Lire la Bible en initié

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De culture hébraïque par son père et chrétienne par sa mère, Roland Bermann étudie la kabbale depuis 25 ans. Déjà remarqué par un ouvrage précédent sur ce sujet, il a également écrit sur les vierges noires et s’est fait de certains aspects de la franc-maçonnerie chrétienne une spécialité.

CECI LE PLACE AU-DELÀ DE TOUTE INFLUENCE D’UN CLERGÉ OU D’UNE COMMUNAUTÉ DOGMATIQUE PARTICULIÈRE.

Être « initié à la Bible », c’est avoir passé sa foi par LE FILTRE DE L’INTELLIGENCE, et sa compréhension intellectuelle du texte à celui de la Lumière véhiculée par des NIVEAUX DE LECTURES dont on nous dit, depuis des millénaires, qu’ils existent, mais QUE L’ON TIENT LOIN DE NOTRE CONSCIENCE IMMÉDIATE.

Que vous soyez juif, chrétien, musulman, libre penseur, ésotériste ou curieux de rentrer dans cette extraordinaire mémoire vivante que sont les Testaments, vous apprécierez de CONNAÎTRE QUELQUES CLEFS DE LECTURE QUI TRANSFORMENT L’ÉTUDE EN UNE COMPRÉHENSION INTUITIVE, VIVANTE, LIBRE ET EN PERPÉTUELLE ÉVOLUTION.

 

 

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Publié le : mardi 27 mars 2012
Lecture(s) : 69
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782916123769
Nombre de pages : 288
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Chapitre II L’interprétation ou passer du passif à l’actif
Prendre connaissance d’un texte par sa lecture, c’est déjà interpréter ce texte par l’idée toute personnelle qu’on s’en fait. C’est ce que l’on pourrait appeler une interpré-tation spontanée. On peut dire que, lors de la première lecture, on se situe à un niveau de perception globale dans laquelle interviennent la personne, ses facultés et son niveau culturel. Mais l’interprétation, au sens de l’étude, en tant que composante de l’herméneutique, ne saurait se limiter à cela et nécessitera des lectures successives.
Le lecteur, s’il n’est pas passif, devient nécessairement lecteur-interprète, ne fut-ce que vis-à-vis de lui-même.
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Il doit se penser comme étant le destinataire du texte, contrairement à l’historien qui lui se placera volontaire-ment à l’extérieur et dans une époque déterminée, s’inter-disant toute interprétation et s’efforçant à la plus stricte neutralité. Le lecteur-interprète, lui, en faisant sien ce texte se situera à l’intérieur et sera à la fois de son temps et de tous les temps.
Chaque relecture sera le franchissement d’un seuil de compréhension. À chaque seuil, va correspondre un niveau d’interprétation qui en est la résultante. Mais pour que le niveau atteint, quel qu’il soit, ait une valeur réelle pour l’être, il lui faut impérativement s’inscrire dans une tradition authentique au sens que René Guénon donne à ce terme dans son œuvre. C’est cette tradition, et elle seule, qui sera garante de la fidélité à l’esprit et de la conti-nuité du sens ; faute de quoi l’on risque fort de n’aboutir qu’à une creuse rêverie ou à une stérile jonglerie. Cela n’empêche nullement l’interprétation d’être créatrice car, 1 comme le dit fort bien H. Corbin : « L’esprit traditionnel ne reste unespritqu’en étant un esprit créateur, faute de cet esprit créateur, la tradition ne serait plus qu’un
1.En Islam iranien, tome 3, Gallimard, 1991, p. 151.
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cortège funèbre ». Tradition n’est pas traditionalisme. Le premier terme se réfère à quelque chose d’essentielle-ment vivant et d’universel, alors que l’autre est purement localisé et facteur de sclérose. L’un se réfère à l’esprit, l’autre à la lettre, et au second peut fort bien s’appliquer la parabole des sépulcres blanchis « qui paraissent beaux au-dehors et qui, au-dedans, sont pleins d’ossements de morts » (Matthieu 23,27).
Quelle qu’en soit la nature, une interprétation doit avoir pour finalité de répondre à une question. Plus précisément, elle devrait être la tentative de réponse à une question, indépendamment du fait que la question ait été ou non explicitable, formulée. Une non-formulation est de règle lorsque cette interprétation est simplement une aide pour la compréhension immédiate et non pas une recherche. Déjà, à ce premier niveau de compréhension, ce qui doit importer n’est pas de se demander ce que signifie le texte, mais bien ce qu’il signifie pour soi-même, en fonction de sa propre recherche. Interpréter est mettre en doute le savoir pour aller vers une connaissance intime et person-nelle. « La découverte du sens caché s’affirmera en rela-tion directe avec l’intériorité. C’est pourquoi d’ailleurs un
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même texte peut être relu maintes fois, sans paraître pour 2 autant identique » .
Il y a nécessité du questionnement et de l’approfondis-sement du texte par l’étude pour aller au-delà de ce qui est simplement figuré. Pour nous le faire comprendre, le Zohar (III, 152a) s’exprimera par une image en disant :
La Torah a un corps... Ce corps s’habille de vête-ments : ce sont les récits concernant les événements qui se déroulent dans ce monde-ci. Les insensés ne prêtent attention qu’à ce vêtement, qu’à ces récits. Ils ne connaissent rien d’autre et ils ne s’intéres-sent pas à ce que ce vêtement recouvre. Ceux qui en savent davantage ne considèrent pas le vêtement, mais le corps qu’il recouvre.
S’interroger, se poser une question, c’est provoquer une ouverture, c’est s’offrir une possibilité d’accès à un champ 3 de possibles à l’étendue indéfinie . Ce faisant, la question étend l’objet questionné au-delà de son sens premier immé-
2. Marie-Madeleine Davy,La Lumière dans le christianisme, éditions Félin, 1989, p. 114. 3. IndéÞnie et non pas inÞnie. Le nombre envisagé ici ne peut qu’être borné car il ressort de la nature humaine, nature qui ne peut en aucune façon toucher à l’inÞni ; l’inÞni étant, lui, d’essence divine.
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diat, au-delà de son être apparent. Fournir une réponse qui se voudrait complète, une réponse-définition ou une réponse qui se concevrait comme définitive, reviendrait à fermer la brèche ouverte dans la pensée conceptuelle par la question. C’est limiter d’emblée le champ des possibles à un unique possible et supprimer sa richesse ; c’est rame-ner ce qui était en voie de dépassement à n’être plus que l’être apparent. Autrement dit, fournir une réponse qui se voudrait définitive reviendrait à enserrer le lecteur dans un cadre plus ou moins étroit, cadre qui ne peut qu’être une limitation à sa liberté.
L’homme est lui-même question. Au chapitre 2 de la Genèse, il est dit que l’homme, Adam, est formé de la poussière du sol, Adamah. Le mot Adam a la même valeur numérique 45 que le mot Mah qui signifie Quoi ? ce qui, nous le verrons, les met dans un rapport de sens. De plus, ce dont il est tiré, sa substance (Adamah en hébreu), dans l’Écriture, peut se lire : Adam-mah (lecture tradition-nelle du Zohar), c’est-à-dire : Adam-Quoi ? Ainsi, dès son origine, l’homme Adam se conçoit comme interroga-tion permanente dans l’univers créé, traditionnellement représenté par le Mah-Quoi ? alors que l’univers émané
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est représenté par le Mi-Qui ? Nous aurons l’occasion de revenir en détail sur ces deux termes.
Poser le principe de l’interprétation comme étant celui de la réponse à une ou à plusieurs questions signi-fie qu’une interprétation ne peut se réduire à un discours autour du texte, à une simple paraphrase. En tant que question, elle est issue du texte et est provoquée par lui : elle y prend naissance et s’y enracine. Ne pouvant dès lors s’en séparer sans perdre sa substance, elle sera un va-et-vient permanent entre le texte lui-même et une sorte de texte nouveau qui va se créer progressivement, pour le lecteur-interprète, à partir d’elle.
Lire et comprendre le texte est déjà, d’une certaine façon, l’interpréter puisque toute compréhension passe par le filtre de notre personnalité et de nos acquis cultu-rels. Mais si cette compréhension se frotte à ce jeu du ques-tionnement permanent, ce jeu où chaque réponse entraîne une nouvelle question induite par le premier niveau de réponse, alors le lecteur-questionneur va se comprendre lui-même au travers du texte. En s’impliquant personnel-lement dans le texte, par le cheminement naturel de sa pensée, il se construira lui-même alors que sa vision du
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texte va construire, en quelque sorte, un nouveau texte qui lui sera propre. De fait, il ne peut se concevoir une interprétation non dogmatique qui n’exige pas une impli-cation de l’interprète.
Les kabbalistes utilisent diverses méthodes dans l’ap-proche des textes pour aller au-delà du sens littéral, ou du sens obvié, comme on voudra l’appeler. Nous les passe-rons rapidement en revue sans trop nous y attarder. Les représentations symboliques, de même que les rapproche-ments entre différents termes que nous serons conduits à faire, peuvent provoquer comme première réaction : « Ces deux choses sont sans rapport, les lier l’une à l’autre est abusif. » C’est un point de vue superficiel qui doit être bousculé. En fait, il faut d’abord s’entendre sur le sens que l’on veut donner au terme « distinction ».
Distinguer les sens propres de deux termes, est-ce séparer les choses les unes des autres ? Est-ce mettre en évidence les différences sans rechercher les similitudes? Le noir et le blanc sont totalement différents, pourtant sur un autre plan que celui de la sensation visuelle n’y a-t-il pas une liaison de sens intime entre ces deux cou-leurs, un rôle complémentaire de l’une par rapport à
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l’autre, un rôle qu’implique justement leur opposition ? Distinguer les choses les unes des autres sera donc, outre la considération de ce qui les sépare, la mise en évidence de ce qui les rapproche ; c’est-à-dire de ce qui les relie les unes aux autres. Nous nous apercevrons que considé-rer deux ou plusieurs éléments selon leurs composants, leurs modalités et leurs extensions nous conduit à faire apparaître des relations dont le tissu constitue un véri-table édifice qui seul va permettre de véritablement com-prendre l’intériorité des choses. La réflexion ne devra pas porter uniquement sur ce qui sépare mais aussi sur ce qui relie, sur le lien qui existe ; et ce sera la considération des deux termes et de leurs liens qui sera une approche de la véritable compréhension.
La langue hébraïque, tout comme d’autres langues sémitiques, possède une structure très différente de celle de nos langues occidentales. Entre autres diffé-rences, cette langue a ceci de particulier que les mots ou les termes y proviennent de racines trilitères trans-paraissant plus ou moins dans le mot. Cela confère à la lettre, dès l’origine, un rôle beaucoup plus important dans la structure de l’écrit et dans son étude que celui qu’elle possède dans notre langue. Chaque terme sera
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construit à partir de trois consonnes qui, prises dans un ordre déterminé, correspondent à un sens et de là naîtra toute une famille de mots. Les diverses permutations de ces trois consonnes créeront d’autres familles qui, elles, exprimeront d’autres idées. On peut dire, pour prendre une image, que le voyage de la lettre à l’intérieur du mot modèle transforme le signifié, ce qui lui donne, par là même, un rôle prépondérant.
L’on sait par ailleurs que l’alphabet hébreu ne comporte que des consonnes et que, de ce fait, la figuration de la pro-nonciation procède d’un tout autre système que le nôtre. Les voyelles, plus précisément leurs équivalents, ne sont pas des lettres, elles n’existent que comme des marques (points et traits) associées aux consonnes. Leur codifica-tion graphique, ainsi que celle des accentuations, telle que nous la connaissons aujourd’hui, est relativement récente face à l’histoire et à la tradition puisqu’elle ne fut fixée de façon définitive qu’à l’époque des Massorètes.
Cette structure interne du mot ouvre, pour chaque terme, un immense champ de significations possibles, significations qui peuvent s’enchaîner très naturellement les unes aux autres. En effet, selon qu’une ou plusieurs
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lettres sont ajoutées ou retranchées, le sens littéral, celui qui est immédiatement perçu, différera. Mais la lettre n’est pas le seul élément à pouvoir altérer le sens. Les différents signes-voyelles utilisés, outre le fait qu’ils nous indiquent la prononciation, auront aussi la propriété de transformer la signification du mot, alors même que les lettres demeurent identiques et rangées dans le même ordre. L’on pourrait dire que si le mot est un « être », les signes-voyelles vont correspondre aux diverses modalités de cet être.
Le Livre (Thora, Écrits, Prophètes), dans sa forme tra-ditionnelle, ne possède pas de représentation des voyelles ni des signes d’accentuation ; seules les consonnes natu-relles sont écrites. Il y aura donc toujours pour le lecteur, face à l’écrit, une indétermination quant au sens précis à attribuer, indétermination qui ne peut être levée que par la connaissance traditionnelle du texte. De là vient que l’on parle de mots lus et de mots prononcés, d’où l’impor-tance de la tradition orale.
Les possibilités d’interprétations ainsi ouvertes ont été très largement utilisées dans les commentaires sur les Écritures. C’est pourquoi on y lit très souvent : « Il
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