PANORAMA DE LA THÉOLOGIE NÉGRO-AFRICAINE CONTEMPORAINE

De
Publié par

Pour poser les conditions de possibilité de l'émergence d'un christianisme authentiquement africain, une analyse préalable de l'évangélisation de l'Afrique subsaharienne par l'Europe occidentale est nécessaire. Ainsi, on pourra comprendre que la tâche primordiale d'une christologie négro-africaine de la libération consiste à mettre en œuvre des stratégies herméneutiques, épistémologiques, politiques et pastorales susceptibles de produire dans les mentalités des Africains une culture théologique de la responsabilité socio-politique et de la dignité humaine dans la gestion de la "post-colonie" comme une entité théologico-politique.
Publié le : mercredi 1 janvier 2003
Lecture(s) : 134
Tags :
EAN13 : 9782296306585
Nombre de pages : 210
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Panorama de la théologie négro-africaine contemporaine

@ L'Harmattan,

2002

ISBN: 2-7475-3490-1

Benoît AW AZI-MBAMBI-KUNGUA

Panorama de la théologie négro-africaine contemporaine

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRŒ

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALŒ

DEDICACE

Je dédie ce premier livre à mes très chers parents Gilbert AWAZI - CHUMA - LUKA TlKA et Bernadine KAWA - SAFI qui m'ont appris dès mon jeune âge que la confiance en Dieu et la persévérance dans l'effort permettent de mener à bien un projet de vie. Je le dédie de façon plus spéciale à ma très chère grand-mère SIFA - KIMANYU qui est décédée à Kindu (RDC) le 18 Juillet 2002. La guerre qui perdure dans cette région orientale de la République Démocratique du Congo ne m'a pas permis d'aller la revoir cet été pour une dernière fois avant son voyage initiatique vers le village des ancêtres. Je retiens de sa vie la noblesse de caractère et l'endurance dans l'effort qu'elle a héritées de son père KAMBINGA - SIKUBALI fils de KIATE, qui était un grand roi et "prophète-guérisseur" redoutable dans la collectivité de Putila à l'Est de la République Démocratique du Congo. Je le dédie également au Père Alexis LOUMA YE, prêtre spiritain belge ayant travaillé durant des années à Kindu, à l'Est de la République Démocratique du Congo et qui a consacré ses énergies pastorales au service des plus pauvres dans la construction des communautés chrétiennes de base, capables de vivre leur foi dans le contexte sociopolitique et économique de leur pays. Il a été parmi les pionniers de la pastorale du développement des communautés chrétiennes de base en République Démocratique du Congo dans le sillage pastoral du cardinal Joseph MALULA d'heureuse et grande mémoire. Merci Père Alexis LOUMA YE pour ton enracinement christologique profond et ta grande sensibilité pour les plus pauvres de tes paroissiens à Kindu.

REMERCIEMENTS.

Le projet de ce livre remonte au 23 Avril 1995, date de l'assassinat du théologien jésuite camerounais Engelbert MVENG, le principal promoteur de la théologie négroafricaine de la libération. Son engagement énergique et prophétique en faveur d'une praxis théologique orientée
résolument vers la libération des peuples africains

- après

des

siècles de traite des Noirs, d'esclavage, de colonisation et des dictatures indigènes postcoloniales - constitue le testament théologique et politique qu'il a laissé aux Eglises d'Afrique postcoloniale. Son oeuvre théologique pour la libération des couches populaires de nos sociétés africaines postcoloniales lui a attiré de nombreux ennuis aussi bien de la part de l'Eglise du Cameroun que des "réseaux occultes" qui dirigent la vie politique, culturelle et économique du Cameroun, l'un des pays les plus corrompus de la planète. Ce livre s'inscrit résolument dans la mouvance théologique des pasteurs africains qui ont versé leur sang pour faire entendre aux oreilles du monde entier la voix des millions des pauvres, des morts et des victimes du système capitaliste mondial qui exploite et étrangle l'Afrique depuis des siècles. Je ne peux pas ne pas nommer les évêques Christophe MUNZIHIRWA et Emmanuel KATALIKO de l'Archidiocèse de Bukavu qui ont versé leur sang pour avoir osé dénoncer les forces étrangères qui occupent et pillent l'Est de la République Démocratique du Congo au nom de la raison du plus fort et avec l'appui logistique et militaire des grandes puissances internationales. Tout au long de ce livre, j'ai porté une attention particulière à tous les théologiens et hommes d'Eglise qui osent "nommer" le mal africain au péril de leur propre vie. A ce titre, ils s'inscrivent tous dans

l'optique théologique de la mission prophétique de Jésus telle qu'il l'a proclamée publiquement à la synagogue de Nazareth: « L'Esprit du Seigneur est sur moi parce qu'il m'a conféré l'onction pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté, proclamer une année d'accueil par le Seigneur] ». La publication de l'ouvrage collectif Des prêtres noirs s 'interrogent2 marque le début explicite de la théologie négro-africaine. Le contexte politique africaine de l'époque est marqué essentiellement par les luttes des peuples colonisés pour leur indépendance politique, économique et culturelle. Pour la majorité des colonies françaises, anglaises et belges l'indépendance politique a été" accordée" formellement dans les années 60. Nous sommes dans un contexte mondial d'éveil politique des pays non alignés qui se sont réunis à Bandoeng, en Indonésie en 1955, pour mettre sur pied une stratégie collective de résistance culturelle, économique et politique contre l'ambition hégémonique et expansionniste de deux grandes puissances mondiales de l'époque l'U.R.S.S. et les U.S.A. Le discours théologique négro-africain se situe d'entrée de jeu dans une volonté d'auto-affirmation de l'identité de la culture noire et africaine après des siècles de négation du génie noir par l'idéologie esclavagiste, raciste, colonialiste et néocolonialiste dont les effets néfastes expliquent en grande partie le blocage actuel du continent africain. La marginalisation3 de l'Afrique par le processus de mondialisation économique et néo-libérale ne fait que mettre
. Luc 4, 18-19 (T.O.B.). . Cerf, Paris, 19561, 19572. 3 . Plusieurs études scientifiques sur l'économie mondiale (dé)montrent la "quasi inexistence" de l'Afrique subsaharienne dans les transactions 10
2 1

en évidence les implications socio-politiques, économiques et culturelles de la théologie négro-africaine de la libération. Après 42 ans "d'indépendance politique formelle" et d'exploitation systématique de l'Afrique par les dictatures indigènes postcoloniales à la solde de puissants lobbies internationaux, j'ose croire fermement que le christianisme est une chance pour l'Afrique à condition que les pasteurs et les chrétiens africains s'engagent courageusement et collectivement dans une culture de démocratie politique et de prise en charge effective, lucide, collective, responsable et autochtone de la reconstruction globale de l'Afrique. Religion de la crise, le christianisme confesse l'incarnation d'un Dieu qui meurt sur la croix pour protester contre la prétention qu'ont les hommes à construire une civilisation économique et capitaliste qui exploite les plus pauvres à l'échelle mondiale au nom de la raison du plus fort et des impératifs de la productivité économique. Religion de la crise, la foi au Dieu crucijié4 met en crise toutes les
commerciales mondiales. L'intérêt principal de ces études consiste à établir par des analyses économétriques précises I'hétérogénéité croissante au sein des pays du Tiers-Monde. Selon leur capacité à s'intégrer dans la logique de "productivité" et de "compétitivité" caractéristique du capitalisme dominant à l'ère de la mondialisation technologique et néolibérale nous distinguons successivement: les pays capitalistes d'Asie orientale (Corée du Sud, Taiwan, Hong Kong et Singapour), les autres pays du Sud est asiatique (La Malaisie, La Thaïlande, La Chine...), certains grands pays industrialisés de l'Amérique latine et l'Inde. L'Afrique subsaharienne arrive au bas de l'échelle avec un poids quasi nul dans la balance économique mondiale. Pour prendre la mesure de cette marginalisation croissante et structurelle de l'Afrique subsaharienne, nous renvoyons à M. DIOUF., L'Afrique dans la mondialisation, L'Harmattan, Paris, 2002 (Préface de S. AMIN); P. HUGON.,L'éconon1ie de l'Afrique, La Découverte,Paris, 2001. 4 . Je fais allusion à l'ouvrage magistral de J. MOLTMANN, e Dieu L crucifié. La croix du Christ, fonden1ent et critique de la théologie Il

structures sociales, économiques et religieuses qui s'érigent comme absolues et totalitaires. Religion de la crise, le christianisme est structurellement une' 'mémoire dangereuse" de la croix de Dieu qui "déconstruit" les idoles que les hommes fabriquent pour fuir de façon illusoire leur mortalité ontologique. En ce sens le christianisme est fondamentalement une eschatologie et offre des possibilités réelles de libération théologique et politique au nom de la "réserve eschatologiqueS" du Royaume de Dieu qui transcende l'histoire dans le sens de son accomplissement. Personne ne construira l'Afrique à la place des Africains quelle que soit la bonne volonté de nombreux amis de l'Afrique qui oeuvrent d'arrache-pied pour la paix et le
chrétienne, « Cogitatio fidei 80 », Cerf, Paris, 1993. Dans cet ouvrage la théologie de la croix est exposée avec une intensité dramatique et bouleversante. C'est l'engagement de Dieu lui-même dans la croix historique de Jésus de Nazareth qui fonde la légitimité épistémologique, pastorale et politique d'une théologie de la libération intégrale des pauvres et des victimes du système capitaliste mondial qui contrôle les mouvements des capitaux en régulant le commerce mondial selon les seules lois de l' économisme, de la force militaire et du profit maximal. 5 . La "réserve eschatologique" du Royaume de Dieu annule toute tentative de réaHsation historique, culturelle, institutionnelle, politique et religieuse du Royaume de Dieu sur terre. La "mémoire dangereuse" de la croix de Jésus de Nazareth montre l'amour préférentiel de Dieu pour les "non-hommes" et les "sans droit" qui sont bafoués par les grandes puissances militaires, politiques et économiques qui dirigent et contrôlent le processus de mondialisation capitaHste. Je me réfère ici aux catégories épistémologiques de la théologie fondamentale pratique de J.-B. METZ dans son ouvrage La foi dans l 'histoire et la société. Essai d'une théologie fondamentale pratique, « Cogitatio fidei 99 », Cerf, Paris, 1999. L'auteur met en évidence le rôle théologique de la "mémoire dangereuse de la croix" dans une théologie fondamentale pratique. Le souvenir, le récit et la solidarité avec les morts (les vaincus, les oubliés de I'histoire, les exclus du progrès scientifique et de la mondialisation néo-Hbérale...) sont les principales catégories épistémologiques de la théologie fondamentale de J.-B. METZ.
12

développement de l'Afrique. C'est pourquoi j'affirme avec conviction que la libération de l'Afrique est d'abord une question mentale, spirituelle et culturelle, où il est urgent de redonner aux couches populaires des sociétés négroafricaines postcoloniales des outils d'analyse socio-politique et d'herméneutique contextualisée et dynamique de la parole de Dieu, pour qu'elles y puisent l'énergie spirituelle nécessaire pour se libérer de l'oppression des dictatures sanguinaires qui sévissent dans l'Afrique postcoloniale avec la collaboration efficace des puissances occidentales du capital, de l'argent et de l'armement. Le principal défi lancé au christianisme africain par le processus de mondialisation néo-libérale consiste à montrer sa capacité à impulser une dynamique de gestion responsable, ecclésiale et lucide de la "postcolonie" en tant qu'entité théologico-politique. L'actualité politique en Côte d'Ivoire où l'ancien chef d'Etat, le général Robert GUEÏ6 vient de mourir lors d'affrontements entre les forces de l'odre et les mutins renforce notre hypothèse heuristique qui considère la gestion théologico-politique de la "postcolonie" comme le principal défi lancé à toutes les Eglises d'Afrique à l'aube du XXIèn1e siècle. Ce livre n'aurait pu voir le jour sans le soutien spirituel, intellectuel et matériel de plusieurs personnes qui s'intéressent de près à l'avenir du christianisme africain. J'exprime mes sincères remerciements au Professeur François HOUTART (Professeur émérite de Sociologie des religions à l'Université Louvain-La-Neuve et directeur du Centre Tricontinental situé dans la même ville) pour ses remarques pertinentes, rigoureuses et critiques qui m'ont conduit à lui présenter cinq moutures successives de mon manuscrit. Il est
. Lire l'artcle « L'ancien chef d'Etat GueÏ tué lors de combats à Abidjan », La Croix du Vendredi 20 Septembre 2002. 13
6

connu au niveau international pour son investissement énergique et tenace dans la recherche des alternatives en provenance des pays du Sud contre les ravages sociopolitiques, économiques et culturels du processus anarchique de la mondialisation7 néo-libérale. Tout au long de ce travail ardu d'analyse et d'écriture, j'ai pris de plus en plus conscience de mes limites intellectuelles et j'assume seul toute la responsabilité des thèses et positions théologicopolitiques présentées et soutenues ostensiblement dans ce livre. Je souhaite qu'il suscite des réactions critiques, courageuses et constructives dans le paysage théologique négro-africain. Mes sincères remerciements s'adressent joyeusement à Mgr Antoine de VIAL (recteur de la Basilique sainte Clotilde à Paris) et à Mgr Yvon BODIN (secrétaire de la commission doctrinale des Evêques de France) qui m'ont accueilli fraternellement pendant deux ans à la paroisse Sainte Clotilde dans le 7ème arrondissement de Paris. Je remercie également Mgr Albert ROUET, évêque de Poitiers qui vient de m'accueillir dans son diocèse depuis bientôt quatre mois. Je suis interpellé par l'intérêt qu'il porte à la collaboration responsable et respectueuse entre les Eglises fondatrices d'Europe et les jeunes Eglises d'Afrique postcoloniale. Cet intérêt transparaît dans ses réflexions théologiques et pastorales sur le déploiement planétaire du phénomène complexe de la mondialisation8 économique et technologique. J'adresse mes remerciements fraternels et
7

. Nous renvoyons à l'article de S. MANDARD, François HOUT ART, «

théologien de la résistance», Le Monde du Mercredi 31 octobre 2001.
L'article explique comment F. HOUTART applique l'évangile à la mondialisation néo-libérale et cherche des alternatives crédibles et viables à l'ordre néolibéral.
8

. A ROUET, Faut-il avoir peur de la nl0ndialisation

? Enjeux spirituels

et mission de l'Eglise, Desclée de Brouwer, Paris, 2000. 14

chaleureux au Professeur Yves Marie BLANCHARD qui m'a beaucoup soutenu et encouragé pendant mes études théologiques à l'Institut Catholique de Paris. Je ne saurai oublier le soutien permanent et total de Madame Rosanna OLIVE et de Benjamin Nelson AWAZI tout au long de la rédaction de ce livre. J'exprime ma gratitude et ma fraternité à l'abbé SWEDI ALOW A (Strasbourg), à Madame Elodie CHIRANACHO (Strasbourg) et à Monsieur le pasteur Max BELAISE9 (Martinique) pour leur soutien permanent aussi bien sur le plan matériel que sur le plan moral et spirituel. Je dois beaucoup d'intuitions de ce livre aux échanges intellectuels et fraternels avec mon ami Théophile TOSSA VI YAOVI (Paris) dont la perspicacité et la sagacité intellectuelles dans l'approche théologique, sociographique et politique de l'Afrique postcoloniale sont stimulantes. Ne pouvant pas citer toutes les personnes qui m'ont apporté un appui décisif dans la réalisation de mon projet d'écriture en théologie négro-africaine, je dis merci à tous les prêtres et amis africains que j'ai rencontrés pendant mon séjour en France et dont les échanges sur l'avenir du christianisme africain ont été déterminants et stimulants dans l'effectuation de ce travail d'analyse et d'écriture. Dans la chronologie et l'anthropologie bibliques, quarante ans représentent la période de maturation (incubation) spirituelle et théologique d'une génération. En effectuant une radioscopie théologico-politique de la production théologique africaine depuis bientôt quarante six
. Je me suis beaucoup inspiré de ses réflexions théologiques, philosophiques et pastorales dans l'élaboration d'une christologie négroafricaine de la guérison spirituelle (~.3,C.). Lire à ce propos M. BELAISE, Philosophie de la guérison dans l'expérience pentecôtiste: Défis d'une religion thérapeutique, Ibis Rouge Editions, Presses Universitaires
créoles, 2002. 15
9

ans de travail, mon ambition première est de rendre hommage à la mémoire des pionniers de la théologie négro-africaine, ceux qui sont encore en vie et ceux qui ont déjà basculé dans le village des ancêtres. Contrairement à d'autres cultures basées sur l'apparence, la matérialité et la superficialité, en Afrique, la vieillesse est un phénomène accepté dans la joie et la sérénité philosophique (ataraxie) du sage. Nous pouvons donc affirmer que dans les cultures négro-africaines, l'ancien (le vieux) constitue un lieu théologique de grande importance et fécondité. Nous le verrons au ~.5 du deuxième chapitre avec le processus de nomination mystique de l'ancêtre éponyme dans le Vodou béninois. A tous les chrétiens africains qui versent leur sang dans des guerres civiles interminables qui ravagent les pays africains depuis les années 60, je dédie respectueusement cet ouvrage récapitulatif et prospectif. Encore une fois, merci à tous ceux qui oeuvrent parfois dans l'ombre pour l'émergence d'un christianisme vraiment enraciné dans le génie négro-africain et capable de constituer le ferment spirituel pour la reconstruction du tissu culturel, social, spirituel, économique et politique des sociétés africaines postcoloniales. Poitiers le Il Juillet 2002. Fête de Saint Benoît.

16

INTRODUCTION.

PrésenterlO la théologie négro-africaine francophone]] , c'est nécessairement décrire et interpréter
10

. Nous nous sommes appuyé sur la présentation historique,

chronologique et thématique du paysage théologique négro-africain par le théologien congolais A. NOINDU-MUSHETEans son livre Les thèmes d majeurs de la théologie africaine, L'Harmattan, Paris, 1989. Nous trouvons à la fin de cet ouvrage synthétique une bibliographie complète des publications théologiques africaines qui va de l'année 1950 à l'année 1986. Elle constitue un outil précieux pour des recherches approfondies en théologie africaine. Dans la même perspective d'une présentation historique, chronologique et thématique de la production théologique négro-africaine nous renvoyons à Th. TSHIBANGU, théologie africaine. La Manifeste et Programn1e pour le développen1ent des activités théologiques en Afrique, Editions Saint Paul en Afrique, Kinshasa, 19871, 19902 ; KA MANA,Théologie africaine pour ten1ps de crise. Christianisme et reconstruction de l'Afrique, Karthala, Paris, 1993 ; R. GIBELLINI, Panorama de la théologie au U siècle, Cerf, Paris, 1994. (Lire plus précisément la section consacrée à la présentation synthétique de la théologie africaine, pp. 525-546) ; K. BLASER, a théologie au U siècle. L Histoire-Déjis-Enjeux, L'Âge d'homme, Lausanne, 1995. Nous avons aussi pris connaissance des études qui présentent les différents courants de la théologie négro-africaine sous forme de bilan rétrospectif et prospectif dans la mouvance théologique et pastorale du Synode des Evêques pour l'Afrique tenu à Rome en 1994. Parmi ces études nous citons: H. NOUEZI y A KUIZA,Jésus-Christ peut-il être africain ? La longue marche des chrétiens et théologiens africains dans leur rencontre avec Jésus-Christ, Ed. Hovine, Marquain (Belgique), 1993. (Préface de Mgr Martin BAKOLE WA ILUNOA,Archévêque de Kananga (ROC) ; H. DANETetE. MESSIMETOGO,« L'Afrique francophone », in J. Doré (Oir), Le devenir de la théologie catholique mondiale depuis Vatican Il. 1965-1999, Publication de la Faculté de Théologie et de Sciences Religieuses de l'Institut Catholique de Paris, Beauchesne, Paris, 2000, pp. 201-223 ; N.-Y. SOEDE, Théologie africaine, origine, évolution et méthode, ICAO, Abidjan, 1995 [L'auteur traverse les différents courants et auteurs de la théologie négroafricaine francophone dans une perspective résolument méthodologique. 17

Nous déplorons le caractère schématique et sommaire de son ouvrage et l'absence d'une documentation étoffée sur la constitution diachronique et dynamique du discours théologique négro-africain. Il n' y a pas une analyse approfondie et sérieuse des ouvrages d'auteurs cités; Ce qui ne donne pas un poids textuel aux jugements aléatoires portés sur différents théologiens africains. Ce livre propose des pistes pour une méthode scientifique et contextuelle en théologie africaine, sans pour autant donner des exemples empiriques d'application de cette méthode préconisée et annoncée. A ce titre, il demeure un ouvrage strictement programmatique. Nous déplorons surtout le caractère schématique et sommaire de cet ouvrage qui a par ailleurs le mérite de s'interroger sur les questions épistémologiques ardues de la méthode en théologie africaine à la suite des auteurs comme O. Bimwenyi - Kweshi, Th. Tshibangu, E. Messi Metogo...] ; 1. NDONGALA-MADUKU, Pour les Eglises régionales en Afrique, Karthala, Paris, 1999. (Préface d'Hervé Legrand) ; M. DATCHOUA-MOUKAN, théologie africaine, Thèse de doctorat en La théologie soutenue à l'Université de Strasbourg, 1988 ; NTEDIKA KONDE, «La théologie africaine. Bibliographie sélective (1925-1975) », Revue africaine de Théologie, Vo1. I, n02, 1977, pp. 149-266 ; Vol.lI, n03, 1978, pp. 141-156; Vo1.ll, n04, 1978, pp. 283-305; Vo1.II!, n05, 1979, pp. 121131 ; Vo1.IV, n06, pp. 257-265 ; Vo1.IV, n07, 1980, pp. 105-131. Nous renvoyons aussi à K.-A. DICKSON P. ELLINGWORTH & (éds.), Pour une théologie africaine, Clé, Yaoundé, 1969. ( Actes du congrès des théologiens africains tenu à Ibadan (Nigeria), en Janvier 1966 sous les auspices de la Conférence de l'Eglise de toute l'Afrique (CETA). Il . Pour une présentation du devenir de la théologie chrétienne africaine dans le monde anglophone nous renvoyons aux publications de K.-A. DICKSON, heology in Africa, Darton, Longman and Todd, Londres, New T York, Orbis Books, 1984 ; G.-H. MUZOREWA,The origins and development of African Theology, Orbis Books, New York, 1985 ; J.-S. POBEE, Toward an African Theology, Abingdon, Nashville, 1979 ; ELOCHUKWUugen UZUKWU, L'Afrique anglophone », in J. Doré (Oir), E « Le devenir de la théologie catholique n10ndiale depuis Vatican II. 19651999..., Op. cil., pp. 225-255 ; J. UKPONG,« La production théologique africaine », Concilium 219/1988, pp. 93-102 ; R. GIBELLINI (Ed), Paths of African Theology, New York, Orbis Press, 1994 ; E. MARTEY,African theology: lncu/turation and Liberation, Maryknoll, Orbis Books, New York, 1993 ; SHORTER, A., Toward a theology oj' Incu/turation, 18

théologiquement le mouvement de pénétration historique du christianisme occidental en Afrique subsaharienne. Le processus de christianisation de l'Afrique noire ne peut pas se concevoir et se comprendre sans l'explicitation du contexte historique et socio-politique dans lequel les Négro-Africains ont reçu la foi chrétienne par la prédication des missionnaires12 occidentaux depuis le XIXèmesiècle.
Maryknoll, Orbis Books, New York, 1988 ; J. HEALEY & D. SYBERTZ, Towards an African narrative theology, Paulines Publications Africa, Nairobi, 1996 ; Fr. ANEKWE-OBORJI, Trends in African Theology since Vatican II. A Missiological orientation, Printed by Tipografica Leberit, Via Aurelia 308, Romae, 1998. 12. La diffusion du christianisme en Afrique s'est effectuée en plusieurs phases. Les premiers siècles de la chrétienté virent l'évangélisation de l'Egypte et de l'Afrique du Nord. Une deuxième phase, concernant les régions de ce continent situées au sud du Sahara eut lieu aux XVe et XVIe siècles. Une troisième phase, caractérisée par un effort missionnaire extraordinaire a commencé au XIXe siècle. C'est cette troisième phase qui est unanimement considérée par les historiens de l'Eglise d'Afrique comme le point de départ de l'activité missionnaire de l'Europe en Afrique. El1e coïncide chronologiquement avec]' événement hautement politique du partage de l'Afrique à la Conférence de Berlin en 1885 entre les grandes puissances de ]'époque (la France, l'Angleterre, l'AIIemagne, le Portugal, l'Espagne, la Belgique...). II n'est pas exagéré d'affirmer que l'Afrique actueIle est une "production" politique et militaire de l'impérialisme occidental dont la Conférence de Berlin (1885) constitue le paroxysme de l'expression de la volonté de puissance du monde européen sur le continent africain. Toute analyse théologique, sociologique, historique, politique et économique des problèmes actuels de l'Afrique qui minimise la "production arbitraire et barbare" de l'Afrique par la volonté de puissance européenne à Berlin court le risque de l'insignifiance et de l'inconséquence épistémologiques. Le simple fait que des sociétés pétrolières françaises telles que Elf peuvent déposer un chef d'Etat démocratiquement élu (Pascal LISSOUBA)au Congo-Brazzaville est la preuve tangible de l'emprise militaire et politique de l'Europe sur l'Afrique. L'exploitation de l'Afrique par des Lobbies occultes occidentaux se déroule dorénavant par dictateurs africains interposés. Nous ne pouvons plus faire en Afrique une théologie éthérée, folklorique, 19

La théologie africaine apparaît comme la réponse que les chrétiens africains donnent à la question qui leur a été posée par la pénétration coloniale du christianisme occidental en Afrique noire. Nous pouvons envisager la théologie africaine comme un effort de réception critique, libre et responsable du christianisme missionnaire et colonial par les Eglises africaines. La pénétration du christianisme occidental en Afrique noire implique une rencontre conflictuelle et critique entre l'épistémologie de la modernité occidentale avec sa rationalité instrumentale (technique, militaire) et physico-mathématique d'une part, et l'épistémologie de la tradition africaine, avec sa rationalité symbolique et mythique d'autre part. La collision entre ces deux types de rationalité induit nécessairement un conflit d'hégémonie (suprématie) religieuse, culturelle, militaire, politique et économique. C'est la raison pour laquelle nous faisons d'entrée de jeu le choix
amnésique et euphorique qui ne regarde pas en face les forces occultes qui étranglent l'Afrique depuis quatre siècles au nom de la raison du plus fort. Cette collusion initiale entre la colonisation de l'Afrique et son évangélisation va surdéterminer sensiblement la réception du christianisme missionnaire par les Négro-Africains. Les conséquences de cette imbrication initiale et dangereuse entre l'ordre politique (imposition coloniale) et l'ordre religieux (évangélisation) va structurer et déterminer la morphologie et le fonctionnement actuels du christianisme négroafricain. Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir au niveau de la transformation des mentalités coloniales dans les Eglises majoritaires d'Afrique, toujours sous tutelle financière, théologique et idéologique par rapport aux Eglises minoritaires d'Europe. Nous nous situons ici sur le plan de la démographie et de la vitalité pastorale pour constater un glissement significatif du centre de gravité du christianisme mondial de l'hémisphère Nord devenue minoritaire vers l'Hémisphère Sud devenue majoritaire. Il faudra tenir compte de cette inversion des rapports de force dans la collaboration entre les Eglises d'Afrique et celles d'Europe à l'aube du XXlèmesiècle.
20

méthodologique et épistémologique de présenter le paysage théologique négro-africain francophone à partir d'une grille de lecture résolument théologique et politique. Notre méthodologie va valoriser le procès de constitution diachronique (historicité) du discours théologique négro-africain. Parce qu'il existe une circularité herméneutique et dialectique entre la crise13 africaine
13

. Cette interactiondialectiqueentre la "crise africaine" et le "discours

théologique négro-africain" a été magistralement analysée par le théologien sénégalais L. DIOUFdans son ouvrage Eglise locale et crise africaine. Le diocèse de Dakar, Karthala, Paris, 2001. Pour L. Diouf" La crise africaine est aussi et surtout d'ordre culturel, un culturel où il est particulièrement difficile de séparer culture et religion. L'attestent au Sénégal, deux tén10ins majeurs, l'Eglise locale et I 'lslan1 sénégalais" (p.285). C'est la thèse principale que l'auteur argumente, corrobore et explicite dans le livre susmentionné. En d'autres termes, les facteurs (paramètres) culturels et religieux sont beaucoup plus originaires et déterminants pour comprendre l'étiologie de la crise africaine que les causes politiques et économiques. Deux considérations épistémologiques orientent sa réflexion: d'une part, la crise africaine puise ses racines dans la traite des Nègres, l'esclavage, la colonisation et la faillite des indépendances politiques dans les sociétés négro-africaines postcoloniales (dimension panafricaine et universelle de la crise africaine) ; d'autre part, chaque pays vit la crise selon la spécificité de son contexte social, politique, culturel, religieux et économique (dimension locale et particulière de la crise africaine). La crise du Sénégal n'est pas identique à celle de la République Démocratique du Congo (55 millions d'habitants) ou du Nigeria (120 millions d'habitants). La conclusion de l'auteur consiste à soutenir que l'approfondissement théologique du message chrétien (inculturation, œcuménisme et dialogue avec les autres traditions religieuses du continent) constitue l'une des principales stratégies de sortie de la crise africaine. Les Eglises locales africaines ont un rôle à jouer dans la proposition effective des stratégies spirituelles, théologiques, politiques et pastorales de sortie de la crise qui paralyse le continent depuis plus de cinq siècles. En cherchant des moyens spirituels, culturels et théologiques pour sortir de la crise, la théologie africaine apportera sa contribution spécifique à la crise morale de I'humanité à l'âge de la mondialisation technologique, publicitaire, consumériste, athée et 21

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.