Métamorphoses du religieux

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Toutes les religions sont gravement touchées par l'évolution de la pensée et de la vie modernes. Certaines se crispent sur leurs traditions et se montrent d'autant plus fanatiques qu'elles perçoivent à quel point le monde les abandonne. D'autres tentent de se renouveler, ce qui s'avère très difficile pour les religions qui obéissent toutes à leurs traditions. Elles ne subsistent que par habitude, agonisant lentement, faute de fidèles et de missionnaires.
Publié le : jeudi 1 juin 2006
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EAN13 : 9782296149618
Nombre de pages : 118
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Métamorphose du religieux

http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr cg L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-00810-0 EAN : 9782296008106

Jean Onimus

Métamorphose du religieux

L'Harmattan 5-7, rue de 1'École-Polytechnique FRANCE Espace L'Harmattan Kinshasa Fac. .des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI
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Le Progrès est une Force, et la plus dangereuse des forces. Il est la Conscience de tout ce qu'il est et de tout ce qu'il se peut. Dût-on exciter toutes les indignations et heurter tous les préjugés, il faut le dire, parce que c'est la vérité: être plus, c'est d'abord savoir plus. Ainsi s'explique la mystérieuse attirance qui, en dépit des déceptions subies et des condamnations à priori, ramène invinciblement les hommes à la science comme à la source de la vie. Plus fort que tous les échecs et tous les raisonnements, nous portons en nous l'instinct que, pour être fidèle à l'existence, il faut savoir, savoir toujours davantage, nous ne savons pas exactement quoi, mais quelque chose qui, sûrement, un j our ou l'autre, pour ceux qui auront sondé le Réel jusqu'au bout, apparaîtra. Teilhard de Chardin, L'Avenir de I 'homme, Œuvres Tome V, P.31 Éditions du Seuil, 1959

Première partie

PREMIERS OBSTACLES

Crise des religions
Toutes les religions sont gravement touchées par l'évolution de la pensée et de la vie modernes. Certaines se crispent sur leurs traditions et se montrent d'autant plus fanatiques qu'elles perçoivent à quel point le monde les abandonne. D'autres tentent de se renouveler. Mais, pour les religions, c'est une insurmontable difficulté parce qu'elles ne s'appuient pas sur les réalités en mouvement qui gouvernent le changement. Elles ne peuvent qu'obéir à leurs traditions. La plupart du temps, dans un monde en évolution rapide, elles ne subsistent que par habitude, agonisant lentement, faute de fidèles et de missionnaires. C'est là un phénomène majeur, qu'on constate et subit sans en bien mesurer la portée. En France, un des pays les plus touchés, beaucoup d'enfants ignorent l'histoire du christianisme et n'ont jamais entendu parler de Jésus. La religion s'est réduite, pour beaucoup, à un catéchisme débile dont les affirmations n'intéressent plus grand monde. On ne se sent guère concerné. Il faut prendre conscience de ces faits et aborder ce sujet "tabou" avec lucidité, en réfléchissant à ce qui fait l'essence du religieux et en se demandant pourquoi le religieux se trouve désormais tellement mis à l'écart de la vie, sur une voie de garage, mais restant toujours lié à ce qu'il y a de profond dans l'homme. La mutation qui va bientôt s'imposer, à la fois du dedans (nos consciences) et du dehors (nos conditions d'existence) est tellement énorme qu'on évite d'y penser, on ferme les yeux, on attend que les choses se fassent d'elles-mêmes. On ne veut pas voir à quel point l'être humain a changé en un siècle, à quel point la culture est devenue insensible au religieux. Le religieux qui occupe la couche la plus profonde (la plus humaine) de nos consciences, se délite. L'être humain qui subsiste est différent, mais de cette situation, nous refusons de prendre Il

conscience. Nous laissons l'évolution suivre son cours, trop occupés par l'immédiat, celui des journaux. Pourtant, ce qui se passe dans nos consciences est considérable. Nietzsche a dit avec raison que la religion a longtemps servi de voile afin de masquer une réalité insupportable à nos esprits. Elle serait donc un avantage biologique qui a aidé les hommes à vivre, car le nonespoir est pour nous suicidaire. Or ce confortable bandeau, l'esprit critique nous l'a arraché. C'est dans une perspective objective et pragmatique que notre esprit quête désormais la vérité, rejetant les commentaires mythiques hérités du passé. Mais cette vérité laïque ne nous satisfait pas. Elle nous frustre même de quelque chose d'essentiel et nous laisse sans recours en présence d'une nature indifférente, qui nous ignore. Cette solitude, nous avons décidé courageusement de l'assumer et personne ne me fera dire que c'est là une régression. Mais cela laisse un énorme vide! Nous voilà condamnés à la "prose" c'est-à-dire à ce réalisme étroit que nous impose notre expérience quotidienne. Car la religion est poésie, assouvissement de rêves et de besoins profonds qui font de nous des hommes "complets". Elle assure notre équilibre et nous rend plus humains. L'esprit positif n'apporte que des réponses techniques et abstraites. L'homme normal se sent frustré s'il n'entend qu'un langage utilitaire. Cela finit par modifier son comportement. L'homme complet a besoin de cette "chape d'illusions" qui donne sens à sa vie et l'aide à respirer dans un milieu agrandi. La poésie des mythes a été évacuée par le progrès des sciences: un positivisme étroit en résulte. C'est une mutation qui peut transformer notre façon d'être et de comprendre l'existence. D'où la résistance des religions. Or, il y a là un déplorable malentendu, car la "prose" qui nous assaille reste chargée d'une poésie nouvelle, faite d'émerveillement devant la nature, la beauté, l'incroyable 12

complexité et finalement l'harmonie qui prédominent autour de nous. Il y a là un prodigieux ressourcement. Notre imaginaire devrait s'ouvrir à ces réalités autrement vastes, impressionnantes, incroyables, que les récits dits sacrés. Ces récits ont été très utiles en leur temps, ils donnaient du sens aux évènements. Les sciences jouent un tout autre rôle, non moins approfondissant et même épanouissant: c'est désormais dans cette direction qu'il faut chercher l'incroyable! La nature inspire un grand respect, la beauté du cosmos impressionne: il faudrait que les religions mettent en valeur ce sacré-là, celui qui imprègne de toutes parts le profane et fait encore du monde un mystère exaltant. Alors, au lieu de se réfugier dans les marges, comme un résidu en voie de disparition, les religions retrouveraient leur vraie place, au centre, au foyer d'une fécondité qu'il ne faut surtout pas "anthropomorphiser". Les religions, débarrassées des antiques superstitions, reprendraient alors conscience de leur fonction qui est de faire respirer les profondeurs de notre être. Au lieu de n'être qu'un service public, un délassement festif, un inépuisable sujet de controverse, les religions doivent s'intégrer à la vie quotidienne, lui donnant à chaque instant la résonance spirituelle qu'elle contient. Car nous vivons tous dans un sacré méconnu. L'erreur, dont le mot lui-même porte la trace, c'est de mettre les consciences religieuses à part, de les cacher (les mettre au secret) dans le temple. En réalité, nous y reviendrons, il n'y a rien de plus naturel que le sacré, lié au fait que tout est unique et ne se reproduira jamais à l'identique. Nous sommes enveloppés de sacré et c'est même pour nous en débarrasser que nous avons inventé les dieux et les sanctuaires. C'est cette religion naturelle et spontanée, source permanente de profondeur existentielle, qu'il nous faut retrouver. Si les religions n'ont pas le courage d'assumer ces mutations 13

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