Les missionnaires à la rencontre de l'Afrique au XIXe siècle

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Publié le : dimanche 1 janvier 1995
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EAN13 : 9782296284975
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LES

MISSIONNAIRES DE L'AFRIQUE

A LA RENCONTRE AU XIX. SIECLE
et pays yoruba, 1840-1891)

(Côte des Esclaves

Collection « Racines du Présent », dirigée par Alain Forest
Dernières parutions

PERRIER André, Gabon, un réveil religieux en 1935-1937. UM NYOBE Ruben, Ecrits sous maquis. BATHIL Y Abdoulaye,Les Portes de l'or. Le royaume de Galam de l'ère musulmane au temps des négriers. GREVOZ Daniel, Sahara, 1830-1881. BRITSCH Jacques et Gabriel, La mission F()ureau-Lamy et l'arrivée des Français au Tchad, 1898-1900. Carnet de route du lieutenant Gabriel Britsch. ABADIE Jean-Claude et Françoise, Sahara-Tchad, 1898-1900. Carnet de route de Prosper Haller, médecin de la mission Foureau-Lamy. NIAMKEY-KODJO Georges, Fin de siècle en Côte d'1voire, 18941895. La ville de Kong et Samori d'après le journal inédit du Français Georges Bailly. UM NYOBE Ruben, Le problème national kamerunais. ,. NGANSOP Guy Jérémie, Tchad, vingt ans de crise. ESSOMBA Joseph Marie, Civilisation du fer et sociétés en Afrique Centrale. KALCK Pierre, Histoire Centrafricaine (des origines à 1966). NKURIKIYIMFURA Jean-Népomucène, Le gros bétail et la société rwandaise, évolution historique: des XIIe-XIVe siècles à 1958. DEWITTE Philippe, Les mouvements nègres en France, 1919-1939. NZABAKOMADA- YAKOMA Rapha~I,L'Afrique centrale insurgée.La guerre du Kongo- Wara - 1928-1931. GONIN Francine, 1972-1982. La logique de l'Etat africain. MENAHEM Nahum,! sraël. Tensions et discriminations communautaires. KAYY ALI A.W., Histoire de la Palestine, 1896-1940. TARDIEU Jean-Pierre, Le destin des Noirs aux Indes de Castille, XVIe et XVIIIe s. KALCK Pierre, Un explorateur du Centre de l'Afrique, Paul Crampe! (1864-1891). IROKO A. Félix, Une histoire des hommes et des moustiques enAfrique. LE HOUEROU Fabienne, L'épopée des soldats de Mussolini en Abyssinie (1936-1938), les "ensablés". (Préface de Pierre Milza).

Photo de la couverture: SacrifICe en l'honneur des ancêtres. Provenance: Church Missionary Gleaner, 1851, p. 193 (Archives C.M.S.)

@ L'HARMATTAN,

1994 ISBN: 2-7384-2289-6

Collection

RACINES DU PRESENT

BERNARD SALVAING

LES MISSIONNAIRES DE L'AFRIQUE
(Côte des Esclaves

A LA RENCONTRE AU XIXe SIECLE
et pays yoruba,
1840-1891)

Publié avec le concours du Centre National du Livre

Editions L'Harmattan
5-7, rue de !Ecole-Polytechnique 7S00S PARIS

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REMERCIEMENTS

Je remercie tous ceux qui m'ont apporté leurs conseils, leur appui moral ou leur aide matérielle lors de la préparation et de la rédaction de cet ouvrage, en particulier Catherine Coquery- Vidrovitch, ainsi que Jacob Agossou, Pallie Brasseur, Ladislas Bugner, Jean Devisse, Adam Kiss, Emmanuel Lambert, Annie Molleton, Claude Perrot, Josette Rivallain et Richard Thibert. Ma gratitude va également aux Archivistes des Sociétés de Missions sur lesquelles j'ai travaillé, en particulier le Père Douau et Mrs Keen. Enfin, je remercie les Institutions qui m'ont autorisé à reproduire les gravures illustrant ce volume, à savoir: - les Archives de la C.M.S., de la S.M.A. et de la W.M.M.S.(The Methodist Church Overseas Division) ; -la British National Library ; -la Bibliothèque de Fels, de l'Institut catholique de Paris; -la Bibliothèque des Arts décoratifs (Collection Maciet) ; -la Bibliotèque de la Documentation Française; -les Editions Payot, Burns and Oates.

SOMMAIRE

PREFACE I - Délimitation du cadre étudié
II - Lesrégionsétudiées...............................................................

..... ........

III - Les sources utilisées IV - Sur le fond ..............................................................
V

-

Les Missionnaires
b) Les voyageurs

et leurs contemporains.
sur la côte dahoméenne

a) Textes d'ordre général c) Les récits de grande diffusion

......................................
.. .. .. .. .. .. ... .. ... .. .. .. ....

. . . . .. . . . . .. . .. .. . . .. . .. . .. . . .. .. ....

....................
PARTIE

17 18 19 22 23 24 25 26

PREMIERE

LES FONDEMENTS DE LA MISSION. SON IMPLANTATION. LA POLITIQUE DES DIRECTEURS Introduction: aux origines de la mission du XIX" siècle CHAPITRE : Histoire des Missions dans la zone étudiée I I - Le rôle de « laboratOire»de la Sierra Leone et du Liberia................... II - Histoire de la Church Missionary Society...................................... a) La « Niger Expedition» ....................................................... b) La ville d' Abeokuta, clé de la mission....................................... c) Les suites de la prise de Lagos................................................ d) Le durcissementet les changementsde perspective de la mission. ..... III - HistOirede la Wesleyan Methodist Missionary Society...................... a) Présentation de la Société...................................................... b) Un pionnier: T.B. Freeman................................................... .......

31

33 34 34 35 36 38 43 43 44 7

c) L'organisation de la Mission ............. d) La crise de la W.M.M.S .................... IV - Histoire de la Société des Missions Africaines de Lyon..................... a) La fondation ............... b) L'implantation au Dahomey et en pays yoruba ............................ c) Les difficultés internes .....
CHAPITRETI: Les doctrines des Missionnaires le point de vue des directeurs :

45 45 46 46 47 49

I - Henry Venn et la politique de la C.M.S. ........................................

a) Sa doctrine missionnaire...................................................... b) Vers un développementafricain ............................ c) Le rôle primordial du clergé indigène....................................... d) Vers une église africaine autonome?....................................... II - Les principes des Secrétairesméthodistes ................
a) Une influence humanitariste .................................................. b) Un clergé indigène important

.....

c) Le secrétariat de J. Kilner ..... ......... ......... ..... III - La doctrine du Père Planque.......................................................
a) L'influence de Mgr de Marion-Brésillac

....................................

b) L'évolution du Père Planque.................................................. c) La doctrine missionnaire ......................................................
CHAPITRE : Le rôle politique des Missionnaires. III Leur attitude face à l'impérialisme européen

51 51 52 53 54 56 56 56 57 59 59 60 62

I - Un interventionnisme précoce, fondé sur la morale ........................... II - L'âge d'or des missionnairesanglais: 1840-1860 ..... III - Les revers de la C.M.S. .... a) La politique « abeokutane» ................................................... b) L'opposition à la politique du gouverneurde Lagos......................
IV -La C.M.S. et la W.M.M.S. face à la conquête coloniale .....................

V - Lesmissionnaires atholiques c

.......

a) L'affIrmation du caractère supranational de la mission ................... b) L'époque de la collaboration entre la mission et le gouvernement français (à partir de 1862 environ) ................................................ CHAPITRE Recrutement et formation des missionnaires IV:
Le recrutement. . .. . . .. . . . . . . . . . .. . .. . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . .. . . . . . . . .. . . . . .. . .. . .. .. . . .. . ...

65 67 70 70 70 73 74 74 76

I - Comment on devient missionnaire en Angleterre.............................. a) Une atmosphère particulièrement favorable................................. b) Les meetings missionnaires et les tournées de conférences ...............

81 81 81 84

8

II - Comment on devient missionnaire en France ..................................
III

-

La candidature.

.. . . .. . .. .. .. .. . .. .. . . .. . .. . ..

.. .. . . .. . . .. .. . . .. . . . . .. .. . .. . . . . ..

IV

-

Les effectifs

...........................................................

a) La C.M.S. ........................................................................ b) La W.M.S. ............................................................. c) La S.M.A. ................... V - Origine sociale..................................................................... a) La C.M.S. ............ b) La W.M.M.S. ............................... c) La S.M.A. .............. d) Commentaire.. ..... La Formation des missionnaires I - La C.M.S. II - La W.M.M.S. III - La S.M.A.
IV Discussion. indigène..

85 86 87 87 88 88 89 89 91 91 91 92 92 94 95 97 99 100 102 104 104 105 106 107

............ ............. .................................................... .....

. .. . . . . . . . .. . . . . . . . .. . . .. . . . .. . . . . . . . .. . . . . . . . .. . . . . . . . .. . . . .. .. .. . . . .. .. . . .. . . .. . . . . . . . .. . . . . . . . .. . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . .. . . . . .. ..

Le clergé

I - Le cas de l'évêque Crowther

.....

II - Le cas de James Johnson. .. .. .. .. .. . .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. . .. . .. .. .. .. .. .. .. .. . .. . .. III - Thomas Birch Freeman...........................................................

IV - Les autres missionnaires africains face à l'Afrique ... ........................ a) La reconnaissance envers l'Angleterre ................................ b) Quelques constantes de la prédication.......................................
c) Les limites de l'acculturation

........ ........................... ...

DEUXIEMEPARTIE

LES MISSIONNAIRES AU TRAVAIL ET LEUR VIE QUOTIDIENNE CHAPITRE : Quelques principes déterminants I des Missionnaires

I - L'attitude face à l'esclavage .............................. a) La Traite, péché originel de l'Europe .............. b) La Traite est devenue un obstacle au christianisme........................ c) Les remèdes: intervention militaire ou commerce légitime? ............ d) Conclusion: le rôle central de la lutte contre la Traite dans l'élaboration de l'image du Noir au XIX" siècle....................................... II - L'utilisationdu « Clergé indigène» ............................................. a) Des divergences constantes entre « Directeurs» et missionnaires......

III III ll2 ll3
113 119 ll9 120 121 9

b) Un cas typique: celui de l'évêque Crowther ............ c) Les missionnairesanglicansface au clergé indigène.. ... ... .. ... .. ... .. ..

d) La position des missionnaires méÛ10distes
e) La position des CaÛ10liques

.........................

................................................... ....... ....... .... ...... .... .... .....

f) Les représentants du clergé africain ont les défauts de leur race. ... ..... g) Pour ou contre une politique assimilationniste ? ............................

III- Leslanguesafricaines
a) Les Protestants
b) Les

.................................................................. CaÛ10liques .................................................................

c) Laportéede l'étudedeslangues.............................................
IV - L'éducation.........................................................................

a) Les enfants......................................................................

b)Organisation desécoles
d) L'européanisation et l'acculturation

.................................
des élèves

c) Les résultats et leur appréciation.............................................
.... .. .. ..... .. .. .... ...

122 122 123 124 125 125 126 128 128 131 134 137 138

CHAPITRE : Les autres formes de l'action des Missionnaires. II Leur vie quotidienne I - La santé

..... 143
.....

143 145 ..... 146 147 ..... 149 149 ........ b) Une oasis ........................................................................ 151 c) Le mariage du missionnaire ................................................... 153 d) Mission et lieux sacrés traditionnels ......................................... 156 e) Une atmosphère d'exaltation chrétienne .................................... 157 158 III - Deux problèmes insolubles: esclavage domestique et polygamie.......... a) L'esclavage domestique ............................... 158 b) La polygamie ........................ 161 IV - LaPastoraledes missionnaires ................. 163 a) Le baptême . . ..... ............. 163 b) L'évangélisation. . .. . . . . . . . .. . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . .. . . .. .. 163 c) Les conversions................................................................. 165
CHAPITREIII : Visions réciproques

a) La mort omniprésente .......................................................... b) Explication et commentaire c) Constatationsremarquables d) La politique missionnaire...................................................... II - La Mission a) Le bâtiment ... ... .. . '"

Les Musulmans vus par les Missionnaires I - Une religion facile II - Unclergéindigne

.
........

.................. ....
................
....

III- Lemilitarisme musulman
10

169 170 171 171

........ Le Missionnaire vu par le Noir ............................. I - La qualité de Blanc du missionnaire............................................. a) L'étranger merveilleux ...... b) Un vif objet de curiosité....................................................... c) Le Blanc est habile ... .....
II Les pouvoirs du missionnaire. .. .. .. .. .. .. .. .. . .. ... .. .. . .. . .. .. .. .. .. .. .. .. . .. ...

IV - Une image plus favorable V - L'attitude de la C.M.S.

.....

a) Le « féticheur des Blancs» ................................................... b) Dieu des Blancs; Dieu des Noirs ............................................ c) Vertus morales du missionnaire ..............................................

d) Le Blanc passait-il vraiment pour un être tout-puissant? ................. III - Le missionnairecontesté.......................................................... a) De l'indifférence à l'hostilité..................................................
b) Le missionnaire est assimilé aux autres Blancs. . . . . .. . . . . . . . .. . . . . . .. .. . ..

Conclusion de la deuxième partie.......................................................

172 174 176 176 176 177 178 179 179 181 182 183 185 185 186 189

TROISIEME PARTIE

LA VISION DE L'AFRIQUE ET DES NOIRS PAR LES MISSIONNAIRES CHAPITRE : Le milieu africain I

Le paysage: villes et campagnes........................................................
I

-

Le Pays.

. .. . . . . .. . .. . .. . . .. .. . . . .. . . .. . . . . .. . .. . . . .. . . .. . . . . . . . .. . . . .. . . .. . . . . . . . .. . .

a) Les sources de l'image b) Une nature majestueuseet généreuse
c) Beauté de la nature maîtrisée .................................................

.....

.....

d) Un faux Eden, inexploité...................................................... e) Conclusion.......................................................................
II Les villes . . . . . .. . . . . . . . .. . . . . . . . .. . . .. . . . .. . . . . . . . .. . . . . . . . .. . . . . . .. .. . . . . . . . ..

a) Saleté............................................................................. b) Désordre......................................................................... c) Le fétichisme toujours présent................................................ d) Quelques impressionsplus favorables La société...................................................................................
I -

.....

Le pouvoir

royal.

. . . . . . . .. . . . . . . . .. . . . . . . . .. .. . . .. . .. .. . . . . . .. . .. . . .. .. .. . .. . . .. . ...

a) Une théocratie.................................................................. b) Un état absolutiste .............................................................. II - La notion de pouvoir chez les missionnaires: monarchie victorienne ou
monarchie patriarcale. . .. .. . . . . . .. . .. . . . . .. . . . . . . . .. . . . . .. . .. . . . . . .. .. . . .. . .. .

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Les méfaits de la présence européenne.................................................

I - Lesnégociants......................................................................

a) Un mal inévitable ........................... b) L'immoralité des négociants.................................................. c) Le commercelégitime est-ilIa solution? ................................... II - Le Noir de l'intérieur. Le Noir de la côte........................................
CHAPITREI : La personnalité des Noirs I

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Le caractère du Noir...................................................................... I - Préalables à toute analyse......................................................... II - Capacités intellectuelles........................................................... a) Les jugements défavorables................................................... b) Les jugements mesurés........................................................ c) La réhabilitationdes Noirs.................................................... III - La moralitédes Noirs.............................................................
a) Pourquoi un tableau si sombre?

..............................................
... ....................

b) Une majoritéde jugements pessimistes.. .. c) Le Noir dominé par son corps.

d) Les Noirs sont-ils paresseux? ................................................ e) Propension du Noir pour la guerre ......................

f) L'esprit de routine . .. .... g) Et si les Noirs avaient gardé quelques-unesdes vieilles vertus paysannes? ......................................................................... IV - Les tentatives missionnairesde réhabilitationdu Noir ou des Missionnaires contre l'anthropologie raciste........................................ a) Chez les Catholiques........................................................... b) Le « relativisme» missionnaire.............................................. c) La réfutation des théories inégalitaires,chez les Protestants. ............ Les femmes africaines.................................................................... I - Les femmes.. .. . .. .. .... ... ... . ...........

223 223 224 224 226 227 228 228 230 231 233 235 235 236 239 239 241 242 245 245 245 247 248 249 251 253 255 258

a) Pourquoi cette réaction de rejet? .............................................

b) Des êtres plongés dans l'abjection ........................................... c) De mauvaisesmères .......... . ........ d) Le pourquoi de ces accusations.. . .........
e) Une condition déplorable ...................................................... f) Une tradition d'antiféminisme de l'église ...................................

g) Les sermonsdu curé d'Ars. ... ... ......... . .... .. h) Conclusion......................................................................
CHAPITREIV : Le Fétichisme
Généralités.

......

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . .. . . . . . . . .. . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . .. .. .. .

I12

Préalables...........................................................................

261 261

II - Le fétichisme est-il un système de croyance? ................................. III - Une conséquenceprimordiale: l'immoralité du fétichisme.................. Nature du fétichisme: les trois interprétations........................................ I - Une pure adoration de la matière? Première interprétation.................. II - Culte de la matière ou culte de l'esprit? ........................................
III - L'Etre suprême des religions africaines

263 265 266 266 268 269 271 272
273 273 274 276 276 277 277 280

........................

IV - Un deuxième niveau d'interprétation: le fétichisme est-il un monothéisme dégradé? (positionprotestante) V - Une troisième interprétation: le fétichisme est-il un polythéisme? (position catholique)
Quelques interprétations plus élaborées sur le fétichisme I - La position protestante a) Chez les Anglicans b) Chez les Méthodistes c) Chez les Baptistes II - La position catholique a) Pierre Bouche et Noêl Baudin b) Jean Bouche III - Conclusion: Unicité de la vision du monde et de l'histoire par les Chré-

tiens..
Les Sacrifices humains I - La lourde hypothèque des « Coutumes» et des sacrifices humains II - Le problème des sacrifices occasionnels a) Des sacrifices partout présents b) Le poids des traditions . III - Les coutumes d'Abomey... a) Une effrayante réputation b) Une réalité mal connue c) La sérénité des premiers récits d) La violence des récits suivants e) Les récits faits à la veille de la conquête f) Les explications du phénomène

282
285 285 286 286 286 287 287 288 289 290 296 296

CHAPITRE Vers un premier bilan: IV: y a-t-il une ou plusieurs visions missionnaires?

Une évolution dans le temps I - La visioncatholique............................................................... a) Le traumatisme initial......................................................... b) La remise en cause des idées reçues......................................... c) Avant la conquête, une double évolution....................................

...

301 301 301 302 302 13

II - La vision protestante a) La vision méthodiste........................................................... b) La vision des Missions anglicanes........................................... L'étendue de la gamme d'opinions...................................................... I - Chez les Anglicans................................................................. II - Chez les Méthodistes.............................................................. III - Chez les Catholiques..............................................................

....

302 303 304 304 304 305 305

CONCLUSION GENERALE

307 I - Quelquesobjectionspersistantes................................................. 308 II - Sur la pensée des missionnairesétudiés........................................ a) Une vision cohérentede l'Afrique........................................... 308 b) Chez les Protestants ..... 311 c) Chez les Catholiques . .... o .... 312 314 III - Spécificitéde la pensée des missionnaires..................................... 314 IV - Les vices du peuple de France................................................... 317 V - L'héritage de la découvertedes autres mondes................................ 320 VI - L'héritage de l'esclavage et du racisme européen............................. BIBLIOGRAPHIE
LISTE ET PROVENANCE DES ILLUSTRATIONS

...

325
341

...........................

14

TERMINOLOGIE:

QUELQUES REMARQUES

a) Lexique sommaire Adja : Peuple vivant au sud du Togo. Alafin : Roi d'Oyo, et souverain de tous les Yoruba. Babalawo (ou babbalawo) : prêtre d'Ua, dieu de la divination, chez les Yoruba (nommé Bokonon chez les Fan). Balogun : Chef, à Abeokuta. Cabécère : Chef, sur la côte. Comité: Organe directeur des Sociétés Missionnaires. Coutumes: Fêtes en l'honneur des rois défunts, au cours desquelles étaient exécutées à Abomey des victimes humaines. Elles étaient annuelles, sauf les Grandes Coutumes, exécutées peu après la mort de chaque roi. Fon : Peuple vivant au sud Bénin. Guo: Peuple vivant sur la Côte sud-ouest du Nigeria. Isliogton College: Etablissement où étaient formés les missionnaires anglicans (les Africains étaient également formés à Fourah Bay College, en Sierra-Leone). Jevogan : Prince de Ouidah. Kroe-men (ou Kroumen) : Peuple servant de main-d'œuvre salariée, après l'abolition de l'esclavage, et originaire de l'Ouest du Golfe de Guinée. Migan : Homme de confiance, puis Premier ministre du roi du Dahomey. Minas, Gen. : Peuple d'origine ghanéenne, vivant autour de la frontière entre le Togo et le Bénin. Orisa : Dieu-divinité en pays Yoruba. Popo : Nom donné par les voyageurs et missionnaires aux peuples vivant autour de Petit-Popo et Grand-Papa, et plus généralement à tous les peuples de la côte. (popo signifierait rivage). Salisbury Square: Adresse londonienne de la C.M.S. Secrétaires: Dans les sociétés missionnaires protestantes, ils ont un rôle déterminé d'administration mais aussi de direction. Ils correspondent avec les missionnaires.

15

Tado: Région d'origine des migrations Adja, Fon, Gun. Vodun: Dieu, divinité en pays fon. Yoruba: Peuple occupant le Sud-Ouest du Nigeria. Certaines communautés vivent également au Bénin, notamment autour de Kétou. Les Yoruba sont également connus sous le nom de Nago.

b) Abréviations C.M.S.: Church Missionary Society. S.M.A. : Société des Missions Africaines. W.M.S. ou W.M.M.S.: Wesleyan Methodist Missionary Society. Annales: Annales de la Société pour la Propagation de la Foi. C.M.I. : Church Missionary Intelligencer. C.M.R. : Church Missionary Record. Gleaner: Church Missionary Gleaner. M.M. : Methodist Magazine. W.M.N. : Wesleyan Missionary Notices.

c) Remarques sur [' orthographe

des noms africains

Par souci de simplification, j'ai repris les orthographes les plus courantes des mots, sans tenir compte des recherches linguistiques spécialisées. Par ailleurs, j'ai en général repris l'orthographe utilisée dans les sources anglophones pour les noms relatifs au Nigeria. Enfin, je n'ai pas cherché à homogénéiser l'orthographe des noms écrits de plusieurs manières différentes suivant les sources du XIX. siècle. Ainsi Ouidah, Dahomey, etc., pourront être trouvés écrits de plusieurs façons.

16

Avant-propos

I

-

Délimitation du cadre étudié

Les Missions étudiées se trouvaient sur la « Côte des Esclaves» (c'est-àdire le Sud-Togo et le Sud-Bénin actuels) et en pays yoruba (Sud-Ouest du Nigeria actuel), dans des aires culturelles voisines mais non identiques. Outre les Baptistes américains présents de façon épisodique en pays yoruba (parmi lesquels seul Bowen a été étudié), trois sociétés missionnaires se sont partagé le travail dans les secteurs choisis:

- La Church Missionary Society (C.M.S.) se consacre uniquement au pays yoruba à partir de 1842 : c'est une émanation de l'église anglicane (Eglise d'Etat en Grande-Bretagne, proche du protestantisme par la théologie). - La Société des Missions Africaines de Lyon (S.M.A.) arrivée au Dahomey en 1861, s'implante sur la côte, puis pénètre en pays yoruba dans les années quatre-vingt; elle appartient à l'Eglise catholique romaine.
La Wesleyan Methodist Missionary Society (W.M.M.S. ou W.M.S.)

présente dès les années quarante sur la Côte, s'installe ensuite, elle aussi, en pays yoruba. Elle se rattache au Méthodisme, mouvement protestant réformiste fondé par John Wesley (1703-1791). Si la S.M.A. obtint de la Papauté l'exclusivité de la prédication catholique dans la région, les sociétés protestantes pouvaient être présentes simultanément sur le même terrain. En fait la C.M.S. qui soutenait la résistance des Yoruba aux Dahoméens ne pouvait guère s'installer dans le royaume d'Abomey. Elle laissa ce secteur aux Méthodistes par un accord tacite; tandis que le bon accueil fait à tous les missionnaires par les Yoruba justifiait la présence conjointe des Méthodistes et des Anglicans. Cette étude commence avec l'arrivée des premiers missionnaires anglicans et le voyage de pionnier sur la « Côte des Esclaves» du méthodiste Freeman. 17

Elle se tennine en 1891. Cette date correspond à la fois à la mort de l'évêque Crowther et au début de la conquête coloniale.

fi - Les régions étudiées
La Côte était dominée par le royaume d'Abomey, puissante monarchie centralisée et guerrière, dont l'essor date du XVIlt siècle, et fut largement favorisé par la Traite(1). De peuplement fon, le royaume, fondé vers 1610 à partir d'Allada, trouve un débouché sur la Côte avec la prise de Ouidah en 1747, mais continue de payer un tribut à l'alafin (roi) d'Oyo, jusqu'en 1821. Il atteint une grande puissance sous le règne de Guézo (1818-1858) qui en réorganise l'administration, tout en développant des cultures d'exportation (palmiers à huile) et en tentant vainement une expansion en pays yoruba. Le « cha cha » portugais da Souza, homme de confiance du roi, installé à Ouidah de 1800 à 1849, était en même temps le symbole de l'orientation négrière persistante de l'économie du royaume. Cette source de prospérité est remise en question sous Glélé (1858-1869) qui réagit contre l'ouverture vers l'Europe, amorcée par Ghézo. Le roi Behanzin son successeur règne jusqu'à la conquête, faite en 1892-1896 par le corps expéditionnaire du général Dodds. Le royaume de Porto-Novo(2) n'avait ni l'ampleur de son voisin ni la sinistre réputation fondée sur la fête des Coutumes. Le roi Sodji (1848-1864) accepta un premier protectorat éphémère de la France. Après une réaction dans le sens opposé, Tofa (roi en 1874) admit le rétablissement du protectorat en 1882. Plus à l'ouest, le long d'une côte fonnée d'une suite de lagunes, se trouvaient les villes de Petit-Popo (Anecho), Grand-Popo, Agoué, dominant des territoires de peu d'ampleur. Le pays yoruba occupait le sud-ouest du Nigeria actuel, et comprenait plusieurs groupes voisins de populations se réclamant d'une origine commune, et se disant issus de la ville de Ife, centre religieux du pays yoruba. Les lignages royaux dominant les principales villes se disaient héritiers de
(1) Outre les ouvrages généraux sur l'Afrique, on peut citer, parmi les nombreuses études régionales les plus accessibles: I.A. Akindjogbin, Dahomey and its neighbours. 1708-1818, Cambridge University 1967. H. d'Aguessy, Du mode d'existence de l'Etat sous Guézo Danhomé (1828-1859), Thèse de 3" cycle, Paris, 1970. M. Glélé, Le Danxome, Paris, 1974. M. Herskovitz, Dahomey, an ancient West African Kingdom, New-York, 1938. H. d'AlmeidaTopor, Les Amazones: une armée de l'Afrique précoloniale, Paris, 1984,312 p. Mondjannagni Alfred Comlan, Campagnes et villes du Sud de la République populaire du Bénin, Paris, Mouton, 1977, et Contribution à l'étude des paysages végétaux du Bas Dahomey, Publication de l'Université d'Abidjan, 1969. (2) Sur le royaume de Porto-Novo, on peut lire A. Akindele et Aguessy : Contribution à l'étude de l' histoire de l'ancien royaume de Porto-Novo, I.F.A.N., Dakar, 1953. 18

Oduduwa, héros créateur de la Terre; le roi (ou alafin) d'Oyo, qui domina toute la région au XVII"siècle, était considéré comme le descendant de Oranyan, fils cadet de Oduduwa. Au XIX"siècle la région était devenue très instable, par suite de l'effondrement du royaume d'Oyo et de la conquête par les Peuls des émirats du Nord (notamment Ilorin) ; un certain nombre de réfugiéss 'installèrent à Ibadan, qui devint une grande puissance militaire; vers la

même époque, d'autres réfugiés fondaient Abeokuta

(<< ville

sous le roc »),

bien située sur la rivière Ogun, lieu de passage privilégié entre l'intérieur et la

Côte. Ils furent rejoints vers 1840 par les « Saros », esclaves libérés christianisés d'origine yoruba, venus de Sierra-Leone. Avec la venue des missionn;lÏres, la ville prendra une grande importance dans la conscience européenne; divisée en soixante-dix quartiers dirigés chacun par un chef, elle était commandée par un « Alake », qui devait tenir compte dans ses décisions des

avis souvent divergents des « baloguns » (chefs de guerre) et des « Ogboni »
(groupe de chefs rivaux des précédents). Dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, les cités yoruba furent dans un état de guerre quasi permanent; Abeokuta s'opposait à Ibadan de façon constante, chacune des deux cités étant l'âme de coalitions rivales, notamment lors de la guerre de Ijaye (1860-1865). Entre Abeokuta et la côte, le pays boisé des Ijebu, qui refusait farouchement la venue de tout Européen, resta quelque peu à l'écart. Enfin, sur la Côte, la ville de Lagos fut annexée par les Anglais en 1861, à la suite d'une longue lutte pour le pouvoir, opposant Akitoye, le protégé de Londres et les Missionnaires, à Kosoko partisan du maintien de la Traite. Tout près de Lagos, le port de Badagry resta lui aussi longtemps lié à la Traite(3).

nI - Les sources utilisées
Les sources utilisées sont essentiellement les lettres envoyées par les Missionnaires à leurs Supérieurs, et leurs journaux, particulièrement importants chez les Anglicans tenus de les envoyer régulièrement. Des extraits
(3) Sur le pays yoruba, on peut lire: D. Forde, The Yoruba-speaking people of South Western Nigeria, London, 1951. R. S. Smith, Kingdoms of the Yoruba, London, 1969. N.A. Fadipe, The sociology of the Yoruba, Ph D. London, 1939. J. F. A. Ajayi, Yoruba warfare in the nineteenth century, Cambridge, Ibadan, 1971. 1. F. A. Ajayi, Christian Missions in Nigeria 1841-1891. The Making of a new élite, Ibadan History Series, Longman, London, 1965. S.A. Akintoye, Revolution and power Politics in Yorubaland. 1840-1893, Ibadan History Series, 1971. E.A. Ayandele, The Missionary impact in Modern Nigeria 1842-1914. A political and social analysis Ibadan History Series, Longman,1966. David K. Baldwin, The Yoruba and western Nigeria. Inde;œd bibliography, Boston, 1976. William Bascom, The Yoruba of South Western Nigeria, New-York 1969. 19

{(\IiIi.>" k",.

Le Church Missionary Gleaner et Les Missions Catholiques, dont voici les pages de c~uvertures, étaient deux revues abondamment illustrées. Elles s'opposent donc à la catégorie de revues plus austères qui ne contenaient que des documents écrits, essenliellement des extraits de lettres et de journaux des missionnaires, plus quelques articles de fond rédigés par les cercles dirigeants des missions en Europe. (Source: Archives C.M.S. et W.M.M.S.) 20

A propos des gravures du XIX.siècle(1)
Les gravures des revues et livres du siècle dernier étaient le résultat de plusieurs démarches: le croquis dessiné par le témoin oculaire, le dessin composé à partir de ce modèle par le professionnel, et enfm la confection de la gravure. Il est évident qu'au cours de ce processus la réalité observée a subi des transformations et des interprétations souvent considérables, mais dont l'importance est fort difficile à évaluer. Les artistes ne se rendaient pas en Afrique; tous les croquis pris sur place sont donc des travaux d'amateurs, mais ceux-ci avaient parfois un réel talent et une certaine technique, qui ne doivent pas étonner si on songe à la place importante que pouvait occuper le dessin dans l'éducation et dans les loisirs à une époque qui ne connaissait pas la photographie. Malheureusement, la plupart des croquis originaux ont été perdus lorsqu'ils ont été gravés; il est donc très difficile d'établir des comparaisons. En général les esquisses des voyageurs étaient d'abord améliorées par un dessinateur professionnel qui utilisait ses connaissances techniques pour mieux cadrer le sujet, affiner le dessin, mais pouvait aussi ajouter un grand nombre d'éléments conventionnels et stéréotypés, et procéder à plusieurs variations sur un thème donné: on verra par exemple comment un croquis original sur les sacrifices humains a servi probablement de canevas pour plusieurs gravures différentes. Le dessin était ensuite reproduit par le graveur; il est donc inversé. Il ne semble pas qu'il y ait eu de spécialisation chez les dessinateurs en ce qui concerne les thèmes illustrés, et qu'ils aient eu par exemple une connaissance particulière de l'Afrique; toutefois, il est difficile d'avancer des idées précises sur la fidélité ou la trahison de modèles originaux, faute d'études systématiques qui supposeraient un travail de dépouillement non seulement dans les archives mais aussi dans les maisons familiales des missionnaires, voyageurs, etc. ayant séjourné hors d'Europe. Rappelons l'existence d'une tradition déjà ancienne dans l'iconographie des voyages; qui a pu influencer certains graveurs du XIX.siècle. Citons par exemple la « Galerie Agréable du Monde» de Pietr van der AA (Leyde, 1728) ou le Recueil de Théodore de Bry (1601)(2). Remarque: Les gravures précédées du signe 0 ne sont pas d'origine missionnaire.

(1) Je remercie de m'avoir apporté des indications précieuses sur l'iconographie et l'image du Noir Monsieur Bugner, de la Menil Foundation. A titre de comparaison, je renvoie ici aux ouvrages publiés dans la série suivante: L'image du Noir dans l'art occidental. Publication de la Menil Foundation; direction Ladislas Bugner. Bibliothèque des Arts, Paris (2) Les illustrations sont en majorité tirées des périodiques publiés par les sociétés missionnaires. Il s'agit des journaux suivants : -Les Missions Catholiques. - The Wesleyan Methodist Missionary Notices (de la W.M.M.S.). Un certain nombre de documents proviennent de biographies de missionnaires ou d'ouvrages sur les activités des missions. En voici la liste : - Gollmer C.A. : C.A. Gollmer ; his life and missionary labours in West Africa, by his eldest son, London, 1886. - Johnson C.R. :Bryan Roe: a soldier of the Cross, London, 1896. - Moister W. : Memoirs of Henry Wharton; the story of his life, London, 1875. (Suite p. 22).

-

The Church Missionary

Gleaner (de la C.M.S.).

21

substantiels en étaient publiés par les périodiques missionnaires. Pour plus de détails, on pourra regarder en note la liste de ces sources(4). Les noms des missionnaires africains avaient souvent une consonance britannique, par suite de l'habitude de ces missionnaires (souvent esclaves libérés ou descendant d'esclaves libérés installés en Sierra-Leone), d'adopter les patronymes de leurs éducateurs ou des bienfaiteurs de la Mission; c'est pourquoi on fera suivre dans les notes leur nom de la mention « afr ».

IV - Sur le fond
J'ai essayé de ne pas orienter l'exposé en fonction d'une position personnelle sur les missions. On n'en trouvera ici ni une critique ni une justification: mon souci a été de remettre les propos et faits cités dans le contexte de l'époque, aussi bien africain qu'européen, et de resituer ce qui concerne les Missionnaires dans une perspective plus large, en évoquant quand cela paraîtra utile la vision d'autres catégories d'Européens. Le choix des textes cités, relativement longs, s'explique par cette optique; j'ai tenté de citer toute la gamme d'opinions présente sur un thème donné, en donnant des indications sur la fréquence de chacune. Ainsi par exemple chez les missionnaires catholiques, on ira de la vision très négative du Père Laffitte (qui fut d'ailleurs assez vite écarté de la Mission), assez voisine finalement de celle des négociants, à celle du Père Bouche, beaucoup plus positive et exceptionnellement ouverte pour son époque. Entre l'une et l'autre de ces tendances et également la voie moyenne majoritaire, j'ai essayé de tenir un juste équi- Teilhard de Chardin Joseph: La Guinée supérieure et ses Missions. Paris, 1889. - Todd J.M. : African Mission. A historical study of the Society of African Missions. since 1856, London. 1962. - West Thomas: Life and Journal of the Rev. Daniel West. London. 1857. - Townsend H. : Memoirs of Henry Townsend by his brother George Townsend of Exerer.London.1887. Enfm. quelques illustrations sont tirées de sources extérieures au monde missionnaire. Il s'agit de: - La collection Arts DécoraJifs à Paris. (Il s'agit d'un recueil d'illustrations de provenances diverses. tirées essentiellement de revues. et couvrant le monde entier et un grand nombre de thèmes. Le classement des gravures et leur identification sont sujets à caution). - Jean-Baptisre Blanchard au Dahomey (Le Petit Français illustré. 26 janvier 1895). Forbes F.E. : Dahomey and the Dahomeans London, 1851. Repin (Docreur) : «Voyage au Dahomey», Revue Le Tour du Monde, 1863. - Virey J.J. : Histoire naturelle du genre humain, Paris. 1884. Certains croquis originaux de T.B. Freeman et du Père Ménager ont été conservés dans les archives des Missions. et sont reproduits ici. (Lire la note 4 p. 23).

-

BurtonR. : A Mission to Gelele. London, 1851.

22

libre, fondé davantage sur une approche intuitive que sur une base statistique rigoureuse(5). Enfin, j'ai souvent repris - et pas toujours entre guillemets -les termes employés à l'époque, tels que fétichisme, nègre, primitif, etc. Cela n'implique évidemment pas qu'ils m'apparaissent forcément les plus adaptés.

v-

Les missionnaires et leurs contemporains

Afin de mieux situer les missionnaires dans leur époque, voici quelques textes rédigés par des laïques, aussi représentatifs que possible. Pour éviter
(4) Répertoire des sources: 1) Revues imprimées a) Chez les Anglicans : - Le Church Missionary Intelligencer (C.M.!.) destiné à un public averti, contenant de nombreux articles de fond à tendance théologique ou scientifique. des extraits de lettres et de journaux. - Enfin des périodiques plus attrayants et simples, tels le Church Missionary Gleaner et le Juvenile Instructor. b) Chez les Méthodistes - Le Methodist Magazine, comparable au C.M.!., mais traitant de l'ensemble du mouvement méthodiste. - Les Wesleyan Methodist Missionary Notices (W.M.M.S. ou W.M.N.) comparables au C.M.R. c) Chez les Catholiques - Les Annales de la Propagation de la Foi (Annales). - Les Missions Catholiques (M.C.). Ces deux revues dont la dernière, abondamment illustrée, était destinée à un plus large public, traitent de l'ensemble du mouvement missionnaire catholique. 2) Sources d'Archives Les Archives des différentes sociétés sont conservées aux endroits suivants : - Pour la C.M.S. : elles se trouvaient lorsque je les ai consultées à Londres, au siège de la Société (I57 Waterloo Road London SE 18 UU tel 01.261.1370 et 01.928.86.81.) Elles ont été transférées depuis à Birmingham. - Pour la W.M.S. les archives, autrefois conservées dans l'immeuble de la Société, 25 Marylebone Road London N.W.I. sont maintenant à la S.O.A.S. (I Malet Street. London WCIE 7HP téI. 01 6372388). - Pour la S.M.A., à Rome Via della Nocetta 111. Enfin, j'ai utilisé l'ouvrage imprimé de T.J. Bowen, Missionnaire baptiste américain présent dans la région, dont je n'ai pas étudié la Société en elle-même. (5) Pour un exemple d'approche statistique, lire l'article de Serge Daget, « Les mots esclave, nègre, noir, et les jugements de valeur sur la traite négrière, dans la littérature abolitionniste française », Revue française d' histoire d'outre-mer, 1973, p. 520-547. 23

-

Le Church Missionary

Record (C.M.R.),

de lecture plus facile, contient essentiellement

des citations redondantes avec celles des missionnaires, j'ai sélectionné les ouvrages d'auteurs qui ne sont pas liés aux Missions ni à la religion(6). A côté de visions plus « anecdotiques» (cf. celles illustrées par les gravures sur« le harem du roi » ou J.-B. Blanchard au Dahomey), il est ainsi possible de caractériser un racisme « pseudo-scientifique », particulièrement répandu dans les milieux savants, qui s'oppose point par point à la pensée des missionnaires, et semble atteindre dans les milieux savants son apogée dans les années soixante-dix, tout en se diffusant progressivement dans des couches plus larges de l'opinion, qui conserve par ailleurs des représentations sédimentées d'origine plus anciennes... Voici quelques textes représentatifs de ce courant: a) Textes d'ordre général
« C'est en vain que quelques philanthropes ont essayé de prouver que l'espèce nègre est aussi intelligente que l'espèce blanche. Quelques rares exemples ne suffisent point pour prouver l'existence chez eux de grandes facultés intellectuelles. Un fait incontestable et qui domine tous les autres, c'est qu'ils ont le cerveau plus rétréci, plus léger et moins volumineux que celui de l'espèce blanche. »

P. Larousse, « Grand Dictionnaire

universel 1866-1880. Article Nègre (cité par L. Hoffmann).

-

« La race nègre est confinée au Sud du Mont Atlas. Ses caractéristiques sont un teint noir, une chevelure laineuse, un crâne comprimé et un nez plat.
(6) En se limitant pour l'instant aux ouvrages imprimés, voici quelques références (parmi d'autres) sur l'image des Noirs auprès des opinions britanniques et françaises au XIX'siècle. Philip Curtin, The British Image of Africa: british Ideas and action, Wisconsin Madison, 1964. W.B. Cohen, The French encounter with Africans: White response to Blacks, 1530-1880 (Indiana, 1981), ouvrage traduit en français. M. Astier-Loufti, Littérature et Colonialisme. L'expansion coloniale vue dans la littérature française,1874-1914, Paris, 1974. B.A. Cairns, Prelude to imperialism (1840-1890) British reactions to central african . society (London, 1976). L. Fanoudh-Siefer, Le mythe du Nègre et de l'Afrique noire dans la littérature française, Abidjan, 1980. L. Hoffmann, Le Nègre romantique: personnage littéraire et obsession collective, Paris, 1973. W.H. Schneider, The Image of West Africa in popular French culture 1870-1900, London, 1982. Martin Steins, Das Bild des Schwarzen in der europiiischen Koloniallitterarur 1870-1918, 1972, (Thesen Verlag-Frankfurt am Main). J. Pirotte (dir.) Stéréotypes nationaux et préjugés raciaux aux xix' et xx- siècles: sources et méthodes pour une approche historique (Louvain, 1982). Jean Pirotte, Périodiques missionnaires belges d'expression française : reflets de cinquante années d'évolution d'une mentalité 1889-1940 (Louvain, 1980). 24

Par la partie inférieure proéminente de sa figure, et l'épaisseur des lèvres, elle se rapproche manifestement des espèces de singes. Les hordes dont se compose cette variété sont toujours demeurées dans un état de complète barbarie. »
Cuvier, 1827, cité par P. Curtin, op. cu., p. 231.

Ces deux derniers textes sont caractéristiques, et tous deux influencés par l'idéologie raciste pseudo-scientifiquequi se répand au xIxesiècle. Notons que Pierre Larousse est par ailleurs un adversaire détenniné de l'esclavage, et proche des républicains lafques, tandis que Cuvier, un des créateurs de la paléontologie, protestant pratiquant (donc monogéniste), annonce pourtant dans ce texte le racisme qui triomphe au XIX" iècle dans les milieux savants, s et sera en général polygéniste - c'est-à-dire fondé sur l'idée qu'il existe plusieurs espèces humaines différentes, et qu'il y a une hiérarchie entre elles

-

et donc athée.

b) Les voyageurs sur la c6te dahoméenne

Cette idéologie influence notamment les voyageurs qui visitèrent le royaume d'Abomey, qui sont souvent liés aux sociétés d'anthropologie, de Paris ou de Londres. C'est notamment le cas du grand explorateur R. Burton, pour qui: « Les modernes Dahoméens, disais-je, sont une engeance bâtarde et
mauvaise... ils sont menteurs comme des Crétois, crétins quand il s'agit d'apprendre, peureux et cependant cruels et sanguinaires, joueurs et par conséquent tricheurs, brutaux, bruyants, tapageurs, irrespectueux, désobéissants... bouffis d'orgueil; c'est un vaniteux troupeau de barbares... qui entreprennent d'humilier tous ceux avec lesquels ils traitent... c'est en fait une race esclave. » « Furca, furax, infamis, iners, furiosa ruina. » R. Burton, A mission to Gelele, London, 1863,p. 331.

Cette vision très arrogante, mais en même temps prétendant à l'objectivité et à la sérénité scientifique - ainsi Burton s'élève-t-il contre tout le pathos et le bruit fait autour des sacrifices humains, qui lui paraît le fait d'une sensibilité déplacée - se trouve chez d'autres voyageurs, comme le capitaine Duncan, et surtout Skertchly, naturaliste. Elle se retrouve un peu plus tard, mais déjà adoucie, chez E. Foa et Ellis, qui écrivirent leurs récits à la fin du siècle. Ainsi E. Foa, pourtant moins raciste que Burton, refuse de s'associer aux abolitionnistes. Pour lui la Traite est une réalité dépassée et qui n'a plus de raison d'être à l'aube du temps colonial, mais dont on a exagéré les méfaits. Car, écrit-il : « Quoique cela puisse choquer certaines opinions nous pensons que si la traite était répréhensiblepar la façon dont l'homme" traitait" son semblable,
25

elle était, comme résultat, une entreprise plutôt philanthropique. (Faa, Le Dahomey, Paris, 1895, p. 208). On arrachait un homme, malgré lui certes, nous ne l'ignorons pas, à l'ignorance, au fétichisme, à un esclavage mille fois plus dur que celui qu'on allait lui imposer; on en faisait un chrétien, un peu plus instruit, et ayant après quelques années de travail une situation comme il n'aurait jamais pu en espérer chez lui. Il faut voir l'existence abjecte que mène le Dahoméen et tout nègre dans son propre pays, pour être persuadé qu'il ne peut en exister de pire. » (Edouard Fœ, p. 208).

Dans tous les cas, les voyageurs sont en désaccord avec la politique d'éducation des missionnaires, qu'ils trouvent trop assimilationniste, et d'un
optimisme naïf. Ainsi, pour A.B. Ellis qui réagit: « Contre l'opinion de la plupart des Anglais, surtout ceux qui sont intéressés dans la promulgation des différentes formes de la religion chrétienne, qui semblent penser que si cette religion était imposée au nègre, une civilisation approximativement équivalente à celle de l'Europe s'en suivrait presque immédiatement de façon évidente. » « ... En tous cas cependant, nous sommes actuellement en avance de quelque deux mille ans sur le nègre, et c'est un fossé qui ne peut être franchi d'un bond. Toute tentative pour lui imposer des conditions artificielles d'existence est vouée à l'échec, on ne peut transformer d'un coup le caractère racial et même s'il nous était possible de lui imposer notre civilisation, ce ne serait pas durable, car les différentes étapes de transition entre sa position et la nôtre auraient été manquantes. La civilisation doit venir graduellement pour être permanente, car c'est seulement à chacun des pas en avant successifs que le

caractère racial s'affirme et peut continuer son avance. » (Major A.B. Ellis,
The Yoruba speaking peoples, London, 1894, p. 12).

Cependant Foa concède que; « Quoique d'un point de vue anthropologique il soit reconnu que le Noir occupe le dernier échelon entre l'homme et le singe par le peu d'ouverture de son angle facial, le nègre a pourtant l'intelligence très développée. JI comprend et raisonne aussi bien que peut le faire l'Européen. » (E. Foa, p. 115). e) Les récits de grande diffusion Quelques récits de voyage très diffusés eurent un grand impact dans l'opinion. Ainsi la description de la fête des coutumes par le négociant Lartigue, ou le voyage du Dr Répin, qui parut abondamment illustré dans Le Tour du Monde de 1863. En voici un extrait, pour une fois assez amène et débonnaire ; « Les Dahoméennes sont en général assez jolies, d'une taille médiocre; elles seraient très belles si elles n'avaient la détestable habitude de nouer la ceinture de leur pagne au-dessus des seins. Elles ont la peau d'une douceur et
26

a) 0 Intérieur du harem du roi. (Bibliothèque des Arts Décoratifs, Paris, Collection Maciet)

b) 0 J.-B. Blanchard au Dahomey. « On les aurait dites échappées de baraques de chiens savants. » (Petit Français illustré, 26 janvier 1895) 27

Le Dahomey des voyageurs
Sous la rubrique Le Dahomey des voyageurs ont été regroupées des illustrations qui ne sont pas d'origine religieuse, et pennettent de mieux synthétiser la différence qu'il y a entre le Dahomey des Voyageurs et celui des Missionnaires. En (a), voici le Dahomey des journalistes. Le docteur Répin a-t-il aperçu quelquesunes des épouses royales en dehors de leurs appartements, comme certains voyageurs qui ont visité Abomey? Cela paraît douteux dans un voyage le long des côtes. Toujours est-il qu'on retrouve ici une transposition du thème (romantique, mais aussi très fréquent dans la peinture de la fm du siècle) du sérail oriental, de l'odalisque couchée et de la mollesse de la vie de courtisane des épouses royales. Cette image inspirée par l'Orient et renouvelée par le contact avec l'Algérie ne pouvait que s'accorder avec la réputation de luxure faite aux femmes africaines. Et la composition étudiée de la scène souligne encore le caractère clos et voluptueux du lieu, dans un ensemble qui satisfait un certain goût pour l'érotisme exotique alors trèsrépandu. En 1824 l'orang-outang était encore classé par certains naturalistes dans le genre humain (d). L'ouvrage de J.J. Virey d'où sont tirées ces « Espèces» a une place importante dans l'histoire du racisme pseudo-scientifique du siècle dernier. Sa date montre bien qu'on n'a pas attendu l'époque de Darwin pour penser que le Noir était le maillon manquant entre les singes anthropomorphes et l'homme. n serait faux de croire que le dessinateur de « la Présentation à la Cour» (c) ait donné libre cours à son imagination. En fait la scène correspond fidèlement à la description de Burton qui insistait sur les traits simiesques des courtisans et visiteurs dahoméens, dont on retrouve ici l'angle facial aigu et le visage tenniné en museau. Au contraire le roi, comme l'avaient fait remarquer de nombreux voyageurs, montre un profil beaucoup plus européen, de même que l'Africain « évolué» placé à droite (Bernasko ?). Les articles sur le Dahomey parus dans le Petit Français illustré sont significatifs de l'intérêt nouveau de l'opinion pour l'Africain et de la vision coloniale (b). Le personnage de « l'évolué» obsède le colonisateur. Comme l'écrit à ce propos Martinkus Zemp : « Le Blanc se trouve dans une situation impossible: il veut les Noirs chez les Noirs, il est venu en Afrique pour leur apporter la Civilisation, la Religion, pour les éduquer, les" humaniser ". C'est la raison d'être de la colonisation, cette colonisation que dans son for intérieur le Blanc se refuse à voir réussir, car elle impliquerait l'intégration des Noirs dans la société blanche. La position théorique du Blanc est une chose, sa conviction intime en est une autre. La colonisation dès ses prémisses était condamnée à l'échec. »

d'un poli remarquables, de beaux yeux et des extrémités souvent petites. » (Dr Répin, « Voyage au Dahomey» in Le Tour du Monde, 1863, p. 98). Mais outre les articles de la grande presse illustrée, certains ouvrages comme le Voyage au Dahomey d'A. Dubarry s'adonnaient aux pires excès:
«

La férocité des nègres égale leur frivolité, leur immoralité. Elle est en

raison de la profondeur de leur ignorance. Il n'est donc pas surprenant qu'ils possèdent les gouvernements les plus despotiques, les plus sanguinaires qui se puissent imaginer... Rien n'égale le fanatisme des Dahoméens, si ce n'est leur cruauté stupide, leur gloutonnerie, leur ivrognerie, leur ignorance, leur 28

bassesse, leur fourberie, que l'esclavage, la religion de la force, la passion de la guerre et du pillage, ont développés outre mesure et perpétuent Pour eux la famille n'existe point. Le Dahoméen ne se marie pas, il achète une femme, deux femmes, autant qu'il peut en nourrir, et les revend quand il en est las, avec leurs enfants, si cela lui plaît, aux négriers marrons qui trafiquent encore de la chair humaine sur les côtes de Guinée, ou à tout autre individu. » Armand Dubarry, « Voyage au Dahomey», in Bibliothèqued'Aventures et de Voyages, 1879).

c) 0 La présentation à la Cour. (Burton, A mission to Gele/e, 1864. Source: British Library) 29

d) «Espèces»

(J.-J. Virey, «Histoire naturelle du genre humain», 1824, tome 2, cité dans Le nègre romantiqu£, de L. Hoffmann, Editions Payot)

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PREMIERE

PARTIE

Les fondements de la mission. Son implantation. La politique des directeurs

Introduction: aux origines de la mission du XIX.siècle
Après le recul de la ferveur missionnaire de l'époque des grandes découvertes, le mouvement missionnaire en Afrique devient négligeable jusqu'au renouveau du XIXC siècle. Du côté des puissances protestantes, dont l'essor colonial prend le relais des puissances ibériques, les réticences face à la mission seront durables; il faut attendre le renouveau piétiste et méthodiste du xvnr siècle, le développement en Angleterre des mouvements revivalistes pour que l'idée de mission triomphe, et ne soit plus seulement le fait de dissidents marginaux et méprisés par l'église officielle anglicane. Dès le XVIII"siècle existent des missions protestantes (Frères Moraves et S.P.G.-Society for the Propagation of the Gospel). Mais c'est en 1813 que la« Wesleyan Missionary Society» prend sa forme définitive. Pour nous limiter à l'Angleterre, signalons la fondation de la « Baptist Missionary Society» en 1792, de la « London Missionary Society» et de la « Church Missionary Society» en 1799. Simultanément, la France est la principale pourvoyeuse en missionnaires catholiques. Encore en 1900 il Y avait deux missionnaires français pour trois missionnaires catholiques dans le monde. 31

Plusieurs sociétés missionnaires sont créées, et prennent le relais (sans s'y substituer entièrement) des Capucins, Jésuites, etc., de l'époque précédente, en s'ajoutant aux « Pères du Saint-Esprit» déjà implantés au Sénégal au xvme siècle et à la Société des Missions Etrangères. Parmi les plus importantes, citons la Société du Saint Cœur de Marie qui fusionne avec la Société des Pères du Saint-Esprit, sous la direction du père Libermann en 1848. Il Y a aussi, évidemment, la Société des Missions Africaines de Lyon créée par Mgr de Marion-Brésillac. Alors que les sociétés protestantes sont parfois rivales sur le même terrain, l'action catholique est supervisée par la Propagande (Sacrée Congrégation pour la Propagation de la Foi) ; un secteur géographique précis est confié à chaque société travaillant en Afrique: Les Missions Africaines obtiennent le Vicariat du Bénin (1861) avant de s'étendre aux pays voisins, les Spiritains restent au Sénégal (dirigés par Mgr Kobès) et au Gabon (Mgr Bessieux) puis au Congo (père Augouard en 1865). Enfin, les Pères Blancs créés par Mgr Lavigerie pour l'Afrique du Nord vont à la fin du siècle travailler dans une grande partie de l'Afrique noire. La part du continent africain dans l'effort missionnaire va s'agrandir considérablement au XIX. siècle. La « Church Missionary Society» était présente en Inde, et dans toutes les autres possessions britanniques (au Canada, en Océanie) ; en Afrique, elle se développe sur la côte occidentale, etc. (en liaison avec la lutte contre la traite), mais aussi en Afrique centrale et orientale, et en Afrique du Sud. Par contre la London Missionary Society (L.M.S.) est absente dans le secteur étudié. Les Méthodistes ont également une vaste audience internationale; mais leur implantation en Afrique occidentale est plus ancienne; leur mission en pays fon et yoruba n'est qu'un prolongement de la mission au Gold-Coast. Face à ces organisations aux nombreux effectifs et aux moyens matériels puissants (surtout la C.M.S.), la S.M.A. paraît de bien peu d'importance; non que l'ampleur du mouvement missionnaire mondial catholique laisse à désirer; mais la S.M.A. débute alors et a encore une implantation limitée; son caractère exclusivement africain et le rôle prépondérant du Dahomey dans ses préoccupations (au moins jusqu'en 1860) lui donnent une physionomie particulière; ce n'est qu'à la fin de notre période qu'elle s'implante au Nigeria, en Egypte et en Afrique australe.

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CHAPITRE

I

Histoire des missions dans la zone étudiée(1)

I - Le rôle de« laboratoire»

de la Sierra Leone et du Liberia

La venue des missionnaires protestants en Afrique occidentale est liée à l'effort abolitionniste. La Church Missionary Society a été fondée par les membres de la « Oapham Sect », groupe de personnalités anglicanes unies par leurs convictions humanitaristes et leur lutte pour l'abolition de l'esclavage. Citons, panni elles, d'abord John Venn, homme d'église comme Henry Venn; il répand les doctrines évangéliques chez les populations ouvrières du Yorkshire,insiste sur le devoir de lutter contre l'esclavage et de christianiser le monde entier. Henry Thornton (1760-1815), bailleur de fonds du mouvement, est banquier, et membre du Parlement; il donne aux pauvres 30 % de ses revenus, aide financièrement Wilberforce. Granville Sharp (1735-1813), qui a visité les plantations américaines, est le juriste de cette coalition abolitionniste. Zachary Macaulay (1768-1838), missionnaire en Sierra Leone et témoin oculaire de l'esclavage en Jamaïque, est un autre membre important de la « Clapham Sect ». Le premier banc d'essai africain de la C.M.S. sera la Sierra Leone(2). Devenue en 1807 colonie britannique, elle avait déjà été marquée par l'action de la « Sierra Leone Company» fondée par Granville Sharp, qui avait pour
(1) Deux ouvrages généraux sur les missions en Afrique peuvent être consultés: C.P. Groves, The Planling of Christianity in Africa, 4 volumes, London, 1948 à 1958. Jean Faure, Histoire des missions et églises protestanles en Afrique occidenlale, des origines à 1884-1978, Clé, Yaoundé, 1978. (2) Fyfe C A., History of Sierra Leone, London, Oxford University Press, 1962. 33

but d'associer une action commerciale à la lutte contre l'esclavage, à la colonisation et à l'évangélisation de quelques points de la côte. La Sierra Leone apparaît aux abolitionnistes qui y installent des Noirs déjà chrétiens (encadrés par des pasteurs noirs) venus de « Nouvelle Ecosse» et des esclaves africains libérés, comme une sorte de phare de « lumière» devant civiliser les « ténèbres» de l'Afrique. A la même époque commence l'expérience libérienne, à laquelle sont mêlés des missionnaires américains, mais aussi des Méthodistes et des missionnaires de Bâle. La « Gold Coast» est le troisième foyer des missions protestantes. C'est depuis la Côte de l'Or, où ils s'installent à partir des années trente, que les Méthodistes, sous la Superintendance du missionnaire métis Thomas Birch Freeman, s'étendront vers la « côte des Esclaves ».

II - Histoire de la Church Missionary Society(3)
a) La « Niger Expedition»
Car à partir de 1840 environ, le mouvement missionnaire s'amplifie, en liaison avec les tentatives d'exploration et de mise en valeur de l'Afrique; dans un mémoire qui fit grand bruit à l'époque, Buxton (laïc proche de la C.M.S.), insiste sur la nécessité de répandre en Afrique simultanément le christianisme et le « commerce légitime », « la Bible et la charrue », et voit dans le développement économique et la naissance d'une classe moyenne africaine qui en résulteraient, les seuls antidotes à la traite des Noirs, et le plus sûr moyen de développer la « civilisation» en Afrique. Buxton fonde la « Société pour l'extinction du commerce des esclaves et la civilisation de l'Afrique », et convainc les autorités britanniques (parmi lesquelles Albert, prince consort) de monter la première « Niger expedition» à laquelle se joignent le missionnaire anglican Schon et le jeune Samuel Ajayi Crowther(4). L'expédition aboutit à un désastre; les passagers européens de ses trois bateaux doivent précipitamment rebrousser chemin, décimés par la malaria; on renonce aux projets commerciaux et agricoles (fondation d'une ferme modèle) envisagés, cependant que seulement deux traités ont été conclus avec des chefs africains pour abolir la traite. L'expédition influencera de façon décisive la politique de la C.M.S. : dans son journal, Schon souligne la nécessité d'employer un clergé (missionnaire)
(3) L'histoire la plus détaillée de la C.M.S. est celle de: E. Stocks, A history of the CM.S., 4 volumes, 1899 à 1916. (4)Cf. J.F. SchOn and S.A. Crowther, Journal of the Rev. James Frederick SchOn and Mr Samuel Crowther who with the sanction of Her Majesty's Government accompanied the expedition up the Niger in 1841 on behalf of the Church Missionary Society, London 1843, Reprint Cass London 1970. 34

africain; les Africains de l'expédition ont en effet résisté beaucoup mieux que les Européens à la maladie; de plus ils sont beaucoup plus proches des peuples de la région ; certains des chrétiens de Sierra Leone (esclaves libérés) souhaitent, ajoute-t-il, retourner dans leur pays d'origine; convenablement encadrés, ils formeraient un élément moteur de la christianisation sur la côte des Esclaves en pays yoruba. TIest d'ailleurs symbolique de voir la C.M.S. publier à la suite du journal de Schon celui du jeune Crowther, ancien esclave libéré, promis à un brillant avenir. Schon fait également figure de précurseur par l'accent qu'il met sur la nécessité d'étudier les langues africaines. La C.M.S. continuera de considérer le Niger comme une voie privilégiée de pénétration dans le continent. La deuxième « Niger expedition» échouera en 1854, non sans avoir permis une avancée de 250 miles(5). En 1857, la troisième « Niger expedition» est montée dans un triple but politique, commercial et missionnaire(6). Son échec final n'empêche pas Crowther, principal participant membre de la C.M.S., de nouer d'utiles contacts avec les autorités de la région, et de tenter une ouverture vers les émirats musulmans.
b) La ville d'Abeokuta, clé de la mission

Cependant, Abeokuta a pris entre-temps un rôle déterminant dans l'évangélisation du pays yoruba. Dans cette ville de fondation récente s'étaient réfugiés quelques-unes des victimes des expéditions militaires récentes qui avaient entraîné la destruction de nombreuses villes yoruba. Dès 1841, Freeman avait vu dans cette ville un terrain particulièrement favorable. Le missionnaire anglican Townsend y fut envoyé en 1843 pour s'informer de la situation; sur son rapport optimiste et à l'invitation du chef Sodeke, la C.M.S. décida d'y ouvrir une mission. En 1845, Henry Townsend, Charles Andrew Gollmer et Samuel Crowther débarquent à Badagry. TIssont accompagnés d'une dizaine d'auxiliaires africains (deux maîtres d'écoles, un interprète, quatre charpentiers, trois laboureurs). Leur départ pour Abeokuta est retardé par la mort de Sodeke. TIs fondent alors à Badagry la première mission anglicane de la région. Townsend s'occupe de l'école, tandis que Crowther et Gollmer prêchent dans les rues et les marchés. Ce sera une station difficile, marquée par son passé de port de la traite, et par une réticence profonde face au christianisme. On comprend dans ces conditions la joie de Townsend et Crowther de pouvoir repartir pour Abeokuta, où ils s'installent respectivement dans les quartiers d' Ake et Igbein. Townsend, qui restera en poste à Abeokuta jusqu'en 1867, Yacquerra une grande influence et deviendra le conseiller écouté des dirigeants de la ville.
(5) S.A. Crowther, Journal of an expedition up thE Niger and the Tshada in 1854 (London 1855) reprint Frank Cass London 1970. (6) S.A. Crowther and lC. Taylor, The Gospel on thE Banks of the Niger, Journal of thE Niger expedition of 1857 and Missionary Notices, London 1859. 35

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