Quel avenir pour l'église en milieu rural

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Publié le : lundi 1 janvier 0001
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EAN13 : 9782296233638
Nombre de pages : 160
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QUEL AVENIR

POUR L'ÉGLISE

EN MILIEU RURAL

COLLECTION «MÉDIATIONS RELIGIEUSES»

-

Spiritualité et libération en Afrique, 1987. Sous la direction de Eugelbert MVeng. Les thèmes majeurs de la théologie africaine, A. Ngindu Mushete. Églises nouvelles et mouvements Ngandu N'Kashama 1989.

religieux, 1990. Pius

Michel GUEDEZ
Centre de Recherches et d'Études Rurales de Solignac

~

Quel avenir pour l'Eglise en milieu rural
Enquête sur la religion et la morale, la vie l'amour et la mort, dans nos campagnes.

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 PARIS

@ L'Harmattan,

1991

ISBN: 2-7384-0953-9

Int-roduction

«Bonne année! Bonne santé! et le Paradis à la fin de vos

jours! » Tel était le souhait que lesenfants de famillechrétienne
formulaient le jour de l'an aux membres de leur famille et à leurs voisins. Avant la guerre. Cette vieille coutume des fêtes du Nouvel An annonçait d'emblée les deux biens les plus précieux aux yeux de la majorité des ruraux de France: sur Terre, la santé; au Ciel, le Paradis. Cette majorité était marquée par l'emprise que l'Église catholique avait exercée sur elle, des siècles durant. Pour la minorité qui s'était soustraite à son influence, l'objectif « Paradis» était remplacé par la vonlonté de maintenir le vivre ensemble au village. Ce~objectif était d'ailleurs également partagé par les fidèles de l'Eglise. Mais aujourd'hui, ces trois trésors d'antan ont-ils cédé la place à d'autres? Quels sont les grands ressorts intérieurs de l'existence humaine? L'objet de cette étude est d'abord de chercher ~e que les ruraux considèrent comme source de vie ou, au contraire, comme menace de mort. La vie et la mort étant entendues dans un sens étendu: sur le plan biologique, matériel (les biens), psychique, éthique, spirituel, sociopolitique (appartenance, place et condition sociales), sur le plan historique (lien au

passé et à l'avenir)...

.

Une fois repéré ce qui est ressenti comme vie et comme mort, on pourra faire apparaître si l'Église est située, par les ruraux, du côté de la vie ou du côté de la mort. C'est cette double recherche sociologique qui est présentée ici. L'initiative en a été prise par une quinzaine de prêtres et 7

de laïcs du milieu rural dispersés à travers la France et regroupés en un «Centre de recherches et d'études rurales de Solignac ». Ils ont eu recours à un sociologue de l'I.N.R.A. de Rennes pour peaufiner leur questionnaire d'enquête et l'échantillon des personnes à interroger. L'analyse des résultats et la rédaction de ce texte a été confiée à l'un d'entre eux, Michel Guedez. Afin de savoir quels terrains choisir pour faire l'enquête, nous nous sommes référés au travail du chanoine Fernand Boulard «Problèmes missionnaires de la France rurale» paru au Cerf en 1945: chaque canton rural y était classé dans un des trois terroirs religieux définis selon leur degré d'intégration à l'Église. Nous avons choisi un canton dans chacun de ces espaces religieux types et nous y avons 'interrogé des pratiquants, des croyants non pratiquants et des non croyants. Les thèmes des questions portaient sur Dieu, l'Église, la morale, la santé et la mort. Le détail des questions posées apparaîtra dans le déroulement du texte. Les réponses des personnes ont été analysées sous sept angles différents d'appartenance: Département Religion Sexe Age Loir et Cher Creuse non pratiquants non croyants femmes 61-80 41-60 au-delà technique Scolarité 1er cycle tertiaires Profession : agriculteurs ouvriers néant Activités sociales: dans l'Église, dans la société, C'est autour des catégories religieuses (pratiquants, croyants non pratiquants, non croyants) que se construit la continuité du texte à travers chacun des cinq thèmes abordés. Les six autres points de vue sont éventuellement mentionnés. A ce propos, nous pouvons dire dès maintenant, que les hommes et les femmes expriment des choses semblables: c'est une réalité nouvelle, notamment dans le domaine religieux. Notre recherche met en perspective le christianisme avec certaines données de la modernité contemporain~ en rural. Plusieurs ouvrages récents explorent des champs voisins du nôtre et en complètent les résultats. Tout d'abord, celui du sociologue qui a aidé notre groupe à entreprendre ce travail: «Dieu change en Bretagne» (Cerf) d'Yves Lambert décrit l'histoire d'un village breton au 20e siècle; il en tire un remarquable bilan pour l'Église située dans les espaces qui lui 8 Aveyron : pratiquants hommes 21-40

étaient autrefois totalement intégrés. Des espaces qui, au long des siècles, avaient pris une distance notoire par rapport à l'institution catholique, le Limousin est l'exemple le plus net. C'est l'un de nos lieux d'enquête; c'est aussi le terrain d'investigation d'un historien qui explique non seulement comment y sont les choses, c'est-à-dire le rapport des gens à l'Église, mais aussi comment ces liens se sont constitués à travers le temps. Louis Perouas est l'auteur de deux livres récents sur le Limousin: l'un porte sur une séquence historique assez brève (1890-1940), c'est« Refus d'une religion, Religion d'un refus» (E.H.E.S.S.), l'autre couvre une période allant du Xye siècle au xxe, il s'intitule «Les Limousins» (Cerf). L'hebdomadaire «La Vie» a réalisé un sondage auprès d'un public uniquement catholique, mais rural et urbain, tandis que nous avons interrogé croyants et incroyants mais seulement ruraux. L'analyse qui a été faite de ce sondage a paru dans le numéro 2336 du 7 juin 1990 de« La Vie ». Elle manifeste de

nombreuses convergences avec nos travaux, particulièrement
en ce qui concerne les déceptions, les souhaits et les propositions des gens par rapport à l'Eglise. L'un des éléments majeurs qui nous est apparu à travers l'expression des enquêtés c'est la priorité donnée à leur vie affective. C'est pourquoi il est utile de connaître comment ce phénomène est actuellement pris en compte par l'Église. En plus de ce que nous en disons, on consultera avec profit les deux ouvrages de Danièle Hervieu-Leger et Françoise Champion: «Vers un Chnstianisme Nouveau» (Cerf) et «De l'émotion en religion» (Centurion). Cette priorité de l'affectivité s'est particulièrement manifestée dans les réponses données à la dernière question de l'enquête; elle voulait révéler les grands ressorts de la vie de chacun. Ces réponses éclairent la lecture de toutes les autres qui vont apparaître maintenant dans le texte. La dernière demande était ainsi formulée:« Pour vous, quelles sont les

trois choses les plus importantes dans la vie? » Voici ce que
cela donne selon la situation religieuse des uns et des autres:

* Éditions

de l'École

des Hautes Études en Sciences Sociales. 9

En<I mb.te e La. v.i.e a.66ec.üve .eo. ~a.na t'MW (dont .eo. 1L~.i.on) 18% 50% 40% 19% 21%

PlLaüqua.nb> non 17% 45% 58% 39% 19%

CJr.oyanb> 11% 64% 18% 99% 21%

lion CiI.oya.nb> 90% 41% 33% 00% 31%

~qua.nb>'

.t I ~c.onom.i.que

Ces chiffres dessinent les premiers traits du visage de ceux que nous allons maintenant découvrir comme des Nouveaux « Paroissiens» Ruraux.

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SIGLES ET EXPRESSIONS
A.C.E. A.D.A.P. A.N .P.E. B.T.S. C.M.R. C.N.P. D.D.A.S.S.: M.R.J.C. N.C. Jeunes Moyens Anciens : Action Catholique de l'Enfance : Assemblée Dominicale en l'Absence du Prêtre : Agence Nationale de l'Emploi : Brevet de Technicien Supérieur : Chrétiens dans le Monde Rural : Croyant Non Pratiquant Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales : Mouvement Rural de Jeunesse Chrétienne : Non Croyant

: Personnes de 21 à'40 ans : Personnes de 41 à 60 ans : Personnes de 61 à 80 ans 1er cycles : Personnes ayant arrêté leur scolarité au Certificat d'Études Primaires ou à la fin de la troisième au plus tard Techniques: Personnes ayant fait des études de type professionnel Lycée : Personnes ayant fait des études dans un lycée

non professionnel
Supérieur Ecclésiaux Sociaux Inactifs

.

: Personnes ayant fait des études en cycle supérieur : Personnes actives dans l'Église : Personnes actives dans la Société : Personnes qui ne sont actives ni dans l'Église ni dans la Société

Quand les termes de croyants, croyants non pratiquants, non croyants et pratiquants sont écrits sans majuscules ils désignent les croyants, les C.N.P,etc... en général; s'il portent une majuscule, ils désignent uniquement les personnes ayant fait l'objet de l'enquête. Le numéro qui figure avant ou après chaque citation renvoie à la liste des personnes enquêtées des pages 143 à 146.

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DIEU

Où est Dieu dans la vie des hommes? Quelle place y tient-il? On disait volontiers devant la faible pratique religieuse des villes, que la campagne était devenue le refuge de la foi: qu'en est-il? Si l'on compare la pratique religieuse, dans chaque département enquêté, des zup urbaines et celle des campagnes visitées, sans aucun doute l'avantage reviendra à ces dernières. Mais cela fait apparaître encore plus l'état critique de Dieu, car même à la campagne, même chez les Croyants qui la peuplent, même chez ceux qui pratiquent la messe dominicale au moins une fois par mois, Dieu n'a plus forcément la première place. C'est du moins ce qui ressort des réponses à la dernière question de l'enquête menée: Pour vous, quelles sont les trois choses les plus importantes dans la vie? Il ne se trouve que 39 % des Pratiquants pour mentionner la foi et la religion; le terme Dieu lui-même n'est prononcé que deux fois. Chez les Croyants Non Pratiquants, on tombe à 9 %. Si l'on considère ensemble tous les Croyants, Pratiquants ou Non, on obtient le quart qui tient ce qui touche à Dieu comme l'une des trois choses les plus importantes dans la vie. On peut même préciser: 9 % de l'ensemble des Croyants mettent foi et religion au premier rang; au deuxième r~ng, 9 %; 7 % au troisième rang. Les catéchismes d'autrefois affirmaient que «Dieu était partout»; ici on s'aperçoit que la place qu'il occupe est modeste, même chez ceux qui s'affichent publiquement comme Croyants. On a souvent souligné, dans les livres et 13

dans la presse, la diminution de la pratique religieuse des Français. Ici apparaît un autre phénomène, interne aux Pratiquants eux-mêmes: l'effondrement de la place de Dieu dans leur vie. Pourra-t-on en déceler les causes? La menace perçue par un groupe est souvent le facteur le plus efficace d'un phénomène de changement ou d'immobilisme. Dans le cas présent, l'effacement de Dieu dans les esprits et les cœurs, ne vient-il pas de ce que ce Dieu n'est plus ni menaçant, ni menacé? Expliquons-nous. Dieu menaçant c'était le Dieu de l'Enfer. Ce Dieu-là a disparu du paysage religieux, comme il sera dit plus loin; la vie n'a plus comme horizon ce Tchernobyl du bonheur, ce chien de berger du clergé: les éternelles tortures infernales. Cette menace d'une catastrophe personnelle définitive étant écartée, il n'y a plus besoin de personne pour s'en protéger; «l'éternelle flamme» du vieux cantique éteinte dans l'esprit des Croyants, il n'y a plus besoin d'un sauveur pour en préserver. Le danger éloigné, le sauveur s'éloigne aussi. Ce serait là une première explication de l'effacement de Dieu chez les Croyants. En voici une deuxième: les Croyants étaient autrefois sous la pression d'une seconde menace qui maintenait une bonne place à Dieu chez les Croyants; cette menace était extérieure, elle venait de la société. Celle-ci depuis deux siècles, gagnait progressivement son autonomie par raport au pouvoir économique, politique et idéologique de l'Église, elle produisait une division sociale entre cléricaux et anticléricaux, qui se marquait quotidiennement, par exemple, à travers le choix de l'école, publique ou privée, ou celui de l'enterrement, civil ou religieux; les votes venaient régulièrement sanctionner l'état des forces en présence. Les résultats comptabilisés de ce choix d'appartenance sociale étaient vécus comme victoire, ou défaite, d'un clan sur l'autre. L'appartenance à un groupe, constamment en guerre d'attaque ou de défense, en était renforcée. Sur le plan des convictions, J.-P. Deconchy a bien montré dans son livre «L'Orthodoxie religieuse », le phénomène suivant: des personnes qui prennent de la distance par rapport aux croyances quand ils sont face à leur propre hiérarchie religieuse, réaffirment ces mêmes croyances quand ils sont placés face à ceux qui les combattent. Actuellement l'opposition frontale des deux clans a fait place à l'indifférence et à la tolérance, il n'y a plus de menace déclarée ni perçue, du coup, les armes de la défense sont remises au vestiaire. Dieu et les croyances ont perdu de leur importance, ils ont déserté le cœur de la vie 14

des Croyants, fussent-ils Pratiquants. Parce qu'il n'est plus combattu, Dieu n'est plus défendu, plus défendu, il n'apparaît plus comme un trésor. Les familles bretonnes qui avaient exposé sur leur cheminée l'image de Notre Dame du Perpétuel Secours où était inscrit l'engagement pris à la mission: «Toujours, par ma conduite, mes paroles et mes votes, je défendrai la religion », ces familles-là savaient qu'elles avaient, en Dieu, un trésor. L'effacement relatif de Dieu chez les Croyants s'est réalisé au bénéfice de qui ou de quoi? Essentiellement de l'amour et de la santé. C'est ainsi que les Croyants rejoignent les Non Croyants. Nous verrons plus loin si le nouveau statut de la mort, dans les esprits et les sentiments, n'est pas l'une des causes de cet alignement des chrétiens sur les hommes en général: l'identité chrétienne serait-elle liée à l'identité de la mort? Dieu serait-il plus lié à la mort qu'à la vie? Qui est Dieu?

VISAGES DE DIEU
Qui est Dieu pour les Ruraux? Il ne leur était pas demandé une définition de Dieu mais la formulation des mots, ou des images, que Dieu évoquait pour eux. «On ne sait plus comment l'imaginer» (42) ; cette réponse reflète l'ensemble puisque assez peu d'images sont données. Quelques-uns disent «la lumière» (51), «le soleil» ou «le coucher du soleil» (41) « du bleu, du ciel bleu» (70). Il est fait référence à une figuration de Dieu autrefois répandue: l'un

l'admet, il voit

~~

Dieu apparaître dans les nuages, les mains

comme ça (écartées)... juste le buste» (49), mais l'autre déclare «pas le visage d'un homme sur un nuage». D'autres encore évoquent «l'église» (45), «la croix» (35), «un vitrail)) (45), «les personnages en plâtre» (66), «le pain béni)) (71) ; un autre «l'homme deboUt)) (9), ou «Jésus-Christ)) (10,35). Dans ce petit éventail, deux lieux sont privilégiés: le ciel et l'église. Le ciel c'est ce qui est désigné comme le lieu privilégié de Dieu dans le cosmos religieux (Notre Père qui est aux cieux), et l'église c'est le lieu privilégié de Dieu dans l'espace de l'homme, la Terre. Il n'y a donc pas de surprise de ce côté. 15

Entre les images et les idées, il y a des évocations qui réfèrent Dieu à d'autres éléments de la Religion: «l'Église, depuis le Pape... » (33), «la religion» (62), «l'éducation religieuse» (71),

«la charité» (40) ; «la bonté», «le pardon» (41). Pour l'essentiel, dans la conception de Dieu par les Croyants, il y a deux idées: Dieu-transcendance (44 %) et Dieu-amour (44 %). Pratiquants C.N.P. Transcendance 52 35 Amour 48 39 On peut considérer cette transcendance par rapport à l'espace (la hauteur et la profondeur) ou au temps (l'avant et l'après de l'existence humaine). Voyons quelle transcendance est attribuée par les Croyants. Prenons d'abord Dieu qui transcende le temps: c'est le Dieu de l'origine, origine du monde ou des hommes, le Dieu créateur (13 %) : «Dieu créa la terre: la création, rien n'avait existé sur cette terre» (26), «Dieu qui nous a créé et mis au monde» (29), «c'est l'auteur du Big Bang» (12). L'autre transcendance du temps, c'est l'au-delà de la mort; il n'y a que 4 % pour y faire allusion. C'est vraiment peu. La transcendance de l'espace se divise également en deux points mais sans commune mesure: la hauteur et la profondeur. Il n'y a que 3 % qui évoquent Dieu comme ce qu'il y a de «très profond» en nous. L'essentiel de la transcendance de Dieu évoqué par les Croyants est donc celle de l'Etre supérieur (26 %). «Il est le maître du monde» (47), «il est au-dessus de tout» (32), «c'est l'être suprême» (1), «une puissance universelle» (38), «c'est grandiose, plein de faste» (72), «c'est notre supérieur» (47). Ces idées rejoignent les images citées plus haut, le Dieu «qui est aux cieux ». L'autre image de Dieu dans l'esprit des Croyànts c'est un Dieu affectif qui aime et qui soutient: «une présence sur qui l'on peut compter» (14), «un recours» (27), «il nous aide quand on a à supporter bien des choses» (7), «dans le mot Dieu, il y a le mot amour» (20),« l'amour» (11,16,17,23,24) «la bonté» (24, 40, 41, 44) «le pardon ». C'est la proximité et le réconfort après la domination et la puissance. Certaines personnes attribuant à Dieu cette double qualification. 16

Les idées et les images que ces Croyants ruraux ont de Dieu expliquent-elles la place modeste qu'ils réservent à Dieu dans leurs préoccupations? Nous le verrons quand nous aurons mis au jour les fonctions qu'ils lui attribuent dans l'existence des humains. Auparavant, voyons ce qu'est Dieu pour les Incroyants. On peut dire qu'il y a deux types de représentations: les unes se réfèrent à leur culture chrétienne, les autres sont l'expression
même de leur incroyance:
«

Dieu sur son piédestal qui commande

un peu à tout» (55), «les personnages en plâtre à l'église» (66), «comme un esprit», «quelque chose de tout bien» (68) ou encore «une idée fabriquée» (32), «une atteinte à ma pensée, à ma libre pensée» (74), «rien du tout» (56). Un incroyant sur cinq ne répond pas à la question sur Dieu.

LE DESTIN DE L'HOMME
Revenons aux Croyants et à l'idée qu'ils se font de Dieu; le moyen dont nous disposons pour aller plus avant, consiste à voir quels rapports Dieu entretient avec l'existence quotidienne des hommes, quelles fonctions il remplit à leur égard, comment s'exerce la grandeur et la douceur dont il a été qualifié. Tout d'abord, les Croyants pensent-ils que la suprématie de Dieu inclut qu'il fixe le destin de chaque être humain une fois pour toutes? 42 % (soit 45 % des Pratiquants et 39 % des C.N.P.) sont bien de cet avis: la vie de chacun est tracée d'avance, on ne peut y échapper.
« Le destin est fixé par Dieu, on peut toujours essayer, malgré tout, de lutter pour arranger un petit peu, mais enfin, de toute façon, c'est lui qui mène, qu'on s'y prenne comme on voudra» (femme pratiquante, ouvrière à la retraite. 23). «Ah! ça je suis sûre, je pense' vraiment qu'il (le destin) est fixé par Dieu. Ça j'en suis sûre, d'ailleurs. Donc là, c'est sûr».

-

Vous ne pensez pas que vous pouvez inventer quelque chose d'autre? non, je pense que, de toute façon... je crois que 17

c'est fixé et qu'on revient pas: on sera toujours ramené vers ce qui est fixé. (agricultrice pratiquante, 35 ans. 11). oui, moi j'ai l'impression... que tout est cadré d'avance, tout est... est-ce que, quand même, vous avez un petit peu de jeu? est-ce qu'il reste quelque chose à inventer ou... Par exemple, vous faîtes quand même attention à votre santé? oui, oui. est-ce que ça contribue à ce que vous soyiez en bonne santé, ou est-ce que... ? Oh! ça contribue peut-être à améliorer ma santé, mais... c'est essentiellement déjà réglé d'avance ? réglé d'avance, oui, oui. (homme C.N.P.64 'ans, ancien boucher. 36)

,-

-

Ces partisans d'un destin fixé par Dieu sans flexibilité possible, ou si peu, nous les appellerons les fatalistes durs. Les suivants recevant le nom de fatalistes mous; il s'agit des personnes qui estiment que Dieu a tracé le destin de l'homme mais seulement en pointillé: ils veulent concilier destinée écrite par Dieu et liberté humaine. Ils représentent 22 % des Croyants (Pratiquants 29 %, C.N.P. 13 %). Parmi eux, ce métreur de 33 ans, croyant non pratiquant. 43) : «Je crois qu'on a une marge de manœuvre; il y a des choses sur lesquelles on ne peut absolument influencer comme, je sais pas moi,... si, à la naissance on est... on est comme on est; mais après, si on gère sa santé, si on s'oriente dans la vie professionnelle, on choisit ça quand même: ce n'est pas que le... j'allais dire le hasard, c'est un mot malheureux, ce n'est pas que Dieu, non; il semble qu'il nous conforte et puis... et puis on avance; il semble qu'il vous donne un capital et qu'on le gère ». « Il y a les deux (destin et autonomie) on le fait tous les jours son destin, parce que, bon, rien n'est acquis d'avance, je pense pas. Donc, si on ne se guide pas sa vie soi-même, Dieu peut pas tout faire, hein! Aide-toi et le ciel t'aidera. Là ailssi, je pense, je crois qu'il faut absolument les deux» (technicien agricole, C.N.P., 47 ans. 26).

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