Philosophie des Lumières et valeurs chrétiennes

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Ces études tentent de nuancer l'opposition qui, au XVIII° siècle, mit aux prises promoteurs des Lumières et légataires de l'héritage chrétien, en soulignant la complexité des relations unissant ces deux conceptions de l'humanité, grâce à l'analyse de grands textes littéraires ou philosophiques, qui permet de dégager une voie médiane entre foi et raison.
Publié le : samedi 1 mars 2008
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EAN13 : 9782296191679
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Philosophie des Lumières et valeurs chrétiennes
Hommage à Marie-Hélène Cotoni

Dernières publications du CENTRE TRANSDISCIPLINAIRE D'ÉPISTEMOLOGIE DE LALITTERATURE (Université de Nice-Sophia Antipolis)
Censure, autocensure et art d'écrire Jacques Domenech éd. éditions Complexe, Bruxelles, 2005
Le Rythme dans la poésie et les arts et réalité artistique

Interrogation philosophique

Béatrice Bonhomme et Micéala Symington éd. Paris, Honoré Champion, 2005
us Genres littéraires émergents

Jean-Marie Seillan éd. éditions L'Harmattan, 2005
Voltaire et l'hybridation desgenres

Marie-Hélène Cotoni éd. Revue Voltaire, n° 6, PUPS, 2006
Fiction narrative et hybridation générique, dans la littérature franfaise

Hélène Baby éd. éditions L'Harmattan, 2006
u Trait. De la lettre à la figure

Béatrice Bonhomme, Micéala Symington, Sylvie Ballestra-Puech éd. éditions L'Harmattan, 2007 (2 volumes) Sous presse:
Le Rêve et la ruse dans la traduction de poésie

Béatrice Bonhomme et Micéala Symington éditions Honoré Champion

éd.

Libres horizons. Hommage à Arlette et Roger Chemain Textes réunis par Micéala Symington et Béatrice Bonhomme L'Harmattan

Le CTEL publie également la revue en ligne Loxias à l'adresse http://revel.un.ice.fr/loxias/

Christiane

Textes rassemblés par Mervaud et Jean-Marie

Seillan

Philosophie des Lumières et valeurs chrétiennes
Hommage à Marie-Hélène Cotoni

L'Harmattan

Ouvrage publié avet le ton~'ours du Centre Transdistzplinaire d'Épistémologie de la Littérature, de l'université de Nite-S ophia Antipolis et de la Voltaire Foundation

L'HARMATTAN, 2008 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005

@

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-05034-1 EAN: 9782296050341

I

L

C'est avec enthousiasme que collègues et amis de Marie-Hélène Cotoni ont contribué à cet hommage qui, dans l'esprit de ceux qui les ont sollicités et de ceux qui ont répondu à leur appel, reste étranger à toute idée de retraite, et encore plus de «retrait ». Dans une carrière bien remplie où les livres ont été de fidèles compagnons, livres lus et relus pour le plaisir ou par obligation professionnelle, livres analysés et commentés pour les étudiants, livres composés et rédigés pour le plus grand profit de leurs lecteurs, cet ouvrage prétend tout au plus se glisser dans la bibliothèque de Marie-Hélène, y prendre une petite place pour marquer une étape. Nous voulons dire à Marie-Hélène combien sa présence, au sein de nos institutions et de nos groupes de travail, nous a été, nous est et nous sera précieuse. Originaire par sa famille paternelle de Bisinà, un village de Corse auquel elle est demeurée attachée, comme aux Monts du Lyonnais d'où est issue sa famille maternelle, Marie-Hélène Cotoni a fait ses études secondaires et ses classes préparatoires aux lycées Calmette et Masséna de Nice, avant de devenir, en 1959, élève de l'École normale supérieure de Sèvres. Agrégée de lettres classiques en 1962 à l'âge de vingt-quatre ans, elle occupe un premier poste dans l'enseignement secondaire à Nîmes, devient directrice d'études au centre de formation des PEGC de Nice, avant d'être nommée en 1969 assistante de Littérature française à la faculté des lettres de la même ville, où elle fera la totalité de sa carrière. Elle a soutenu en 1972 une thèse de Ille cycle sur Rousseau, puis en 1979, devant un jury composé des Professeurs Henri Coulet, Roland Desné, Robert Mauzi, Paul Vernière et René Pomeau, directeur de recherche, une thèse de doctorat d'État sur la lecture critique du Nouveau Testament par les Philosophes du dix-huitième siècle, publiée à Oxford par la Voltaire Foundation en 1984. Maître-assistante en 1973, professeur depuis 1987, aujourd'hui professeur émérite, elle a assuré durant plus de trente ans le cours d'agrégation sans jamais cesser, selon son désir, de dispenser des cours aux étudiants de tous les niveaux. On devine à quel point la rigueur de son enseignement a marqué les générations d'étudiants niçois qu'elle a formés à la littérature des Lumières ou dont elle a été, avec une vigilance et une exigence réputées, la directrice de recherche. À ces fonctions d'enseignement elle n'a jamais hésité à ajouter de lourdes responsabilités. En matière d'administration, elle a siégé au Conseil de l'École doctorale Lettres de l'Université de Nice et au Conseil Scientifique de son UFR. En matière de recherche plus encore, elle a été responsable du DEA Littératures et civilisationset directrice de 1997 à 2002 du Centrede Recherches littéraires pluridisczplinaires (équipe d'accueil 1758). Dans ces dernières tâches, elle a donné aux activités de recherche et aux publications du Centre un essor considérable: on lui doit en

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particulier l'organisation de vastes cycles de conférences ayant abouti à la publication des deux volumes Nourritures et écriture,parus en 1999 et en 2000. La diversité de ces compétences lui a valu à plusieurs reprises d'être désignée comme expert auprès de la Mission scientifique du Ministère. Marie-Hélène, qui a porté haut le flambeau des études dix-huitiémistes, reste surtout pour ceux qui l'ont d'abord lue, qui la rencontrent lors de colloques ou la côtoient dans des réunions savantes, l'incarnation d'un certain nombre de vertus universitaires qui ne sont pas les choses du monde les mieux partagées: la tolérance qui n'exclut pas la fermeté souriante, la lucidité tempérée d'un zeste d'humour, le dévouement à la cause commune alliée à une réelle efficacité. MarieHélène a su nous passionner par ses recherches savantes. On se souvient de la découverte de sa thèse sur l'Exégèse du Nouveau Testament dans la philosophiefranf'Clzse du dix-huitième siècle,un grand ouvrage assurément et une saine leçon de critique démontrant qu'une certaine empathie, une véritable largeur de vues sont indispensables pour éviter toute approche partisane ou réductrice. Ce large panorama où se côtoient des figures connues et moins connues a été suivi de bien d'autres études, toutes marquées au coin de la finesse des analyses, sur Challe, sur Marivaux, sur la littérature philosophique clandestine, sur la duchesse de SaxeGotha dont elle a édité en 1999 la correspondance avec Frédéric II, sur les frères ennemis, Jean-Jacques Rousseau et Voltaire, auxquels elle s'est intéressée avec le même bonheur: au premier, elle a consacré une étude stylistique de la Lettre deJeanJacques Rousseau à Christophede Beaumont et divers articles; le second, pour la plus grande satisfaction des voltairistes, a su retenir son attention, comme en témoignent maintes publications et les éditions pour les Œuvres complètesde Voltaire auxquelles elle prend part, car Marie-Hélène fait partie de ces universitaires qui ne craignen t pas de s'engager dans des travaux collectifs avec leurs con train tes propres, toujours respectées scrupuleusement par elle. Depuis plusieurs années, elle fait partie du comité scientifique et éditorial de diverses revues et collections. Si riche qu'il soit, ce dossier érudit n'épuise cependant pas l'intérêt manifesté par Marie-Hélène à la littérature: on se gardera d'oublier ses œuvres de fiction, romans, nouvelles, poèmes qui ont été, pour nous, un véritable régal. Aussi le vœu de ses collègues de Nice et de la communauté dix-huitiémiste estil que les pages qui suivent lui disent toute leur admiration et lui procurent autant de plaisir que celui que tous éprouvent en sa compagnie.
Christiane MERV ADD Jean-Marie SEILLAN

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Publications de Marie-Hélène Cotoni

TRAVAUX ET L'HISTOIRE

SUR LA LITIERA TURE DES IDEES DU XVIIIe SIECLE

«Les valeurs rythmiques dans la Lettre de Jean-Jacques Rousseau à Christophe de Beaumont», Annales de la SociétéJ. -J. Rousseau,XXXVIII,1974, p. 61-103. «Ébauches d'étude comparative des religions dans la littérature clandestine du XVIIIe siècle », Annales de la Faculté desLettres et Scienceshumaines de Nice, na 22, 1974, p. 81-97. « Dénigrement de la Providence et défense des valeurs humaines dans les manuscrits clandestins de la première moitié du XVIIIe siècle », Colloque international de Yale, 1975, Actes du quatrième Congrèsinternationaldes Lumières, SVEC 152, Oxford, The Voltaire Foundation, 1976, p. 497-513. La Lettre de Jean-Jacques Rousseau à Christophe de Beaumont, listique, Paris, Les Belles Lettres-C.E.L., 1977, 240 pages. étude sty-

«Les manuscrits clandestins du XVIIIe siècle: nouveaux éléments et questions nouvelles », RH.L.F., 1977, na 1, p. 24-29. «Images, esprit, sensibilité dans quelques lettres de Voltaire (août-sept. 1749) », Hommage à PierreNardin, Annales de la Faculté desLettres et Scienceshumaines deNice, na 29,1977, p. 137-146. « La critique biblique en 1778 », Actes du Colloqueinternationalde Paris de juillet 1978, Le Monde desLumières en 1778, Dix-huitième siècle,n° 11, 1979, p. 213-233. «La mort et l'immortalité dans les Dialogues d'Evhémère et dans les Rêveries du Promeneursolitaire», Actes du Colloqueinternationalde NÙ'e organisé par M.- H. Cotoni et M. Launay, en juin 1978, Rousseau et Voltaire en 1776-1778, Section 2 : «La mort et l'immortalité selon Voltaire et Rousseau en 1776-1778 », Textes et documents,Nice, 1979, p. 44-60. «L'image du Christ dans les courants déiste et matérialiste français du XVIIIe siècle », Colloque international de Pise, 1979, Actes du cinquièmeCongrèsinternational desLumières, SVEC192, Oxford, The Voltaire Foundation, 1981, p. 1093-1100.

Il

Actes du Colloqueinternationalde Nice de juin 1978, Rousseau et Voltaire en 1776-1778, Section 5 (éd.) : « Rousseau et Voltaire vus par l'étranger », Genève-Paris, Slatkine, 1981, Avant-propos, p. 1-2. «Julien au siècle des Lumières » (en collaboration avec Laurence Viglieno), L'Empereur Julien, Études rassemblées par Jean Richer, tome II, De la légendeau mythe, Paris, Les Belles Lettres, 1981, p. 11-40. «L'image d'Épictète dans le rationalisme des Lumières », Troisfigures de l'imaginaire
littéraire, Actes du dix-septième Congrès de la Société française de littérature générale et comparée,

Nice, 1981, recueillis et publiés par É. Gaède, Annales de la Faculté des "Lettreset ScienceshumainesdeNice, n° 22, Première série, 1982, p. 111-117. « Rabelais maître et serviteur de Voltaire », MélangesJean L.armat,Annales de la Faculté des uttres et Sciences humaines de Nice, n° 39, 1982, p. 465-472. Rééd. in Rabelais humanistesérieux et divertissant,Bruxelles, 1995, p. 99-107. L'Exégèse du Nouveau huitième siècle, SVEC pages. Testament dans la philosophie française du dix220, Oxford, The Voltaire Foundation, 1984, 445

« La résurgence du mythe messianique dans l'œuvre de Rousseau et de Voltaire », Hommage à Jean Richer, Annales de la Faculté des "Lettreset Scienceshumaines de Nice, n° 51,1985, p. 109-115. « Quelques lecteurs de la Bible : Voltaire, Rousseau, Diderot », u SiècledesLumières et la Bible, sous la direction d'Yvon Belaval et Dominique Bourel, Paris, Beauchesne, coll. Bible de tous les temps, 1986, p. 779-803. «La feinte et le soupçon dans Le Prince travesti de Marivaux », Hommage à Claude Digeon,Publicationsde la Faculté desuttres et Scienceshumaines de Nice, n° 36, 1èresérie, 1987, p. 67-77. «Dépaysement, dissonances, diatribe: André Destouches à Siam », Le siècle de Voltaire, Hommage à René Pomeau, Oxford, The Voltaire Foundation, 1987, p. 291303.
«Le merveilleux dans L.a Princesse de Babylone », Études corses, Études littéraires, Mélanges offerts au Dqyen F. Pitti-Ferrandi, Paris, éd. du Cerf, 1989, p. 332-342. «Un exemple d'apologétique face à la pensée rationaliste: dans L.a raison de lafoi», Colloque international de Budapest, congrès international des Lumières, SVEC 263, Oxford, The 1989, p. 409-413. « Voltaire et l'Ecclésiaste "Lettres et Sciences humaines de Nice, n° 3, nouvelle emprunts et critiques 1987, Actes du septième Voltaire Foundation,

», Hommage à Claude Faisant, Publications de la Faculté des série, 1991, p. 163-174.

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« La référence à la Bible dans les Lettresphilosophiquesde Voltaire », RH.L.F., 1992, n° 2, p. 198-209. «Image et discours de Jean-Jacques dans la Grande disputeau Panthéon entreMarat et Jean-JacquesRousseau, de Dubrail (1794) », Rousseauand the eighteenthcentury,Essqys in memoryofR A. Leigh, Oxford, The Voltaire Foundation, 1992, p. 369-384. «Aspects de la démythification au dix-huitième siècle: la figure du Christ dans les écrits rationalistes français », L'Éternel retour, Centre international de l'étude des mythes, Publicationsde la Faculté desLettres, Arts et Scienceshumaines deNice (C.RLP.), nouvelle série n° 6, 1992, p. 109-116. «La progression dramatique dans Les Illustres françaises», Leçons sur les Illustres Françaisesde Robert Challe,Actes de la Table ronde de Créteil,Textes réunis et publiés par G. Artigas-Menant et J. Popin, Paris, diffusion Champion-Slatkine, 1993, p. 241-255. Résumé de la communication présentée au séminaire d'O. Bloch (paris l, 12 décembre 1992), « La question de la liberté selon Robert Challe », La Lettre clandestine,n° 2, octobre 1993, p. 10. Rééd. Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, 1999, p. 120-121. « Libre arbitre et passion selon Robert Challe », à partir de la communication présentée au séminaire d'O. Bloch, Leçons sur les IllustresFrançaisesde Robert Challe, Actes de la Table ronde de Crétei4 Textes réunis et publiés par G. Artigas-Menant et J. Popin, Paris, diffusion Champion-Slatkine, 1993, p. 257-281. « Du dramatique au tragique: la scène des vœux monastiques interrompus dans Les illustresFrançaisesde Robert Challe et La Religieusede Diderot », RH.L.F., 1993, n° 1, p. 62-72. « L'humour brimé dans Oberman», MélangesAndré Daspre, Publications de la Faculté desLettres,Arts et ScienceshumainesdeNice, n° 15, nouvelle série, 1993, p. 153-161. « Le Jésus d'un déiste anticlérical », Notre Histoire, novembre 1993, Numéro spécial Voltaire (nO 105), p. 44-47. V oltaire, Dictionnairephilosophique,Œuvres complètes Voltaire, tome 36, éd. critique de sous la direction de Christiane Mervaud, articles « Grâce », « Messie », « Philosophe », «Prophètes », « Salomon », « Secte », « Théiste », « Tolérance », «Torture », « Transsubstantiation », Oxford, The Voltaire Foundation, 1994. «Écraser l'Infâme )), tome IV de Voltaire en son temps, sous la direction de René Pomeau, chapitres XIII « Voltaire lit la Bible» et XVIII « Voltaire et la parvulissime », Oxford, The Voltaire Foundation, 1994. Édition revue et corrigée, Oxford-Paris, Voltaire Foundation-Fayard, 1995, tome II. On a voulu l'enterrer,tome V de Voltaire en son temps, sous la direction de René Pomeau, chapitre XI «Dieu, la Bible, Evhémère », Oxford, The Voltaire

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Foundation, 1994. Édition revue et corrigée, Oxford-Paris, Voltaire FoundationFayard, 1995, tome II. Dictionnaire de Voltaire, sous la direction de J. Lemaire, R. Trousson et J. Vercruysse, articles «Histoire de l'établissementdu christianisme «Relation de la maladie », [ ..J duJlsuite Berthier», « Relation du voyagede Frère Garassise», Bruxelles, Espaces de liberté, 1994. Le Dictionnaire philosophique de Voltaire, Parcours critique, Textes recueillis et présentés par M.-H. Cotoni, Paris, Klincksieck, 1994, 192 pages, Présentation p. 3-32. « Du 'malheureux amant' à 'Raton dans sa chatière' : quelques images de Voltaire à travers sa correspondance », Europe, mai 1994, Numéro spécial Voltaire, p. 16-33. «Présence de la Bible dans la correspondance Voltaire Foundation, 1994, p. 357-398. de Voltaire », SVEC 319, Oxford,

« État présent des travaux sur la correspondance de Voltaire », Pour encourager les autres, Studies for the tercentenary of Voltaire's birth, 1694-1994, ed. by H. Mason, SVEC 320, Oxford, Voltaire Foundation, 1994, p. 283-310. «Le rire dans la correspondance de Voltaire. L'année 1766: esprit, ironie, humour », Rires et sourires littéraires, Études réunies par A. Faure, Publications de la Faculté des Lettres, Arts et Sciences humaines de Nice, (C.RLP.), na 16, nouvelle série, 1994, p. 111-131. «Histoire et polémique dans la critique biblique de Voltaire: le Dictionnaire philosophique », Raison présente, Numéro spécial (na 112), 4ème trimestre 1994, p. 2747.

«Le rire, la plainte et le cri dans les dernières années de la correspondance de Voltaire », La quête du bonheuret l'expressionde la douleurdans la littérature et la pensée françaises,MélangesOfferts CorradoRosso, Genève, Droz, 1995, p. 461-475. à Le Dictionnaire philosophique de Voltaire, leçons et questions, Actes du colloque ~oltaire" Nice, 3-4 février 1995, organisé par M.-H. Cotoni (éd.), Publications de la Faculté des Lettres, Arts et Sciences humaines de Nice, nouvelle série n° 20, 1995, 138 pages. Avant-propos p. 7-12. « Les incipit des articles du Dictionnaire philosophique », p. 71-90. «Les personnages bibliques dans le Dictionnairephilosophique de Voltaire », Table ronde sur le Dictionnairephilosophique de Voltaire, organisée par S. Menant, ParisIV, 14 janvier 1995, RH.L.F., 1995, na 2, p. 151-164. Inventaire Voltaire, sous la direction d'A. Magnan, J. Goulemot, D. Masseau, articles « Âme », « Antéchrist », «Apocryphes », « Apôtres », « Baptême », « Bible », « Bible (La) enfin expliquée)), « Bien (souverain) », «Blasphème », «Calmet, dom Augustin », « Célibat », « Christianisme », «Circoncision », « Collectiond'anciens évangiles »,

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« Commandements », «Confession », «David », «Défense de mon oncle (La) », « Déluge », «Diable », «Dieu », « Dieu et les hommes », «Discours de l'empereur Julien contre les chrétiens », «Dogmes », «Enfer », «Épître aux Romains », «Évangile », « Évangile de la raison (L') », « Ézéchiel », « Foi », « Genèse », « Grâce », « Histoire de l'établissement du christianisme », «Homélie du Pasteur Bourn », «Homélies prononcées à undres en 1765 », «Jansénisme », «Jésus », «Job », «Julien l'Apostat », « Lettres à S.

A. Mgr le Princede *** [. . .J », «

Marie

(Vierge)

», « Martyrs

», « Messe

», « Miracle

»,

« Mystiques », «Nouveau Testament », « Précis de l'Ecclésiaste », «Profession defoi des théistes », « Prophètes », « Purgatoire », «Questions de Zapata (Les) », «Questions sur les miracles », « Reliques », «Rousseau J ean-J acques », « Sainteté », « Secte », « Sentiment des citoyens », « Théiste », « Trinité », Paris, Gallimard, 1995. «Le Moyen Âge au secours du siècle des Lumières », Moyen Age et Renaissance,
et Sciences Hommage au Professeur François Rot!)', Publication de la Faculté des Lettres, Arts

humainesdeNice, nouvelle série n° 22, 1995, p. 289-303. Dictionnaire de J. -J. Rousseau, sous la direction de R. Trousson et M. Eigeldinger, articles « Bible, «Jésus-Christ », « Lettre à Christophede Beaumont », Paris, Champion, 1996. «Les égarementsde deux néophytes dans le monde, La Vallée et Meilcour », RH.LF. (nO spécial Crébillon fils), 1996, n01, p. 45-70. « Les marginaliade Voltaire dans les œuvres de saint Augustin », Hommage au Doyen Weiss, Publication de la Faculté des Lettres, Arts et Scienceshumaines de Nice, nouvelle série n° 27,1996, p. 247-258. «Une lettre oubliée de Voltaire à Frédéric II », S1/EC Foundation, 1996, p. 165-167. 341, Oxford, Voltaire

«L'autoportrait dans la Paméla de Voltaire », Actes du colloque international de Nice, Autobiographie etfiction romanesque. utour des ConfessionsdeJ.J. Rousseau, 11-13 A janvier 1996, organisé par J. Domenech, Publicationsde la Faculté des Lettres, Arts et ScienceshumainesdeNice (C.RL.P.), nouvelle série n° 37, 1996, p. 99-110. «La notion d'incertitude dans l'examen des religions du 'Pseudo-Vallée' à Voltaire ('Pseudo-Vallée', Challe, Meslier, Voltaire) », Actes de la Journée de Créteil du 12 avril 1996, recueillis par G. Artigas-Menant et A. Mckenna, La Lettre clandestine, n° 5, 1996, Presses de l'Université Paris-Sorbonne (1997), p. 333-352. «Les clausules des articles du Dictionnairephilosophique», Actes du congrès international Voltaire et ses combatsd'Oxford-Paris, 25 sept.-5 oct. 1994, sous la direction d'U. I<:.olving et C. Mervaud, Oxford, The Voltaire Foundation, 1997, tome I, p. 365-376.

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«La séduction dans La Double inconstancede Marivaux et La Répétition ou l'amour puni d'Anouilh », Littérature et séduction, Mélanges en l'honneur de Laurent Versini, I<lincksieck, 1997, p. 607-618. «Les images dans les Rêveries du Promeneur solitaire», us solitaire,Paris, Ellipses, 1997, p. 83-96. Rêveries du Promeneur

Actes du colloque international de Nice, Aspects du jyrismedu xvre au XIXe siècle,des 5-6 décembre 1997 (éd. en collaboration avec]. Rieu et].-M Seillan): «Le thème du vieillissement dans Les Rêveriesdu Promeneursolitaire», Publicationsde la Faculté des Lettres, Arts et Sciences humaines de Nice, (C.RL.P.), nouvelle série n° 42, 1998, p. 105-117. «Portrait de Frédéric le Grand à l'antique à travers quelques correspondances », Antiquités et nouveaux mondes,Publié par J. Rieu, tome II, Publicationsde la Faculté des Lettres, Arts et Scienceshumaines de Nice (C.RLP.), nouvelle série n° 52, 1998, p. 2553. «Ironie, esprit, humour dans les lettres de Frédéric le Grand à la duchesse de Saxe-Gotha », Mots chiffrés et déchiffrés,Mélanges offerts à Étienne Brunet, Textes rassemblés par S. Mellet et M. Vuillaume, Paris, Champion, 1998, p. 403-421. «Le christianisme de Rousseau au temps des Rêveriesdu Promeneursolitaire», Études J.J. Rousseau, n° 10, Spiritualité de Rousseau, Dossier réalisé par G. Johnston et T. L'Aminot, 1998, p. 57-75. Nourritures et écriture (éd.), tome 1, Littératures étrangères, Littérature comparée et Arts, Textes recueillis et présentés par M.-H. Cotoni, Publications de la Faculté des Lettres, Arts et Sciences humaines de Nice (C"R"L"P,,),nouvelle série n° 57, 1999, 306 pages. Avant-propos p. 7-17. Dictionnaire de Diderot, sous la direction de R. Trousson et R. Mortier, articles «J ésus », «La Vérité, ou les mystères du christianismeapprofondisradicalement[..J de Bébescourt ( ?) » Paris, Champion, 1999. «Le Traité sur la toléranceet l'article 'Tolérance' du Dictionnairephilosophique», Traité sur la tolérance, aris, Ellipses, 1999, p. 49-61. P Correspondance de Frédéric II avec Louise-Dorothée, duchesse de SaxeGotha, (1740-1767), Édition critique avec introduction, variantes et notes, SVEC376, Oxford, The Voltaire Foundation, 1999, XI-352 pages. «Les références à la Bible dans le Traité sur la tolérance Actes de la Table ronde de », Rouen du 24 novembre 1999 sur le Traité sur la tolérance,organisée par F. Bessire, Lectures d'une œuvre: Traité sur la tolérance, aris, Éd. du Temps, 2000, p. 71-81. P Nourritures et écriture (éd.), tome II, Littératures d'expression française, Textes recueillis et présentés par M.-H. Cotoni, Publications de la Faculté des Lettres, Arts et Sciences humaines de Nice (CR"L"P,,), nouvelle série

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n° 62, 2000, 340 pages. Avant-propos p. 7-11, « Cultures et culture dans la correspondance d'un roi soldat et philosophe, Frédéric le Grand», p. 169184. «Ambivalences et ambiguïtés dans le Traité sur la tolérance Études sur le Traité sur », la tolérance de Voltaire, sous la direction de N. Cronk, Oxford, The Voltaire Foundation,2000,p.174-190. «Aperçus sur la littérature clandestine dans la correspondance de Voltaire », Materia actuosa,Antiquité, Age classique,Lumières, Mélanges en l'honneur d'Olivier Bloch, Paris, Champion, 2000, p. 635-655. «Présence de Voltaire dans la correspondance de Frédéric II avec l'élite intellectuelle européenne », Voltaire en Europe, Hommage à ChristianeMervaud, Oxford, The Voltaire Foundation, 2000, p. 125-141. Voltaire, Saül, édition critique, avec introduction et notes (en collaboration avec H. Lagrave), Œuvres complètes de Voltaire, 56A, Oxford, The Voltaire Foundation, 2001, p. 327-540. «La voix narrative dans les Rêveries du Promeneur solitaire», Actes du Colloque international sur La Voix narrative,organisé par le Centre de narratologie de Nice, 6-8 avril2000, Cahiersde narratologie, a 10, Nice, 2001, vol. 1, p. 297-306. n «Une tragédie de Voltaire en marge de toute règle: Saül», Mar;ginalitéet littérature, Hommage à ChristineMartineau, Nice, 2001, p. 407-421. «Réplique à Jean Goldzink» 325. (sur Robert Challe), RH.L.F., 2001, na 2, p. 324-

« Intertextualité et humour dans Le Taureau blancde Voltaire », Nouvelles approchesde l'intertextualité,Narratologie,na 4, Nice, 2001, p. 97-108. «Usage du distinguo et art du dédoublement dans Le Cabinet du philosophe de Marivaux », Études sur lesJournaux de Marivaux, sous la direction de N. Cronk et F. Moureau, Oxford, VIF, 2001, p. 75-93. «Bible et création littéraire », Actualité de Voltaire, Hommage à René Pomeau, Revue Voltaire, na 1, Presses de l'Université Paris-Sorbonne, 2001, p. 53-67. «La Duchesse de Saxe-Gotha entre christianisme et Lumières », Actes du colloque international de Lyon, Christianismeet Lumières, 30 nov.-2 déco 2000, Dixhuitièmesiècle,na 34, numéro spécial sous la direction d'A. McIZenna et S. AlbertanCoppola, 2002, p. 315-324. « La référence à la Bible dans les contes de Voltaire », Roman et religionen France (1713-1866), Textes réunis, présentés et édités par J. Wagner, Paris, Champion, 2002, p. 103-120.

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« En route pour Berlin : Voltaire poète et épistolier », Actes du douzième colloque international du Centre de recherche sur la littérature des voyages, 12-14 mars 1999, La N apoule- Mandelieu, Poésie et vqyage. De l'énoncé viatique à l'énoncé poétique, Études réunies et présentées par S. Linon-Chipon, V. Magri-Mourgues et S. Moussa, Mandelieu-La Napoule, éd. La Mancha, 2002, p. 101-118.

«Sur

les

Juifs: Hypothèses

sur un manuscrit de Voltaire », Actes de la Septième

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sur l~ge classique et le siècle philosophique, Hommage solitaire », Poétique de la pensée, Études

àJean Dagen, Paris, Champion, 2006, p. 235-247.
SOUS PRESSE

« Variations critiques sur le séjour de l'apôtre Pierre à Rome dans les additions de 1769 à l'Essai sur les mœurs et dans les Questions sur l'Ençyclopédie Actes du colloque », international de Pise, 29 juin-2 juillet 2005, CoPier/coller.Réemploi, reprise, réécriture dans l'Essai sur les mœurs et les Questions sur l'Encyclopédie de Voltaire, organisé par G. Goggi, PLUS-Pisa University Press, 2007, p. 61-68. «Réflexions sur le corps et les passions chez deux auteurs déistes, Challe et Voltaire », Colloque international Robert Challe et lespassions, Université Paris XII, 4-6 mars 2004, Paris, Presses universitaires de Paris-Sorbonne, 2007. Œ. C. de V oltaire, tome 38, Questions sur IEnryclopédie I, articles «Abraham », «Adam », «Agar », «Ararat », Oxford, The Voltaire Foundation, 2007.
À PARAITRE

Édition critique des Œuvres complètesde Voltaire, avec introduction et notes, Oxford, Voltaire Foundation: - Tome 22, Essai sur lesmœurs,tome I, chapitres 1, 2, 8, 9, 10 et 11. - Tome 39, Questions sur l'Enryclopédie,tome II, articles «Athéisme », «Autels ». - Tome 49A (1758-1759), Précisdu Cantique des cantiqueset Précisde l'Ecclésiaste. - Tome 45 (1753-1757), «Des Juifs ». - Tome 61 (1766) Dialoguedu douteuret de l'adorateur. - Tome 84 (Varia), « Sur les Juifs» et « Notes on the Jews ». «La coexistence des registres dans les dernières lettres de Voltaire », Hommage à Anna Jaubert, Louvain-la-Neuve, éd. Academia-Bruylant, 2008. « Voltaire et les princesses de Prusse» Actes du colloque d'Aix des 6-7 octobre 2006, Voltaire. Correspondance t réseaulittéraire.Nouvelles approches,Revue Voltaire, n° 8, e Presses universitaires de Paris-Sorbonne, 2008.

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Actes du colloque international Voltaire et les manustritsphilosophiquest'landestins,1516 juin 2007 organisé par G. Artigas-Menant, M.-H. Cotoni et A. McIZenna : « Présentation )), Revue Voltaire, n° 8, 2008 ; « Fluctuations de Voltaire sur quelques figures de la littérature philosophique clandestine », La Lettre tlandestine, n° 16, 2008.
COMPTES RENDUS

- W. H. Trapnell, Voltaire and the Eutharist, SVEC 198, 1981, RH.LF., 1984, p. 116-117. - Actes de la Table ronde des 6-7 juin 1980 à Paris IV, Le Matérialisme du XVIIJe siètle et la littérature tlandestine, sous la direction d'O. Bloch, Paris, J. Vrin, 1982, RH.LF. 1984, p. 457-459. - Voltaire en son temps. René Pomeau, 1. D'Arouet à Voltaire, Oxford, 1985, « Quand Voltaire nous est conté », Nite-Matin, décembre 1985. - Patrick Coleman, Rousseau'spolitital imagination,Rule and Representationin the Lettre à d'Alembert, Droz, 1984, RH.LF. 1986, p. 762-763. - Œ. C. de Voltaire, tome 62 (1766-1767), éd. critique, Oxford, 1987, RH.L.F., 1989, p. 717-718. - Œ. C. de Voltaire, tome 33, Œuvres alphabétiquesI, éd. critique sous la direction de J. Vercruysse, Oxford, 1987, RH.L.F., 1989, p. 718. - Études Jean-Jatques Rousseau, n° 1 et 2, Reims, 1987 et 1988, RH.LF., 1989, p.1059-1060. - Ruth Whelan, An Anatomy of superstition,a Stucjy of the Historital Theoryand Prattite of PierreBqyle, SVEC 259, 1989, RH.L.F. 1992, p. 109-110. - SVEC n° 267 (Mélanges),1989, RH.LF., 1992, p. 116-117. - Œ. C. de Voltaire, tome 14 (1734-1735), éd. critique, Oxford, 1989, RH.LF., 1992, p. 117-118. - Spinoza au XVIIJe siètle, Présentation par O. Bloch, Paris, I<lincksieck, 1990, RH.L.F., 1992,p. 713-715. - Frédéric Deloffre, Robert Challe, un destin, une œuvre,Paris, SEDES, 1992, Revue
belge de philologie et d'histoire, 1993.

- Christiane Mervaud: Voltaire en toutes lettres,Paris, Bordas, 1991, RH.LF., 1994, p. 853-854. - Voltaire, Distours de l'empereurJulien tontre les thrétiens, éd. critique par J.-M. Moureaux, SVEC 322,1994, Frenth Studies, L 2,1996, p. 200-201. - Œ. C. de Voltaire, tome 69, éd. critique par B. E. Schwarzbach et R. Mortier, Oxford, 1994, Frenth Studies, L 4, 1996, p. 453-454. - Le Christ entre orthodoxieet Lumières, Actes du colloque de Genève des 26-27 août 1993, Droz, 1994, Frenth Studies, L 1, 1997, p. 83-84.

20

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Voltaire, Le Sentiment des citqyens et Rousseau,

Déclaration relative à Monsieur lepasteur

Vernes, éd. critique par M. Eigeldinger, Champion, 1997, RH.L.F., 1999, p. 307308. - François Bessire, La Bible dans la correspondance e Voltaire, S1/EC 367, Oxford, d 1999, RH.LF. 2000, p. 1230. - Geneviève Artigas-Menant, Lumières clandestines, les paPiers de Thomas Pichon, Champion, 2001, RH.LF., 2002, p. 1028-1030. - Geneviève Artigas-Menant, Du secret des clandestins à la propagande voltairienne, Champion, 2001, RH.L.F., 2003, p. 202-205. - M. S. Seguin, Scienceet religiondans la penséefrançaise du XVIIIe siècle: le mythe du Délugeuniverse4Champion 2001, Dix-huitième siècle,n° 37,2005, p. 650-651. - Actes du colloque international de l'Université d'Ottawa des 24-26 septembre 1998 Challe et/en son temps, organisé par M.-L. Girou Swiderski, Champion 2002, Eighteenth CenturyFiction, printemps 2004. - Raymond Trousson, Visages de Voltaire, Champion, 2001, Revue Voltaire, n° 4, 2004, p. 353-356. - F. Deloffre et J. Cormier, Voltaire et sa ((grande amie )), Correspondance complète de Voltaire et de Madame Bentinck, 1740-1778, Oxford, VIF, 2003, French Studies 59-3, 2005, p. 405-406. - Alain Sandrier, Le StYle philosophique du baron d'Holbach, Champion, 2004, RH.L.F., 2005, p. 699-700. - CE. C de Voltaire, tome 63c, L'Ingénu, éd. critique par Richard A. Francis, Oxford, 2007, à paraître dans la RH.LF.
PRINCIPALES CONFERENCES NON PUBLIEES

- « Voltaire et la Bible », Enregistrement radio, France culture, Les Chemins de la connaissance, 9 septembre 1994. 1 - «Incipit et clausules dans les articles du Dictionnairephilosophique de Voltaire », avril 1995, Université de Montpellier. - «L'histoire de l'établissement du christianisme dans le Dictionnairephilosophiquede Voltaire », 4 mai 1995, Université de Lyon. - «Aperçus d'Allemagne dans la correspondance de Voltaire », octobre 1999, château de Grignan. - « Voyages et nouvelles lectures de la Bible », Paris IV (séminaire de F. Moureau), 16 janvier 2001 (http://www.crlv.org). - « Voltaire et les Lumières », Université de Tunis, 17 avril 2001. - «Les innovations formelles du Dictionnairephilosophique.Aspects et fonctions », Université de Tunis, 19 avril 2001. - «La notion de liberté dans les Lettres philosophiquesde Voltaire », Université de Sousse, 20 avril 2001.

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-

«Voyage et interrogation religieuse au XVIIIesiècle », enregistrement pour la « L'art théâtral selon le Paradoxe le comédiene Diderot et la uttre à d'Alembert sur d

radio 'Arc-en-ciel', Saint-Denis de La Réunion, mai 2001.
-

de J.-J.Rousseau », Université de Vienne, 13 mai 2002. - «Les voix multiples dans les Journaux' de Marivaux », Université de Vienne, 16 mai 2002. - «Le temps des origines d'après quelques gravures du Dictionnaire de la Bible de Dom Calmet », Troisième colloque Imago Mundi, Grignan, 18-19 octobre 2002,
Imago mundi et théologie du monde.
- « Variations sur la polyandrie, instituée ou occasionnelle, dans quelques récits de voyage des XVIIe et XVIIIe siècles », Paris IV (séminaire de F. Moureau sur Littérature de vqyage, religion et sexualite), 4 mai 2004 (http:/ / www. crlv.org).

-

« Éditer Voltaire aujourd'hui. Un exemple d'édition savante: l'édition critique,
variantes et notes, des Œuvres complètes de Voltaire par la d'Oxford », Université de Nice, École Doctorale Lettres, 26 Centre universitaire méditerranéen, 16 janvier

avec introduction, Voltaire Foundation octobre 2006. - « Voltaire 2007.

et la Chine », Nice,

AUTRES

PUBLICATIONS

- « Les Bâtisseurs », poème, Corps écn"t, ° 35, PUF, 1990, p. 83-84. n - «Le Dernier Cri », nouvelle, Alliage, 1991, p. 87-97. - Sous le pseudonyme de Dan O'Conley, en collaboration avec Anne-Marie Amiot, Campus horribilis,roman, Ajaccio, Méditorial, 1995, 204 pages. - « Novembre », poème, Revue Nu(e) n° 2, 1995, p. 69. - La Séquestration,roman, Ajaccio, Méditorial, coll. Mystère, 1995, 202 pages. - «Jeux naïfs », trois poèmes 'Dans l'ombre de La Fontaine' (<< ert paradis », « La V grenouille près du bénitier », «Le rap du caméléon »), Revue Nu (e), n° spécial Jacques Réda (5), avril 1997, p. 39-44. - « Abécédaire» et « Incommunicabilité », poèmes, in Étrange gnmoire, Nice, 1998, p. 33-34. - «Proverbes », poèmes, Revue Nu (e), n° spécial James Sacré (15), mai 2001, p.115-119. - «Brève Épître à un très cher collègue », Hommage à Gérard Laver:gne,Nice, 2001, p.13-14. - L'Écho, la solitude, recueil de nouvelles, Nice, éd. de la Revue Nu (e), 2004, 140 pages.

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Voltaire et la Sainte Cène de Huber: parodie etposture
Les œuvres du peintre genevois Jean Huber (1721-1786) occupent une place toute particulière dans l'iconographie voltairienne, même si, en tant qu'artiste, il est évidemment inférieur à Jean-Antoine Houdon. C'est ce dernier qui a créé l'image emblématique du patriarche qui est passée à la postérité: de tous les sujets traités par le grand sculpteur, Voltaire fut celui qui se vendait le mieux, comme en témoigne le nombre de bustes différents qui survivent aujourd'hui1. Mais si Houdon a fixé les traits, et surtout le fameux sourire du grand homme, c'est Huber qui a le mieux capté pour nous sa vivacité, son humour, son esprit. Houdon n'a fait la connaissance de Voltaire, chez le marquis de Villette, que tout à la fm de sa vie; Huber, par contre, a eu la chance de connaître Voltaire de près, dans la vie quotidienne à Ferney, pendant une vingtaine d'années. Comme le fait remarquer Grimm en 1772, « depuis que M. Huber a quitté les découpures pour la palette, il a consacré son pinceau presque entièrement à M. de Voltaire, avec qui il vit depuis dix-huit ou vingt ans »2. Huber a eu l'idée, tout à fait originale, de faire connaître, sinon la vie intime, au moins la vie privée de l'écrivain, et dès 1759 il explique, dans une lettre adressée au duc de Grafton, son désir d'« entreprendre la V oltairiade »3. On connaît ces petites scènes domestiques qui constituent la «V oltairiade» de Huber4, et dans le contexte de ces tableaux délicieux mais modestes, l'œuvre que nous appelons ici, à la suite de Garry Apgar, La Sainte Cène fait figure d'exception, à la fois par sa taille et par son sujet. L'histoire du tableau conservé aujourd'hui à la Voltaire Foundation reste,

somme toute, mystérieuse. Dans la Correspondance littéraire, ans la feuille datée du d
1er novembre 1772, Grimm décrit le projet de Huber de «faire une suite de tableaux représentant la vie domestique du patriarche ». Catherine II ayant dit qu'elle achèterait tous ces tableaux, Huber lui en envoya un, et apporta les autres à
1 Voir H. H. Arnason, The Sculptures of Houdon (Londres, Phaidon, 1975), p. 49-53. 2 Grimm, etc., Correspondance littéraire, philosophique et critique, 16 tomes, éd. Maurice

Tourneux

(paris,

Garnier, 1877-82), tome 10, p. 95 (1er novembre 1772). 3 Cité par Garry Apgar, « La "V oltairiade" de Jean Huber », dans Voltaire chez lui: Genève et Fernry, dir. E. Deuber-Pauli etJ.-D. Candaux (Genève, Skira, 1994), p. 106-35 (p. 108). 4 Voir Garry Apgar, « La "V oltairiade" de Jean Huber» ; « "Sage comme une image" : trois siècles d'iconographie Jean Huber: voltairienne voir Voltaire (paris, Adam », Nouvelles de l'estampe, n° 135 Guillet 1994), Eira, 1995). p. 4-44 ; et L~rt singulier de

Paris, où Grimm put les admirer. « On voit, écrit Grimm, dans un de ces tableaux, le patriarche à table au milieu de ses disciples, d'Alembert, Marmontel, tous ceux enfin qui ont fait le pèlerinage de Ferney ; l'auteur s'y est placé lui-même, et il n'y a pas oublié le Père Adam »1. On pourrait penser qu'il s'agit ici d'une première allusion à notre tableau; mais l'absence d'allusion à Diderot - qui lui ne fit jamais le voyage à Ferney, comme le savait fort bien Grimm - nous incite à croire qu'il s'agit d'une autre version, qui serait maintenant perdue. Grimm évoque de nouveau un tableau traitant le même thème, cette fois dans une lettre privée adressée au vice-chancelier Alexandre Golitsyn, et datée du 24 mai 1773 :
Monseigneur, J'ai reçu ici par la voie de la Haie et de Paris la lettre dont votre Excellence m'a honoré le 29 mars et qui renferme les ordres de Sa Majesté Impériale touchant la suite des tableaux de la vie domestique de M. de Voltaire. Avant de partir de Paris j'ai pris avec M. I-luber les engagemens les plus sacrés pour le faire travailler à cette suite avec toute la promptitude et toute l'exactitude possibles et j'ai même vu trois ou quatre de ces tableaux fortement esquissés. M. Huber se trouve si heureux de travailler pour une souveraine dont la gloire est répandue sur toute la surface du globe, qu'il n'a pas voulu me laisser partir sans me charger d'une de ces esquisses qui est arrivée ici en fort bon état. Elle représente la sainte cene du Patriarche au milieu de ses disciples, ou pour parler plus simplement, le dîner de M. de Voltaire avec ses amis, y compris le Pere Adam. Je ne manquerais pas d'occasions, Monseigneur, de faire passer d'ici ce tableau à Pétersbourg [...]2.

Encore une fois, Grimm ne fait aucune mention de son ami Diderot, et il faut supposer qu'il s'agit probablement d'un tableau autre que celui de la Voltaire Foundation. Nous ne savons pas si ce premier tableau décrit par Grimm est jamais arrivé en Russie. Tout au long du XIxe siècle il est resté dans un oubli total, comme d'ailleurs la série entière de la «V oltairiade ». Quant à La Sainte Cène de la Voltaire Foundation, qui pourrait bien être une variante du tableau décrit par Grimm, nous pouvons conjecturer qu'il fut acquis par un Anglais, peut-être par le vicomte Palmerston (père du célèbre homme d'État), qui connaissait bien Huber et qui possédait de lui de nombreuses œuvres, dont un beau dessin, connu sous le titre Voltaire et ses apôtres, qui est en liaison évidente avec le tableau. Le dessin, qui semble dater d'autour de 1760, montre Voltaire à table, la main en l'air en signe de bénédiction, entouré de Mme Denis et de trois hommes3. Quoi qu'il en soit, le tableau fut acheté, probablement au début des années 1920, par un homme de lettres anglais, Lytton Strachey (1880-1932), qui le mit à la place d'honneur dans

1 Correspondance littéraire, tome 10, p. 96. 2 Georges Dulac, « Grimm et la Correspondance littéraire envoyée Dimitri Golitsyn et de F. M. Grimm p. 207-48 (p. 242-43). 3 Voir Garry Apgar,« La "Voltairiade" au vice-chancelier de Jean Huber

à Catherine Golitsyn)

II (d'après », SVEC

les lettres

de

Alexandre

217 (1983),

», p. 125.

24

son bureau 1.Après la mort de Strachey en 1932, le tableau passa à ses héritiers, et il appartenait toujours à Mme Strachey lorsqu'il fut exposé pour la première fois à Oxford en mai 1978. Dans une exposition organisée par Giles Barber à la Divinity School de la Bodleian Library pour fêter le bicentenaire de la mort de Voltaire, le tableau, alors qu'il n'était pas du tout connu du public, était exposé sous le titre «The philosophers at dinner »2. Quelques années après, en 1983, et grâce aux bons soins de Giles Barber, le tableau fut acquis par la Voltaire Foundation à Oxford, où il se trouve toujours. Le tableau figura dans l'exposition « Voltaire et l'Europe », à Paris en 19943, et ensuite dans une exposition « Voltaire et Henri IV» organisée en 2001 au Musée national du château de Pau4. Depuis une vingtaine d'années le tableau d'Oxford a été reproduit régulièrement, dans des livres érudits aussi bien que dans des manuels scolaires; et il est ainsi devenu une image répandue, et même une image emblématique, des Lumières. Comment comprendre La Sainte Cène? Ce tableau est très, peut-être trop, ambitieux, notamment du fait qu'il représente de nombreuses personnes, à la manière de ce que les Anglais appellent une conversation piece. Est-ce que Huber aurait pris sur lui la responsabilité de choisir de son propre chef la liste des convives à ce cliner ? Cela semble peu probable. Il est beaucoup plus raisonnable de supposer que Huber s'est laissé guider et conseiller, ou par Grimm, ou par Voltaire, ou par les deux. C'est précisément l'influence probable de Grimm et de Voltaire qui rend intéressant ce tableau, qui reste partiellement à l'état d'esquisse, et dont l'intérêt artistique est donc plutôt modestes. Dans un premier temps, le sujet du tableau s'inspire évidemment de la tradition vénérable du symposium philosophique, qui reste vivante au XVIIIe siècle. C'est ainsi que Voltaire écrit à Diderot en 1749: «Je voudrois bien avant mon départ pour Lunéville obtenir de vous monsieur que vous me fissiez l'honneur de faire un
1 Voir Michael Holroyd, Lytton Strachey (Londres, Chatto & Windus, 1994) : «Lytton's sturfy [at Ham Spray House] was upstairs. Its walls were lined to the ceiling with French and English authors alphabeticallY regimented and mostlY belonging to the eighteenth century. A large writing-desk stood in the centre of the room and, hanging over the mantelpiece so that it dominated everything, was a picture of Voltaire !?JI Huber, showing him seated at a table, his hand raised in benediction above a group of friends, and extending his blessing to people in the sturfy» (p. 533-34). 2 Giles Barber, « Voltaire and the English: catalogue of an exhibition », SVEC 179 (1979), p. 159-91 (p.191). 3 Voltaire et l'Europe, édité par Françoise Bléchet (Bruxelles, Éditions Complexe, 1994), n° 217, p. 164, 187 (<< souper des philosophes Le »). 4 Voltaire et Henri IV (paris, Éditions La de la Réunion des musées nationaux, 2001), n° 88, p. 79 (<< Sainte Cène du patriarche »). 5 Le tableau de la Voltaire Foundation (huile sur toile, H. 60, L. 80.5) a été lourdement retravaillé. Il semble que Huber ne l'a pas terminé et que les personnages secondaires ont été peints par une autre main.

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repas philosophique chez moi avec quelques sages »1. Reste que la disposition spécifique des personnages - Voltaire et ses « apôtres» - et le geste autoritaire de Voltaire qui lève la main, font que ce tableau évoque aussi la Sainte Cène2. Huber avait déjà traité un sujet religieux, mais de façon plus simple, moins ambitieuse, quelques années auparavant: Voltaire contemplantun crucifix est une découpure découpée probablement dans une carte à jouer - qui date d'autour de 17683. En soi, donc, rien de surprenant à ce que Huber se soit essayé de nouveau à un sujet religieux. Voltaire lui-même aimait imiter les genres dits « chrétiens» - les sermons, les prières - sur un mode qui hésitait entre parodie et pastiche. Son discours littéraire était d'ailleurs parsemé de mots et d'expressions à double tranchant, qui empruntaient au discours chrétien, comme lorsqu'il termine une lettre à d'Alembert en écrivant «Recomandez moi aux prières de nos frères. Ecr. l'inf. » (D 12655). Mais si la parodie biblique est évidente, elle reste aussi plutôt superficielle. Huber n'exploite pas à fond l'histoire racontée par les quatre évangélistes: il n'y a que dix disciples autour de la table, et non pas douze; et aucune allusion au personnage de Judas, évoqué dans les évangiles de Matthieu et de Jean - et pourtant les candidats pour incarner le Judas moderne ne manquent pas... La Sainte Cènen'est pas qu'une simple parodie biblique. Pour pousser plus loin notre analyse, il faut d'abord examiner de plus près la liste des invités à ce cliner imaginaire. Voltaire, comme il se doit, se trouve au centre. À sa droite se trouvent d'Alembert et La Harpe, les deux disciples les plus fidèles. À côté d'eux, Grimm se tourne vers le Père Adam, le jésuite avec lequel Voltaire aimait jouer aux échecs. À la gauche de Voltaire se trouvent d'abord Huber lui-même, ensuite Sophie d'Houdetot et le poète Saint-Lambert. À l'extrême droite domine le profil de Diderot, et à sa gauche se trouve Marmontel. Reste le personnage sans visage qui nous tourne le dos et qui pourrait bien être Condorcet, qui était venu à Ferney en compagnie de d'Alembert en 1770.4 Il est évident que ce groupe ne s'est jamais réuni autour de la même table, puisque ni Diderot, ni Saint1

D 3940 ; cité par Garry Apgar, qui décrit des gravures contemporaines de repas philosophiques
13.1-38 ; et Première Épître de

(<< a "V oltairiade" de Jean Huber », p. 124). L 2 Voir Matthieu: 26.17-30 ; Marc: 14.14-50; Luc: 22.13-38 ; Jean:

Saint Paul aux Corinthiens: 11.25 (<< Faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous le boirez », trad. Lemaître de Sacy). 3 Voir G. Apgar, L~rt singulierdeJean Huber, p. 16, fig. 8. Le colonel Edward Hamilton présenta cette découpure au vicomte Palmerston en 1768, de la part de Huber. 4 Cette identification hypothétique est possible grâce à la gravure qui fut faite à partir soit de ce tableau, soit d'une autre version. Faite entre 1780 et 1800, elle ne représente que six invités à côté de Voltaire: le Père Adam, l'abbé Maury, d'Alembert, Condorcet, Diderot et La f-Iarpe. Voir l'illustration dans G. Apgar,« La "Voltairiade" de Jean Huber », p. 123. La relation précise entre cette gravure (qui est de mauvaise qualité) et le tableau de Huber, qui a peut-être existé en plusieurs versions, est loin d'être éclaircie.

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Lambert, ni Sophie d'Houdetot ne f1tent le pèlerinage de Ferney. Pourquoi donc réunir cette liste de personnes autour d'une table, même imaginaire, en 1772? Comme l'écrit Jean Goulemot, «ce tableau, apparemment réaliste, est plein de rêves ».1 Voltaire a dû parfois se sentir seul à Ferney, même s'il n'y était pas strictement « en exil» comme on l'écrit souvent. On sait avec quelle joie il recevait d'Alembert et Condorcet, avec quelle impatience il attendait les visites de son jeune ami Cristin, avocat à Saint-Claude. C'est à cette époque que Voltaire crée dans sa correspondance le portrait du «vieil ermite» : l'expression se retrouve dix-huit fois dans ses lettres entre 1768 et 17722. Cette solitude est métaphorique autant que physique, car Voltaire reste conscient du fait qu'il risque de perdre contact avec les événements de la capitale. Il était aussi toujours attaché à la notion du petit troupeau des philosophes, notion qu'il évoque dans sa correspondance avec Damilaville dès 1760: «Nous sommes des frères réunis par le même esprit de charité; nous sommes le pusillus grex» (D 9440) -l'expression latine renvoie bien sûr au Nouveau Testament (Luc. 12.32)3. En 1766 Voltaire avait rêvé de fonder à Clèves une colonie de philosophes sous la protection de Frédéric II ; le projet, même s'il fut vite écarté, nous en dit long sur la psychologie de Voltaire, et sur l'isolement qu'il pouvait ressentir4. En avril 1772 se mit à circuler un pamphlet, encore un, contre Voltaire: les
Réflexions sur la Jalousie, pour servir de commentaire aux derniers ouvrages de M. de Voltaire.

Leur auteur, anonyme, accuse Voltaire d'être devenu gâteux: « À mesure que sa tête s'est affaiblie [...J,il semble que la rage de produire se soit accrue en proportion de la diminution de ses forces» ; et pire encore, d'être devenu jaloux de tout autre auteur qui risque de lui faire de l'ombre: « Il est devenu l'ennemi de tous les gens célèbres, uniquement à cause de leur célébrité »5. Ce pamphlet ne ressemblait pas aux autres (même si l'accusation de jalousie n'était guère nouvelle) pour la simple raison que leur auteur était apparemment un membre du camp philosophique. Être la cible des folliculaires anti-philosophes, Voltaire en avait maintenant l'habitude, il s'en faisait même une gloire; mais il n'était pas du tout habitué aux attaques venant de « son» propre camp, et il en fut profondément blessé. Voltaire avait toujours prôné l'unité du petit troupeau des philosophes, mais les tensions entre Voltaire et les philosophes matérialistes avaient beaucoup augmenté à la suite de la publication en 1770 du Système de la nature, à tel point que John Pappas a pu parler d'une

1 Inventaire Voltaire, sous la direction de Jean Goulemot, André Magnan et Didier Masseau (paris, Gallimard, 1995), p. 1036. 2 Recherche effectuée dans la base de données Electronic Enlightenment, d'après l'édition Besterman. 3 Voir René Pomeau et autres, Voltaire en son temps, nouv. éd. (paris, Fayard et Voltaire Foundation, 1995), tome 2, p. 192-93. 4 Ibid., p. 249. 5 OCV, tome 74A, p. 193, 194.

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«guerre civile philosophique »1. Suivant ses habitudes, Voltaire répond tout de suite à cette attaque, dans un pamphlet, Lettre sur un écritanonyme,qui parut au cours du mois de mai 17722. Il ne connaît pas l'identité de son attaquant au moment où il écrit, mais il suppose qu'il s'agit d'un allié proche de d'Holbach, et il saisit l'occasion pour s'en prendre, une fois de plus, au Système de la nature, qu'il qualifie de «livre diffus, incorrect, ennuyeux, fondé sur un seul argument, et encore argument équivoque, livre stérile en bons raisonnements, et pernicieux par les conséquences »3. Contre les athées, Voltaire affiche un ton belliqueux, presque provocateur:
Lors, dis-je, qu'on prôna ce livre, on ne voulait permettre à un philosophe Cicéron et de Platon, et on disait qu'un homme qui reconnaît un Dieu trahit humain. Je ne doute pas que l'auteur et trois fauteurs de ce livre ne deviennent ennemis pour avoir dit ma pensée. Et je leur déclare que je la dirai tant que craindre ni les énergumènes athées, ni les énergumènes superstitieux4. d'être de l'avis de la cause du genre mes implacables je respirerai, sans

Au courant du mois de mai 1772, Voltaire finit par découvrir le pot aux roses: celui qui l'a dénigré n'est autre que Charles-Georges Le Roy, encyclopédiste mineur et ami de Diderot et d'Helvétius, qu'on connaît pour ses Lettres sur les animaux (1768). Ce fut pour Voltaire un soulagement, car le bruit avait couru pendant un moment que l'auteur de l'attaque contre lui aurait été Diderot. Lorsque ce dernier lui écrit pour lui dire qu'il n'en est rien, Voltaire répond en le taquinant: «Je suis charmé que la petite leçon que M. Le Roy m'a faite m'ait valu une de vos lettres. Vous n'écrivez que dans les grandes occasions [...]» (D 17749). Fin mai Voltaire adresse une lettre à Le Roy (D 17751), et la querelle fmit par s'apaiser. L'affaire Le Roy est en soi quelque chose de mineur, mais elle a servi à mettre en lumière les tensions dans le camp « athée» vis-à-vis de Voltaire. C'est ainsi que contre Naigeon, qui semble partager le point de vue de Le Roy, Diderot affirme avec pragmatisme que même si Voltaire a parfois un caractère difficile, c'est un allié précieux et irremplaçable dans le combat contre l'Infâme, et qu'il faut donc le ménager (D 17783) :
Cet homme, dites vous, est né jaloux de toute espèce de mérite. Sa manie de tout temps a été de rabaisser, de déchirer ceux qui avaient quelque droit à notre estLî1e. Soit. [...] Mais ce jaloux est un octogénaire qui tint toute la vie son fouet levé sur les tyrans, les fanatiques, et les autres grands malfaiteurs de ce mondes. Mais cet ingrat, constant ami de l'humanité, a quelquefois secouru le malheureux dans sa détresse, et vengé l'innocence opprimée. Mais cet insensé a introduit la philosophie de Locke et de Newton dans sa patrie, attaqué les préjugés les plus révérés sur la
1 Voir John Pappas, « Voltaire et la guerre civile philosophique », RHLF, 2 Voir l'édition critique de ce texte dans OCV, vol. 74A, p. 165-202. 3 OCV, vol. 74A, p. 188. 4 Ibid., p. 188.

61 (1961), p. 523-49.

S L'image nous fait penser à la découpure de Huber qui dépeint Voltaire en Pégase: voir G. Apgar, LArt singulierdeJean Huber, planche XVII,p. 136.

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scène, prêché la liberté de penser, inspiré l'esprit de tolérance, soutenu le bon goût expirant, fait plusieurs actions louables, et une multitude d'excellents ouvrages. Son nom est en honneur dans toutes les contrées, et durera dans tous les siècles.

Dans la Correspondance littérairede Grimm, nous ne trouvons aucune mention, ni
de l'attaque de Le Roy, ni de la réponse de Voltaire - chose curieuse, quand on sait à quel point Grimm aimait rapporter les nouvelles et les textes du patriarche. Plus curieusement encore, Grimm introduit dans la feuille du 15 septembre 1772, apparemment sans aucun à-propos, un éloge de Voltaire et de sa réputation:
C'est un fait qu'il est bon de consacrer, et qui paraîtra incroyable dans quelque temps d'ici, que, lorsque je vins en France, c'était le ton général et dominant de traiter M. de Voltaire comme un bel esprit, qui en avait à la vérité beaucoup, et qui en abusait à chaque page de ses écrits, mais qui n'avait d'ailleurs ni génie, ni talent. [...] Il est vrai aussi que les philosophes, qui ont pris depuis une vingtaine d'années le haut du pavé de la littérature, ont bien vengé le premier homme de la nation de l'insolence de ses envieuxl.

On peut penser que Grimm écrit ainsi en faveur du «premier homme de la nation» justement pour prendre ses distances avec le point de vue exprimé par Le Roy. Quoi qu'il en soit, l'affaire Le Roy est exactement contemporaine de la création de La Sainte Cène de Huber. Coïncidence ou non, les personnages qui se réunissent autour de la table à Ferney sont, à part les disciples patentés (d'Alembert, La Harpe, Condorcet), précisément ceux, Diderot, Grimm, qui parmi la coterie holbachique tenaient à rester en bonnes relations avec le patriarche. C'est en fait la réunion du camp philosophique tel que le rêvait Voltaire après 1770. Quand on connaît le rôle de Grimm dans la création de la « V oltairiade », on est en droit de penser que La Sainte Cène présente tout un programme: que déistes et athées se mettent à table ensemble à Ferney tendrait à minimiser l'idée d'une brèche provoquée par le Systèmede la nature...
Un tel scénario ne manque pas de résonance de satire biblique: «Je vous fais un commandement nouveau, qui est que vous vous aimiez les uns les autres, et que vous vous entr'aimiez comme je vous ai aimés »2. Le tableau de Huber pourrait d'ailleurs choquer dans la mesure où il propose une équivalence entre Voltaire et le personnage du Christ (et on peut supposer que c'est aussi pour cette raison que le tableau ne fut jamais expédié à Catherine II). Mais en réalité cette équivalence n'a rien de nouveau. Nous savons que Voltaire n'a de cesse de critiquer le Nouveau Testament comme source de religion révélée et qu'il ne se lasse pas de décrire ses contradictions et ses absurdités, y compris dans les descriptions données de la

1 Correspondance littéraire, éd. Maurice Tourneux, 2 ]ean.13.34 (trad. Lemaître de Sacy).

tome

10, p. 63.

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Sainte Cène par les quatre évangélistesl. Mais devant le personnage de Jésus-Christ, V oltaire a une réaction plus complexe, car il se trouve tiré à hue et à dia entre les désirs contradictoires de le mettre en cause et de l'ériger en homme exemplaire. Marie- Hélène Cotoni explique ainsi la stratégie de Voltaire:
Si la critique voltairienne cherche à dénier toute valeur originale à la religion des premiers chrétiens, elle aboutit souvent, par ailleurs, à vider de sa substance la personnalité de Jésus [...]. Cette épuration, dans la lignée du rationalisme de Jean Le Clerc, est liée à une opération complémentaire. Voltaire emplit cette silhouette vide nommée Jésus en lui prêtant les préceptes de tolérance qui lui sont chers [...]. 'Jésus cet inconnu' se mue en 'Jésus notre allié', prêt pour l'homélie déiste2.

Déjà dans le septième Discours en verssur l'homme (1742), Voltaire avait présenté Jésus comme «l'ennemi divin des scribes et des prêtres» et comme «l'HommeDieu »3 - Frédéric en particulier n'a pas du tout apprécié cette dernière description4. Dans Dieu et les hommes (1769), qui porte comme sous-titre 'Œuvre théologique, mais raisonnable', Voltaire s'adresse aux évangélistes: «Je veux faire de J ésu un juste et un sage; il ne serait ni l'un ni l'autre, si tout ce que vous dites était vrai [...]. Permettez-moi, pour estimer Jésu, de rayer de vos Évangiles ces passages qui le déshonorent. Je défends J ésu contre vous »5. Mais l'image de Jésus que donne Voltaire est loin d'être constante d'un texte à l'autre, et nous ne discernons pas non plus une simple ligne d'évolution de sa pensée: en effet, si dans le Traité sur la tolérance(1763) il souligne à plusieurs reprises l'humanité de Jésus, dans un autre texte de la même année, le Catéchismede l'honnête homme, il le traite plutôt sur le mode railleur. Dans la deuxième section de l'article «Religion », publié dans les Questions sur l'Enryclopédiefin 1771 (huitième partie), Voltaire va plus loin et s'adresse à Jésus en personne: Marie-Hélène Cotoni nous a procuré une belle analyse littéraire de ce texte extraordinaire6. Au commencement du récit, le narrateur-Voltaire médite en contemplant l'immensité de la nature; un archange le transporte dans un désert,
1 Voir Alfred 2 Marie-Hélène

J. Bingham,

« Voltaire and the New Testament », SVEC,

24 (1963), p. 183-218 (p. 190).

Cotoni, L'Exégèse du Nouveau Testament dans la philosophie française du dix-huitième siècle, SVEC 220 (1984), p. 353. Voir aussi l'article « Jésus-Christ », par J.-L. Seban, dans le Dictionnaire général de Voltaire (paris, Champion, 2003) ; et Gwenaelle Boucher, « Le Jésus de Voltaire », Studi francesi, n° 148 (2006), p. 65-72. 3 OCV, tome 17, p. 524. 4 «Je vous avouerai naturellement que tout ce qui regarde l'homme dieu ne me plaît point dans la bouche d'un philosophe, et d'un homme qui doit être au dessus des erreurs populaires [...]. On peut parler des fables, mais étant des fables; mais je crois qu'il vaut mieux garder un silence parfait sur ce qui regarde les fables chrétiennes, canonisées par leur ancienneté et par la crédulité des hommes, puériles et absurdes pour des hommes qui raisonnent conséquemment» CD 1515, Frédéric à Voltaire, c. 10 juin 1738). 5 OCV, tome 69, p. 419. 6 Op. cit., p. 355-56.

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pour lui montrer le spectacle de monceaux de morts, victimes de la persécution de tous les âges. Après avoir versé des larmes, il va ailleurs parler avec «les héros de l'humanité qui ont été les bienfaiteurs de la terre »1. Il parle avec Numa Pompilius, Pythagore, Zoroastre, d'autres sages encore, avant d'en venir à Socrate, et enfin à « un homme d'une figure douce et simple, qui me parut âgé d'environ trente-cinq ans »2, qui n'est pas nommé. Voltaire essaie de comprendre les raisons de son supplice:
- Vous voulûtes donc leur enseigner une nouvelle religion? - Point du tout; je leur disais simplement: «Aimez Dieu de tout votre cœur, et votre prochain comme vous-même, car c'est là tout l'homme. » Jugez si ce précepte n'est pas aussi ancien que l'univers3.

Voltaire avait déjà évoqué ce commandement, rapporté dans l'Évangile selon Saint Matthieu4, dans le septième Discoursen verssur l'homme:
Quel est l'état de l'homme, et quel est son devoir ; Sur ce grand intérêt, sur ce point qui nous touche, Celui qui savait tout ouvrit alors la bouche, Et dictant d'un seul mot ses décrets solennels, Aimez Dieu, lui dit-il, mais aimez les mortels. V oilà l'homme et sa loi, c'est assez; le ciel même A daigné tout nous dire en ordonnant qu'on aimes.

Même écho de l'évangéliste dans les deux textes, à cette différence près: que dans le poème, Jésus s'adresse à un tiers, tandis que dans l'article « Religion », c'est Voltaire en personne qui est l'interlocuteur de Jésus. Voltaire fait de Jésus dans cette rencontre un déiste avant la lettre, et il n'est pas pour surprendre qu'à la fin de ce rendez-vous rêvé, Voltaire déclare une soumission sans réticence: « Eh bien, s'il en est ainsi, je vous prends pour mon seul maître »6. Ce texte remarquable, publié en toute probabilité juste avant la création de La Sainte Cène, a dû être connu de Grimm; il a pu peut-être même en suggérer le sujet. En tout cas, il est évident que le geste de présenter un V oltaire-J ésus ne va pas du tout à l'encontre de l'idéologie voltairienne à cette époque, loin de là. Contre les
1 Moland, tome 2 Ibid., p. 346. 3 Ibid., p. 346. 20, p. 344.

4 «Jésus lui répondit: Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme et de tout votre esprit. C'est là le plus grand, et le premier commandement. Et voici le second qui est semblable à celui-là : Vous aimerez votre prochain comme vous-même. Toute la loi et les prophètes sont renfermés dans ces deux commandements» (Matthieu: 22.37-40, trad. Lemaître de Sacy). Il est à remarquer que, selon sa stratégie d'« humaniser» le personnage de Jésus, Voltaire passe parfois sous silence le premier commandement, et ne cite que le deuxième. S OCV, tome 17, p. 524-25. 6 Moland, tome 20, p. 348.

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athées, tout argument est bon, y compris le christianisme... Et entre la posture du «vieil ermite », déjà évoquée, et celle du «Don Quichotte des malheureux », évoquée dans une lettre de 1769 adressée au duc de Richelieu (D 15903), la posture de Voltaire comme Christ a bien sûr une certaine logique. Le rapprochement entre Voltaire et Jésus sera un thème central du discours que prononce Victor Hugo le 30 mai 1878, à l'occasion du centenaire de la mort du patriarche:
Messieurs, il Y a entre deux serviteurs de l'humanité qui ont apparu à dix-huit cents ans d'intervalle un rapport mystérieux. Combattre le pharisaïsme, démasquer l'imposture, terrasser les tyrannies, les usurpations, les préjugés, les mensonges, les superstitions [...], réclamer l'héritage des déshérités, protéger les faibles, les pauvres, les souffrants, les accablés, lutter pour les persécutés et les opprimés; c'est la guerre de Jésus-Christ; et quel est l'homme qui fait cette guerre? C'est Voltairel.

Il serait donc erroné de regarder La Sainte Cène purement comme une œuvre parodique. En fait, que Voltaire en ait dicté ou non le sujet, le tableau de Huber s'inscrit pleinement dans le programme de «propagande» voltairienne du début des années 1770; ou, plus précisément, le tableau renforce les postures voltairiennes du moment: posture du penseur chef de flie qui rallie les philosophes à l'issue de l'affaire Le Roy; et posture christique de celui qui prêche l'amour et la tolérance. De tous les textes de Voltaire contemporains de La Sainte Cène, c'est l'Épître à Horace, rédigée fin 1772, qui a la plus forte valeur testamentaire (comme l'a très bien démontré Christiane Mervaud)2 et qui donc est le plus révélateur concernant la posture voltairenne de ces années. Le modèle du sermohoratien lui permet d'aller du coq à l'âne, en sautant d'un sujet à un autre et en traitant ainsi des sujets apparemment sans liaison entre eux. Dans un vers souvent cité par la suite, notamment par Condorcet dans sa Vie de Voltaire, Voltaire fait allusion à son statut de bienfaiteur de l'humanité:
J'ai fait un peu de bien; c'est mon meilleur ouvrage3.

À un autre moment il évoque des personnes qui ont voulu imposer une image de « Voltaire» auprès du grand public; il s'agit de J.-H. Marchand, qui en 1770 avait publié son Testamentpolitique deM. de Voltaire, et du peintre Huber:
Hubert me faisait rire avec ses pasquinades; Et j'entrais dans la tombe au son de ses aubadesl.
Hugo, Œuvres complètes, Politique, présentation 1985), p. 987-88. 2 Voir Christiane Mervaud, « Voltaire et la pratique 1 Victor de Jean-Claude testamentaire Fizaine de l'Épître Seth (H.ennes, (paris, Robert Laffont,

à Horace (1772) », dans PU de Rennes, 2002),

L'Éveil des Muses: mélanges ofIèrts à Édouard Guitton, éd. Catriona p. 49-60. 3 OCV, tome 74B, p. 282.

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Le 1er novembre 1772, Grimm fait allusion à ces vers dans un long article dans
la Correspondanceittéraire2.Un des tableaux appartenant à la « V oltairiade », Le Lever l de Voltaire, venait d'être gravé et circulait avec des vers désobligeants pour Voltaire. C'est l'irritation du patriarche qui explique, d'après Grimm, l'allusion, dans son épître à Huber, comme faiseur de pasquinades: «M. de Voltaire n'a pas encore pardonné à son historiographe d'avoir été la cause innocente de cette vilaine plaisanterie »3. Grimm place dans la même feuille une lettre ostensible adressée par Huber à Voltaire (D 17988), dans laquelle il se défend contre la critique supposée de Voltaire. Huber n'y peut rien, explique-t-il, car le public est assoiffé d'images de l'écrivain: «L'empressement du public, votre âme damnée, pour tout ce qui vous représente bien ou mal, me force à vous désobliger sans cesse. J'entretiens son idolâtrie par mes images, et mon voltairisme est incurable »4. Mais y a-t-il eu vraiment une « brouille» entre Voltaire et Huber, comme le prétendent certains5 ? Dans sa correspondance privée, Voltaire semble plutôt satisfait de la célébrité de ces «pasquinades ». À Mme du Deffand, il écrit en août 1772 que « [Huber] m'a rendu ridicule d'un bout de l'Europe à l'autre. Mon ami Fréron ne me caractérise pas mieux pour réjouir ceux qui achètent ses feuilles» (D 17854) ; et en octobre de la même année, c'est à Catherine II qu'il décrit des «caricatures que mon ami M. Huber a faites de moi, il m'a donné le cou et les jambes, et même un peu de la physionomie de ce prétendu héron blanc» (D 18078). Loin d'être brouillés, il semblerait que le peintre genevois et son sujet de prédilection conspirent, avec la complaisance de Grimm, pour s'attirer le maximum d'attention et de publicité. Lire une image de Voltaire n'est pas plus simple que de lire un de ses écrits. Et pour bien lire le tableau de La Sainte Cène, il faut bien prendre en compte cette connivence entre Voltaire, Huber et Grimm. Rien ne montre mieux cette complicité entre les trois hommes que cette anecdote rapportée par le fidèle Grimm dans la Correspondanceittéraire: l
M. Huber a peint un Voltaire de grandeur naturelle, il l'a collé et découpé sur du carton, de sorte qu'en entrant chez lui on est reçu par le patriarche. Il compte porter ce carton un de ces jours à la Comédie-Française, et le placer au fond de la loge, et puis faire répandre la nouvelle que M. de Voltaire est à la comédie incognito dans une petite loge. Ce serait un moyen à peu près sûr d'exciter un mouvement prodigieux dans la salle et même d'empêcher les Comédiens de se faire écouter. Avec la nouvelle qui se répand de temps à autre, et qui s'est renouvelée ces jours derniers, que M. de Voltaire est arrivé à Paris, il ne serait pas peut-être impossible de faire prendre aux badauds un carton placé avec quelque art pour la figure réelle du patriarche; mais cette folie est meilleure à projeter qu'à exécuter, et je suis bien sûr que M. Huber s'en tiendra au projet6.

1 Ibid, p. 288. 2 Correspondance littéraire, tome 10, p. 94-98. 3 Ibid, p. 96-97. 4 Ibid, p. 98. 5 Voir, par exemple, G. Apgar,« La "V oltairiade" 6 Correspondance littéraire, tome 10, p. 98-99.

de Jean Huber

», p. 127.

33

La Sainte Cène est une représentation théâtrale qui, elle aussi, vise à désarçonner le spectateur: où trouver, dans cette assemblée ô combien rêvée, « la figure réelle du patriarche» ?
Nicholas CRONI< Voltaire Foundation

Université

d'Oxford,

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Première partie

Questions sur les (valeurs) de Robert Challe

«Mon roman et mes histoires, comme on voudra les appeler, tendent à une morale plus naturelle, et plus chrétienne, puisque par des faits certains, on y voit établie une partie du commerce de la vie ». Cette déclaration du romancier Challe comparant son roman à «presque tous les [autres] romans », dans la Préface des IllustresFrançaises,a déjà fait beaucoup parler et couler beaucoup d'encrel depuis les années 1970. Et pourtant y a-t-il là, vers 1713, de quoi émouvoir le lecteur? C'est à cette formule, qui résume admirablement les leçons énumérées dans la préface, que je reviens pour aborder la question des « valeurs» de Robert Challe. Je dis bien « de Robert Challe », et non « de l'auteur des IllustresFrançaises», car je ne limiterai pas mon investigation au romancier mais je compte bien au contraire l'étendre au voyageur, au mémorialiste, sans oublier le philosophe déiste, auteur des Diffic'Ultés
sur la religion proposées au père Malebranche2.

Jusqu'en 19743 personne ne s'étonnait du couple «morale naturelle », «morale chrétienne », de la préface du roman. Mais à partir de l'attribution à Challe des Difficultés, traité déiste jusque-là anonyme, on s'est beaucoup interrogé sur l'unité de son œuvre, sur la cohérence de sa pensée, certains irréductibles invoquant une véritable incompatibilité entre la morale « naturelle» et « chrétienne» du roman et le rejet du christianisme qui anime l'auteur du «Système de religion purement naturelle adressé au P. Malebranche », titre des versions manuscrites abrégées des Difficultés4. En somme comment le même auteur pourrait-il d'un côté vanter la
1 Robert Challe, Les Illustres Françaises, éd. par F. Deloffre et

J. Cormier,

Genève,

Droz,

1991, p. 1-2

(c'est à cette édition que nous renverrons dorénavant par la mention IF). Sur les commentaires et débats, voir en particulier la note de J. Goldzink et les réponses de M.-I-I. Cotoni et G. ArtigasMenant dans la Revue d'Histoire littéraire de la France (désormais: RHLF), mars-avril 2001 (nO 2), p. 313326. Voir aussi G. Artigas-Menant, Du secret des clandestins à la propagande voltairienne, Paris, Champion, 2001, p. 65-159 passim. 2 Robert Challe, Difficultés sur la religion proposées au Père Malebranche, éd. crit. par F. Deloffre et M. Menemencioglu, Paris, Champion, 1982. Sauf mention contraire, c'est à cette édition que je renverrai par la mention Difficultés. 3 Année où Francis Mars proposait l'hypothèse Challe dans un article des Casanova gleanings, vol. XVII, nouvelle série, I (1974), p. 21-23, sous le titre « Avec Casanova à la poursuite du militaire philosophe. Une conjecture raisonnée, Robert Challe ». On doit son hypothèse à la première, et remarquable, édition du manuscrit intégral conservé à la Bibliothèque Mazarine (ms 1163) des Di.fIicultés procurée en 1970 par Roland Mortier aux Presses universitaires de Bruxelles, avec un extraordinaire portrait de l'auteur anonyme (p. 35-39). 4 Bibliothèque Mazarine, recueils manuscrits 1192, 1197.

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«morale chrétienne» des sept « histoires» qui composent Les Illustres Françaiseset de l'autre fonder sa « religion naturelle », sujet du quatrième cahier du traité déiste, sur les débris du christianisme contre lequel il s'acharne méthodiquement tout au long des trois premiers cahiers? Ce débat illustre à merveille la problématique du présent recueil: « Esprit philosophique et valeurs chrétiennes dans la littérature des Lumières ». Sans craindre d'en reprendre littéralement les termes, on peut dire que poser des «questions sur les 'valeurs' de Robert Challe» c'est précisément s'interroger sur le rapport entre «l'esprit philosophique» du déiste Challe et les « valeurs» de l'homme Challe. Peut-on parler tout à la fois des valeurs du bon vivant du Journal de voyage1 de et la Correspondance avec les journalistes de La Haye2, de l'auteur des Illustres Françaises,comme il se nomme lui-même3, du «père du déisme français» selon la belle formule de Frédéric Deloffre4? Y a-t-il d'une œuvre à l'autre des contradictions, des incohérences, des écarts tels qu'on doive proposer, pour les résoudre, une évolution, des étapes, voire des reniements? Bref les valeurs de Challe sont-elles facteurs de diversité, de rupture même, d'une œuvre à l'autre, d'une période à l'autre, ou au contraire sont-elles facteurs d'unité? Pour tenter de répondre à ces questions, nous envisagerons successivement trois thèmes féconds de sa pensée, honneur, vertu, charité. «V ous avez appris que le manuscrit [des IllustresFrançaises]est si vieux qu'il y a lieu de présumer que l'auteur n'est plus en état d'en faire, très fausse présomption, comme vous voyez, et qui ne me plaît point. Je suis grâce à Dieu en bonne santé, sans aucune envie de faire si tôt le voyage de l'autre monde. La présente écrite d'une traite et sans brouillon vous en doit convaincre et si le manuscrit paraît vieux, c'est que le fripon qui l'a donné au libraire l'a fait passer par tant de mains, que dans sa course il a contracté un air de vieillesse »5.Le ton de la correspondance de Challe avec les journalistes de La Haye est donné par cette boutade grinçante de la première lettre, écrite le 30 décembre 1713 par celui qui signera, à partir du 14 avril 1714, «l'auteur des Illustres Françaises». Jusqu'à sa neuvième lettre, le 8 septembre 1718, la liberté d'expression et l'humour jovial ne cesseront d'alterner avec des remarques acerbes, des revendications irritées, des protestations, contre ses correspondants en particulier et le monde en général. Ces échanges fournissent un témoignage précieux sur le caractère de l'auteur, tour à tour gai et sourcilleux,
1 Robert Challe, Journal d'un voyage fait aux Indes orientales,éd. F. Deloffre et Papin, Paris, Mercure de France, 2002, 2 vol., désormais abrégé en JV; voir aussi Journal du voyage des Indes orientales à Monsieur
Pierre Raymond, éd. F. Deloffre et

J.

J. Papin,

Genève,

Droz,

1998.

2 Robert Challe, Mémoires, Correspondance complète, éd. F. Deloffre et J. Papin, Genève, Droz, 3 Ibid., p. 491, 505, 514, 516, 521. 4 F. Deloffre, «Robert Challe, père du déisme français », RHLF, novembre-décembre numéro spécial Robert Challe, p. 941-980. 5 Robert Challe, Mémoires, Correspondance complète, éd. citée, p. 464.

1996.

1979, n° 6,

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mondain et méfiant, prêt à flatter et prêt à attaquer, et dont l'honneur, «plus cher que les richesses et que la vie aux gens de cœur»l, est chatouilleux. Réserve et familiarité, anonymat et confidence, gaieté et amertume, hardiesse et susceptibilité, toutes ces attitudes extrêmes qu'avec presque trois siècles de recul nous saisissons sur le vif dans le naturel de la correspondance se retrouvent dans l'écriture du diariste, du philosophe et du romancier dont beaucoup de personnages sont aussi prompts à la dispute que leur auteur, sensibles à l'offense et hâtifs dans la vengeance. Le prologue des IllustresFrançaisess'ouvre sur l'arrivée à Paris d'un « cavalier fort bien vêtu, mais dont l'habit, les bottes et le cheval crotté faisaient voir qu'il venait de loin ». Il est suivi de son valet, à cheval lui aussi. Tous deux sont pris dans un embarras de voitures où ils courent grand «risque d'être écrasés entre les roues des carrosses ». C'est sa «bonne mine» qui lui attire l'intérêt de «tous les gens des carrosses dont il était environné ». Reconnu par son ami Des Ronais, conseiller au Parlement vêtu de sa « robe de Palais », ce voyageur qui sera le héros de la sixième histoire, Des Frans, monte dans son carrosse et fait «monter son valet derrière, aimant mieux risquer ses chevaux que de laisser ce garçon dans le hasard d'être blessé». L'estime que les «maîtres des carrosses» lui accordent déjà sur son apparence s'accroît à la vue de « cette action qui fut remarquée» et « ne laissa plus douter que ce ne fût un homme de qualité ». Enfin « ces messieurs» ayant donné à leurs cochers l'ordre « de prendre garde à ne point offenser» les chevaux restés sans monture, Des Frans les remercie « d'un air qui leur fit connaître qu'ils ne se trompaient pas dans la bonne opinion qu'ils avaient de lui». Toutes « ces civilités respectives» qui ouvrent le roman et marquent le retour de celui qui « se rend à [ses] amis, à [ses] parents et à ~ui-même] en [se] rendant à [sa] patrie, dont [ses] malheurs ~'ont] si longtemps banni», illustrent parfaitement les valeurs de la société des Illustres Françaises, fondées sur les apparences, les convenances, le jugement des autres. Certes, dans ce passage, on pourrait accorder l'attitude de Des Frans à l'égard de son valet avec la morale chrétienne et y voir un geste de charité, mais le lecteur de la sixième histoire a du mal à se résigner à une telle simplification. Comment concilier en effet l'aménité de Des Frans pour son valet et la cruauté sadique2 avec laquelle il persécute Silvie de sang-froid et en secret? Dira-t-on que le héros romanesque est le jouet de la passion, ici la jalousie et l'humiliation du mari trompé? Mais Des Frans n'agit pas sous le coup de la colère, il prépare laborieusement sa vengeance comme une œuvre d'art, selon un plan élaboré que son récit retrace soigneusetTlent devant une société choisie. Les principes d'honneur qui aiguillonnent sa violence contre la femme adultère sont ceux qui lui ont inspiré, lorsqu'il était commis dans les Aides, la « résolution de [se]
1 Voir ci-dessous p. 6* et n. 18*. 2 F. Deloffre parle de «l'originalité, pour l'époque, de cette peinture d'un comportement masochiste, rapporté par un sujet qui reste obscur à lui-même », IF, p. 418, n. 119.

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venger» d'un élu de province qui l'a réprimandé et de «le mortifier de quelque manière que ce fût» 1. C'est la même fierté offensée que manifeste, en présence de Des Frans, son ami Dupuis, héros de la septième histoire, contre un «coquin de soldat» qui lui a manqué de respect alors qu'il se baignait, nu «comme la main» sous le PontNeuf: « Tout mourant qu'il était, on ne put pas m'empêcher de lui casser ma canne sur le corps »2. C'est aussi le même souci de dignité sociale que recommande à son f11s,dans la cinquième histoire, le père de Des Prez « homme extrêmement puissant dans la robe ». « Dans les plus beaux jours de l'année », Des Prez le jeune est surpris par un paysan au milieu de ses ébats conjugaux dans un champ de seigle. Il lui « casse [sa] canne sur le corps », le menace de son épée, lui fait grâce de la vie et se contente de le faire étriller par deux laquais. Son père, qui ignore son mariage secret, rit de l'aventure mais lui reproche sa clémence: «Si [...] la belle avec qui vous avez été surpris aujourd'hui n'est qu'une gueuse, vous avez bien fait de n'employer que la canne et le bâton; mais si c'est une femme mariée, une veuve, ou une fille dont la réputation soit à ménager, vous avez tort, il fallait laisser le maraud sur la place »3.Non seulement les comportements de ces héros dissipent l'ambiguïté sur morale « naturelle» et « chrétienne» de la préface, mais ils fascinent le lecteur parce qu'ils sont l'expression romanesque des convictions profondes de leur auteur. C'est en effet sur les questions d'honneur que l'interlocuteur du père Malebranche dans les Difficultéssur la religions'emporte le plus violemment et le plus souvent contre les valeurs chrétiennes de pardon, d'abnégation, d'humilité. Il s'insurge contre les «cafards qui prêchent l'humilité »4 et il développe systématiquement sa doctrine avec méthode et pédagogie:
Le pardon des injures, la clémence estimée, prêchée et vantée chez tous les peuples, doit être dans de justes bornes: sans quoi elle devient un vice. Si les rois pardonnent les crimes, si les juges ont pitié des voleurs et des assassins, si les capitaines ne punissent pas la désertion [et le pillage], que sera-ce? On dira que cela est vrai à l'égard des personnes publiques; que cependant les particuliers ne doivent pas se venger, mais pardonner. Cela a aussi ses bornes; outre qu'il y a peu de gens qui ne soient en quelque façon hommes publics. Le père de famille l'est en quelque façon à l'égard de sa femme, de ses enfants, de ses serviteurs. Le maître l'est pour son serviteur. Mais à prendre le mot de particulier dans sa plus étroite signification, on ne peut disconvenir que les particuliers ne soient en droit de se venger, et même dans l'obligation de se faire réparation. Il faut que les crimes soient punis, sans quoi toute l'économie des sociétés humaines est renversée. Il faut au moins que la crainte de la punition retienne les méchants: par conséquent qu'elle soit possible, et qu'elle arrive quelquefois. Inutilement en parle-t-on: il est sûr que si l'on n'en fait jamais, les hommes s'extermineront bientôt.

1 Ibid, p. 304. 2 Ibid, p. 439. 3 Ibid, p. 95. Sur la hiérarchie sociale de la sanction, voir G. Artigas-Menant, propagande voltairienne, Paris, Champion, 2001, p. 92-108. 4 Difficultés sur la religion, éd. cit., p. 192.

Du secret des clandestins à la

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On dira encore qu'il faut que ce soit la justice publique qui fasse cette punition. Politiquement, j'en conviens, et c'est pour empêcher l'abus du droit naturel, non en l'abolissant ou en le niant, mais en le confirmant. D'ailleurs cette justice publique ne peut ordinairement agir que par la dénonciation du particulier: il faut donc que ce particulier ne pardonne pas, et qu'il se plaigne du tort qui lui a été fait, quoiqu'il sache bien que cette plainte produira un châtiment. À prendre la chose dans son origine, comme il faut toujours autant qu'il est possible, et comme cela se doit en bonne forme, tous les hommes sont nés libres: ce n'est que par hasard, d'institution et par accident, qu'il y a des républiques, des princes et des magistrats; cela n'est point essentiel à la nature humaine. Naturellement chacun a droit de se maintenir, par conséquent de repousser par la force ceux qui le veulent troubler dans ses justes possessions; de se faire rendre ce qui lui a été pris, et de réprimer par la punition du tort qui lui a été fait l'audace de lui en faire d'autres1.

On le voit, le fondement théorique de la conduite du père de Des Prez, de Des Frans, de Dupuis le neveu, dans le roman publié anonymement en 1713, se trouve littéralement dans le troisième cahier du traité déiste rédigé autour de 1710. Ce fondement est explicitement inspiré par l'esprit philosophique: « si l'on épluchait les écrits des philosophes avec autant d'envie d'y trouver de belles choses et la même complaisance qu'on a pour l'Évangile, l'on y verrait une bien plus parfaite morale »2. Et le sujet sur lequel Challe s'oppose avec le plus d'ardeur à la valeur chrétienne de pardon est le point d'honneur:
Les théologiens qui, revêtus des noms qui les ont rendus vénérables au sot peuple, n'ont aucun besoin du véritable honneur, s'en moquent; ils sont sûrs, sans éclat, de conserver toujours les égards qu'ils veulent que les autres hommes aient pour eux. Qu'ils soient fourbes, trompeurs, infidèles, sans parole, cela ne fait rien: ils peuvent pousser jusqu'aux crimes noirs sans rien craindre. Il n'en est pas de même de l'homme d'épée, de l'homme de robe, du marchand, des filles, des femmes: les prédicateurs, les moines, les prêtres crient à haute voix contre la vengeance à force ouverte; ils ne veulent point de celle-là [...]. Le point d'honneur est une folie, disent-ils, et contraire à l'Évangile. Soit, mais ils ajoutent: contraire à la raison. Sur quoi fondé? suis-je maître de l'esprit et du sentiment des hommes? L'honneur en général est l'estime actuelle des hommes. Il faut donc que je fasse ce qui me l'acquiert dans le pays où je vis. En Turquie, une femme est perdue d'honneur si elle marche le visage découvert; en Europe la vestale la plus prude marche sans voile; en beaucoup d'endroits des Indes les femmes sont nues, jusqu'à la ceinture au moins; que serait-ce en Europe? Il faut se conformer aux coutumes; parmi tant de gens d'épée, un homme serait perdu s'il souffrait certaines paroles, certains gestes ou des coups sans se battre; il faut se conformer aux sentiments. Il est extraordinaire, surprenant et odieux qu'on convienne que pour sauver son argent et sa vie, on soit en droit de tuer les voleurs et les assassins, et qu'on refuse ce même droit pour sauver son honneur, qui est plus cher que les richesses et que la vie aux gens de cœur. Est-ce donc à messieurs les théologiens à décider ce qui est un bien pour moi? Il serait beau que je voulusse décider que le seul bien pour eux est le respect, et qu'il ne leur faut point d'argent! Ce n'est pas ma faute si les hommes parmi lesquels je vis ont mis l'honneur en certaines choses3.
1 Ibid, p. 193-194, du manuscrit « prétentions» 2 Ibid, p. 190. 3 Ibid, p. 195. extrait XXXIV. Le membre de phrase entre crochets « et le pillage» est une addition

de la Staatsbibliothek de Munich (cod. gall. 887) qui remplace « possessions» par ; voir l'édition de F. Deloffre et F. Moureau, Droz, TLF, Genève, 2000, p. 381-382.

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Dans le sillage de Bayle et avant les uttres persanes, Challe voyageur et philosophe tire de ses observations sur la diversité des usages, qu'il se plaît à décrire et à analyser en détail, un relativisme moral militant. Mais qu'on ne s'y trompe pas, c'est contre un absolu de morale sociale et religieuse qu'il se bat, avec la véhémence que l'on constate. Et dans le même temps il rassemble scrupuleusement tous les témoignages d'une morale universelle que chaque homme trouve au fond de son cœur et pour laquelle il n'a pas besoin de la Révélation:
Les religions factices ne sont pas seulement pernicieuses aux hommes par le pillage qu'elles exercent sur les biens et la liberté, elles sont encore l'anéantissement de la morale et des véritables vertus. Il faut bien distinguer la vertu elle-même, le bien moral, d'avec les vertus chrétiennes, les vertus musulmanes, les vertus judaïques, bramines, etc. C'est une fourberie des ministres de toutes les religions de donner ces épithètes aux actions bonnes en elles-mêmes. Il n'y a qu'une conscience et qu'une probité, il n'y a qu'une espèce de vertu qui est toujours la même, et qui ne peut changer. Si la probité, la conscience et la vertu dépendaient de la religion, il y aurait autant d'espèces de probité, de conscience et de vertu qu'il y a de religions, puisqu'elles sont toutes contraires les unes aux autres. [...] La vertu est tout ce qui est suivant la raison et la conscience1.

Comment Challe concilie-t-il relativisme moral et morale universelle? Dans le traité philosophique, c'est l'enjeu même de la religion naturelle dont il établit le système. Les membres d'une société qui arriverait à être de la religion « du genre humain, instruit par Dieu même» et non plus de «la religion de Gaspard, de Gautier, de Durand »2 ne connaîtraient que la morale naturelle et ne seraient plus écartelés entre les usages d'une religion factice et leur penchant naturel à la vertu. Dans le roman, l'auteur réalise cet idéal par le pouvoir de la fiction. Tous ses héros qui réussissent, c'est-à-dire ceux qui non seulement jouissent de l'estime de la société représentée par les devisants du récit-cadre mais dont un heureux dénouement conclut les aventures, arrivent à concilier l'honneur, dicté par la société, et la vertu, inspirée par la nature. Loin d'appliquer une morale transcendante, la seule qu'ils connaissent est dictée par les circonstances comme s'ils mettaient littéralement en pratique la constatation de Challe : « ce n'est pas ma faute si les hommes parmi lesquels je vis ont mis l'honneur en certaines choses »3.La mystérieuse veuve de la septième histoire est la plus explicite dans la transmission verbale de ce message:
J'ai vécu [...] comme doit vivre une femme d'honneur avec son époux. J'ai suivi la coutume du pays où Dieu m'a fait naître; si j'avais pu m'en dispenser sans crainte ni scandale, je l'aurais fait; et c'est en cela que je fais consister la véritable vertu d'une femme, qui est de vaincre les passions où son penchant la porte. Je suis veuve. J'ai toujours été sage, j'espère l'être toujours:

1 Ibid., p. 134. 2 Difficultés, p. 343. 3 Difficultés, p. 196.

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mais je ne le serais pas longtemps, si je ne suivais que mes sens; et je crois qu'il y a très peu de femmes qui ne soient comme moi. C'est-à-dire uniquement retenues par la crainte de devenir grosses, ou de gagner des maux infâmes; ou du moins de perdre leur réputation; y ayant très peu de femmes qui soient effectivement vertueuses par le seul amour de la vertu, et par la seule crain te de Dieu 1.

Ce n'est peut-être pas un hasard si cette profession de foi libertine intervient après les deux exemples misérables d'amour de la vertu, de fidélité aux préceptes religieux, et de respect du sacrement de mariage que donnent, dans la cinquième et la sixième histoire, Marie-Madeleine de L'Épine et Silvie, victimes jusqu'à la mort de leurs valeurs chrétiennes. Au sacrement de mariage, valide mais reçu en secret, la veuve préfère la liaison secrète, alors même que Dupuis lui propose à plusieurs reprises le mariage avec insistance: « faisons paraître à toute la terre notre union; donnez-moi publiquement votre main ». Dans le cas du mariage, le secret entraîne les pires catastrophes pour les deux héroïnes, dans le cas des amours clandestines, il apporte aux amants un bonheur sans nuage. Le secret est, pour la veuve, le moyen de concilier sa liberté individuelle, c'est-à-dire son refus absolu des lois morales, sociales et religieuses, et les apparences du conformisme social. Challe fait preuve ici d'un talent exceptionnel dans le maniement de la fiction, dans la tension entre le réalisme et l'invraisemblance. Les grossesses et les accouchements secrets, sans oublier la nourrice aux «yeux bandés» pour les déplacements en carrosse et « enfermée pendant huit jours dans [un] cabinet dont les f~nêtres étaient condamnées », appartiennent d'abord à la réalité du temps avant de servir d'ornements romanesques; mais l'habile narrateur qu'est Dupuis exploite si bien toutes les ressources de son art que, non content de capter la curiosité de son public pour une «aventure [...] si singulière », il l'intrigue par les trois grossesses successives «dans un secret inviolable» et défie sa crédulité. Le lecteur, d'abord « surpris» comme le narrateur « d'entendre une femme si bien philosopher sur les sens» ne peut, au dénouement, s'empêcher de prêter à ce mystérieux personnage les charmes de l'utopie. Porte-parole du philosophe Challe, la veuve serait investie d'un pouvoir plus grand, celui de réaliser comme magiquement le rêve de vivre libre, comme elle en a naturellement le droit, sans enfreindre les «coutumes du pays où Dieu U'a] fait naître ». N'oublions pas en effet que l'auteur déclare dans sa préface: «l'histoire de Dupuis fait voir qu'un libertin se retire de son libertinage, lorsqu'il s'attache à une femme de vertu »2.La veuve est bien une femme de vertu, non pas selon les valeurs chrétiennes du mariage mais selon l'esprit philosophique des Dijjicultés.La conversion morale de Dupuis que sa belle maîtresse « a tout à fait rendu honnête homme» s'interprète alors comme une démonstration de la bonne influence d'une morale débarrassée des préjugés d'une société inspirée par la religion. Le couple clandestin a eu quatre enfants, le fils aîné est « beau comme un
1 IF, p. 513.

2 IF, p. 3.

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ange », ce qui constitue une réponse à la question rhétorique de l'auteur dans son traité philosophique: «Le mariage fait devant Monsieur le curé fait-il faire plus d'enfants, ou les fait-il faire mieux conditionnés? »1. Non seulement la conception de la vertu selon Challe ne varie pas d'un contexte à l'autre, mais on peut même discerner dans l'architecture des Illustres Françaisesla volonté d'une démonstration en crescendo. La création du personnage de la veuve comme modèle idéal de la vraie vertu féminine dans la septième et dernière histoire intervient, on l'a vu, après deux histoires tragiques où la vertu conforme au catholicisme est abominablement châtiée. Les quatre premières histoires proposent des exemples d'attitudes diverses, auxquelles correspondent des dénouements plus ou moins rapidement et définitivement heureux, en proportion, semble-t-il, de la détermination des héroïnes à prendre en main leur destin, sans croire à la prédestination comme Marie-Madeleine, ni à la grâce comme Silvie. La deuxième histoire, celle d'Angélique, provoque de grands débats parmi les devisants sur sa vertu. L'incipit attire l'attention du lecteur sur la distance exceptionnelle qui sépare cette fille de chambre née d'un «gentilhomme d'Anjou [. ..] n'ayant que la cape et l'épée» et Contamine « ftis d'un homme de robe extrêmement riche» qui «avait de la qualité, étant d'une maison qui s'est toujours distinguée par son attachement à la personne [des] rois» : «Pour vous faire bien comprendre toute la disproportion qu'il y a dans ce mariage, dit Des Ronais Ue narrateur], il est à propos de vous faire souvenir de ce qu'ils étaient tous deux, avant que le sacrement les eût égalés »2. Cette mise au point se poursuit avec de grands détails sur l'union de celui qui « pouvait lever les yeux aux premiers partis» et d'une « fille qui paraissait infiniment au-dessous de lui ». Elle prédispose avec insistance le lecteur à entendre la narration comme un exemple prodigieux de réussite sociale et le portrait de l'héroïne ajoute encore à cette première
. . 1mpreSS1on :

C'est une beauté achevée et régulière: en un mot c'est un raccourci de ce que la nature peut produire de plus beau et de plus accompli; et il faut bien que cela soit, puisqu'elle a si bien engagé un homme dont l'esprit doux et modéré ne paraissait pas susceptible d'un engagement si solide. Elle a de l'esprit infiniment, et le tourne comme elle veut; elle en a eu besoin pour parvenir où elle est. [...] Elle est sage du moins il y a beaucoup d'apparence que si elle ne l'avait pas été, elle ne serait jamais parvenue où elle est. Contamine lui a offert toutes choses pour en triompher sans sacrement: elle a tout refusé, et a mieux aimé risquer tout, que d'en avoir une partie, par un bout qui ne lui fit point d'honneur. Elle a réussi mais son bonheur s'en est mêlé; car sans lui toute sa vertu et sa beauté l'auraient laissée en chemin. [...] Elle est fort pieuse, fort charitable, fort bonne amie, secrète, point médisante ni satU'ique ; peut-être que sa politique a part à ses vertus; quoi qu'il en soit, si elle se contraint, elle se contraint fort bien; car tout paraît en elle fort naturel et sans fard3,

1 Difficultés,

p. 179.

2 IF, p. 81. 3 Ibid, p. 85.

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Tous les traits, physiques et moraux, toutes les qualités, tous les éloges sont soumis à une interrogation critique, discrète mais explicite, propre à entretenir le doute. Le commentaire, adroitement mêlé à la peinture, est tantôt factuel: « Contamine lui a offert toutes choses pour en triompher sans sacrement », tantôt hypothétique: « si elle se contraint, elle se contraint fort bien ». Au moyen d'une habile répétition, le dénouement, annoncé dès les premiers mots de la narration, influence fortement le portrait. On comprend en effet qu'Angélique avait toutes les qualités nécessaires « pour parvenir où elle est », mais on est exhorté à considérer que, sans le talent de mettre en valeur ces qualités, « elle ne serait jamais parvenue où elle est ». L'ensemble, savamment nuancé, met en évidence le caractère incertain de toute vertu: «peut-être que sa politique a part à ses vertus ». Dès les premières pages de la deuxième histoire la leçon de la préface est infléchie dans un sens ambigu. D'abord averti que l'histoire de Contamine « fait voir qu'une fille sage et vertueuse peut prétendre à toutes sortes d'établissements, malgré la bassesse de sa fortune »1, le lecteur est ensuite invité à se méfier des apparences. L'avertissement du romancier ne concerne pas la seule conduite d'Angélique, elle rejoint la circonspection du philosophe qui ne fait pas confiance à l'homme en général: « Il n'y a qu'une pénétration infinie qui voie absolument le cœur humain. Nous devons toujours craindre de nous tromper sur les jugements que nous portons de nousmêmes lors même que nous croyons faire le mieux »2. D'une curieuse façon la veuve échappe à cette règle. Elle est la seule héroïne dont la conduite n'est pas discutée par les devisants. C'est sans doute qu'elle n'accepte explicitement comme règle de vie que sa propre conception de la vertu selon la nature, en ne faisant qu'une concession à la morale établie dans son pays et sa religion, celle de sauvegarder sa réputation aux yeux de la société. Il n'y a donc pas à mettre en question sa sincérité puisqu'elle n'adhère pas à la morale catholique. Le romancier exerce son talent dans les contrastes. Il met en évidence, dans la fiction, les valeurs, sociales et morales, du philosophe des Difficultés par la mise en scène de situations extrêmes. Le mémorialiste et le diariste commentent dans le même sens les épisodes de l'histoire, de la politique, de l'expédition maritime qu'ils choisissent de narrer. Dans l'article ironiquement intitulé «la doctrine incomparable de Jésus-Christ et la pureté de sa morale », Challe regroupe les arguments qu'il vient de développer contre l'universalité du message de l'Évangile, à propos de la grâce, de la prédestination, de l'humilité et du pardon, et ceux qu'il s'apprête à utiliser à propos de la pauvreté et du mépris des richesses:

1

Ibid., p. 2.

2 Difficultés, p. 191.

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Je voudrais voir une ville gouvernée suivant l'Évangile où l'on fût persuadé que les bonnes œuvres sont inutiles au salut, parce qu'il y a une prédestination immuable, où l'on souffrît toutes les insultes sans en tirer de vengeances pour pardonner à nos frères, où chaque particulier vendît son bien pour le donner aux pauvres, où l'on ne semât ni recueillît, comme les oiseaux du ciel, où l'on ne songeât point au lendemain en disant: Dieu nourrit bien les moineaux, abandonnonsnous à la Providence! 1

La similitude exacte, jusque dans le détail, entre les principes du philosophe les paroles de ses personnages est encore saisissante. Des Prez le père déteste moines mendiants qu'il appelle « besaciers » comme le fait Challe aux premier troisième cahiers des Difficultés2.Son flls, narrateur de la cinquième histoire, donne un exemple parmi d'autres:

et les et en

Il était un jour devant sa porte à faire raccommoder un tuyau de plomb qui donnait de l'eau au logis. Dans le temps qu'il regardait travailler les paveurs et les plombiers, il vint une manière d'ermite lui demander l'aumône. Pour toute réponse il lui montra les ouvriers. Ces gens-là travaillent, dit-il; ils gagnent leur vie et ne sont point à charge au public; et si, poursuivit-il, la sotte dévotion des chrétiens n'entretenait point tant de bouches inutiles, on ne verrait point en France tant de fainéants ni de vagabonds3.

On croirait entendre un écho des Difficultés: «On me demande de l'argent au nom de Dieu, et moi je dis : 'Au nom de Dieu, je te prie de travailler' ». Et lorsque Des Prez dit de son père «Il est pourtant fort aumônier, mais il n'y a que les vieillards, les enfants trouvés et les estropiés, tous hors d'état de gagner leur vie, qui se ressentent de ses libéralités », on songe à l'envolée oratoire du philosophe Challe: «'Si je te trouve mourant de froid, je te ferai entrer chez moi pour te chauffer; si tu es nu, je te couvrirai d'un haillon; si tu te noies, je te retirerai de l'eau, je te soignerai'. Mon cœur me dicte tout cela sans l'Évangile, la seule raison est la source de la bonne morale »4. Si les personnages et les intrigues romanesques sont inspirés des idées du philosophe, les Mémoires résonnent eux aussi par endroits des mêmes accents que les Difficultés.L'éloge du roi confirme l'acception dans laquelle Challe entend le mot charité en évoquant une « action de bonté et de justice de Louis envers ses sujets, si abjects fussent-ils ». Au moment de l'aménagement du parc de Versailles, les ouvriers qui travaillai en t à remuer la terre avaient les pieds dans l'eau jusqu'aux genoux. Louis XIV s'en apercevant donne l'ordre de leur fournir « des bottes pour conserver leurs pieds et leurs jambes» et d'augmenter leur salaire en reconnaissance d'un travail aussi pénible. Quinze jours plus tard, il voit que nombreux sont les ouvriers qui ont encore les jambes dans l'eau. Il apprend d'un homme de plus de soixante ans qu'il n'a pas reçu de bottes et qu'il n'a pas été augmenté. «Louis,
1

Ibid., p. 197.

2Ibid.,p. 55 et 141 etIF,p.

259.

3 IF, p. 259. 4 Difftcultés, p. 203, IF, p. 259.

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