LES CHEMINS DU SABBAT

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" Ce septième jour, Dieu nous quitte par le haut et nous rejoint par le bas. Saurons-nous le découvrir derrière celui qui a faim et soif, qui souffre de solitude ou de désespoir etc. (Cf. Mt 25 : 31-46) ? Comment allons-nous mettre à profit ce septième jour ? Comment allons-nous faire, pour voir de nos yeux au-delà de ce qui est visible, et aussi ce qui tombe sous le regard le moins informé, pour entendre de nos oreilles ce qui est audible et ce qui ne l'est pas, et pour comprendre avec notre cœur ce qui est raisonnable et ce qui est réputé ne pas l'être
Publié le : mercredi 1 janvier 2003
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EAN13 : 9782296310124
Nombre de pages : 526
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CLAUDE

GUIRAUD

LES CHEMINS

DU SABBAT
Commentaire des
q ua tre premiers

chapitres du livre de la Génèse.
La Création en sept jours d'Eden

Adam et Eve dans le jardin Caïn et Abel

~L'Hannattan,2002 ISBN: 2-7475-3717-X

À ma femme sans qui ce livre n'aurait jamais vu le jour

Avant-propos

De nos jours, tout au moins en Occident, une grande majorité de la population vit en état d'athéisme pratique: non seulement la référence à Dieu a disparu du langage courant, mais elle ne se manifeste plus qu'à l'état de trace dans la production littéraire et philosophique contemporaine. Dans cet environnement culturel le théologien fait figure de fossile miraculeusement conservé (mais encore pour combien de temps ?) plus que de scientifique attaché à sa recherche; ce qu'il est pourtant. On voit en lui un "théolingien" ; un homme du passé plus qu'un homme du présent; encore moins un homme de l'avenir; il est le dernier représentant d'une espèce en voie de disparition; et son Eglise avec. Ce constat est d'une banalité telle qu'on ne cherche plus à l'évoquer, encore moins à en mesurer la portée; il y a tant d'autres problèmes, bien plus réels et bien plus urgents, qui méritent réflexion! Ainsi pense le Français moyen. Tout naturellement... Depuis la "mort de Dieu" proclamée par Nietzsche, un mouvement irréversible de sécularisation s'est produit et s'est accéléré, le temps passant, pour en arriver à la situation présente. L'occident traditionnellement chrétien, la France, fille aînée de l'Eglise catholique, appartiennent au passé; il n'y a plus rien à y changer: l'histoire ne retourne pas sur ses pas même si quelques nostalgiques rêvent contre toute attente d'un réveil spirituel salvateur. Le christianisme meurt de sa belle mort comme meurt un ancêtre chargé d'ans et qui n'a plus rien à dire sinon à répéter ce qu'il n'a jamais cessé de dire; comme toutes les personnes gâteuses, il est on ne peut plus prévisible. Tout le monde l'honore car il a connu un passé prestigieux; mais... la vie continue. Le pape actuel est la figure emblématique de ce christianisme à bout de souffle: il n'en finit pas de vibrer même s'il continue à remplir Saint-Pierre de Rome depuis son balcon; et même s'il s'obstine à se survivre à lui-même en multipliant les nominations de ceux qui formeront la gérontocratie de demain au sein de laquelle se compte-

ront les futurs papabile. C'est à la fois pathétique et dérisoire. Pathétique parce que ce beau vieillard est cerné par la mort; et dérisoire parce que s'il attire les foules - les jeunes en particulier - il ne remplit pas les églises et ne trouve pas à enrayer la crise des vocations religieuses. Pathétique parce qu'il défend avec une conviction profonde ce qu'il pense être la vérité; et dérisoire parce que ses exhortations tombent dans l'indifférence générale, creusant ainsi un gouffre entre ce qui est postulé et ce qui est pratiqué. Tout en moi me détourne de ce pape; et cependant je suis embarqué dans la même charrette que lui. Né athée dans un milieu athée, n'ayant reçu aucune instruction religieuse bien qu'ayant passé mon enfance en face d'une église, ayant côtoyé prêtres et enfants de choeur (quelques uns furent mes amis), je n'ai évidemment jamais été "travaillé" par les questions religieuses. J'affichais jusqu'à l'âge de vingt-sept ans un agnosticisme goguenard que rien ne pouvait troubler tant je le sentais assuré en moi. Et puis, sous l'impulsion de ma femme, j'ai lu pour la première fois la Bible et ce livre m'a d'abord questionné, puis inquiété... Je l'ai refermé bien des fois avec l'intention de ne plus le rouvrir. Mais je l'ai rouvert et j'ai poursuivi une lecture vacillante de ses textes dont l'exotisme et parfois la barbarie me séduisaient jusqu'au moment où, découvrant les évangiles, j'eus accès à la personne de Jésus de Nazareth. Et, un jour, à une minute précise, dans un lieu précis, il y eut une sorte d'illumination: soudain le texte me parla avec une force singulière. Je ne peux rendre compte de ce moment sinon pour dire de lui qu'il a constitué pour moi une frontière. Il y eut un avant et il y eut un après qui ne se ressemblaient pas mais qui concernaient toujours la même personne; avec ses qualités et ses défauts; inchangée et cependant embarquée dans une aventure que rien ne laissait augurer et dont je ne vous conterai pas le détail mais qui m'a conduit à abandonner l'Education Nationale où j'exerçais le métier d'instituteur pour faire des études de théologie et prendre au bout de celles-ci la charge de pasteur de l'Eglise Réformée de France. Ce qui fait que ma vie s'est inscrite bien malgré moi à contre-courant de ce que vécut la société à laquelle j'appartenais et j'appartiens toujours. En bonne logique républicaine je devrais me rendre compte que j'ai mal tourné, m'aligner sur la majorité de mes contemporains et jeter aux orties l'illusion religieuse qui m'a fait involuer. L'ennui, c'est que je ne le peux pas parce qu'il y a tout au fond de ma personne une certitude tellement ancrée qu'aucun raisonnement ne peut l'atteindre. Je ne veux pas dire par là que je suis inaccessible au doute, certes pas! Mais je finis toujours par revenir à mes errements passés. Plutôt qu'un croyant, je suis un indécrottable de Dieu. Et je le suis si tant que je doute parfois du monde dans lequel je vis.

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En effet, affirmer que Dieu n'existe pas a un coût. Et d'abord un coût épistémologique. Dire que la création est sortie de rien, c'est affirmer qu'aucune cause antécédente ne l'a produite; c'est donc rompre avec le sacro-saint principe de causalité, essentiel à la connaissance scientifiquel. La création ex nihilo dont parle la Bible renvoie à Dieu qui, comme Créateur, est l'auteur de ce qui est. C'est en référence à ce Dieu créateur que je peux parler de création à partir de rien; et donc de rompre avec le principe de causalité. C'est en faisant de Dieu le grand magicien que je ne suis pas et que la nature ne saurait produire que je peux prendre en compte la réalité présente et le processus créatif - les scientifiques diraient plutôt évolutionniste - qui l'anime en la faisant passer d'une tête d'épingle à l'immensité actuelle du cosmos, de la particule élémentaire aux structures les plus complexes qu'on peut y découvrir. Mais s'il est plus logique de partir d'un Créateur pour aborder la création comment se fait-il que les scientifiques aient abandonné cette logique? Sont-ils tombés sur la tête? Certainement pas. Mais ils se refusent à prendre en compte une cause "surnaturelle" pour expliquer le naturel. Pas plus que Laplace ils n'ont besoin d'avoir recours à cette hypothèse. A leurs yeux, les objets qui composent notre monde forment un tout avec celui-ci. Il n'y a possibilité de les découvrir que dans un processus continu parfaitement intelligible même si Einstein, non sans raison, s'en étonnait. Pour eux il n'y a donc pas d'alternative possible: ou ils renoncent à leur savoir pour accéder à un "sur-savoir" de toute façon problématique puisque invérifiable objectivement et expérimentalement, ou ils laissent à d'autres cette perspective pour poursuivre leur quête ordinaire dans un monde qui leur est familier puisqu'il est réputé être sans mystère. Et là je fais bien la différence entre mystère et énigme; le mystère débordant notre savoir présent mais aussi

1 Ou rien n'est rien et rien ne peut sortir de rien; ou tout ce que je vois est sorti de rien comme le suggèrent certains de nos maîtres à penser contemporains et rien ne signifie et plus rien sinon mon ignorance ce qu'ils se gardent bien de préciser. Je m'insurge contre cette hypocrisie qui cache sans doute nombre de calculs plus ou moins avouables contre ce manque d'honnêteté intellectuelle qui, derrière un flou qui n'a rien d'artistique, suggère par le biais d'un mot qu'il existerait une réalité du néant*. Qu'il soit dit ici et avant toute chose que le "rien" dont je me sers n'exprime nullement la réalité du néant mais la réalité de mon ignorance.

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futur alors que l'énigme me questionne présentement en vue d'une solution à venir qui puisse en rendre compte2. Ceci précisé les scientifiques ne prétendent nullement disposer d'un savoir absolu qui devrait s'imposer à nous comme furent imposés à nos ancêtres sous peine de bûcher les décrets de la curie romaine. Fort heureusement nous avons largué ce pouvoir des clercs qui conduisirent nombre de scientifiques à devoir se rétracter (Galilée) et nombre de philosophes à s'exiler (Descartes) sans parler de ceux qui furent martyrisés par les inquisiteurs. Pour bien montrer que leur savoir est relatif, ils sont amenés à définir le champ de connaissance qui est le leur et dans lequel leur savoir trouve sa pertinence. Je salue cette honnêteté intellectuelle sans pour autant ignorer que derrière cette belle façade se cache parfois un certain goût du pouvoir... Mais ceci est une autre affaire. Si notre époque est ce qu'elle est, cela tient au moins à deux raisons: L'Eglise s'est fourvoyée en voulant sauvegarder son autorité et ses privilèges; elle a soutenu un pouvoir monarchique déclinant qu'elle n'a cessé de légitimer en le référant à Dieu; de la sorte elle a incarné une force d'inertie plus qu'une valeur dynamique ouverte aux idées nouvelles et aux progrès de la science. Dans le même temps les sciences et les techniques ont progressé de façon exponentielle et ont changé pratiquement les conditions de vie de l'homme occidental en allongeant sa vie, en améliorant sa santé et en lui offrande des possibilités de confort et de distractions inimaginables il y a seulement quelques décennies. Cette réussite concrète a donné au monde scientifique un prestige que lui contestait l'Eglise précédemment. En abandonnant ses assurances passées (ses idoles ?) le peuple a transféré sa religiosité sur les nouvelles valeurs. D'ici à transformer nos savants en sorciers et exiger d'eux qu'ils apportent la solution à tous nos problèmes il n'y a qu'un pas que n'a pas manqué de faire le sens commun; le fameux bon-sens qui n'est ni bon ni sensé et qui nous conduit à tout exiger de ceux que nous révérons. Pourtant si notre monde connaît de graves difficultés, les scientifiques ne peuvent être montrés du doigt et porter seuls la responsabilité de la situation. Nous touchons ici à une réalité souvent oubliée; savoir qu'il ne faut pas juger d'une époque passée avec la mentalité de l'époque présente Uugement historique) et qu'il convient de tenir compte du fait que les mentalités n'évoluent que lentement (les hommes de terrain sont bien placés pour le savoir). D'un côté les paradigmes changent avec les générations. Aux époques bibliques l'athée était considéré comme un fou
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"Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien 1" Cette question relève du mystère.
"Pourquoi les saumons retournent-ils question relève de l'énigme. dans le lieu où ils sont nés pour procréer 1" Cette

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(était-il pensable de considérer une horloge sans faire référence à l'horloger pour reprendre l'image de Voltaire, en plein siècle des lumières). Aujourd'hui c'est l'homme de foi qui est considéré sinon comme un fou, du moins comme un demeuré. Et pourtant l'apôtre Paul, au début de notre ère, qualifiait la croix du Christ de folie pour les Grecs et de scandale pour les Juifs (1 Cor. 1 : 23). D'un autre côté, les besoins religieux ne disparaissent pas comme par enchantement. L'on peut se dire athée et conserver une mentalité religieuse (les révolutionnaires marxistes en ont fait l'expérience). S'indigner qu'il en soit ainsi révèle un sérieux manque de réalisme; en ce qui me concerne, je préfère regarder les choses en face plutôt que de me confiner dans les fausses assurances du passé; qu'elles soient d'ordre religieux ou d'ordre politique. Par contre, ce qui me paraît dommageable c'est que l'on ait si facilement abandonné tout ce qui a modelé notre culture occidentale au profit d'un insipide matérialisme dont la caractéristique principale est d'avoir gommé tout sens à notre existence et à celle de l'univers dans lequel nous vivons. Est-ce que l'homme de base s'intéresse aux sciences au point de mettre au placard tout souci métaphysique? Je ne le crois pas: on me dit ici et là que le nombre des étudiants entreprenant des études scientifiques est en nette décroissance et que c'est inquiétant pour l'avenir. Ce que je crois surtout, c'est que l'homme de base ressent tellement ce manque de sens qu'il cherche à vivre au jour le jour et le plus intensément possible ce qui lui est donné de vivre. De quoi demain sera fait? Nul ne le sait. Et qu'importe? C'est ce qui m'est donné aujourd'hui qui vaut parce que je n'ai rien d'autre à me mettre sous la dent. Cette vue en gros plan du moment présent élimine toute perspective qui me permettrait de jeter un regard cavalier sur les êtres et les choses. Quant à me soucier de l'appréciation morale que je pourrais porter sur moi-même, c'est vraiment le cadet de mes soucis. Le quotidien de mes jours est tellement rempli par ce qu'on m'impose et ce dont je dispose qu'il n'y a plus de recul possible. Plus de sabbat! Et quand, par extraordinaire ou par malheur, ce recul m'est imposé (maladie, hospitalisation, grèves surprises etc.) j'y suis si mal préparé que je ne tarde pas à déprimer. Pourquoi croyez-vous que les gourous de tout poil ont un tel succès? Parce qu'ils vous apprennent à ne pas réfléchir par le biais de la méditation transcendantale! "Faites le vide en vous-mêmes" vous disent-ils "et faites ohm" Ge caricature à peine). Voici comment nous sommes amenés à plonger dans le vide d'une époque. Nous sommes orphelins de cette dimension essentielle qu'est la 5

transcendance, dimension sans laquelle l'homme est réduit à lui-même et se trouve donc idolé de tout et de tous, comme frappé d'interdit. Et c'est là le second coût de la négation de Dieu. Nier l'existence de Dieu revient au bout du compte à nier l'existence de l'homme. Tout n'est qu'illusion: le monde dans lequel nous vivons et chacun de nous puisque nous appartenons à ce monde. D'où le succès des religions athées et exotiques qui s'installent en force notamment dans les milieux cultivés ou prétendus tels. Il faut en effet de l'argent pour y sacrifier et avoir largement profité des avantages du monde moderne pour en devenir les héritiers ingrats (l'ingratitude est souvent au bout de la satiété). J'aimerais faire ici la différence entre ces religions qui sont étrangères à notre culture et qui, pour l'essentiel, nous parlent de dieux créés par les hommes et à l'image de ceux-ci et celles qui sont issues de la Révélation et qui nous parlent d'un Dieu qui crée l'homme à son image. Cette inversion des valeurs est fondamentale. Elle a engendré une culture située parfois à l'opposé de ce que l'on peut trouver en extrême-Orient. Si l'acte de révélation* n'était pas l'acte fondateur d'une démarche théologique, cette démarche ne serait que pure mystification. Si les hommes ont inventé les dieux qu'ils nous révèlent ils nous bernent. Ce qui revient à dire comme l'a fait Blaise Pascal en son temps que le Dieu de la révélation n'est en aucun cas le dieu de nos sagesses. Encore moins celui des charlatans. Pourquoi nous dit-il cela? Parce que les dieux de fabrication humaine n'ont de fondement* qu'en l'homme alors que l'homme ne peut trouver de fondement qu'en Dieu; à tout le moins en ce qui le dépasse; et ce, pour une bonne raison, c'est que l'homme est mortel au même titre que tout ce qui existe en cet univers. Comment dès lors ce qui demande à être fondé pourrait-il être fondateur de quoi que ce soit? Ainsi, si Dieu a une quelconque existence*, cette existence n'a rien à voir avec la nôtre; à plus forte raison ne dépend-elle pas de notre savoir. Et si nous avons conscience de cette existence, c'est qu'elle se révèle à nous de quelque façon que ce soit. Si nous pouvons parler de cette existence, c'est que cette révélation a pris un caractère objectif quelque part. Soit au sein d'un peuple (Israël) ; soit à travers une personne (JésusChrist) ; soit par le moyen d'un écrit (le Coran). Si je considère le Coran de l'extérieur, il m'est dit de lui qu'il a été dicté mot à mot ce qui fait de lui un document inimitable et intangible. Ce document, du fait même de sa factualité*, supprime tout clergé, toute hiérarchie. Il s'impose donc du seul fait qu'il est; de façon directe et incontournable. Voilà la raison pour laquelle l'Islam n'exerce sur moi aucun attrait. Un Dieu qui s'impose de façon aussi massive ne peut être à mes yeux qu'un maître d'esclaves; je ne veux pas me soumettre à un tel Dieu (Islam signifie "soumis"). 6

Restent le Judaïsme et le Christianisme. Ils ont en commun le Tanakh (ce que les Chrétiens appellent l'Ancien Testament v. page. 13) et ils furent intimement liés aux premiers temps de l'Eglise*. Voilà pourquoi le Judaïsme me touche de près. Je garde à l'esprit que Jésus est un juif; à mes yeux le plus grand des Juifs. S'il y a eu rupture entre le Judaïsme et le Christianisme, ce fut du fait des Juifs et non des Chrétiens. Que les Juifs n'aient pas pu voir en Jésus de Nazareth le Messie annoncé par les prophètes, je le comprends fort bien même si je ne partage pas leur point de vue. Pour cause: je n'ai approché le Judaïsme que grâce au Christianisme. Je ne peux donc lire l'Ancien Testament qu'à la lumière du Nouveau. Ceci dit, et bien que croyant, je ne prétends nullement détenir le monopole de la vérité pour la simple et bonne raison que je ne suis qu'un homme au même titre que n'importe lequel de mes semblables. La vérité est chose trop grande pour moi; comme pour les autres d'ailleurs. L'homme de la loi, comme le souligne justement André Glucksmann3, est un platonicien: il juge du temporel par l'éternel. De ce fait, il exclut tous ceux qui ne jugent pas comme lui et ne s'aliènent donc pas au savoir qu'il détient. Au moyen-âge, le grand Inquisiteur était par fonction et par excellence l'homme de la foi. Je ne suis qu'un homme de foi* ; un homme qui a été saisi par une parole vivante devenue source d'eau vive en lui. Ce faisant, cet homme s'est questionné non plus sur son être comme il le faisait avant de croire, mais sur son faire. Le questionnement est passé du "que suis-je ?" au "qu'est-ce que je fais de ma vie ici et maintenant ?" En changeant de registre, l'homme que je suis est passé d'une situation relativement confortable - celle d'un homme qui entre en lui-même et qui n'est
pas spécialement menacé dans ses choix



une situation beaucoup pl us

chaotique - celle d'un homme de terrain directement au contact des hommes -. Sur le plan de la quiétude, je n'ai sans doute pas gagné au change. Sur le plan de la richesse relative à l'expérience, je ne peux pas dire que je suis perdant. Aller à la rencontre des hommes (ce qui est aussi une autre façon d'aller à la rencontre de soi-même) est chose rude, souvent décevante, parfois gratifiante, toujours coûteuse. Ai-je eu raison de m'orienter de la sorte? Je n'en sais rien; et, dans le fond, je ne me pose même pas la question parce que, à mes yeux, cette question est sans objet. Mais laissons cela et tâchons de voir ce que l'homme occidental peut apporter de positif. Essentiellement la conscience de notre insignifiance par rapport au cosmos. Épiphénomènes dans la grande saga de l'univers,
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in "La troisième mort de Dieu" Nil ed. 2000.

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nous sommes destinés à disparaître comme nous avons été amenés à apparaître, sans l'ombre d'un sens et sans que personne ne s'en émeuve; sans même que subsiste la moindre trace de notre passage dans cet univers amené Iui aussi à disparaître. Que nous prenions conscience de la précarité de notre condition est loin d'être à mes yeux une chose négative (pour ceux que ça déprimerait il existe tout un florilège de drogues propres à nous permettre de choisir notre mode de suicide). Comme le présent ouvrage se donne pour but de nous ouvrir aux chemins du sabbat donc de nous accorder le recul suffisant à la réflexion, je me réserve de revenir sur la question du sens. Ce que je peux simplement dire pour l'instant c'est que si nous prenons conscience que notre monde n'a pas plus de sens que notre personne, cette lucidité n'est pas chose négative dans la mesure où elle ne met pas fin à notre désir de vivre. Ce que je vérifie tous les jours en moi et autour de moi; aussi bien chez les croyants que chez les incroyants.

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Le travail auquel je m'attèle en commentant les premiers chapitres de la Genèse résulte d'un travail antécédent effectué au sein d'un groupe d'études bibliques réunissant des personnes venues d'horizons divers: je tiens à remercier ces personnes car, en me stimulant par leur attente même, elles m'ont obligé à aller toujours plus avant dans la recherche et toujours plus précis dans l'expression. Je dois cependant reconnaître que passer de la mouvance d'une relation orale toujours rectifiable au caractère "achevé" d'un écrit ne s'est pas fait sans perplexité, sans douleur et sans incertitudes. En écrivant cet avant-propos qui, comme toujours, fait suite au propos, je doute d'avoir atteint l'objectif que je me suis assigné. Mais je suis content d'avoir dû faire le point sur bien des questions restées ouvertes (et étant destinées à le rester) tout en constatant que, le temps passant, il faudrait nécessairement les reprendre et leur ouvrir d'autres perspectives. D'un côté il m'a fallu faire effort pour aller jusqu'au bout de ma pensée; de l'autre il m'a fallu admettre que tout écrit est semblable à une épreuve (la bien nommée) photographique: il exprime un point de vue déjà dépassé quand il franchit la porte des librairies. Pour me consoler je me suis dit que tout le monde était logé à pareille enseigne et que, finalement, nous n'étions dépositaires que d'un passé à dépasser. On peut sans doute éprouver quelque état d'âme à faire ce constat; mais le croyant a, enfoui en lui, une petite lumière qui lui permet d'avancer dans la nuit et d'attendre contre toute attente que ce qui relève du miracle se réalise. Ce 8

qui est de Dieu est une chose. Ce qui est de l'homme, une autre. C'est parce que je trouve en moi, de façon mystérieuse, la certitude que Dieu m'aime tel que je suis (même si c'est tel que moi-même je ne m'aime pas) que je regarde la mort qui est devant moi non comme le néant objectif que certains voudraient accréditer à mon esprit, mais comme l'échéance d'une mort à ce que j'ai été suivie d'une naissance à ce que je serai appelé à être. D'une naissance; non d'une renaissance à l'identique que je n'appelle certes pas de mes vœux.

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Pour en finir avec cet avant-propos,

voici de quelle façon j'ai procédé.

Ce livre comporte trois parties inégales.

Une première partie en guise d'introduction essaie de poser le problème de l'homme "jeté sur cette Terre" pour reprendre l'expression consacrée par nombre d'auteurs contemporains; ce, à partir d'une démarche personnelle, la mienne en tant que croyant, solidaire de tous les hommes embarqués comme moi sur le même vaisseau cosmique et partageant de ce fait leur destinée aujourd'hui menacée par une capacité d'autodestruction jamais atteinte jusque là. Dans ce contexte scientifique et technique en pleine expansion, j'essaie de montrer quelles sont les valeurs oubliées par notre monde occidental; les mythes fondateurs relégués au second rang par le matérialisme ambiant et l'athéisme pratique dans lequel il plonge nos sociétés avancées, ont-ils dit leur dernier mot? Et, parmi eux, le mythe des commencements qui occupe les premiers chapitres du

premier livre de la Bible - la Genèse - n'a-t-il plus rien à nous dire? Et
d'abord qu'est-ce qu'un mythe? Et quel rôle est-il appelé à jouer ? Une deuxième partie, centrale celle-là, constitue le corps de cet ouvrage. Il s'agit d'un commentaire accompagnant la méditation des trois récits inauguraux du Pentateuque* . 1. la Création de l'univers en sept jours, premier récit 2. le récit de la "chute" de l'homme dans le jardin d'Eden qui lui fait suite 3. La première conséquence de cette "chute" ; à savoir le meurtre d'Abel par son frère Caïn. J'ai cru devoir proposer au 9

lecteur une traduction personnelle de ces trois récits même s'il ne s'agit que d'une indication qui n'a d'autre prétention que de "révéler" quelle est ma lecture de ces textes. Le plus souvent, je me réfère aux traductions proposées par la TOB (traduction oecuménique de la Bible) par Chouraqui qui a la particularité d'être très proche du texte d'origine, par la Segond (classique en milieu protestant), par la Bible dite de Jérusalem (classique en milieu catholique) et, incidemment, par quelques autres traductions et qui sont référencées en cours de route. Parmi les commentaires qui sont en relation avec ces trois récits, celui de Gerhard Von Rad: "la genèse" tient une place importante dans ma réflexion. Mais il n'est pas le seul. Je fais également et souvent allusion aux rabbis juifs qui ont abordé à leur façon tellement particulière ces textes, en me servant notamment des trois premiers livres "A Bible ouverte" de Josy Eisenberg et d'Armand Abecassis. Je signale au passage d'autres ouvrages qui m'ont éclairé sur tel ou tel point de ce commentaire. Cependant il ne faut voir dans tout ce travail qu'un témoignage sans prétention particulière dont l'objet pour moi est de faire "le point" au bout d'un itinéraire qui, pour ne pas être totalement accompli, n'en est pas moins largement entamé; et pour le lecteur auquel ce travail se propose de "dire" l'homme d'aujourd'hui dans une autre dimension que sa dimension matérielle; celle que lui accorde principalement notre monde occidental, fortement sécularisé. Dans ce monde de la "réussite" parfois insolente, voire arrogante, j'ai cru devoir signaler où se trouvent les zones d'ombre passées souvent par "pertes et profits" ; et où les choses essentielles sont laissées au compte des options personnelles sans grande portée politique et religieuse et sans grande signification humaine. Cette marginalisation des problèmes existentiels les plus aigus est, pour moi, un signe de décadence que ne sauraient compenser les réussites matérielles qui tiennent l'avant-scène de tous nos médias. Dans ce commentaire j'ai voulu "dire" avant tout l'homme laissé sur le bord du chemin non parce qu'il ne profite pas suffisamment du "gâteau" économique - les discours politiques s'émeuvent volontiers sur son compte, surtout en période électorale - mais parce qu'on ne lui reconnaît qu'une place marginale, réservée au domaine privé et réputée toucher le flou attaché au folklore des croyances, voire des superstitions. Je m'efforce de montrer dans ce commentaire que l'homme ne se situe pas seulement dans le cadre où l'enferment volontiers ceux qui tiennent la tête de l'affiche et font l'actualité, mais dans une tout autre dimension que j'hésite à qualifier de spirituelle tant ce mot est frappé d'épuisement mais que j'emploie tout de même et faute de mieux parce qu'il fait référence à un domaine que l'on abandonne volontiers aujourd'hui à toute une théorie de charlatans abusant de la crédulité populaire pour établir leurs pouvoirs occultes et leurs opérations juteuses sur le plan financier. Le commentaire qui constitue le corps de ce livre se situe donc entre les œuvres réservées 10

aux spécialistes ainsi qu'aux revues savantes et les œuvres "généralistes" de grande diffusion qui, sans doute, s'adressent à un large public, mais ne le touchent qu'en surface. Ce commentaire a aussi et essentiellement pour vocation de nous renvoyer à nos racines culturelles contestées à juste titre parce qu'ayant justifié la mainmise d'une classe dirigeante plus soucieuse de sa réussite que du bien commun et d'un clergé qui la justifiait et l'encensait en tirant de larges bénéfices de ses "largesses" et de ses "indulgences"... Ce combat, maintenant traditionnel, qui a pour objet une société plus juste doit se poursuivre. Mais il ne faudrait pas qu'il se fasse au détriment de celui qu'il prétend défendre et promouvoir. S'il convient de donner le pouvoir de décision au plus grand nombre, il convient également de ne pas couper le peuple de son héritage spirituel faute de quoi on le déferait comme peuple pour ne voir en lui qu'un agrégat d'apatrides dont la langue serait la première victime. Il y a là un danger réel; je le perçois fort bien et je voudrais lutter, avec d'autres, pour rétablir les équilibres nécessaires à la bonne santé psychique de tout un chacun; celle-ci ne pouvant que rejaillir positivement au niveau collectif Ai-je quelque chance d'y parvenir? Ceci est une autre affaire. La troisième partie est conclusive: elle essaie de résumer en quelques pages les perspectives essentielles révélées par le parcours précédent. Elles ont pour but non seulement de montrer mais de proposer des itinéraires bis comme le fait bison futé au moment des grands départs saisonniers ; car les routes de grande circulation que véhiculent les medias sont tellement encombrées qu'elles ne permettent même plus d'aller vite! Dans ces conditions, pourquoi ne pas redécouvrir la France profonde, celle que plus personne ne voit et qui, pourtant, est si belle?

Il

ORDRE

DES

LIVRES

BIBLIQUES

Bible hébraïque I. La Loi (Torah) Génèse Exode Lévitique Nombres Deutéronome II. Les prophètes

ou Tanakh

Bible grecque

(LXX)

I. Le Pentateuque.
(Gen) (Ex) (Lev) (Nb) (Dt) Génèse Exode Lévitique Nombres Deutéronome II. Les livres historiques. Josué Juges Ruth 1 et 2 Samuel 1 et 2 Rois 1 et 2 Chroniques Esdras Néhémie Esther

(Nebiim)

J. Les premier prophètes: Josué (Jos) Juges (Jg) 1 et 2 Samuel (1 Sam) (2 Sam) 1 et 2 Rois (1 R) (2 R) Les derniers prophètes: Esaie (Es) Jérémie (Jer) Ezéchiel (Ez) 2. Douze (petits) prophètes: Osée (Os) - Joël (Jo) - Amos (Am) -Abdias (Abd)- Jonas (Jon) - Michée (Mi) - Nahum (Na) - Habacuc (Hab) Sophonie Soph) Aggée (Agg)- Zacharie (Zach) - Malachie (Mal).

Tobie Judith Add. Esther 1 et 2 Maccabées

III. Les livres poétiques. Job Psaumes Proverbes Ecclésiaste Cantique des cantiques

Sagesse de Salomon Ecclésiastique

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IV. Les livres prophétiques. III. Les Ecrits (Ketoubim) Psaumes (Ps) Job (Jb) Proverbes (Pr) Cantique des cantiques (C.C.) Ruth (Ru) Lamentations (Lm) Ecclésiaste (Eccl) Esther (Est) Daniel (Dan) Esdras (Esd) Néhémie (Neh) 1 et 2 Chroniques (lou 2 Chr) Esaïe (ou Isaie) Jérémie Lamentations de Jérémie Ezéchiel Daniel

Baruc Add. Daniel

Les Douze (petits) prophètes
Osée

-

Joël

- Habacuc - Sophonie Aggée - Zacharie - Malachie.

-

Amos

-

Abdias

-

Jonas

-

Michée

-

Nahum

Les Evangiles Matthieu Mt Marc Luc Jean Les Actes Les épîtres de Paul Romains Rom I Corinthiens 2 Corinthiens Galates Gal Ephésiens Philippiens Colossiens 1 Thessaloniciens 2 Thessaloniciens I Timothée 2 Timothée Tite Philémon

Mc Le Jn Act

I Cor 2Cor Eph Phil Col 1 Thes 2 Thes 1 Tim 2Tim Tite Philémon

Abréviations diverses Ancien Testament Nouveau Testament Septante Avant Jésus-Christ Après Jésus-Christ Ci-dessus (supra) Ci-dessous (infra) Voir (confère) Verset Suivants Parallèle(s) Dans A la fin

AT NT LXX av. IC. ap.J.C. sup inf cf. v. ss /1 in infine

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PREMIÈRE PARTIE

NAISSANCE ET MORT
ou l'humaine condition.

Faire de la naissance un point de départ et de la mort un point d'aboutissement de notre vie c'est ce que fait l'administration en tenant ses registres d'Etat Civil. Moyennant quoi elle confère aux personnes une réalité objective qui les suivra tout au long de leur existence. C'est ainsi que nous portons nom et prénoms, que nous avons un sexe, un statut social qui nous charge de devoirs et nous accorde des droits etc. Sans cette reconnaissance sociale dûment répertoriée nous n'aurions pas d'existence légale. Mais, pour essentielle que soit cette prise en compte des personnes par la société, elle ne dit l'homme qu'en partie; en fonction du tout; et surtout de façon extérieure. Or l'homme ne se désigne pas seulement: il vit sa propre réalité et seule une vue subjective complètera en partie la vue objective qu'il a de lui-même par le biais de la reconnaissance sociale. Il faut donc plonger dans la vie. Et d'abord remonter le temps; aller à ses sources. Ce, avec les moyens du bord. Je ne sais rien de ma naissance sinon ce qu'on m'en dit plus tard sur le ton de l'anecdote: les choses débutent bien; puis, une fois que je suis engagé, les douleurs cessent et la sage-femme s'affole; elle appelle en hâte le médecin. Celui-ci - une brute, aux dires de mes parents - place les fers et force le passage, m'administre la première fessée de ma vie, tire de moi un cri de protestation justifié reçu dans l'allégresse générale. Si, à cette heure, une conscience venait de voir le jour, elle ne pouvait qu'entrevoir un profond malentendu.
Mais peut-on s'arrêter là si l'on veut remonter aux sources?

Mon traumatisme* de naissance me suit encore après de si longues décennies! Il témoigne du fait que cette naissance fut une mort tenue à distance in extremis* et dont il ne reste qu'un cauchemar. Mais je présume qu'avant cette mort côtoyée de près, la vie venait à moi, prévenante, accueillante, nourricière, bienfaisante. Durant cette vie qui précède l'existence - vie intra-utérine - vie qui me constituait progressivement, résidait la vérité; une vérité première, mystérieuse et féconde, que je voyais à l'œuvre au cœur-même des transformations qu'elle opérait en moi, des interactions subtiles grâce auxquelles ces transformations pouvaient se produire, répondant à un scénario tellement ancien qu'il prévenait toute fausse manœuvre et tellement original qu'il faisait de chacune d'elles une création. Tout cela je le vivais sans en avoir une claire conscience; mais non sans susciter son éclosion. C'est pourquoi je ne peux qu'imaginer. Mais imaginer, est-ce sombrer dans l'imaginaire? Je ne le crois pas. Au reste, les spécialistes laissent entendre que la vie intra-utérine est très riche. En imaginant j'essaie de m'approprier ces richesses...

a. Encore plus haut.

Mais faut-il s'arrêter en si bon chemin? En deça de la naissance, il y a la conception; et cette conception ne me renvoie pas seulement à mes parents - mes géniteurs directs - mais aux parents de mes parents, aux parents de ces derniers etc. Il me faut remonter les générations à travers les âges car chacune d'elles a laissé sa trace en moi, héritier* fabuleux d'un fabuleux héritage. En sorte que ce qui me constitue est insondable. Quand j'y pense aujourd'hui, je vois la cohorte des désirs humains se presser en moi comme peuple en tumulte demandant le pain du partage alors que s'étrique mon existence à l'horizon petit où mes connaissances l'enclosent. Je ressens cette pression intérieure comme autant de forces de vie* et de mort* intimement mêlées m'entraînant à (re)naître là où l'ordre a bâti ses mausolées ostentatoires et me conduisant à mourir à ce que j'étais là où les caravanes humaines s'ébranlent pour les grands départs. Force salutaire qui peut m'être fatale si je ne sais lui découvrir son aire. Au commencement il y a donc la vie comme réalité prégnante, partout en œuvre sur cette terre, aussi bien dans les structures les plus simples que dans les plus complexes. Et il y a aussi, pour permettre à cette force de vie de s'épanouir et de se diversifier, une vérité fondatrice orientant cet univers vers un devenir problématique dont nous ne savons rien; et qu'il 18

n'est sans doute pas possible de connaître parce qu'il est vraisemblable que les choses naissent de rencontres inopinées, d'interactions fortuites, de séries imprévisibles qui prennent à contre-pied toutes nos classifications, toutes nos quantifications, tout ce que la science et les technique actuelles mettent en œuvre pour appréhender le monde. Ceci dit, cette vérité génératrice de vie semble être le fruit d'un désir* primordial que l'on pourrait comparer à un torrent de montagne, né au printemps de la fonte des neiges. Peut-être que là-haut, tout là-haut, ce désir était vague, nonchalant, situé qu'il était en amont de toutes les pentes, là où le ciel et la terre se touchent sans jamais se confondre? Mais en ces hauteurs si lointaines de notre passé, les dieux peuplaient la terre et les cieux: ils déchaînaient l'éclair, l'orage et la pluie; ils faisaient s'échapper des fleuves de lave débordant de montagnes déchiquetées, secouées sur leur base; ils faisaient prendre racine aux plantes et rendaient leur feuillage aux arbres morts de l'hiver. Ils étaient partout, et toujours surprenaient tant leur nature était fantasque, tour à tour occupée à créer et à détruire, à nouer et à dénouer l'intarissable écheveau des processus en cours. Les uns aimaient l'ordre: ils accompagnaient les nuits et les jours, les lunes et les saisons: ils étaient la providence des devins et des commerçants; des hommes d'action en général car ils leur permettaient d'établir des lois et des calendriers, de faire des prévisions et des expériences; mais parfois, ils retenaient les pluies et c'était la famine... Les autres étaient redoutables et imprévisibles: ils noyaient une ville sous un raz-de-marée ou la détruisaient en quelques minutes4 ; ils déchaînaient d'effroyables tempêtes et provoquaient d'incroyables calamités. Face aux forces colossales déployées par ces dieux lointains et mystérieux que pouvait l'homme rendu à son insigne insignifiance? Il se disait qu'il fallait craindre les uns et aduler les autres, se domestiquer à eux tous non sans nourrir la pensée secrète de les domestiquer en les servant. Ainsi naquirent les conduites religieuses. Grâce à elles nos ancêtres tentaient de relier leur monde à celui des dieux, avec, peut-être, l'espoir de devenir des dieux à leur tour. "Vous serez comme des dieux" avait prédit le serpent ancien à notre mère commune. Le serpent avait trouvé une totale connivence en la personne d'Eve. Peut-être mentait-il? Mais elle voulut tant croire à ce mensonge qu'elle viola l'interdit*. Ainsi, au cœur-même du jardin d'Eden, là où l'on peut supposer que régnaient l'or4 La ville basse de Lisbonne fut totalement reprendre la belle expression

détruite en 1755 "le temps d'un miserere" pour 19

de Dejanirah Couto.

dre et l'harmonie, l'homme, avant même que de naître à son actuelle condition, était-il un être de désir et de communication; et comme, par ailleurs, les textes nous disent qu'il avait été créé à l'image de Dieu, est-il interdit d'imaginer que le Créateur de toute chose est lui-même un être de désir et de communication? De communication? Cela me paraît évident puisque, selon les textes sacrés, c'est un Dieu qui se révèle. Un être de désir? C'est encore plus évident à mes yeux puisque non seulement il crée, rompant ainsi sa bienheureuse ( ? ) solitude, mais il se révèle et va, pour ce faire, jusqu'à perdre toute la dignité qu'on lui attribue en se roulant dans la poussière avec Jacob, l'usurpateur (Gen 32 : 25-33). Comment un Dieu normalement constitué pourrait-il adopter pareil comportement s'il n'était un être de désir? Au reste, cet être de désir est tout aussi déroutant que l'étaient les dieux du Panthéon primitif puisqu'on nous le présente tantôt comme un Dieu d'amour, tantôt comme un Dieu de colère; il bénit et il maudit; il donne la vie et la reprend. Après avoir été l'initiateur des génocides à venir (épisode du Déluge) il est celui qui nous donne son Fils bien-aimé pour nous sortir du pétrin où il nous a fourrés. En faisant de lui un Dieu unique il a bien fallu lui donner des visages multiples pour rendre compte des multiples contradictions qui marquent l'existence et le cosmos.

b. Toujours

plus haut

Il faut donc monter plus haut que l'homme; pénétrer dans le mystère d'une terre dépourvue sinon de têtes pensantes, à tout le moins de cœurs conscients; ce monde des ères primitives où d'énormes sauriens à très petite cervelle s'ébattaient dans les fleuves et les marigots des zones tropicales où ils régnaient en maîtres; ce monde où, parallèlement, de non moins énormes mammouths affrontaient les zones glaciaires. Et que dire de ces étranges créatures aquatiques qui, un jour, décidèrent de vivre sur terre (ichtyosaure) ? Comment un rêve aussi insensé a-t-il pu les conduire à transformer leurs branchies en poumons? Mieux, par quel insondable mystère, des créatures aussi primitives en sont-elles venues à fantasmer sur leur condition? D'où leur est venu ce désir délirant, insensé et génial de devenir ce qu'elles n'étaient pas? Si, aujourd'hui, je rêve d'être un dieu, ce rêve est-il plus fou que celui de la grenouille de la fable qui voulait devenir aussi grosse qu'un bœuf? Nous entrons ici dans un domaine qui nous est parfaitement opaque. S'il 20

nous est possible de décrire par quels processus notre monde est passé de la vie d'êtres unicellulaires à celle de l'homo sapiens* ; il ne nous est pas donné d'en fournir l'explication. Les choses se sont passées de la sorte, c'est tout ce que l'on peut dire ou espérer dire. Pourquoi se sont-elles passées ainsi, voilà qui dépasse notre entendement. La chose est tellement avérée que tous les hommes de pensée vous conseillent d'abandonner une telle question aux compétences des témoins de Jéhovah* ! Et, toujours en remontant le temps me voici, une pierre entre les mains. Cette pierre, éprouve-t-elle un quelconque désir? Elle me vient du fond des âges quand les mers sédimentaient leurs fonds d'innombrables nécropoles superposées. Mais si, à ce niveau d'être, il n'est guère possible de parler de désir, ne convient-il pas de parler de nécessité? Certes. Mais voilà, il y a loin de la nécessité au désir. Cependant, quand je pénètre au cœur de la matière, je vois que la nécessité elle-même s'inscrit en signes différents; qu'elle se manifeste tantôt par l'attirance qu'elle produit, tantôt par une force de répulsion qui s'oppose à la précédente; et si je vais encore plus loin et si j'en crois ce que me disent les chercheurs, la nature* - il faut bien employer un terme générique pour dire notre ignorance - a marqué une légère préférence de la matière* sur l'antimatière* qui constituaient l'une et l'autre la soupe primitive issue du Big Bang* initial. Cette préférence, d'où lui est-t-elle venue, à la nature? Là encore le constat est possible; non l'explication. Ainsi il y aurait eu un Big Bang au commencement de toute chose; et ce Big Bang donna naissance à tout l'univers visible que les hommes essaient d'appréhender. Cet univers est en mouvement, c'est-à-dire en constante transformation. Va-t-il s'étendre éternellement et mourir de froid après avoir éteint tous ses feux les uns après les autres? Ou bien vat-il inverser le mouvement d'expansion qu'il connaît encore jusqu'à mourir de chaud dans un Big Crunch* final aussi mystérieux que le Big Bang initial? Nous n'en savons rien. Quoiqu'il en soit, la question nous vient naturellement de savoir ce qu'il y avait avant le Big Bang ou ce qu'il y aura après le Big Crunsh ? La vie avant la vie? La vie après la mort ?

21

c. Toujours plus loin.

A ce point de la réflexion, mon esprit se met à vaciller car toute limite lui est non seulement défi, mais négation, néantisation. Si je dois renoncer à ouvrir une seule porte c'est comme si je devais renoncer à les ouvrir toutes. En touchant à la limite de mon entendement je touche à la limite de ma vie; donc au néant de celle-ci. Et le néant ne peut engendrer que le néant; ou alors le néant n'est plus le néant et je ne sais plus de quoi je parle. Si donc limite il y a, c'est bien que je suis néant dans mon essencemême s'il n'y a pas contradiction à tenir un tel propos. Sorti du néant, j'y retourne. Mais tous ces termes sont antithétiques. De rien, rien ne peut sortir ou retourner. Et la réflexion que je mène où mène-t-elle et de quelle nature est-elle? Comment a-t-elle pu se produire? Et celui qui en est l'auteur, comment a-t-il pu voir le jour? Et le monde dans lequel il est né comment a-t-il pu se constituer? La limite* est là, je ne peux en disconvenir; et je suis acculé à deux hypothèses: ou bien cette limite est temporaire dans la mesure-même où j'ai un commencement et une fin et je peux toujours rêver que les générations à venir élargiront I'horizon qui est le mien aujourd'hui; ou bien cette limite est co-naturelle à tout ce qui constitue ce monde lequel, quoi qu'il arrive, est destiné à disparaître comme moi-même je suis appelé à le faire. Dans cette dernière hypothèse, ne pouvant avoir recours au néant comme notion utilisable qu'à la condition de sortir un lapin de mon chapeau, il me faut bien postuler pour une réalité qui n'est pas celle dans laquelle je vis mais qui est celle, de moi inconnue, qui a créé le tout dans lequel j'existe et qui me constitue; une réalité dont je ne peux dire un mot puisqu'elle m'est inaccessible, et dont je ne peux me défaire puisqu'elle m'est indispensable. Si je retiens cette dernière hypothèse - et c'est en effet la plus vraisemblable à mes yeux même si elle paraît la moins" scientifique" aux yeux plus objectifs des chercheurs - ce qui est générique en moi m'échappe totalement et ne peut que m'échapper tant que je suis sur cette terre (tant que j'appartiens à ce référentiel diraient les spécialistes) ; et non seulement moi mais mes contemporains, ceux qui m'ont précédé et vraisemblablement ceux qui me suivront. Qu'est-ce que cela signifie sinon que je suis totalement étranger à moimême; que la condition humaine est essentiellement aliénée; que, pour vivre, il me faut renoncer à ce qui me tient le plus à cœur afin de pouvoir assumer ma condition dans sa plus radicale étrangeté? S'il en est ainsi je suis effectivement pris dans les rets d'une aliénation fondamentale palpable au quotidien dans ce qu'il m'est donné de vivre et où je me découvre 22

étranger à moi-même, et ce, là-même où je cherche à m'identifier. Dans cette conjoncture, il ne s'agit donc plus de combler une distance; distance morale par exemple que je pourrais évaluer entre ce que je devrais être et ce que je suis et d'où je pourrais inférer qu'en agissant de telle ou telle façon, je pourrais, sinon la faire disparaître, du moins faire en sorte qu'elle se résorbe progressivement. L'aliénation dont je parle ne relève pas d'une telle problématique; elle apparaît d'autant plus essentielle et incontournable que, ayant fait ce que je devais en mon âme et conscience, je me sens néanmoins étranger* à moi-même; et plus que jamais sans doute parce que, ayant mis le prix qu'on me suggérait de mettre pour en sortir, je me trouve existentiellement floué pour n'en avoir tiré aucun résultat. Ayant maintes fois fait cette expérience, je me retrouve toujours ailleurs que là où je suis; où tout le monde me dit que je suis; car là où je suis s'entendent les discours convenus des hommes de loi, des hommes de foi, des politiques et des savants, des philosophes et des sages; bref de tous ceux qui ont pignon sur rue et dont la parole fait autorité. À force d'être parlé par tous ces grands hommes, je ne parle plus sinon pour répéter ce qu'ils disent; ce qui est de bonne guerre si je tiens à saisir l'ascenseur social. Mais le désir qui m'habite, le rêve éveillé qui va me conduire au sommeil, bref, tout ce que pourrait avoir d'authentiquement original la parole que je voudrais prononcer dans le secret de mon cœur, celle-ci m'est effectivement retirée au profit de cette autre qui se veut unitaire, réaliste, riche de promesses et porteuse d'avenir. Face à une parole aussi gonflée de potentialités que peut bien valoir une parole balbutiante dont la seule vertu serait d'exprimer, et bien imparfaitement encore, le mystère* d'une personne aussi singulière qu'insignifiante? Ainsi se trouve dévalorisée l'expression qui pourrait me révéler à moi-même si tant est qu'une telle expression puisse être révélatrice ou même simplement voir le jour. Contraint que je suis par le discours qui a autorité pour faire taire en moi tout ce qui pourrait l'infirmer ou simplement laisser planer quelque doute à son sujet, je vais par nécessité entrer dans une partie de cachecache épuisante: il me faudra cacher ce que je suis (ou crois être) et présenter le visage fraîchement rasé de ce que je ne suis pas (et ne pourrai jamais être). Il faudra que j'aie les grimaces convenues aux moments convenus et que je mesure mes mérites à l'aune des vertus démocratiques et républicaines que les leaders de la modernité m'imposent. Il faudra que je dise ce qui doit se dire, faire entendre ce qui se doit d'être entendu et contrefaire ainsi ce que je pense et ce que je sens aux accents du tube de 23

l'été, de la mode de printemps et du politiquement correct énoncé par nos édiles. En bref, il faut que je devienne intégriste à la limite, c'est-à-dire connaître l'aliénation la plus grande pour défendre des valeurs qui ne sont pas les miennes et m'y soumettre avec une joie fanatique; et ce, afin de les imposer aux autres comme elles m'ont été imposées. Dans cette dimension plus on est bête et mieux ça marche. Mais qu'importe le prix à payer du moment qu'aux yeux des autres l'on prend visage d'homme? !

d. Toujours au-delà

"Au commencement Dieu créa les cieux et la terre" nous dit la Bible en sa première phrase. Ce Dieu mystérieux parce qu'inconnaissable a eu ce désir de créer ce dont nous parle le texte. Si ce Dieu est le mot qui cache mon ignorances, il est cependant celui auquel j'attache mon char parce qu'il est celui du désir grâce auquel je suis né. Si ce livre voit le jour, c'est à ce Dieu que je le devrai. Je ne veux pas dire par là que ce livre est inspiré au même titre que les livres de la Bible. Fichtre! Il vient ni se substituer à eux ni en poursuivre la réflexion. Ce livre se veut être celui d'une parole libérée par le commerce des textes bibliques et qui n'a d'autre prétention que dire ce qu'elle a à dire en dehors de toutes les voix qui voudraient se substituer à elle, mais non sans leur concours et leur richesse, et surtout sans l'apport des nombreuses questions qu'elles savent poser même si celles-ci sont destinées à demeurer sans réponse. Là où se taisent avec prudence ceux qui savent, parlent ceux qui ne savent rien, hors l'essentiel. Ayant accompli un jour le saut de la foi, et l'ayant accompli comme malgré moi, comme un arrachement à tout ce qui gréait mon existence à l'appui des vents porteurs, je suis maintenant acculé à la foi par la réflexion qui en est résultée. Celle-ci me tourne délibérément vers un monde que je ne connais pas et qui m'est, sur cette terre, à jamais hermétique ; mais que j'aime et auquel je crois; d'abord parce que j'y ai voix; mais, à la réflexion, parce que je ne peux pas ne pas l'aimer et ne pas y croire. Ceci étant second mais essentiel pour la communication de la voix qui m'est propre et qui n'a d'autre vertu que de m'appartenir et, donc, d'être irremplaçable en cette réalité et en cette limite.

5 Le Tétragramme « propre»

YHWH est imprononçable

pour un Juif; et pourtant il s'agit du nom

de Dieu!

24

Ainsi dans quelque sens que je me tourne: sociologique, historique, géographique, généalogique, religieux ou symbolique, je me heurte à un moment donné au mystère même de ma condition. Mais la découverte de ce mystère résulte de ma réflexion,. et celle-ci résulte de ma vie,. car, comme tout animal sur cette terre, je vis d'abord et, parce que je suis homme, je réfléchis ensuite. En sorte que ce qui est premier dans mon existence, c'est le "oui" générique au monde qui m'entoure et me donne vie,. et auquel j'appartiens même si je pressens par-delà ce qui est visible, une mystérieuse appartenance subodorée inconsciemment, sans doute depuis toujours, en tous les cas avant même que, dans mon histoire personnelle, le "oui" de laloi ait été prononcé. Voilà pourquoi tout ce que je viens de dire à titre individuel, et qui est valable pour chaque personne, va devoir se transposer au social, au national et à l'humain en général, à travers le parcours d'un peuple particulier et ancestral: je veux parler du peuple d'Israël. Ce peuple, en effet, a fait entendre sa voix et cette voix peu commune a eu un retentissement universel,. d'autant plus inattendu qu'il s'agit d'un petit peuple fraîchement reconstitué sur sa terre d'origine mais qui a vécu le plus clair de son temps à l'étranger, sur tous les continents et au sein des peuples les plus divers.

25

ISRAEL

S'il est un peuple extraordinaire, c'est bien celui-là. Je sais qu'en disant une telle chose je vais m'attirer les foudres de ce peuple qui a tant souffert de sa vocation. On ne lui a jamais pardonné et on ne lui pardonnera sans doute jamais d'être le peuple élu de Dieu. Certains Juifs vont, non sans humour, jusqu'à prier Dieu de les aimer un peu moins... Humour noir s'il en est car il prend en compte la shoah* de sinistre mémoire. Oui, un peuple extraordinaire qui, au moment-même où on le croyait exsangue, s'est reconstitué au lendemain de la seconde guerre mondiale à l'endroit même où il avait trouvé à s'établir lors de sa naissance, il y a quelque trente siècles. Peuple tellement démuni face à ses ennemis arabes intérieurs et extérieurs qu'on ne donnait pas cher de sa peau au momentmême où à l'ONU, le 14 mai 1948, était proclamée son indépendance. Peuple qui fit refleurir le désert et qui, contre vents et marées, s'est bâti au dos de la nature, de I'histoire, de la politique et de la géographie; peuple qui, malgré la pluralité ethnique de sa population, s'est forgé une conscience nationale et est devenu, quoi qu'on en ait, une référence pour bien des nations. Peuple qui a redonné vie à une langue, fait unique dans les annales de l'histoire universelle. J'arrêterai là ce constat qui n'a pas besoin d'être constitué puisqu'il est largement établi, ni défendu parce qu'il s'est tout aussi largement imposé. Je ne voudrais pas d'autre part avoir l'air de gommer les justes critiques que l'opinion internationale ne manque pas d'adresser à cet état ni cacher les impasses dans lesquelles il s'est enfermé dernièrement par rapport aux solutions politiques qu'implique l'établissement d'une paix durable au Proche-Orient. Je laisse ce soin à des commentateurs bien mieux placés que moi pour faire cette analyse avec tout le sérieux qu'implique une telle entreprise. Ma compétence, si tant est qu'elle ait quelque poids, me conduit à remonter le temps pour essayer de faire un retour réflexif à ce que nous a légué ce peuple, à savoir ce que les Chrétiens appellent non sans suffisance l'Ancien Testament et que les juifs appellent Tanakh selon un

néologisme hébreu juxtaposant les lettres T pour torah (loi ou enseignement), N pour nebi'im (prophètes) et K pour ketoubim (écrits)6. Plus précisément je vais tâcher de concentrer mon attention sur le texte inaugural de la Bible que j'appellerai le mythe de la Génèse (les premiers chapitres de ce premier livre). Pourquoi ce choix? Je m'en expliquerai au long du parcours auquel je vous convie.

6 cf« Dieu, une biographie»

de Jack Miles, Robert Laffont ed. 1996, p. 25. 28

LE MYTHE DE LA GENESE
ou une autre façon de dire l'homme.

Avant d'entrer dans le vif du texte, il convient de faire quelques remarques liminaires. 1. Ce(s) récit(s) de la Création trouve(nt) le jour à une époque tardive: en fait, on ne commence jamais par le commencement. C'est comme dans une vie; la prise de conscience n'est pas immédiate; et même si elle l'était, elle demanderait à s'approfondir au fur et à mesure des étapes. Aussi bien pour le peuple d'Israël, la première conscience qu'il a de luimême se situe dans le « minuscule» d'une histoire très particulière relative à un groupe nomade vivant chichement des maigres ressources qu'il tire de ses pérégrinations dans une région semi-désertique. Adolphe LODS? note trois difficultés: a) le caractère composite du Tanakh. Il ne manque pas de souligner que la Génèse* contient deux récits de la création, l'un aboutissant, au sixième jour, à la création de l'homme (Gen 1 à 2 : 4), l'autre partant de cette création pour en pénétrer les implications (Gen 2 : 4 ss). b) le caractère conjectural du travail de mémoire effectué par les scribes* à partir de lointaines traditions orales et particularités cultuelles etc. appelant les exégètes à un travail de critique interne dont la subjectivité éclate à travers la diversité des interprétations. c) Les « restes» de cette Httérature à notre disposition ne constituent que des fragments minimes par rapport au « tout» qui a disparu et qui

7 in« Introduction

à I'histoire de la littérature

hébraïque et juive », Payot ed. 1950, p. Il.

nous demeure donc inaccessible8. Les considérations qui ont conduit à ce choix (39 livres et 9 apocryphes* sur n livres ayant vu le jour) sont souvent étrangères à un ordre de préoccupations historiques pour ne relever la plupart du temps que de raisons religieuses. Il est probable que l'un des recueils le plus ancien de ce qui nous reste de cette littérature soit le chant de Débora* suite à la bataille gagnée contre les Cananéens (la guerre des étoiles, déjà... cf. Jg 5 : 20). Il en est de l'histoire des peuples comme il en est des souvenirs qu'un homme garde de son enfance. a) Il n'est pas sûr que sa mémoire soit fidèle (il y aurait beaucoup à dire là-dessus sur les malentendus opposant les générations successives). b) Il n'est pas sûr que le vécu gardé en mémoire (nous vivons avec la vérité qui nous est supportable et avec les émotions suscitées par tel ou tel événement, majeur ou mineur) soit ce qu'il y a de plus important dans une vie objectivement analysée (si tant est qu'elle puisse l'être). c) Buffon*, nous dit-on, reconstituait le squelette d'un animal disparu au temps d'une époque révolue à partir d'un seul détail anatomique. Il n'est hélas pas possible - même grâce aux trésors d'une technique historique aujourd'hui évoluée - de reconstituer la vie d'un peuple à travers les détails constituant son histoire. Ce qui est donc premier dans la conscience d'un peuple, c'est un recueil d'histoires plus ou moins avérées, drainées et retenues par la tradition* orale, souvent sous forme poétique (épique ou légendaire, cf. la chanson de Roland) et qui, grâce à cette forme aisément mémorisable et touchant à de profondes résonances populaires relatives à l'identité d'un peuple, deviennent constitutives de l'âme de ce peuple. La consécration du poète intervient lorsqu'un chant de son cru est demeuré vivace dans la mémoire populaire alors que son auteur est oublié. Le poète est alors parvenu à être vraiment ce qu'il est - chantre - quand il est devenu anonyme ! Tout le monde a chanté dans son enfance: « il pleut, il pleut bergère» ; qui connaît l'auteur de cette chanson9 ? La conscience naît d'abord, me semble-t-iI, de la proximité. Ce n'est qu'avec le temps qu'elle peut prendre du champs et s'approfondir. Fa8

Les manuscrits

de la mer Morte découverts

à partir de 1947 ne comptent que 20 à 25 % de

documents bibliques ("L'aventure des manuscrits de la mer Morte" de Hershel Shanks p. 13)
9

Fabre d'Eglantine,

né à Carcassonne

en 1755 et guillotiné en compagnie

de Danton en

1794.

30

brice dei DongolOne voit pas grand chose de ce qui se passe sur le champ de bataille où le destin l'a conduit; et pourtant ce qu'il voit à cet instant le marque profondément. Au reste, cette proximité est très ambiguë: je peux la vivre en majeur sur fond de désastre historique (cf. les chrétiens de Rome au moment des invasions barbares entraînant la chute de l'Empire d'occident) ou en mineur sur fond de victoire (cf. « le diable au corps» de Raymond Radiguet*). Elle relève plus de l'émotion que de la réflexion. Ce qui me reste est un vécu, non une histoire, autrement dit un vécu pensé. Ce qui me reste est quelque chose de fort et d'indéfinissable; j'en garde le souvenir même si ce souvenir est insignifiant, voire inexistant
aux yeux des autres
11.

a. Remonter le temps

Ce n'est que lorsque la conscience d'un peuple s'est approfondie en quittant le terrain des légendes* (dorées le plus souvent) pour se placer sur le terrain plus solide d'une recherche historique, qu'elle se préoccupe de remonter à sa préhistoire* et, au-delà, de questions métaphysiques*. Il est significatif que Freud ait donné sa mesure au moment où l'individu né au début du XIXe siècle prenait tout à fait conscience de lui-même et voulait rendre compte de ce qui, dans son comportement, apparaissait comme erratique, en tout cas non rationnel. Même remarque concernant Karl Marx qui s'engage dans une profonde réflexion sur la condition humaine alors que celle-ci est bouleversée par l'ère industrielle. Même remarque pour les Mormons* qui s'intéressent à la généalogie au moment où l'individualisme exacerbé de notre époque tente de faire table rase du passé. Ces recherches pluridimensionnelles des "profondeurs" constituent une démarche seconde même si celles-ci nous placent dans une instance première par rapport à la stricte chronologie. De même en science: la recherche fondamentale se dirige vers les infinis (petit et grand), vers le Big Bang initial et vers les fins prévisibles, bref vers l'établissement
10Personnage
Il

principal du roman de Stendhal "La chartreuse

de Panne". » et

cf. Alfred Adler qui demande au consultant:

« quel est votre plus ancien souvenir?

qui se moque de savoir si celui-ci repose ou non sur un fait réel. 31

d'une cosmologie issue in fine des recherches plus prosaïques dans lesquelles elle s'était d'abord engagée. Mais quand - comme c'est le cas dans la constitution du Tanakh - on ne dispose pas des outils de la science contemporaine, on recourt au mythe fondateur pour dire l'homme, notamment dans sa dimension de mystère. C'est, pour l'époque, dans le rapport que l'homme établit avec ce qui le dépasse et surtout le menace, que naissent les mythes. Il faut, pour le comprendre, s'imaginer l'homme primitif confronté aux forces naturelles qui le conditionnent et le terrorisent. Les énergies mises en œuvre dans une irruption volcanique sont telles qu'elles ne peuvent naître que d'une puissance infiniment supérieure à celle des humains. Tout le problème est de savoir comment apaiser une telle puissance. C'est donc bien dans le domaine religieux que les mythes trouvent leur berceau naturel.

b. Le

religieux

Ces mythes ont pour fonction essentielle de mettre en ordre un monde qui ne l'est pas en montrant comment le désordre constaté s'inscrit dans un ordre antécédent et supérieur, inaccessible aux sens de tout un chacun et au bon-sens du plus grand nombre, mais « révélé» aux initiés par le medium d'un ange ou d'une vision nocturne. Ainsi ce qui est recherché dans le conjoncturel des situations humaines, c'est le structural des forces constitutives de notre humanité. Ce qui est objet de convoitise, c'est la transcendance qui permet de dépasser le caractère immanent des phénomènes. Mais, au bout de tout cela, la démarche religieuse, généreuse en son objet et procédant d'une réelle attente, remet les pieds sur terre, si je puis dire; elle se donne pour but (avoué ou non) de saisir les rênes du pouvoir ici-bas en tentant de prendre la maîtrise des choses qui concernent le ciel soit par la magie*, soit par le rite, soit par l'initiation* ou par toute autre voie mystérieuse. On s'incline devant les dieux pour mieux les amadouer et, si l'occasion s'en présente, leur dérober le feu qui est censé assurer leur toute-puissance (Prométhée). Comme l'homme a pour premier et évident souci de survivre, l'on comprend que la démarche religieuse lui soit en quelque sorte consubs32

tantielle. En prenant conscience du caractère précaire de son existence, il va nécessairement chercher à surmonter cette précarité avec le seul outil qui le distingue des autres créatures: sa capacité à mener, grâce au langage, une réflexion à la fois abstraite et spéculative. Réflexion que quelques initiés mèneront aussi loin que possible et qui leur conférera un pouvoir spécifique: un pouvoir sur les âmes qui ne relève pas de la contrainte (ce pouvoir-là étant réservé à celui des armes donc des guerriers qui savent s'en servir) mais de l' aliénation*. Par exemple quand un curé, un pope ou un pasteur dit à son ouaille: « les voies du Seigneur sont impénétrables» ill 'accule à la foi du charbonnier; et ainsi règne-t-il, à bon compte, sur le "charbonnier" en question puisqu'il lui suggère d'agir comme il le lui demande sans obligation de résultat. Il ressort de cela que la démarche religieuse est fondamentalement ambiguë: elle procède d'un désir de pouvoir qui ne s'avoue pas toujours et elle produit les mythes fondateurs qui constituent à mes yeux I'héritage le plus important de I'humanité. Je serais en effet tenté de dire que l'homme est né au moins autant des mythes fondateurs qui l'ont structuré psychiquement que des gènes qui l'ont constitué physiologiquement. C'est très beau de devenir bipède et de pouvoir lever les yeux au ciel; si ces mêmes yeux sont incapables de sonder l'insondable, ils ne servent finalement pas à grand chose. La démarche scientifique a marqué notre siècle comme elle ne l'a jamais fait dans le passé. Aujourd'hui nous ne sommes plus désarmés en face d'un destin* aveugle comme c'était souvent le cas précédemment. D'autre part, il se trouve que nous sommes passés d'une économie de pénurie à une ère d'abondance. Mais surtout, à l'aube de ce XXle siècle, l'homme est en train de décoller de la terre pour s'ouvrir aux profondeurs de l'univers. Cette quête d'un au-delà du système solaire va prendre du temps et peut-être sera-t-elle moins gratifiante qu'on peut l'imaginer. Il n'empêche; cet élargissement de l'aventure humaine hors du lieu où elle a pris son essor est quelque chose de considérable. On peut prévoir sans trop prendre de risque une mutation plus qu'une transformation de l'actuelle condition humaine. Je considère donc que la démarche scientifique est capitale. Mais la démarche religieuse ne l'est pas moins. L'essentiel de cette démarche est de relier la part au tout (pars pro toto) y compris ce qui, encore, est hors de notre portée. Sans cette quête je ne serais qu'un singe savant ou, plus précisément, un singe parvenu à son niveau 33

d'incompétence, alors que j'ai conscience d'être essentiellement différent de l'animal qui me ressemble le plus. En privilégiant un domaine par rapport à l'autre on tronque l'homme: les thuriféraires de la science tombent dans le matérialisme* le plus niais. Ceux de la religion tombent dans l'obscurantisme le plus désolant. Les uns savamment idiots; les autres, idéalement crétins. L'ennui avec les uns comme avec les autres, c'est qu'on ne sort pas de la bêtise ordinaire. Je crois que le mythe* a pour fonction de nous faire vibrer au plus profond de nous-mêmes. Je crois aussi que la science a pour fonction de nous déniaiser; par exemple en démythologisant le mythe de façon à lui rendre sa fécondité première qui est celle de faire naître une parole qui ne soit pas nécessairement savante (laissons cela aux spécialistes et à leur jargon particulier) mais qui soit humaine. Je crois que la conscience humaine naît des mythes qu'elle engendre12 .

12Le serpent qui se mord la queue en est le symbole. 34

c. Naissance des mythes.

Il est sans doute impossible d'en baliser le parcours; a fortiori d'en situer la naissance. Ce que l'on peut dire sans trop prendre de risques, c'est que le mythe naît sur fond de traditions orales. Celles-ci se perpétuent à travers le temps non sans se transformer en fonction de critères divers dont le moindre n'est pas la censure préventive du groupe. Il faudrait, pour pénétrer les diverses moutures d'un mythe, se référer à une critique interne relative par exemple à l'évolution des langages, et à une critique externe comparant les productions mythiques de diverses cultures géographiquement regroupées et historiquement rivales. Quoi qu'il en soit il faut prendre en compte la mouvance des situations humaines pour sonder ces traditions orales. En effet, lorsque ces traditions sont fixées par l' écriture*, elles n'ont plus la mobilité qu'elles avaient en amont: elles rentrent dans les chroniques d'un peuple et deviennent autant de points de repère d'une époque par rapport à une autre époque; elles servent d'archives relatives à un passé lointain qui, en réalité, est beaucoup plus énigmatique que ne le laissent entendre les historiens. Elles éclairent cependant ce passé d'une lumière qui leur est propre même si, dans la mutation qu'elles viennent de subir, elles ont perdu le ton du « diseur »13.D'autre part, devenant écritures, elles vont nécessairement être l'objet d'interprétations variées. Cette relecture des documents à partir de critères qui leurs sont étrangers, risque d'entraîner une perte essentielle: celle de la vie; de la mouvance de celle-ci; où le non-dit tenait sans doute une place aussi importante que le formulé; ceci, sans compter qu'en soi, une interprétation est toujours une opération réductrice.

13 C'est là en effet une perte capitale car, selon le ton employé, un énoncé peut signfier des choses différentes voire opposées.

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Enfin, face à ces "documents", la tentation risque d'être grande de vouloir décrypter un mythe pour en tirer « la substantifique moelle ». Là, il faut être clair si je puis dire: le mythe est par essence mystérieux. Dès lors, toute réduction d'un mythe à une explication qui se veut exhaustive, se fait au détriment du mythe lui-même. Pour le rendre "transparent" on l'a tout simplement évacué; et ce qui reste n'est plus qu'un cliché daté et situé, rendant compte d'une « vérité» dominante plutôt que d'une révélation exotique venant battre le flanc des lieux communs historiques. Est-il possible d'éviter tous ces pièges? difficile. En effet quand on passe du mythe tout auréolé de son mystère au discours logique qui essaie d'en rendre compte rationnellemnt, l'interprète va nécessairement privilégier l'intelligibilité* sur l'intelligence* ; par exemple en l'étêtant de tout ce qu'il représente de scandaleux, d'absurde, d'incroyable, d'obscène; pour tout dire de tout ce qu'il a d'archaïque, donc "d'inexploitable" aujourd'hui. Je crois que la seule façon de surmonter cette difficulté, c'est de rendre l'écriture à sa mouvance primitive: la parole. Ceci, à condition de ne jamais oublier l'écrit qui, à la lettre près, demeure la référence.

d. Faire mémoire.

Ce qui est valable pour le mythe en particulier l'est tout autant pour cet Ecrit qu'est la Bible en général et notamment sa partie vétérotestamentaire. Faire mémoire d'une époque par l'écrit est certes important: il n'est pas possible de faire œuvre d'historien sans ce recours à la plume. Mieux, il n'est pas possible de philosopher sur la démarche historique si celle-ci ne s'exprime pas par l'écrit. Il n'est donc pas question de jeter aux oubliettes cette dimension objective qui, en quelque sorte, matérialise le temps. C'est parce qu'il y a des repères situés qu'une chronologie des événements mémorisés peut être établie. A partir de cette chronologie, il est possible de chercher un fil conducteur qui relie les faits les uns aux autres. Il en résulte une interprétation, une synthèse qui est celle de l'historien face aux autres interprétations possibles qui sont I'œuvre d'autres historiens. Ces travaux sont autant de réactualisations d'un passé qui, sans elles, disparaîtrait sans laisser de traces. 36

Dans le cas du document biblique en général et du mythe inaugural de la Création en particulier, il y a fort peu d'éléments extérieurs permettant de renouveler l'interprétation, si ce n'est quelques points de contact qu'il est possible d'établir avec les textes fondateurs d'autres civilisations, dans le même espace-temps. Le texte de la Génèse présente une telle originalité qu'il est difficile de faire autre chose que de signaler à l'intention des lecteurs avertis ou exigeants qu'il existe en effet de tels points de contact. Mais ce travail de prospection, certes utile, ne mène pas bien loin en général. Il existe, par contre, un affinement des techniques d'appropriation des textes qui ne cesse de progresser. Si la critique externe* demande beaucoup de soin et de recherche, elle apporte rarement une avancée sensible dans l'intelligence de ces textes. Par contre la critique interne*, grâce à la multiplicité de ses approches et au foisonnement de ses « conclusions» permet souvent une réappropriation des textes anciens qui renouvelle considérablement le débat exégétique. Il résulte de ces considérations générales que je tiendrai le plus grand compte des recherches récentes pour m'inscrire dans la dynamique interprétative de notre époque. Mais je tâcherai néanmoins de faire œuvre personnelle dans des synthèses qui se démarqueront, peut-être et à l'occasion, de celles produites par les spécialistes. Sans cette revendication qui me singularise, ce travail n'aurait aucune raison d'être et, n'étant pas moi-même spécialiste, je laisserais à d'autres le soin de divulguer le "scientifiquement correct" de ce qui se faie4. S'il en est ainsi, quel est donc l'intérêt de cette démarche? C'est une démarche personnelle qui a pour vocation de s'exprimer à la première personne du singulier. Il s'agit pour moi de dire ce que je crois aujourd'hui et pour le monde dans lequel je vis. Cette démarche, est-elle contestable? Sans aucun doute puisque je n'ai pas la compétence des spécialistes; c'est pourquoi je vais tâcher de tenir le plus grand compte de ce qu'ils produisent, sans pour autant prétendre avoir tout lu. Je crois, malgré ce handicap, que cette démarche personnelle est importante. A mon sens, elle l'est à un double point de vue.
14

L'une des contradictions de la démocratie c'est qu'elle proclame la souveraineté du peuple et lui refuse de gouverner. Il ne faudrait pas que les docteurs de l'Eglise confisquent la parole des croyants puisque c'est le croyant qui constitue l'Eglise; constitue la patrie. comme le citoyen

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a) je vais tâcher, à titre personnel, de formuler ce qui me paraît essentiel dans un domaine où je ne suis quand même pas sans quelques compétences. Pour que ce travail ait quelque chance de s'approfondir, il faut qu'il se "fixe" par l'écriture. Je ne serais pas motivé si ce travail n'avait pour vocation de se communiquer aux autres, même si ces autres sont peu nombreux. b) cette démarche est aussi de l'ordre de la foi: je pense que Dieu, en nous créant à son image, nous a confié le soin de "dire" sa Parole, donc de la reformuler de façon située et contingente parce que cette Parole est libératrice pour celui qui la réarticule et porteuse d'avenir pour ceux qui la reçoivenes. Ce n'est pas en répétant des versets bibliques16 qu'on témoigne de sa foi, mais en risquant dans les discours humains une parole humaine inspirée par la révélation biblique. Cette démarche n'est pas nécessairement celle des spécialistes. Elle est à coup sûr celle du croyant.

e. Généralités sur le mythe.

Le mythe est une façon de dire le scandale afin de dépasser ce qu'il a d'inacceptable. Par exemple, la mort est un intolérable scandale. Il ne viendrait en effet à l'idée de personne d'offrir à quelqu'un un cadeau
15

Dire qu'un texte est inspiré, c'est dire aussi qu'il est inspirant. Venu d'un "ailleurs" inaccessible à mon esprit, il ne va pas sans susciter mon esprit. C'est pourquoi, au propre comme au figuré, il me permet de respirer; identifient à Jésus-Christ, quelqu'un a bouleversé quoi je ne peux l'ignorer; role est ressuscitée ceux-ci deviennent partant de vivre. C'est pourquoi aussi je ne peux Venue de Dieu, la Parole que les évangélistes et ce Voilà pour(comme la Paconcevoir la révélation sans l'incarnation.

est quelque chose de vivant puisque c'est quelqu'un; la réalité humaine en la faisant éclater de l'intérieur.

et voilà pourquoi le texte inspiré s'incarne en moi pour être mis à la diversité de la

à mort dans son sens obvie (comme la Parole a été crucifiée) et ressusciter des morts) en une pluralité de sens participant en son sein la multiplicité réalité temporaire création et engendrant

des possibles afin que quelques uns de qui est ouverture sur

autant que réalité vécue et partagée. De la sorte, le

texte inspiré inspire ma parole et lui confère un statut d'annonce fuite de celui-ci au profit de quelque au-delà.
16

l'avenir, et un statut de vie qui débouche sur la prise en compte du réel et non sur une

Sorte de psittacisme spirituel qui transforme ceux qui le pratiquent en perroquets bibliquement emplumés.

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somptueux et de venir, quelques années plus tard, l'en déposséder. Quel cadeau plus somptueux que la vie peut-on offrir aux hommes? C'est d'ailleurs plus qu'un cadeau puisque, sans lui, il n'y aurait personne pour le recevoir. La vie se donne sans retour: parlez-en à une mère! Or, sur cette terre, la vie est donnée puis reprise: on vous fait rentrer dans la caverne d'Ali Baba, histoire de vous mettre l'eau à la bouche, et quand vous voulez ramasser à pleines mains ces trésors accumulés on vous jette dehors sans autre cérémonie! Si le mot scandale dit bien ce qu'il veut dire, la mort est véritablement un scandale. Le mythe va essayer d'expliquer puis de surmonter ce scandale. Expliquer d'abord que ce scandale n'est pas imputable à Dieu mais à l'homme lui-même puisque celui-ci s'est fourvoyé en transgressant un tabou fixé par Dieu lui-même. À partir de là cet homme s'est mis dans la situation de recevoir la mort comme sanction de son acte. Le surmonter ensuite en faisant référence à une "vie" après la mort, possible sous certaines conditions. On passe ainsi, dans une démarche qui prend le contrepied de celle qui relève du scandale constaté, à une opération subséquente qui relève du salut. À la chose constatée s'est substituée la chose désirée. Le génie du mythe est d'avoir permis ce passage; ce passage étant essentiel. Il est en effet difficile de prendre conscience du scandale et de l'accepter sans contrepartie. En naissant, le petit d'homme entre dans un monde de terreur. Ce monde, loin de disparaître avec l'âge, ne va cesser d'étendre son pouvoir en raison même d'une lucidité croissante. Ceci va constituer une véritable aliénation; si cette aliénation n'est pas compensée par une force qui l'équilibre, le sujet risque très rapidement de relever des soins cliniques. Il n'est pas possible de vivre constamment dans la terreur. Puisqu'il en est ainsi l' homme va se construire tout un appareil mythique qui lui permettra, entre autres choses, de se réconcilier avec

l'existence17. Il faudrait dire, pour être plus précis, que chaque individuva
tenter à sa façon de s'approprier le contenu du mythe offert à l'usage de tous. Pourquoi? Parce qu'il se rend compte que, par le mythe, I'homme prend visage; qu'il peut donc établir un vis-à-vis entre lui et ceux qui lui sont proches; ainsi va-t-il trouver en lui et autour de lui une cohérence

17

Il est question ici d'existence sur terre, c'est à dire d'un statut de survie sans lequel il ne
serait pas possible de mettre en œuvre des instances de vie, de vie réelle par rapport à la survie.

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qui, même si elle est sans concession, n'en est pas moins réconciliatrice tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Même si je vis dans un monde où la souffrance est omniprésente, où l'injustice est triomphante, où le despotisme des puissants le dispute à l'arbitraire des grands, où le cœur doit souvent faire place à la sèche raison, j'ai soif de découvrir une règle du jeu qui me place dans un monde en ordre; car, si ordre il y a, il me suffira alors de jouer les bons coups pour tirer tout le bénéfice que je peux espérer obtenir d'une situation donnée, même si elle est peu enviable en ses prémisses. La science est née de ce désir de maîtriser le monde en perçant ses mystères: une fois la règle découverte, je peux la mettre en œuvre et ne plus subir mon sort comme devant; je peux substituer de la sorte à un monde chaotique un monde sinon intelligent à tout le moins intelligible, donc maniable; un monde où j'ai quelque chose à dire et à faire. C'est d'ailleurs là un nouveau mythe; un mythe de substitution en quelque sorte; et ce mythe risque d'être dangereux s'il débouche sur une idéologie de la force. C'est ainsi que l'homme terrorisé risque d'engendrer l'homme terrorisant, lequel est alors passé de Charybde en Scylla sans même savoir qu'il se trouve confronté à un nouveau mythe dont il a négligé de tirer les leçons. Comme nous le constatons, le mythe est partout, même et surtout là où on l'ignore, là aussi où on lui dénie toute fonction. C'est parier légèrement que de prétendre en finir "avec toutes ces sornettes". De fait l'expérience montre qu'il n'est pas possible de faire violence à l'homme, à son histoire et à sa nature, sans provoquer de funestes conséquences. Mais il n'est pas interdit d'infléchir cette histoire et de tirer parti de cette nature. Dans ces conditions je pense qu'il est préférable de dire le mythe en sachant dans quel espace on parle18plutôt que de le laisser entendre sans le dire, substituant ainsi à son ordre symbolique un ordre qu'il est souvent le premier à dénoncer: l'ordre spéculatif, l'ordre marchand. Je crois à la fonction régulatrice du mythe quand on lui conserve son caractère premier et son mystère comme je crois à la fonction destructrice de l'idéologie quand celle-ci, s'appuyant sur le mythe fondateur, l'épuise en un discours rationalisant et totalitaire qui en arrive toujours à nier ses propres prémisses.

i8

"C'est au moment où un concept change de sens qu'il a le plus de sens" écrivait Bachelard.
En matière de savoir, ce qui est solide ce n'est pas l'intangibilité pouvoir d'ébranlement qui nous fait aller de la raison orthodoxe parce que cette dernière transgresse des concepts mais leur à la raison paradoxe non

la première, mais parce qu'elle en résulte. Il en va de engendre ce qui le détruit. 40

même en matière artistique où l'académisme

Je crois également à sa fonction d'instauration: le mythe dit comment une chose est née, pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien. Aller au point de départ est quelque chose d'essentiel; savoir ce qui s'est passé à ce moment-là répond à la question: "pourquoi en sommes-nous là" ? Nous avons alors la clé qui nous permet de percer certains mystères. Ainsi peut-on passer du narratif: « il était une fois» (devenu dans la Bible « au commencement») au spéculatif "en un principe" .qui traduit le même mot inaugural (BERESHIT). La fonction d'instauration du mythe explique et justifie le rite religieux qui a pour rôle d'établir un lien vital entre le temps historique et le temps primordial de façon à mettre au service de tous les hommes une réalité qui les a précédés et fondés en humanité. Cet aspect particulier du mythe dans sa dimension religieuse remue en l'homme quelque chose de très profond, perçu avant tout sur le plan affectif, voire subconscient. Grâce au mythe, on ne vit donc plus seulement dans la vie quotidienne: l'on entre dans un espace gravitationnel où ce qui relève de l'homme prend le relais de ce qui relève de Dieu. Dans le mythe Dieu n'est impliqué que dans son faire alors que l' homme est impliqué dans son être. Dieu retourne dans son ciel; I'homme reste sur terre; à la fois démuni et orphelin. Nous touchons alors à une nouvelle dimension de la réalité profonde telle qu'elle apparaît dans le mythe: la dimension dramatique de la condition humaine telle pourtant que Dieu l'a voulue. Et là, nous nous heurtons à toutes sortes de questions auxquelles il est difficile de trouver une réponse satisfaisante, à toutes sortes de constats qu'il est impossible d'ignorer. Pourquoi y a-t-il une bénédiction* mais aussi une malédiction* ? Existe-t-il une seule raison qui puisse justifier la souffrance - surtout celle d'un enfant - ? Pourquoi l'ombre s'attache-t-elle à la lumière, la mort à la vie, la trahison à la confiance, la transgression à la justice, la folie à la sagesse etc. Pourquoi rien n'est jamais blanc ou noir? Pourquoi l'ivraie se mêle-t-elle au bon grain? Pourquoi celui qui se réjouit aujourd'hui pleurera demain? Que de questions sans réponse! Et elles viennent toutes dans le berceau du nouveau-né pour ne le lâcher qu'au moment de sa mort. Telle est la condition dramatique de la vie sur cette terre. Je suis sur un bateau ivre qui vient de nulle part et vogue au hasard des vents et des courants. Plus le bateau bouge plus je suis malade. Et même quand la mer

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s'assagit provisoirement "ça" continue de bouger en moi. Je suis piégé à une situation que je n'ai pas voulue et dont je ne puis me débarrasser19 Devant cet inévitable flux de questions existentielles le mythe va tenter de réconcilier l'inconciliable en saisissant, à travers les linéaments d'une histoire qui n'a rien de naturel ou d'historique, un langage basique englobant autant que faire se peut toutes les oppositions qui nous déconcertent, offrant une causalité à celles-ci et, par-delà ce qui nous est donné de vivre, ouvrant une perspective eschatologique qui débouche sur de nouveaux cieux et une nouvelle terre; bref sur une nouvelle création. Ainsi la boucle est-elle bouclée: le mythe nous dit ce qui est au commencement et ce qui sera à la fin. Il nous fait vivre entre une cause première et une fin éclairante et nous invite à exister de façon orientée, c'est-à-dire comptable et de ce commencement et de cette fin. Il est significatif que la Bible s'inaugure sur un mythe du commencement et s'achève sur un mythe de la fin des temps (Génèse - Apocalypse). Ceci dit, peut-on parler de mythe à propos des premiers chapitres de la Génèse ? Non, si l'on en croit Gerhard Von Rad: "Ce qui est dit ici veut être tenu pour vrai et pour exact, tel que c'est dit" affirme-t-il. Et, de fait, le document sacerdotal qui nous livre ce récit ne prend à aucun moment la forme d'un mythe. Il n'emploie ni un langage imagé, ni un langage symbolique (décryptable par celui qui en détient les clés) : il relate des faits et les mots qui constituent cette relation sont longuement soupesés et choisis avec le plus grand soin. Ils alimentent un corps de doctrine et ne cherchent pas à solliciter l'imagination ou plutôt l'imaginaire du lecteur. Non, nous disent également la plupart de nos contemporains qui ne voient dans ces récits qu'élucubrations d'un temps révolu auxquelles les sciences contemporaines ont rendu justice. Comment, en effet, imaginer qu'Adam ait été le premier agriculteur que la terre ait connu tout en étant le premier homme à l'avoir parcourue? L'archélogie remonte bien plus loin dans le passé que la chronologie biblique ne le fait. L'homme vivant de cueillette a précédé le chasseur/pécheur; le nomade a précédé le sédentaire. Et tout cela s'étend sur des centaines de milliers d'années (des
19« Je suis à bout de vivre; le monde me donne la nausée (...) Qui m'a joué le tour de m'y jeter et de m'y laisser maintenant? m'a-t-on (...) Pourquoi n'ai-je pas été consulté; pourquoi ne pas mis au courant des us et coutumes, mais incorporé dans les rangs comme si

j'avais été acheté par un racoleur de garnison? A quel titre ai-je été intéressé à cette vaste entreprise qu'on appelle la réalité? Pourquoi faut-il que j'y sois intéressé? N'est-ce pas une affaire libre? Et suis-je forcé de l'être? servation? Il n'y a pas de directeur? 42 Où est le directeur que je lui fasse une ob» (Kierkegaard). A qui dois-je adresser ma plainte?

millions d'années aux dernières nouvelles !). Comment donc recevoir le récit biblique autrement que comme une tradition aussi ancienne que périmée et comment ne pas remettre en cause le caractère inspiré de ce texte fondamental? Je pense, quant à moi, qu'on ne peut s'exprimer autrement qu'avec un langage daté et avec les paradigmes* liés à l'espace-temps d'un peuple donné. Si "inspiration" au niveau populaire signifie exactitude par rapport aux connaissances d'une époque ou, coïncidence entre ce qui est dit depuis des millénaires et la dernière mouture des affirmations faisant la "une" des revues de vulgarisation scientifique d'aujourd'hui, je pense soit que l'on est bien naïf, soit qu'on ne l'est pas et qu'on est malhonnête. Quant à dire, comme le fait Von Rad, que ce texte ne se présente pas comme un mythe parce qu'il n'en a pas la forme, je répondrai qu'aujourd'hui nous ne pouvons le recevoir autrement que comme un mythe sinon à le disqualifier en tant que tel. Je ne peux en effet ignorer que le nomade a précédé le sédentaire sur cette terre. Mais est-ce à ce niveau qu'il faut recevoir ce texte? Je ne le crois pas; je pense au contraire que ce serait perdre quelque chose d'essentiel que de ramener ce récit à une chronique même datée (mais où était le chroniqueur ?) ou à un document nous relatant quelles étaient les connaissances "scientifiques" d'une époque se situant en gros à vingt trois siècles de distance. Pour moi, ce récit a d'abord et essentiellement une valeur symbolique même s'il n'en a pas la forme et c'est à ce titre qu'il m'intéresse au plus haut point. Cela n'enlève rien au discours scientifique qui me présente l'homme comme un mammifère qui s'est d'abord redressé et a pu, de la sorte, se servir de ses mains (l'homo habilis) puis a conquis et maîtrisé la station verticale (l'homo erectus) et a pu naître à la pensée abstraite et spéculative (l'homo sapiens). Ce discours est descriptif: il nous dit comment et dans quel ordre les choses se sont passées; ce n'est pas rien! Personnellement, je trouve cela passionnant. Mais ce discours, pour passionnant qu'il soit, se veut-il exclusif? Bien sûr que non. Les scientifiques ne prétendent à rien de cet ordre. Ils ne prétendent pas dire le tout de l'homme. Mais, cependant, l'image qu'ils nous présentent de lui diffère sensiblement de celle que notre texte véhicule. D'un côté l'on "voit" un singe qui s'humanise et qui, de ce fait, réussit sa percée dans l'ordre de l'évolution; de l'autre un être paradisiaque qui d'étape en étape quitte sa position supérieure pour déchoir dans une condition inférieure: celle de l'homme tel qu'il existe sur cette terre depuis le temps où, chassé de l'Eden, il en a découvert les ronces et les épines. 43

y a-t-il comptabilité entre ces deux perceptions de l'homme? Elles se font dans des sens tellement opposés qu'il semble que non. Et pourtant, à y regarder de plus près, elles ne sont contradictoires que de façon formelle. L'on peut, je crois, voir l'homme comme un être de nature tout juste sorti de son animalité et peinant à s'en défaire; et voir ce même homme comme une créature placée par Dieu au sommet de sa création pour qu'il informe celle-ci de ses propres désirs et réponde ainsi au désir du Créateur qui veut, en lui, se constituer, en extériorité, un vis-à-vis qui reçoive avec amour l'amour qu'il lui a manifesté en le créant. Grâce à cette double perspective, je peux appréhender le mystère de cet être extraordinaire à la fois "bêtement" homme si je puis dire et "divinement" informé d'en haut si je puis dire également. Jésus de Nazareth m'est proche parce que nous sommes du même sang mais aussi - et on ne le dit pas assez aujourd'hui - parce qu'il vient de Dieu. Je laisse donc aux scientifiques le soin de dire l'homme en nous montrant qu'il s'agit bien d'un être de nature. Je voudrais essayer de tenir un tout autre discours que celui des archéologues, des ethnologues et des astrophysiciens, des généticiens, des microbiologistes etc. et je nourris l'espoir que ce discours soit tout aussi pertinent.

44

" DEUXIEME

PARTIE

Le pl"emie.. ..écit.
Gen 1 : 1 à 2 : 4a

1. 1. En premier Dieu crée le ciel et la terre. 2. La terre est désordre et vide; l'obscurité couvre l'océan primitif et le souffle de Dieu en creuse la surface. 3. Dieu dit: "Que soit la lumière" et la lumière fut. 4. Dieu voit la lumière: quelle réussite! Dieu sépare la lumière de l'obscurité. 5. Dieu nomme la lumière jour, l'obscurité, nuit. Passent un soir et un matin: jour un. 6. Dieu dit: "Que soit une voûte au milieu des eaux. Qu'elle sépare les eaux des eaux". Ainsi fut fait. 7. Dieu sépare les eaux du dessous de celles du dessus. Ainsi fut fait. 8. Dieu nomme la voûte: ciel. Passent un soir et un matin: deuxième jour.
9. Dieu dit: "Que les eaux du dessous s'amassent en un seul endroit et que se voie le sec. Ainsi fut fait. 10. Dieu nomme le sec: terre; et l'amas des eaux: mer. Dieu voit: quelle réussite! Il. Dieu dit: "Que la terre verdisse de végétation, d'herbes portant semence, d'arbres portant fruits selon leur espèce dont la semence tombe à terre. Ainsi fut fait. 12. La terre produisit de la végétation: des herbes portant semence selon leur espèce et des arbres portant fruits selon leur espèce. Dieu voit: quelle réussite! 13. Passent un soir et un matin: troisième jour.

14. Dieu dit: "qu'il y ait des flambeaux dans la voûte céleste pour séparer le jour de la nuit; qu'ils servent de signe pour les solennités, les jours et les années". Ainsi fut fait. 15. "Qu'ils soient des flambeaux de la voûte céleste pour illuminer la terre". Ainsi fut fait. 16. Dieu fait les deux grands flambeaux; le plus grand pour conduire le jour; le plus petit pour conduire la nuit; et les étoiles. 46

17. Dieu les place dans la voûte céleste pour illuminer la terre, 18. Pour conduire le jour et la nuit et pour séparer la lumière et l'obscurité. Dieu voit: quelle réussite! 19. Passent un soir et un matin: quatrième jour.

20. Dieu dit: "Que les eaux s'agitent d'une agitation de vie; que les oiseaux survolent la terre dans la voûte céleste". 21. Dieu crée de monstrueux animaux marins et tous les êtres vivants qui s'agitent ou sinuent dans les eaux selon leur espèce; et les oiseaux selon leur espèce. Dieu voit: quelle réussite! 22. Dieu les bénit, disant: "Fructifiez et multipliez; remplissez l'eau des mers et que les oiseaux se multiplient sur la terre. 23. Passent un soir et un matin: cinquième jour.
24. Dieu dit: "Que la terre produise l'être vivant selon son espèce: bétail et reptile de la terre selon son espèce". Ainsi fut fait. 25. Dieu fait le vivant de la terre selon son espèce; la bête selon son espèce et tout reptile du sol selon son espèce. Dieu voit: quelle réussite! 26. Dieu dit: "Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance. Qu'ils dominent les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, le bétail et toutes les bêtes et les reptiles qui rampent sur la terre". 27. Dieu crée l'homme à son image; à l'image de Dieu il le crée; mâle et femelle, il les crée. 28. Dieu les bénit et leur dit: "Fructifiez et multipliez; emplissez la terre et vous l'appropriez; dominez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tout ce qui rampe sur la terre. 29. Dieu dit: "Voici je vous donne toute herbe portant semence sur la surface du sol; tout arbre portant du fruit comme semence. Ce sera votre nourriture. 30. A tout ce qui vit sur la terre, à tous les oiseaux du ciel et à tout ce qui rampe sur la terre et qui est doué de vie, toute végétation d'herbes sera votre nourriture". Ainsi fut fait. 31. Dieu voit tout ce qu'il a fait et voici: Quel bonheur! Passent un soir et un matin: jour le sixième.

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2:

1. Ainsi sont achevés le ciel, la terre et toute leur armée. 2. Dieu achève au septième jour l'œuvre qu'il a faite. Il se repose au septième jour de toute l'œuvre qu'il a faite. 3. Dieu bénit le septième jour et le met à part car il se repose en ce jour de tout ce qu'il a créé pour faire. 4. Voilà les enfantements du ciel et de la terre en leur création

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