
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MAÎTRE ECKHART
LE SILENCE ET LE VERBE
Sermons 87105
Tome IV
Présentation, traduction et notes par Éric Mangin
ÉDITIONS DU SEUIL e 25, bd RomainRolland, Paris XIV
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isbn9782021084085
© Éditions du Seuil, mai 2012, pour la présente édition
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«Alors qu’un silence paisible enveloppait toutes choses et que la nuit parvenait au milieu de sa course rapide, du haut des cieux, ta Parole toutepuissante s’élança du trône royal, guerrier inexorable, au milieu d’une terre vouée à l’extermination. » Livre de la Sagesse, 18,1415.
« Il faut être dans le calme et le silence pour que cette parole puisse être entendue. On ne peut servir cette parole avec rien de mieux que le silence et le calme. » Maître Eckhart,Sermon 102.
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Introduction
Si Maître Eckhart est aujourd’hui l’un des penseurs les plus connus du Moyen Âge, c’est sans aucun doute grâce au succès que sesSermons allemandsn’ont jamais cessé de rencontrer auprès de ses auditeurs, et parce qu’ils continuent encore d’intéresser vivement le lecteur contemporain en raison de la beauté littéraire des textes et du caractère parfois poétique de certains passages. Cependant, l’œuvre prêchée du maître ne nous a pas été transmise de façon unifiée dans un seul corpus, mais à travers différents recueils de seconde main, des anthologies d’écrits mystiques et ascétiques réunis dans le dessein d’édifier les communautés religieuses, et e datant pour les plus anciens du milieu duxiv siècle. L’œuvre allemande d’Eckhart se trouve ainsi disséminée dans plus de 200 manuscrits et mélangée à d’autres textes provenant plus vraisemblablement des milieux eckhartiens, ce qui rend par conséquent difficile et longue la démarche critique pour établir correctement le texte et procéder à son1 authentification . LesSermons 87à105sont désormais accessibles depuis 2003 grâce aux travaux de recherche réalisés par Georg Steer
1. Jeanne AnceletHustache,Maître Eckhart et la mystique rhénane, Paris, Seuil, 1956, p. 50.
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L E S I L E N C E E T L E V E R B E
1 pour les éditions Kohlhammer à Stuttgart . Ils proviennent essentiellement de deux grandes sources. LesSermons 87à 98sont issus duParadisus anime intelligentisouParadis de 2 l’âme raisonnable.édité en 1919 par Philipp Strauch à Berlin Quant auxSermons 100à105, ils appartiennent au recueil de 3 textes eckhartiens publié par Franz Pfeiffer en 1857 à Leipzig . À cet ensemble il convient d’ajouter leSermon 99, qui est en réalité un fragment extrait d’un manuscrit de Nuremberg 4 authentifié par Kurt Ruh en 1982 . LeParadis de l’âme raisonnablepropose un ensemble de 64 sermons écrits en thuringien et rassemblés dans les années 1340 pour faire mémoire en quelque sorte des plus illustres 5 prédicateurs venus au couvent dominicain d’Erfurt . Parmi les 32 sermons attribués à Eckhart, qui constituent donc la moitié du recueil et dont sont extraits lesSermons 87à98, aucun passage n’a été cité dans la liste des propositions condamnées 6 par la bulleIn agro Dominico. S’agitil d’unede Jean XXII réhabilitation posthume du maître auprès de ses frères ou
1. Meister Eckhart,Die deutschen Werke, IV, 1,Meister Eckharts Pre digten, Stuttgart, W. Kohlhammer, 2003. 2. Philipp Strauch,Paradisus anime intelligentis (Paradis der fornuftigen sele), Berlin, Weidmannsche Buchhandlung, 1919. 3. Franz Pfeiffer,Deutsche Mystiker des Vierzehnten Jahrhunderts, II, Meister Eckhart, Leipzig, 1857, et Aalen, Scientia Verlag, 1991. 4. Kurt Ruh, « Fragment einer unbekannten Predigt von Meister Eckhart aus dem frühen 14. Jahrhundert »,Zeitschrift für deutsches Altertum111 (1982), p. 219225. 5. Kurt Ruh, « Paradisus anime intelligentis », in :Initiation à Maître Eckhart. Théologien, prédicateur, mystique, Paris, Cerf, 1997, p. 83101. 6. Dans la bulleIn agro Dominicodu 27 mars 1329, le pape Jean XXII condamne 28 propositions extraites de l’œuvre d’Eckhart. Les unes sont dites « contenir des erreurs » et « entachées d’hérésie», d’autres apparaissent simplement comme « malsonnantes, téméraires et suspectes d’hérésie ». Cf. Loris Sturlese,Acta Echardiana, n. 65,Die lateinischen Werke, Stuttgart, Kohlhammer, V, 2006, p. 596600 ; Maître Eckhart,Traités et Sermons, Paris, GarnierFlammarion, 1993, p. 407415.
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I N T R O D U C T I O N
tout simplement d’un document témoignant de l’âge d’ordu couvent dont Eckhart fut incontestablement l’une des plus 1 grandes figures ? Le thème principal qui traverse la plupart de ces sermons est celui de l’intellect dont le rôle apparaît comme déterminant dans la rencontre avec Dieu. Dans le Sermon 94la béatitude se trouve, Eckhart affirme ainsi que « dans la connaissance de Dieu ». Il s’agit aussi d’exprimer la spécificité de l’école dominicaine par rapport à l’esprit franciscain qui insiste davantage sur le rôle de la volonté et l’expérience amoureuse. Le second recueil édité par Franz Pfeiffer présente des textes dont Eckhart est l’auteur et d’autres dont l’authenticité est plus incertaine. Il se divise en quatre parties. La première se compose de 104 sermons dont un grand nombre a déjàété authentifié et traduit, par exemple leSermon 2sur le verset Notre Seigneur JésusChrist monta dans un petit château fort et y fut reçu par une personne vierge qui était une femme2 (Lc 10,38) . La deuxième partie propose un ensemble de traités comme lesEntretiens spirituels, leLivre de la Consolation divine, mais aussi le texte apocryphe desDialogues de Maître 3 Eckhart avec sœur Catherine de Strasbourg. Puis la troisième 4 partie reprend les célèbresDitset enfinde Maître Eckhart la quatrième est unLivre des Positionsdans lequel un maître
1. Kurt Ruh, « Paradisus anime intelligentis », in :Die deutsche Literatur des Mittelalters. Verfasserlexikon, BerlinNew York, Walter de Gruyter, t. 7, 1989, p. 298299 ; Georg Steer, « Geistliche Prosa », in :Geschichte der deutschen Literatur von den Anfängen bis zur Gegenwart : Die deutsche Literatur im späten Mittelalter 12501370, Munich, I. Glier, t. 3,2, p. 329 ; « Predigten und Predigtsammlungen Meister Eckharts », in :Handschriften des 14. Jahrhunderts,in :Deutsche Handschriften 11001400. Oxforder Kolloquium 1985, Tübingen, V. Honemann et N. G. Palmer, 1988, p. 406. 2.Sermon 2, AH 1, p. 5256. 3.Les Dialogues de Maître Eckhart avec sœur Catherine de Strasbourg, Paris, Arfuyen, 2004. 4.Les Dits de Maître Eckhart, Paris, Arfuyen, 2003.
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L E S I L E N C E E T L E V E R B E
dialogue avec ses disciples autour de certaines questions. Les Sermons 100à105se trouvent dans la première partie et il faut même préciser que Franz Pfeiffer ouvre son recueil avec 1 lesSermons 101à104sur la naissance de Dieu dans l’âme . Deux recueils, mais aussi deux styles quelque peu différents. LesSermons 87à98sont des textes généralement assez courts qui suivent la forme classique du sermon prononcé devant une communauté dans le cadre de la liturgie eucharistique. Le texte débute par un verset de l’Écriture que le maître commente de façon spirituelle à travers trois ou quatre parties, et s’achève par la formule habituelle de conclusion : « Que Dieu nous aide pour cela. Amen. » Dans lesSermons 100à105, on retrouve comme point de départ un verset de l’Écriture et, à la fin,une prière d’oraison. Mais les textes, souvent beaucoup plus longs, sont construits autour de grandes questions comme dans leSermon 100: Qu’estce que Dieu ? Où peuton le voir ? Qui est Jésus ? Eckhart présente alors la pensée des grands maîtres ouauctoritatesavant de proposer sa propre réponse suivant le modèle de l’enseignement universitaire parisien, comme il le rappelle luimême dans leSermon II sur l’Ecclésiastique: « L’habitude est la suivante : l’un des maîtres premiers, plus 2 anciens, pose une question, et l’un des plus jeunes répond . » Les divers contextes peuvent expliquer ces différences de style. Pour les uns, Eckhart s’adresse de façon plus pastorale àdes communautés, et pour les autres il propose un enseignement plus scolaire destiné peutêtre parfois à des novices. D’un côté leLebemeister, de l’autre leLesemeister. Et pourtant l’ensemble desSermons 87à105est traversé par une même préoccupation spirituelle qui en constitue l’unité : quelles sont les conditions qui permettent à l’homme de faire ici et
1. Kurt Flasch,Maître Eckhart, Paris, Vrin, 2011, p. 7595. 2.Sermon II sur l’Ecclésiastique:, n. 32, in Sermons et leçons sur l’Ecclésiastique, Genève, Ad Solem, 2002, p. 36.
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