Mémoires d'un pape de la Renaissance.

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Pape de 1458 à 1464 sous le nom de Pie II, Enea Silvio Piccolomini a laissé une des œuvres les plus fascinantes de la Renaissance : ses Mémoires ou Commentaires en latin. Ce noble Siennois mena une brillante carrière d'homme de lettres et de diplomate, accédant aux plus hautes fonctions : secrétaire du pape et de l'empereur, évêque, cardinal, pape enfin. Il favorisa sa famille et fit de son village natal de Corsignano la ville nouvelle de Pienza. Il consacra son pontificat, tout entier marqué par son projet de croisade contre les Turcs, à la préservation de la concorde entre les souverains de l'Europe chrétienne et au rétablissement de l'ordre dans l'Italie des princes et des condottieri. Vito Castiglione Minischetti et Ivan Cloudas présentent ici la première traduction abrégée en français de ce chef-d'œuvre. Le lecteur en goûtera les morceaux de bravoure (le conclave de 1458, le congrès de Mantoue, la proclamation de la croisade), les portraits féroces (Sigismondo Malatesta, le cardinal d'Arras), les descriptions de solennités (la translation du chef de saint André, la Fête-Dieu à Viterbe), mais aussi les admirables récits d'excursions, expressions d'une sensibilité nouvelle pour la nature et les ruines.
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791021016804
Nombre de pages : 540
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« … Même si les faits que nous narrons

sont véritables, on les trouvera tantôt dignes

d’attention, tantôt sans intérêt, et l’élégance

du style nous faisant défaut, on estimera que

nous avons écrit un histoire indigeste

et grossière. Peut-être un autre mettra-t-il

en lumière ce que nous avons composé

et recueillera-t-il les fruits du labeur d’autrui. »

PIE II

Avant-propos


L’œuvre que nous présentons ici est l’une des plus fascinantes de la littérature et de l’historiographie du XVe siècle. Les Commentarii, mémoires du pape Pie II, constituent sans aucun doute le chef-d’œuvre littéraire de ce brillant et génial représentant de la Renaissance qu’était Enea Silvio Piccolomini. Véritable testament politique et humain, ils ont une grande valeur documentaire, de par les informations qu’ils nous apportent sur les mœurs des cours européennes en général et de la curie romaine en particulier. Ils assortissent à ces observations de longues descriptions de la nature, de remarques et de réflexions personnelles très originales.

Conformément à l’intention qui était la nôtre de nous adresser au grand public intéressé par la Renaissance — et pas seulement aux spécialistes —, nous avons renoncé à présenter in extenso le texte, très volumineux, des Commentarii de Pie II. Cette démarche trouve sa justification dans le désir de rendre l’œuvre accessible à un cercle élargi de lecteurs. Le principe qui a présidé à la sélection des passages était de rester fidèle à la manière dont le pape rédigeait ses mémoires, en relatant immédiatement ses observations et les événements auxquels il participait. Ceci a permis d’éliminer une partie du matériel historique de seconde main, repris — parfois mot pour mot — d’autres sources. Le goût de l’auteur pour les répétitions et les longs discours invitait à sélectionner des passages caractéristiques. Nous nous sommes efforcés de garder la cohérence du texte original, sans altérer ni la structure de l’œuvre — livre par livre — ni l’enchaînement des épisodes ou la phraséologie. Les mots et les phrases utilisés pour ménager des transitions sont, dans chaque cas, repris de l’auteur ; il n’y a aucune réécriture du texte lui-même. Parmi les éléments conservés intégralement, citons notamment, pour la vivacité du récit, l’élection de Pie II à la papauté ; le congrès de Mantoue ; les accusations portées contre la curie par l’archevêque de Mayence ; le portrait du cardinal d’Arras ; la dénonciation de la méchanceté de Sigismondo Malatesta ; les allusions aux Français et aux Vénitiens, qui révèlent une franche hostilité à leur égard. On a également retenu des anecdotes sans prétention, écrites avec un charme irrésistible, comme le récit sur la petite chienne Musetta, et qui pour cette raison ne figuraient pas dans la première édition imprimée (1584), censurée par l’archevêque de Sienne Francesco Bandini Piccolomini.

Composés en latin entre 1462 et 1463, les Commentarii du pape Pie II ont pour titre : Commentarii rerum memorabilium quae suis temporibus contigerunt (Commentaires des faits remarquables survenus de son temps).

Le texte est conservé dans plusieurs manuscrits, dont les deux plus importants sont le manuscrit de la Bibliothèque Vaticane (Reginense Latino 1995), considéré comme le texte original, en partie autographe et en grand partie dicté par Pie II à ses fidèles secrétaires, et le manuscrit de la Bibliothèque de l’Accademia dei Lincei (Corsiniano 147), directement tiré du Reginense, dont il est la copie bien ordonnée, corrigée et définitive, approuvée par le pape. C’est le Corsiniano que nous avons choisi de présenter, le Reginense devant être considéré comme une sorte de premier jet, avec tout ce que cela comporte de ratures, d’ajouts et de notes en marge de la main même de Piccolomini. La première impression des Commentarii est parue à Rome en 1584, à partir de la transcription du manuscrit Corsiniano 147, œuvre du copiste allemand Johannes Gobellinus. L’archevêque Francesco Bandini Piccolomini, qui avait fait imprimer l’œuvre, avait considérablement expurgé le texte original, supprimant de nombreux passages qui pouvaient susciter embarras et ressentiment, et en corrigeant d’autres. Son souci était sans doute de protéger l’image du souverain pontife contre toutes les critiques qui auraient pu entacher sa mémoire.

Les Commentarii sont subdivisés en douze livres, dont le premier traite de la période antérieure au pontificat de Pie II, les autres couvrant les événements depuis son élection en 1458 jusqu’au mois de décembre 1463 ; un treizième livre (absent dans le manuscrit Corsiniano), resté inachevé, couvre les quatre premiers mois de l’année 1464, jusqu’au voyage vers Ancône.

Nous avons le privilège de présenter pour la première fois une traduction en langue française des Commentarii, en nous référant au texte latin du manuscrit Corsiniano 147, complété du Livre XIII tiré du manuscrit Reginense latino 1995, établi par Luigi Totaro, que nous tenons à remercier, ainsi que l’éditeur Adelphi de Milan, qui l’a publié en 1984.

 

On trouvera après l’introduction un Lexique des noms et des termes anciens. De nombreuses notes, essentiellement de nature historique, apporteront des précisions sur les personnes et les événements auxquels il est fait allusion, et permettront une lecture plus aisée.

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