Les traditions concernant les personnages de la Bible

De
Publié par

Les personnages de la Bible ont marqué la pensée et la spiritualité chrétiennes, et ont aussi inspiré les artistes. L'Ecriture présente leur message et leur action. La tradition ecclésiastique donne d'autres éléments sur leur vie, leur mission et éventuellement leur martyre. Ces traditions sont recueillies par les livres liturgiques de l'Eglise catholique, notamment par les martyrologes. P. Beitia présente l'évolution des notices les concernant pour voir à quels traits de leur personnalité, leur histoire, on a été sensible au long des siècles.
Publié le : vendredi 1 avril 2011
Lecture(s) : 44
Tags :
EAN13 : 9782296800618
Nombre de pages : 244
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat


































Religions et Spiritualité
dirigée par Richard Moreau,
Professeur émérite à l'Université de Paris XII
et André Thayse,
Professeur émérite à l'Université de Louvain

La collection Religions et Spiritualité rassemble divers types
d’ouvrages : des études et des débats sur les grandes questions
fondamentales qui se posent à l’homme, des biographies, des textes
inédits ou des réimpressions de livres anciens ou méconnus.
La collection est ouverte à toutes les grandes religions et au
dialogue inter-religieux.

Dernières parutions

Dr Francis WEILL, Dictionnaire alphabétique des psaumes,
2011.
Céline COUCHOURON-GURUNG, Les Témoins de Jéhovah
en France. Sociologie d’une controverse, 2011.
Pierre HAUDEBERT, Théologie lucanienne. Quelques
aperçus, 2010.
Pierre EGLOFF, La Messe sur l'univers. Les Nourritures du
Ciel et de la Terre, 2010.
Marie LUCIEN, 10 maîtres de vie dans la Bible, 2010.
Philippe BEITIA, Le baptême et l'initiation chrétienne en
e eEspagne du III au VII siècle, 2010.
Michel GIGAND, Michel LEFORT, Jean-Marie PEYNARD,
José REIS et Claude SIMON, La sortie de religion, est-ce une
chance ?, 2010.
Francis LAPIERRE, Saint Luc en Actes ?, 2010.
Georges BONDO, Analogie de l'Avent. Transcendance de
l'extériorité et critique anthropologique, 2010.
André THAYSE, Dieu caché et Réel voilé. L'une et l'autre
Alliance, 2010.
NGUYEN DANG TRUC, Bouddha, un contemporain des
Anciens Grecs, 2010,
Philibert et Dominique SECRETAN, Fêtes et raisons. Pages
religieuses, 2010.
Roger BENJAMIN, Nature et avenir du christianisme, 2009.





Les traditions concernant les personnages de la Bible
dans les martyrologes latins Philippe Beitia





Les traditions
concernant les personnages de la Bible
dans les martyrologes latins




















L’HARMATTAN



























© L'HARMATTAN, 2011
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-54138-2
EAN : 9782296541382 Introduction



Les prophètes, les apôtres et les disciples du Christ ont marqué
la pensée et la spiritualité chrétienne. Il en a été de même des anges
cités par l’Ecriture. Ils ont aussi inspiré les artistes. Les livres de la
Bible nous présentent leur message et leur action. La tradition
ecclésiastique nous donne d’autres éléments concernant leur vie,
leur mission et éventuellement leur martyre.
Ces traditions sont recueillies et portées par les livres
liturgiques de l’Eglise catholique notamment par les martyrologes.
Nous nous proposons de présenter l’évolution des notices les
concernant pour voir à quels traits de leur personnalité, de leur
histoire ou de leur message on a été sensible au long des siècles
ainsi que les changements d’accent qui se sont manifestés lors des
dernières éditions du Martyrologe Romain de 2001-2004 et le
1message qui est ainsi transmis .













1
Nous reprenons ici le contenu d’articles que nous avons publiés dans des
revues. Nous les avons restructurés et augmentés.
7
































1

Les martyrologes latins



Le martyrologe est un livre liturgique annonçant, jour après
jour, en principe le jour de leur dies natalis ou natale, de leur
décès, les saints que l’on a coutume de célébrer dans l’Eglise
2catholique .
Le terme martyrologium est employé, pour la première fois,
edans un texte liturgique de la fin du VIII siècle, l’Ordo XVII. Il
décrit les rites de la messe de monastères de l’Est de la France. A
la fin de l’office, le diacre annonce les fêtes de la semaine, le
3natale des saints qualis evenit secundum martyrologium .
Si on mentionne le martyrologe, c’est qu’à cette même époque
se répand l’usage de lire, au chapitre du monastère, le martyrologe
et la règle ou une homélie. C’est ce que portera le capitulaire
monastique d’Aix-la-Chapelle, le 10 juillet 817. On fera donc la
lecture publique du martyrologe lors de l’heure liturgique de
Prime.

1. Le Martyrologe hiéronymien

Les martyrologes existaient avant que d’être utilisés dans la
liturgie. Le plus ancien martyrologe latin est le Martyrologe
hiéronymien. Il doit son nom à deux lettres apocryphes de saint
Jérôme qui se trouvent au début du livre pour lui donner autorité.
La première aurait été adressée à ce docteur par les évêques
Chromace d’Aquilée et Héliodore d’Altino qui lui auraient

2
Nous nous inspirons pour ce chapitre de J. DUBOIS, Les martyrologes
du moyen-âge latin, Brepols, Turnhout, 1978.
3
M. ANDRIEU, Les Ordines romani du haut moyen-âge, Louvain, 1951,
p. 183, n° 60.
9
demandé de composer un martyrologe. La seconde serait la
réponse du saint : il y relaterait comment il a accompli sa tâche. Ce
martyrologe aurait été composé dans la région d’Aquilée, au milieu
e du V siècle à partir du calendrier de Rome, d’un calendrier
d’Afrique et d’un martyrologe oriental dont on a une version
syriaque.
Le Martyrologe hiéronymien comporte essentiellement le jour
et le lieu du martyre et le nom du témoin de la foi. Il lui arrive
d’ajouter une courte notice concernant les circonstances du
martyre. Les compilateurs ont travaillé librement, combinant des
sources diverses, les résumant et les organisant à leur guise. Leur
travail s’est prolongé durant des siècles mais il est impossible de le
suivre. Le livre sera complété à Auxerre entre 561 et 601. Certains
emanuscrits recevront encore des compléments à Sens au X siècle.
La tradition manuscrite est mauvaise. Certains manuscrits ont
été écrits à une époque de décadence de l’écriture par des clercs qui
ignoraient la plupart des noms qu’ils devaient transcrire. Des mots
ont été déformés, mutilés, coupés, artificiellement regroupés. Si
quelques uns ont pu être restitués, d’autres sont rebelles à tout essai
d’identification. Des corrections vraisemblables restent douteuses.
Des saints ont été répétés à des jours voisins ou éloignés, des listes
de martyrs ont été éparpillées, des personnes séparées de leur
indication de lieu ont été agglutinées arbitrairement.
Si les travaux critiques ont fait la lumière sur certains
personnages mentionnés dans ce livre, il faut reconnaître que
d’autres sont entourés d’une épaisse ténèbre qui n’est pas prête de
se dissiper.

2. Les Martyrologes historiques

La période active de compilation des martyrologes historiques
efut le IX siècle. On qualifie ces livres d’historiques car ils
racontent l’histoire des martyrs dans une notice consacrée à chacun
d’eux. On ajoutera aussi des noms nouveaux tirés de l’Ecriture
10
Sainte, de l’histoire de l’Eglise et des écrits des Pères pour combler
les vides que le martyrologe avait laissés à certains jours.

a) Bède le Vénérable

Le premier à rédiger un martyrologe historique est Bède le
Vénérable (+ 735). Dans ce livre, il n’y a pas de notices pour tous
les jours. Aussi, les copistes vont-ils le compléter pour l’usage
liturgique.
Bède a utilisé ses sources avec sobriété, discrétion vis-à-vis du
merveilleux, et discernement. Témoin du culte des saints, il
présente un certain nombre d’entre eux. Il introduit aussi quelques
martyrs dont les Passions célébraient les anniversaires. Il est
considéré à juste titre comme l’initiateur des martyrologes
historiques.

b) L’Anonyme lyonnais

eUn codex du IX siècle (Paris, Bibl. Nat., lat. 3879) se
présentant comme une copie du martyrologe de Bède va combler
les jours que ce dernier a laissés vides par des emprunts au
martyrologe hiéronymien. Le compilateur ajoute également 133
éloges – on entend par là, d’un point de vue technique, les notices
du martyrologe -. Il remanie profondément 17 d’entre elles. Tout
cela double le texte du bénédictin anglais. Ce travail est accompli
avec beaucoup de soin. Les critiques pensent que ce copiste a
travaillé à Lyon, avant 806. Même s’il est supplanté par celui de
Florus, ce martyrologe en inspirera d’autres.

c) Florus

Le diacre de Lyon, Florus, est un auteur célèbre qui a écrit dans
e
le second quart du IX siècle.
11
A l’Anonyme lyonnais, Florus rajoute 321 éloges et en modifie
123. Il apportera aussi d’autres retouches. Ce qui doublera ce
qu’avait transmis l’Anonyme lyonnais.
Plus que l’Anonyme lyonnais auquel il reprend des notices,
Florus développe des mentions brèves ou des éloges de Bède. On a
donc affaire à une évolution continue du martyrologe de Bède à
celui de Florus. On peut reconnaître les couches successives dans
les diverses recensions. Malgré une dépendance manifeste, il n’en
ira pas de même des martyrologes d’Adon et d’Usuard.

d) Adon

Adon rédige son martyrologe alors qu’il réside à Lyon, entre
853 et 860, année de son élection comme archevêque de Vienne,
probablement vers 855.
Dans sa première recension, Adon a rajouté à Florus 197 éloges
et en a modifié 188. Jusqu’à Florus, les notices étaient rédigées
avec sérieux. Il n’en va pas de même avec Adon. Il place des fêtes
au hasard, de manière arbitraire. Il invente des détails, confond des
homonymes et multiplie les affirmations sans fondement. Il obtient
un certain succès : il donne un martyrologe sans jours vides et ses
affirmations résolvent toutes les difficultés que soulevaient les
traditions divergentes de l’époque.
Adon va toutefois trouver des contradicteurs qui se demandent
d’où viennent tous les renseignements nouveaux qu’il donne. Il
préparera donc une seconde recension de son martyrologe. Elle est
précédée d’une préface et de pièces justificatives. Adon prétend
que ce qu’il avance il l’a trouvé dans un antique martyrologe
romain. En fait, il a composé cet ouvrage de toutes pièces.
Cette deuxième recension de la première famille de manuscrits
d’Adon, composée aux alentours de 865, est caractérisée par des
12
additions concernant les papes. Elles rappellent les constitutions
4qui leur sont attribuées par le Liber pontificalis .
Une troisième recension accueille d’abondantes mentions
viennoises. Le même procédé est employé que dans les
précédentes. On peut donc penser qu’Adon en est probablement
encore l’auteur.
Il y a une deuxième famille des manuscrits d’Adon. Reprenant
une disposition du martyrologe hiéronymien en l’exagérant, celui-
ci avait placé, en tête de son martyrologe, dans un ordre à peu près
hiérarchique et chronologique, un Libellus contenant diverses
notices d’apôtres, de leurs disciples et de martyrs des premiers
siècles. A leur jour, dans le martyrologe, on ne trouve qu’une
simple mention. Peu de temps après leur parution dans le
martyrologe, un scribe d’Auxerre va insérer à leur place dans le
calendrier les notices du Libellus. C’est ainsi qu’est née la
deuxième famille des manuscrits d’Adon. Le copiste a aussi
introduit des notices prises à Usuard, publiées à son époque. On se
trouve donc devant un enchevêtrement des sources des
martyrologes.
Adon avait développé exagérément certaines notices. Aussi,
certaines occupaient-elles plusieurs pages tandis que d’autres
étaient réduites à quelques lignes. Des copistes vont abréger
certaines de ces notices, peu aptes à être lues lors de l’office de
Prime. Usuard sera l’un de ceux qui abrégeront Adon.





4
Le Liber Pontificalis est une source de l’histoire du haut Moyen âge,
bien que ses informations doivent être reçues avec prudence. Il se
présente comme une suite de notices biographiques des différents évêques
ede Rome, dans l’ordre chronologique, des origines jusqu’à la fin du IX
siècle.

13
e) Usuard

Usuard est un moine de Saint-Germain-des-Prés (875). Comme
ses prédécesseurs, il a rajouté des éloges : 324. Il insérera dans son
livre – terminé vers 860 - des saints sur lesquels il avait obtenu des
renseignements oralement ou par une voie inconnue. Il a remanié
au moins 206 notices. Mais il en a abrégé beaucoup : 184
provenant d’Adon et 250 composées par Florus, l’Anonyme
lyonnais ou Bède le Vénérable et recopiées par Adon. On a donc
un martyrologe aux notices concises. Même s’il a eu le souci de
rechercher une certaine vérité, il y a chez lui des omissions, des
regroupements de martyrs en additionnant des noms, un grand
respect de la hiérarchie, une manie de créer des parentés, une
manière de choisir les dates, une façon de localiser les pagi et
même une ignorance volontaire et du scepticisme face à certaines
légendes.
Notons que ces cinq martyrologes commencent avec les éloges
du 24 décembre. Il est vrai que ce jour-là, on lisait l’éloge de la
naissance du Christ, centre de l’histoire de l’humanité. A partir de
ercelui de Grégoire XIII, le livre s’ouvrira avec les notices du 1
janvier.

f) Le Martyrologe romain

Le martyrologe d’Usuard va s’imposer progressivement. Il sera
à la base du Martyrologe romain, élaboré par Baronius et
promulgué par Grégoire XIII en 1584 et qui, constamment modifié
et augmenté, restera en usage dans l’Eglise catholique jusqu’à la
réforme de ce livre en 2001-2004 sous le pontificat de Jean-Paul II.
eDès le début du XX siècle, les travaux et discussions autour du
Martyrologe ne manquent pas. Les chercheurs considèrent que le
5livre pose problème . A telle enseigne que la Commission instituée

5
Cf. P. JOUNEL, « Le Martyrologe romain » et J., EVENOU, « D’un
martyrologe à l’autre » : La Maison-Dieu, n° 234, 2003/ 2, pp. 103-135.
14
par Pie XII en 1948 pour réfléchir à une réforme générale de la
liturgie peut écrire dans la Memoria sulla reforma liturgica :
La nécessité d’une révision soignée et judicieuse du
Martyrologe romain n’a pas besoin d’une longue démonstration.
On sait que ce livre liturgique est un de ceux qui réclament le plus
et depuis longtemps une révision […]. Le Martyrologe romain
actuel est un agglomérat irrégulier d’une quantité énorme de noms
qui s’est développé à diverses époques, avec des critères divers et
parfois même - disons-le franchement - sans critères précis. Les
notices elles-mêmes proviennent de sources extrêmement variées,
6et de crédibilité, elle aussi, extrêmement variée .
Conscients de la nécessité de la réforme du Martyrologe, les
Bollandistes, experts en hagiographie, avait déjà voulu y apporter
leur contribution. Ils éditent dès novembre 1940, un ouvrage de
critique de tous les éloges du Martyrologe romain qui permet un
grand débroussaillage : le Propylaeum ad Acta Sanctorum
Decembris - Martyrologium Romanum ad formam editionis typicae
7scholiis historicis instructum .
Le Deuxième Concile du Vatican ne nomme pas le Martyrologe
parmi les livres à réviser. Il en sera toutefois question dans les
délibérations du Consilium pour la liturgie dès 1964. Les travaux
commenceront en 1970. Ils connaîtront pas mal de vicissitudes
avant que le livre liturgique ne soit promulgué le 29 juin 2001 et
corrigé et augmenté en 2004.
L’un des critères de révision sera la recherche de la vérité
historique sur chaque saint par la consultation de spécialistes et
d’études critiques - parmi lesquelles les nombreux travaux des
Bollandistes, des Bénédictins de Paris ainsi que les éditions
scientifiques des Martyrologes -. Le commentaire de 1940 sera
d’un grand secours. Dans la mesure du possible, on a cherché à
développer dans l’éloge ce que l’on sait d’un saint ou d’un
bienheureux de manière significative. Dans la rédaction, on s’est

6
J. EVENOU, op. cit., p. 111.
7 Ed. des Bollandistes, Bruxelles, 1940.
15
efforcé de conserver le texte du martyrologe précédent quand rien
ne s’y opposait et qu’il exprimait les caractéristiques d’un élu de
Dieu. Il a fallu toutefois relire avec un esprit critique les éloges
provenant de passions légendaires.
Aussi, les notices manifestent-elles des évolutions. Evolutions
qui si elles essayent de s’attacher à la vérité historique, manifestent
aussi la théologie et les insistances de l’Eglise catholique selon les
8époques . Voyons ce qu’elles portent concernant les personnages
de la Bible.


8 Nous nous sommes servi pour cette étude des ouvrages suivants : H.
QUENTIN, Les Martyrologes historiques du Moyen-âge, Gabalda, Paris,
1908 (abrégé en Qu dans nos notes) : Dom Quentin y présente, entre
autres, les sources des éloges des martyrologes du Moyen-âge ; H.
DELEHAYE, Propylaeum ad Acta Sanctorum Decembris-Martyrologium
Romanum ad formam editionis typicae scholiis historicis instructum,
Société des Bollandistes, Bruxelles, 1940 (Propylaeum dans nos notes) ;
Martyrologium Hieronymianum in Acta Sanctorum Novembris, t. II, pars
posterior, ed. Bollandistes, Bruxelles, 1931 (abrégé en Hieronymianum
dans nos notes) ; Le Martyrologe d'Usuard-texte et commentaire par
Jacques Dubois, Société des Bollandistes, Bruxelles, 1965 (abrégé en
Usuard dans nos notes) ; Edition pratique des Martyrologes de Bède, de
l’Anonyme lyonnais et de Florus par Jacques Dubois et Geneviève
Renaud, C. N. R. S., Paris, 1976 (abrégé dans nos notes en Edition
pratique) ; Le Martyrologe d'Adon - textes et commentaire par Jacques
Dubois, C. N. R. S., Paris, 1984 (abrégé en Adon dans nos notes).
Quant aux éloges des diverses versions du Martyrologe romain, il suffira
de se référer à la date de la fête pour les retrouver selon les cas soit dans
le Martyrologium romanum–Editio princeps (1584) a cura di Manlio
Sodi-Roberto Fusco, Libreria Editrice Vaticana, Citta del Vaticano, 2005,
soit dans le Martyrologium romanum (1956) curantibus Cuthbert Johnson
et Anthony Ward, Centro liturgico Vincenziano, Roma, 1998, soit dans
Martyrologium romanum, Citta del Vaticano, 2001 ou 2004.
2

Les archanges
Michel, Gabriel et Raphaël



Seule la fête de saint Michel, le 29 septembre, est annoncée par
le Martyrologe hiéronymien. Une seconde fête de l’archange
apparaîtra bien plus tard et sera inscrite le 8 mai dans celui de
Grégoire XIII. Il y aura beaucoup de confusion autour de ces deux
fêtes.
Les archanges Gabriel et Raphaël ne seront inscrits dans le
Martyrologe romain que sous Benoît XV en 1921.

1. L’archange saint Michel

9Le 29 septembre, le Martyrologe hiéronymien porte :
eA Rome, au VI mille de la via Salaria, dédicace de la basilique
de saint Michel.
Celui de Bède portera : Dédicace de l’Eglise de saint Michel
Archange. Florus reprendra cette mention en précisant que c’est à
10Rome qu’a eu lieu cette dédicace .
Cette basilique n’a pas du connaître une grande renommée
epuisque dès le IX siècle, on la confond avec celle du Mont
Gargano ou avec l’oratoire établi en haut du Mausolée d’Hadrien,
qui reçut le nom de château Saint Ange.
Adon, dans sa notice du 29 septembre, attribue à un pape
Boniface – peut-être s’agit-il de Boniface IV – la construction d’un
oratoire destiné au chef des milices célestes sur le môle d’Hadrien.

9
Hiéronymianum, p. 532.
10 Edition pratique, p. 179. Qu, p. 561.
17
Il indique, toujours au 29 septembre, la dédicace d’une
basilique à Saint Michel sur le Mont Gargano. Se basant sur un
récit légendaire, il raconte longuement une apparition de
erl’archange, en Italie, vers 525, sous le Pontificat de Gélase I , sur
le sommet du Mont Gargano, près de la mer Adriatique, à la
hauteur et à l’opposé de Rome. Saint Michel aurait pris sous sa
protection un bœuf échappé et aurait demandé qu’on lui élevât un
sanctuaire où l’on rendrait un culte à Dieu en mémoire de lui et de
tous les Anges dans une caverne du haut de la montagne. Ce lieu
devint célèbre par les miracles qui s’y accomplissaient.
11Dans la notice d’Adon , saint Michel se présente de la manière
suivante :
Je suis l’archange Michel qui me tient toujours en présence de
Dieu. Je suis le gardien de ce lieu. Je veille sur ceux qui y habitent.
Il annonce que les prières adressées à Dieu vont être exaucées et
que la victoire va être accordée aux habitants de Bénévent attaqués
par les armées de Naples. L’archange laisse une trace de pas dans
le marbre en témoignage de sa présence. Il indique aussi que ce
que recherche et ce qu’aime Dieu, ce n’est pas tant les pierres
12ouvragées que la pureté de cœur .
13Usuard résumera tout cela de la manière suivante :
Sur le mont Gargano, la mémoire vénérable du bienheureux
Archange Michel : là se trouve une église qui lui est consacrée de
facture modeste mais pleine de la vertu céleste.
Cette notice passera dans le Martyrologe de Grégoire XIII.
Il faut noter toutefois que la dédicace de l’église du Mont
Gargano a eu lieu non le 29 septembre mais le 8 mai. A cette
dernière date, le Martyrologe de 1584 mentionnera, toujours à
partir d’un récit légendaire, une apparition de saint Michel
14Archange sur le mont Gargano . On rajoutera en 1946 que le pape

11
Adon, pp. 332-336.
12 Adon, pp. 332-336.
13
Usuard, p. 311.
14 Qu, p. 664.
18
Pie XII en a fait le patron et le protecteur des radiologues et des
radiothérapeutes. Les raisons de ce curieux patronage sont
données par le décret de la S. Congrégation des Rites du 15 janvier
1946 :
Parmi les merveilleuses inventions de notre temps, la première
place appartient sans doute à la radiologie et à la radio
thérapeutique ; la première est particulièrement apte à pénétrer les
secrets de la nature et des organes des corps, et toutes deux à
obtenir à l'aide des rayons la guérison des plus graves et
incurables maladies. Mais, comme l'emploi et la mise en œuvre de
ces inventions n'est pas sans danger même pour ceux qui les
appliquent, afin que le secours du Dieu tout-puissant ne manque
aux radiologues et aux radiothérapeutes de même qu'aux pauvres
malades, il convient que le peuple chrétien ait recours à
l'intercession des anges et des saints. C'est pourquoi le président
de la Société italienne de radiologie médicale, au nom de presque
tous les radiologues d'Italie, a supplié humblement notre Saint-
Père le pape Pie XII de bien vouloir déclarer et constituer saint
Michel Archange patron et protecteur des radiologues.
Pie XII a accueilli cette requête avec bienveillance. Il a donc
constitué saint Michel Archange patron et protecteur des
radiologues et des radiothérapeutes, afin d'avoir comme
consolateur dans nos infirmités celui dont nous éprouvons la
protection contre la malice du démon.
Cette célébration du 8 mai sera enlevée du calendrier en 1960
puisque c’est un doublet de celle du 29 septembre.
Nous pouvons constater qu’aucun de ces éloges n’utilise ce que
la Bible dit de l’archange.


19
2. Saint Gabriel et saint Raphaël

Le culte des saints anges s’est beaucoup développé à partir des
e eXVI -XVII siècles, surtout en Italie, en réaction contre les
« protestations » de Luther et de Calvin. Aussi, les fêtes des
archanges Gabriel et Raphaël étaient-elles célébrées par certains
diocèses et certains ordres religieux.
Ce n’est que tardivement qu’ils seront inscrits dans le calendrier
général et au Martyrologe Romain. Le Pape Benoît XV institue
leurs fêtes par décret de la S. Congrégation des Rites du 26 octobre
1921. Elles sont mises en relation avec la Sainte Famille dont la
célébration est inscrite au calendrier de l’Eglise par le même
décret :
Tout le monde se rend compte qu’il est juste et salutaire pour la
famille domestique et pour la société elle-même […] d’honorer la
Sainte Famille de Nazareth et d’en célébrer la fête dans toute
l’Eglise par un rite liturgique spécial, accompagné d’une
fructueuse méditation de ses bienfaits et de l’imitation de ses
vertus. Il n’est pas moins opportun, pour l’accroissement de la
piété et de la dévotion envers la Sainte Famille elle-même, de
commémorer par une solennité religieuse la divine mission des
deux archanges : de saint Gabriel, messager du mystère de
l’Incarnation du Seigneur (ad annuntiandum Dominicae
Incarnationis mysterium) et de saint Raphaël, dont les bienfaits
15envers la famille de Tobie sont décrits dans nos Saints Livres .
La fête de saint Gabriel est inscrite au calendrier général le 24
mars, veille de l’Annonciation. C’est à cette date que la célèbrent
certaines Eglises d’Orient. L’éloge du Martyrologe concorde avec
les termes du décret décrivant la mission du messager céleste. Il
s’inspire de Luc 1, 26-38 :
Fête de l’Archange saint Gabriel qui fut envoyé par Dieu pour
annoncer le mystère de l’Incarnation du Verbe divin.

15
Décret de la S. Congrégation des Rites du 26 octobre 1921. Texte dans
Actes de Benoît XV, Maison de la Bonne Presse, Paris, 1926, p. 144-145.
20
Celle de saint Raphaël est inscrite, elle, le 24 octobre. C’est à
cette date que l’Espagne le fêtait. La notice du Martyrologe
concorde également avec les termes du décret. Elle fait allusion à
l’action de ce messager de Dieu telle qu’elle est relatée dans le
livre de Tobie :
Fête du saint Archange Raphaël, dont la dignité et les bienfaits
sont célébrés dans le saint Livre de Tobie.

3. La fête des saints Michel, Gabriel et Raphaël dans le
Martyrologe de 2001-2004

La réforme liturgique, issue de Vatican II fait célébrer ensemble
les archanges Michel, Gabriel et Raphaël, dont – d’après l’éloge du
29 septembre – l’Ecriture Sainte révèle les missions, qui servent
Dieu jour et nuit et lui rendent gloire sans cesse en contemplant sa
face. On retrouve là la reprise de Matthieu 18, 10 et de
l’Apocalypse. La formulation s’inspire de celle utilisée autrefois
pour saint Raphaël.



3

Les Justes et prophètes
de l’Ancien Testament



Si les Églises d'Orient célèbrent liturgiquement certains justes et
les prophètes de l'Ancien Testament, il n'en va pas de même dans
l'Église Catholique de rite latin.
Le Calendrier général d'avant le Concile Vatican II ne
erconnaissait que la commémoraison, le 1 août, de ceux qu'il
appelait les Saints Macchabées - c'est à dire des sept frères et de
leur mère, martyrisés sous Antiochus Épiphane. On conservait
leurs reliques dans la basilique romaine de Saint-Pierre-aux-liens
dont on fêtait le même jour l’anniversaire de la dédicace. Bien
qu’ancienne et universelle, cette mémoire ne fut pas retenue par la
réforme liturgique postconciliaire. Certes, l’Eglise de Jérusalem
célébrait et continue de célébrer de saints personnages dont
l’Ecriture fait l’éloge et un ordre religieux comme le Carmel fête
les saints Élie et Élisée comme ses fondateurs et inspirateurs. Les
Églises d'Afrique du Nord ont une Messe votive de S. Abraham,
considéré comme le Père de tous ceux qui croient au Dieu unique -
Juifs, Musulmans et Chrétiens -. Il y a peut-être d'autres
communautés qui fêtent des saints de l'Ancienne Loi mais l'actuel
calendrier universel de l’Eglise latine n’en porte aucun.
Ceci étant, les divers martyrologes latins – y compris ceux
édités en 2001-2004 - mentionnent divers justes et prophètes
vétérotestamentaires. Ce qui revient à dire que, même s'ils n'ont
16pas de célébration liturgique à proprement parler , ils sont

16
Ce qu’indique, dans le nouveau martyrologe, le terme de
commemoratio.
23
proposés comme exemple au Peuple chrétien. Voyons maintenant
l'évolution des notices de ces livres.

1. Les saints de l’Ancien Testament dans les
martyrologes latins

On trouve, dans ces martyrologes, la mention de grands
personnages de l'Ancien Testament. Certains appartiennent au
cycle des Patriarches : Abraham, Loth, Melchisédech. D’autres
comme Moïse et Aaron ont joué un rôle important lors de l'Exode
ou lors de la conquête de la Terre sainte ou de l’époque des Juges,
comme Josué, Gédéon et Samuel. Le roi David est également
évoqué. Sont également mentionnés les grands prophètes : Élie,
Élisée, Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, Osée, Joël, Amos, Abdias, Michée,
Nahum, Habacuc, Sophonie, Agée, Esdras, Zacharie, Malachie. Le
livre liturgique fait l’éloge d’autres personnages bibliques comme
Job, Jonas, Daniel et les trois jeunes gens ainsi que des martyrs du
Livre des Macchabées. A l’approche de la fête de Noël, il fait
mémoire aussi, de manière générique, des ancêtres du Christ.
Tous ces personnages n’apparaissent pas à la même époque
Certains disparaîtront lors de révisions du martyrologe.
Comme la date de leur mort est inconnue, celles qu'on a
choisies pour en·faire·mémoire - et qui par la suite sont devenues
traditionnelles - dépendent de circonstances diverses ou de
confusions avec des homonymes. Elles sont donc bien souvent
arbitraires. Leur choix peut être dû également au désir de
commémorer le saint le même jour que les Églises grecques...
comme à celui de combler un jour vide.

2. Personnages de l’Ancien Testament inscrits à partir
du Martyrologe hiéronymien

Divers personnages de l’Ancien Testament sont inscrits dans le
Martyrologe hiéronymien. Il s’agit, au fur et à mesure de leur
apparition dans le calendrier, des trois jeunes gens du Livre de
24

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.