Modernité et christianisme

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La sécularisation, problème historique pour la philosophie de l'histoire, est devenue l'objet de vives controverses entre théologiens et philosophes. D'après Blumenberg, elle est un dispositif inique pour réduire la distance entre les médiévaux et les modernes dans la sphère des institutions et de la culture. Or, la modernité est une rupture radicale avec le passé. Contre l'hégémonie de la civilisation techno-scientifique, certains prônent le retour à la tradition philosophique et religieuse. Mais, revenir à la tradition n'est-ce pas faire perdre aux modernes leur revendication d'indépendance par rapport au passé religieux ?
Publié le : samedi 1 janvier 2011
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EAN13 : 9782296451261
Nombre de pages : 203
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MODERNITÉ ET CHRISTIANISME La question théologico-politique chez Karl Löwith, Carl Schmitt et Hans Blumenberg
Du même auteur Religion et politique. La question théologico-politique chez Karl Löwith et Hans Blumenberg, Éditions L’Harmattan, 2010.
© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13889-6 EAN : 9782296138896
Albert Dossa OGOUGBE MODERNITÉ ET CHRISTIANISME La question théologico-politique chez Karl Löwith, Carl Schmitt et Hans Blumenberg
Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions Hervé LE BAUT,Présence de Maurice Merleau-Ponty, 2010. Auguste NSONSISSA,Transdisciplinarité et transversalité épistémo-logiques chez Edgar Morin, 2010. Stéphane KALLA,L’acte de la Perception, Pour une métaphysique de l’espace, 2010. Jules Bourque,L’humour et la philosophie. De Socrate à Jean-Baptiste Botul, 2010. Philippe RIVIALE,Heidegger, l’être en son impropriété, 2010. Sylvain PORTIER, Fichte,philosophe du « Non-Moi »,2010. Camilla BEVILACQUA,L’espace intermédiaire ou le rêve cinématographique, 2010. Djibril SAMB,Le Vocabulaire des philosophes africains, 2010. Xavier ZUBIRI,Traité de la réalité, 2010. Marly BULCÃO,Promenade Brésilienne dans la poétique de Gaston Bachelard,2010. Martin MOSCHELL,Divertissement et consolation Essai sur la société des spectateurs, 2010. Sylvain TOUSSEUL,Les principes de la pensée. La philosophie immanentale, 2010. Raphaëlle BEAUDIN-FONTAINHA,L'éthique de Kropotkine, 2010. Arnaud TRIPET,L'éveil et le passage. Variations sur la conscience, 2010. Stanislas R. BALEKE,Ethique, espérance et subjectivité, 2010. Faten KAROUI-BOUCHOUCHA,Spinoza et la question de la puissance, 2010.
REMERCIEMENTS Cette recherche a bénéficié de l’appui de plusieurs personnes auxquelles je voudrais exprimer ma reconnaissance. Mes remerciements chaleureux vont d’abord au Professeur, Doyen Honoraire, Directeur des études doctorales en Philosophie, Philippe Capelle pour la rigueur de son accompagnement dans mes recherches et qui a accepté avec bienveillance et indulgence de diriger cette thèse. J’ai contracté à son égard une dette intellectuelle et morale qu’il me sera sans doute impossible d’acquitter. Ma gratitude s’adresse également aux Professeurs Hubert Faes et Jean Souletie, membres du Jury, qui ont dû évaluer cette thèse avant sa soutenance. Je remercie les Professeurs Jean Greish, Emmanuel Falque, Gomez Muller, pour tout ce que j’ai appris d’eux durant mes sept années d’études universitaires. Ma reconnaissance va, de façon spéciale, à Monsieur Michel et à Madame Nikolina Péric-Coulon, qui m’ont offert, généreusement, les conditions matérielles et familiales de la réalisation de cette thèse. Mon merci filial et priant va à mon Evêque, Monseigneur Antoine Ganyé, Président de la Conférence Episcopale du Bénin, qui m’a soutenu, avec détermination, pour l’achèvement serein de mes études. Je n’oublie pas le Père Benoît Goudoté, Vicaire Général et Doyen Honoraire de la Faculté de droit Canonique de L’UCAO (Abidjan), ainsi que le Père Hyacinthe Sèglo, Vicaire Général émérite de notre Diocèse pour leur sollicitude renouvelée à mon égard. J’adresse également ma reconnaissance à tous mes Confrères du Diocèse de Dassa- Zoumé au Bénin. Je suis très reconnaissant vis- à -vis de mon Feu Père Eugène Ogougbé, de ma Mère Bernadette Oga, de tous les membres de ma Famille, et de tous mes frères et sœurs doctorants de cette Faculté de Philosophie pour leur encouragement et leur collaboration pour ce difficile travail de recherche. Je n’oublie pas Madame Guillemette Larquier, Maître de Conférence à l’Université Paris Ouest-Nanterre pour ses bienveillantes remarques, et qui, en plus, a assuré la tâche ô combien ardue de relecture des épreuves de cette thèse. Mes remerciements s’adressent à Marie-Christine Denoux qui n’a pas ménagé sa peine pour la mise en forme manuscrite de cette thèse. Enfin, aux Pères et aux fidèles de la Paroisse St Pierre et St Paul de Courbevoie du Diocèse de Nanterre, à tous ceux, et à toutes celles que je n’ai pas pu citer, je dis, aussi mes profondes gratitudes.
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INTRODUCTION GENERALE Le débat autour du théologico-politique est nôtre plus que jamais. L’unité du problème qu’il véhicule n’est guère patent à première vue, en raison des questions hétérogènes qui s’y entrecroisent : celle de la relation entre le pouvoir et le sacré, celle du droit divin des clercs, des empereurs ou des rois, celle du conflit entre la Raison et la Révélation, entre le droit naturel et le droit positif, entre la Loi de Dieu et les droits de l’homme, ou encore celle du contrôle clérical du politique et de la censure théologique, celle de la liberté de penser et de croire ou de l’interprétation des livres sacrés, etc. Mais tous ces éléments, implicites ou explicites, renvoient à une question centrale, celle de l’intérêt que la philosophie porte au problème théologico-politique dont la portée légitime l’existence même de la philosophie. La question théologico-politique est fondamentalement non seulement une question portant sur l’origine du pouvoir, sa finalité, la sacralisation du politique ou du théologique ou encore la subordination du pouvoir temporel au pouvoir spirituel mais aussi sur celle de la vie bonne (eudémonie), du meilleur régime, de la vérité, de la justice, de la coexistence pacifique de nos sociétés ; celle enfin, de l’analogie entre les catégories théologiques et les catégories juridiques, leur transfert ou leur réinvestissement. A ces implications de correspondance ou d’échanges entre le droit et la théologie, vient s’ajouter une préoccupation fondamentale pour la philosophie elle-même celle de sa propre liberté de pensée, de communication et de publication. De quelle façon ou par quels détours le philosophe peut-il s’assurer de l’existence et de la liberté de son exposition dans la communauté politique ? La question théologico-politique sous-tend aussi toutes les censures auxquelles la philosophie dans son déploiement est exposée de par sa liberté de questionner et de connaître. Si le pouvoir ne persécute pas le philosophe – Socrate est accusé d’impiété et de corruption de la jeunesse par ses détracteurs – il le menace tout de même pour la juste raison que le philosophe lui fait courir le risque perpétuel de la pensée du pouvoir religieux ou politique, de sa critique impartiale et implacable. La question théologico-politique vise donc aussi à conquérir et à consolider durablement lalibertas philosophandipar une séparation ou une reconnaissance coordonnée de la théologie et de la politique, de la philosophie et de la théologie, tout en posant aussi la question de la liberté du philosophe face au prêtre, au rabbin, à l’imam, au magistrat, au pouvoir en place, etc. Unelibertas philosophandipar Descartes et incarnée dont la modernité a fait la priorité des priorités, le cœur même de ses exigences fondamentales et de ses luttes, le levier de son"autolégitimation". Liberté d’opinion et de communication qui reste la condition du bonheur en communauté pour la modernité «L’homme qui vit selon la raison est plus libre
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dans la cité où il vit selon la loi commune que dans la solitude, où il n’obéit 1 qu’à lui-même» . En vérité, la problématique de la réfutation de la Révélation par la Raison est au cœur des débats contemporains et ne cesse d’alimenter la Querelle des Anciens et des Modernes. Cette question théologico-politique avait déjà trouvé sa première élaboration chez Hobbes dans leLéviathan(1651) et chez Spinoza, sa première systématisation moderne dans leTraité théologico-politique de 1670 où le caractère subversif de l’œuvre publiée anonymement a fait traiter son auteur présumé de «chien crevé», de «juif renégat» ayant rédigé son œuvre «en enfer, en collaboration avec le diable». Interdit de séjour à Amsterdam en 1661 sous la pression des pasteurs calvinistes, des chefs de l’Eglise protestante officielle, à cause de la publication duTraité théologico-politique, Spinoza fut à 24 ans (en 1656) excommunié de la synagogue par cette terrible sentence : «Par décret des anges, par les mots des saints, nous bannissons, écartons, maudissons et déclarons anathème Baruch de Spinoza avec toutes les malédictions écrites dans la Loi. Maudit soit-il le jour, et maudit soit-il la nuit, maudit soit-il à son coucher… et maudit soit-il à son 2 lever, maudit soit-il en sortant, et maudit soit-il en entrant…De même,» . avec Pierre Bayle la question théologico-politique a encore trouvé sa 3 radicalisation dansDe la tolérance, commentaire philosophique, par la stigmatisation de toute torture ou violence pour faire renier à quiconque ses convictions religieuses, politiques, théologiques, etc. «C’est donc une chose manifestement opposée au bon sens et à la lumière naturelle, aux principes généraux de la raison, en un mot à la règle primitive et originale du discernement du vrai et du faux, du bon et du mauvais, que d’employer la 4 violence à inspirer une religion à ceux qui ne la professent pas» . 1 B. Spinoza,Ethique, chapitre IV, propos 113, Paris Gallimard, Coll. « Folio essais », 1954. 2 Cité par Y. Yovel,Spinoza et autres hérétiques, Paris, Seuil, 1991, p. 19. 3  P. Bayle (1647-1706),: commentaire philosophiqueDe la tolérance , Paris, Presses Pocket, Coll. « Agora », 1992, p. 100-101. Le titre complet de l’œuvre est d’ailleurs très significatif : «Commentaire philosophique sur ces paroles de Jésus-Christ, « Contrains-les d’entrer » ; où l’on prouve, par plusieurs raisons démonstratives, qu’il n’y a rien de plus abominable que de faire des conversions par la contrainte ; et où l’on réfute tous les sophismes des convertisseurs, à contrainte, et l’apologie que Saint Augustin a faite des persécutions». Mentionnons aussile Dictionnaire historique et critique, Rotterdam, 1697, 4 volumes, véritable porte-flambeau de la défense des opprimés, des calomniés de l’histoire. Pour Bayle, le respect de la conscience de chacun est si capital dans sa pensée que son scepticisme ne doit pas être mis en veilleuse par rapport à cette préoccupation fondamentale de contester aux autorités sociales, le droit de contrôler la foi des individus. 4 P. Bayle,De la tolérance, commentaire philosophique, op. cit., p. 100-101.
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